Archives de juin, 2011

Tutorat externe…

Ci-dessous une contribution de Régis sur ce qu’il semble convenu d’appeler désormais le – caramba ! – « tutorat externe ». Mais qu’est-ce que ce tutorat externe ? Il correspond à l’action du conseiller de mission locale en charge de garantir la rencontre périodique, régulière, de la triade vertueuse de l’alternance : le jeune, le tuteur interne de l’entreprise (ci-dessous « maître d’apprentissage ») et le formateur.

 

Autant je crois, sans une seule once de réserve, à ce que « l’évaluateur » constate – grosso modo, c’est deux fois mieux lorsqu’il y a un tuteur -, autant je m’interroge sur la caractéristique de novation qui, en principe, identifie toute expérimentation. Régis, qui (tout en étant jeune d’esprit) n’est pas né de la dernière pluie, se souviendra certainement que cette rencontre à trois était le b-a-ba des conditions points de passage obligé telles que Bertrand Schwartz l’énonçait… il y a trente ans.  Pour celles et ceux qui, persuadés que l’innovation est une qualité intrinsèque des seuls acteurs de l’insertion affichant moins d’un an à leur compteur professionnel et que, subséquemment, cette appellation de « tuteur externe » recouvre effectivement une nouveauté, je les renvoie à l’interview de Bertrand Schwartz in le DVD « Les grands entretiens », Université de Genève – Télévision Suisse Romande, 2003. Et, si ce DVD n’est pas rangé dans les bibliothèques, sans nul doute la lecture des pages 99 et 100 de Moderniser sans exclure, du même Schwartz et paru à La Découverte – Syros en 1994, confirmera que toutes choses ne sont pas seulement égales par ailleurs mais également dans le temps. Tout bouge, rien ne change. Bis repetita placent.

Formulé différemment, on peut certes se réjouir de constater qu’un « tuteur externe » est une garantie de meilleure effectivité mais, entre nous et cela ne sortira pas de cette salle, en quoi cela est-il nouveau et mérite-t-il d’être présenté comme une expérimentation ?

Régis : « J’avais présenté ici l’expérimentation du tutorat externe comme quatrième pied (après le jeune, le maître d’apprentissage et le centre de formation) pour sécuriser le parcours des jeunes en alternance… Notre évaluateur commence à produire : « Toutes choses égales par ailleurs, un jeune qui ne bénéficie pas de l’accompagnement du tuteur a deux fois plus de chance de connaître une rupture de contrat que celui qui en bénéficie. »

Pour rappel, cette expérimentation portait la première année sur tous les apprentis dans le secteur café-hôtellerie-restauration (451) du département de Cote d’Or  et s’appuyait sur une randomisation.

J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet, attaquant bientôt la commande finale : comment généraliser l’expérimentation? Les vacances ne sont pas encore là pour tout le monde… »

Tout compte fait, la seule caractéristique d’innovation de cette « expérimentation » est sans doute que, désormais (et à partir de l’onction évaluative), il serait judicieux de s’assurer que le jeune, le tuteur et le formateur se rencontrent. Ce qui était la règle il y a trente ans. Ainsi  on en déduira que l’amnésie est le meilleur avocat du sentiment d’innovation.

 C’est dit. Nul doute que Régis va sauter sur son clavier tel la vérole sur le bas-clergé. Il faut vivre dangereusement. Mais c’est épuisant.

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Erratum…

Les récentes contributions qui suivent de (très fidèles) lecteurs méritent d’être reportées en front-line car je ne suis pas certain que chacun ait le réflexe, un article lu, d’aller cliquer sur le petit icône en haut à droite signifiant une ou des contributions. J’en profite pour un erratum puisque j’écrivais dans le dernier article que  chacun des postes occupés par Vincent Merle  s’était soldé par la disparition de l’organisme ou du ministère concerné et citais le CEREQ… qui existe toujours. « Pour combien de temps? » est une autre question puisque Alternatives économiques (n° 303, juin 2011) nous apprend que le Centre d’études et de recherches sur les qualifications vient de se voir retirer 15% de son budget : « Le ministère de l’Emploi s’est toutefois engagé à assurer les moyens « nécessaires à son activité en 2012 », mais pour la suite, les perspectives sont très incertaines. »

Confirmation

Dans le compte-rendu des journées marseillaises de l’ANDML je notais que l’inspectrice générale des finances Véronique Hespel m’avait étonné avec une insistance particulière sur la performance et ce qui m’avait semblé presque comme une aspiration : au Royaume-Uni le taux de retour à l’emploi est plus élevé grâce à la pression exercée sur le demandeur d’emploi… y compris par l’épée de Damoclès de subsides se réduisant au bout de six mois en peau de chagrin. Je n’avais pas rêvé. Ci-dessous des extraits de l’audition le 31 mai par la « Mission commune d’information relative à pôle emploi » du Sénat de Mme Véronique Hespel, inspectrice générale des finances, et de MM. Pierre-Emmanuel Lecerf et Emmanuel Monnet, inspecteurs des finances, auteurs de « L’étude comparative des effectifs des services publics de l’emploi en France, en Allemagne et au Royaume-Uni ».  M. Claude Jeannerot est le président de cette commission, M. Jean-Paul Alduy, son rapporteur. Les phrases soulignées sont de mon fait, confirmant par exemple que l’efficience est le critère déterminant – somme toute un système qualité réduit à la chasse au gaspi serait tout-à-fait acceptable – et qu’il est de bon ton de parler « d’activation » plutôt que de contrainte. On appréciera également que, d’un côté, on promeuve la « gouvernance » qui implique de mettre autour d’une table toutes les parties prenantes et que, d’un autre côté, on déplore l’absence d’économie d’échelle qu’induirait la concertation.

M. Claude Jeannerot, président. «  Avez-vous comparé la durée moyenne du chômage dans ces différents pays ? L’efficacité de l’accompagnement s’évalue aussi à l’aune de ce critère. »

Mme Véronique Hespel. « Nous sommes malheureusement les champions en ce domaine. Du point de vue des finances publiques, une seule question compte : ces moyens humains rapportent-ils ? Nous avons étudié toutes les évaluations britanniques et allemandes, qui attestent que l’intensification de l’accompagnement réduit la durée d’indemnisation. Les Britanniques ont décidé d’intensifier le suivi car cette approche est la moins coûteuse. Cependant, les effets d’un suivi plus intensif dépendent du niveau d’emploi, des salaires, de la politique d’offre et du niveau de l’indemnisation. Le système britannique indemnise les demandeurs d’emploi au chômage depuis plus de six mois à un niveau équivalent à celui du RSA, ce qui rend moins surprenante la plus faible durée d’indemnisation en Grande-Bretagne. »

M. Jean-Paul Alduy, rapporteur. « Le système britannique oblige-t-il les demandeurs d’emplois à accepter une offre d’emploi ? »

Mme Véronique Hespel. « Le point fort de ce système est l’activation. » {…} « Le nombre de bénéficiaires du revenu de solidarité qui ne sont pas effectivement demandeurs d’emploi est à peu près le même en Allemagne et au Royaume-Uni. Cependant, l’incitation à rechercher un emploi est plus forte au Royaume-Uni qu’en France ou en Allemagne car le lien entre indemnisation et recherche d’emploi est plus fort et contrôlé tous les quinze jours. »

Mme Véronique Hespel. « Je me suis rendue récemment dans une mission locale où j’ai assisté à un comité de distribution des aides d’un fonds départemental. Dix personnes ont traité soixante dossiers en une matinée. Toutes les collectivités étaient présentes en plus de la mission locale, ce qui interdit toute économie d’échelle. Il convient de rationaliser le système dans l’intérêt du demandeur d’emploi. »

Mme Véronique Hespel. « A l’occasion d’une enquête sur l’insertion, j’ai constaté la lassitude des usagers lorsqu’ils devaient raconter leur parcours à une multitude de personnes différentes. »

Bref, ce n’est pas parce que l’IGF a produit un rapport favorable aux missions locales que les autres rapports, en l’occurrence celui présenté sur les services publics de l’emploi, doivent passer comme une lettre à la Poste.

Débats

Sur le compte-rendu des journées professionnelles de l’ANDML, chronologiquement tout d’abord, « pioupiou 44 », un conseiller qu’on ne présente plus et qui apporte sa pierre (bien polie) à l’édifice du portefeuille de compétences…

Pioupiou 44 : « En tant que pioupiou discipliné (enfin presque), nous avons droit à quelques formations chaque année. Je sors de l’une d’elles qui portait justement sur l’orientation avec un très bon intervenant, breton de surcroît (c’est une expression, ne cherchez pas surcroît sur une carte et pas sur l’île de croix, euh Groix), ancien pioupiou de plus (non, là, je ne la refais pas …), et bien connu de Philippe Labbé himself {P.L. : il s’agit de Stéphane Mabon}.

C’est quoi le rapport ? Eh bien, ce fameux passeport formation existe déjà ! Et je l’ai vu ! Il doit évoluer avec la nouvelle loi mais il est téléchargeable par tout un chacun : avec notice explicative et tout et tout. C’est même du PDF remplissable (je ne suis pas sûr de l’expression cette fois-ci !).

Alors, est-ce qu’on diffuse à tout le monde ? Est-ce qu’on l’utilise ? S’il y a des retours d’expérience, je suis bien sûr intéressé. »

Puis Régis, directeur de mission locale dans une région bénie des dieux… en tout cas de Bacchus.

Régis : « Je retiendrai aussi d’Alain Faure – à réinviter, à requestionner – qu’il voyait en cette journée une sorte de psychothérapie de groupe… Il y a moins de dix ans, à ma première réunion de directeurs et directrices de Missions locales, j’avais eu cette impression. Il est vrai que le réseau des Missions locales a tendance à se resserrer lorsqu’il se sent (s’imagine ?) agressé (la France ne s’est-elle pas construite en se battant contre un potentiel agresseur en interne et un autre en externe ?), mais qu’il a beaucoup plus de mal à se défendre par l’attaque, c’est-à-dire en mettant en avant toutes ses réalisations et toute sa capacité d’innovation. Peut-être, certainement, l’Institut Bertrand Schwartz permettra cette ouverture (là, c’est l’ancien rugbyman qui parle et défend les équipes qui jouent le jeu et non celles qui se construisent sur la défense… Coupe du monde oblige).»

Autre contribution toujours de Régis mais, cette fois, en faisant appel à la philosophie… Les psychanalystes parleraient d’attirance – répulsion. :

Régis : « La relation Président -Directeur…. n’est-ce-pas la métaphore de Schopenhauer sur les porcs-épics… Devant la rudeur du climat, ils doivent se rapprocher, mais alors ils se piquent et doivent s’éloigner… jusqu’à ce que le froid les conduisent à se rapprocher à nouveau… puis à s’éloigner… Après toute une période de rapprochement et d’éloignement, ils trouvent une position qui les protège tout à la fois du froid et des piquants…

Il y avait « PE » pour Pôle emploi, il y aura maintenant « PE » pour Porc-Epic… qui peut relater de nombreuses relations, bien au-delà de celles entre un Président et un Directeur de Mission locale. »

C’est bien connu, la philosophie est une question de débats… auquel concourt Jean-Philippe. Idem, on ne le présente plus.

Jean-Philippe : « N’en déplaise à notre directeur contributeur, je ne suis pas persuadé que la fameuse métaphore de Schopenhauer s’applique à la relation Président/Directeur. En effet, pour Schopenhauer ce ne sont toujours que des porcs-épics qui s’éloignent et se rapprochent. Ils sont de la même espèce, ce sont des semblables.

Or, le Président et le Directeur ne sont ni semblables, ni des semblables. La métaphore ne trouve donc pas ici à s’appliquer. Nous pourrions retenir les aspects piquants et urticants de la chose.

Tant qu’à évoquer les porcs-épics autant parler de la devise « Qui s’y frotte s’y pique » qui doit sans doute trouver à s’appliquer au couple Président/Directeur et de manière réciproque ! A ce moment-là, un seul des deux serait le porc-épic pour l’autre.

Si l’on veut garder Schopenhauer en lice, alors autant évoquer pour cette relation Président/Directeur, une autre citation « La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui »… (dans Le monde comme volonté et comme représentation).

Souffrance du directeur… Ennui de la Présidence… Belle oscillation, ma foi ! »

Nul doute que les uns et les autres pourront de vive voix poursuivre ce débat… à l’occasion d’un tout prochain pique-nique. A ce propos, je me suis laissé dire que les pioupious qui marchent la tête en bas dans l’Océan indien (et qui ont une aussi forte qu’agréable tradition de pique-nique) pourraient faire de même chez eux ce 23 juin… Expression d’une solidarité de la communauté professionnelle à 10 000 kms du Champ de Mars. La distance est à l’appartenance ce que le vent est au feu : elle éteint la petite et ravive la grande !

Caleçons

Bien, force est de constater l’avancée impitoyable du (beau) temps : juillet s’approche et avec lui la trêve des maillots de bain. Ce blog a désormais suffisamment d’antériorité pour que l’on puisse statistiquement y déceler quelques régularités. Ainsi l’été – probablement une question d’hormones, de testostérone ou d’estrogènes – n’est-il pas favorable à la lecture et à la réflexion sur ce (foutu) réseau avec – indicateur de « performance » pour être dans l’air du temps – un infléchissement mécanique de moitié des visiteurs : 7 800 en juillet-août 2009, 6 500 en 2010. Inutile de tenter un remake de La Chute

Prophète du passé, historien du futur.

Votre serviteur, de son côté, va en profiter pour se ressourcer, lire… avec parfois des surprises… J’écoutais il y a quelques jours sur France Culture Lucien Jerphagnon, un philosophe, et, séduit, même enthousiaste, décidais séance tenante, cela ne pouvait souffrir plus d’une heure, d’acheter son dernier ouvrage, La… sottise ? Vingt-huit siècles qu’on en parle (2011, Albin Michel). Et bien, patatras ! Rien à se mettre sous la dent, zéro à surligner, nothing à reporter dans mon petit carnet, sorte d’anti-sèche face à l’angoisse blogeurienne de l’écran blanc des nuits blanches, aucune petite phrase qui impacte, stimule, titille, qui met du relief dans l’agencement toujours trop policé des mots d’un article. C’est rare et décevant. Ce matin, toujours à France Culture, c’était le médiologue Régis Debray qui était invité avec son dernier livre, Du bon usage des catastrophes (Gallimard). Plein de choses à noter comme « Les économistes sont des prophètes d’hier ou d’avant-hier. » Je vais l’acheter, on verra. On ne se refait pas.

Bref, ce blog va se mettre en congé… du moins d’émission puisque la réflexion, le « back-office », va profiter de cette pause éditoriale pour faire le plein. Bien entendu, les contributions, toujours souhaitées, seront accueillies et, a fortiori puisqu’il n’y aura plus d’articles, placées en front-line. Il reste de toute façon d’autres blogs actifs – mais comment font-ils, nom d’une pipe ! quelle santé ! – et incontournables : l’ami Abhervé et l’ami Willot , le blog Informer autrement de Christian Bensi et puis tous ceux que vous connaissez, qui constituent votre tribu, votre cercle affinitaire.

The show must go on…


En principe, je reviens en septembre… et souhaitais avant cette éclipse saluer ici quelqu’une qui ne reviendra pas, qui a choisi de quitter le réseau et qui est venue le saluer aux journées marseillaises de l’ANDML. C’est une directrice de mission locale avec qui nous avons fait un beau bout de chemin pour accompagner son équipe dans un projet associatif de structure désormais finalisé, communiqué. Elle vit sur un caillou volcanique de l’hémisphère sud, là où les pioupious marchent la tête en bas et risquent à tout moment de chuter dans les abysses cosmiques. Nous avons bien travaillé ensemble : c’était « pro » et amical, volontariste et confiant. Bonne route, Sophie ! Kenavo ar wechal ! C’est du créole celte et ça veut dire : « Au-revoir et à la prochaine ! » Assurément.

Vincent Merle

Si l’on ne présente plus Vincent Merle, celui-ci l’a fait avec humour, chacun des postes qu’il occupa se soldant par la disparition de l’organisme ou du ministère concerné (CEREQ, Commissariat Général du plan, etc.). Il est à présent professeur titulaire de la chaire « Travail, emploi et acquisitions professionnelles » au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et a présidé le groupe de travail qui a présenté à Laurent Wauquiez, Secrétaire d’Etat à l’emploi, un rapport sur la validation des acquis de l’expérience (décembre 2008) où il était question de « Faciliter la traçabilité des compétences tout au long de la vie », de « Développer le signalement des compétences sur le marché du travail », de « Prendre en charge les jeunes sortis de formation initiale sans qualification », de « Mettre en place des plateformes spécialisées d’orientation et d’accompagnement VAE pour des publics spécifiques », d’« Inscrire les processus VAE dans une démarche qualité », de « Professionnaliser les réseaux d’AIO, les OPCA et le Pôle emploi sur la VAE »… Faut-il préciser que son ultime recommandation – « s’il fallait retenir une seule chose… » – est de mettre en œuvre la VAE pour les jeunes dans les missions locales… ce qui pourrait très simplement commencer par le portefeuille de compétences… guère éloigné du « passeport orientation et formation » décidé par la loi du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie. Mais, là également, il y a urgence car, aujourd’hui, qu’observe-t-on sinon que chacun, dans son coin, conçoit son outil… Il serait tellement plus simple de constituer un groupe de travail national qui, à partir d’un recueil et d’une analyse des multiples portefeuilles de compétences en circulation, concevrait un modèle, le proposerait à expérimentation à une dizaine de missions locales pour enfin, une fois ajusté, complété, le mettre à la disposition des 500 missions locales…

A part cela, Vincent Merle, très bien. A peine quelques notes sur un papier, tout dans la tête, fluide… Il est en charge de l’évaluation d’une « expérimentation Hirsch » centrée sur l’écoute des jeunes dans cinq missions locales (1) et fait partie des personnes auditionnées pour le futur institut B. Schwartz. Nul doute qu’il aura eu de bonnes idées.

Alain Faure

La découverte de ces journées, en tout cas en ce qui me concerne, ce fût Alain Faure. Et, contrairement à ce qu’il déclara très modestement, lui ne découvrait pas totalement les missions locales d’autant plus que, travaillant à Sciences Po Grenoble, il ne peut ignorer les deux aussi belles que rares thèses sur les missions locales précisément produites à… l’IEP de Grenoble : en 1995, Dominique Mansanti avec L’insertion des jeunes. Elaboration d’une politique, 1981-1984 (2) et, en 2005, François Jousserandot avec L’action publique d’aide à l’orientation, 1981-2001. . Recomposition de l’intervention sociale et action publique locale : le cas des Missions locales et de l’entrée de la Région dans les politiques d’insertion des jeunes en Rhône-Alpes.(3)

Docteur en science politique et directeur de recherche au CNRS depuis 2010, Alain Faure nous a proposé d’emblée une grille de décryptage à partir de l’articulation de trois notions, les « sentiers », les « tournois » et les « récits », qu’il a conçue et développée depuis plusieurs années comme en témoigne une conférence de 2007 « Les douces assonances de la gouvernance ». Le problème de cette grille n’est pas qu’elle est proposée à un auditoire qui, a priori, ne la connaît pas, ce qui limite cependant les possibilités de débat, mais surtout que rien n’est mis en place pour que ce système explicatif soit testé in situ, avec les missions locales, pour faire progresser le réseau… y compris par la compréhension de ses contraintes telles que ces « sentiers de dépendance ». Dans la mesure où rien n’est organisé pour capitaliser ce type d’apports et que seule la curiosité et la disponibilité des uns ou des autres peuvent laisser espérer des suites, le risque est de toute évidence l’oubli : on se souviendra vaguement de ces « sentiers », « tournois » et « récits » comme d’un ouvre-boîte universel dont on a perdu le mode d’emploi.

Pour comprendre ce que sont les « sentiers de dépendance » – concept de science politique – d’un mouvement, d’une organisation ou d’un réseau tel que celui des missions locales, on peut prendre l’image de l’inertie d’un paquebot entrant en rade de Brest (la plus belle ville du monde) qui a tout intérêt à stopper ses moteurs à peine passé Ouessant (le rail) sauf à s’emplafonner au fond de celle-ci, dans le pont de Plougastel (les fraises). Autrement dit, les possibilités de changement sont très largement contraintes (surdéterminées ?) par l’histoire, les modes d’organisation installés, les coûts estimés qu’entrainerait le changement, etc. « Après un siècle d’accumulation de politiques sociales, tout problème social se trouve aujourd’hui enchâssé dans un ensemble complexe d’institutions et de politiques publiques héritées du passé. » (4) Bref, on comprend mieux pourquoi nombre de chantiers pourtant évidents à entreprendre sans tarder demeurent à l’état de projets, sont objets de discussions infinies, semblent pour les uns représenter des enjeux auxquels on ne pensait pas et, pour les autres, des Annapurna de difficultés insurmontables. Travailler les sentiers de dépendance, c’est, à défaut de résoudre, déjà comprendre l’incompréhensible lenteur du métabolisme social…

Quant aux « tournois » et aux « récits », on reviendra peut-être dessus un de ces jours. Les premiers correspondent aux espaces et modalités d’affrontement entre les acteurs, ce qui est une bonne chose lorsque l’on parle de gouvernance tant cette notion suggèrerait que la prise de décision est consensuelle, la résultante d’un – pour reprendre Habermas – « agir communicationnel » au pays des Bisounours : « … le fait de réunir de nombreux acteurs autour d’une table ne fait pas disparaître les rapports de force et les échanges asymétriques. » (5) Les seconds, ces « récits », renvoient au champ lexical qui est nout sauf neutre et à ce que les mots signifient. A ce sujet, on peut s’interroger sur le vocabulaire parfois médical (diagnostic, prescription…), signifiant qu’il y a un malade (le « cancer social » ?) ou parfois industriel ou commercial (opérateur, offre de service…} ainsi que sur ces mots dont l’onctuosité poursuit l’objectif d’un écran de fumée : flexibilité plutôt que précarité, exclusion pour exploitation, etc. On ne peut que recommander la lecture d’Eric Hazan, LQR. La propagande au quotidien (2006, Raisons d’agir). C’est bourdieusien, donc le doigt sur la gâchette. A consommer avec modération sous risque de paranoïa… mais à consommer quand même.

C’est dit.

(1) Vincent Merle cosigne avec Anne Le Bissonnais un document daté de mars 2011 « Premiers retours sur l’évaluation » concernant cette expérimentation. Peu de commentaires à faire sur ces neuf pages dont la très grande partie recouvre des analyses assez générales sur la « problématique jeunesse » et le système de contraintes et d’injonctions paradoxales dans lequel se débattent les missions locales. La dimension purement évaluative, qui devrait répondre a minima aux questions « l’écoute globale permet-elle aux jeunes une démarche plus autonome et favorable en termes de réussite de leur vie ? » et « quelles sont les conditions requises pour garantir cette écoute globale ? », sera probablement l’objet d’une autre note. Deux observations cependant…

– Peut-on dire, d’une part, « Cette situation entre deux identités, entre deux « statuts », entre deux moments de la vie, est ce qui définit leur jeunesse. Ils ne sont ni étudiant avec les possibilités que cela ouvre même lorsque la vie estudiantine est faite de galères et de fragilités affectives, ni salarié plus ou moins intégrés dans une vie de travail et investis dans un projet professionnel, ni « enfants » puisque tout les pousse à affirmer leur autonomie par rapport à leur famille, ni véritablement adultes puisqu’ils n’en ont pas les attributs, à commencer par l’autonomie financière. » (p. 3) et, d’autre part, avancer l’idée « d’une identité qui ne soit pas de l’ordre du « ni, ni » » ? Plutôt que définir la jeunesse comme le négatif d’une photographie, au choix l’enfance ou l’adultéité, il vaudrait mieux, nous semble-t-il, la considérer comme le temps des expérimentations multiples qui, progressivement, vont se sédimenter en expérience dans l’adultéité. La jeunesse posée ainsi, comme période des expérimentations et de la socialisation secondaire, invite au regard sur une « jeunesse – ressource » et questionne nécessairement des temporalités telles que, par exemple, l’accès rapide à l’emploi durable car, s’il faut aller vite, la tentation sera d’éviter les expérimentations considérées comme du temps perdu… ce que la lancinante efficience suggère.

« La notion d’accompagnement peut apparaître comme un de ces « mots valises » qui transporte avec lui une multitude de significations… » Ah, non ! Peut-on continuer à dire que l’accompagnement est un mot « valise » (on trouve aussi dans la littérature sociologique mot « horizon », « fourre-tout »…) alors qu’une proposition de construction de cette notion en concept, c’est-à-dire notion robuste, univoque, transmissible, a été communiquée via l’ANDML mais également sur ce blog (« L’accompagnement socioprofessionnel (ASP). Une approche systémique » le 14 décembre 2010, succédant à « Esquisse de définition de l’accompagnement social ou, plutôt, socioprofessionnel » le 10 novembre 2009… soit plus de 12 000 consultations) pour être amendée, voire même dé- puis reconstruite… sans qu’un seul retour à ce jour n’ait été enregistré ?

(2) Thèse de doctorat de science politique, sous la direction de Renard D., janvier 1995, IEP de Grenoble, Université Pierre Mendès France.

(3) Thèse de doctorat de science politique, sous la direction de Warin P., novembre 2004, IEP de Grenoble, Université Pierre Mendès-France.

(4) Bruno Palier, Guiliano Bonoli, « Phénomènes de Path Dependence et réforme des systèmes de protection sociale », 1999, Revue française de Science Politique, n° 3, p. 404.

(5) Alain Faure, « Les douces assonances de la gouvernance », 2007, conférence CERTU, Grand Lyon.

Ca tangue.

Les journées professionnelles de formation de l’ANDML qui se tenaient cette année à Marseille, les jeudi et vendredi 9 et 10 juin, ont réuni environ 250 personnes, pour la plupart et logiquement des directeurs-trices et quelques administrateurs, un cabinet de consultants, Amnyos, étant en charge de l’animation de ces deux jours. Tentons en deux temps un retour en assumant qu’il soit partiel (ne pouvant assister à tous les ateliers) et partial (à partir d’un point de vue). Ce qui n’est ni partiel, ni partial par contre, est que le jeudi soir l’ANDML – qui, décidément, raffole de « La croisière s’amuse » – avait réservé un bateau pour dîner dans les calanques. Cornéliens, nous partîmes donc deux cents mais, en arrivant au port, trois heures après et sans sardine pour empêcher le débarquement, un bon dixième des effectifs présentait un profil moins proche de celui d’heureux congressistes iodés que des victimes autopsiées de Grey’s Anatomy. La faute à une mer quelque peu agitée et à des moussaillons insuffisamment rôdés. Ca fera des souvenirs.

Vote.

Ces deux journées avaient été précédées par l’administration interne de l’ANDML avec, en particulier, une intervention de Jean-Marie Terrien (1), premier président et fondateur de l’ANDML, et l’élection des nouveaux administrateurs.  Toutes les régions sont représentées, hormis Poitou-Charente, et généralement par deux directeurs. Belle représentativité.

Producteurs de normes.

Pas facile, soit dit en passant, pour ces sympathiques consultants d’Amnyos de présenter, d’ouvrir les débats, de synthétiser…  a fortiori lorsque les intervenants sont de qualité comme, le premier jour, Alain Faure et, en conclusion du second jour, Vincent Merle. Nous y reviendrons. Pourquoi est-ce difficile ? Parce que le discours du consultant s’autorise très rarement les écarts, les saillies, les excès, sinon par le trait d’un humour maîtrisé dont l’objectif est moins d’attirer l’attention sur une question ou un problème que de créer ou maintenir un climat de complicité qui tienne à distance la tentation de l’interpellation critique, qui se défie de la « déconstruction » du chercheur considérée par celui-ci comme préalable épistémologique à une reconstruction. Discours et rôle du consultant évoquent cet « art moyen », dont parlait Pierre Bourdieu au sujet de la photographie. Consulté, le consultant consulte et cherche par le consensus à être écouté du maximum (2) ; il se défie des marges et est aimanté par un centre caractérisé, en politique comme ailleurs, par le mou, le lisse, le plat. Cette quête consensuelle obstinée fait honnir du consultant la radicalité… dont l’étymologie est « racine ». La radicalité dans le débat est bien plus assimilée au risque (« partir en live ») qu’à la production de connaissances, l’heuristique : pour séduire (du latin sedire signifiant « tromper ») au maximum, le consultant est ainsi condamné à l’écume des mots ; il est un promoteur du signifiant et un surfeur du sens ; il n’atteint pas les « paliers en profondeur » dont parlait Gurvitch. Non qu’il n’en soit pas capable, nombre de consultants accumulant des diplômes et une expérience qui valent largement ce que l’on peut trouver dans la cité savante, mais le rôle du consultant est intrinsèquement marqué, pénétré et conditionné pourrait-on dire, par le normatif. Le consultant avance droit et à petits pas lorsqu’il faudrait parfois faire un pas de côté et franchir des frontières avec des bottes de sept lieues transdisciplinaires et indisciplinées. De la complexité, le consultant a parfaitement retenu un précepte : les conditions d’atteinte des objectifs comptent tout autant que l’atteinte de ces derniers. Aussi met-il en place, soigneusement, les modalités pédagogiques d’émergence des « bonnes » – selon ce qu’il a prévu et qu’il a compris de la commande institutionnelle – solutions. Lors de ces journées, l’exemple nous fût donné à l’occasion d’un atelier, « Le projet associatif, support de négociation avec les financeurs ou feuille de route de la gouvernance locale ? » au cours duquel on pouvait désespérer de débattre de ce PAS sans qu’une définition en ait été proposée, et de la synthèse de tous les ateliers que l’on peut résumer à… « Le projet associatif, alpha et oméga ». La montagne, l’accouchement et la souris. Le paradoxe du consultant est qu’il est un expert, ce qui lui confère la légitimité d’être là, mais qu’il doit taire son expertise, par définition affutée, pointue, pour satisfaire le plus grand nombre. Le consultant ne déconstruit pas : quoiqu’il occupe l’espace de discours (souvent avec un débit rapide), il dit au départ peu de choses, en tout cas surtout pas celles qui clivent, pour parvenir à la fin à ce dans quoi chacun peut, sinon se retrouver, du moins retrouver quelque chose auquel il croit. Qui serait contre un projet associatif de structure qui soit à la fois un outil de négociation (le consultant évitera de parler de « dialectique »… trop marquée) et un document de référence pour la communauté professionnelle (que l’on toilettera en volapük néo-managérial « feuille de route de la gouvernance locale » – 3) ?  Autrement dit, le consultant – et il s’agit bien ici d’une critique du rôle et non des acteurs qui ont endossé celui-ci – est un producteur de normes bien plus que de sens et, derrière l’apparente neutralité, on trouve le discours dominant qui, lui, soyons-en assurés, n’est pas neutre.

Benchmark.

Qu’on le veuille ou non, que l’on rétorque avec la réfutation des choux et des navets, rien, rien n’empêchera de mettre en rapport les informations qui, quotidiennement, révèlent l’« inexemplarité » des grands qui se goinfrent et le régime que l’on promet aux petits. En entendant l’inspectrice de l’IGF ré-entonner l’air des « caisses vides » et des « ceintures à resserrer » – que l’on avait entendu juste avant que le gouvernement décide de combler les coffres forts des banques qui s’étaient amusées au Monopoly – il était difficile de ne pas songer au moraliste Ferry empochant ses 4 500 € nets mensuels pour 192 heures de cours annuels qu’il n’assure même pas (4) ou aux 35 000 euros mensuels du loyer new-yorkais de l’ex-candidat de la gauche (en principe, porteur des valeurs de justice et dépositaire de l’héritage de la question sociale, celle des pauvres) ou… etc. Ce « etc » n’est pas là faute d’exemples mais, s’il fallait les citer, on risquerait le procès en plagiat du Canard enchaîné.

Etonnante cette inspectrice, Véronique Hespel, au demeurant sympathique, ex-présidente de Retravailler, dans sa présentation du rapport, non pas celui sur les missions locales mais l’étude comparative sur les systèmes des politiques de l’emploi en France, Allemagne et Royaume-Uni (5). En particulier en nous disant que, là encore, choux et navets, difficulté de comparer l’incomparable, par exemple la singularité hexagonale de la « co-traitance », puis, malgré cela… comparer (on dit « benchmark », c’est mieux). Comparaison n’est pas raison… mais « comparons Folleville ! » Ainsi, le taux de retour à l’emploi de l’autre côté de la Manche atteindrait 80-90%, sans doute avec quelques petites erreurs de calculs, pour la simple raison que, si au bout de six mois le demandeur d’emploi n’a pas accepté un emploi, il se retrouve avec une allocation minimale, de survie. Exemple, semble-t-il, à suivre tant le discours sur l’obligation de « performance » était récurrent (6). Tout cela, volontairement ou involontairement, résonne en parfaite harmonie avec le « cancer de l’assistanat ». Il y a quelques années, l’expression de « cancer » avait été utilisé à la suite d’un rapport du Commissariat Général du Plan et correspondait aux sept millions de personnes touchées directement par le sous-emploi, qu’il s’agisse de chômeurs à temps plein ou à temps partiel. A l’époque, en 1997, le Commissaire général au Plan qui s’appelait… Henri Guaino déclarait : « Derrière le chômage, ce qui est angoissant, c’est la précarisation de la société française dans son ensemble. Quand le chômage monte, les demandeurs d’emploi acceptent plus facilement des temps partiels, des bas salaires, des contrats précaires. Et le virus se répand. » Le rapport indiquait que « la dégradation de la situation de l’emploi se traduit par un effritement général du travail Par vagues successives, c’est toute la structure du travail qui est en train de se modifier vers plus d’insécurité pour toutes les catégories. » Ou encore : « Ce n’est pas le chômage lui-même qui fait problème, c’est le risque de récurrence et la précarité, la peur de ne pas en sortir indemne, la peur des régressions, la dégradation du capital humain. » Désormais et pour celui qui fût le secrétaire d’Etat à l’emploi, le « cancer » n’est pas le chômage mais le fait d’être aidé lorsqu’on est au chômage, c’est-à-dire ce que Wauquiez considère comme un assistanat. Que celui-ci soit téléguidé par l’Elysée pour draguer la vase du fonds national est une évidence ; que celles et ceux qui entretiennent et propagent ce « cancer », puisqu’ils accompagnent ces (salauds de) (profito)chômeurs, s’élèvent avec force et vigueur contre cette provocation devrait également être une évidence. (7)

Toujours concernant ces assistés et puisque le discours tend de façon de moins en moins discrète à confondre « efficacité » et « efficience », juste un petit calcul sur ce que les pouvoirs publics consentent pour le financement des missions locales. Cela relativise les choses. Ces calculs sont faits à partir, d’une part, des données financières « activités principales et spécifiques, répartition par financeurs publics » (tableau n° 53 de « Chiffres d’activité 2009 » du CNML) et, d’autre part pour le diviseur, de la population française au 1er janvier 2011, soit 63 millions d’individus.

Financeurs Montant € par habitant et par an
Etat (incluant FSE)

220 000 000

3,49 €

Régions

90 000 000

1,43 €

Départements

25 000 000

0,40 €

Communes & EPCI

110 000

1,75 €

Qu’il s’agisse de « l’impératif national » ou de « la jeunesse, un devoir d’avenir », il y a de la marge.

Un peu de fiel… promesse de miel

Le président de l’UNML, Jean-Patrick Gille, est président de la mission locale de Touraine, pas de celle, proche, de Blois, ce qui pourrait expliquer pourquoi il n’en a pas la langue. Invité par l’ANDML, Jean-Patrick Gille a su comme à l’accoutumée manier le verbe avec souplesse et humour… sans toutefois éviter le terrain glissant des relations entre présidents et directeurs, moins à l’échelle de chaque structure qu’à celle du réseau, en fait des réseaux : UNML et ANDML. Recadrage donc –  sur le thème de « le président préside, le directeur dirige » qui, nationalement, renvoie à ce que peut ou pourrait faire et ne pas faire l’ANDML compte tenu de l’absolue et sacro-sainte légitimité des présidents. Encore faudrait-il nuancer puisque, s’il s’agit de légitimité démocratique et a fortiori avec en toile de fond la notion de « gouvernance », celle-ci devrait être élargie à l’ensemble des parties prenantes et, subséquemment, inclure les partenaires sociaux. On sait en effet que l’UNML agit selon deux modalités : d’une part, en qualité de syndicat employeur, d’autre part en tant que représentant le réseau. Or, s’il s’agit de représenter le réseau, oui les présidents le représentent mais non ils ne sont pas seuls à le représenter… sans même évoquer ici l’autre sujet, épineux, du CNML qui est une instance dont les trente-huit présidents de missions locales sont désignés sur proposition du ministre chargé de l’emploi (article R5314-5 du Code du Travail, décret n° 2008-244 du 7 mars 2008)… ce qui exclut toute représentativité sur la base de celles et ceux qui constituent la communauté professionnelle des missions locales. Entendons-nous : dans le système associatif et formellement, le président est celui qui arrête les orientations et le directeur celui qui les met en œuvre. Mais, dans les faits, les orientations ne sont pas exclusivement celles du président, ni même de son seul Bureau… sauf à ce que, par exemple, la dynamique nécessairement participative de projet associatif de structure dont il fût fait grand cas lors de ces deux journées ne soit qu’un artefact. Les orientations ainsi d’ailleurs que leurs applications sont la résultante d’interactions et d’interdépendances, de rapports de forces également, qui participent d’une réelle (et positive) complexité opposée à l’unilatéralisme. De plus et encore une fois très concrètement, les directions prennent des initiatives et décident tout simplement parce qu’elles sont au jour le jour confrontées à cette nécessité… sans même parler des missions locales dont le pilotage politique est aléatoire, sinon fantomatique, ou de celles où le président joue la partition du directeur. Quant à l’ANDML, force est de lui reconnaître de s’être bien plus positionnée comme une association de directeurs représentant leurs équipes que comme un club corporatiste tentant d’élargir son pouvoir face aux présidents… sans même évoquer qu’elle avait promu une dynamique de R&D qui, des années durant, n’avait guère suscité en-dehors d’elle beaucoup d’appétence. Il a donc pu sembler étonnant qu’au moment où les missions locales ont besoin d’un singulier – un réseau – un tel discours de partition plutôt que de reliance, même dit avec souplesse et une conclusion « psychoaffective réconciliatrice », ait été tenu. Ceci étant, à ce qui a pu être perçu par certains comme du fiel a succédé une promesse de miel (« lune de miel ») et, somme toute, le président fût dans un rôle politique d’arbitrage : « La question de l’ordre, de la domination et du pouvoir n’a pas disparu. Les habits vertueux de la participation, de la proximité et du pluralisme ne doivent pas nous faire oublier les fonctions politiques d’arbitrage et de régulation de l’action collective. » (8) Basta, l’essentiel est dans ce que les uns et les autres parviendront ensemble à faire et, à ce sujet, l’Institut Bertrand Schwartz semble être en bonne voie d’aboutir. Avec l’UNML, l’ANDML, les partenaires sociaux et les jeunes. Ouf !

Pointures.

Restent, comme on dit, deux « belles pointures » : Alain Faure et Vincent Merle, le premier tout le jeudi, le second en clôture du vendredi. On en parlera la prochaine fois.

(1) Notons que, malgré son nom, ce personnage du réseau a parfaitement supporté la croisière côtière.

(2) « Consensus. Mot dont les sonorités nous mettent d’emblée à la limite de la grossièreté. Le fait qu’il soit invariablement « mou » n’arrange pas l’affaire. La consonance latine, qui lui donne un petit côté savant, l’a cependant sauvé de la déchetterie de la rhétorique. Et finalement, c’est heureux ! Car l’invocation du consensus rend d’immenses services pour surmonter les contradictions. {…} De plus en plus fréquemment gouvernée par des vieillards, qui finissent toujours par estimer que la leçon de leur longévité (politique) est « qu’il faut laisser du temps au temps », la France a fini par se complaire dans l’idée que la politique est l’organisation du consensus, alors que l’histoire a prouvé abondamment que c’est tout autant celle de la dispute. C’est vrai qu’il y a un âge pour tout. Et pourtant, quel consensus sans dispute préalable ? On pourrait au moins se mettre d’accord là-dessus, non ? » Martin Vanier, Les mots magiques du débat public. Dictionnaire sarcastique à l’usage du citoyen local planétaire, avec Emmanuel Négrier et Alain Faure (dir.), Pouvoirs locaux n° 51-58.

(3) « Quand il est question de gouvernance et non plus de gouvernement, quand l’excellence se substitue à la qualité scientifique, quand la compétitivité, devenue une fin en soi, remplace la compétition internationale pour la priorité de la découverte, on en conclut que la vision de la recherche construite au niveau national est désormais guidée par des concepts empruntés à une logique managériale. » Catherine Vilkas, « Des pairs aux experts : l’émergence d’un « nouveau management » de la recherche scientifique ? », Cahiers Internationaux de sociologie, 2009, Vol. CXXVI {5-12}, p. 64.

(4) On le sait, notre rapport au temps se modifie : le temps passé hier synonyme d’expérience l’est aujourd’hui d’obsolescence, nous courons au rythme de la nanoseconde, etc. La mémoire est également affectée, les informations du jour ne se sédimentant plus sur celles d’hier et d’avant-hier mais les chassant. C’est dommage. Rappelons-nous que ce même Luc Ferry avait commis avec Alain Renaut La pensée 68 (1988, Gallimard), ouvrage haineux destiné à « liquider l’héritage de soixante-huit » – expression reprise plus tard par l’actuel président – qui lui valût de devenir le philosophe attitré et en cour de la droite. Pierre Bourdieu eût pour Luc Ferry une opinion aussi peu sociologique que synthétique : « Petit con ».

(5) Pierre-Emmanuel Lecerf, Emmanuel Monnet, (supervision) Véronique Hespel, Etude comparative des effectifs des services publics de l’emploi en France, en Allemagne et au Royaume Uni, Inspection Général des Finances, janvier 2011.

(6) En cela d’ailleurs, Véronique Hespel participe totalement de la « culture » de l’IGF telle qu’elle-même en parle dans un article de la Revue Française des Affaires Sociales (20°10, 1-2) : « À l’heure de la LOLF, un service comme celui de l’Inspection générale des finances (IGF) consacre l’essentiel de son travail à l’évaluation des performances de politiques, d’organismes ou de procédures publiques. {…} l’Inspection générale des finances qui consacre aujourd’hui l’essentiel de ses forces de travail à l’évaluation des performances publiques, sous des formes diverses. L’IGF a dû en conséquence faire évoluer ses méthodes et son organisation. Si ses travaux présentent d’incontestables limites par rapport aux canons de l’évaluation idéale, ces limites sont assez largement partagées et interrogent la démarche évaluative elle-même et l’usage qui peut en être pratiqué. »

(7) S’élever avec force et vigueur, c’est l’invitation de Daniel Borrillo et Victor Gutierrez Castillo, enseignants aux universités de Paris-Ouest et Jaen (Andalousie), dans une contribution à la page « Débats » du Monde du 8 juin, « Indignons-nous tous, à Paris comme à Madrid ! » : « … En France, la situation n’est guère plus avantageuse {qu’en Espagne, ce qui a justifié le mouvement des « Indignados ») : entre 1996 et 2006, les 10% des salariés les moins bien rémunérés ont gagné 131 euros de plus et les 0,1% mieux rémunérés 5 426 euros ! Un cadre gagne en moyenne dix fois plus qu’un ouvrier. Et selon le palmarès établi par Les Echos le 26 avril, les grands patrons français ont touché un salaire 24% plus élevé en 2010 qu’en 2009, pour un montant moyen de 2,46 millions d’euros, soit 150 fois la valeur du smic ! »

(8) Alain Faure, « Les douces assonances de la gouvernance », conférence CERTU, 27 juin 2007, Grand Lyon.

A chaque jour ou semaine suffit sa peine, pas d’écho aujourd’hui sur comment va le monde et cela vaut mieux car la lecture de la presse offre en sortie deux hypothèses : le prozac contre la dépression ou l’anachorète contre la misanthropie… Pas d’article mais, par contre, un renvoi sur le site du Conseil Général de Loire Atlantique avec deux possibilités :

Cliquant ici , on atteint la rubrique du magazine du Département et, si on le souhaite, on peut tourner les pages pour aller jusqu’au dossier « Les jeunes comme ils sont » avec la possibilité, page 15, d’un article de votre serviteur, « Construire une politique jeunesse avec les jeunes ». Même si la photo en médaillon justifierait un dépôt de plainte…

Second choix en bonus, si l’on n’est pas saturé, on peut cliquer et, magique, on a l’interview in extenso. Tant qu’à s’amuser, autant l’écouter : c’est probablement une affirmative action en direction des mal-voyants mais la lecture d’un de ses écrits par une voix féminine d’intelligence artificielle mérite le détour. Un quasi-sketch. Hormis la plaisanterie, la philosophie qui souffle du côté du Conseil Général de Loire Atlantique a des effluves d’éducation populaire et c’est bien.

Côté éducation nationale, hélas, c’est moins bien et c’est parfaitement exprimé avec ce courrier à Pôle Emploi en première page de l’hebdomadaire palmipède paraissant le mercredi… un anticorps hebdomadaire absolument indispensable face au déversement quotidien de sottise.