Pique-nique et Schopenhauer

Publié: juin 19, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures

Erratum…

Les récentes contributions qui suivent de (très fidèles) lecteurs méritent d’être reportées en front-line car je ne suis pas certain que chacun ait le réflexe, un article lu, d’aller cliquer sur le petit icône en haut à droite signifiant une ou des contributions. J’en profite pour un erratum puisque j’écrivais dans le dernier article que  chacun des postes occupés par Vincent Merle  s’était soldé par la disparition de l’organisme ou du ministère concerné et citais le CEREQ… qui existe toujours. « Pour combien de temps? » est une autre question puisque Alternatives économiques (n° 303, juin 2011) nous apprend que le Centre d’études et de recherches sur les qualifications vient de se voir retirer 15% de son budget : « Le ministère de l’Emploi s’est toutefois engagé à assurer les moyens « nécessaires à son activité en 2012 », mais pour la suite, les perspectives sont très incertaines. »

Confirmation

Dans le compte-rendu des journées marseillaises de l’ANDML je notais que l’inspectrice générale des finances Véronique Hespel m’avait étonné avec une insistance particulière sur la performance et ce qui m’avait semblé presque comme une aspiration : au Royaume-Uni le taux de retour à l’emploi est plus élevé grâce à la pression exercée sur le demandeur d’emploi… y compris par l’épée de Damoclès de subsides se réduisant au bout de six mois en peau de chagrin. Je n’avais pas rêvé. Ci-dessous des extraits de l’audition le 31 mai par la « Mission commune d’information relative à pôle emploi » du Sénat de Mme Véronique Hespel, inspectrice générale des finances, et de MM. Pierre-Emmanuel Lecerf et Emmanuel Monnet, inspecteurs des finances, auteurs de « L’étude comparative des effectifs des services publics de l’emploi en France, en Allemagne et au Royaume-Uni ».  M. Claude Jeannerot est le président de cette commission, M. Jean-Paul Alduy, son rapporteur. Les phrases soulignées sont de mon fait, confirmant par exemple que l’efficience est le critère déterminant – somme toute un système qualité réduit à la chasse au gaspi serait tout-à-fait acceptable – et qu’il est de bon ton de parler « d’activation » plutôt que de contrainte. On appréciera également que, d’un côté, on promeuve la « gouvernance » qui implique de mettre autour d’une table toutes les parties prenantes et que, d’un autre côté, on déplore l’absence d’économie d’échelle qu’induirait la concertation.

M. Claude Jeannerot, président. «  Avez-vous comparé la durée moyenne du chômage dans ces différents pays ? L’efficacité de l’accompagnement s’évalue aussi à l’aune de ce critère. »

Mme Véronique Hespel. « Nous sommes malheureusement les champions en ce domaine. Du point de vue des finances publiques, une seule question compte : ces moyens humains rapportent-ils ? Nous avons étudié toutes les évaluations britanniques et allemandes, qui attestent que l’intensification de l’accompagnement réduit la durée d’indemnisation. Les Britanniques ont décidé d’intensifier le suivi car cette approche est la moins coûteuse. Cependant, les effets d’un suivi plus intensif dépendent du niveau d’emploi, des salaires, de la politique d’offre et du niveau de l’indemnisation. Le système britannique indemnise les demandeurs d’emploi au chômage depuis plus de six mois à un niveau équivalent à celui du RSA, ce qui rend moins surprenante la plus faible durée d’indemnisation en Grande-Bretagne. »

M. Jean-Paul Alduy, rapporteur. « Le système britannique oblige-t-il les demandeurs d’emplois à accepter une offre d’emploi ? »

Mme Véronique Hespel. « Le point fort de ce système est l’activation. » {…} « Le nombre de bénéficiaires du revenu de solidarité qui ne sont pas effectivement demandeurs d’emploi est à peu près le même en Allemagne et au Royaume-Uni. Cependant, l’incitation à rechercher un emploi est plus forte au Royaume-Uni qu’en France ou en Allemagne car le lien entre indemnisation et recherche d’emploi est plus fort et contrôlé tous les quinze jours. »

Mme Véronique Hespel. « Je me suis rendue récemment dans une mission locale où j’ai assisté à un comité de distribution des aides d’un fonds départemental. Dix personnes ont traité soixante dossiers en une matinée. Toutes les collectivités étaient présentes en plus de la mission locale, ce qui interdit toute économie d’échelle. Il convient de rationaliser le système dans l’intérêt du demandeur d’emploi. »

Mme Véronique Hespel. « A l’occasion d’une enquête sur l’insertion, j’ai constaté la lassitude des usagers lorsqu’ils devaient raconter leur parcours à une multitude de personnes différentes. »

Bref, ce n’est pas parce que l’IGF a produit un rapport favorable aux missions locales que les autres rapports, en l’occurrence celui présenté sur les services publics de l’emploi, doivent passer comme une lettre à la Poste.

Débats

Sur le compte-rendu des journées professionnelles de l’ANDML, chronologiquement tout d’abord, « pioupiou 44 », un conseiller qu’on ne présente plus et qui apporte sa pierre (bien polie) à l’édifice du portefeuille de compétences…

Pioupiou 44 : « En tant que pioupiou discipliné (enfin presque), nous avons droit à quelques formations chaque année. Je sors de l’une d’elles qui portait justement sur l’orientation avec un très bon intervenant, breton de surcroît (c’est une expression, ne cherchez pas surcroît sur une carte et pas sur l’île de croix, euh Groix), ancien pioupiou de plus (non, là, je ne la refais pas …), et bien connu de Philippe Labbé himself {P.L. : il s’agit de Stéphane Mabon}.

C’est quoi le rapport ? Eh bien, ce fameux passeport formation existe déjà ! Et je l’ai vu ! Il doit évoluer avec la nouvelle loi mais il est téléchargeable par tout un chacun : avec notice explicative et tout et tout. C’est même du PDF remplissable (je ne suis pas sûr de l’expression cette fois-ci !).

Alors, est-ce qu’on diffuse à tout le monde ? Est-ce qu’on l’utilise ? S’il y a des retours d’expérience, je suis bien sûr intéressé. »

Puis Régis, directeur de mission locale dans une région bénie des dieux… en tout cas de Bacchus.

Régis : « Je retiendrai aussi d’Alain Faure – à réinviter, à requestionner – qu’il voyait en cette journée une sorte de psychothérapie de groupe… Il y a moins de dix ans, à ma première réunion de directeurs et directrices de Missions locales, j’avais eu cette impression. Il est vrai que le réseau des Missions locales a tendance à se resserrer lorsqu’il se sent (s’imagine ?) agressé (la France ne s’est-elle pas construite en se battant contre un potentiel agresseur en interne et un autre en externe ?), mais qu’il a beaucoup plus de mal à se défendre par l’attaque, c’est-à-dire en mettant en avant toutes ses réalisations et toute sa capacité d’innovation. Peut-être, certainement, l’Institut Bertrand Schwartz permettra cette ouverture (là, c’est l’ancien rugbyman qui parle et défend les équipes qui jouent le jeu et non celles qui se construisent sur la défense… Coupe du monde oblige).»

Autre contribution toujours de Régis mais, cette fois, en faisant appel à la philosophie… Les psychanalystes parleraient d’attirance – répulsion. :

Régis : « La relation Président -Directeur…. n’est-ce-pas la métaphore de Schopenhauer sur les porcs-épics… Devant la rudeur du climat, ils doivent se rapprocher, mais alors ils se piquent et doivent s’éloigner… jusqu’à ce que le froid les conduisent à se rapprocher à nouveau… puis à s’éloigner… Après toute une période de rapprochement et d’éloignement, ils trouvent une position qui les protège tout à la fois du froid et des piquants…

Il y avait « PE » pour Pôle emploi, il y aura maintenant « PE » pour Porc-Epic… qui peut relater de nombreuses relations, bien au-delà de celles entre un Président et un Directeur de Mission locale. »

C’est bien connu, la philosophie est une question de débats… auquel concourt Jean-Philippe. Idem, on ne le présente plus.

Jean-Philippe : « N’en déplaise à notre directeur contributeur, je ne suis pas persuadé que la fameuse métaphore de Schopenhauer s’applique à la relation Président/Directeur. En effet, pour Schopenhauer ce ne sont toujours que des porcs-épics qui s’éloignent et se rapprochent. Ils sont de la même espèce, ce sont des semblables.

Or, le Président et le Directeur ne sont ni semblables, ni des semblables. La métaphore ne trouve donc pas ici à s’appliquer. Nous pourrions retenir les aspects piquants et urticants de la chose.

Tant qu’à évoquer les porcs-épics autant parler de la devise « Qui s’y frotte s’y pique » qui doit sans doute trouver à s’appliquer au couple Président/Directeur et de manière réciproque ! A ce moment-là, un seul des deux serait le porc-épic pour l’autre.

Si l’on veut garder Schopenhauer en lice, alors autant évoquer pour cette relation Président/Directeur, une autre citation « La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui »… (dans Le monde comme volonté et comme représentation).

Souffrance du directeur… Ennui de la Présidence… Belle oscillation, ma foi ! »

Nul doute que les uns et les autres pourront de vive voix poursuivre ce débat… à l’occasion d’un tout prochain pique-nique. A ce propos, je me suis laissé dire que les pioupious qui marchent la tête en bas dans l’Océan indien (et qui ont une aussi forte qu’agréable tradition de pique-nique) pourraient faire de même chez eux ce 23 juin… Expression d’une solidarité de la communauté professionnelle à 10 000 kms du Champ de Mars. La distance est à l’appartenance ce que le vent est au feu : elle éteint la petite et ravive la grande !

Caleçons

Bien, force est de constater l’avancée impitoyable du (beau) temps : juillet s’approche et avec lui la trêve des maillots de bain. Ce blog a désormais suffisamment d’antériorité pour que l’on puisse statistiquement y déceler quelques régularités. Ainsi l’été – probablement une question d’hormones, de testostérone ou d’estrogènes – n’est-il pas favorable à la lecture et à la réflexion sur ce (foutu) réseau avec – indicateur de « performance » pour être dans l’air du temps – un infléchissement mécanique de moitié des visiteurs : 7 800 en juillet-août 2009, 6 500 en 2010. Inutile de tenter un remake de La Chute

Prophète du passé, historien du futur.

Votre serviteur, de son côté, va en profiter pour se ressourcer, lire… avec parfois des surprises… J’écoutais il y a quelques jours sur France Culture Lucien Jerphagnon, un philosophe, et, séduit, même enthousiaste, décidais séance tenante, cela ne pouvait souffrir plus d’une heure, d’acheter son dernier ouvrage, La… sottise ? Vingt-huit siècles qu’on en parle (2011, Albin Michel). Et bien, patatras ! Rien à se mettre sous la dent, zéro à surligner, nothing à reporter dans mon petit carnet, sorte d’anti-sèche face à l’angoisse blogeurienne de l’écran blanc des nuits blanches, aucune petite phrase qui impacte, stimule, titille, qui met du relief dans l’agencement toujours trop policé des mots d’un article. C’est rare et décevant. Ce matin, toujours à France Culture, c’était le médiologue Régis Debray qui était invité avec son dernier livre, Du bon usage des catastrophes (Gallimard). Plein de choses à noter comme « Les économistes sont des prophètes d’hier ou d’avant-hier. » Je vais l’acheter, on verra. On ne se refait pas.

Bref, ce blog va se mettre en congé… du moins d’émission puisque la réflexion, le « back-office », va profiter de cette pause éditoriale pour faire le plein. Bien entendu, les contributions, toujours souhaitées, seront accueillies et, a fortiori puisqu’il n’y aura plus d’articles, placées en front-line. Il reste de toute façon d’autres blogs actifs – mais comment font-ils, nom d’une pipe ! quelle santé ! – et incontournables : l’ami Abhervé et l’ami Willot , le blog Informer autrement de Christian Bensi et puis tous ceux que vous connaissez, qui constituent votre tribu, votre cercle affinitaire.

The show must go on…


En principe, je reviens en septembre… et souhaitais avant cette éclipse saluer ici quelqu’une qui ne reviendra pas, qui a choisi de quitter le réseau et qui est venue le saluer aux journées marseillaises de l’ANDML. C’est une directrice de mission locale avec qui nous avons fait un beau bout de chemin pour accompagner son équipe dans un projet associatif de structure désormais finalisé, communiqué. Elle vit sur un caillou volcanique de l’hémisphère sud, là où les pioupious marchent la tête en bas et risquent à tout moment de chuter dans les abysses cosmiques. Nous avons bien travaillé ensemble : c’était « pro » et amical, volontariste et confiant. Bonne route, Sophie ! Kenavo ar wechal ! C’est du créole celte et ça veut dire : « Au-revoir et à la prochaine ! » Assurément.

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    J’avais présenté ici l’expérimentation du tutorat externe comme quatrième pied (après le jeune, le maître d’apprentissage et le centre de formation) pour sécuriser le parcours des jeunes en alternance… Notre évaluateur commence à produire : « toutes choses égales par ailleurs, un jeune qui ne bénéficie pas de l’accompagnement du tuteur a 2 fois plus de chance de connaître une rupture de contrat que celui qui en bénéficie ».
    Pour rappel, cette expérimentation portait la première année sur tous les apprentis dans le secteur café-hôtellerie-restauration (451) du département de Cote d’Or et s’appuyait sur une randomisation…
    J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet, attaquant bientôt la commande finale : comment généraliser l’expérimentation??? Les vacances ne sont pas encore là pour tout le monde….

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