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Un tour à Tours

Publié: octobre 31, 2010 dans Insertion/missions locales

Succès.

Même si un train qui arrive  l’heure n’est pas une information, il faut reconnaître que cette 1ère rencontre des missions locales organisée par l’UNML a été un vrai et bô succès… et pas uniquement par sa fréquentation visible avec un grand amphithéâtre qui n’a pas désempli au fur et à mesure du déroulé du programme. Dommage que l’organisation n’ait pas prévu un questionnaire d’évaluation : elle aurait certainement été flattée des résultats… Bien entendu, on reviendra sur les moments forts de cette manifestation, que le CNML a cru devoir – à tort – bouder, ce que le président, Jean-Patrick Gille, a su dire à demi-mots et tout en finesse.

Humour.

Le nouveau président de l’UNML est en effet un rhétoricien qui manie avec doigté l’humour, l’allusion et l’omission signifiante (ne pas citer pour faire remarquer). Chacun s’accorde sur ce point comme, par exemple, la CGT qui écrit dans un compte-rendu d’une rencontre entre le président de l’UNML et les partenaires sociaux « la rencontre fut cordiale, Jean Patrick Gille manie beaucoup l’humour. » (7 octobre 2010). Ce président n’est pas qu’habité par Pierre Dac et dit les choses (1), ce fût particulièrement le cas à la DGEFP, trouve des expressions heureuses telles que « les missions locales, c’est le réseau de ceux qui n’ont pas de réseau » (on peut tirer la ficelle du capital social) et mobilise non en séparant mais en reliant : ainsi, par exemple, cette invitation à ce qu’une autre rencontre UNML soit organisée synchroniquement avec les journées professionnelles de l’ANDML… On est bien loin des dissensions malheureuses du 6 octobre 2009 où l’UNML adressait aux présidents de missions locales un courrier dans lequel on pouvait lire, entre autres, « La position de l’ANDML qui se présente désormais comme « l’un des représentants du réseau » ne paraît plus acceptable en ce qu’elle met en danger le réseau. » Tant mieux. Resserrer plutôt que séparer ; une pensée de la complexité et de la « reliance », pour reprendre Edgar Morin, plutôt qu’une pensée disjonctive.

Force de la faiblesse.

Les témoignages de jeunes – sept face à cet immense amphithéâtre… ce n’est pas rien -, furent un temps – insuffisant qualificatif – fort, en particulier avec le récit par une jeune fille africaine de sa galère, pour ne pas dire de son aspiration dans une spirale dramatique, depuis une pathologie la menaçant de perdre la vue jusqu’à l’errance sans domicile en France, le côtoiement d’individus moins amicaux que concupiscents, une situation actuelle hors-la-loi de sans papier…  Un récit fort de la faiblesse de cette jeune fille ; ; l’illustration aussi du déséquilibre entre le Sud et le Nord, de l’inhumanité des contraintes administratives (délai de dix ans avant d’obtenir un autre visa… largement plus que le temps nécessaire pour devenir aveugle). Le raisonnement parallélépipédique de certains, qui voudraient faire entrer des individus humains donc patatoïdes dans des cases strictement économiques, paraissait bien dérisoire, incongru.

Une place.

Autre temps fort et chargé d’émotion, cette vidéo de Bertrand Schwartz : assis et légèrement penché, il appelait avec une force et une vigueur inversement proportionnelles à sa fatigue à se lever pour que cette « place » annoncée dans la Charte de 1990  soit effective.  Espérons que, pour les piou-pious non présents, la vidéo sera visible sur le site de l’UNML. Espérons également que le thème de la « place » revienne au premier rang car force est de constater qu’il s’agirait plus aujourd’hui d’accompagner ad vitam… ce qui n’est pas la moindre des contradictions lorsqu’on ambitionne l’autonomie. L’accompagnement est et n’est qu’une modalité ; il ne doit pas occuper tout l’espace de discours jusqu’à faire disparaître la finalité : cette place. « En effet, si, à elle seule, la notion semble fortement lestée d’humanité, il ne faut pas oublier ce qui a été souligné plus haut : elle fait aujourd’hui système, dans les politiques publiques, avec celles de « projet », de « parcours », de « contrat », dont ont été pointées par ailleurs les affinités avec une conception libérale des rapports sociaux. {…} Cette notion d’accompagnement, qui à son origine, au moins dans l’esprit des pionniers qui l’ont défendue, se voulait émancipatrice {…} serait-elle progressivement changée en instrument de protection… de l’ordre social existant ? » (2)

Combinaisons.

Reconnaissons-le à leur décharge, pas facile quelques heures plus tard pour des intervenants qui, à une table ronde, tenaient un discours techno-désincarné de « la performance collective » autour d’un Hervé Sérieyx, toujours égal à lui-même (bons mots et métaphores), d’ailleurs moins animateur de cette table-ronde que la faisant tourner précoperniciennement autour de lui, avec toutefois, m’a-t-il semblé, de la vraie émotion. De la bonne humeur aussi quand, exprimant publiquement sa proximité avec le maître des cérémonies, on l’entendit l’interpeller « Patrick… non, Gilles… non Jean Patrick… » Restaient possibles les combinaisons « Patrick-Jean », « Gilles-Jean », « Jean-Gilles », etc. C’est pourtant simple : pour être président de l’UNML, il vaut mieux avoir un prénom composé comme Jean-Raymond ou Jean-Patrick… En tout cas depuis 2004.

Ouvrier de la première et de la onzième heure.

Notons l’annonce par le président de la création d’un institut de formation et aussi de R&D pour lequel, d’ailleurs, Sérieyx a joué les Séraphin Lampion, le pied, la tête et les épaules dans l’encoignure de la porte. Il a certainement beaucoup à apporter : on se souviendra qu’avec Isabelle Orgogozo il avait commis il y a bien longtemps un ouvrage intelligent sur la qualité (3) également intelligente… et que le réseau serait bien inspiré de concevoir son propre référentiel qualité plutôt que d’en abandonner la définition à la technostructure. Le choix de l’autonomie contre la contrainte de l’hétéronomie. Y’a pas photo.

Contacté pour cet institut, Francois Dubet – auteur de La galère, jeunes en survie (1987, Fayard) – serait de l’affaire et même, paraît-il, enthousiaste. Tant mieux ! C’est la démonstration que les missions locales sont désormais attractives et représentent un enjeu symbolique suffisamment fort (4)… en tout cas plus que lorsque Dubet, préfaçant L’insertion professionnelle des publics précaires de Denis Castra (2003, PUF), écrivait « l’efficacité propre des dispositifs d’insertion apparaît faible ou nulle » (p. 13) ou « Le problème est donc de savoir si l’insertion rapproche ses publics de l’emploi, ce qui est loin d’être établi. » (p. 14) et, ouvrant la voie que Castra empruntera avec sa violente critique des structures et acteurs de l’insertion (norme d’internalité et – sic – « handicapologie »), soupçonnait une « conception qui pose un malade à la place de l’acteur social. » (p. 14). A l’époque, avec un président de mission locale – Gino Mousseau – et une directrice d’une autre mission locale – Anne Fayolle -, nous avions répondu dans la revue Partage de septembre 2003, « Deux ou trois choses au sujet de l’Insertion professionnelle des publics précaires et, de façon plus générale, de la critique radicale des structures d’insertion dont, particulièrement, les missions locales ». On peut retrouver cet article en annexe du tome 2 des Bricoleurs de l’indicible (pp. 333-345).

La jeunesse : le retour.

Le gouvernement doit dare-dare mettre en place quelque chose pour se rabibocher du divorce avec la jeunesse française. Donc on va avoir un grand débat sur la jeunesse en France. Un « Grenelle » de plus. Bien sûr, l’UNML se positionne, il n’y a pire tactique que celle de la chaise vide. Plusieurs fois ici, j’ai cité Bertrand Schwartz qui, dans l’introduction et la dernière phrase de Moderniser sans exclure (5), écrivait : « Mon propos sera donc également politique. Parce que traiter de la formation, de l’insertion, de l’emploi, de l’organisation du travail, et préconiser des actions en la matière, n’est ni anodin, ni neutre. Toute innovation sociale est politique. Défendant des valeurs humaines et sociales, je préconiserai, aussi, une certaine politique. » (p. 9) et « … je suis, je l’avoue, de plus en plus révolté à la vue de tant d’existences qui se consument. Je ne me résigne pas à la résignation collective. D’où mon utopie ; mais est-ce une utopie ? Certainement, mais quel beau rêve ! Un rêve socialiste, je crois. » (p. 247). C’était en 1997. Depuis, les raisons de la colère n’ont fait que s’enfler et chacun appréciera à sa façon cette soudaine re-re-redécouverte du « problème jeunes », une jeunesse « sacrifiée », « abandonnée », « perdue » suivant l’inspiration de celles et ceux qui sont touchés par la grâce de la conscience aussi soudainement que, un jour de Pentecôte, les apôtres virent fondre sur eux les langues de feu qui les rendirent polyglottes, version un peu datée quoique spirituelle de la méthode Assimil. Il est des « vérités-foudre », pour reprendre l’expression de Michel Foucault, dont on se demanderait bien pourquoi elles n’ont pas été, depuis bien longtemps, des vérités-conscience… si l’on ne percevait les horloges électorales qui commencent à résonner. Cette utopie dont parle Schwartz, sorte de contre-poison à la résignation, me fait penser à ces mots du grand auteur uruguayen Eduardo Galeano : « Elle est à l’horizon. Je me rapproche de deux pas, elle s’éloigne de deux pas. Je chemine de dix pas et l’horizon s’enfuit dix pas plus loin. Pour autant que je chemine, jamais je ne l’atteindrai. A quoi sert l’utopie ? Elle sert à cela : cheminer. » (6)

Donc, il va falloir porter la parole des petits (jeunes) aux grands (gouvernement) et non l’inverse. Et faire de telle sorte que la lucidité, l’émotion, la conscience et l’éthique qu’ont stimulées ces journées ne se dégonflent pas. Eviter la catharsis, d’avoir été bien quelque instant pour replonger dans la dispersion.

Bazooka.

Ah oui, Martin Hirsch était de la partie et, contrairement aux us communes des grands de ce monde, n’est pas resté que le temps de sa table ronde : présent et attentif toute l’après-midi, il dîna même avec nous et, d’ailleurs, est reparti avec un panier tressé rempli de vanille de La Réunion et du projet associatif de structure que Fred, responsable de secteur de la mission locale Sud et grand promoteur du « Sud sauvage », n’avait évidemment pas oublié dans ses bagages. Aveu : « Au début du Grenelle de l’insertion, je me disais « On va enfin tordre le coup aux missions locales ». » (sic). Virage à 180° : un soutien fort et manifestement sincère d’Hirsch. Avertissement : concernant le rétrécissement des financements publics, nous n’en sommes qu’au début, « demain, ça sera au bazooka… » (re-sic).  Recommandation : concernant les expérimentations, s’organiser pour construire un argumentaire robuste, capitaliser, relier, « transversaliser »… La dynamique de R&D a du pain sur la planche. Ne pas trop tarder.

Sociologues.

De la première table ronde, le jeudi après-midi, on s’attendait à mieux sur le thème de l’autonomie. Par exemple, en disant qu’entre 1982 et aujourd’hui, une différence de taille est que l’insertion concernait il y a presque trente ans les 200 000 jeunes sortants du système de formation initiale sans diplôme ni qualification alors que désormais, exception faite de quelque cancre en fac de droit susceptible de prendre une présidence d’EPAD, c’est toute une génération, master 2 inclus, qui est confrontée à la question d’une insertion incertaine. D’où une question : insertion et socialisation secondaire sont-elles synonymiques ? Autre perspective : si l’approche globale ou holistique est le concept central des missions locales, l’altérité est celui de la pédagogie, donc de la socialisation – insertion. Or, ne pas accéder au monde du travail ou n’y accéder qu’en pointillés, brièvement, ne permet plus aux jeunes de rencontrer les adultes. D’où une socialisation endogène. D’où un déficit d’altérité. Enfin organiser la migration des concepts, de la thermodynamique à l’éducation : tout système qui ne communique pas avec son environnement est condamné à la désorganisation, à l’entropie. Autisme en psychiatrie, trou noir en astrophysique, endogamie et consanguinité en ethnologie… Du binge drinking aux psychotropes, on y est. Lors de l’expression directe des jeunes, l’un d’entre eux – version humoristico-NPA – nous a dit : « Aujourd’hui, le problème n’est pas de savoir ce qui va nous arriver demain mais de savoir quel emmerdement va nous tomber dessus. » On comprend la tentation de la fuite dans les addictions légales (TF1, video games, alcoolisations rapides…) et moins légales.

En conclusion…

Notons pour finir qu’à plusieurs reprises le rapport de l’IGF fût cité, un de ses auteurs étant d’ailleurs présent. Il faudra d’ailleurs, à l’occasion, revenir sur certains points insuffisamment remarqués tels que « la mise en place d’un code de déontologie » (p. 27), la composition du conseil d’administration d’une mission locale – « L’Etat devrait être représenté au conseil d’administration par le DIRECCTE (ou son représentant). Les autres administrations n’y siégeraient pas. En outre, l’Etat ne participerait plus à la prise de décision au sein du conseil d’administration. Il aurait en revanche une voix consultative. » (p. 27) – et l’insistance pour que les missions locales se dotent d’un projet associatif : « Demander à chacune des missions locales d’élaborer un plan stratégique (projet de structure) intégrant l’ensemble de ses contraintes et précisant le projet associatif et les actions prioritaires ainsi que les conséquences organisationnelles et financières. » (p. 27). Il est des moments, probablement un peu vaniteux, où il n’est pas désagréable de constater qu’on n’était pas totalement dans le faux. A fortiori si l’on y ajoute le thème du conseil consultatif jeunes qui, désormais, est porté au plus haut niveau. Enfin.

(1) On peut écouter la question orale au gouvernement de Jean-Patrick Gille sur l’emploi des jeunes, le 19 octobre 2010 sur dailymotion.

(2) Changer le changement: on peut abolir les bureaucraties, 1989, Seuil.

(3) Francie Mégevand, « L’accompagnement, nouveau paradigme de l’intervention publique », (sous la dir.) René Ballain, Dominique Glasman, Roland Raymond, Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale {1980-2005}, 2005, PUG, pp. 198-199.

(4) Un collègue directeur, feuilletant deux ouvrages que je venais d’acquérir, me faisait remarquer tout à fait judicieusement que pour l’un et l’autre, L’insertion est une relation (2010, Les éditions de l’Atelier/Les éditions Ouvrières) et L’insertion socioprofessionnelle des jeunes, une urgence ? (2008, L’Harmattan), les deux auteurs, Catherine Bernatet et Roland Smolar, mettaient en avant sur la 4ème de couverture leur lien avec les missions locales soit comme consultante, soit comme administrateur. Le temps où personne n’écrivait sur les missions locales, ni s’en réclamait, est révolu.

(5) {1994} 1997, éditions La Découverte.

(6) Las Palabras andantes, Siglo XXI, Madrid, 1993. Plus récemment, Louis Chauvel (que l’on commence à voir beaucoup, avec ses petites lunettes rondes, sur les plateaux de télévision) signait dans L’Humanité du samedi 23 octobre un article, « Les problèmes de la jeunesse sont devant nous et non derrière nous ». Et bien oui, au dépit sans doute de ceux qui imaginent que, le mouvement social s’essoufflant, les jeunes rentreront calmement dans les enceintes scolaires ou universitaires… et que les insiders adultes pourront continuer à insidérer en rond et entre eux. Louis Chauvel reprend sa thèse, fort bien développée dans La peur du déclassement (nombre de fois cité ici – Seuil, 2009, collection « La république des idées »), le déclassement (« L’immense majorité des jeunes doit se contenter de conditions inférieures à celles de la classe ouvrière des années 1970. »). Et, contrairement à ceux qui poussent des cris d’orfraies face au risque d’une contamination politique d’une jeunesse ontologiquement pure, Louis Chauvel espère que « ce mouvement favorise une repolitisation de la jeunesse. » Car, aujourd’hui avec Chauvel comme hier avec Schwartz, bien évidemment que l’insertion, l’emploi, la place des jeunes dans la société sont un sujet politique. Eminemment politique.

Le même quotidien, le même jour, une lettre ouverte d’ATD Quart Monde au premier ministre : « Regardez donc les jeunes comme une chance ! » Des mots assez forts, de la révolte : « apartheid social… une école qui ne cesse de trier et d’humilier les pauvres… la discrimination des pauvres est moralement inacceptable et doit être légalement interdite…» Entre Chauvel qui parle de « classe ouvrière » et « les pauvres » d’ATD Quart Monde, alors que le vocabulaire de l’idéologie dominante distille depuis des années du doucereux « CSP », du compassionnel « personnes défavorisées », où allons-nous sapristi ?

Intelligence partagée.

Comme promis, une analyse partagée du rapport de l’IGF, mais également sa mise en perspective avec celui de l’IGAS, par Michel Abhervé et moi-même. Le fait que l’un et l’autre nous soyons bretons, qui plus est finistériens (et du nord Finistère), ne constitue pas un biais épistémologique. Du moins a priori. Lecture donc au choix sur ce blog ou sur l’autre, seules les illustrations peuvent varier. Bonne lecture et bonnes contributions !

Satisfecit partagé… avec de sérieuses nuances.

On l’avait vu avec la dépêche de l’AEF, le rapport de l’Inspection Générale des Finances (IGF) est nettement favorable aux missions locales. On pouvait ne pas s’y attendre, l’IGF partageant a priori assez médiocrement la culture de ces structures mais, pan sur le bec, il faut se défier de nos préjugés ! Peut-être la « supervision » de Jean-Baptiste de Foucauld n’est-elle pas étrangère à la bienveillance (1) – empathie serait excessif – de l’IGF. On observera toutefois que la culture économique, avec une surexposition du critère d’efficience, n’est malgré tout pas oubliée. Loin de là.(2)

Nous traiterons également dans cet article, en complément, des apports d’un autre rapport synchrone, cette fois de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS), L’accès à l’emploi des jeunes des quartiers de la politique de la ville, qui s’il a une entrée spécifique, les jeunes des quartiers, n’en a pas moins approché de façon approfondie certains aspects du réseau des missions locales,  (y compris dans leur dimension rurale) et qui a formulé des propositions allant très au-delà  du champ de sa saisine.

En chœur…

Notons en introduction que les deux rapports, IGF et IGAS, s’ils ont des différences d’approche et des nuances significatives, que nous allons analyser, convergent et plaident pour un renforcement du réseau des missions locales

– IGF : « Tous les éléments qui concourent à la consolidation et à l’intensification du réseau sont utiles pour exploiter le potentiel du dispositif. » (p. 31).

– IGAS : « Le rôle des missions locales doit être réaffirmé dans l’accompagnement jusqu’à l’emploi des jeunes en difficultés. Le resserrement du réseau pour permettre une meilleure couverture territoriale et le traitement de difficultés ponctuelles sont nécessaires dans l’attente d’une réorganisation statutaire qui ne peut pas se concevoir dans une période de crise économique. » (p. 52)

Il est d’ailleurs probable que ces appréciations convergentes aient contribué à permettre de limiter les dégâts pour le financement par l’Etat du réseau en 2011, maintenant l’effort sur le financement de base alors que la baisse était actée en début d’été, même si la disparition des crédits du plan de relance pose problème alors que la situation de l’emploi des jeunes demeure critique. On lira avec profit l’article « Les jeunes sont doublement mis à l’écart » (Le Monde, 16 octobre 2010), dans lequel Olivier Galland décrit assez bien l’ampleur de cette mise à l’écart : « Mais la coupure est plus profonde. Les jeunes sont doublement à l’écart du reste de la société. D’abord parce que nous avons, d’un côté, les « insiders », des adultes qui occupent les emplois stables et, de l’autre, des jeunes triés de façon impitoyable par un modèle élitiste de sélection scolaire et qui peinent à trouver leur place. En quête du fameux CDI, la plupart finissent par y parvenir mais au terme d’un parcours semé d’embuches. Les jeunes sont aussi à l’écart parce que, face à cette société qui ne fait que leur entrouvrir la porte, ils se replient sur l’entre-soi, la culture émotionnelle, festive et communicationnelle. »

Sursaut.

L’intégralité du document de l’IGF totalise plus de 300 pages et cela fait beaucoup… sauf que le rapport stricto sensu dépasse à peine les trente pages… c’est dire le poids des annexes dont le statut ne signifie pas qu’il faille les ignorer ; on y trouve des données intéressantes et des calculs plus ou moins savants. Outre une étude statistique assez fouillée, l’IGF a enquêté auprès de sept missions locales, y auditant directions, personnels, parrains et partenaires, auprès d’animations régionales, de services déconcentrés de l’Etat, de collectivités, des instances du réseau (UNML, CNML), etc.

Bon, pour tout dire, à la quatrième ligne de l’introduction on sursaute en se disant qu’annoncer que « les investigations sur place ont permis de comprendre le métier des missions locales » augure étonnamment puisque, si Bertrand Schwartz est correctement orthographié, son rapport devient L’insertion économique et sociale des jeunes : l’insertion « professionnelle » mutant en « économique », on n’est pas très loin, tropisme institutionnel aidant, d’un lapsus qui, toutefois, n’atteindra pas celui d’une aussi célèbre que mal articulée inflation.

Trois parties pour ce rapport IGF : ce qui se fait dans les missions locales, comment, avec quels moyens et quels problèmes ? L’organisation du réseau, ses facteurs structurants, sa gouvernance ? Enfin, vingt-cinq propositions ventilées dans trois objectifs. Indisciplinés, nous ne suivons pas rigoureusement l’IGF mais irons assez rapidement aux propositions.

Fédérateur d’énergies.

« Des structures fédératrices dont la gestion et les résultats dénotent un réel potentiel », tel est le titre encourageant du premier chapitre (« L’expérience de fédérateur d’énergies des missions locales », peut-on aussi lire en annexe 3), ses trois paragraphes poursuivant sur cette « positive attitude » pour reprendre la jeun’s expression d’un ex-Président de l’ARF puis ex-Premier ministre signataires, l’une et l’autre même personne, des protocoles 2000 et 2005 : « Des structures fédératrices qui fournissent un service intégré d’accompagnement global orienté vers l’emploi » (1.1.), « Une situation financière saine dans l’ensemble mais d’importants points de vigilance à observer » (1.2.) et « Des résultats qui, bien qu’à considérer avec prudence en raison des insuffisances lourdes de l’évaluation, témoignent du potentiel des dispositifs » (1.3.).

Synthèse des forces.

Passées les quelques données financières (qui paye ? où est mis en évidence le fait que l’Etat n’a compensé que partiellement la baisse des financements du Fonds Social Européen ?), l’IGF reconnaît l’intérêt du statut associatif, « garant de l’autonomie des missions locales par rapport à chacune de leurs composantes » : « Etant juridiquement distinctes de leurs membres, les missions locales font la synthèse des forces économiques, associatives et sociales pour mettre en œuvre les politiques dont elles sont l’instrument. »

La fièvre jeune.

Elle reconnaît aussi la capacité de ce réseau décentralisé à toucher le public concerné et donc à assurer une bonne couverture,  même si elle met également en évidence de fortes inégalités territoriales. Le rappel que les jeunes accompagnés par les missions locales sont deux fois et demi plus nombreux que les jeunes inscrits à Pôle emploi en catégorie A révèle bien le caractère très relatif des statistiques produites par Pôle emploi concernant les jeunes et la faible crédibilité des analyses construites à partir de ces seuls chiffres pour affirmer que la situation de l’emploi des jeunes dans la crise ne s’est pas dégradée. Ben voyons, c’est comme l’essence qui n’a pas augmenté dès lors qu’on en met toujours pour vingt euros… Casser le thermomètre pour chasser la fièvre.

La mission sait aussi mettre de l’intelligence dans le traitement des données chiffrées. Quand elle tente de comparer les résultats respectifs pour l’accès à l’emploi de Pôle emploi et des missions locales, elle met en évidence le fait que Pôle emploi n’a parmi ses jeunes inscrits que 12 % d’un niveau V et infra, alors que les Missions locales en ont pour leur part  69%… ce qui rend toute comparaison aléatoire.

Encore un effort !

Les quatre inspecteurs qui ont commis ce rapport ne semblent toutefois pas avoir précisément compris ce qu’est l’approche globale. Ainsi, selon eux, celle-ci « est envisagée comme le moyen de lever les obstacles à l’insertion dans l’emploi », ceci signifiant une hiérarchisation entre social et professionnel, le premier étant au service du second : on est toujours dans un raisonnement qui sépare, cloisonne, hiérarchise alors que la pensée complexe, elle, relie. Encore un effort pour être systémiques, messieurs de l’IGF ! Mais il faut quand même saluer le fait que la mission locale est considérée, au-delà de pratiques locales qui peuvent différer, comme « un intégrateur de services en direction des jeunes » et qu’il y a bien un métier « consistant à fournir aux jeunes de 16 à 25 ans un service intégré, comportant d’une part une prestation d’accueil et d’accompagnement et, d’autre part, l’accès à des services produits par différents opérateurs locaux en général extérieurs à la Mission locale  … reposant sur trois piliers : l’accueil, l’entretien, les partenariats. » Bon, à la réflexion, il n’est pas certain que ce triptyque soit tout à fait exact : « projet – accompagnement – partenariat » conviendrait mieux…

Qui bene amat…

Des vingt-quatre premières pages qui précèdent les vingt-cinq propositions, on ressort avec le sentiment que les rédacteurs ont saisi quelques caractéristiques mais parfois s’y sont dispersés, de « l’engagement personnel parfois militant » des conseillers à l’accueil sur flux, du principe de subsidiarité (« si l’offre existe localement, la mission locale noue avec le prestataire les liens nécessaires {…} si le service n’existe pas, la mission locale peut le susciter. ») à une « capacité limitée à gérer des financements spécifiques » (FSE), des « difficultés méthodologiques d’évaluation de la performance des missions locales » à la « dénomination « mission locale » {qui} ne fait actuellement l’objet d’aucune protection juridique », etc.  Bref, la meilleure lecture peut s’inspirer de « l’attention flottante » chère aux psychanalystes avec, de temps à autre, un sursaut de la conscience soit parce que l’on est caressé, soit parce que l’on est piqué. Côté caresses, par exemple, « Il en ressort que les missions locales, globalement, atteignent les objectifs qui leur sont assignés par l’Etat » ; côté piqûre, autre exemple, un accompagnement des jeunes en CIVIS qui « reste assez peu dense : 6,2 entretiens par jeune en moyenne en 2009, ce qui est inférieur à l’entretien mensuel prescrit par les textes. » Précisons que les piqûres ne sont pas nécessairement contestables : qui bene amat, bene castigat… Entre ces deux pôles, laudatif et critique, quelques réflexions étonneront. Ainsi, s’agissant de performances, le fait que celles-ci « sont d’autant meilleures que le taux de chômage dans leur ressort {le territoire d’intervention} est faible » flirte avec le truisme : il est sans doute plus facile d’insérer professionnellement dans un bassin dynamique qu’atone.

Poireaux et carottes.

Autre comparaison, celle du coût des missions locales – 718 €/jeune suivi – comparé à ceux des centres Défense 2ème chance – 30 000 € – et des Ecoles de la 2ème chance (E2C) – 7 000 € -, qui mélange poireaux et carottes… seule la comparaison avec le contrat d’autonomie (1 860 € hors allocation) présentant une pertinence (voir sur ce sujet particulier l’article de Michel Abhervé « La mise en oeuvre du contrat d’autonomie condamnée par deux rapports officiels« ).

Pifométrie.

Dernier exemple, le constat selon lequel « un dialogue de gestion décentralisé est une méthode pertinente car elle permet de tenir compte des contextes locaux sans recourir à une modélisation statistique systématique complexe au demeurant inexistante », ce qui revient à considérer que la pifométrie suffit pour analyser et pondérer les indicateurs de résultats par les indicateurs de contexte et de ressources : si le bon sens des interlocuteurs de ce dialogue de gestion peut dans certains cas effectivement pondérer les résultats, force est de constater qu’on ne peut de ce postulat local en faire un principe général fiable et, subséquemment, qu’à l’échelle des quelques cinq cents structures le bon sens dérive en sens commun et traitement aléatoire. D’autant plus que l’IGF, dans l’annexe 3, écrit : « Dès lors, l’élaboration d’indicateurs de performance ne peut se faire de façon pertinente hors de la prise en compte du contexte local particulier. De même, cette contextualisation obère les comparaisons entre les structures. » (p. 97). Autrement formulé et comme exprimé dans « Les missions locales {encore} au rapport » (Philippe Labbé, 23 septembre 2010), « … à ce jour, aucun modèle n’a été conçu permettant de calculer cette corrélation, autrement dit on ne dispose pas des modalités de calcul des facteurs, traduits en indices, de pondération : les données de contexte, parfois fournies par les SEPES, parfois par les missions locales lorsqu’elles ont réalisé leur diagnostic territorial socioéconomique, sont exposées au verso de la première page de la CPO puis laissées de côté ou vaguement, pifométriquement, prises en compte pour le volet des résultats. » Venons-en aux propositions précédées d’un tableau méthode dite « SWOT », c’est à dire « Strenghts, Weaknesses, Opportunities, Threats » ou « Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces » (critères qu’il n’aurait pas été inutile de spécifier selon qu’ils sont internes – dépendants des missions locales – ou externes – indépendants des missions locales -).


Pour l’IGF, il convient de noter le bilan extrêmement positif fait de la mise en œuvre de la Convention Pluriannuelle d’Objectifs et de la capacité des missions locales d’atteindre et pour certains de dépasser largement l’ensemble des objectifs contractualisés, sans qu’il puisse être mis en cause une complaisance quelconque dans la fixation des objectifs : indéniablement les missions locales ont bien travaillé et l’IGF ne peut que déplorer que l’Etat n’ait pas fait de même en ne se donnant pas les moyens de capitaliser les résultats des CPO qu’il a pourtant initiées, faute d’avoir mis en place une base de données nationale, ce qui a conduit la Mission de l’IGF à devoir constituer les outils de consolidation préalables à toute analyse un tant soit peu rigoureuse.

Les vingt-cinq propositions.

Ces propositions sont ventilées dans trois objectifs : « Renforcer le potentiel fédérateur des missions locales », « Développer des incitations à la performance adaptées aux spécificités des missions locales » et « Consolider et dynamiser le réseau ». Tels que formulés, ces objectifs appellent peu de réserves… y compris cette « performance » puisqu’elle est pondérée d’une adaptation aux spécificités. Allons-y voir avec le contraste permis par le rapport de l’IGAS…

Un statut associatif garant de l’autonomie.

C’est sur la gouvernance que les deux rapports, celui de l’IGF et celui de l’IGAS, diffèrent le plus. Les deux inspections jouent plutôt à contre-emploi de leur histoire : l’IGF affirme l’efficacité du modèle décentralisé pendant que l’IGAS tente, mais sans y parvenir, à promouvoir un modèle organisationnel plus centralisé, car ses trois inspecteurs se fondent sur un a priori, qu’ils ne démontrent guère, à savoir que « le statut associatif, retenu à l’origine, pose de graves difficultés, pour une gouvernance en réseau. » On voit bien la totale différence d’approche avec l’IGF qui, elle, considère le statut associatif comme un avantage, affirmant même que « l’autonomie des structures… favorise leur dynamisme et leur capacité de synthèse » et va formuler des propositions pour améliorer la qualité du travail en réseau.

Dents de poule.

En conséquence de cet a priori, l’IGAS, dont le mandat ne comportait pas cet aspect, va pourtant évoquer différentes hypothèses dont elle doit elle-même constater l’inefficience, se rendant compte qu‘il est irréaliste d’envisager à toutes les collectivités de faire remonter leurs financements dans un GIP national ou dans une filiale de Pôle emploi, scénario qui aurait sa préférence  en cas de retour de la croissance et si l’état des finances de l’Etat  lui permettait  de se passer des financements des collectivités (ou quand les poules auront des dents). Faute de ce scénario rêvé, malgré les difficultés de Pôle emploi à assurer aux demandeurs le service d’accompagnement personnalisé promis qui ne semblent pas être parvenus aux oreilles des inspecteurs de l’IGAS, ils se rabattent sur une structure associative régionale où l’Etat jouerait un rôle déterminant, en omettant de prendre en compte les attentes des Conseils Régionaux et en ne traitant pas la question de la contribution financière des communes et communautés à une structure régionale…

Autant dire que les hypothèses de la mission IGAS ne tiennent guère la route, conduisant même à se demander ce qui les a conduit à s’aventurer, hors de toute commande et à partir d’une analyse très partielle dans ce volet de leur rapport.

A bout de souffle.

Il en est tout autrement des propositions de la Mission IGF qui, elle, mandatée sur ce sujet, ouvre des pistes d’évolution intéressantes : l’idée de créer un centre de ressources national pour la conduite de Parcours 3, avec un statut de GIP, offre une perspective pour sortir de l’étonnante situation actuelle, qualifiée  à juste titre de « modèle d’administration à bout de souffle »… qui ne peut donc perdurer bien longtemps sans une refonte organisationnelle, mettant celle-ci au niveau de la pertinence de l’outil technique.

Baroque.

La Mission IGF va aussi s’intéresser à l’organisation nationale, mettant en évidence l’anormalité d’une situation qui voit l’Etat désigner, seul, l’ensemble des missions locales siégeant au Conseil National des Missions Locales. Cela conduit à la situation relevée avec justesse du décalage entre les accords nationaux signés par le CNML et ayant «  un impact limité au niveau local ». C’est une figure de style que l’on appelle euphémisation. Elle va  proposer que la moitié des représentants des missions locales, en nombre réduit par rapport à une composition actuelle pléthorique (qui ne se traduit d’ailleurs pas par une participation en rapport avec le nombre de membres), soit désignée par l’UNML. Cette avancée, qui reconnaît le caractère représentatif de l’UNML dans sa dimension politique et pas seulement dans sa fonction employeur, nous semble toutefois encore imparfaite et porteuse de confusion de légitimités entre celle fondée par la nomination et celle basée sur l’élection par les pairs. Elle pose la question, évitée avec talent dans le rapport, de la Présidence de cette instance qui ne peut prétendre représenter le réseau en relevant d’une désignation par le Ministre, ce qui pourrait entraîner la mise à l’étude d’une hypothèse, un peu baroque, de co-présidence.

Une interministérialité introuvable.

Dans un champ voisin, la Mission IGF va montrer, sans le dire explicitement mais le laissant entendre à celui qui connaît un tant soit peu l’histoire,  comment la décision de supprimer la DIJ en 2002 a réduit le caractère interministériel indispensable pour un pilotage cohérent d’une politique d’insertion des jeunes, que ne peut conduire un Ministère, responsable d’une seule fonction, eût-elle l’importance de celle du retour à l’emploi.

Une autre différence, significative, entre les deux Missions porte sur les analyses qu’ils portent sur leurs visites de terrain. Peu nombreuses dans les deux cas, respectivement sept et huit, elles ne semblent pas relever, dans un cas comme dans l’autre, d’une méthode rigoureuse d’échantillonnage,  ce qui pourrait expliquer que leurs conclusions soient assez nettement décalées, l’IGF ne relevant pas de dysfonctionnements significatifs alors que l’IGAS en constate quatre sur huit sites. L’un de ceux-ci est analysé comme la conséquence des dysfonctionnements de la Maison de l’Emploi dans lequel la mission locale a été intégrée sans que ses objectifs et moyens spécifiques n’aient été respectés (voir à ce propos l’article de Michel Abhervé consacré à la relation entre missions locales et Maisons de l’Emploi : « Missions locales et Maisons de l’emploi : je t’aime, moi non plus ! » ; un autre dysfonctionnement est imputé «  à une erreur de recrutement »,  une troisième mission locale est accusée d’avoir « dysfonctionné pendant plusieurs années : délais importants pour recevoir les jeunes, problèmes de management, fort turn-over »… mais il est acté que les mesures de redressement ont été prises et que l’accompagnement social des jeunes est apprécié de Pôle emploi ; enfin la quatrième structure semble avoir des difficultés de relations avec Pôle emploi… alors qu’il est noté que les pouvoirs publics les placent en situation de concurrence lors de la fixation des objectifs des contrats d’insertion (sans oublier le choix de mettre en place sur le même territoire déjà bien couvert le contrat d’autonomie).

Ce rapide rappel montre que la mission IGAS a assez nettement exagéré les difficultés sans chercher à savoir si les situations qu’elle relatait étaient représentatives, ce qu’a fait pour sa part la mission IGF en recoupant les enseignements de ses visites de terrain et des donnés chiffrées disponibles, en particulier avec ICARE. Il est vrai que ce n’était pas l’objet de la Mission IGAS centrée sur les jeunes des quartiers… mais cela ne l’a pas empêché de généraliser des enseignements très partiels ! Partir d’un petit non significatif pour parvenir à un grand non représentatif, ou comment mal interpréter un précepte cartésien (« Partir du petit pour aller vers le grand… »).

Trente ans plus tard…

La mission IGF acte pour sa part une situation financière globalement saine et une réelle maîtrise de l’évolution de la masse salariale, montrant ainsi que la gestion par des entités indépendantes n’est pas synonyme de laxisme.

Il est à espérer que l’Etat acceptera de faire sienne la principale conclusion de la mission IGF, la force du système décentralisé et de la responsabilité de chaque association, ce qui n’est au fond que constater, trente ans plus tard, que Bertrand Schwartz avait raison de faire confiance à l’initiative locale et aux élus. Cette volonté qui est la première proposition de la Mission IGF, visant à « préserver l’autonomie des missions locales vis-à-vis de l’Etat, des collectivités locales et de Pôle emploi », en net décalage par rapport aux souhaits de la Mission IGAS, suppose en conséquence une affirmation claire de l’Etat. Cela permettrait de traiter, dans la confiance, les chantiers sur lesquels les deux missions mettent l’accent, et que nous résumons ainsi :

  • La relation avec Pôle emploi ne peut demeurer en l’état, dans un contexte d’intensification des relations avec les employeurs vivement souhaitée par l’Etat, qui suppose changement de la conception de la relation avec Pôle emploi, prenant acte comme le fait la Mission que Pôle emploi est devenu « un acteur minoritaire » de l’activité de placement.
  • L’Etat doit mettre à plat les critères selon lesquels il finance les missions locales et doit objectiver ses décisions pour tendre progressivement vers une adéquation, aujourd’hui inexistante, entre les moyens mis à disposition et le public à prendre en compte, et à une plus forte homogénéité dans ses taux de financement.
  • Un dispositif régulier d’audit doit être mis en place ainsi que des modalités de soutien aux structures rencontrant à un moment donné des difficultés.
  • Au-delà des certitudes de certains qui ne sont à ce jour étayée par aucune réelle approche concrète et des acquis de la fusion des plus petites des structures, un travail d’analyse doit être fait pour  déterminer la fourchette de taille la plus efficiente pour les structures du réseau… n’étant pas certain qu’au-delà d’une certaine taille le regroupement soit producteur d’amélioration des résultats et d’économies de fonctionnement.

En conclusion…

Suite à ces rapports, la balle est dans le camp de l’Etat qui doit affirmer clairement s’il fait sien le fondement de l’analyse et des propositions de la Mission IGF, à savoir la pertinence du modèle décentralisé. Mais elle est aussi dans celui des missions locales qui doivent toutes avancer dans la direction déjà empruntée par certaines : se doter d’un projet associatif de structure, démontrant ainsi sur leur territoire la capacité à construire une offre de service adaptée à la situation des jeunes, en associant ceux-ci à cette construction ; mettre en place, sans attendre qu’un schéma leur arrive d’en haut, une démarche dévaluation de l’impact de leur travail ; développer une réelle stratégie mutualisée de recherche et développement.

Notons enfin quelques propositions qui auront déjà été lues sur l’un ou l’autre de nos blogs :

Bonnes pratiques.

« … Les missions locales ont intérêt à s’organiser pour généraliser les bonnes pratiques – y compris dans une perspective d’égalité de traitement des usagers sur le territoire – et pour mettre des moyens en commun. » Cela relève du bon sens et, outre la règle de la synergie « 1 + 1 = 3 », cela favoriserait la mobilité inter-structures postes à temps partagé, la fertilisation croisée.

Place de l’Etat dans le C.A.

« L’Etat devrait être représenté au conseil d’administration par le DIRECCTE (ou son représentant). Les autres administrations n’y siégeraient pas. En outre, l’Etat ne participerait plus à la prise de décision au sein du conseil d’administration. Il aurait en revanche une voix consultative. » En effet, plutôt que de recenser les administrations en théorie présentes dans les conseils d’administration de mission locale, on aurait souvent plus vite fait de prendre l’annuaire des services publics. Cependant entre le pléthorique théorique et l’indigence d’un seul représentant de Etat, sans doute existe-t-il un dosage ni allopathique, ni homéopathique…

Mutualiser des équipes emploi dédiées.

« Structurer et développer l’activité de prospection d’offres auprès des employeurs des missions locales. Tirer les conséquences de ces orientations dans le cadre de conventions détaillées avec Pôle emploi et inciter les missions locales à évaluer et identifier les ressources à mobiliser pour développer la relation avec les employeurs, dans le cadre de leur plan stratégique. » Bon, c’est un peu emberlificoté comme style mais, grosso modo, on peut poser le scénario d’équipes dédiées, territorialisées et mutualisées « missions locales – Pôle emploi ». Ca se fait. Et ça peut s’inscrire dans une mobilisation elle territoriale (partant du terrain et non uniquement s’y déclinant) avec une « charte territoriale pour l’emploi et l’insertion des jeunes », voire – on peut rêver – avec un contrat d’étude prospective territorial (CEP multi-branches). L’IGF parle d’une possibilité de groupement de missions locales (« consortium ») qui « peuvent également utilement inclure d’autres partenaires présents sur la même échelle de territoire, apportant une expertise thématique, la mission locale chef de file agissant alors comme garante de la priorité accordée au public jeune. » Voilà qui résonnera particulièrement à quelques oreilles antillaises…

Ubiquité : vers et dans l’emploi.

« En effet, l’un des arguments forts de la prospection et du placement des missions locales est le suivi dans l’emploi qu’elles offrent aux jeunes, mais {bizarre comme agent de coordination} qui sécurise les entreprises. Cependant cette activité n’est pas toujours prioritaire dans les actions d’accompagnement, comme l’illustrent les taux de réalisation de cet objectif CPO plus faibles que la moyenne et une vigilance accrue sur ce point serait nécessaire. » Si chacun s’accorde à reconnaître l’importance du saut qualitatif du « vers l’emploi » à « dans l’emploi », chacun constate également qu’une nouvelle compétence devrait être incluse, à l’occasion de la refonte de la convention collective, dans le référentiel métier de conseiller : l’ubiquité. Ou comment être présent sur le flux, pour le stock et auprès des sortants.

Expression et participation des jeunes.

« De plus, la question de la représentation et de la consultation des usagers a progressé dans le secteur médico-social, puis plus récemment avec la loi relative au RSA. Les missions locales, qui ont été pionnières à cet égard, ne doivent pas rester à l’écart de ce mouvement. » On peut être dubitatif face à l’affirmation de missions locales « pionnières » quant à la consultation et l’expression des jeunes mais, sans doute, l’IGF confond-t-elle la philosophie de l’éducation populaire (ou « permanente ») et la réalité des pratiques. Toujours est-il que, oui, le chemin est tracé et aujourd’hui de plus en plus de missions locales se sont engagées et s’engagent dans ce qui est un point de passage obligé du fonctionnement démocratique et de qualité d’une structure : la place des « parties prenantes », dont les jeunes, qui ne peut demeurer un vœu pieu remis toujours au lendemain (où l’on rase gratis).

Projet de structure.

« Proposition n°3 : Demander  chacune des missions locales d’élaborer un plan stratégique (projet de structure) intégrant l’ensemble des contraintes et précisant le projet associatif et les actions prioritaires ainsi que les conséquences organisationnelles et financières. » Est-ce bien nécessaire d’en rajouter ? La CPNEF devrait incessamment, si ce n’est fait, décider d’une action de formation nationale prioritaire sur le thème du projet associatif de structure…

Référentiel d’évaluation.

Concernant le référentiel d’évaluation des missions de service public du CNML, l’IGF écrit « En définitive et sans nier l’intérêt d’une auto-évaluation notamment en termes d’appropriation d’outils et d’indicateurs, cette démarche n’est pas fondée sur des analyses qualitatives et quantitatives objectivées et communes au réseau. Elle constitue une démarche d’aide au management des directeurs de missions locales. » Le rôle d’un corédacteur de cet article ne permet pas d’en dire beaucoup plus mais, incontestablement, il reste à faire un travail de modélisation, depuis la construction progressive du référentiel (car comment évaluer si l’on ne dispose pas d’un référent à partir duquel mesurer le delta ?) jusqu’au calcul des corrélations entre indicateurs de contexte et de ressources avec les indicateurs de réalisation et de résultat. Cela a déjà été dit… ce qui permet de le redire.

 

(1) Ancien Commissaire au Plan, rapporteur en 2002 de la Commission pour l’autonomie des Jeunes dont le rapport a été soigneusement enterré après les élections présidentielles, et l’arrivée de François Fillon au Ministère du Travail et de l’Emploi, Jean-Baptiste de Foucault, entre autres engagements sur une sensibilité mounieriste (catholicisme social) comme Jacques Delors, est un des fondateurs de Solidarités nouvelles face au chômage. http://www.snc.asso.fr/ : « Solidarités Nouvelles face au Chômage ne sépare pas l’action individuelle et l’action collective : elles sont complémentaires. On ne peut pas changer la société sans changer soi-même. Il ne suffit pas de changer soi-même pour changer la société.

L’exclusion est devenue un problème majeur des sociétés démocratiques. Celles-ci doivent mieux s’organiser pour y faire face et mobiliser à cet effet les institutions, les entreprises, les partenaires sociaux et l’ensemble des citoyens.

SNC se veut l’un des maillons de ces nouvelles solidarités et se bat pour :- redonner leur place dans la société à des personnes sans emploi.

– leur donner le droit à la parole et à l’action.

– faire reconnaître la réalité et les particularités des phénomènes d’exclusion liés au chômage.

– promouvoir la mobilisation des acteurs de la société face à l’exclusion.

– soutenir la vie associative.

– contribuer à un véritable développement humain permettant à chacun de satisfaire ses besoins matériels, relationnels et spirituels, tous trois d’égale importance. » (in « Le sens de notre action, sur le site de SNC).

(2) Lire le commentaire de Jean-Philippe Revel à l’article de Philippe Labbé « Missions locales et Maisons de l’Emploi. Séparation de corps » (5 octobre 2010). Extraits : « Cette circulaire me laisse inquiet et dubitatif. La CGT est de ceux qui ont écrit au ministère à plusieurs reprises pour demander le « contrôle de légalité » promis notamment pour la région Picarde, championne de la disparition des ML. Ah, oui, j’oubliais l’essentiel : quand on veut édulcorer les choses, on parle de rapprochement, alors qu’il s’agit de fusion… Autre scandale : l’objectif est clairement affiché : réaliser des économies !!! »

Un train qui arrive à l’heure.

Sous le titre « La Mission locale de l’Est veut “être plus efficace” » (13 octobre 2010) , le Journal de l’Ile de la Réunion fait un focus sur une mission locale qui vient d’achever son projet associatif de structure et qui s’est réorganisée avec, entre autres, une cellule « Ingénierie », un comité d’usagers, une équipe emploi dédiée…  Tout cela a été possible grâce à la volonté de la directrice, Sophie Arzal (à droite sur la photo), au soutien et à la présence du président Eric Fruteau (en chemise jaune ci-dessous), à l’implication de tous les professionnels  de la Mission Locale Est (MLE) durant cette démarche qui, partant d’un diagnostic s’est poursuivie par un projet associatif de structure et a mobilisé de la formation (système de veille, observation active du territoire dans deux semaines…). Quant à la recherche d’efficacité elle n’est pas opposable au sens et aux valeurs des missions locales… la MLE a choisi comme titre de son projet : « La MLE, une mission locale citoyenne ! » Contrairement à l’adage qui voudrait qu’un train arrivant à l’heure n’est pas une information, lorsqu’une mission locale fonctionne bien, innove, c’est bien d’en parler aussi, non ?

L’article…

La Mission locale de l’Est a plus de 7 000 jeunes de 16-25 ans inscrits dans ses fichiers. Présidé par le maire de Saint-André, Éric Fruteau, son conseil d’administration s’est réuni hier pour tirer le bilan 2009 et faire le point sur les actions 2010.

Partir, connaître de nouveaux horizons : c’est ce que la Mission locale de l’Est (MLE) propose aux jeunes. Dans le cadre d’une “action-mobilité -Focus sur les éco-métiers”, une dizaine d’entre eux prendra l’avion pour la métropole le 23 octobre prochain, dans le cadre d’un projet de mobilité. “Ils seront accueillis par le Cnarm à Strasbourg et à Paris. Ils visiteront une partie de la France. Ils iront à Mulhouse en Alsace et verront des entreprises comme Peugeot et Sodec, l’AFPA d’Angers. Une visite culturelle en Allemagne est à leur programme. Ils vont apprendre à vivre loin des parents, loin de leur île. Ils vont voir autre chose pendant quinze jours”, indique Eric Fruteau, président de la Mission locale de l’Est. L’an dernier, huit jeunes s’étaient envolés vers Mayotte le cadre d’un projet de mobilité intitulé “Si on se parlait”. Une action primée par la fondation Dexia France. Patricia Pilorget, représentant de la Région au sein de la MLE voit dans ce voyage en France “un très beau projet”. Le conseil régional est un des bailleurs de fonds de l’association, avec le Département, les communes de l’Est mais aussi l’Etat (à 50%). Ce sont ainsi 2,2 millions d’euros qui ont été alloués à la Mission locale de l’Est en 2009. Une somme qui servira pour le fonctionnement de l’association avec ses 44 salariés mais aussi pour les actions de formation et d’insertion.

Un projet associatif de structure 2010-2014.

“Cela fera bientôt vingt ans que la MLE intervient dans le champ de l’insertion professionnelle et sociale. Mais l’inscription du jeune de 16 à 25 ans se fait sur la base d’une démarche personnelle”, rappelle sa directrice, Sophie Arzal. En 2009, elle a reçu l’accueil de 7 107 personnes dont 1 566 nouveaux venus. “1423 ont signé un contrat en emploi et formation”, souligne Éric Fruteau. Des chiffres “conséquents” selon le président du conseil d’administration pour qui “la Mission locale de l’Est est bien LA structure qui s’occupe des jeunes dans l’Est, en terme d’emploi, d’insertion et de formation”. Il a d’ailleurs félicité le personnel pour son travail. Forte d’une bonne situation financière -selon son président-, l’association veut aller de l’avant. Elle a décidé de revoir ses pratiques à travers un PAS 2010-2014 (Projet associatif de structure). Ce nouveau schéma d’organisation comporte un pôle “insertion”, une cellule “emploi”, un pôle “ingénierie”. Elle s’engage également “dans une démarche de démocratie participative” avec la création d’un conseil consultatif des jeunes. En clair, elle veut être “plus efficace” pour son public. »

C’est dit.

Humour

Publié: octobre 11, 2010 dans Actualité: pertinence & impertinence

A ne pas rater…

Encore un tout petit peu de patience pour l’analyse du rapport de l’IGF. Ca vient. En attendant, comme le petit train d’Interlude, un film recommandé, « La France et le syndrome du larbin expliqués par le vénérable professeur Mehlang Chang ». Aux plus anciens , il rappellera « La dialectique peut-elle casser des briques ? », film fameux des situationnistes fondé sur le détournement d’un film d’arts martiaux chinois… Ce « syndrome du larbin » dure à peine plus de 4 minutes : il n’affectera donc pas la productivité tant aspirée en plus haut lieu, même si on le regarde sur les heures de travail ; c’est un concentré d’humour à 150%…

Rappel.

Plus long, tout aussi humoristique et intéressant directement les piou-pious de mission locales, je redonne le lien pour le site La Borne . Vous avez le choix des onglets… je vous recommande « Le chômeur du mois » avec la proposition de poste de « dénigrateur ». Mais on peut également  à partir de l’onglet « Fiches Métiers » se découvrir une vocation : devenir « vaseman », par exemple…

A suivre…

Petite annonce

Publié: octobre 6, 2010 dans Non classé

Quoique ce blog ne soit pas un outil strictement professionnel, même s’il s’inspire en grande partie de ma pratique professionnelle, je saisis l’opportunité de sa visibilité pour prévenir que, ayant changé d’employeur, mon numéro de téléphone habituel ne fonctionne plus.

A toutes fins utiles.

D’ici l’attribution d’un nouveau numéro, je suis contactable au 06 89 89 74 23.


Et bien voilà : depuis le temps que l’on sollicitait la DGEFP pour connaître la doctrine de l’Etat concernant les processus de fusion – absorption (généralement des missions locales par les maisons de l’emploi), on l’a. Fi des critiques, bravo Pascale Sch……dt ! La toute fraîche circulaire DGEFP du 4 octobre 2010, « Conditions de rapprochement des maisons de l’emploi et des missions locales » est synthétique, un peu plus d’une page, et – on ne s’en plaindra pas – claire.

Bel essai (réussi) de rhétorique institutionnelle conventionnelle pour commencer tout en douceur… le « alors » annonçant cependant un « pourtant ». « Alors que les missions locales ont pour mission d’accompagner les jeunes âgés de 16 à 25 ans afin de favoriser leur insertion professionnelle et sociale (notons, tout au crédit de la DGEFP, que la DGEFP n’oublie pas le social), les maisons de l’emploi se sont vues confier une mission d’ensemblier, d’organisation et de diffusion de l’information locale. » On sent que, concernant les MdE, les ambitions originelles se sont réduites en peau de chagrin… d’autant plus que, si l’on voulait aller au cœur de la contradiction, les missions locales n’ont pas seulement comme mission l’accompagnement des jeunes mais la conception et l’animation d’une politique locale d’insertion. C’est en tout cas ce que l’Etat, le CNML, l’ARF, l’ADF et l’AMF ont signé dans un protocole… Bref, deux « ensembliers » pataugeant dans le même marigot c’est un peu compliqué…

La suite mérite le César, l’Oscar ou le Molière du sibyllin approximatif : « Pour autant, l’arrêté du 21 décembre 2009 portant cahier des charges des maisons de l’emploi prévoit que « des coopérations opérationnelles entre les maisons de l’emploi et les missions locales peuvent s’organiser en fonction des réalités locales et, le cas échéant, donner lieu à des rapprochements. » C’est ce qu’on pourrait appeler le syndrome du fût du canon (la précision d’un « certain temps », dixit Fernand Raynaud) et qui n’est pas sans résonance avec la circulaire aux préfets du 3 juin 1982 leur enjoignant de créer des PAIO avec toutes ces précisions de dentellière : « Le maillage ne doit être ni trop lâche, ni trop serré. Toutes les communes d’une certaine importance doivent disposer d’une permanence. » On ne plaindra jamais assez les grands serviteurs de l’Etat…

Assainissement.

La circulaire, pas celle de 82, poursuit : « De tels rapprochements doivent, dans un contexte d’assainissement de la situation des finances publiques, permettre une meilleure maîtrise des coûts de fonctionnement et une véritable rationalisation des moyens. » L’efficience, toujours l’efficience, rien que l’efficience… Je ne reviendrai pas sur ma proposition de structures de hard discount d’insertion… mais on s’y oriente. Au moment où le Protocole 2010 préconise un logo national pour les missions locales, à partir de « mission leader price » on pourrait exercer son imagination. Encore un effort…

Carpe et lapin.

Malgré tout, si la carpe MdE et la mission locale lapin choisissent de se pacser, « vous veillerez… à ce que le projet soit effectivement une source d’économies significatives » (toujours la précision quasi-mathématique « significatives ») ; à assurer la traçabilité financière des politiques publiques confiées à ces structures et, en particulier, à conditionner la poursuite des financements étatiques à des dialogues de gestion strictement séparés. » (comptabilité analytique, fléchage, etc.).

Bon, alors même que, selon le projet de loi de finances 2011, « Pour tirer toutes les conséquences de la création d’un opérateur unifié (Pôle emploi), la participation de l’État au financement des maisons de l’emploi sera réduite et orientée vers un financement par projet dans une optique d’efficience », ce qui globalement préfigure pour ces structures un régime face auquel les Weight Watchers font figure de débauche lipidique, si malgré tout carpe et lapin convolent, « deux modalités de rapprochement doivent être privilégiés » :

« La constitution d’une association de gestion {…} dont l’objet est la gestion des moyens communs des deux structures personnes morales » avec une association et son propre conseil d’administration… limité à la gestion des moyens. » (ce faisant, on appréciera la haute  conception du rôle politique d’un C.A.).

« La mise en œuvre de conventions de mise à disposition {…} de locaux, d’équipements et de moyens humains. » {dans cet ordre}. Ce que l’on pourrait appeler une coopération calibrée, encadrée, bop102isée.

Along.

Jusque là, on doit le reconnaître, la clarté n’est pas encore comparable à une lumineuse aurore sur la baie d’Along. Mais, avec la conclusion, on y arrive : « S’agissant de l’hypothèse d’un regroupement par l’intermédiaire de la création d’un groupe d’intérêt public (GIP), la direction des affaires juridiques du ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, saisie  cet effet, précise « qu’un GIP ne peut être créé que sur le fondement d’une disposition législative » et que, s’agissant des maisons de l’emploi et des missions locales, « ces deux entités constituent, par la volonté du législateur qui en a fixé le régime, deux nouvelles catégories de GIP. Ces dispositions législatives s’opposent ainsi au regroupement de ces deux organismes dans un GIP unique. » Patatras ! Je connais plus d’un élu pour lequel cette dernière phrase sera un vrai déchirement.

En substance, pas de gip-gip-gip hourrah !

D’une crise à l’autre…

Publié: octobre 4, 2010 dans Non classé

OIT

Quoique leur publication ne s’inscrive pas dans un registre psychoaffectif réconciliateur (en langage commun, « Bisounours »), on ne les soupçonnera pas de krypto-gauchisme rampant : l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Institut international d’études sociales viennent en effet de publier World of Work Report 2010 : From one crisis to the next ? (Rapport sur le travail dans le monde, 2010. D’une crise à l’autre ?) dont, à vrai dire, le point d’interrogation semble de pure forme tant les résultats sont à la fois évidents – pour ne pas dire fulgurants –  et inquiétants. (les phrases en gras sont de mon fait).

Tout d’abord et pour 68 pays, ayons en tête que 29,4 millions d’emplois ont été perdus depuis le début de la crise. Séisme socioéconomique d’une crise initialement purement financière, c’est à dire fondée sur la cupidité de certains lucides et aussi de tous, désintéressés des trois francs  – six sous stockés (en théorie) sur un quelconque livret mais qui deviennent quatre francs par la grâce d’un licenciement. Au moins peut-on imaginer qu’un avantage de cette crise aura été de réveiller quelques consciences qui, désormais, ne confient plus aveuglement leurs (maigres?) économies aux thuriféraires du Monopoly boursier, banquiers en tête.

Dans plus des trois quarts des pays enquêtés, on observe une baisse de l’opinion sur le niveau et la qualité de vie ; pour 67,6% de ces pays, la satisfaction au travail baisse et pour plus de la moitié on observe une aggravation de la perception des inégalités. Dans la synthèse de ce rapport, on peut lire que « de nouveaux nuages obscurcissent l’horizon et les perspectives de l’emploi se sont sérieusement aggravées. On s’attend à ce que, dans les pays industrialisés, l’emploi ne revienne à son niveau d’avant la crise qu’en 2015 et non en 2013 comme on l’espérait. » Aie, aie, aie… pas avant 2012? La température va grimper dans les cabinets ministériels. Or, « Plus la dépression du marché du travail sera longue, plus les chômeurs auront des difficultés à retrouver du travail. Dans les 35 pays pour lesquels nous disposons de données, près de 40 pour cent des chômeurs sont à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an. Ils risquent donc d’être démoralisés, de perdre l’estime d’eux-mêmes, et même de connaître des difficultés d’ordre psychologique. Il est important de souligner que le chômage touche beaucoup plus les jeunes, et quand ils trouvent un emploi, souvent celui-ci est précaire et sans rapport avec leurs qualifications. De plus, en raison de la longue dépression du marché de l’emploi, de nombreux chômeurs risquent fort de se décourager et de se retirer du marché du travail. En 2009, dans les pays pour lesquels nous disposons d’informations, près de 4 millions de chômeurs avaient déjà renoncé à chercher un emploi. » L’OIT poursuit : « La première raison de cette détérioration tient à la suppression des mesures de relance budgétaire, essentielles à une reprise rapide. Etant donné la réticence des investisseurs à financer une dette publique croissante, les gouvernements s’inquiètent de l’augmentation des déficits publics. Dans la majorité des pays analysés dans le présent Rapport, la politique budgétaire est marquée par une austérité qui, si elle est mal conçue, ne fera que prolonger la crise de l’emploi. {…} La bulle de la dette privée a éclaté dès le début de la crise financière mondiale, et, durant un certain temps, c’est la dette publique qui a pris le relais en tant que moteur de la croissance. Cependant, le recours à la dette publique pour stimuler l’économie a des limites. Pour sortir durablement de la crise, il faut donc impérativement s’attaquer aux inégalités de revenus et aux dysfonctionnements du système financier. » Rappelons à toutes fins utiles que la France recense entre 4,3 et 7,8 millions de pauvres, selon la définition adoptée (seuil à 50 ou 60% du revenu médian). Pour l’Observatoire des inégalités, « la récession amorcée en 2008 a surtout pesé sur les plus jeunes et pour eux le niveau de pauvreté est beaucoup plus élevé. Pour les moins de 30 ans, la dégradation est considérable. Compte tenu de la hausse du chômage, il est très probable que le nombre de jeunes vivant sous le seuil de pauvreté a encore nettement progressé. » (« La pauvreté augmente chez les jeunes et les seniors », 27 avril 2010).

L’OIT conclut : « Il est encore temps d’améliorer les perspectives d’emploi. Le Rapport montre le rôle clef d’une triple approche dont les éléments se renforcent mutuellement. Premièrement, il faut renforcer les politiques de l’emploi pour réduire le risque d’une augmentation du chômage de longue durée et de la multiplication du travail informel. Des politiques actives de l’emploi, si elles sont bien conçues, des dispositifs de partage du travail {on est très-très loin du « travailler plus »…} et des mesures destinées aux groupes les plus vulnérables, en particulier les jeunes, seraient, à cet égard, particulièrement pertinents. {…} C’est la cohésion sociale qui est en jeu. Il faudrait que la cohésion sociale ait bien plus d’importance dans le débat politique. La réponse politique initiale a donné le sentiment que l’emploi et les préoccupations sociales étaient pris en compte. Toutefois, on ne peut tenir pour assurée une cohésion sociale solide si la stratégie menée est moins intégratrice. Il est déjà de plus en plus évident que le climat social se détériore, surtout dans les pays où les pertes d’emplois sont les plus fortes. Par exemple, trois quarts des 82 pays pour lesquels nous disposons d’informations, connaissent une détérioration des perceptions individuelles relatives au niveau de vie et à la qualité de celle-ci. Le taux de chômage de ces pays a augmenté de presque 3 pour cent de plus qu’ailleurs. Même parmi les personnes ayant un emploi, la satisfaction au travail s’est fortement détériorée : en 2009, c’était le cas dans plus des deux tiers des 71 pays pour lesquels nous disposons de données. Rien d’étonnant à ce que le sentiment d’injustice soit plus aigu (46 pays sur 83) et à ce que les gens aient moins confiance en leurs gouvernements (36 pays sur 72) qu’avant la crise. Le Rapport montre que l’augmentation du chômage et le creusement des inégalités sont les premiers déterminants de la détérioration des indicateurs du climat social. »

« En résumé, adopter une stratégie de sortie de crise centrée sur l’emploi renforcerait la cohésion sociale et assurerait une reprise durable. Cela suppose des mesures budgétaires de soutien soigneusement mises au point pour s’attaquer au chômage de longue durée, un renforcement du lien entre revenus du travail et évolution de la productivité, et des réformes financières guidées par les besoins de l’économie réelle. Comme l’ont souligné de nombreux observateurs, la crise doit fournir l’occasion de bâtir une économie mondiale équilibrée. Les perspectives sociales, comme celles de l’emploi nous disent qu’il reste de moins de moins de temps pour saisir cette occasion et en faire une réalité. »

« Une stratégie de sortie de crise centrée sur l’emploi » ? En effet… la dépêche n° 138203 AEF du 29 septembre 2010 permet d’apprécier la cohérence d’une toute autre stratégie en titrant « Budget 2011-2013 : baisse des crédits « Travail et emploi » en anticipation d’une sortie de crise ». Dans les documents budgétaires rendus publics par Bercy, les crédits de la mission « Travail et emploi » prévus par le PLF (projet de loi de finances) pour 2011 « seront en légère augmentation en 2011, afin de prendre le relais du plan de relance pour le financement de certains dispositifs transitoire de lutte contre le chômage, qui continueront de produire leurs effets en 2011. Ils s’inscrivent ensuite en nette décroissance sur 2012-2013 en raison de la baisse attendue du chômage et du plein effet des économies structurelles engagées en 2011. » L’AEF poursuit : « Pour l’exercice 2011, la faible hausse des crédits du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle affichée par le gouvernement est toutefois à mettre en perspective avec la suppression des budgets exceptionnels dédiés à la relance qui soutenaient l’activité à hauteur d’environ deux milliards d’euros par an depuis 2009.  Alors qu’une baisse durable du chômage n’est envisagée qu’à partir du second semestre 2011 {on vient de lire que telle n’était pas exactement l’opinion de l’OIT}, plusieurs postes d’intervention en faveur de l’emploi verront leurs moyens diminuer dès l’année prochaine, tels les contrats aidés (340 000 prévus dans le secteur non marchand contre environ 400 000 en 2010). Le taux d’aide de l’État pour ces contrats est aussi revu à la baisse. En outre, si Pôle emploi, le principal opérateur du service public de l’emploi, voit sa subvention de fonctionnement maintenue à 1,36 milliard d’euros, il devrait ne pas reconduire 1 800 postes en 2011 (1 500 CDD et 300 CDI). De plus, la participation de l’État au financement des maisons de l’emploi « sera réduite et orientée vers un financement par projet dans une optique d’efficience ». (1)

Est-il nécessaire d’en rajouter ? Sinon que « crise » vient du grec krisis signifiant décider. Le tout, on est bien d’accord, est que la décision soit la bonne. Ceci pourrait être une aimable conclusion : l’étymologie est rappelée, débrouillez-vous avec le reste ! Sauf que… sauf que… les piou-pious sont à longueur d’années et, pour les plus anciens, de décennies, confrontés à ce même discours institutionnel fait d’un peu d’épandage éthique  et de prévisions sorties dont on ne sait d’où, l’objectif n’étant même plus de convaincre – lucide, révolté ou usé, avec un minimum d’informations personne n’y croit – mais simplement d’occuper l’espace de discours.

Utopie.

A ce propos, lors d’un récent débat, j’ai été un peu audacieux face à l’expression d’un représentant institutionnel – « Nous faisons une véritable révolution » -, cette « révolution » consistant grosso modo à affirmer que la politique de sa collectivité était territoriale, confondant « territoriale » et « territorialisée ». Par définition, une politique est toujours territorialisée dans la mesure où elle s’applique sur un territoire ; une politique « territoriale », elle, part du territoire… et, ça, c’est beaucoup plus rare parce que les institutions (ne) raisonnent le plus souvent (qu’) à partir de leurs compétences respectives. Prenons l’exemple de l’insertion et construisons un diagramme comme suit avec, d’un côté, le modèle d’une politique territorialisée où au sommet sont les décideurs (qui aiment bien cette dénomination) et qui aboutit à l’homme unidimensionnel (certains se souviendront de Marcuse), chaque institution raisonnant à partir de son bloc de compétences, et, d’un autre côté, le modèle d’une politique territoriale où l’on part de l’homme multidimensionnel et où les acteurs (publics et privés) sont au service d’une stratégie collectivement arrêtée à l’échelle du C.A. de la mission locale puisque, s’agissant de jeunes et d’insertion, le Législateur a confié à cette structure la mise en œuvre du droit-créance de l’accompagnement. Les deux modèles correspondent, pour l’un, à celui de la pensée disjonctive (« lejeunocentre », « lapopulationocentre », etc. mangeant aussi peu de pain qu’il n’apporte de garanties – les promesses n’engagent etc…), celle de la complication où l’on applique le précepte cartésien de « découper le tout en autant de parties que possible » (2) et, pour l’autre, à celui de la pensée complexe où l’indissociabilité de l’individu est le point de départ (approche holistique) et où les « décideurs » sont au service des populations… et non l’inverse.

La pensée complexe. 1) Au sommet seraient les populations rencontrant des difficultés d’insertion. 2) Juste en dessous, on trouverait l’expression et la règle démocratiques, celles du Législateur qui a créé le droit à l’accompagnement et a confié sa mise en œuvre aux missions locales (article 13 de la loi de cohésion sociale). 3) Au sein de chaque mission locale, la gouvernance est en principe identifiée et pluraliste à l’échelle du conseil d’administration. C’est là que se débat et se définit la stratégie. 4) Une fois cette dernière définie et en bas du diagramme, les institutions au service des citoyens s’exécuteraient et mobiliseraient leurs moyens, dont financiers, dont la fongibilité serait maximale. J’utilise à dessein le verbe « s’exécuteraient » car, dans le fonctionnement ordinaire et actuel, cela ne se passe pas du tout de cette façon : les institutions, définies comme des « décideurs », sont au sommet du diagramme… Et, comme chacune d’entre elles ne parvient à raisonner qu’à partir de ses compétences, systématiquement l’on butte sur leur légitimité et bonne foi, l’une et l’autre incontestables dans leur perspective, et on aboutit à une incapacité à se coordonner, sinon sur le plus petit dénominateur. Bref, la vraie révolution territoriale renverserait les pyramides… d’où cette « utopie » en tête de paragraphe (3). Hervé Sérieyx et Annick Renaud-Coulon écrivaient dans Reprenons la Bastille. Le modèle de société au cœur de l’emploi : « En nous ingéniant à récuser les autres acteurs, à briser leur complémentarité, à nier la richesse de leur contribution, parce que ceux-ci seraient publics ou privés, de droite ou de gauche, bénévoles ou salariés, marchands ou non marchands, déconcentrés ou décentralisés, élus ou non élus, en nous ingéniant à cultiver jusqu’à l’extrême ridicule notre syndrome d’Astérix, nous précipitons les plus fragiles d’entre nous, les moins armés, vers des gouffres dont nous condamnons alors sentencieusement l’existence alors que ce sont nos sectarismes mêmes qui les ont créés. » (4)

Génération sacrifiée.

Dans la précédente contribution, était rapidement évoquée la page consacrée à la « génération sacrifiée » par Le Monde du 1er octobre. Ce titre pouvait paraître excessif, un peu comme le « ce qui les unit {les jeunes} c’est leur désespérance » de l’introduction du Rapport de Bertrand Schwartz – une « interpellation critique », dit-on, pour capter le lecteur – mais la publication de l’OIT confirme la gravité de la situation de la jeunesse. En fait, trois articles dans Le Monde, signés par le même (assurément breton) Benoît Floc’h : « Les jeunes dans la crise, une génération sacrifiée », « L’avenir de la jeunesse, sujet majeur pour la présidentielle de 2012 » et « Un tiers des diplômés n’ont pas trouvé leur place sur le marché du travail. » C’est certain : après le rapport de l’OIT, ces articles n’incitent pas à l’optimisme mais faudrait-il occulter ou nier les faits têtus pour satisfaire ce qui ne se voit pas ou, plus exactement, ce qui ne veut pas être vu de crainte de modifier les positions chèrement conquises?

« Les jeunes dans la crise, une génération sacrifiée » égrène des situations de jeunes diplômés ou non qui butent aux portes du marché du travail… Par exemple, Pierre-Antoine, 27 ans, qui a commencé à chercher un emploi en septembre 2008 « au moment où Lehman Brothers faisait faillite » : « On se sentait complètement impuissant. Je lançais mes candidatures comme des bouteilles à la mer. » Sans résultats, bien sûr. Pour Solenne, 23 ans, titulaire d’un BTS assistant de gestion PME-PMI, « Je ne pensais pas être au chômage si longtemps. » Irena, 26 ans, au chômage depuis qu’elle a décroché un master en traduction en 2009 : « Au début, j’ai cru que je pourrais m’en sortir toute seule, mais il n’y avait pas d’offres sur internet. J’ai déprimé. Je me suis inscrite à Pôle emploi mais on m’a proposé un rendez-vous trois mois plus tard ! Un vrai coup de massue ! » Elodie, 22 ans, titulaire d’un CAP « vente » est au chômage depuis 2008 et, faute de revenus, ne peut payer « ni l’assurance, ni l’essence. » Elle bute sur le même problème : « Partout on me demande de l’expérience. Mais je n’en ai pas ! » Ces multiples situations sont le terreau de ce « deuil des aspirations » – chômage, déclassement, effondrement de l’ambition méritocratique de l’école et des formations – que la jeunesse en théorie conquérante doit faire : « Sur le marché du travail, on traîne souvent comme un boulet l’insertion trop tardive, la rémunération de départ trop basse. En outre, les jeunes frappés de plein fouet par la crise en 2009 se retrouvent aujourd’hui en concurrence avec la promotion qui suit. Frais émoulus, de nouveaux diplômés arrivent chaque année sur le terrain où s’embourbent leurs prédécesseurs. » En vignette à côté de l’article, sous le titre « La France mal placée », on peut lire : « Selon l’INSEE, 632 000 jeunes de 15 à 24 ans étaient à la recherche d’un emploi au deuxième trimestre 2010. Cela représente un taux de chômage de 23,3% chez les jeunes actifs. » En un an, ce taux s’est très légèrement infléchi, 0,5%, mais on constate derrière ce modeste gain, un durcissement avec un chômage de longue durée qui, pour les jeunes, a augmenté de 72% en deux ans. La dernière enquête de l’APEC, L’emploi des jeunes diplômés subit toujours la crise, montre que la recherche d’emploi des jeunes diplômés s’allonge. Elle est en moyenne de 5,8 mois en 2010 contre 5,4 mois en 2009 et 4,8 mois en 2008. Pour les jeunes diplômés, l’obtention d’un CDI est minoritaire : 47%. Cette enquête, reprise dans l’article « Un tiers des diplômés n’ont pas trouvé leur place sur le marché du travail », avance cependant quelques hypothèses optimistes : augmentation du volume des offres depuis quelques mois, une crise qui ferait « moins peur » : si 68% jugent la situation « angoissante », seuls 57% estiment que le crise n’aura pas d’effet sur « l’ambiance au travail » et 84% assurent même « avoir confiance en leur propre avenir professionnel ». Ce dernier taux, très élevé, interroge : expression d’une splendide résilience que seul Cyrulnick pourrait expliquer, ces 84% parmi les jeunes diplômés impliquent déductivement, si l’on reprend l’autre taux tous jeunes confondus de 25% confiants de l’enquête « Baromètre annuel Ipsos » pour le Secours populaire publié le 20 septembre 2010 (5), que la proportion de jeunes non confiants dans leur avenir doit être très élevée parmi les non-diplômés… Les missions locales n’en ont certes pas fini avec le travail de transfert de capital symbolique – faire que les jeunes reprennent confiance en eux… A ce sujet, cela ne serait pas inutile que les missions locales soient en mesure d’apporter leur éclairage, en contre-point et complément de l’étude de l’APEC, sur les perceptions des jeunes non-diplômés : la fonction d’observation du territoire, si elle était organisée – modélisée, comparée, agrégée – à l’échelle des quelques cinq cents missions locales, pourrait aller bien au-delà des témoignages tels que restitués par cet article du Monde… (6)

Enfin, ce que j’en dis…

Pour conclure, une information transmise par l’ami Michel qui en a parlé sur son blog : à ne rater sous aucun prétexte, le site La Borne Une nouvelle façon de trouver du travail. Vous allez passer un (très) bon moment…

(1) Remarquons que le critère d’efficience reste seul, sans même l’efficacité. Il faudrait réfléchir à des structures hard discount d’insertion.

(2) Exactement, « diviser chacune des difficultés que j’examinais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. » Deuxième précepte du Discours de la méthode (1636).

(3) En 1997, je concluais un article, « L’enlisement des pyramides ? », dans la revue Achats Publics (Ministère de l’Education nationale, de la Recherche et de la technologie, n° 32) par ces mots : « Vous voyez, il y a du travail passionnant… mais du travail. Je suis persuadé que, si cette mutation s’accompagne d’un effort pédagogique {…} le pari sera gagné. » Pan sur le bec de la tentation prophétique : les pyramides ont une assise large et un métabolisme social lent.

(4) 1999, Village Mondial, p. 25.

(5) Sur ce blog, 2 octobre : « Positions, postures et enjeux des intervenants sociaux de mission locale face à une jeunesse incertaine. »

(6) RAS sur l’article « L’avenir de la jeunesse, sujet majeur pour la présidentielle de 2012 ». On y apprend ce que l’on sait.