Archives de avril, 2011

C’est juste une interview qui vient de paraître dans le numéro 90 de Assez Zoné, le mensuel de la JOC.

L’article paru puis, telle qu’elle a été transmise, l’interview originelle.

L’interview originelle…

JOC. Que retenez-vous des résultats de cette enquête ? Les jeunes sont-ils libres de leurs choix ?

P.L. Sans même ouvrir le débat sur la relativité de la liberté (ouf…), tout dépend des choix… Ainsi, s’agissant de la sociabilité, des loisirs, de l’amour, les scores témoignant d’un sentiment de liberté sont élevés, de 77% à 95%. Là où les choses se gâtent c’est dans le domaine de l’insertion professionnelle avec des taux de 47% pour le choix du premier emploi, de 41% pour les conditions de travail. A l’inverse des amis, on ne choisit pas son patron, pourrait-on dire ! Mais, bon, il faut avoir en mémoire que le contrat de travail est défini juridiquement comme un « lien de subordination »… ce qui n’est guère synonyme de liberté de choix. Un problème, ici, est la distorsion entre les majorités : une civile à 18 ans, l’autre sociale et économique à 25-30 ans… Peut-on être libre sans être autonome socialement et indépendant économiquement ? Cela me semble difficile…

JOC. 1/4 des jeunes affirment regretter au moins un choix dans leur orientation, pour vous est-ce aussi une question de moyens, d’accompagnement ?

P.L. Un quart peut être considéré comme beaucoup mais il s’agit d’orientation scolaire : seuls 9% regrettent un choix d’orientation professionnelle. Pourquoi peut-on regretter un choix d’orientation ? Parce qu’on n’est pas là où on le souhaitait… parce qu’on n’avait pas le niveau requis… parce qu’on s’aperçoit qu’il y a un écart entre ce qu’on imaginait et ce qu’on vit… parce qu’on a changé d’avis (45% des jeunes qui ont dit regretter leur choix reconnaissent qu’ils manquaient à l’époque de maturité), etc. L’orientation est affaire de subjectivité, de représentations : on peut rêver… et se réveiller. Cependant oui, de façon patente, il y a un problème d’orientation scolaire (et universitaire) en France et les causes multiples se combinent : moyens nettement insuffisants, faiblesse de l’alternance contrairement au modèle rhénan, méconnaissance réciproque des mondes de l’orientation et économique, lisibilité médiocre – euphémisme – en mille-feuilles de l’offre que cherche à améliorer, mais sans moyens financiers, les « pôles orientation pour tous » issus de la loi du 24 novembre 2009… Tout cela est vrai mais il faut se méfier de la tentation adéquationniste, d’une logique en tenon-mortaise où les aspirations rencontreraient systématiquement et au plus ajusté leurs terres d’épanouissement, si possible au plus grand bonheur des entreprises ! La jeunesse est fondamentalement le temps des expérimentations tout azimut et il me semble difficile de tenir d’une main la formation tout au long de la vie, qui implique une orientation et une éducation permanentes, et de l’autre main l’idée d’une orientation causale, « A sur B donne C ». L’orientation appartient au registre du projet qui est plastique, complexe et qui inclut l’aléatoire, pas à celui du programme qui est rigide, déterminé, définitif. A fortiori à l’âge des essais… erreurs !

JOC. De nombreux jeunes, plus de la moitié, n’ont pas de vision précise de leur avenir professionnel dans 5 ans, l’une des explications est la multiplication des contrats précaires, qui n’assurent pas d’avenir stable, d’autres éléments d’analyse ?

P.L. D’accord sur l’effet « présentéisme » des contrats courts à répétition… mais, sans doute, le pire des effets n’est pas ce temps marqué par le court terme mais un rapport à la « valeur travail » nécessairement distancié : à quoi bon investir le travail comme mode de socialisation et de construction identitaire dès lors qu’on est dans l’entreprise pour quelques semaines ? La société joue avec le feu : des siècles durant, le travail a été, en tout cas systématiquement pour les hommes, le point de passage obligé de l’intégration… qu’en sera-t-il avec une génération, sinon deux, qui, faisant de nécessité vertu, aura secondarisé le travail ? Il est tout à fait remarquable que, parmi les onze items de ce que serait réussir sa vie, « faire une belle carrière professionnelle » n’arrive qu’en cinquième position, loin derrière les amis, le temps libre… Je fais le pari que sous peu le patronat, après avoir chanté les louanges de la flexibilité, entonnera le refrain de la conscience professionnelle… comme il a dressé des lauriers à la mobilité après l’avoir combattue au début du capitalisme et de l’industrialisation.

Par ailleurs, cet horizon à cinq ans peut être interrogé car, une fois encore, la jeunesse est l’âge des expérimentations et, hormis une fraction de jeunes, le projet de vie à long terme ne s’impose pas comme une nécessité, ni même un désir. On peut avoir envie de « réussir sa vie », comme interroge une partie de votre enquête, sans savoir ni même imaginer ce que l’on fera, où l’on sera dans cinq ans. Sait-on d’ailleurs où en sera le monde dans cinq ans ?

JOC. Quant à l’arrivée dans le monde du travail, c’est la désillusion…

P.L. Il est certain que ce que l’on appelle – improprement puisqu’elles sont la règle pour les jeunes – les « formes particulières d’emploi » (CDD, intérim, temps partiels, stages…) ne constituent pas, loin de là, des occasions d’investissement et d’épanouissement dans le travail. On dégringole du métier à l’emploi puis au job, voire au bad job.  D’une part, le « grand intégrateur » ne fonctionne plus, d’autre part la désillusion ne se fonde pas que sur le milieu professionnel : à la question des « personnes ou institutions qui considèreraient trop facilement les jeunes comme des objets ou des chiffres », caracolent en tête les hommes politiques suivis de l’Education nationale (mais, par contre, les enseignants sont moins critiqués), des banques et des administrations. Faillite des élites et des institutions… c’est très inquiétant puisque, en principe, les premières éclairent et les secondes protègent. L’espoir que l’on peut avoir est que, comparant ces réponses à celles impliquant directement une expérience du jeune répondant – est-ce que lui a « déjà été considéré comme un objet ? » – tous les scores sont nettement inférieurs : c’est donc bien le système qui est critiqué… restent les inter-relations, le local, toutes ces dimensions maîtrisables où  peuvent se rencontrer le « respect », la « dignité »… C’est toujours ça de pris mais cela n’exonère pas de changer l’autre dimension, celle de la société.

JOC. Pour la JOC, si on veut maintenir le contrat social, notre société doit impérativement se saisir de deux questions majeures : l’emploi et la précarité des jeunes, ainsi que l’accompagnement dans l’orientation et la construction d’un projet de vie. Qu’en pensez-vous ?

P.L. Bien sûr qu’il faut se saisir de l’emploi et même du « travail décent » qui est un objectif du Bureau International du Travail depuis 1999 ! Egalement depuis plus de dix ans et à la suite des sommets de Nice et de Lisbonne, la « qualité de l’emploi » est un objectif explicite de la Stratégie européenne pour l’emploi (SEE). Or, manifestement, entre la montée des TMS (troubles musculo-squelettiques), des « RPS » (risques psychosociaux), etc. on va dans l’autre sens. Il faut aussi partager le travail, substituer à la concurrence de chacun contre tous et réciproquement la coopération… En fait, il faut changer notre logiciel pour répondre aux vraies questions qui ne sont pas celles de gagner la confiance des marchés ou de gagner un demi point de croissance d’un PIB (produit intérieur brut) obsolète mais qui se déclinent à partir de celle-ci, très ordinairement humaine : que faisons-nous pour être heureux ?

JOC. Quelles sont pour vous les priorités d’action pour la jeunesse aujourd’hui ?

P.L. Il y a tant de choses à faire… Mais, avant tout, on doit s’appuyer sur une posture et sur un raisonnement.

La posture est de considérer la jeunesse comme ressource et non comme problème. Cela passe aussi par le vocabulaire : honnir l’expression « jeunes en difficulté » et glisser trois lettres, « m-i-s »… « Jeunes mis en difficulté » renvoie la responsabilité de ces difficultés à l’organisation économique et sociétale. Les jeunes ne sont pas malades : c’est la société qui, marchant la tête en bas, est malade et qui, par ce que l’on appelle en psychiatrie une projection, voudrait faire croire que ce sont ceux qui marchent sur leurs deux jambes qui sont malades.

Le raisonnement est d’appréhender la jeunesse à partir des quatre personnages qui cohabitent en chacun : le Sujet qui cherche à s’épanouir, l’Acteur qui veut se lier, le Citoyen qui vise l’émancipation et le Producteur qui veut subvenir à ses besoins. C’est donc une approche globale, systémique, qui s’oppose aux logiques qui saucissonnent, qui découpent. Alors oui, bien sûr, le travail, la précarité mais aussi le logement, la santé… Bref, l’homo sapiens, oeconomicus, spiritualis, ludens et même demens ! C’est immense, passionnant, nécessaire et philosophique… mais, lorsqu’on fait une enquête sur la liberté et la dignité, il faut s’attendre à cette dimension !

Bas clergé

Sautant sur la contribution de Régis tel la vérole sur le bas-clergé, la revoici sous forme de dialogue avec, commençant chaque réponse, un « oui » qui pourrait faire penser au proverbe réunionnais  « Dann  oui la poin batay » (« Dans le oui, il n’y a pas de bataille »), signifiant qu’il est préférable d’acquiescer même si l’on est en désaccord. Mais tel n’est pas le cas ici : « oui » parce que ce qui est dit est juste et mérite d’être encore plus avancé.

Régis. « Après des rapports laudatifs, c’est la CPO, la baisse des budgets et l’oubli ou la remise en cause.. »

Stress.

P.L. Oui, Régis, chacun observe cette logique métronomique, un coup d’encensoir, un retour de bâton. Dès lors, sur le mode de « A qui profite le crime ? », la question est : comment expliquer ces déconcertants allers et retours, ces épuisants « je t’aime moi non plus », ces éreintants « qui bene amat, bene castigat » ? Posons l’hypothèse que, loin d’être l’illustration d’un déficit de stratégie, cette inconsistance est l’illustration d’un pilotage politique qui, tout compte fait, est en parfaite harmonie avec l’idéologie dominante de la compétition : le management par le stress. Autrement dit la croyance selon laquelle les « acteurs », que l’on préfère réduire à « opérateurs » (ce qui est une suave façon, purement linguistique, de les habituer à exécuter), doivent en permanence est mis sous tension… faute de quoi, un rapport de l’IGF par ici, un rapport de l’IGAS par là, ils soupireraient d’aise, s’assoupiraient… et mettraient en danger la sacro-sainte efficience vénérée par les grands prêtres des cabinets ministériels relayés par les officiers des administrations. Une efficience qui, de critère évaluatif devient une finalité et, à elle seule, se suffit pour se substituer à l’autonomie, à l’émancipation, à l’épanouissement… (1) Ca pourrait se résumer à la complication contre la complexité, au modèle fini contre un modèle infini… Teilhard de Chardin ajoutait un troisième infini à l’infiniment grand et à l’infiniment petit. Il le situait dans l’infinie complexité du cerveau humain, ses milliards de neurones et de synapses n’étant rien comparés à la multitude de pensées, réflexions, rêves ou élucubrations qui peuvent en émerger.

Régis. « On ne peut construire une stratégie uniquement en se défendant sur la qualité de son travail (où en est le dossier sur l’évaluation???)…»

Perlinpinpin

P.L. Oui, juste observation. Une stratégie est tout d’abord une visée à moyen-long terme ; elle n’est pas conçue à partir de la même temporalité que le tactique, qui est une adaptation au présent, à l’immédiat. Or, si chaque semaine réserve son lot de surprises, certaines encourageantes, d’autres décourageantes, les structures sont mises dans une position défensive, méfiante… exactement à l’opposé de ce qu’on attend d’une stratégie, elle offensive et confiante. D’autre part, être contraint de passer son temps à se défendre sur la qualité de son travail, c’est-à-dire à se justifier, place les acteurs dans des rôles excluant l’engagement et l’innovation : on en fait des « agents » ou des « opérateurs », de simples exécutants… et les appels à la mobilisation, à l’engagement, ne sont que poudre de perlinpinpin, rhétorique de tréteaux de foire. Comprenons-nous. Il ne s’agit pas de ne pas s’occuper de la qualité du travail, ni de ne pas rendre des comptes sur le bon usage des fonds publics, toutes choses constitutives de l’évaluation, mais il s’agit de concevoir intelligemment cette dernière, ce qui implique a minima cinq choses : accepter que de toute façon on ne saura pas tout (2); l’inscrire dans une démarche continue, « évaluer pour progresser » ; la distinguer du contrôle ; la construire multidimensionnellement et non pas la réduire à une seule perspective, l’efficience, ni à un seul indicateur, l’accès rapide à l’emploi durable ; enfin toujours la contextualiser car, qu’il s’agisse des individus ou des territoires, là où l’évaluation s’exerce, la singularité est toujours présente. « La stratégie est le fruit d’une réflexion d’ensemble, tenant compte des finalités d’intérêt général du programme, de son environnement (…), des attentes exprimées et des moyens alloués. » Qui écrit cela : « réflexion d’ensemble », « intérêt général », « attentes exprimées » ? Le ministère du Budget, des Comptes Publics et de la Fonction Publique.

Régis. « … et en mettant en avant les besoins des jeunes sans les associer plus au fonctionnement des missions locales (ce n’est pas facile, c’est chronophage, mais ce devrait être l’objectif majeur des missions locales individuellement et collectivement au niveau de toutes les strates du réseau). »

L’AFEV dans le gâteau.

P.L. Oui incontestablement, associer les jeunes au fonctionnement des missions locales correspond à un double enjeu. Tout d’abord, un enjeu de cohérence car comment pourrait-on parler de citoyenneté sans mettre en place dans les missions locales, concrètement, l’exercice de celle-ci par leurs principaux acteurs… et pas seulement bénéficiaires ? Impliquer les jeunes, en tant qu’acteur collectif, dans la mission locale c’est précisément leur permettre de passer d’une position de « bénéficiaires », en quelque sorte récipiendaires d’une prestation, à une position d’acteurs co-constructeurs non seulement de leurs parcours mais du système à partir duquel ils négocient ce dernier. C’est donc leur donner un pouvoir et leur exprimer une confiance… ceci n’étant pas rien aujourd’hui alors que les opinions sur la jeunesse révèlent chez les adultes un manque de confiance en celle-ci : à l’affirmation « Les jeunes sont responsables dans leurs comportements », 56% des répondants d’un sondage de l’AFEV se déclarent « plutôt pas d’accord » ou « pas du tout d’accord » ! (3)  Second enjeu, la mutabilité ou la garantie que l’organisation, ici la mission locale, évolue en fonction de l’évolution des besoins des personnes pour qui elle agit. C’est le feed-back qui permet de remiser les slogans (imbéciles) du type « lejeunocentre » alors que, de toute évidence, au centre ce n’est pas une subjectivité qui doit remplacer une autre subjectivité mais c’est une dialectique ou une interaction qui doit constituer la base de la progression de cet organisme vivant et multidimensionnel qu’est ou devrait être une mission locale. Et que les jeunes soient collectivement consultés de temps à autre ne suffit pas : l’implication des jeunes et le projet de citoyenneté active ne sont pas une affaire qui pourrait être traitée ponctuellement, au gré d’évènements ou d’une disponibilité si aléatoire qu’on sait bien qu’elle serait très rapidement mobilisée pour un retour immédiat sur investissement… comprenons l’accès à l’emploi. Il y aurait un hiatus majeur avec la philosophie des missions locales, donc leur identité, si rapidement cette expression collective, pérenne et structurée des jeunes au sein des missions locales n’était entreprise, comme l’écrit Régis : dans chaque structure  « individuellement et collectivement au niveau de toutes les strates du réseau ». Et, pour cela, un message haut et clair de l’UNML ne serait pas superfétatoire…

Régis. « On ne peut pas tout mettre sur le dos du manque de communication, mais il est avéré que celui qui n’est pas au cœur des décisions a de bonnes chances d’être oublié… Alors, comme je l’ai déjà écrit ici, tant que le réseau ne sera pas présent aux cabinets des ministres concernés (comme conseillers techniques bien évidemment…), il aura du mal à avoir toute la place qu’il mériterait dans la construction des politiques publiques pour la Jeunesse… »

Dialectique.

P.L. Oui, le lobbying… mais avec un obstacle de taille car croit-on qu’aujourd’hui un conseiller porteur des valeurs et du paradigme des missions locales aurait sa place dans un cabinet ministériel ? J’en doute. En attendant cette possibilité – 2012 ? – reste, là également, l’exercice dialectique (qui ne casse pas nécessairement des briques – 4) nécessitant que le réseau en soit un… ce qui nous renvoie pour partie à la fin de cette contribution.

Régis. « Le livret de compétences devrait être une opportunité pour les Missions locales tant pour établir cette passerelle si nécessaire avec l’Education nationale que pour mettre en valeur, en mouvement, en dynamique ces jeunes uniquement qualifiés de sans diplôme… »

Jambe de bois.

P.L. Oui, cent fois oui ! Mais, cette fois, à moi de poser une question : « Où en est-on de la généralisation du portefeuille de compétences dans les missions locales ? » On expérimente auprès de 5 500 jeunes un revenu contractualisé d’autonomie (RCA), dont le montant mensuel dégressif de 250 euros maximum interroge quand même sur la pertinence, sinon la décence, de l’usage de la notion d’autonomie, alors que le portefeuille de compétences qui pourrait concerner la quasi-totalité des jeunes en insertion est laissé à l’appréciation des uns et des autres… ceci signifiant que, très majoritairement,  il n’est pas mis en œuvre… C’est, une nouvelle fois, une affaire de stratégie : qu’est-ce qui, aujourd’hui et pour demain, est prioritaire… « stratégique » ? Apparemment, l’emplâtre sur la jambe de bois.

Régis. « De même, l’approche globale nécessite une réponse interministérielle et non une dépendance des seuls crédits de la DGEFP qui, comme son sigle l’indique, n’a – RGPP obligeant – de regard que sur l’accès à l’emploi… »

P.L. Hé oui, la DIIJ est loin…! De transversale la politique d’insertion est devenue sectorielle. Transversale signifie que ce qui est poursuivi s’inscrit dans plusieurs registres et, s’agissant de politique publique,  correspond à des compétences relevant de ministères distincts. Cette dispersion appelle un pilotage politique au plus haut niveau, c’est-à-dire celui du Premier ministre. Ce fût le cas pour tous les délégués interministériels à l’insertion des jeunes, du premier Bertrand Schwartz aux derniers Hubert Peurichard et Jean Tulé, qui répondaient de leur action à Matignon. Cette interministérialité fût décidée par François Mitterrand pour Bertrand Schwartz, à la suite des fortes résistances d’administrations à l’installation des missions locales (5). La DIJ fût supprimée le 28 décembre 2002 par François Fillon… « L’Etat, organisé verticalement, a du mal à supporter une structure interministérielle, par nature horizontale… » (6) Cette sectorialité, en lieu et place de la transversalité, est évidemment une régression tant en terme de management des politiques publiques qu’en terme de capacité à penser la complexité… a fortiori lorsqu’elle se combine au paradoxe d’une continuité idéologique de l’action (que l’on regarde la persistance contre vents et marées – évaluations multiples, y compris à partir du critère d’efficience – du recours aux « opérateurs privés de placement ») et de « coups » où l’on mobilise un jour sur tel thème, un autre jour sur tel autre…

Régis. « Enfin, dernier élément pour cimenter le réseau… l’échange de bonnes pratiques… il devrait être organisé pour renforcer la culture commune, multiplier les échanges entre structures… et servir d’appui à une conceptualisation permettant d’éviter à des chercheurs de réinventer l’eau chaude, voire tiède ou pire encore froide… »

Rassis

P.L. Oui. Echanger mais pas uniquement : modéliser les bonnes pratiques (par exemple, le portefeuille de compétences, les stratégies de rapport au monde des entreprises…), s’appuyer sur un corpus théorique robuste, disposer d’une déontologie, doter les missions locales d’une ingénierie de R&D qui leur permette de s’inscrire, en bénéficiant d’un socle expérientiel d’innovations, dans des appels à projets, etc. Qui sait, aujourd’hui, quelles sont les missions locales qui ont répondu et ce qu’elles ont proposé à l’appel à projets Outre-Mer sur les trois programmes (« L’implication des jeunes et de l’ensemble des acteurs locaux dans la prévention santé et l’accès aux soins », la « Prévention et lutte contre l’illettrisme » et « L’insertion professionnelle des jeunes par la valorisation des ressources locales, tant culturelles que naturelles ») ? Ou sur cet autre appel à projets « Initiatives solidaires, territoires et emplois » de la Fondation de France ? Le « réseau » est riche de ressources. Mais il est également la démonstration quotidienne que, le tout, s’il peut être supérieur à la somme des parties, peut également lui être inférieur. L’UNML, qui est dans sa phase de consultation pour configurer le futur institut Bertrand Schwartz, a du pain sur la planche. Il ne faut pas qu’il rassisse.

(1) Notons d’ailleurs cette phrase étonnante dans l’article « CPO, suite… » de Info Hebdo UNML n° 28 : « Il {Xavier Bertrand} a tenu à saluer l’efficience du réseau, tant au niveau qualitatif indéniable des Missions Locales, qu’au niveau de la gestion globale des fonds dédiés, comme l’avait souligné le rapport de l’IGF. » L’efficience est un critère évaluatif purement économique qui examine la proportionnalité entre ce qui a été investi et ce qui a été obtenu. Si l’efficience est adaptée sur le thème de « la gestion des fonds dédiés », on ne voit pas très bien ce qu’elle signifie « au niveau qualitatif ». Souvent on observe une substitution, l’efficience étant par exemple présentée comme synonyme de l’efficacité qui, elle, peut appeler une dimension qualitative.

(2) Cf. la loi de variété requise de William Ross Ashby : « Cette loi permet l’introduction de barrière de variété qui implique l’idée qu’il est illusoire de rechercher le contrôle complet d’un système complexe. » (J.-C. Lugan, La Systémique sociale, 1996, PUF, cité par Ph. Labbé et M. Abhervé, L’insertion professionnelle et sociale des jeunes ou l’intelligence pratique des missions locales, 2011, 2ème édition, Apogée, p. 196).

(3) AFEV, « Les français et les jeunes. Edition 2010 »,  Observatoire de la jeunesse solidaire, 2011.

(4) Clin d’œil au célèbre film situationniste de René Viénet, « La dialectique peut-elle casser des briques ? » (1973) que les jeunes générations peuvent visionner sur Dailymotion. Les moins jeunes peuvent revisionner.

(5) « D’autre part, Bertrand Schwartz l’explique dans de nombreuses interviews, l’interministérialité a permis de contrer le travail de sape de certaines administrations qui voyaient d’un très mauvais œil l’arrivée des missions locales créées, il faut l’avoir en tête, sur le constat par le Premier ministre d’un mauvais fonctionnement des services de placement et d’orientation, comme cela est explicitement écrit dans la lettre de commande de Pierre Mauroy, en liminaire du rapport Schwartz. » Note Ph. Labbé, op. cit., p. 57.

(6) M. Abhervé, id., p. 58.

Abusus non tollit usum. (1)


C’était inattendu mais, puisque c’est fait, autant suivre le mouvement ! La revue Partage de mars-avril 2011 consacre sa rubrique « Bonnes feuilles » à la réédition de L’insertion professionnelle et sociale des jeunes ou l’intelligence pratique des missions locales. En l’occurrence le chapitre II, « L’invention de l’insertion ». Tout y est… sauf les références bibliographiques des citations : promis, juré, dans l’ouvrage elles y sont… précaution minimale face au risque de procès en plagiat (et non en pagat… de son prénom Maurice, fondateur entre autres de Partage) ! In cauda venenum. (2)

Qui bene amat, bene castigat… (3)

Dans cette même revue, on peut lire « Les propositions de Francis Raugel » sur l’emploi, celui-ci étant le président de l’association Partage. De cette revue, on n’a ici dit que du bien… y compris quand, toujours au chapitre des bonnes feuilles, on avait pu lire un extrait de l’ouvrage de Denis Castra, L’insertion professionnelle des publics précaires (2003, PUF)… qui justifia une sorte de « droit de réponse » cosignée par une directrice de mission locale, un président d’une autre mission locale et votre serviteur. Mais là, en ce qui concerne les propositions pour les jeunes, on reste sans voix, un peu comme lorsque Terra Nova avait proposé de « Mobiliser Pôle emploi dans l’accompagnement des jeunes » (« Problème d’image »,  23 novembre 2010 ) : Francis Raugel ne propose pas moins que de « Mettre en place pour tous les jeunes qui entrent sur le marché du travail un parcours d’insertion encadré et piloté par un organisme rassemblant les actions éparses actuelles (« pôle emploi jeunes »). » ! Hésitation : faut-il une énième fois rappeler l’article 13 de la loi de cohésion sociale créant le droit à l’accompagnement pour tout jeune rencontrant des difficultés d’insertion professionnelle et en confiant la mise en œuvre aux missions locales ? Et oui, il le faut et il le faudra autant de fois qu’on pourra lire ce type de proposition, probablement plus justifiée par la méconnaissance que par la défiance vis-à-vis des missions locales. Bis repetitas… ou « repetitélas » (4) ad nauseam ?

Errare humanum est. (5)

Le 15 avril 2011, le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) des Pays de la Loire a rendu son avis sur la question: « Les sorties sans qualification du système éducatif : quelles solutions pour les jeunes décrocheurs ? » Parmi les propositions, celle d’un livret de compétences « élargi ». Le CESER rappelle en effet que, lorsqu’un jeune quitte le système scolaire sans avoir obtenu une qualification professionnelle, il n’a pas acquis tout ce qui était prévu dans son cursus de formation« mais il n’a pas non plus rien acquis. Le livret de compétences sert à acter ce qui a été capitalisé et qui constitue la base des acquis lorsque le jeune voudra reprendre une formation ». Le CESER propose donc à la Région d’innover en contractualisant avec l’Éducation nationale un élargissement du champ du livret de compétences scolaires aux compétences extra-scolaires acquises soit dans des activités associatives, soit dans des « petits boulots ». C’est très bien de contractualiser avec l’Education nationale… mais, dès lors que les missions locales seront prêtes, avec un outil validé et partagé, ne serait-on pas en droit de songer que cette contractualisation devrait les concerner ? D’autant plus que, s’agissant de jobs, petits boulots et activités multiples – depuis la garde d’enfants jusqu’à l’activité sportive -, sans doute les missions locales sont-elles plus à même de faire ce travail de recension et de transposition des compétences sociales dans un registre de référentiel d’emploi. Le tout est d’être prêt, opérationnel : on ne peut pas, au risque de rester sur le quai, voir passer le train de la formation tout au long de la vie sans que soit fait ce travail de réagrégation de ce qui est dispersé. Là encore, c’est une priorité. Oui, oui, on sait : tout est prioritaire et les moyens diminuent. Comme le dit l’ami Michel, « cherchez l’erreur ».

Et nunc erudimini. (6)

Dans le même avis, le CESER propose un « droit à la formation initiale différée » qui concernerait « ceux qui ont arrêté leur formation initiale avant le premier cycle de l’enseignement supérieur, et en particulier ceux qui n’ont pas obtenu de qualification professionnelle reconnue et qui souhaitent poursuivre ultérieurement des études, dans les trois ans suivant leur décrochage, en vue d’une promotion sociale. » Ces jeunes pourraient avoir accès à une ou des formations qualifiantes ou diplômantes, d’une durée totale maximale d’un an, mise en œuvre notamment dans le cadre du congé individuel de formation. Enfin, « Pour que cette période de formation permette aux jeunes salariés un accroissement sensible de leur qualification professionnelle, ils pourraient bénéficier d’un concours à l’élaboration de leur projet professionnel, avec l’appui d’un accompagnement dans ou hors de l’entreprise et d’un bilan de compétences, et de la validation des acquis de leur expérience avant de suivre la formation qualifiante correspondant à leur projet. »

CXV. (7)

Selon une étude de l’Observatoire national du 115, l’insuffisance de protection des jeunes sans abri est loin d’être une exception francilienne. Le problème s’observe aussi bien en zone rurale qu’en zone urbaine. En 2010, 6 326 jeunes âgés de 18 à 24 ans ont sollicité le 115 dans 15 départements, les jeunes représentant 20% de la population ayant sollicité ce numéro d’urgence. 6 jeunes sur 10 sont des hommes ; les trois quarts de cette population de 6 326 jeunes sont des personnes seules mais ont également été recensés 811 jeunes avec des enfants. Parmi les raisons de l’appel au 115, c’est la rupture familiale qui arrive en tête.

Carpe diem quam minimum credula postero. (8)

Ces temps-ci, a-t-on remarqué comme le Ministre Xavier Bertrand semble très attaché à la notion de « taux d’insertion » ? Cependant, la question épistémologique est : « Qu’est-ce que ce taux d’insertion ? ». On connaissait le taux d’accès à l’emploi en six mois  ou plus, le taux d’accès à l’emploi durable en six mois ou moins… mais, là, le taux d’insertion ouvre une splendide perspective de réconciliation avec la DGEFP puisque, le ministre sachant que le concept d’insertion en mission locale recouvre l’indissociabilité du professionnel et du social, il ne peut s’agir que d’une reconnaissance d’un indicateur synthétique d’une situation socioprofessionnelle. Enfin ! Xavier Bertrand, qui déclarait en début de réunion « On se heurte à un choc de culture entre nous », ouvre la porte : engouffrons-nous ! Cedant arma togae ! (9)

Une contribution… rapide.

A peine une heure après avoir publié cet article, une contribution de « pioupiou44 » est parvenue. Elle mérite d’être portée en front-line… pas pour sa réactivité mais pour le problème qu’elle pointe.

Pioupiou44 : « Quand je lis ça : « Mettre en place pour tous les jeunes qui entrent sur le marché du travail un parcours d’insertion encadré et piloté par un organisme rassemblant les actions éparses actuelles (« pôle emploi jeunes »). », je me dis qu’il va falloir créer une ANPML : « Association Nationale des Pioupious des Missions Locales » pour aller défendre notre réseau.

Ou alors j’ai tout faux ! Ca ne serait qu’ajouter une couche à un réseau qui n’a pas su co-construire, réfléchir et qui, du coup, réinvente l’eau chaude à couper le beurre (salé) aux quatre coins de l’Hexagone. J’ai l’impression que malgré cette reconnaissance légale du droit à l’accompagnement, personne ne croit vraiment aux Missions Locales. Pôle Emploi est bien content de nous trouver de temps en temps, les Régions veulent bien qu’on remplisse les formations, les Départements veulent bien qu’on fasse un peu de FAJ, les intercommunalités veulent bien qu’on reçoive les jeunes qu’ils ne savent pas trop comment gérer. Pourquoi tant de méconnaissance ?

Nos assos sont-elles trop petites ? Nos élus pas assez puissants ? Nos pioupious trop gentils ? En tout cas, j’ai la fâcheuse impression que si nous ne nous imposons pas rapidement, la tendance à nous faire disparaître risque d’approcher à grands pas. Pour mieux renaître après ??? »

P.L. C’est dit. Et redit car, une nouvelle fois, est posée la question de la connaissance qu’ont ou, plus exactement, que n’ont manifestement pas nombre d’acteurs pourtant en, principe à l’épicentre des politiques de l’emploi. C’était le cas avec Terra Nova – des chercheurs proposant leur expertise entre autres face au chômage des jeunes -, c’est le cas avec Partage, pourtant excellente revue dont 90% des publications concernent les missions locales et autres structures ou institutions du champ de l’emploi. Je dois avouer que j’ai souvent été circonspect face à l’antienne « on ne sait pas communiquer » qui, dans bien des cas, pouvait passer pour une façon de ne pas dire ce que l’on avait insuffisamment travaillé, structuré. Autant le pragmatisme est une qualité, dès lors qu’on l’oppose à l’idéologie, autant le seul registre « pratico-pratique » exonéré d’une réflexion, d’une capacité d’objectivation et d’analyse, est dramatique dans des métiers qui font appel au discours, à la réflexion, à la réflexivité. On le constate à l’échelle nationale avec  la faiblesse de la Recherche – Développement, on le remarque souvent à l’échelle locale… même si ceci connaît d’heureuses exceptions. « Question de temps », répondent nombre de professionnels : les uns et les autres sont agrafés comme des insectes sur le liège du quotidien. C’est probablement pour partie vrai. Pour partie, seulement. Certes, il faut donc mieux communiquer mais il faut aussi mieux réfléchir… en s’accordant le temps car si, par exemple, on prenait au mot la proposition de définir ce qu’est un taux d’insertion conforme à l’approche systémique, globale, il faudrait se coltiner à la dureté des concepts, revenir sur l’histoire et ses enseignements, naviguer au plus près dans les méandres des théories et typologies, etc. Bref, cesser de sacrifier l’essentiel à l’urgence. Finalement, cette histoire de méconnaissance en est une autre de communication mais également de problématique hégélienne : les responsabilités sont partagées et, pour se sortir d’une méconnaissance qui flirte avec le déni de légitimité, il faut commencer par reconnaître qu’on ne fait pas tout ce qui est nécessaire. C’est dit.

(1) L’abus n’empêche pas l’usage.

(2) Dans la queue le venin.

(3) Qui aime bien, châtie bien.

(4) Contraction néologique.

(5) L’erreur est humaine.

(6) Et maintenant soyez instruits.

(7) 115.

(8) Mets à profit le jour présent sans croire au lendemain.

(9) Que les armes le cèdent à la toge.

Voici une recherche bigrement intéressante signée de Bernard Gomel, Sabina Issehnane et François Legendre, « L’accompagnement et l’insertion des jeunes en difficulté. Que peut-on apprendre des données de gestion des missions locales françaises ? »

700 000 jeunes…

On ne détaillera pas la note de quinze pages qui synthétise les (premiers ?) résultats, dont une large partie fait appel à des compétences statistiques et économétriques très pointues, mais résumons le champ de l’étude et sa conclusion.

Les chercheurs ont retenu le CIVIS – « classique » et « renforcé » – et se sont basés sur les données de Parcours 3 correspondant à la période du deuxième trimestre 2005 (commencement du programme) jusqu’au début de 2009, soit un total de 700 000 jeunes, dont 60% de femmes en CIVIS classique et 46% en CIVIS renforcé.

L’analyse s’est attachée à suivre les évolutions de ces jeunes trimestre par trimestre et note que « la proportion de jeunes dans l’emploi durable double au bout d’une année, en passant de 7% (premier trimestre de suivi) à 14%. Corrélativement, la proportion de jeunes au chômage diminue de 55% à 36%. »

En limitant la population étudiée aux trajectoires de jeunes comportant au moins deux trimestres, on observe que 44% des trajectoires ne connaissent pas de changement de degré d’insertion professionnelle : « Ces premières statistiques montrent ainsi qu’il ne nous sera pas facile de mettre en évidence de manière robuste l’effet de l’accompagnement sur l’insertion professionnelle des jeunes en CIVIS. » Mais ce commentaire des chercheurs ne les décourage pas pour autant : « Nous cherchons maintenant à quantifier le lien, en recourant aux méthodes économétriques, entre l’intensité de l’accompagnement et le degré d’insertion professionnelle. »

Discours de la Méthode.

Passons sur les questions de méthode (« Le panel ainsi construit n’est pas « cylindré ». Formellement, les données sont repérées par un double indice comme suit : xit pour  i = 1,…, N et pour t = ti,…, t») et de vocabulaire (« … où le terme auto-régressif porte sur la variable endogène retardée d’une période. ») pour en arriver à la conclusion. De celle-ci, on retiendra trois enseignements…

Premièrement, ceci pouvant paraître évident mais devant être rappelé, il existe un biais (« artefact ») dans l’analyse de l’accompagnement : du constat de jeunes qui bénéficient d’un fort accompagnement mais qui ne parviennent pas à s’insérer professionnellement, on pourrait en déduire une inefficacité de l’accompagnement… mais ce serait oublier que ceux qui sont l’objet de cet « accompagnement plus intense sont aussi ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi ».

Deuxièmement, en ayant neutralisé ce biais par ce modèle « auto-régressif », « quel que soit le trimestre de suivi, un accompagnement plus intense, sous la forme d’un plus grand nombre d’entretiens individuels, accroît significativement l’insertion professionnelle des jeunes. »

Enfin, troisièmement, le degré d’insertion est très sensible à la conjoncture économique, tant d’un point de vue macroéconomique avec les effets de la crise financière que d’un point de vue saisonnier : « … un fort mouvement saisonnier : le dernier trimestre de l’année est un « mauvais » trimestre et le premier trimestre de l’année un « bon ». »

Conclusion de la conclusion.

Quittant le registre scientifique pour celui de l’organisation et, subséquemment, du politique, il semble évident que l’intensification de l’accompagnement ne peut être effective sans que les moyens soient à la hauteur des ambitions : si l’objectif est de permettre pour le maximum une insertion professionnelle et si l’on s’accorde sur la corrélation entre intensité de l’accompagnement et résultats, les ressources humaines doivent être renforcées. Ce qui n’est pas exactement le cas aujourd’hui. De plus, sauf à songer que nous sommes sortis de la crise, ceci contre tous les diagnostics et analyses prospectives qui annoncent a minima deux années où vont se combiner une inflation, donc une baisse du pouvoir d’achat, et une augmentation du chômage, la démonstration de la sensibilité de l’insertion à la conjoncture économique devrait renforcer encore plus cet effort.

Si la science combat les évidences, elle est aussi très utile pour rappeler quelques évidences. Reste que, quels que soient les raffinements méthodologiques, focaliser sur la fréquence des entretiens n’est qu’une des modalités étudiées, l’hypothèse posée – et vérifiée – étant que plus la fréquence est élevée, plus l’efficacité de l’insertion professionnelle sera au rendez-vous. Or, autre évidence de bon sens et non de sens commun, l’essentiel réside dans l’entretien… pas dans le fait qu’il y ait un entretien. Mais, comme disait l’autre, « c’est une autre histoire »… comme d’ailleurs, en amont, la robustesse – fiabilité et univocité – des informations saisies sur Parcours 3. Une autre-autre histoire.

La question d’Ayasbelle – « Où est l’article sur les pioupious ? » – s’ajoute à plusieurs autres interrogations ou incompréhensions remontées concernant la généalogie pioupiouesque. De facto, une totale maîtrise du sujet nécessite soit d’avoir été lecteur lors de la publication des articles fondateurs (comme par exemple le contributeur régulier – précisément – « pioupiou 44 » -), soit d’avoir courageusement remonté la chronologie des articles jusqu’en décembre 2009. En ces temps de « performance », il ne pouvait être question d’inciter à ce que trop de temps soit consacré à cette investigation aux dépens des indicateurs CPO. Ainsi, avec ces trois articles, chacun pourra (presque) tout savoir, tout comprendre et tout maîtriser de la problématique du pioupiou en mission locale : de l’éthologie à la psychologie, le lecteur curieux découvrira le piou-piou missionem locus vulgaris, espèce proliférante par à-coups hétéronomes dits « programmes » : TRACE, CIVIS… en se reportant à :

« Psychomorphologie du pioupiou. Ethologie » (6 décembre 2009)

« Psychomorphologie du pioupiou. Précision » (8 décembre 2009)

Et « Psychomorphologie du pioupiou. Psychologie » (9 décembre 2009)

Bien entendu, toute nouvelle observation permettant de compléter ce tableau du pioupiou sera accueilli ici avec bonheur. Ainsi, les données sur les mœurs sexuelles des pioupious sont probablement insuffisantes et pourraient être heureusement enrichies d’observations de terrain (1).

A vos claviers !

(1) « Malgré une partition sexuée de deux pour un, terrain généralement favorable au training sexuel et même à la polygamie, femelles et mâles pioupious ne copulent pas nécessairement ensemble – du moins pour procréer ; peu d’études cependant s’y attachent et l’on en est réduit aux suppositions, le taux d’endogamie n’étant en tout état de cause pas comparable à celui d’autres espèces, par exemple l’institutor vulgaris… »