Lectures

Publié: janvier 26, 2012 dans Au gré des lectures

Télérama publie chaque jour sur son site une courte chronique d’une personnalité, souvent du monde culturel, exprimant un avis sur l’élection présidentielle. Cela dure cent jours. C’est parfois drôle – aujourd’hui, par exemple, c’est la chanteuse Juliette avec une prescription médicamenteuse de 26 mg de paracétamol hollandais, 22 mg de Sarkozine Tremulans, etc.

A J-91, c’était Marie Pezé, psychanalyste, responsable du réseau Souffrance et Travail. Extrait :

{…} Je voterai plus volontiers pour chacun d’entre nous. Pour que chacun d’entre nous se saisisse, à son niveau individuel, de la dégradation de notre société. Pour que chacun d’entre nous se délivre de ses petits silences quotidiens, de ses petites cécités, des têtes tournées ailleurs quand il faudrait regarder. Sommes-nous indemnes de petits consentements, de petits égoïsmes ? Les citoyens épuisés, isolés que nous sommes sont devenus très dociles et opposent l’efficacité du dressage à toute action critique.

La peur a été si savamment distillée partout dans notre société que nous en sommes devenues les meilleures courroies de transmission. Il règne dans ce pays une conviction étrange reposant sur la certitude qu’un Français heureux risquerait de s’endormir et qu’il faut entretenir sa « précarité subjective », l’empêcher de se stabiliser dans sa vie, spatialement, géographiquement, émotionnellement, collectivement. Le chacun pour soi, la désagrégation des collectifs, la masse grandissante des chômeurs, la vision des SDF y contribuent. Cette peur sociale organise la société du consentement, de la capitulation, l’adhésion à des mises au ban pour sauver sa peau, sa place.

Je crois pourtant que se trouvent là de puissantes marges d’action à conquérir.

Alors assez de commissions, de rapports, de recherches, de réflexions, d’expertises, d’audits, de quantification. Politiques sournoises, intentions masquées, hiérarchies complices, fatalisme se conjuguent pour transformer ce pays en un champ stratégique ne visant que des résultats financiers. La fonction symbolique des institutions, de l’Etat, devrait permettre la régulation, la répartition des places et des rôles autour du travail réel pour redresser ce pays. Son recul nous entraîne vers les seuls objectifs quantitatifs ou de savoir-être comportementaux, stratégiques.

Nous sommes mis en concurrence les uns avec les autres, avec le salarié du bureau d’à côté et celui de l’usine à l’autre bout de la planète. Et avec nous même, devenu le chef d’équipe chargé de se fixer ses propres objectifs et le subordonné chargé de les atteindre ! Auto-entrepreneur de soi-même.

L’idée d’un monde qui ait du sens est une croyance fondamentale. La perdre nous pousse tous au désespoir. Alors donnons de la voix, toutes nos voix… »

Allez, en bonus, à recommander pour sa chute ou si l’on aime les macarons : « Une bonne raison de voter Sarkozy » de Frédéric Krivine.

A suivre…

 

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