Archives de novembre, 2008

De la relativité des finances publiques…

Soyons honnêtes, la crise financière n’a pas que des inconvénients mais est une opportunité, d’une part, pour se cultiver en élargissant son champ sémantique (hedge fund, subprimes…) et, d’autre part, pour vérifier la théorie de la relativité appliquée aux finances publiques, le périmètre budgétaire de la mission « Travail et emploi » étant en baisse de 5,2% par rapport à 2008 (« Une réduction durable des crédits budgétaires sur la période de 2009 à 2012 », « Un budget de crise », selon les termes du Rapport général pour la loi de finances présenté par le très social Serge Dassault – 1) alors que synchroniquement des sommes astronomiques sont déversées dans des banques pour qu’elles facilitent l’accès au crédit afin de soulager la trésorerie tendue des entreprises… ce qu’elles ne font d’ailleurs pas (2). Privatisation des bénéfices, socialisation des pertes… on connaît la chanson.

De la relativité des effets la crise sur les pauvres…

On savait que, de financière, la crise allait devenir économique puis immanquablement sociale, d’autant plus que voilà un bout de temps cette dernière pouvait faire son lit de la crise morale. On n’imaginait cependant pas toutes les répercussions de cette crise qui, comme le note Stéphane Mabon dans la contribution ci-dessous, affecte particulièrement les multimillionnaires. Force est pourtant de constater, avec un peu de bon sens, que la crise est évidemment plus dure pour les riches que pour les pauvres : les premiers ont des besoins importants, devenus incompressibles, alors que les seconds sont habitués à la pauvreté… puisqu’ils sont pauvres.

 

La crise n’épargne vraiment personne !

Stéphane Mabon

Le Monde daté du 28 novembre, page 16, nous révèle une étude au titre évocateur « Sale temps pour les maîtresses et les amants des multimillionnaires ».

Cette étude, réalisée en novembre par le cabinet Prince&Associates auprès de 191 multimillionnaires dans le monde avouant une relation extra-conjugale depuis plus d’un an, révèle que 80 % d’entre eux prévoient de réduire les dépenses, cadeaux, bijoux, dîners dans les grands restaurants, balades en jet privé et autres caprices jusqu’ici accordés à leurs amants ou maîtresses. Tous évoquent la nécessité de « réduire les dépenses inutiles ». Les personnes concernées apprécieront !

Parmi les sondés, qui subviennent à 70% ou plus aux besoins financiers de leur petit(e)s ami(e)s, 12 % envisagent, plus radicalement, de mettre fin à la relation adultère « pour des raisons financières ».

Et, plus la relation est ancienne, plus elle est en péril. Au-delà de trois ans, 7,3 % des personnes interrogées pensent rompre.

Avec satisfaction, nous apprenons que les femmes multimillionnaires font preuve de davantage de « délicatesse » en ces temps de crise avec leurs amants contrairement à leurs homologues masculins avec leur maîtresse.

Nous sommes là au « cœur » de la problématique de la sécurisation des parcours.

A quant un contrat de travail de maîtresse ou d’amant, de préférence en CDI (c’est plus sécurisant qu’en contrat de mission d’une durée maximale de 18 mois, voire un CDD à objet défini – dans le cas présent, il l’est assurément – introduit récemment dans le Code du Travail qui ne peut s’étaler au maximum que sur 36 mois) doté d’un parachute en or, pour les maîtresses ou amants des multimillionnaires ?

Décidément, la crise touche tout le monde !

Les 100 000 intérimaires ayant perdu leur emploi en France depuis un an, les 46900 nouveaux demandeurs d’emploi du mois d’octobre, les 100000 SDF en France qui essaye de survivre tant bien que mal en cette période hivernale, apprécieront !

Quelle société décadente dans laquelle nous vivons !

 (1) Sur une période d’un an, nous sommes passés de 650 000 ETP intérimaires à 550 000 ETP aux dires d’Arnaud de la Tour, Président de PRISME (Syndicat des Professionnels de l’Intérim).

(2) Le nombre de DE repasse le chiffre des deux millions. En un an, les moins de 25 ans DE sont 8,3 % en plus. Source DARES.

 

De la relativité des prophètes…

Autre bénéfice de la crise, si celle-ci a enrichi notre vocabulaire, elle a aussi relativisé le discours des économistes… devenus modestes et silencieux alors qu’on les connaissait particulièrement enclins aux jugements péremptoires et aux prévisions formulées en vérités révélées. Ainsi tous les prophètes du marché pur, de « l’optimum de Pareto », de « la main invisible » et autres « concepts » (en fait postulats) surfant sur la vague néo-libérale, s’accordent désormais sur une politique économique bannie, le keynésianisme, où la place de l’État est prépondérante : « La crise va être bien pire qu’en 1993. Nous sommes dans le cas où une relance keynésienne est nécessaire. Cela ne fait même plus débat entre économistes » indique, selon Le Monde du 27 novembre, un conseiller de M. Sarkosy (3). Cruel, Le Canard Enchaîné du 26 novembre 2008 rappelle une note de Patrick Artus, économiste en chef de la banque Natixis (oui, cette même banque créée par François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Elysée, qui est parvenu en deux années a creuser un gouffre de plusieurs milliards d’euros – 4). Le 22 mars 2007, la pythie Artus dressait ainsi l’inventaire des peurs et fantasmes des marchés financiers : « La liquidité va se raréfier ; l’économie chinoise va forcément ralentir ; il peut y avoir une récession aux Etats-Unis ; la profitabilité va se retourner à la baisse ; la crise du crédit immobilier « subprime » (et des crédits à aux variables) aux Etats-Unis va déclencher une crise bancaire et financière. » Et il concluait « Or toutes ces affirmations sont fausses… Toutes ces frayeurs sont sans objet. » Comme le note perfidement Le Canard Enchaîné, « Bien vu : les cinq « fausses » craintes se sont toutes réalisées depuis 2007. »

De la relativité du Plan Espoir Banlieues…

Toujours à la même source (indispensable par les temps qui courent), Le Canard Enchaîné consacre un article au Plan Espoir Banlieues dont on sait d’ores et déjà par différents canaux qu’il dérive… par exemple sur le fait qu’il doit en principe cibler des jeunes inconnus des missions locales ou qu’il ne s’adresse qu’à des jeunes de très faible niveau de formation. L’article, « Le plan Espoir Banlieues caillassé » rappelle que, face à l’objectif de 45 000 contrats d’autonomie en trois ans, on en est aujourd’hui selon Fadela Amara à 400-500, soit 1%, que la « Journée nationale du respect » programmée le 5 décembre n’aura pas lieu, que la promesse de « la présence partout d’Internet » pour réduire la fracture numérique est « un bug, pas la moindre puce »… De la sorte, le bilan d’étape de ce plan prévu fin décembre n’aura peut-être pas, et pour cause, lieu – « Matignon assure que rien n’est programmé » – et « ce « bilan » risque de ressembler à un dépôt du même nom. » « Tristes topiques », a-t-on envie de dire aujourd’hui pour fêter le centenaire Levi-Strauss.

De la relativité des tensions…

Comme l’écrit Stéphane Mabon et comme chacun a pu le lire partout, le chômage – officiel… sans même parler du précariat – remonte et, inévitablement, les jeunes sont les plus impactés. No comments… comme cela défile sur Euronews. Il va cependant falloir revoir un certain nombre d’injonctions… comme, par exemple, celle d’intervenir prioritairement pour réduire les offres d’emploi non satisfaites dans les secteurs en tension… En effet, « les entreprises du bâtiment anticipent un repli de leur activité de 6% en 2009, par rapport à 2008… Ce secteur, qui a créé 200 000 emplois depuis 2000, va non seulement cesser de recruter mais perdre de 25 000 à 30 000 postes en 2009, selon les prévisions de la Fédération française du bâtiment. » (5) Après les diagnostics socioéconomiques territoriaux, il va falloir mobiliser la théorie des particules pour trouver « l’entreprise » qui recrute. Du macro au micro.

Vive la crise ?

Libération, il y a fort longtemps, en 1984, titrait avec Yves Montand en couverture « Vive la crise ». Faisant de nécessité vertu, on pourrait aujourd’hui reprendre ce slogan sur la base d’un splendide paradoxe  : relativisant bien des choses en fait superficielles, la crise contraint à revenir aux fondamentaux, c’est-à-dire à (se) poser les bonnes questions – ce que faire société signifie, ce que recouvre pour un jeune s’intégrer… – et parvenir à une aussi pacifique que radicale révolution paradigmatique. Peut-être une occasion… « historique », diraient certains.

 

(1) Sénat, Commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation, annexe n° 31 « Travail et emploi », rapporteur spécial M. Serge Dassault. M. Dassault s’est récemment distingué quant à son opinion sur le traitement à réserver aux chômeurs (cf. sur ce blog « Dassault : fours de France… et Bruhnes au rapport. » 23 juin 2008). Ceci étant, c’est de famille, son fils, Olivier, étant un brillant esprit progressiste, propriétaire de la revue Valeurs actuelles

(2) Pour le président de la CGPME,  « … le dialogue entre les PME et les banques reste tendu… Les succursales des banques deviennent très prudentes. Elles réclament de plus en plus le cofinancement des crédits par un pool d’établissements et augmentent le niveau de leur couverture en exigeant cautions personnelles, hypothèques, etc. On ne compte plus le nombre de banques qui demandent aux entreprises de réduire leur découvert, quand elles ne mettent pas fin au financement à court terme. », Le Monde, 27 novembre 2008.

(3) A la rubrique des experts de tout poil, courtisans du pouvoir, une mention spéciale pour Jacques Attali qui publie un nouvel essai, La crise, et après ? Gageons qu’il parviendra à assumer un nième volte-face : en 1972, alors « de gauche », Attali écrivait « Il est un mythe, savamment entretenu par les économistes libéraux, selon lequel la croissance réduit les inégalités. Cet argument permettant de reporter à « plus tard » toute revendication redistributive est une escroquerie intellectuelle sans fondement. » (Les objecteurs de croissance, La Nef, n° 52, 1972). Le même Attali, vingt-cinq années plus tard, préside pour le gouvernement de M. Sarkosy (après avoir été le sherpa des gouvernements de gauche) une commission sur « les freins à la croissance » pour « recenser tous les obstacles à l’expansion » économique, et notamment « l’amoncellement de réglementations » dont l’arrêt du travail le dimanche. Tout cela est fort bien rappelé dans le numéro hors-série de La Décroissance (juillet-août-septembre 2008).

(4) Patrick Artus siège au Conseil d’analyse économique, instance placée sous la responsabilité du Premier ministre. C’est rassurant.

(5) « En France, la crise de l’immobilier pourrait durer jusqu’en 2011 », Le Monde, 27 novembre 2008.

Histoire de mobilité

Publié: novembre 24, 2008 dans Insertion/missions locales

La dernière contribution de Régis Barbier ouvre opportunément un temps de réflexion sur la mobilité…

La contribution de Régis Barbier

« Il faut quand même garder une page pour commenter l’actualité (et qui sait – selon qui lit le blog – influencer les décisions envisagées…).

Je commence par la lettre « mobilisation pour l’emploi » réalisée par le ministère de l’économie de l’industrie et de l’emploi (intéressant cet ordre choisi entre les trois…).

« Laurent WAUQUIEZ a affirmé sa volonté de doubler en 2009 le montant alloué par Pôle Emploi aux aides à la mobilité (aides à la recherche d’emploi et aides à la reprise d’emploi), qui bénéficieront ainsi à plus de 150 000 demandeurs d’emploi. »

Quand on lit cela, on ne peut être que d’accord, cela tombe sous le bon sens…

Mais après, il faut s’interroger :

– Comment est distribuée cette aide ? Faut-il aller à l’agence (euh, peut-être que ce nom va changer… cela serait plus moderne… cela romprait avec le passé… au guichet, au bureau… il faudrait faire appel à une agence de com…) pour recevoir un bon de transport qui permette de revenir pour une convocation?

– Cette aide est délivrée sous la forme d’un bon de transport… Très bien pour celles et ceux qui disposent de transports en commun à proximité… Mais comment font les autres ??? Dans le cadre des politiques territoriales de l’emploi (cela va toujours exister, euhhhh ?), ne serait-il pas plus logique que ces aides puissent être utilisées aussi  via tous les services d’aide à la mobilité qui ont été mis en place pour pallier aux insuffisances des transports collectifs ?

Cette remarque toute simple pour souligner le besoin d’une véritable territorialisation des politiques de l’emploi et de la formation afin d’adapter aux mieux les dispositifs nationaux ou régionaux… sinon, on en reste au niveau de la communication, mais sur le terrain rien ne change… »

Éléments contributifs…

SPEL, PAL, DALE, CEF…

La territorialisation de la politique de l’emploi a dix ans. Se sont mis en place, à la suite d’expérimentations régionales évaluées (j’y ai contribué pour la DGEFP), les « SPEL » (services publics de l’emploi locaux), espaces de concertation co-animés par le DALE (directeur de l’agence locale pour l’emploi) et le CEF (coordonnateur emploi-formation), chargés de produire, selon la notion commune, des « diagnostics partagés » aboutissant à des « plans d’action locaux » (PAL). Dans beaucoup de cas constatés in situ, ces « PAL » se sont résumés à une logique de catalogues dans lesquels on trouvait les différentes mesures pour l’emploi ventilées un peu sur la base des éléments du diagnostic, beaucoup sur celle de subtiles « clés de répartition » croisant les mesures et l’échelle territoriale départementale déclinée par bassin d’emploi, chaque préfet défendant « son » département, chaque sous-préfet « son » bassin. Descartes la tête en bas : partir du grand pour aller vers le petit…

Capitaux…

Ma thèse – déjà explicitée et ici résumée – est que l’on peut se représenter le travail d’insertion comme un transfert de capitaux nécessaires pour, à défaut de « réussir sa vie », s’en sortir. Ces capitaux sont au nombre de cinq : du capital « intellectuel » ou « culturel », c’est-à-dire en gros une formation, une qualification… ceci en lien avec la « stratégie de Lisbonne » qui, constatant que nous sommes entrés dans un univers où la matière grise est déterminante, promeut cette Europe de la connaissance… avec d’ailleurs des résultats plus qu’aléatoires ; du capital « social », c’est-à-dire des réseaux, des relations, beaucoup de « liens faibles » qui constituent autant d’opportunités et qui ouvrent le champ des possibles ; du capital « économique », autrement dit des ressources financières sans lesquelles tout le reste ne serait que littérature ; du capital « symbolique » que je résume pour le sujet qui nous intéresse – pardon Pierre Bourdieu ! – à l’estime de soi, condition nécessaire pour avancer ; enfin et sur la base de constats largement partagés (Luc Boltanski et Eve Chiapello, par exemple – 1) du capital « de mobilité », celui-ci étant entendu comme une capacité physique et psychique se traduisant concrètement par des déplacements spatiaux et sociaux.

Marionnette

Comme – hélas – bien souvent, ce capital de mobilité n’est appréhendé en termes de réponses qu’à partir de sa perspective instrumentale : prendre le bus, etc. Bref, se mouvoir spatialement. Il est également assez volontiers « tiré » vers  l’idéologie de la flexibilité selon laquelle, pour une « fluidité » optimale du sacro-saint marché, chacun devant être en mesure, si possible très réactivement (du jour au lendemain serait bien…), de se délocaliser au rythme des délocalisations des entreprises : de Thionville (Lorraine) à Fos-sur-Mer (PACA) puis à Brasov (Roumanie) et à Dà Lat (Viêtnam). Les voyages forment la jeunesse, dit-on. C’est toujours ça de pris. Mais si « l’opérateur » (terme dont le dessein sémantique est de neutraliser le risque d’appartenance à une « classe » que l’usage d’« ouvrier » porte historiquement – 2) a eu la mauvaise idée de se fixer affectivement, il fera l’expérience d’une acculturation, de mari honnête à marionnette. Du CDI matrimonial à l’intérim affectif.

Trois freins ou obstacles me semblent posés à ce que les missions locales disposent d’une « doctrine » (toujours laïque, s’entend…) sur la mobilité.

Grives et merles…

D’une part, la mobilité sociale est aléatoire, sinon impossible : tant verticalement avec le « descenseur social » (3) qu’horizontalement avec le cloisonnement des filières… hormis pour les emplois exigeant le minimum de qualification, ceux qu’André Gorz appelait « les emplois de la néo-domesticité » (gardiennage, services aux entreprises, aux particuliers et autres CESU – 4). La mobilité sociale appartenant à la mythologie des Trente Glorieuses, reste la mobilité spatiale. Faute de grives, on mange des merles…

Mobile pour être stable…

D’autre part, le strabisme convergent qui ne voit que la mobilité alors que, de toute évidence, le couple vertueux de la socialisation et de l’intégration associe dans une dialogique « mobilité » et « stabilité » : on est prêt à être mobile pour gagner en stabilité ; autrement formulé, oui, je quitte mon CDD à Thionville mais pour un CDI à Fos-sur-Mer. En d’autres termes, travailler la mobilité sans la qualité de l’emploi (5) incluant sa stabilité correspond à remplir sans fin un récipient percé. Eschyle appelait cela Le Tonneau des Danaïdes. Il y a 2500 ans.

Essentiel, urgence…

Enfin – mais cela concerne plus largement toute la conception du travail d’accompagnement de jeunes rencontrant des difficultés – le « présentéisme », l’urgence permanente, « lenédanleguidon », bref tout ce qui conduit à proposer des réponses immédiates (dont certaines cependant peuvent être tout-à-fait pertinentes et utiles) sans avoir pris le temps de comprendre, de décrypter, en un mot de réfléchir. Certains imaginent que rechercher les facteurs d’immobilisme (ou à l’inverse, d’errance) serait au mieux une coquetterie, au pire une « handicapologie ». On peut aussi songer que ne pas le faire c’est sacrifier l’essentiel à l’urgence.

Que faire ?

La visée d’intégration, certes, ne peut faire l’économie d’une mobilité, encore une fois psychique et physique, sociale et spatiale. L’équilibre n’est somme toute qu’une succession de déséquilibres, la stabilité un enchaînement d’instabilités. Outre une « doctrine » pour le réseau (qui, peut-être, fait partie des thèmes à l’étude de l’ANDML… sinon on s’en occupera ici, une fois l’évaluation achevée… au fait : une dizaine d’acteurs volontaires à cette date), deux dispositifs ont leur place à côté des solutions pratiques imaginées par toutes les missions locales (location de véhicules, permis de conduire, etc.) ou utilisées par celles-ci (aides des régions, de l’ANPE, FIPJ, FAJ, etc.) : la validation des acquis de l’expérience (VAE) et le contrat de transition professionnelle (CTP). La VAE, institutionnalisée, correspond au « capital culturel » évoqué et le CTP, expérimental, est une modalité concrète de l’articulation entre mobilité et stabilité. Qu’en pensent les acteurs du réseau ?

A suivre…

(1) Luc Boltanski, Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, 1999, Gallimard.

(2) « Opérateur » mériterait d’entrer dans le glossaire de l’ouvrage d’Éric Hazan,
LQR.
La propagande du quotidien, Raisons d’agir,
 2006 : « Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR {Lingua Quintae Respublicae} substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission. »

(3) Philippe Guibert et Alain Mergier, Le descenseur social, Enquête sur les milieux populaires, 2006, Fondation Jean Jaurès, Plon.

(4) André Gorz, Les Métamorphoses du travail, 1988, Galilée. Avec ces « emplois de la néo-domesticité », André Gorz visait particulièrement les services à la personne. L’expression, volontairement stigmatisante et brutale, alerte sur des dérives possibles sinon effectives (cf. le néo-colonialisme), les riches condescendant à rémunérer faiblement des employés pour des tâches domestiques et capitalisant ce temps pour eux épargné en gagnant toujours plus. On peut lire, sur la professionnalisation des emplois des services à la personne, le très récent (21 novembre 2008) « Avis de suite » du Conseil économique, social et environnemental présenté par Yves Vérollet, Les services à la personne (http://www.conseil-economique-et-social.fr/rapport/AVIS_Y_VEROLLET.pdf).

(5) Sur ce blog, « Pour un travail sur le travail de qualité », 12 juillet 2008.

Intelligence partagée…

Dans la continuité de l’article du 16 novembre, « Invitation à l’intelligence collective », proposant la constitution d’un groupe de réflexion et de production sur le thème de l’évaluation de l’insertion professionnelle et sociale (IPS), ce dernier recense à ce jour huit acteurs. Il est encore possible de le rejoindre, ses travaux ne commençant que dans deux semaines. C’est dit.

Cocotiers…

En attendant que ce travail mature, porte ses fruits et soit largement – au-delà de ce seul blog – communiqué, d’autres articles seront publiés… avec toutefois une fréquence moindre : je m’absente une quinzaine de jours pour deux missions réunionnaises… et aussi – je dois le concéder – pour y retrouver une sociabilité tropicale. L’utile à l’agréable… Ceci étant, la continuité n’est pas que républicaine et territoriale mais également technologique… et la Réunion, « L’Île intense », est – mais oui – dotée de l’internet. On n’arrête pas le progrès.

Lamentable…

Donc contributions… en évitant de revenir sur ce que chacun, de chez soi, à la lecture des journaux ou devant son poste de télévision, a pu ressentir du récent congrès du Parti socialiste : la fin des idées, une pensée socialiste ravagée par les indécents appétits individuels que des rhétoriques convenues, trop aisément décryptables, ne sont parvenues qu’à rendre encore plus dérisoires… De cette adhérente du PS interviewée au congrès qui désespère de l’abysse entre la réalité du monde – la crise – et l’irréalité des joutes, à ce que déclarait Michel Rocard dans le Monde 2 du 8 novembre (« Qui sont-ils ces socialistes français ? Pour un tiers des conseillers municipaux, pour un autre tiers des gens qui veulent devenir conseillers municipaux et pour un troisième tiers des curieux de passage qui s’en vont vite parce qu’ils s’ennuient ferme aux réunions de section. »), aux insultes rapportées par Le Canard enchaîné de cette semaine (page 2, édifiant…) et aux analyses absolument désespérantes de tous les intellectuels dans le long – deux pages : « Les intellectuels jugent le PS » – article du Monde du 15 novembre, pour rude et amer qu’il soit, le constat est sans appel : il n’y a guère à attendre du Parti socialiste. Nous parlerons donc d’autre chose : de l’actualité comme celle de « L’emploi, première inquiétude des Français » (Une du Monde, 19 novembre) et comme celle qui ne manquera pas de surgir de la lessiveuse, du maelström des crises financière, économique, politique et sociale dans lequel nous sommes entrés. Finalement, quand on parlait de « panique morale »…

Éduc’Pop…

J’ai à plusieurs reprises rappelé la filiation des missions locales, plus largement du secteur de l’insertion, avec l’éducation populaire. Cela mérite sans doute quelque éclaircissement (en tout cas pour de jeunes professionnels) et sera source d’inspiration pour des contributions de la catégorie « corpus » : qu’est-ce que l’éducation populaire ? Rien que cela.

Lisibilité…

Précisément, s’agissant de cette catégorie visant à éclaircir le référentiel des missions locales, à le préciser – sans doute inévitablement avec des interprétations -, à le faire évoluer enfin, force est de constater qu’il peut être difficile de s’y retrouver dans les 165 articles parus sur ce blog depuis mai 2008 : actualité, analyse d’ouvrage et de rapport, commentaire de presse, mobilisation, réflexion de fond… On peut effectivement s’y perdre. D’où, ci-dessous et pour faciliter les recherches, un classement de trente articles de la catégorie « corpus ». Ensuite il reste (quand même) à pousser le mulot dans le bloc « Archives » et à fureter dans le mois de référence. On ne peut quand même pas tout faire.

Textes fondamentaux

24/09. Introduction aux « fondamentaux » des missions locales.

15/10. Esquisse d’un débat sur les fondamentaux des missions locales.

26/09. La Charte des missions locales de 1990. 1/4

27/09. La Charte des missions locales de 1990. 2/4

29/09. La Charte des missions locales de 1990. 3/4

30/09. La Charte des missions locales de 1990. 4/4

01/10. Le Protocole 2000 des missions locales. 1/4

14/10. Le Protocole 2000 des missions locales. 2/4

16/10. Le Protocole 2000 des missions locales. 3/4

05/11. Le Protocole 2000 des missions locales. 4/4

Participation des jeunes

08/06. La participation en mission locale.

18/06. Missions locales et comités d’usagers : encore un effort !

03/10. La participation des jeunes en mission locale : regarder à côté. 1/2

05/10. La participation des jeunes en mission locale : regarder à côté. 2/2

Expertises

08/11. Expertises en mission locale. Introduction. 1/4

09/11. Expertises en mission locale. Introduction. 1/4bis

09/11. Expertises en mission locale. Qu’est-ce qu’un expert ? 2/4

10/11. Expertises en mission locale. Mais quelles expertises ? 3/4

11/11. Expertises en mission locale. Organiser les expertises. 4/4

13/11. Expertises en mission locale : partager, mutualiser… 4 bis

15/11. Expertises en mission locale. 4 ter

Divers

10/06. Accueillir en mission locale…

22/09. Quel est le public d’une mission locale ?

21/09. Charte de l’usager de la mission locale. 1/2

23/09. Charte de l’usager de la mission locale. 2/2

29/10. Critique de l’efficacité.

09/10. Missions locales, insertion et développement durable. 1/2

12/07. Pour un travail sur le travail de qualité.

13/05. Deux ou trois choses au sujet de « la dictature du projet ».

20/05. Bibliographie : insertion en général, missions locales en particulier…

Muses…

Constatons que, du Protocole 2005 à la suite de « Missions locales, insertion et développement durable », il reste du pain sur la planche. Décidément, les missions locales sont des muses inspiratrices. Un excellent antidote contre l’angoisse de la page blanche.

 

ANPE-ASSEDIC : la fusion pour les nuls

Publié: novembre 17, 2008 dans Agit'Prop

Entre la crise et les sombres prévisions, s’accorder un instant de détente participe d’un exigible minimum existentiel. Le concours de logos pour le Pôle Emploi lancé sur le site « La fusion Assedic-ANPE pour les nuls » est vraiment drolatique, y compris son règlement et, à sa suite, l’argumentaire officiel expliquant la symbolique du logo, le vrai : « Un signe construit autour du « e » d’emploi se démarquant sur fond d’un cercle signifiant la polarité du nouvel opérateur en matière d’emploi. L’ouverture et le mouvement sont exprimés graphiquement par le décalage du « e » qui sort du cercle, pour exprimer les idées d’accompagnement et d’efficacité de l’action mise en œuvre. » Etc.

Si donc comme le disait André Breton, « L’humour est une révolte supérieure de l’esprit », un clic sur http://www.lafusionpourlesnuls.com/article-24350653.html est une joyeuse révolte.(1)

A quand « La CPO pour les nuls » ? Ou un concours de logos pour les missions locales avec symbolisés, devant la porte des entreprises, des conseillers en gandoura blanche et chéchia rouge portant la bonne parole en GPEC (2) et de vaporeuses conseillères en danseuses du ventre promouvant le recrutement de jeunes puisque, désormais et comme le rappelle Benoît Willot sur son site Emploi et Création, Laurent Wauquiez ne veut pas « qu’on se contente de punaiser des offres d’emploi sur un mur » et appelle à un « renouvellement de la relation avec les employeurs » (http://www.emploietcreation.info/article-24607745.html ).

Il est vrai que cela ne concerne que l’ANPE. Pour l’instant.

(1) Personnellement, je vote pour le logo « version allégée ».

(2) Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Changer les règles du jeu…

Vous êtes entre 300 et 400 lecteurs réguliers, quotidiens, de ce blog. Quelques-uns d’entre vous, également régulièrement, sont contributeurs. C’est à la fois bien et insuffisant pour un réseau qui recense presque 12 000 professionnels et 500 conseils d’administration, et pour une problématique, l’insertion des jeunes, qui ne commence ni s’arrête aux portes des missions locales. Dans la complexité, dit-on, les conditions d’atteinte des objectifs comptent tout autant que cette atteinte. Pour produire ensemble, pour faire que le tout soit supérieur à la somme des parties, bref pour s’appuyer sur une intelligence partagée et collective, il faut donc changer les règles du jeu. Tentons-le.

Évaluer les trajectoires de jeunes…

La prochaine série d’articles devait commencer par ces phrases : « Attelons-nous à présent à une vaste, centrale et majeure question qui travaille le secteur de l’insertion, « Qu’est-ce qu’évaluer ? » Premier point, bien des choses peuvent être évaluées : « les missions de service public » comme s’y emploie actuellement – dans la continuité du référentiel paru en 2004 – le CNML ; l’efficacité de la mission locale et, préoccupation récurrente sinon obsessionnelle des pouvoirs publics, son efficience comparativement à d’autres structures ou opérateurs (cf. le contrat d’autonomie)… Nous parlerons dans les contributions qui vont suivre, ignorant à ce stade combien seront nécessaires, de l’évaluation des parcours des jeunes, c’est-à-dire de la mesure permettant d’apprécier si et comment les jeunes parviennent à s’intégrer. » « Devait » commencer… ce qui signifie que cette série d’articles ne commencera – peut-être – pas par ces lignes. Pourquoi ? Parce que nous allons tenter de procéder différemment en proposant sur ce blog, non pas une cogitation individuelle enrichie de quelques commentaires, mais une réflexion collective.

Comment faire ?

Nous allons constituer un groupe qui va travailler en back-office, réfléchir puis produire et communiquer sa réflexion. Ce groupe formé sur la base du volontariat échangera par courriel, une « liste de diffusion » dit-on, partant d’une première contribution que je proposerai et qui sera complétée, amendée, peaufinée par chacun. Les modalités de cette production critique et collective pourront varier selon les uns et les autres : certains apporteront leur pierre à l’édifice sur la base d’une réflexion strictement personnelle, d’autres pourront mettre en débat la problématique dans leurs équipes. Peu importe à vrai dire, l’essentiel étant que la démarche soit collective – une émulsion – et qu’elle aboutisse à une proposition cohérente, homogène… qui n’exclut en rien des divergences, la proposition finale pouvant parfaitement présenter plusieurs options.

Ballon d’essai…

Voilà en substance les nouvelles règles d’un jeu dont chacun comprendra l’axiome – ce tout supérieur… – et qui, me semble-t-il, doivent s’appliquer à cette catégorie baptisée « corpus », c’est-à-dire concernant des thèmes « universels » (à la dimension de l’insertion), permanents, transversaux. Il ne faut pas être naïf, deux obstacles étant immédiatement prévisibles :

– A l’échelle individuelle, la difficulté de passer de la position de lecteur-spectateur à celle de contributeur-acteur. Dans les années 70, certains disaient que ce passage est permis par la création d’une « situation »… et s’étaient précisément baptisés d’une déclinaison sémantique de cette dernière. Il faut donc, sur la base d’une responsabilité individuelle, s’engager.

– A l’échelle collective, l’absence d’une légitimité officielle de ce groupe. C’est un travail de réseau, sur la base du volontariat, de la libre adhésion, où les uns et les autres s’associent sans garantie que leur discours collectif soit repris, approprié, décliné, remodelé par les canaux dûment estampillés. Reste que rien ne s’oppose à ce que des réseaux « officiels » ou non (1) soient en tant que tels contributeurs. Reste également que, si l’on reprend les « sources du pouvoir » telles qu’elles ont été rappelées dans l’introduction sur l’expertise, la « spécialisation fonctionnelle » en est une. A défaut d’assurance et selon la formule de Pascal, « il faut parier ». Le même ajoutait : « Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. »

On essaye ?

En synthèse… 1) On part du thème de l’évaluation, la pertinence de ce choix ne méritant guère, me semble-t-il, qu’on s’y attarde sinon pour rappeler qu’il s’agit de l’évaluation des trajectoires de jeunes, de l’objectif finalisé de toute mission locale : l’intégration… et que, grosso modo depuis un quart de siècle, le hiatus persiste entre une évaluation cohérente avec le principe de l’approche globale et une évaluation institutionnelle sectorielle. 2) Chaque lecteur volontaire m’adresse un courriel, toujours à labbe.geste@wanadoo.fr , pour officialiser son engagement qui peut être strictement individuel, identifié ou anonyme (à préciser dans le courriel), ou au titre d’un réseau préexistant. 3) Je proposerai une méthode simple d’enregistrement des modifications, chaque nouvelle contribution étant adressée à tous les acteurs de ce groupe de travail. 4) Pour « lancer la machine », j’attends que la liste de diffusion soit close, disons deux semaines, et j’adresse un premier écrit via celle-ci. 5) On décide collectivement du moment où la gestation privée devient accouchement public, où la proposition du groupe est publiée sur le blog… proposition qui doit être cohérente mais qui peut refléter des divergences d’analyse, un peu sur le modèle des « avis » succédant à un texte fédérateur (en évitant cependant le syndrome des « motions » du (mas)sacre de Reims…).

Cette démarche, que les sciences cognitives nommeraient d’« intelligence partagée » (et non « distribuée ») et qui s’inscrit dans une logique d’expertise collective, exige plus de temps que la publication d’articles n’exprimant qu’un point de vue individuel. Elle n’exclut donc pas qu’entre-temps, entre gestation et accouchement, d’autres articles soient édités dans des catégories autres – « au fil des lectures », « actualité », « agit’prop »… – et suscitent des (toujours bienvenus) commentaires. Rappelons que l’invitation à publier des contributions a été faite plusieurs fois : les plus beaux cris s’expriment dans le désespoir du silence.

 

(1) Réseaux « officiels », on comprend (ANDML, RIJ…). Non-officiels, ce peut être des groupes de discussion, d’autres blogs.