Rendez-vous

Publié: février 20, 2012 dans Insertion/missions locales

 

600 articles exactement sont proposés sur ce blog… mais, désormais, leur auteur participe d’une dynamique qui se veut plus collaborative, d’« intelligence partagée », et vous donne rendez-vous sur Mission Insertion… non seulement pour lire mais aussi, nous l’espérons, pour apporter votre pierre à l’édifice !

Longue vie à Mission Insertion !

Epistémologie d’une expression populaire.

Publié: février 17, 2012 dans Non classé
De pioupiou44…

« Bonsoir.

Pour les non-bretons, dont je fais presque partie (la Loire-Atlantique est-elle en Bretagne ou pas ?…mais ce n’est pas le sujet de mon commentaire !), utiliser l’expression « telle la vérole sur le bas-clergé léonard ! » est inadaptée. Elle oblige à se creuser la cervelle et quand on voit la tête des pioupious actuellement : ils s’arrachent leurs dernières plumes à grands coups de bec rageurs pour loger l’ANI et faire les chiffres CIVIS en même temps ! Donc je dis NON, Philippe, ce n’est pas du jeu !

Comment en effet savoir que ce bas-clergé léonard n’a rien à voir ni avec Léonardo Da Vinci, ni avec un bas clergé se promenant en tenue de léonard, euh pardon : en tenue de léopard, ce qui pourrait expliquer la vérole … ni que ce bas clergé s’appelât obligatoirement léonard … bref, utilisons un outil collaboratif pour trouver la réponse : oui qui pédia !

Et voici un élément de la géographie léonarde :

« Le Léon est baigné par la mer d’Iroise et la Manche, que sépare la pointe de Corsen. C’est un plateau granitique surélevé par rapport au niveau de la mer, ce qui donne à ses côtes envahies par la mer un relief marqué par des rias, appelées abers en breton, et deux baies d’un intérêt géographique de premier ordre, la rade de Brest et la baie de Morlaix. Ces deux baies se prolongent dans l’intérieur des terres par des vallées encaissées, celle de l’Elorn et celle de l’Horn, qui constituent à elles deux la limite naturelle du plateau. Au-delà, montent les contreforts gagnés sur la lande des monts d’Arrée et dominés par un affleurement rocheux. Le plateau en revanche est aujourd’hui un damier très serré de bocage. Son avancée dans la mer lui permet de bénéficier de la douceur du climat (« Ceinture dorée »), en des endroits abrités du vent jusqu’à l’illusion (cf. le Jardin Exotique de Roscoff ou le Jardin Georges Delaselle sur l’île de Batz). »

P.L. Pour les « étrangers » (non natifs, ni résidents depuis a minima trois générations de la Basse-Bretagne), le Léon correspond grosso modo au nord Finistère, côté ouest de Morlaix, à ne pas confondre avec le Trégor, côté est,  encore moins avec le « Sud » (Finistère), terre de la Bigoudénie, du Cheval d’orgueil, des « capistes » résistants de Plogoff et autres Quimpérois un peu trop ensoleillés, quasi-méditérannéens. Le Léonard est connu pour être dévot, travailleur et avare. C’est également un entrepreneur quelque peu déterminé : les sous-préfectures de Brest et de Morlaix se souviennent d’Alexis Gourvennec – Saint Pol de Léon – qui leur a permis, avec une régularité métronomique, de ravaler leurs façades, de changer leurs grilles (arrachées en deux coups de cuillère à pot : un tracteur, une chaîne) et d’investir dans les déodorants pour cause d’épandage intempestif de lisier. Le Léon fût une « terre de mission » : sa côte splendide – sans chauvinisme aucun – est dénommée le « pays pagan », c’est-à-dire « païen », et le bas-clergé, celui qui ne se vautrait pas dans les fauteuils des diocèses, avait fort à faire pour évangéliser femmes et hommes durs au labeur, à qui il ne fallait pas en conter. Probablement, mais sans que votre serviteur en sache plus, les Léonardes étaient accortes et ainsi susceptibles de séduire les jeunes séminaristes de Pont-Croix tout justes ordonnés… sans toutefois présenter de garanties suffisantes en termes d’hygiène intime (les Léonardes, pas les séminaristes, encore que…), d’où cette vérole. Ceci étant dit sans requête particulière sur Wikipédia et sous forme d’hypothèse. L’ami Michel, Léonard de pure souche, infirmera ou confirmera. C’est dit.

Comme prévu – et pour cause : on touche là les paliers psychologiques en profondeur de la construction identitaire – l’ami Michel n’a pas tardé à apporter quelque précision…

Michel : « Effectivement, s’il est un sujet sur lequel j’ai quelque légitimité à parler c’est le Léon. La preuve : j’ai trois tantes bonnes sœurs !

Le pays pagan, qui est bien à l’origine païen,  n’est pas l’ensemble de la côte léonarde mais seulement une petite partie du Léon, entre Brignogan et Guissény, centré sur Kerlouan. C’était la zone la plus pauvre du Léon  qui vivait pour une large part du pillage d’épaves.

L’histoire (ou la légende) dit que, les jours de mauvais temps (et ils ne sont pas rares là-bas)  pour améliorer l’ordinaire, les pagans attachaient des lanternes aux cornes des vaches afin de perturber les bateaux et de les amener à s’échouer (il y a la même histoire à propos de l’ile d’Ouessant).

Cette zone pauvre est devenu une des plus riches du Léon  parce que le climat, et en particulier la rareté des gels, se prête très bien à la culture des légumes primeurs.

Et si vous voulez comprendre ce qu’est le pays pagan il faut aller à Menez Ham un jour de beau temps et à Neiz Vran un jour de tempête.

Kenavo

Sur la vérole, plus tard ! »

De Régis…

« Je suis prêt à continuer – si cela est souhaitable et souhaité- à faire partager mes humeurs du moment.

Mes interrogations actuelles portent sur les raisons pour lesquelles la situation ne s’embrase pas, surtout quand on voit le traitement mis en oeuvre en Grèce.

Voltaire faisait dire à Candide que l’homme était né pour vivre les convulsions de l’inquiétude ou la léthargie de l’ennui…

Pierre Viansson-Ponté annonçait en avril 1968 que « la France s’ennuie » et la situation s’enflammait quelques jours après…

L’ennui serait donc plus porteur pour déclencher des contractions violentes et « volontaires » ou la société de consommation a-t-elle enchaîné les hommes pour rendre impossible toute idée de changement de modèle ? »

P.L. Elément de réflexion en transposant l’interrogation à partir de la situation grecque dans le champ de l’insertion : compte-tenu de ce que l’on fait subir à la jeunesse populaire – remarquons qu’en Grèce, c’est la même chose : le SMIC a été plus diminué pour les jeunes que pour les adultes ! -, la question est celle de la résilience. A partir de quelles ressources internes, des jeunes mal considérés, mal traités (en un et deux mots), parviennent-ils à jouer les règles du jeu de l’insertion ? Discutant hier avec un professeur de philosophie universitaire, il me disait que la résilience n’était pas un concept explicatif (« heuristique », dit-on dans la cité savante) mais tout juste un mot mis sur un comportement. N’empêche… la question demeure, même, si la résilience n’explique pas ou insuffisamment.

Une autre question se pose à partir de l’article du Centre d’études de l’emploi, cité par Régis : « … les acteurs des PLIE se trouvent confrontés à un dilemme… etc. » Dans beaucoup de structures on se pose la question des valeurs et du sens, ce que j’ai appelé la « professionnalité », une des trois composantes de la professionnalisation. Assez souvent, cette question des valeurs n’est malheureusement traitée que comme une façon d’expulser la culpabilité du professionnel (phénomène dit « cathartique ») qui est conscient de son porte-à-faux entre une logique officielle de projet et de contrat social, avec la bénédiction du père tutélaire, et une logique effective de programme et de coercition douce, avec l’injonction des financeurs. La question des valeurs pourrait pourtant être traitée de façon quasi binaire, en répondant par oui ou par non à cette simple question : « Suis-je là pour apporter la parole des Grands aux Petits ou celle des Petits aux Grands ? » Et, si c’est la seconde option qui est la bonne, interrogeons-nous : bien entendu les missions locales doivent mettre en œuvre les politiques publiques, aussi en les adaptant pour que de « territorialisées » elles deviennent « territoriales » mais, face à la situation critique réservée à la jeunesse – j’agrège volontairement les jeunes, tant les mauvaises conditions de socialisation concernent la quasi-totalité d’une génération -, quel discours « politique », au sens plein et entier, tiens-je ? Il y a eu, par exemple, un manifeste : où en est-on ? Point par point, où sont les avancées de ce manifeste, où sont les stagnations, où sont les oubliettes ? De façon générale, le rythme d’évolution des missions locales, mais pas qu’elles, n’est pas et plus adapté à celui d’une société qui bascule. Celles et ceux qui furent, au moins au titre de la lignée généalogique de l’éducation populaire puis permanente, aux avant-postes de l’innovation sociale sont aujourd’hui bien silencieux, comme des insectes agrafés sur le liège. Bien sûr, ici et là, des innovations germent, portées par des missions locales. Mais l’alchimie à l’échelle nationale, qu’impose une situation générationnelle et non locale, ne se produit pas. Sans doute que celles et ceux qui sont aux commandes n’ont-ils finalement pas grand intérêt au changement…

On peut songer à Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa Minorité, dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable, puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement, mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières. » (La philosophie de l’histoire, Paris, Aubier Montaigne, 1947). A trente ans, l’âge des missions locales, il est temps de sortir d’une Minorité… d’autant plus que, très bizarrement, lorsque celles-ci n’avaient que dix ans et moins, elles étaient plus adultes qu’aujourd’hui si l’on considère que l’adultéité est l’âge de l’autonomie alors que la minorité est celui de la dépendance, de l’hétéronomie (= ce qui est décidé de et par l’extérieur).

Ah, zut, j’avais dit que j’arrêtais ! L’ami Michel va ironiser, je l’entends d’ici. Bon, mais si la proposition de Denis, alias pioupiou44, suivie par Régis, est reprise par quelques-uns, je ne sais pas, une dizaine, chacun s’engageant pour un article, une réflexion, un compte-rendu, par mois, c’est gagné… et, dans ce cas, promis, j’apporterai ma pierre à l’édifice. Peut-être le plus difficile est-il de trouver un administrateur mais – c’est l’événement – ce n’est pas certain car, si Jean propose de rejoindre un autre site, Jérôme se lance…

Jean

« Faut-il multiplier les sites ? Pourquoi pas utiliser http://www.miroirsocial.com qui me semble adapté et correctement tenu ? »

Jérôme

« Mes cher(e)s compatriotes, mes cher(e)s collègues,

En cet instant si triste et néanmoins porteur d’espérance et d’avenir, où notre Maître à Panser à tous, Philippe, s’en va sous d’autres horizons (mais pas tout à fait quand même), nous laissant seuls et fins, face à notre destinée…..
 Je vous propose, si vous le souhaitez, deux choses : 
1°) que, et afin de contre argumenter la proposition forte intéressante de Jean (Miroir Social demeurant en effet un excellent site d’informations), nous restions sur l’idée d’un site (blog) exclusivement marqué « Missions locales » : noyer celle-ci dans un site généraliste ne me parait pas très judicieux. Le « Réseau » ayant déjà bien du mal à se faire (re)-connaître…
 2°) mon temps (éventuellement) pour collecter vos textes et les mettre en ligne (l’écriture n’étant pas mon fort, bien que disposant de pas mal d’idées sur pas mal de questions, et pas mal de questions.. sur pas mal de (grandes) idées…)

En somme, restant à votre disposition…

J. LARRIEU, ex-PDGA (Possible Documentaliste Généraliste et Administrateur) de feu Docinsert. »

P.L. L’adresse courriel de Jérôme pour le contacter et construire les modalités de ce futur site collaboratif : larrieujerome@yahoo.fr A mon humble avis, il faudrait sauter sur cette proposition telle la vérole sur le bas-clergé léonard !

Pour un site collaboratif

Publié: février 17, 2012 dans Non classé

De Pioupiou44…

« Bon, alors, comment on s’y prend ? Pour un site collaboratif bien sûr !

Quel nom choisit-on ? Qui est ok pour participer ? Est-ce qu’on fait participer des jeunes ? Sur combien de textes par mois se fixe-t-on pour bien répartir le boulot et ne pas s’épuiser dès le début et faire un flop ?

A très bientôt.

PS : perso, un texte par mois, cela me semble possible. Si nous sommes 5, 5 textes par mois, ce serait bien, non ? »

Ci-dessous, les contributions adressées à ce blog, en front-office… d’ici qu’un ou plusieurs contributeurs s’organisent pour une plateforme collaborative à laquelle je participerai… sans l’administrer !

De Régis…

Ceci n’est pas de moi…

« La présence d’indicateurs de résultats au centre de ces dispositifs tend à accroître chez ces personnels une intériorisation de la contrainte de résultats jusqu’à en faire une dimension centrale de leur travail. » C’est tiré d’un rapport du Centre d’études sur l’emploi concernant les PLIE. Mais c’est transposable!

« Les entretiens réalisés mettent en évidence le dilemme devant lequel se trouvent les salariés de l’insertion, dont le travail oscille entre la prise en compte des besoins d’aide et d’accompagnement des demandeurs d’emploi, surtout de ceux qui sont le plus en difficulté, et la réalisation de leur objectif de sorties positives. Certes, les arbitrages effectués par ces acteurs peuvent varier, en dépit du cadre institutionnel commun. Mais la précarité de statut qui affecte ces derniers tend à limiter leur capacité de résistance. »

Dans les Missions locales – hors période de moyens supplémentaires non pérennes -, la précarité ne tient pas au statut des personnels, mais à la pression sur les financements futurs. Cette pression peut être gérée au niveau du Réseau, du couple Président – Directeur ou reportée sur les conseillers… avec, dans ce dernier cas, un risque de dérive important par rapport aux enjeux d’insertion professionnelle et sociale.

 De pioupiou44…

Très intéressant, ce commentaire de Régis : à faire tourner dans toutes les ML !


Sacré nom d’une pipe !  Quand il n’y en a plus, il y en a encore. Merci cependant de ces courriels qui font chaud au cœur.

Pour autant, chers amis, diserts ou silencieux, c’est une décision. A vous d’imaginer désormais comment produire ensemble – je m’y inclus, bien entendu… mais je ne l’organiserai pas – de l’intelligence partagée. Mes commentaires, comme ceux de l’ami Michel, demeurent quoiqu’on en pense participant d’une « intelligence distribuée » alors que, décidément inspiré par l’éducation populaire, j’aspire à une « intelligence partagée ».

Voyez-vous, les amis, je sors de deux jours d’une formation que votre branche m’a confiée, que je réalise depuis cinq ans, « Culture commune ».  Cette formation m’a permis de rencontrer et de partager avec pas loin de 2 000 professionnels, un sixième du réseau. J’ai vécu ces deux jours avec des pioupious un peu « soutiers » du travail en mission locale : des CAE, des « service civique », des « agents administratifs »… Pourtant chacun avait une pierre à apporter à l’édifice des missions locales. Magnifiquement. A condition toutefois qu’on leur permette.

C’est de cette permission – à forcer, à arracher, donc transgression – dont il était question avec ce blog tant je crois qu’être acteur sur le système, et non agent agi par le système, appelle à contribuer, à écrire, à communiquer. Habermas appelle cela « l’agir communicationnel ». Je sais bien que cela pourra être interprété comme élitiste mais je crois qu’un acteur est nécessairement auteur.

Je souhaite à présent prendre un peu de recul vis-à-vis de tout cela, particulièrement le tumulte de l’actualité, l’illusionnisme social : celui des politiques d’insertion mais également, peut-être surtout, celui des missions locales qui se défendent tant bien que mal, plutôt mal, selon une philosophie avec son père tutélaire et emblématique (B.S.) tout en, finalement, jouer des opportunités (financières) et être capables de se soumettre à cette logique imbécile de causalité et de quantitatif qui parviendra – pas besoin d’être prophète – à les réduire à pas grand chose, sinon à rien. Et oui, on est peu de choses ! Et oui, il faut bien faire avec ! Et oui, l’utopie c’est bien mais, en attendant, il faut vivre… Antiennes connues, rabâchées. Principe de réalité écrasant la belle utopie qu’on ne sollicite qu’aux moments cathartiques. Eventuellement autour d’un verre : on le sait, le surmoi est soluble dans l’alcool, le moi y prolifère…

Pour tout vous dire, les missions locales m’apparaissent « mal barrées ». De toute évidence, leur financement de structurel, d’ailleurs sous couvert d’« expérimentations », évolue vers le projet, vers l’appel à …, vers la mise en concurrence. Prises à la gorge, elles « jouent le jeu » dans leur coin, bricolant et grappillant ici et là de quoi maintenir leurs effectifs. Mais, progressivement, de locales elles deviennent hyper-locales, c’est-à-dire, hormis quelques manifestations encore une fois cathartiques, intéressées par le seul objectif de se maintenir à flot : chacune. Tout l’inverse de ce qu’appelle et exige la logique de réseau : compétition contre coopération, concurrence contre collaboration.

Incantation

A vrai dire, personne n’est coupable de cela : les directeurs font ce qu’ils peuvent, en perpétuelle tension entre ce qu’ils voudraient être et ce qu’ils doivent être ; les présidents pourraient augmenter la valeur du point mais leur décision serait de toute façon irresponsable puisque non suivie d’effets : à budget constant, il faudrait licencier pour rémunérer celles et ceux qui restent. Après tout, nos collègues des DOM pourraient légitimement voir leurs salaires augmenter de la bonification perçue par les fonctionnaires… mais qui acceptera de payer ? Les communes et EPCI accordent aujourd’hui environ 1,40 euro part habitant et par an aux missions locales… Une misère : un demi café dans le TGV ! Sans pour autant être avares de « La jeunesse, devoir d’avenir! »

Tout cela s’organise et s’accepte sous couvert du consensus : ne pas choquer, obtenir l’agrément de la majorité. Or, cela j’en suis convaincu, nous sommes à un moment de basculement du modèle sociétal : la métaphore de la chenille devenant papillon dans les derniers écrits d’Edgar Morin. Les seules forces de résistance devant l’inévitable sont celle de la peur et du conformisme. A la logique d’innovation et de courage radical – au sens étymologique : aller à la racine – s’oppose celle de la reproduction. A cinquante-neuf ans, le peu d’années qu’il me reste à consacrer aux missions locales m’incite exactement à l’inverse. Quasi-exégète des écrits de Bertrand Schwartz, j’y puise la force de croire que les missions locales peuvent être « une belle utopie » comme cela est écrit dans la conclusion de Moderniser sans exclure.

Nous nous reverrons assurément. D’ici là, j’ai le besoin de comprendre toutes ces choses et, pour m’aider, je m’engage dans un nouveau doctorat, cette fois de philosophie. Ce qui me demande du temps. Philosopher, dit-on, c’est apprendre à mourir. Pas si pressé que cela, ce sera pour moi apprendre à comprendre tant il est vrai que nous sommes d’éternels apprentis. Comprenne qui pourra.

Vos mots… encore une fois qui font chaud au cœur. On hésite entre « L’humour est une révolte supérieure de l’esprit » (André Breton) et « L’humour est une étincelle qui voile les émotions » (Max Jacob). Dans les deux cas, ça ne manque pas d’humour !

De Hervé Divet (Conseil Général Loire-Atlantique)…

Un instant je t’ai rêvé « Compagnon de la chanson » ponctuant chaque nouvelle contribution sur ton blog d’un « si si, cette fois, c’est la dernière » pour y revenir plus incisif que jamais dès le lendemain. Mais le ronron du tour de piste ne ressemble pas à ta « décence ordinaire ».

C’est certain si tu quittes ces drôles de tuyaux c’est pour mieux revenir à la coda ailleurs, sur une autre scène. Sifflera bien mieux le merle moqueur !
Merci pour tout cela en attendant tout le reste.

De Jean (Castel, ex-responsable CFDT)…

« Salut,

Effectivement je suis étonné de cette production massive !

Je crois à la collaboration. Dernièrement, j’ai été invité à collaborer à « Miroir Social », site ouvert sur nos thèmes préférés (entre autres) que je propose à chacun de rejoindre si le coeur lui en dit.

Bien à vous. »

De …  (anonymisé), un poème…

« Ahhh !!! Mission Locale, que de tragédies on écrit en ton nom !!!

Où donc nous mèneras-tu

Infidèle Institut

Qui chapeauté de haut

Ne donne rien de beau ?

Crois-tu qu’en un seul acte

Tout se réduit en Pacte ?

Avec une fine Union

Avec des Compagnons

Avec des Missionnaires qui marchent sans renom ?

Regardes autour de toi,

Observes l’horizon

Un réseau qui se fige

Des rameaux et des piges

Des milliers de bons mots

Des commentaires en friches…

Regardes autour de toi,

Vois-tu lente Insertion

Attendre qu’au détour

La réflexion sereine

Se lève sans retour

Advienne qui comprenne

Et de là des missions

Un acteur qui ne triche

Que d’essais en tension

Que démission rend riche

En espoir de lever

Une armée de Croisés

Mais qui du bord se tait

Et n’ose s’engager, et n’ose s’enrager

Pour la cause en noblesse

Lutter pour sa jeunesse

O Institut de l’ombre, que d’écrits ont péri en ton nom ! »

De l’ami Michel Abhervé (finistérien et ex président de l’UNML)…

« Kenavo ar wech all avec cette phrase : « Et, Philippe, si te vient un jour l’envie de pousser un coup de gueule ou de nous faire partager une réflexion, c’est bien volontiers que tes écrits seront accueillis ici. »

De Jean-Philippe (Revel, CGT)

« Que dire ? Qu’écrire ? Je perds un espace de réflexion et de pensée… »

De Fréderic, directeur de la mission locale de Dijon…

« Je reviens de la montagne… et je tombe de plus haut que je ne l’aurais cru. Tout petit contributeur, mais ardent lecteur de ce blog qui soulageait, soignait, prévenait… de la bêtise technocratique environnante, je ne sais que dire…sinon merci et bon vent… (celui qui te ramènera peut-être). »

De Régis, directeur de la mission locale de Beaune…

« Un breton qui voit un peu de neige et hop il se met au chaud pour hiberner…

Partant du principe qu’il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis et que dans notre monde asphyxié par les mille feuilles, les mille étiquettes, le quantitatif, il faut une soupape de sécurité pour trouver le relâchement intellectuel nécessaire à la concentration et à l’engagement raisonné, mais pas forcément raisonnable pour tout le monde, je propose que ce blog soit déclaré d’utilité publique et de mobiliser les forces de l’ordre pour garantir son ouverture… La grève de l’écriture ne passera pas…

Je soumettrai d’urgence au Parlement un projet de loi allant dans ce sens dans les deux semaines qui viennent… »

Ce à quoi répond Michel…

« Il faut faire vite car il n’y aura bientôt plus de Parlement ! »

De Serge (Papp, SYNAMI mais pas que cela).

« Salut Philippe,

Moi, je n’y crois pas, Philippe Labbé ne doit pas, ne peut pas, et ne pourra pas se taire…. Il n’y arrivera pas…., et c’est bien comme cela, …un réseau des ML sans sociologie bretonnante engagée c’est comme une Bretagne sans la résistance du granit, sans la persistance du crachin, et sans l’éloquence que donne le chouchenn, ca n’existe pas !

Ceci-dit, mon cher Philippe, je veux bien comprendre ta lassitude, – visible sur ta photo dans cet au-revoir, je n’ai jamais compris comment tu pouvais produire autant en continuant de dormir – , et ta déception de ne pas avoir franchi le cap du blog coopératif qui aurait porté ton initiative dans une dimension plus collective. Je fais d’ailleurs partie des milliers de fautifs qui, lecteur attentif, n’ont jamais pris le temps de collaborer (sauf les 2 ou 3 fois où tu m’as énervé syndicalement, c’est trop peu…).

Coïncidence étrange, tu fermes boutique au moment où le Synami ouvre –enfin- la sienne sur la toile (http://synami.free.fr/ , un peu de pub au passage), et qu’on se demandait où on allait mettre dans notre page d’accueil les liens indispensables comme le tient. C’est vraiment dommage, ton blog était tout de même le seul espace non institutionnel et décapant sur l’insertion des jeunes, partant et parlant des ML, ca va nous manquer. Pour ne rien arranger, « Emploi et Création » de Benoit Willot est en sommeil (http://www.emploietcreation.info/ ) et l’indispensable Michel Abervhé (http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/abherve ) annonce qu’il se tâte de poursuivre après les présidentielles. La prédiction des mayas sur la fin du monde aurait-elle été mal interprété, et s’agirait-il en fait de la fin du monde des blogs indépendants parlant des ML et faisant réseau entre nous ?

J’espère bien que non, et qu’elle soit la manière dont tu décideras de continuer tes aventures, n’hésite à venir réagir quand tu le souhaites sur nos pages, ta plume alerte et ta critique acérée y seront toujours les bienvenues si tu y trouves utilité.

Amicalement, Serge Papp

PS : On a quelques désaccords non purgés, je n’ai pas encore eu le temps de construire les textes et argumentations nécessaires, mais n’espère pas y échapper en fermant ton blog… »

De David, directeur de la mission locale de Poitiers…

« Salut Philippe et merci pour cette fenêtre ouverte sur la pensée critique de l’insertion et de la (non) prise en compte des jeunes ! Beaucoup de professionnels des ML vont regretter cet espace de respiration dans un quotidien qui ne stimule pas, au contraire, la réflexion et la réflexivité ! A bientôt sans doute dans d’autres espaces virtuels… et réels ! »

De « pioupiou 44 »…

Vais-je participer moi aussi à l’hommage quasi-obligé suite à cette annonce de départ, que dis-je, de lâchage en pleine campagne par notre pioupiou breton ?

Eh bien, non, je n’y participerai pas car, pour paraphraser un de nos grands ministres du moment : « Toutes les contributions ne se valent pas ! »

En effet, et je pèse mes mots, mon cher Philippe ! Soit tu reprends immédiatement l’écriture de ce blog, soit nous montons avec une brigade de pioupious volontaires désignés d’office une chorale qui te suivra et chantera à chacune de tes interventions publiques (sur un air bien connu que tous les pioupious vont reconnaître …) :

Quand il reviendra, il fera amende honorable (il fera amende honorable)

Lui qui inventa l’insertion durable (l’insertion durable)

Au fond de la Bretagne, il naquit dans le maquis

Les pioupious sur le net attendent beaucoup de lui

(Refrain)

Philippe reviens, Phi-ilippe reviens

Philippe reviens parmi les tiens

Du haut de ton blog indique-nous le chemin

Toi qui le connais si bien

Toute sa vie, il a prêché la révolte et l’intelligence (la révolte, l’intelligence)

Le travail et la justice sont sa loi (sont sa loi)

Quand il reviendra, il nous pardonnera

De ne pas écrire si bien que ça

(Au refrain)

Et quand il reviendra sur notre netosphère (sur notre netosphère)

Il donnera à manger à tous nos pioupious (à tous nos pioupious)

Car comme à Cana, il multipliera

Le pain et le vin sur la netosphère pioupiou

Philippe reviens, Phi-ilippe reviens

Philippe reviens parmi les tiens

Du haut de ton blog indique-nous le chemin

Toi qui le connais si bien

Dans une grande clarté il apparaîtra (il apparaîtra)

Comme il le fit pour tous les pioupious d’ici et là-bas

Le monde entier laissera éclater sa joie

En chantant : Philippe est là !

Allez hop, on arrête de rigoler et au boulot, les jeunes nous attendent ! »

De Libertad Montes au Mexique…

« Philippe

Je suis une autre lectrice silencieuse mais assidue… ici à Mexico.

Il y a toute une histoire: j´ai travaillé pendant 7 années dans un projet mexicain crée avec la collaboration de Bertrand Schwartz en 1999 à Mexico… les missions locales mexicaines -c´est trop- ( les cousines quand même).

Aujourd’hui, je suis en train de faire une mémoire au sujet des missions locales… J’ai beaucoup apprécié votre œil critique, créatif, sociologique… sur ce sujet. Votre blog m´a éclaircit pleins des notions… bref, je me sens un peu isolée avec l´idée de votre adieu du Blog.

Amicalement, Libertad Montes »

C’est, ouf, dit.

Bye-bye

Publié: février 5, 2012 dans Insertion/missions locales

Cette fois-ci, c’est (assez) mûrement réfléchi : je choisis (probablement pour un bon bout de temps) de ne plus « administrer » ce blog. Créé il y a quatre ans, ce blog recense aujourd’hui 594 articles publiés (632 rédigés, donc 38 demeurés à l’état de brouillon) et 693 commentaires de lecteurs. Il reste donc, pour celles et ceux qui le souhaitent, qui y trouveraient un intérêt, la possibilité d’y piocher quelques réflexions.

Libres de droit…

Je n’abandonne pas l’écriture, bien sûr ! Rien que cette dernière semaine, deux interventions – l’une à Nantes sur le décrochage, l’autre à un colloque universitaire sur « Penser la complexité » où il est question de territoires et d’insertion – et un article publié dans les ASH mettant en cause la notion de performance aux dépens de celle d’efficacité. D’autres interventions sont d’ores et déjà programmées et s’appuieront sur des écrits… on ne se refait pas. Elles circuleront : je n’ai jamais considéré que les écrits m’appartenaient ; ils sont issus de ces centaines et même milliers de rencontres ; ils sont donc l’expression, tout au plus peut-être ciselés, des uns-unes et des autres qui hésitent ou qui n’ont pas le temps de prendre la plume. Où circuleront-ils ? Selon les cas, lors des manifestations où je les communiquerai, dans la presse, et peut-être – il faut que je le vérifie auprès de l’ami Michel – sur le blog de celui-ci.

L’écriture d’un blog est une aventure passionnante et exigeante, stimulante et aussi, parfois, décevante. La passion et la stimulation sont « naturelles » : le champ de l’insertion ne manque pas de solliciter l’esprit critique. L’exigence est qu’il faut tenir un rythme soutenu d’écriture, un article tous les deux jours en moyenne… c’est du temps, beaucoup de temps car il ne s’agit évidemment pas seulement d’écrire mais, en amont, il faut veiller, lire, écouter, regarder le tumulte du monde. La déception, toute relative, est que, malgré la « fidélité » de lecture et d’écriture de certains – qu’ils en soient sincèrement remerciés -, in fine le blog repose (trop) sur son (seul) administrateur. D’autre part, le projet plusieurs fois proposé d’un blog devenant une plateforme collaborative n’a pas abouti. C’est ce seul dernier point qui pourrait, s’il était saisi, me faire renoncer à cette clôture.

Pour certains d’entre vous, même si le blog sera consultable, ne plus y découvrir de nouvelles réflexions sera sans doute décevant. Pour d’autres, qui n’auront pas toujours apprécié des prises de position radicales, cela ne pourra que les satisfaire. C’est ainsi : il vaut mieux être clivant que courtisan et « Tout commence par une déviance qui, dans certaines conditions favorables, devient une tendance. » (B. Cyrulnik, E. Morin).

Nous aurons probablement l’occasion de nous rencontrer sur d’autres terrains, dans d’autres espaces moins « virtuels »… encore que, écrivant ce qualificatif, j’éprouve le sentiment qu’il ne correspond pas à ce qu’a été ce blog… tout au moins dans ma perspective : il y a eu du lien, de l’échange, des mises en relation, de l’intelligence partagée. Somme toute, de l’humain.

On peut également songer que la nécessité de l’expression critique a déjà trouvé et aussi trouvera d’autres acteurs et rédacteurs. Les partenaires sociaux ont leurs blogs… Peut-être l’Institut Bertrand Schwartz permettra-t-il que ça bouillonne, que ça imagine, que ça se révolte. On l’espère. L’histoire nous le dira.

Deux choses pour conclure.

Encore une fois un grand et chaleureux merci à ces pioupious de toutes régions qui ont soutenu durant ces quatre années ce blog. Après tout, quatre années ce n’est pas rien ! Leurs, vos contributions ont toujours été fertiles, elles n’ont jamais cédé à la tentation de la langue de bois et elles ont permis de mettre de l’horizontalité dans la verticalité. Si on y ajoute la profondeur des réflexions, on arrive à une pensée en 3D ! Parmi celles et ceux qui ont soutenu, j’inclus évidemment la douzaine de contributeurs-trices réguliers-ères, les nombreux-ses contributeurs-trices plus ponctuels-elles et également les lecteurs-trices d’ici invisibles mais qui, au détour d’une rencontre – ce fût le cas la semaine dernière, en Martinique – m’ont dit « On lit régulièrement votre blog. C’est bien… Ca permet de se raccrocher au réseau… »

J’avais le 26 mai 2011 écrit un article qui rappelait la conclusion du dernier cours de Michel Denis,  professeur d’histoire du monde contemporain à l’Université de Rennes. C’était le 7 mai 1996. Michel Denis est décédé depuis. Comment concluait-il ?

« Ainsi vous l’aurez compris, je pense, ma dernière leçon c’est la nécessité de renouer avec l’une des idées forces du Siècle des Lumières, l’une des rares peut-être qui ont surnagé dans la tempête : nous avons sur cette Terre le devoir de contribuer, tous, activement, au bonheur des hommes. Cela va bien au-delà de la recherche du bonheur individuel, cher au philosophe radicalisant Alain. C’est la recherche du bonheur commun, de ce bonheur présenté par l’article premier de la Déclaration montagnarde de 1793 comme le but de la société. C’est dans cet esprit et avec cette mémoire que vous voudrez bien interpréter mes derniers mots : Jurons que nous serons heureux ! »

Cela me semble une conclusion satisfaisante : comme la fin de ce modeste blog favorisera sans doute l’éclosion d’un ou d’autres blogs plus coopératifs, de la chrysalide de la vieille société s’envolera un papillon systémique. Encourageons ces envols !

Tout bien réfléchi, c’est un projet enthousiasmant.