Archives de septembre, 2009

Comparatif, Benoît Hamon, porte-parole du Parti Socialiste, juge que  « Nicolas Sarkozy est un menteur », ajoutant « On creuse les déficits par le bouclier fiscal et on n’investit pas dans l’emploi des jeunes. » Pour mémoire, le plan jeunes mobilise(rait) 650 millions d’euros, soit un peu plus que les sommes remboursées par l’administration au titre du bouclier fiscal qui se sont élevées à 458 millions d’euros.… mais pour la seule année  2008.   Le même Benoît déclare « Il aurait fallu une allocation d’autonomie pour les jeunes. » C’est évident. Ethiquement.

Judicieux, Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF, estime qu’ « on est loin de l’objectif affiché qui était de redessiner un nouveau pacte entre les jeunes et la société. {…} Les jeunes n’ont pas besoin d’incitation à travailler mais ils ont besoin de boulot. » Ce en quoi, il n’a pas tout-à-fait tort… si l’on exclut l’argument du regretté Coluche : « On ne veut pas travailler, on veut juste un salaire ! »

Insatisfait, Gérard Aschieri, secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU, premier syndicat de l’éducation), estime que les annonces de Nicolas Sarkozy ne sont pas « à la hauteur d’une vraie ambition pour la jeunesse. {…} Les questions financières sont très limitées. Il y a une mesure intéressante qui est le 10ème mois de bourse, mais ça ne fait pas une politique. {…} On ne répond pas à la question de l’autonomie des jeunes, notamment sur la question financière. » 20% des jeunes vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Pour mémoire.

Prudent, Thierry Cadart est le secrétaire général du SGEN-CFDT. Pour lui, « il y a des éléments, des mesures intéressantes », citant notamment l’extension du RSA aux moins de 25 ans, le dixième mois de bourse étudiante ou le doublement de l’aide complémentaire santé. « Mais il faudra examiner le financement », a-t-il ajouté. Avec autant d’attention que celui des cafetiers bénéficiaires de la baisse de la TVA ? Soit, pour ceux-ci, 2,35 milliards d’euros : 4,7 fois plus que le « plan Marshall » pour la jeunesse. Les jeunes n’ont qu’à devenir bistrotiers. CQFD.

Exigeante, la CFDT considère que « dispersées dans leur mise en oeuvre, et restrictives, en particulier sur le RSA, ces annonces n’ont pas le souffle d’une grande ambition pour la jeunesse. {…} L’ouverture partielle du RSA aux jeunes salariés répond à l’exigence de la CFDT de mettre un terme à la discrimination injuste subie par les jeunes de moins de 25 ans dans l’accès aux prestations sociales. Cependant, la restriction apportée (avoir travaillé deux ans dans les trois dernières années) risque de limiter très fortement la portée de cette mesure. » Avantage collatéral : peu de dossiers RSA à monter en mission locale, c’est toujours ça de pris.

Poétique (le bouquet), la CGT déclare que « Les mesures annoncées par le président de la République en faveur des jeunes ressemblent plus à un bouquet de propositions mal ficelées qu’à une politique qui favoriserait véritablement l’insertion des jeunes dans le monde du travail.{…} Même si certaines mesures annoncées peuvent aider certains jeunes à percevoir une indemnité comme le RSA, les conditions requises pour en bénéficier sont si restrictives (…) que très peu de monde au bout du compte en bénéficiera. » Idem CFDT : unité syndicale. Tous ensemble, tous ensemble, tous…

Aux ordres, Rémi Martial, délégué national de l’Union nationale inter-universitaire (UNI, syndicat étudiant classé à droite) applaudit : « Il a tourné le dos à l’assistanat. Il oppose l’assistanat et la dépendance à la liberté et à la responsabilité. {…} Une grande partie de son discours est tournée vers les jeunes en grande difficulté », notamment « la lutte contre les décrocheurs », la « dédramatisation de l’orientation » ( ?) et « la volonté de développer l’alternance ». Dédramatiser l’orientation ? Un lecteur pourrait-il l’expliquer ?

Énervé, le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) : « Encore une solution au rabais ! {…} Le RSA est un alibi pour les entreprises peu scrupuleuses de sous-payer des sous-salariés. Et autoriser le sous-paiement des jeunes via un RSA Jeunes n’aura qu’une seule utilité : trafiquer les chiffres du chômage à la baisse alors que les emplois à temps très partiels ou payés au lance-pierre feront loi. » Pas faux.

Littéraire, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, pour qui  « Sarkozy fait du vieux avec les jeunes » puisque, entre autres, « L’interdiction des stages hors cursus existe déjà », Egalement réaliste, Cécile note que « le RSA jeune limité aux jeunes ayant travaillé deux ans est un petit pas, mais concerne de fait une petite minorité. La timide expérimentation d’un revenu d’autonomie est intéressante, mais n’est suivie d’aucune précision. Il faut aller plus loin et généraliser un revenu d’autonomie englobant les multiples aides aux effets controversés (bourses, quotient familial, allocations familiales, APL). » Cf. Benoît Hamon : l’union de la gauche progresse.

Mécontent, le Parti communiste condamne : « Les mesures annoncées aujourd’hui, loin de constituer un Plan Marshall, nous inspirent une seule réflexion : décidément, on achève bien les jeunes !  {…} La multiplication prévue de contrats aidés à temps partiel sera inefficace, injuste et renforcera la précarité. Et, après le contrôle des chômeurs par la réforme de Pôle emploi, c’est le contrôle des jeunes que veut organiser le président par sa réforme du service public d’orientation. L’extension annoncée du RSA aux jeunes de 18 à 25 ans sous condition d’avoir travaillé deux ans sur les trois dernières années concernera quant à elle moins d’un jeune sur dix. L’octroi d’un dixième mois de bourse ne concernera lui qu’un étudiant sur dix. » Les statistiques ne sont pas que la science de l’erreur.

Mécontents aussi, les Jeunes Verts pour qui « Ce dispositif très limité montre un flagrant manque d’ambition. C’est une mesure qui n’est pas à la hauteur de la précarité des jeunes. {…} Pour toucher le RSA jeunes, il faut avoir travaillé au moins deux ans. Le nombre de jeunes concernés est évalué à 160.000, soit un peu plus de 2% des 8,18 millions de 16-25 ans en France. Rien n’est prévu pour les 1,2 million d’étudiants. Rien pour les 350 000 jeunes en IUT ou en STS.. »

Pschitt ?

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Plan Marshall pour la jeunesse ? Suspens…

C’est donc ce jour mardi que notre président va déclarer sa flamme à la jeunesse. Gageons qu’il saura trouver les mots : pour une fois, Hervé Guaino ne lui écrira pas son discours puisque, selon Le Figaro, Carla Bruni-Sarkozy « lui a fait rattraper son retard » : interrogé avant son élection sur les ondes de SkyRock, Nicolas Sarkozy avait avoué qu’il ne savait pas ce que « oinj » voulait dire en verlan. « Joint », avait traduit l’animateur Difool, surpris d’une telle ignorance du « parler jeune ». Il parlera donc jeune, c’est entendu avant même d’être émis, et probablement tout cela commencera par une séquence émotions illustrée de constats qui n’étonneront que ceux qui veulent être étonnés (« Ils ont les dettes des vieux sur le dos, et le taux de pauvreté est deux fois plus élevé pour eux que pour les autres tranches d’âge», comme le rappelle le haut-commissaire à la Jeunesse), à laquelle succèdera une séquence interpellation critique (« impératif national », « devoir d’avenir », etc.), ouvrant la voie à une séquence propositions. On saura donc, entre autres, si le RSA va être élargi aux moins de vingt-cinq ans, si le droit au travail – affirmé pour la première fois, en 1848 par la IIe République et repris dans le préambule de la constitution de1946 qui affirme « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » et par notre constitution actuelle – va être effectif. Bref, quel va être « le Plan Marshall pour la jeunesse » promis par celui qui n’était que candidat. Il y a donc deux ans. Un Plan Marshall à retardement. Mieux vaut tard…

Un milliard l’idée…

Le Figaro cette fois Magazine publie « 50 idées pour économiser 50 milliards en cinq ans » par Sophie Roquelle, rédactrice adjointe du même journal, et Cécile Crouzel, journaliste économiste toujours au même quotidien. Ces dames, à coup sûr plus proches de l’UMP que du NPA, semblent bien inspirées par les thèses distillées de l’IFRAP (1), plus proches du sélect Club de l’Horloge (2) que du champ de bataille de la rue Solferino. Il y en a pour tous. Florilège… et encore, ne sont cités que des extraits pour une quinzaine d’idées. C’est (largement) suffisant et, après, à chacun de se faire son opinion.

1ère idée, « Revoir les hausses de salaires des fonctionnaires » : « … les fonctionnaires restent des privilégiés : protégés du chômage par leur statut, leur masse salariale augmente en moyenne chaque année de 3%… »

2ème idée : « Halte aux faux arrêts maladie ! » : « L’absentéisme est plus élevé dans la fonction publique que dans les entreprises : 13 jours en moyenne contre 12… »

8ème idée : « Supprimer les doublons » : « Il n’y a plus de secrétariat d’Etat à la Condition féminine, mais son administration subsiste. Le Service des droits des femmes et de l’égalité (SDFE), c’est une vingtaine de millions d’euros de budget… »

9ème idée : « Faire maigrir les mastodontes parapublics » : « Ces organismes, aussi divers que Pôle emploi, les universités, les musées, les agences de l’eau, le CNRS, les agences régionales d’hospitalisation, totalisent 28 M€ de budget. Au CNRS, par exemple, une baisse d’effectifs de 10 % économiserait 200 M€… »

10ème idée  : « Profs : décharge horaire, charge budgétaire » : « Le mammouth fait des efforts pour perdre sa graisse (16 000 postes en moins en 2010), mais il subsiste des gisements d’économies à l’Education nationale… »

19ème idée : « Multiplier les franchises et dérembourser » : « Les déremboursements de ces dernières années n’y ont rien fait : le taux de prise en charge des dépenses de santé par l’assurance-maladie reste proche de 80 %, le même depuis des années et le plus élevé au monde… »

23ème idée : « Refondre le système des affections longue durée (ALD) » : « Il existe une liste de 32 maladies au long cours (diabète, cancer, maladies cardio-vasculaires…) pour lesquelles tous les traitements sont remboursés à 100 %, sans ticket modérateur. Avec le vieillissement de la population, le système explose… »

24ème idée : « Réformer l’aide médicale d’État (AME) » : « Depuis 2002, tous les gouvernements ont renoncé à réformer en profondeur ce mécanisme qui prévoit la gratuité des soins pour les sans-papiers… »

36ème idée : « Recentrer les aides à l’emploi » : « Près de 28 M€ d’allègements et d’exonérations de charges sociales et toujours plus de chômage. N’y a-t-il pas quelque chose qui cloche ? La Cour des comptes a recommandé de « mieux les cibler sur les emplois les moins qualifiés et sur les entreprises qui en ont le plus besoin et d’engager de nouvelles évaluations de leur effet sur l’emploi ». Parmi les aides à l’utilité douteuse : celles liées aux créations d’emplois dans certains territoires (zones franches, zones rurales, DOM-TOM…). »

37ème idée : « Réduire le coût des heures sup » : « Travailler plus pour gagner plus, c’est bien. Mais pourquoi ne pas avoir carrément supprimé les 35 heures ? »

39ème idée : « Travailler plus longtemps » : « Les Pays-Bas l’ont fait, les Allemands y songent : repousser l’âge de la retraite à 67 ans est une idée qui gagne du terrain en Europe… »

45ème idée : « Plafonner les aides sociales à Mayotte » : « Plus de 17 M€ de transfert d’argent public vers les DOM-TOM et combien en plus demain ? Car les habitants de Mayotte ont voté cette année la transformation de leur île en département… »

48ème idée : « Pompiers : halte au feu ! » : « Ils sont intouchables et pourtant… Les députés ont mis les pieds dans le plat cet été. Selon eux, tout est à revoir dans l’organisation des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) : sureffectifs (+ 25 % en dix ans pour une hausse des interventions de 5 %) et sous-travail (89 gardes de 24 heures par an) caractérisent la profession… »

50ème idée : « Appliquer au minimum le Un sur Deux » : « Bientôt, il y aura autant de fonctionnaires territoriaux (1,7 million) que de fonctionnaires d’Etat (2,2 millions)», s’inquiète le député Charles de Courson. A l’heure où l’Etat applique à ses agents la norme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, on voit mal pourquoi les collectivités locales s’en exonéreraient… »

Avenir radieux…

Enfin… à chacun de se faire son opinion mais n’empêche : on voit ce qui exalte ces dames qui ont sans doute l’oreille présidentielle. Travailler jusqu’au burn-out complet (n°39), en étant moins payé (n°37), avant de vider notre plan d’épargne populaire – bien entamé par les déremboursements (n°19) – pour soigner notre affection longue durée (n°23) à l’hôpital où les pompiers ne nous auront pas amenés (n°48), etc. etc. Quant aux piou-piou des mastodontes parapublics (n°9), ils rejoindront les enseignants dégraissés (n°10), les chargées de mission droits des femmes virées (n°8), les fonctionnaires éjectés (n°1), etc. Tous vrais surnuméraires qui partageront une communauté de destin avec les Mahorais (n°45), les sans-papiers et sans-soins (n°24).

Et un Plan Marshall pour calmer Sophie Roquelle et Cécile Crouzel, ça ne serait pas envisageable ?

(1) L’IFRAP d’était distingué il y a quelques années avec un numéro titrant « Les jeunes, prisonniers des missions locales ».

(2) « Le Club de l’Horloge se définit comme un cercle de réflexion destiné à apporter des idées à la droite française. Il prône une « synthèse national-libérale [pour] faire pièce à l’idéologie dominante » Il défend le « libéralisme intégral » en matière économique… » C’est tout dire.

La CGT Missions locales et PAIO vient d’informer ses adhérents de la « petite loi », c’est-à-dire d’un texte de loi débattu au Sénat avant son retour à l’Assemblée nationale, portant modification de la loi sur l’orientation et la formation professionnelle actuellement en débat. L’article 13 « nonies » (c’est-à-dire, parlant d’un article de loi,  « neuvième », avant « decies » et après « octies »… certes ce n’est pas fait pour être compris) est ainsi rédigé :

« Les résultats obtenus par les missions locales en termes d’insertion professionnelle et sociale, ainsi que la qualité de l’accueil, de l’information, de l’orientation et de l’accompagnement qu’elles procurent aux jeunes sont évalués dans des conditions qui sont fixées par convention avec l’État et les collectivités territoriales qui les financent. Les financements accordés tiennent compte de ces résultats. »

La CGT, se félicitant à juste titre, précise « Jusqu’alors aucun texte à caractère législatif ne stipulait les sources de financement du réseau … c’est chose faite. Cela peut revêtir un caractère essentiel à la veille de la transposition de la directive service  et de la délimitation des SSIG {services sociaux et de santé d’intérêt général}. Par ailleurs on notera que l’aspect qualitatif vient pondérer les éléments quantitatifs. » Certes, camarades, mais tout n’est pas gagné…

De quoi s’agit-il ? D’évaluer les missions locales. L’évaluation est légitime, le bon usage des fonds publics dans une perspective de système, la démonstration des valeurs ajoutées produites, donc la reconnaissance, dans une perspective d’acteurs. Comment évalue-t-on les missions locales ? Formellement par un indicateur considéré comme synthétique, l’accès à l’emploi auquel on ajoute par raffinement deux qualificatifs (« critères ») : « rapide » et « durable ». Rapide pour le temps de l’accès à l’emploi (question d’efficience), durable pour le type de contrat (on vit, plus de trente ans après la fin des trente glorieuses, sur les représentations fordistes). Ces deux critères sont hétéronomes, s’imposant de l’extérieur sans que les professionnels n’aient réellement de prise sur eux : qu’est-ce qui en effet détermine la durée d’un parcours ? La situation du jeune et sa capacité à travailler ou le conseiller ? L’état du marché du travail ou encore le conseiller ? Qui détermine la durabilité de l’emploi ? L’employeur ou le conseiller ? Les réponses, évidentes, n’appellent pas de commentaires supplémentaires et tout au plus pourra-t-on considérer que l’influence du conseiller pour un jeune accédant rapidement à l’emploi aura reposé sur sa capacité à jouer dans les interstices, à vendre telle ou telle mesure ou exonération. Raisonner différemment reviendrait à considérer que le chômage est une problématique individuelle, absolument pas un fait de société. Car, s’il l’était, l’évaluation d’une réussite ou d’un échec ne serait de toute évidence que l’évaluation d’une situation atypique. Si l’on veut évaluer, il faut évaluer le marché, sa capacité d’intégration ou d’exclusion.

Si, bien sûr, on n’évitera pas l’évaluation mécanique (combien de jeunes accédant à l’emploi ?), il faut être conscient que la « bonne », en tout cas juste, évaluation est beaucoup moins à penser en termes de résultats que de réalisations. Penser l’évaluation exclusivement sur les outputs (sorties) et corréler ceux-ci aux professionnels et aux structures est, une fois de plus, un raisonnement qui se veut pragmatique mais qui est simpliste… pour les raisons – et d’autres – indiquées (l’hétéronomie). On ne reprochera ni aux professionnels ni à leurs structures de s’arc-bouter sur les sorties en emploi, voire de s’en satisfaire : après tout, elles sont une démonstration d’efficacité… mais elles sont tout autant contingentes, déterminées par l’environnement. Certes, on peut favoriser cet effet de l’environnement (en se rapprochant du monde économique, en tentant d’anticiper un peu sur les recrutements, en développant son capital social pour le transférer au jeune) mais l’essentiel – embauche ou pas – est dans d’autres mains que celles des conseillers. Ceci signifie – il faut en être conscient – qu’en évaluant les missions locales sur la base des jeunes accédant à l’emploi, on ne mesure qu’une partie marginale des déterminants qui permettent cet accès.

Mais alors que signifierait évaluer plus sur les réalisations que sur les résultats ? A peu de choses près ce qui est introduit dans cette « petite loi », c’est-à-dire « la qualité de l’accueil, de l’information, de l’orientation et de l’accompagnement ». On est donc là dans des valeurs ajoutées indirectes, autrement dit des valeurs ajoutées à partir desquelles on imagine que seront produites ultérieurement des valeurs ajoutées directes, dont le bénéficiaire sera le jeune. Le raisonnement est ainsi : dès lors que l’on a compris que la relation humaine – l’accompagnement d’un jeune en parcours d’insertion professionnelle et sociale – ne pouvait s’équationner en « A sur B = C », donc que l’on accepte l’aléatoire (« une chance à saisir », selon Edgar Morin), le prime au C, on déplace l’objet de l’évaluation du résultat sur les conditions qui permettent tel ou tel résultat, posant l’hypothèse (a priori tenable) que meilleures seront les conditions de l’accompagnement, meilleures seront les chances de l’insertion. A l’inverse, si l’accompagnement du professionnel s’apparente à la théorie du bordel ambiant (ouvrage jubilatoire de Moreno, l’inventeur de la carte à puce), on imagine que ses effets pourront être tout aussi favorables que désastreux. En conséquence et sauf délire prométhéen, on ne maîtrise pas le résultat mais par contre on peut maîtriser les conditions qui favoriseront un bon résultat. Ceci s’appelle « l’assurance de la qualité ». Reste, une fois dit, à s’entendre sur les conditions de l’évaluation de cette assurance de la qualité.

C’est donc à suivre…

Goyave de France

Publié: septembre 23, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence

Une contribution d’Edmond Albius (1) sur « Le politique, espace de l’engagement sociétal » paru le 18 septembre, qui mérite, à mon sens, une surexposition que ne favorise pas l’emplacement sur ce blog des commentaires. Contrairement à ce que pourraient imaginer certains, mon analyse de la situation politique réunionnaise, élargie à plusieurs reprises au périmètre hexagonal, n’est pas une expression épiphénoménale, pas même d’irritation ou de dépit, mais elle invite (ou, du moins, veut inviter) au sursaut (l’engagement politique, le politique) qui, comme ce contributeur le souligne, doit s’appuyer sur les ressources endogènes. Doit s’appuyer prioritairement mais non exclusivement (adverbe dont la racine est « exclusion »). Ainsi le « goyave de France », expression réunionnaise pour se moquer d’importations de la métropole de produits et, par extension, de l’ignorance sinon du dédain des  ressources qui existent sur place, est-il sans conteste une absurdité (non seulement culturellement, ce qui est essentiel, mais même économiquement)… avec deux réserves.

Territoire géographiquement (dé)limité comme toute île, La Réunion ne facilite pas la prise de parole indépendante, l’effet-boomerang menaçant toute tentative de paroles libres et de bonnes mœurs. J’ai quelques exemples en tête. Ainsi le « goyave de France » a-t-il une fonction d’intermédiation… quitte d’ailleurs à ce que les protagonistes locaux se réconcilient et que le prix de leur entente soit le bûcher pour l’intermédiateur, processus cathartique des plus banals.

Seconde réserve issue des enseignements systémiques et même thermodynamiques, comme d’ailleurs indiqué dans mon article : un système doit communiquer avec son environnement sauf à se condamner à l’entropie,  la désorganisation. De la sorte, le développement endogène ne peut ni doit être qu’endogène mais doit recouvrir une alchimie « endogène – exogène ». Là comme ailleurs, ce qui est vivant repose sur l’interaction et sur l’altérité.

Qui bene amat, bene castigat.

Edmond Albius…

« J’ose à peine vous l’écrire sous peine d’être à la manière du Préfet Charbonniaud qui n’avait pas su épargner à notre président un accueil chaleureux à Saint-Lô, muté à Crozet pour m’occuper de l’insertion des manchots, mais je me dois de marquer une certaine addiction à vos propos.

Ainsi, et même si je dois vous avouer quitte à paraître un tantinet érudit ne pas avoir tout « imprimé » à la lecture de votre prose, je partage votre analyse sur notre 2PR (Paysage Politique Réunionnais). Je serais même prêt à étendre votre analyse à leurs complices des hautes sphères qui dirigent administrativement leurs collectivités territoriales.

Pour moi le seul salut ne peut venir que des « Réunionnais du monde » qui comme l’Ulysse de Brassens ont vu cent paysages, et puis ont retrouvé après maintes traversées le pays des vertes années. De leur attitude dépend notre sauvetage. Soit ils reviennent capables d’éjecter la nomenklatura ethnique, politique, familiale et affairiste et dans ce cas, la reconstruction est possible, soit ils entrent dans le moule, et dans ce cas c’est l’une de vos trois solutions qui sera retenue.

Maintenant bien sûr que nous avons besoin aussi de goyaves de France pour avancer, à doses plus homéopathique que par le passé certes, et ceux qui prétendent le contraire ont souvent en ligne de mire l’éventualité de nous placer un goyavier péi véreux assermenté.

Merci Labbé. »

C’est (joliment) dit.

(1) Edmond Albius, un pseudonyme bien sûr, le « vrai » étant l’esclave réunionnais qui a découvert à 12 ans le procédé de pollinisation de la vanille. Malheureusement décédé depuis plus d’un siècle.

Olivier Schwartz (oui-oui, le fils de Bertrand) est sociologue. Il a participé à une table ronde consacrée au thème « Classes, générations, âge », aux côtés de Louis Chauvel et de François Héran, lors du forum Réinventer la démocratie, organisé par La République des Idées à Grenoble en mai 2009. Sa contribution, « Vivons-nous encore dans une société de classes ? », s’appuyait sur trois constats : « l’extension du domaine du désavantage social », l’importance prise par la culture de l’excellence, de la performance et de la compétence, enfin « la tripartition de la conscience sociale dans les catégories modestes ». Cela peut sembler compliqué, ça l’est d’ailleurs mais pas dans l’expression, limpide, d’Olivier Schwartz : dans ce que cela recouvre de facteurs, de processus et d’effets rétroagissants. Je tente l’explication parce qu’il me semble que ce qu’exprime ce sociologue est ressenti par beaucoup. Et je profiterai d’un petit paragraphe pour rappeler un point qui tient au cœur de beaucoup, tous ou presque on peut l’espérer, dans les missions locales.

Les désavantagés…

Avec « l’extension du domaine du désavantage social », Schwartz s’appuie sur Rober Castel pour qui il faut former une « société de semblables », c’est-à-dire vraiment capable d’intégrer l’ensemble de ses membres et qui se donne les moyens de contenir au maximum les inégalités. L’expression « société de semblables » peut ne guère convenir et on peut lui préférer celle de société de l’altérité – reconnaître et vivre avec l’autre différent et de plein droit – et ce n’est pas sans un peu d’effroi qu’on envisage une société de (trop) semblables… car, bien évidemment, ce qui fait le bonheur de la vie est la rencontre avec des gens dissemblables. Ceux qui nous font avancer nous étonnent. Mais enfin, l’expression de Castel reprise par Schwartz n’est évidemment pas à comprendre dans la vision terrifiante du meilleur des mondes d’Huxley (1). De quoi s’agit-il avec ce « désavantage social » ? « D’une grande banalité », c’est Schwartz qui l’écrit, c’est-à-dire de l’existence de groupes désavantagés, en situation vulnérable, exposés au chômage, à la précarité, aux emplois durs et mal rémunérés, à  la relégation… Bref, en un autre mot de Castel, du précariat. Louis Chauvel (qui participait à la même table ronde) écrivait : « Lorsque l’on regarde la société française telle qu’elle est aujourd’hui {…}, on ne peut pas ne pas être frappé par l’étendue du phénomène et par le nombre de groupes qu’il affecte. Il y a d’une part tout un pan des salariés d’exécution du secteur privé : ces ouvriers frappés, aujourd’hui plus que jamais, par le chômage, la marginalisation, le fait de travailler dans des entreprises en déclin, et plus largement par tout ce processus de détérioration de la condition ouvrière… »

Hier mardi, aux informations sur Antenne 2, ce n’était pas les ouvriers mais les paysans : le père et le fils pleurant dans l’étable vide, face au matériel de traite inutile… sauf pour la banque qu’il reste à rembourser, le cheptel vendu pour payer leurs dettes, sans aucune perspective : « Je ne sais rien faire d’autre » disait l’éleveur. Prozac. D’autant plus que ce reportage était précédé d’un autre, l’évacuation de la « jungle » à Calais : matraquage de la misère humaine et ministre transfuge en complet veston arrivant en hélicoptère… Re-Prozac. Incontestablement, le précariat s’étend et, aujourd’hui, il ne recouvre pas que les emplois à durée déterminée ou à temps partiel contraint : les petits salaires ne suffisent plus et, comme l’exprimait Louis Chauvel dans Les classes moyennes à la dérive, « Les classes moyennes sont un peu comme un sucré dressé au fond d’une tasse : si la partie supérieure semble toujours intacte, l’érosion continue de la partie immergée la promet à une déliquescence prochaine et inéluctable. Si les catégories populaires ne vont pas bien en France, elles pourraient se sentir moins seules dans quelques années. » (2) C’était en 2006. Les quelques années sont passées. Le sucre a fondu.

L’urgence sociale incarnée…

C’est à ce stade de la communication de Schwartz que l’on peut s’arrêter un instant : « Et par ailleurs, il y a les jeunes. Les jeunes de familles populaires, bien sûr, d’abord et avant tout, et notamment les jeunes issus de l’immigration. Mais c’est aussi toute une partie des jeunes diplômés de l’université qui rencontre, aujourd’hui, on le sait, de grandes difficultés pour accéder à l’emploi, et qui n’y parvient que dans des conditions précaires, marquées par le déclassement… » Comme les mots de « déclassement » peuvent être utiles à certains moments ! Ils permettent d’identifier et d’objectiver un phénomène et, ce faisant, de le faire passer du registre de la sensibilité, imprécise mais prégnante, à celui de la rationalité, précis mais à distance. Un processus d’objectivation, dit-on, qui chloroforme également  puisque l’on sait sans avoir le besoin de voir concrètement, en chair, ce que cela signifie.

Voilà une jeune femme, 26 ans, pas issue de l’immigration sauf à convenir que l’excentricité brestoise l’équivaut. Origine populaire et pas une enfance avec goûters, jeux éducatifs, séjours linguistiques. Un CAP et un BEP de secrétariat, résultantes d’une orientation banale pour celles et ceux qui a priori ne sont pas sélectionnés pour grimper dans l’échelle sociale. Mais un bac pro. Puis un BTS d’assistante de direction. Enfin un master 2 en gestion des ressources humaines. Un chemin qui exprime la résistance et le volontarisme contre les déterminismes sociaux, la voie pourtant tracée dès le berceau.Tout cela en alternance. Tout est juste et parfait au regard des experts en politique de l’emploi et de la formation, rien que du miel pour l’idéologie dominante « one best way » : du certifiant, de l’alternance… et en plus une mobilité puisqu’elle est depuis trois mois à Paris, pensant y trouver du travail. Sauf qu’il n’y a pas de travail. Surtout pour les jeunes. Plus de 350 courriers avec CV, trois entretiens arrachés mais sans effets et le bout de l’impasse qui s’approche : aucun revenu, aucun droit, Pôle emploi inaccessible, la fortune des 500 euros de collocation qu’on ne peut plus payer à ce jour dans une semaine, un découvert de 600 euros à la banque, l’enthousiasme d’un caractère qui est rongé, miné, par un quotidien où l’on tourne sur soi dans sa chambre, où l’on ne peut même plus démarcher tout azimut parce que l’on arrive aux derniers euros du forfait téléphonique, et une famille, guère fortunée, qu’on ne peut plus solliciter. Que va-t-elle faire ? La rue n’est plus un espace de déambulation ou de transition vers un point B mais une aspiration vers le vide. Re-re-Prozac. (3).

On imagine qu’avec « l’extension du domaine du désavantage social », Schwartz invite subliminalement par cette expression à une autre extension : de la lutte (4). Ce qui sauve le système de la révolte jeune c’est l’incorporation par chacun d’une solitude de destin, la nécessité de s’intégrer plutôt que de protester (5) et les doigts des inclus qui se referment sur le peu qu’il leur reste et qu’ils sentent leur échapper.

Les « grands »…

Second constat formulé de façon un peu alambiquée, « De la politique de l’excellence aux inégalités intracatégorielles ». Olivier Schwartz pointe ici l’importance qu’a prise, dans les catégories supérieures, « la culture de l’excellence, de la performance, de la compétence ». Quoi de plus ordinaire, pense-t-on, que les élites promeuvent une culture de l’excellence sans cesse accentuée selon le principe si bien expliqué par Pierre Bourdieu de la « distinction » (6) fait de déplacements successifs des objets et motifs de différenciation, c’est-à-dire de ce qui permet de se distinguer des classes moins bien positionnées mais aspirant à être aspirées par le haut ? Pour Schwartz, « Une caractéristique de cette culture est qu’elle peut être tout à fait favorable, d’un côté, en tout cas sur le principe, à des mesures visant à lutter contre les inégalités et les discriminations liées à l’origine (par exemple à l’origine ethnique) ; mais d’un autre côté, elle est profondément favorable à l’introduction, dans les entreprises et les organisations, de davantage d’inégalités en fonction du « mérite » et des performances. » Et de poursuivre : « Il semble bien, en effet, qu’une des évolutions caractéristiques de notre société comme plus largement de nombreuses sociétés occidentales contemporaines est qu’aux inégalités sociales classiques, entre catégories sociales différentes, s’ajoutent de plus en plus des inégalités « intracatégorielles », entre membres d’une même catégorie socio-professionnelle. Ces inégalités ont été très largement causées par l’éclatement et la diversification des statuts d’emploi, mais il saute aux yeux que la politique de l’excellence, des compétences, de la valorisation des performances et surtout de l’individualisation des trajectoires pourrait être à l’avenir un facteur extrêmement important d’accentuation des inégalités intracatégorielles, et donc aussi de remise en cause des solidarités au sein des groupes. » On retrouve ici le thème de « la lutte des places » (7), d’un monde où les solidarités ont cédé la place à la concurrence féroce, homo lupus homini est (l’homme est un loup pour l’homme), chacun contre tous dans un champ professionnel qui est moins un espace d’épanouissement (la fameuse « valeur travail » et le rapport symbolique au travail, la non moins fameuse dernière strate d’accomplissement de la pyramide de Maslow…) qu’une jungle… elle non évacuée manu militari par les forces de l’ordre mais promue au titre de l’intérêt général et sociétal par ceux qui, en fait, y ont un intérêt particulier.

Les « petits »…

Enfin, troisième constat, « la tripartition de la conscience sociale dans les catégories modestes ». Après la stratosphère des élites, le terrain des exécutants, de ceux qui piétinent en bas de la hiérarchie sociale. « Beaucoup d’entre eux adhèrent spontanément à une représentation binaire de la société, fondée sur une opposition entre le haut d’une part – les dirigeants, les puissants, ceux qui possèdent l’instruction, la puissance, l’argent – et d’autre part ceux qui sont en dessous, les simples exécutants, les ouvriers, les employés, ceux dont ils estiment de manière générale faire partie. » Cependant, plutôt qu’un système binaire « grands – petits », c’est d’un système « tripartite » dont il est question, avec une pression venant du haut mais également du bas : « C’est par exemple l’idée qu’il y a trop de chômeurs qui non seulement n’ont pas d’emploi mais qui n’en cherchent pas, qui vivent du RMI ou des aides sociales, qui se dispensent par conséquent de chercher du travail, et qui peuvent s’en dispenser parce que d’autres paient des impôts pour eux. {…} Ou encore, ce peut être l’idée que dans certaines familles immigrées, on vit sans travailler, grâce aux allocations, c’est-à-dire grâce à des aides sociales qui, là encore, sont financées par ceux qui travaillent et grâce à leurs impôts. {…} ce sentiment d’être lésés à la fois par des décisions qui viennent du haut mais aussi par des comportements qui viennent de ceux du bas, d’être lésés à la fois par les plus puissants et par les plus pauvres. {…} « C’est nous qui payons pour tout le monde »… »

L’urgence du sens…

De cette analyse, on peut sortir assez défait, déconfit… Si du bas en haut l’ensemble du système est à ce point critique, que reste-t-il comme alternative, quelle action et, plus encore, quelle posture sont-elles possibles ? Au sein des structures, celles qui nous intéressent ici et qui sont en front-line d’une combinaison paradoxale d’espoir et d’énergie, la jeunesse – ressource, et de « misère du monde » (8) subie, que faire ? Il y a une urgence du sens. Qui s’en saisira, déjà et ne serait-ce qu’à l’échelle d’une profession, pour radicalement changer le logiciel ? L’écrivant, un autre paradoxe s’impose : l’ampleur de la tâche est telle que l’on se sent partagé, plus exactement écartelé, entre l’enthousiasme qu’elle requiert et l’épuisement qu’elle promet. Courage.

(1) Le meilleur des mondes, 1933, Plon.

(2) 2006, Seuil, « La république des idées », p. 10.

(3) Cette jeune femme et cette situation ne sont pas un cas de figure mais recouvrent une vraie personne. Aujourd’hui. A toutes fins utiles. Urgemment.

(4) Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte,1994, éditions J’ai lu : « En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables ; d’autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d’autres sont réduits à la masturbation et la solitude. Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. Sur le plan économique, Raphaël Tisserand {le héros de l’ouvrage} appartient au camp des vainqueurs ; sur le plan sexuel, à celui des vaincus. Certains gagnent sur les deux tableaux ; d’autres perdent sur les deux. »

(5) Voir infra note 7.

(6) Pierre Bourdieu, La distinction. Critique sociale du jugement, 1979, éditions de Minuit, « Le sens commun ». Dans cet ouvrage, Pierre Bourdieu  parle de « génération abusée  et désabusée » (pp. 159-164) et de « lutte contre le déclassement » pp. 166-172). Ce n’est donc pas nouveau mais cela s’est généralisé. Comme une gangrène. Comme des métastases.

(7) Vincent de Gaulejac, Isabel Taboada Léonetti, Frédéric Blondel et Dominique-Marie Boullier, La lutte des places, 1994, Epi. « Le modèle entrepreneurial devient le modèle dominant de la gestion des villes. La quête de l’excellence n’est plus seulement l’apanage des firmes multinationales. Cette révolution managériale est un élément central de la dualisation de la société, écartelée entre la recherche de la performance et le développement de l’exclusion. » (p. 41). Et « Lorsqu’on est chômeur, RMIste, sans domicile fixe, jeune de la rue ou immigré, la revendication essentielle n’est pas de changer l’ordre social mais de trouver une place dans cet ordre. » (p. 43).

(8) Pierre Bourdieu, La misère du monde, 1993, Seuil. « Le travailleur social ne peut donner que ce qu’il a, la confiance, l’espérance minimale qui est nécessaire pour essayer de s’en sortir. Il doit lutter sans cesse sur deux fronts : d’un côté contre ceux qu’il souhaite assister et qui sont souvent trop démoralisés pour prendre en mains leurs propres intérêts {…}, de l’autre contre des administrations et des fonctionnaires divisés et enfermés dans des univers séparés. » (p. 354 de l’édition de poche, collection « Points »). Gabrielle Balazs, dans ce même ouvrage, consacre quelques pages à une mission locale, celle de Villeneuve, à l’origine de la création d’une régie de quartier : « Ce type d’institution ne pourrait fonctionner sans le directeur, ancien militant du parti communiste, et sans le personnel, qui se considèrent plus comme des militants que comme des fonctionnaires, ne comptant pas leur temps et s’investissant fortement dans leur tâche. Ils fourmillent d’inventions… » (« L’occupationnel », p. 398). C’était, il est vrai, il y a seize ans.

Un projet de nouveau cahier des charges des maisons de l’emploi (MdE) vient d’être rendu public à la suite du rapport de Michel Thierry, Rapport du groupe de travail sur l’élaboration d’un nouveau cahier des charges pour le conventionnement des maisons de l’Emploi, (IGAS, juillet 2009). Ce cahier des charges a été soumis le 18 septembre dernier au conseil national de l’emploi (CNE).

Introductivement il est rappelé que « Le rôle des maisons de l’emploi au sein du service public de l’emploi, créées par la loi de programmation pour la cohésion sociale du 18 janvier 2005, a été réaffirmé par la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l’organisation du service public de l’emploi. Parallèlement, les premières maisons de l’emploi arrivent au terme de leur conventionnement initial par l’Etat. Dans ce contexte, il est donc nécessaire d’adapter le premier cahier des charges des maisons de l’emploi du 7 avril 2005. » Il n’est pas certain que le reconventionnement, qui aurait pu s’effectuer sur la même base de cahier des charges, soit le facteur décisif : la création de Pôle emploi, par contre, l’est.

Pas doublonner…

Si l’article L. 5313-1 du code du travail précise les missions des maisons de l’emploi (MdE) en affirmant le rôle de fédérateur de l’action des partenaires publics et privés, en particulier en permettant l’association des collectivités territoriales à la mise en œuvre des politiques de l’emploi au niveau local (1), « Les maisons de l’emploi n’ont ni vocation à doublonner les structures préexistantes, ni à devenir des opérateurs de placement. Il s’agit donc de mettre en avant leur fonction d’ensemblier. » (en gras dans le texte). La nouvelle donne issue de la création de Pôle emploi produit ses effets, en particulier pour l’accompagnement direct des usagers, c’est-à-dire là où des doublons ont créé sur bien des territoires confusions et tensions.

« Gouvernance »…

Au chapitre « gouvernance » (la notion, douce, fleure bon la démocratie participative), guère de nouveauté : des membres « constitutifs obligatoires » (Etat, collectivité territoriale concernée et Pôle emploi), des membres « constitutifs à leur demande » (Région, Département, autre collectivités que celle fondatrice) et des membres « associés » (tous les acteurs de l’emploi et de la formation dès lors qu’ils sont agréés par les premiers dits « obligatoires », ces derniers devant disposer de la majorité au CA.

Aux côtés de l’instance politique qu’est le CA, il est recommandé de créer un « conseil d’orientation » composé en particulier des « représentants des partenaires sociaux, des entreprises et de toutes autres personnalités qualifiées. » Dans un projet de « stratégie territoriale pour l’emploi et l’insertion » conçu pour une communauté d’agglomération, j’avais imaginé ce conseil d’orientation à partir d’un conseil de développement (2) avec une représentation de la société civile dont, en particulier, les usagers des services : si l’on parle de « gouvernance », ne pas inclure ceux-ci semble un oubli fâcheux renvoyant cette « gouvernance » à un toilettage sémantique.

Les MdE et les autres…

Le chapitre 2 aborde le délicat rapport des maisons de l’emploi avec les comités de bassin d’emploi (CBE), les PLIE et les missions locales.

– Concernant les CBE (2), aucune ambiguïté : ça fusionne (on parle d’« intégration »), faute de quoi « l’absence d’intégration entraînera soit une minoration soit une absence de financement de la part de l’Etat. Il sera donc nécessaire de produire un calendrier d’intégration des deux structures dans le cadre du processus de conventionnement. » Dura lex, sed lex.

– Concernant les PLIE, (presque) même motif, (presque) même punition ou gratification, avec toutefois une injonction plus douce, sorte d’autorité bienveillante : subtilité, on ne parle plus d’« intégration » mais de « rapprochement », celui-ci étant « fortement encouragé » dès lors que les zonages de la MdE et du PLIE correspondent. Quant au financement, on surfe toujours sur l’euphémisation : « Dans le cadre du calcul du montant du financement de l’Etat à la maison de l’emploi, ces rapprochements seront pris en considération », avec en tout état de cause une obligation (qui ne pose dans les faits aucune difficulté) : « un principe d’individualisation budgétaire et comptable, grâce au développement d’une comptabilité analytique afin d’assurer la traçabilité notamment des crédits du FSE. »

– Venons-en aux missions locales… point on le sait sensible à défaut d’être « G ». Ce qui est défini mérite la « noix d’honneur » de l’hebdomadaire palmipède et tient en deux lignes et demi : « Les relations entre les maisons de l’emploi et les missions locales s’organiseront en fonction des réalités locales. Il est précisé que l’Etat n’encouragera pas financièrement ces rapprochements mais ne les découragera pas. » Sic. Cela n’est pas sans rappeler la circulaire elliptique du 3 juin 1982 adressée aux préfets pour la création des PAIO : « Le maillage territorial ne doit être ni trop lâche, ni trop serré. Toutes les communes d’une certaine importance doivent disposer d’une permanence. » Ni trop, ni trop… certaine importance… autrement dit la précision d’un certain temps, celui du refroidissement du fût du canon selon Fernand Raynaud. Cette prudence découle directement de ce que le rapport cité de Michel Thierry identifiait comme « les points les moins consensuels » en citant les missions locales : « La question de l’intégration des missions locales pour l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, là où les ressorts coïncident, fait débat. Elle a l’avantage de favoriser des économies d’échelle, une optimisation des budgets, et de réunir dans un seul conseil d’administration des acteurs qui sont largement les mêmes. Ce scénario se heurte cependant  à des objections : des risques d’éloignement de la sphère économique, et surtout des risques de confusion des genres entre missions d’animation et de coordination de la MdE et statut d’opérateur de la mission locale dans le cadre d’une co-traitance avec Pôle emploi. {…} Un nouveau cahier des charges n’a pas à proscrire ce type de regroupement, actuellement réalisé dans une vingtaine de maisons, ou à l’étude dans certaines régions, où il est parfois utilisé comme une stratégie de lutte contre la désertification rurale. Il n’a pas non plus à le préconiser, sauf à se mettre en porte-à-faux par rapport à la redéfinition du profil des MdE. Au-delà du cahier des charges, les modalités du rapprochement entre ces deux types de structures passe plus par des participations croisées ou des noyaux communs au sein des organes de gouvernance, ainsi que par la mutualisation des moyens (prestations de services, services communs ou directions communes, sous réserve des règles de transparence nécessaires à l’établissement de budgets distincts et sans double financement). » (souligné par moi).

Des MdE, pour faire quoi ?

Jusqu’alors, les MdE développaient des actions (en théorie) selon trois axes (3). Désormais ce sont quatre axes dits « d’intervention obligatoire ». Pour autant, les axes 1 et 2 recouvrent à peu de choses près l’axe 1 du précédent cahier des charges.

– « Axe 1. Développer une stratégie territoriale partagée, du diagnostic au plan d’action ». Notons au passage le pléonasme « territoriale partagée » puisque, par définition, une stratégie « territoriale » (mouvement ascendant) est partagée contrairement à une stratégie « territorialisée » qui n’est que déclinée (mouvement descendant). (re)Notons au (re)passage (et sans malice aucune, ni psychorigidité académique) que, si l’on raisonne « du… au », le point de départ (« du ») peut bien être le diagnostic mais le point d’arrivée (« au ») devrait être l’évaluation plutôt que le plan d’action. Ceci pour la forme. Quant au fond, il s’agit donc de faire un diagnostic « qui pourra être largement diffusé aux acteurs locaux dans un souci d’appropriation des réalités locales ». On retrouve, à epsilon près, l’axe 1 de l’ancien cahier des charges et, avec l’axe 2, « Participer au développement de l’anticipation des mutations économiques », le thème d’une GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) à l’échelle du territoire… tâche qu’un certain nombre de CARIF, OREF et CARIF-OREF remplissent déjà fort bien. Le premier axe est indiqué comme « structurant puisque les actions rattachées aux trois autres axes à caractère obligatoire devront s’inscrire dans ce plan d’actions de la maison de l’emploi. » (en gras également). Autrement formulé, 1) ce diagnostic sera la base des plans d’action de la MdE, ce qui est la moindre des choses (charité bien ordonnée…) ; 2) il sera également la base d’une GPEC territoriale, ce qui est ambitieux mais, après tout, pourquoi pas dès lors que l’on évite d’en faire un dogme… pour la simple raison que 1) les entreprises ont une capacité prévisionnelle toute relative ; 2) les personnes sont mobiles et, n’ayant pas un fil à la patte, n’ont pas comme souci de respecter les zonages de type bassin d’emploi, leur préférant celui de bassin de vie… qui, précisément n’est pas toujours celui des MdE, sans même évoquer qu’un jeune avec un CAP de menuiserie peut choisir de devenir garçon de café. Les gens sont insupportables, on est d’accord.

– L’axe 3, « Contribuer au développement local », poursuit l’objectif de « fluidifier la transmission d’informations et les relations entre les acteurs sur le territoire, et non de créer une nouvelle offre de services propre. En effet, il a été souvent constaté, que les acteurs économiques (entreprises, salariés, demandeurs d’emploi …) ne disposent pas d’une information suffisamment exhaustive sur les différentes problématiques relatives au développement local qui peuvent être traitées par plusieurs acteurs, sans nécessaire coordination. » Fluidifier la transmission d’informations est sans conteste une belle ambition, a fortiori parce que nombre de MdE toutes investies de la légitimité du législateur ont confondu transmission et émission et, moins que transmettre, ont tenté, évidemment en suscitant de fortes résistances, d’imposer et de s’imposer dans un champ très largement occupé par des acteurs, dispositifs et institutions qui ont su dépasser leurs antagonismes pour réaliser l’union sacrée face au nouvel entrant. Il reste que le cahier des charges, comme aurait dit Bergeron, donne du grain à moudre et ce développement local est à multifacettes : « Ainsi, une telle action d’information, d’animation et de coordination peut-elle intervenir dans des champs extrêmement divers en matière de développement local : aide à la création d’entreprise, développement des services à la personne, responsabilité sociale des entreprises et intermédiation entre Pôle emploi et les très petites entreprises pour encourager ces dernières à déposer leurs offres d’emploi auprès de l’opérateur national… » A votre bon cœur…

– L’axe 4, « Réduire les freins culturels ou sociaux à l’accès à l’emploi » n’est pas en reste quant aux multiples possibilités d’action : « lutte contre les discriminations à l’embauche, lutte contre l’illettrisme, mobilité géographique… »

De ces quatre axes, sauf erreur d’interprétation, on en ressort avec deux idées principales. D’une part, guère de nouveau sous le soleil vis-à-vis du précédent cahier des charges, les deux « nouveaux » premiers axes n’étant qu’une segmentation de l’ancien premier axe. D’autre part, une assez grande latitude quant aux actions : s’il est peu contestable que l’Etat veut gouverner à distance, le pilotage des MdE est partagé avec la collectivité et les possibilités d’action sont larges, à déterminer par les acteurs locaux… cette aussi récurrente que douce à l’oreille « gouvernance ». Toutefois l’axe précédemment 2, « Accès et retour à l’emploi », disparaît… et pour cause : on se souvient des débats parlementaires et des réponses de Laurent Wauquiez concernant la nouvelle situation issue de la création de Pôle emploi qui allait jusqu’à faire peser une lourde hypothèque sur les MdE. Ainsi l’accompagnement des demandeurs d’emploi justifie-t-il un paragraphe, « 3.2. Les actions en matière d’accueil, d’orientation ou d’accompagnement des personnes à la recherche d’un emploi », où il est explicité qu’« il n’est pas prévu de confier de responsabilités spécifiques aux maisons de l’emploi » dans le domaine de l’accompagnement. Chacun chez soi et les poules (DE) seront bien gardées (accompagnés)… Si une MdE était tentée par l’accompagnement et ne respectait pas le « schéma territorial de Pôle emploi tel que validé en CRE », voire osait « doublonner la présence de Pôle emploi au niveau local {…} le préfet de région lui refusera tout financement et ce quel que soit son champ d’intervention. » (en gras dans le texte). Avis aux amateurs. Observons que l’avertissement vaut pour l’accueil, l’orientation et l’accompagnement – dans le même panier contrairement à la CPO qui les distingue en les ventilant par axes – alors que, de toute évidence, si l’accompagnement appelle des compétences spécifiques selon les publics, l’accueil, l’information et l’orientation (cette dernière comprise comme orientation vers les services ad hoc et spécialisés) devraient être au maximum mutualisés entre Pôle emploi, les missions locales, les PLIE, les structures de l’IAE, etc.

Des MdE, avec quels moyens ?

Parlons gros sous à présent… « Concernant le financement de l’Etat, celui-ci ne peut excéder 70% du budget de fonctionnement de la maison de l’emploi, dans les limites des crédits ouverts en loi de finances initiale. En conséquence, contrairement au schéma financier retenu dans le cadre de la première génération de conventions, la valorisation globale de l’offre de services des partenaires n’entre plus dans le calcul de la participation financière de l’Etat. {…} La contribution financière des collectivités territoriales et de leurs groupements est ainsi portée, au minimum, à hauteur de 30% du budget propre de la maison de l’emploi. » Quelques MdE ont quelques soucis à se faire, leur valorisation des offres de service étant à l’épreuve de l’objectivation pour le moins originale sinon problématique : nombre d’entre elles ont en effet présenté des budgets valorisant des personnels municipaux ou associatifs qui, manifestement, n’avaient pas trouvé le chemin de leurs bureaux, sortes de contreparties aussi virtuelles que les subventions étatiques étaient sonnantes.  Il n’est pas indiqué dans ce cahier des charges quels seront les déterminants du financement par l’Etat, hormis le respect de ces règles de gouvernance, on l’a vu guère exigeantes, et des contenus plastiques des actions des quatre axes… mais cela est esquissé dans l’avant-dernier chapitre, « Évaluation » : car, outre l’évaluation nationale en charge d’« analyser la performance des maisons de l’emploi, leur complémentarité avec les autres acteurs du SPE… » (5), de l’évaluation régionale dépendra « la détermination du niveau futur de financement » des MdE, ceci devant être précisé dans une prochaine circulaire.

Tout cela est donc à suivre…

(1) Les comités locaux pour l’emploi sont devenus comités de bassin d’emploi avec le décret n° 84-606 de 12 juillet 1984. 60 CBE sont agrées et couvrent 14% de la superficie et 11,5% des communes du territoire national.

(2) M’inspirant du modèle de Pont-à-Mousson.

(3) « Observation, anticipation, adaptation au territoire », « Accès et retour à l’emploi », et « Développement de l’emploi et création d’entreprise ».

(4) Ce qui, ne l’oublions pas, pose la question d’une compétence « emploi » à prendre par l’assemblée délibérative de la collectivité. Ce n’est pas gagné, certains élus considérant que cette nouvelle compétence, même si elle est effective dès lors qu’ils se sont engagés dans une MdE et/ou dans un PLIE (pour ce dernier le plus souvent par la compétence « politique de la ville »), correspond à un  déplacement d’une compétence centrale de l’État vers les collectivités.

(5) L’annexe 3 du rapport Thierry (pp. 31-36) est consacrée aux indicateurs d’évaluation des MdE.

Onction…

C’est un communiqué de Pôle emploi… : « Accompagnement des demandeurs d’emploi par Manpower en Poitou-Charentes », du 7 septembre 2009.

« A l’issue d’un appel d’offres lancé en mars par Pôle Emploi en direction de l’ensemble des opérateurs et acteurs de l’insertion professionnelle et du placement pour la mise en œuvre de prestations d’accompagnement vers l’emploi de 320 000 personnes, Pôle Emploi a publié la liste des organismes retenus par lot. MANPOWER (Travail temporaire, recrutement, conseil en ressources humaines, accompagnement vers l’emploi, formation) et SODIE (Conseil en ressources humaines, spécialisé dans le reclassement) sont les deux prestataires retenus en Poitou-Charentes.

Les titulaires de ce marché devront accompagner Pôle emploi dans la prise en charge intensive et le placement des publics éloignés de l’emploi (prestation « trajectoire emploi »), ainsi que l’accompagnement et le retour à l’emploi des licenciés économiques. Ainsi le Groupe Manpower, représenté par sa filiale Manpower Egalité des Chances, a été retenu dans le cadre de la prestation « trajectoire emploi » tandis que SODIE est chargé de l’accompagnement des licenciés économiques.

La prestation de Manpower  concerne entre 23 500 et 57 400 personnes éloignées de l’emploi, réparties dans 7 régions, sur deux ans, à compter du mois de septembre 2009. Chaque prestation sera facturée à Pôle emploi 1 750 € TTC, en moyenne, par personne accompagnée, pour « couvrir les frais » sans bénéfices réalisés sur les prestations apportées car elles s’inscrivent dans une « mission d’intérêt général », précise la présidente de Manpower France dans un communiqué du 24 août.

La rémunération dépendra des résultats. Ainsi, 50 % de la somme sera perçue dès lors que la totalité des actions d’accompagnement seront effectuées. 25 % seront perçus en cas de retour à l’emploi (CDI ou CDD de plus de 6 mois) du bénéficiaire et les 25 % restants si la personne accompagnée est maintenue dans l’emploi pendant au moins 6 mois. »

On reste ébahi. Manpower, dont le président fondateur Michaël Grunelius s’était fait remarquer par un livre, Du travail et des hommes (1), où son appréciation de mai 68 donnait le ton (« Un samedi matin, vers 10h, sans prévenir qui que ce fût, je fis mon entrée dans l’antre de la contestation. Une foule s’y pressait, au milieu de caisses de vin et de sacs de couchage. L’endroit dégageait une odeur puissante. Etc. » – 2), ne réalise pas de bénéfices sur l’accompagnement des demandeurs d’emploi car ces prestations s’inscrivent dans une (sic la présidente)  « mission d’intérêt général » ! Extraordinaire ! Manpower, probablement au titre d’une « RSE » (responsabilité sociale de l’entreprise) pas tout-à-fait inopportune par les temps qui courent, répond à un appel d’offres qui veut par le marché et donc la concurrence régler un problème social et sociétal. Ce faisant Manpower s’auto-décerne l’onction de l’intérêt général. On constate subséquemment que 1) les pouvoirs publics en responsabilité de l’intérêt général considèrent que celui-ci ne sera jamais autant garanti que s’il est confié aux intérêts privés ; 2) les intérêts privés dont on imagine tautologiquement qu’ils poursuivent des intérêts privés soumissionnent ; 3) une fois retenus, ces mêmes intérêts privés avancent qu’ils agissent au titre de l’intérêt général, les 70 millions d’euros étant peanuts ; 4) si les pouvoirs publics étaient logiques, ils devraient protester et même intenter un recours pour délester les heureux impétrants de leur mission puisque, confiée à des intérêts privés, ces derniers, un peu vénaux mais ontologiquement efficaces, se muent en quasi-fonctionnaires aussi désintéressés qu’ontologiquement inefficaces.

Tout compte fait, l’actualité est réjouissante : comme disait l’autre, Manpower communique et, dans communiquer, il y a « commu ».

Les cheveux blancs de l’orientation

Certains rient, d’autres parient…

14 septembre 2009. Le Journal du Dimanche (JDD) titre « Nicolas Sarkozy annoncera ses mesures sur le livre vert après le G20 de Pittsburgh ».
« Nicolas Sarkozy devrait annoncer les mesures qu’il retient du « Livre vert sur la politique de la Jeunesse après le G20 de Pittsburgh », fixé au 25 septembre 2009, assure Martin Hirsch, haut commissaire à la Jeunesse, en marge d’un déplacement dans un collège de Seine-et-Marne, aux côtés du ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, lundi 14 septembre 2009. » Interrogé sur le montant de ces mesures, que le JDD chiffre à un milliard d’euros, Martin Hirsch ne confirme pas ce montant, mais promet que « personne ne sera déçu de ce travail qu’on a essayé de faire ensemble. » ».
Commentaire d’Hervé…

« Je prends les paris sur la réorganisation du service public d’orientation et le service civique : les conseillers d’orientation, l’Onisep et les têtes de réseaux IJ peuvent se faire quelques cheveux blancs ! Certes ils tendent souvent le fouet pour se faire battre. Le rapport insiste sur la distinction à faire en « approche fonctionnelle de la mission de service public » et « l’approche organisationnelle »… Une fois de plus, on va cogner sur l’Education nationale sous le prétexte d’une neutralité et d’un principe d’orientation tout au long de la vie. Je crois également (pari) que le scénario du rapprochement Onisep/CIDJ ne sera pas retenu (pas assez spectaculaire) et que l’idée d’une organisation de ces structures adossée à des moyens adaptés serait trop simpliste. Le gouvernement préfèrera annoncer la création d’une nouvelle agence (statutairement, on casse la logique de service public) et une déclinaison de marchés et d’expérimentation…  Bonjour les pôles orientation s’ils sont sur le modèle des pôles emploi ! Les collectivités seront, d’après le Livre vert, associées mais cela sera à mon avis au niveau régional. Pari toujours, mais je vois mal comment les collégiens et les collèges ne seraient pas les grands perdants dans cette affaire. Bon, tout cela n’est que suppositions personnelles ! »

Suppositions personnelles… et partagées par plus d’un.

(1) 2003, Perrin.

(2) p. 76.