Archives de la catégorie ‘Actualité: pertinence & impertinence’

Lu sur webparcours, l’outil collaboratif indispensable à tout conseiller de mission locale face à la « machine » Parcours 3

« ANI et PPAE : Procédure de déblocage »

Le 1er février 2012     

Rappel du contexte :

– L’ANI Diagnostic est accessible aux jeunes n’ayant jamais eu de programme PPAE ( + autres règles de gestion)

– L’ANI Accompagnement est accessible aux jeunes n’ayant pas de PPAE finançable ( + autres règles de gestion) : cette distinction permet, le cas échéant, une entrée en PPAE pendant la phase de diagnostic … Le PPAE est alors non finançable.

Dans deux cas, ces règles de gestion produisent des situations de blocage :

– Lorsque l’entrée en ANI diagnostic est réalisée le même jour que l’entretien d’initialisation de la Cotraitance : dans ce cas la cotraitance est considérée comme finançable et bloque l’entrée en ANI accompagnement !

– Lorsque l’acceptation d’un jeune en cotraitance est réalisée tardivement et qu’un entretien préexistant sur P3, entre la date d’affectation et la date d’acceptation, initialise la cotraitance de façon rétroactive avant une entrée en ANI Diagnostic(sic: dans ce cas la cotraitance est considérée comme finançable et bloque l’entrée en ANI accompagnement ! Un exemple ?

Actions Date action Effet Date de l’effet
Affectation PE 5/01/12 En attente accep. sur DUDE 5/01/2012
Entretien en ML 8/01/12
Entrée en ANI Diag. 9/01/12 ANI diag enregistré 9/01/2012
Acceptation 15/01/12 Entrée en PPAE finançable 8/01/2012
Entrée en ANI acc. 20/01/12 Entrée impossible

Pour ces deux cas, nous mettons en œuvre une procédure exceptionnelle pour passer les programmes PPAE finançable bloquant à un statut de PPAE non finançable permettant l’accès en ANI Accompagnement.(sic)

 Ouvrir un dossier au CTS en indiquant le nom du jeune concerné et le numéro d’identifiant jeune. 
 Confirmer la demande de modification par mail (adresse transmise par le CTS ) en utilisant la formulation suivante :

« Je vous prie de bien vouloir remplacer le statut PPAE du jeune suivant actuellement finançable par non finançable afin qu’il puisse entrer en ANI accompagnement :

Code structure – nom et prénom du jeune – date de naissance – identifiant P3 »

La procédure exceptionnelle sera réalisée une fois par semaine avec les dossiers déclarés. 
 La mission locale sera informée de la date de modification, dès le dépôt du dossier au CTS. »

Qui a dit que les conseillers étaient des pioupious pas vraiment experts ? Pour comprendre cela, pourtant…

Et qui a écrit : « Le problème de l’intelligence artificielle est qu’elle est artificielle, donc pas intelligente. » ? Baudrillard.

Et qui a aussi écrit : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. »? Boileau.

Et qui a enfin écrit : « Donc, l’Organisation du Travail rôde. Elle n’a pas vraiment de nom, l’Organisation du Travail. » ? Robert Linhart (L’Établi, Minuit, 1978).

A suivre…

Ankou

Il est des évènements qui vous font penser que vous égrenez un chapelet dont chaque bille serait un ami qui disparaît. Un jour ou l’autre, bien sûr, c’est de votre bille dont il est question. En attendant, ce sont « les autres », soit un ensemble de lurons avec lesquels on conjugue le passé définitif, le présent toujours trop rare pour cause d’occupations multiples et le futur des « il faut à tout prix qu’on se voit… on s’téléphone ? »

C’est cette fois le passé avec la disparition d’un coup, sans prévenir, de Bernard Thomas : une crise cardiaque dans le TGV Quimper – Montparnasse, l’axe breton. Jusqu’au bout, Bernard aura été un homme de coeur.

Enquête.

Il y aura bientôt quarante ans, Bernard s’était présenté chez moi un dimanche matin, très tôt du moins au regard de la soirée qui le précéda. Dans sa besace journalistique du Canard enchaîné, une recommandation de May Picqueray, directrice du Réfractaire, ex-collaboratrice de Louis Lecoing (l’homme qui, par une grève de la faim, avait fait céder de Gaulle et avait obtenu la reconnaissance du statut d’objecteur de conscience) et ex-correctrice du Canard enchaîné, pour l’aider dans une enquête sur un événement qui, en son temps, fut un facteur d’accroissement significatif de la natalité en Bretagne… le plasticage du relais de télévision Roc’h Trédudon, le 14 février 1974. Officiellement, des Pieds nickelés du Front de Libération de la Bretagne en étaient responsables… en fait, c’était l’armée en manœuvre nocturne, une version inédite des Bidasses en folie . Toujours est-il que les Bretons furent privés de l’étrange lucarne et compensèrent par un surinvestissement affectueux que d’aucuns qualifient de crapuleux dès lors qu’il se produit durant la sieste.

Avec Bernard, dans son manoir d’Esquibien d’où il écrivait sa chronique « Ça n’arrive qu’aux autres » pour l’hebdomadaire palmipède « paraissant le mercredi » (avec l’angoisse chaque lundi), le monde était réinventé chaque soir autour de sa table ouverte aux quatre vents des amitiés. Ca soufflait dur : les surmoi étaient solubles dans les bulles et les alcools plutôt tourbés, les moi y proliféraient… et cela pouvait donner des résultats. C’est ainsi qu’un de ces soirs fût imaginé un beau projet qui mobilisa deux mois durant les jeunes des quartiers populaires (DSQ) brestois pour figurer dans La croisade des enfants, téléfilm que Serge Moati réalisa à partir de l’ouvrage éponyme de Bernard Thomas (éditions Fayard, Paris, 1973). Serge Moati tînt promesse: la Première se déroula à Brest et un cinéma de Recouvrance ouvrit ses portes aux jeunes et à leurs parents sur leur trente-et-un.

Bernard est né à Brest une belle année, 1936. Il est mort ce 12 janvier après un sacré bout de chemin : du Magazine littéraire à L’Idiot international, du Canard enchaîné au Masque et la Plume, une quinzaine d’ouvrages…

Nous avions dîné en tête-à-tête il y a deux-trois mois à une bonne table italienne non loin de la Tour Eiffel, près de son pied-à-terre parisien. Coup franc de fourchette et de gosier même s’il trainait un peu la patte, il avait, bien entendu, plein de projets qu’il ne réalisera pas.

Kenavo, Bernard !

Spécial copinage…

Les auditeurs de France Culture connaissent le nom de Clémentine Autain qui, entre autres participations à cette radio (indispensable), y tient une chronique hebdomadaire décapante. Elle est également gérante d’une société coopérative qui publie la revue Regards et qui dispose d’un site du même nom où tous les articles sont en libre consultation. Voilà – mensuel et blog – une lecture  à vraiment recommander… si l’on ne souhaite pas s’en tenir à laisser son « cerveau disponible » via les addictions à TF1 ou M6. Prolixe, Clémentine Autain signe dans Le Monde du 7 janvier un article « La coopérative est l’avenir de l’entreprise. La SCOP, une solution par temps de crise ». Rappelons que les SCOP s’inscrivent dans le vaste mouvement de l’économie sociale et solidaire (ESS), comme les associations et les mutuelles. Plus largement l’ESS, nourrie de l’éducation populaire, fût originellement la construction de réponses humaines et humanistes, mais également émancipatrices, constructives et offensives, à la « question ouvrière » des débuts de l’industrialisation : paupérisation, inculture… Un de ces jours nous retracerons cette histoire tant il est vrai que la période actuelle de confusion axiologique et de faillite démocratique appelle, pour que les bourgeons ne soient pas qu’un épiphénomène hivernal imputable au réchauffement climatique, que les racines irriguent de nouveaux rameaux. A ce propos, on peut s’accorder trois minutes en écoutant la chronique de Brice Couturier à propos de l’ouvrage L’oligarchie des incapables cosigné par Sophie Coignard et Romain Guibert. C’est limpide. sans appel.

SCOP…

« {…} L’idée de créer une société coopérative et participative apparaît de plus en plus comme une solution envisagée par les salariés d’entreprises menacées. Ce regain dit à la fois l’esprit de combativité qui résiste à l’air du temps, la soif de démocratie et l’envie de retrouver du sens à la production commune de richesses.

{…} La coopérative est une forme ancienne de société, mais elle trouve aujourd’hui toute sa modernité. Ce qu’elle met en jeu constitue, en ces temps de crise, une partie de la solution économique, industrielle et sociale. De plus en plus de salariés l’envisagent comme un recours quand leur entreprise est en difficulté ou quand se pose la question de la relève du patron historique – défi imminent pour des dizaines de milliers d’entreprises. Mais la SCOP n’est pas d’abord une solution pour faire face aux crises.

Des fleurons dans le secteur des services aux entreprises (Chèque Déjeuner), dans le secteur industriel (Acome), dans celui de l’ingénierie ou du bâtiment fonctionnent en SCOP, parfois depuis des décennies. Qu’on se le dise : la coopérative est souvent performante économiquement et solide dans la durée. Parce que le capital est majoritairement entre les mains des salariés, les SCOP ne se délocalisent pas. Parce que l’entreprise appartient aux salariés, ceux-ci vivent une expérience inédite, d’un grand intérêt pour eux-mêmes, ce qui donne du coeur à l’ouvrage.

{…} Même si, au quotidien, ce partage de la décision n’est pas une sinécure, bute sur les inégalités de capital culturel, sur les rapports de domination en tous genres, c’est dans cette originalité que réside son intérêt, sa pertinence pour l’avenir. Il faut savoir se défaire des a priori sur ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Quand il faut inventer, réajuster ou redéfinir le projet de l’entreprise, la mobilisation des salariés est un atout inestimable. Coopérateurs, ils y sont incités.

Les SCOP se déploient dans le marché réel. Elles n’ont pas, à elles seules, les réponses à tous les dérèglements du néolibéralisme, de la financiarisation de l’économie, de la concurrence au mépris du bien commun.

Mais elles doivent faire partie d’une politique qui cherche une alternative aux désordres actuels. Car dans les SCOP s’éprouve un autre partage des pouvoirs, des richesses et des savoirs. Nous sommes très nombreux à être très fiers et pleins d’espoir devant l’audace de tous ces salariés qui osent le projet coopératif. Ils méritent notre solidarité et le soutien de la puissance publique. »

Vidéosurveillance.

En bonus, un article signé Emmanuel Riondé paru dans Regards, également le 7 janvier : « Médiatrice culturelle vs vidéo-surveillance » (vs signifiant « versus », c’est-à-dire « à l’opposé »).

« Connaissez-vous Gaillac ? Non !

Cette charmante cité tarnaise a pourtant deux atouts : d’abord son vignoble à flanc de coteaux dont la production s’améliore chaque année ; et puis cet enfant du pays devenu un authentique « pipol » national : l’ex-sélectionneur du XV de France, ex ministre des Sports, garçon colérique surnommé « Eagle 4 », ci-devant Bernard Laporte. Du bon vin, une figure rugbystique, les 13 000 habitants de Gaillac ont donc tout pour être heureux. D’autant que la mairie est socialiste et que la ville – située sur l’axe Albi-Toulouse, au coeur d’une région dynamique et prisée – est dotée d’une MJC récemment refaite à neuf. Le bonheur, on vous dit.

Mais rien n’est parfait. La MJC, fréquentée toute l’année par environ 200 jeunes, vient ainsi de se séparer d’une médiatrice culturelle. Pas le choix : la mairie refusant de compenser les baisses de subvention, la structure a dû se résoudre à réduire son effectif. Le genre de dégraissage dont on entend beaucoup parler ces temps-ci dans le champ socioculturel et de l’éducation populaire. Seulement voilà, dans le même temps, la MJC de Gaillac s’est dotée de huit caméras de vidéo-surveillance… Pour zieuter un site qu’on a du mal à imaginer comme étant la cible d’un banditisme féroce. Coût de l’opération : environ 25 000 euros, soit, grosso modo, un an de salaire brut d’une médiatrice culturelle. Si ça ne s’appelle pas un choix de société, ça… »

Sirop.

Banale illustration d’une société qui, de sociale, dérive vers le pénal… sans pour autant être économe de discours (un peu sirupeux) sur l’accompagnement. Faut-il le préciser ? En analysant les budgets municipaux, on remarquerait un fossé abyssal  dans bien des cas entre le déclaratif – « Les jeunes, une priorité absolue ! » – et la réalité – quelles subventions pour qui, pour quoi ? –. Les collectivités territoriales sont financièrement prises à la gorge ? Sans doute. Raison de plus pour que s’exerce une vigilance sur leurs choix. C’est une question d’éthique de responsabilité, comme l’aurait dit Max Weber. Ceci étant, par les temps qui courent, l’éthique…

A suivre…

Economie en berne.

La Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), qui représente 380 000 entreprises et un peu moins d’un million de salariés (dont 80 000 apprentis), vient de publier un Livre Blanc capeb_livre-blanc (68 pages) au regard de ses prévisions pour l’année 2012, soit entre 2 000 et 3 000 emplois supprimés hors intérim. Pour l’ensemble de la filière bâtiment, incluant le BTP, 30 000 emplois seraient menacés en incluant les intérimaires. « Il est à craindre que la baisse d’activité du bâtiment s’amplifie en 2013 avec un impact sur l’emploi encore plus conséquent qu’en 2012. » Les causes avancées sont « une économie en berne », des charges trop élevées, la concurrence du régime des auto-entrepreneurs, la TVA, les procédures administratives trop lourdes…

L’édition de ce Livre blanc n’arrive pas par hasard, son titre étant pour le moins explicite, Elections présidentielles et législatives 2012. Il s’agit donc de faire pression : donnant – donnant, bulletins de vote contre concessions… Patrick Liebus, président de la Capeb, ouvre ainsi l’introduction de ce document : « À l’occasion des élections présidentielles et législatives de 2012, la CAPEB a rédigé un Livre Blanc destiné à interpeller l’ensemble des formations politiques et des élus sur les grandes préoccupations des entreprises artisanales du bâtiment. »

Charges.

Subséquemment, la Capeb expose quelques préconisations telles qu’« une évolution de la fiscalité des carburants » et – tiens, ce n’est pas un hasard – « une TVA sociale aboutissant à moins taxer le travail et à favoriser l’emploi ». Rappelons que les « charges » dont se plaignent les organisations patronales sont, d’une part, les propriétés sociales collectives qui permettent d’être soigné, de disposer d’une retraite, etc.  et, d’autre part, le fruit du travail des salariés. On aurait tendance à l’oublier en parlant de « charges » comme s’il s’agissait de dépenses qui pesaient inopportunément sur les budgets des entreprises. Ce même type de raisonnement s’applique pour les fonctionnaires, encore une fois des « charges », comme si ceux-ci ne produisaient pas des services et comme si leurs revenus n’étaient pas réinjectés dans l’économie : les fonctionnaires sont également des consommateurs et, à l’échelle micro, les premiers à les stigmatiser sont les premiers à geindre lorsqu’est annoncé la fermeture d’un établissement public ou le départ d’un régiment.

Une préconisation ne lassera pas d’étonner puisque, passé le constat d’un infléchissement prévu, la confédération veut que le reclassement de demandeurs d’emploi vers la construction soit favorisé par Pôle emploi : « Bien que le nombre de demandeurs d’emploi reste important, les entreprises artisanales du bâtiment demeurent confrontées à des difficultés de recrutement de main-d’œuvre qualifiée.

Cette insuffisance pourrait être amoindrie si Pôle Emploi favorisait le reclassement de demandeurs d’emploi en leur permettant de se former pour adapter leurs compétences aux besoins des professions du bâtiment. L’existence systématique de correspondants bâtiment dans les agences locales de Pôle Emploi contribuerait à ce nécessaire rapprochement entre l’offre et la demande. »

Sociostroumpf.

On s’interroge à ce moment sur la cohérence interne entre l’annonce ou la menace de suppressions d’emplois dans le bâtiment et l’orientation des demandeurs d’emploi qualifiés vers ce même secteur… En effet, si le bâtiment est un secteur « en tension », la bonne solution n’est pas d’inverser le rapport « offre – demande » car on en connaît d’ores et déjà la conséquence : une accentuation de la sélectivité (renflouer « l’armée de réserve » en quelque sorte), le déclassement pour les uns surqualifiés et l’exclusion pour les autres moins ou non qualifiés. L’amélioration objective des conditions de travail et la rémunération sont les deux facteurs-clés… bien plus que « l’image » qui retient souvent l’attention : on peut multiplier les messages publicitaires mais, si concrètement sur le chantier l’écart entre ceux-ci et la réalité est abyssal, le marketing du bâtiment aura été fait en pure perte… sinon celle des communiquants. L’intérêt de cette focalisation sur l’image ou, plus chic car sociostroumpf, « les représentations » est double : c’est suffisamment flou pour créer du consensus autour du constat « les jeunes ont une mauvaise image du bâtiment » ; cela évite de traiter les vraies responsabilités : l’accueil, l’accompagnement, le tutorat, l’organisation du covoiturage pour résoudre les difficultés de déplacement sur des chantiers isolés, etc.

Copperfield.

L’amélioration des conditions de travail (pénibilité, hygiène, horaires…) a été effective dans les grandes entreprises du BTP mais demeure bien plus aléatoire dans les PME et TPE… a fortiori lorsqu’on descend les niveaux de sous-traitance : un ancien inspecteur du travail me disait avoir rencontré jusqu’à cinq niveaux de sous-traitances et, à ce dernier, des Noirs chargés de nettoyer des cuves de peinture sans aucun équipement de protection sinon des sacs poubelle pour emmailloter les mains… On a connu également dans un autre secteur, celui de la restauration, nombre de soutiers d’arrière-cuisine (parfois d’établissements prestigieux), sans-papiers et dotés de contrats de travail fantaisistes, redécouvrant le charme des modalités de travail dignes de David Copperfield.

– Bien entendu, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain et, dans le bâtiment comme ailleurs, dans de petites entreprises comme dans des grandes, on rencontre des chefs d’entreprise de grande qualité humaine et professionnelle, inspirés par leurs métiers, soucieux d’en assurer la transmission parfois avec l’esprit, la philosophie même, du compagnonnage.

– Bien entendu, rechercher non pas l’adéquation juste et parfaite, ointe de l’acronyme « GPEC » (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), mais une meilleure porosité entre offres et demandes est pertinent et pose la question de l’orientation… qui renvoie la responsabilité sur le système de formation et sur les intermédiaires de la politique de l’emploi. Or ces derniers multiplient les forums, les job dating, les informations collectives, les mobilisations pour des recrutements qui présentent une particularité : entre leur déclaration et leur réalisation, entre l’intention et la décision, ils fondent comme neige au soleil. Il faut une sacrée dose d’abnégation pour développer autant d’énergie pour d’aussi minces résultats…

De la même façon, si le secteur du bâtiment souhaite diversifier ses recrutements, il pourrait envisager une féminisation de ses métiers très majoritairement masculins. Aujourd’hui, on recense 85 000  salariées dans les entreprises représentées par la Capeb, soit 8,5% des effectifs. Mais on en est encore dans beaucoup de situations à des financements par le Service Public de l’Emploi d’aménagements spécifiques (toilettes, douches distinctes…) sur les chantiers. C’est la même puissance publique décriée pour le fatras administratif qu’elle fait peser sur les entreprises que l’on sait solliciter pour financer des aménagements dont le bénéfice revient exclusivement aux entreprises. On disait dans le temps « privatisation des bénéfices, socialisation des pertes ». On pourrait ajouter « socialisation des investissements ». On garde « privatisation des bénéfices », est-il besoin de le préciser ?

Grande cause nationale.

Oui, je sais, il va falloir parler du rapport Joyandet, L’emploi des jeunes. Grande cause nationale, qui vient d’être remis au président de la République. Quatre-vingt-huit pages, ce n’est pas sorcier à lire. Sauf que certaines phrases demandent à être relues plusieurs fois car, les découvrant, on se dit dans sa tête : « Mais qu’est-ce que cela veut dire ? » Ainsi, par exemple, page 26 :

« Le sort des missions locales oscille entre leur vocation initiale, les publics en difficultés, et l’éventuelle prise en charge généraliste des jeunes demandeurs d’emploi, option non retenue à ce jour mais parfois envisagée. » J’avoue me sentir comme une poule devant un couteau face au « sort », à « l’éventuelle prise en charge généraliste », à l’« option non retenue à ce jour mais parfois envisagée »… Soit, à vue de nez, 80% de cette phrase. Un peu plus bas, même page, on peut lire : « Concrètement, l’outil majeur des missions est l’attribution à des jeunes en échec scolaire ou social du CIVIS, accompagné d’une allocation financière. » Attribution du CIVIS… Est-ce ainsi que l’on cause dans les missions locales ? Il est temps d’envisager un recyclage.

A suivre…

Fine et forte.

Lorsqu’on dit moutarde, on pense Dijon, comme Cambrai se marie à bêtises, fraises à Plougastel, etc. Il en est ainsi des automatismes et des stéréotypes. Soucieux de lutter contre la macdonaldisation du langage, on évitera donc toute allusion à l’émulsion des graines de brassicacées ainsi que, par respect pour la mémoire des Poilus, toute association malheureuse avec le gaz. Disons que, cette fois, les vœux proviennent d’une capitale régionale sise à 310 kilomètres au sud-est de Paris et à 190 kilomètres au nord de Lyon.  Des vœux synthétiques, concentrés comme une crème de cassis, mais qui ouvrent la porte à la présentation d’un texte… nettement moins synthétique dont l’intérêt est aussi manifeste que les commentaires qu’il a suscités sont bien maigres… en tout cas dans le secteur de l’insertion.

Frédéric. 4056.

« Bonjour, et meilleurs voeux à tous !

Grand lecteur du blog… mais tout petit contributeur.

Quid de la proposition de loi n° 4056 (permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir) qui, pour le coup, n’a aucun avenir immédiat ? »

P.L. De la plume de Marie-Georges Buffet, la proposition de loi évoquée par Frédéric est cosignée par Jacqueline Fraysse, Marie-Hélène Amiable, Martine Billard, Alain Bocquet, André Chassaigne, André Gerin, Daniel Paul, François Asensi, Jean-Claude Sandrier, Jean-Jacques Candelier, Jean-Paul Lecoq, Jean-Pierre Brard, Marc Dolez, Michel Vaxès, Patrick Braouezec, Pierre Gosnat et Roland Muzeau. C’est-à-dire le groupe parlementaire « Gauche Démocrate et Républicaine » qui recense vingt-et-un députés (ici, liste de ces députés). Le titre de cette proposition, enregistrée le 7 décembre dernier à l’Assemblée nationale, est « Cadre visant à permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir » (Proposition Loi 7-12-2011 Jeunesse, texte complet : 56 pages…).

Rappelons-nous, concernant Marie-Georges Buffet, qu’elle fût ministre de la Jeunesse et des Sports – avec une autre stature que l’actuel collecteur de pièces jaunes – et que c’est sous son autorité que fût publié Le livre blanc de l’éducation populaire (Les éditions de l’Atelier, 2001) dont bien des réflexions pourraient aujourd’hui être reprises et inspirer une politique jeunesse(s).

Aspirations.

Cela commence classiquement par « l’exposé des motifs » qui, réfutant les « deux politiques possibles : la répression et l’assistanat », s’appuie sur les aspirations des jeunes, à savoir :

«  La première chose qu’ils mettent en avant, c’est la nécessité de rendre effectifs les droits existants, qui sont solennellement proclamés par la République mais qui peinent dans les faits à être réellement mis en œuvre. » Ceci correspondant aux solutions face aux problèmes du logement, de la mobilité, de la santé, de la culture et de l’exercice de la citoyenneté.

« La deuxième volonté qu’ils expriment est celle d’être autonomes financièrement. » Ainsi la proposition de loi avance-t-elle sur les questions de lutte contre les bas salaires, de meilleure rémunération des stages et de l’apprentissage avec « une allocation d’études et une allocation de recherche d’emploi ou de formation ouverte aux jeunes qui n’ont pas encore cotisé. » (ce qui devrait répondre aux « vœux – réflexions » de Régis : « Le montant de cette allocation comporte une partie socle universelle et une partie progressive calculée en fonction des revenus du foyer fiscal auquel le bénéficiaire est rattaché. », art. 20, alinéa 14).

« La troisième aspiration des jeunes est d’être mieux accompagnés vers l’emploi. » Nous détaillons plus particulièrement ce chapitre… tout en recommandant la lecture de toutes ces autres propositions marquées à l’aune du bon sens, de la responsabilité intergénérationnelle et – enfin – d’une politique jeunesse(s) qui ne soit ni guidée électoratactiquement par le stop and go, ni synonyme d’aumône.

– Enfin, puisque au jeu du « qui dit » à la notion de jeunes on associe celle de précarité, le texte conclut par « un certain nombre de mesures visant à lutter contre le recours à l’emploi précaire et contre les détournements de l’apprentissage et des stages de leur objet par des sanctions pénales et financières, mais aussi en renforçant le droit d’alerte des syndicats en la matière. »

Permis de se conduire.

Bref, un bon et copieux menu. Voyons ce qu’il en est de l’accompagnement vers l’emploi et la formation (chapitre III)… juste après avoir remarqué ce qui, depuis désormais longtemps, semble une évidence, la formation des jeunes au permis de conduire (article 6), formulé ainsi : « Une formation théorique et pratique à la conduite est également dispensée gratuitement à tous les élèves du second degré de plus de 16 ans qui le souhaitent. Elle est effectuée par des formateurs agréés de l’éducation nationale ou par les établissements mentionnés à l’article L. 213-1 du code de la route. Elle est sanctionnée par l’obtention du permis de conduire mentionné à l’article L. 221-1 du même code. » Dans la proposition de loi, ce sont tous les jeunes scolarisés qui seraient bénéficiaires. Sur le principe, on ne peut être que d’accord : si le rôle de l’école est de transmettre des savoirs (objectifs cognitifs et culturels), il est aussi de préparer à l’autonomie sociale et, par l’insertion professionnelle ultérieure, à l’indépendance économique (objectifs sociaux, sociétaux et économiques). Or, de toute évidence, le permis de conduire est une condition quasi-point de passage obligé de l’insertion professionnelle, sinon de l’intégration. A ce titre, apprendre à conduire c’est aussi apprendre à se conduire et à devenir autonome (du grec autonomos : « gouverner selon sa propre loi »). La conduite et le permis, discipline parmi d’autres disciplines, devraient donc faire partie du socle commun de connaissances transmises par le système de formation initiale. Reste que, peut-être, le coût d’introduction d’une nouvelle discipline – bien plus intéressante, hormis pour les futurs boursicoteurs, que l’économie dont la « commission Attali » préconisait l’enseignement dès le primaire (1) – apparaîtra à certains trop élevé. Dans ce cas, s’il faut cibler et expérimenter, la population prioritaire devrait être celle des jeunes en alternance et en apprentissage pour au moins deux raisons. Premièrement, ces jeunes proviennent majoritairement des classes populaires et sont donc généralement peu dotés économiquement : même à un euro jour, le permis de conduire ne leur est pas facilement accessible. Deuxièmement, parmi les obstacles à l’insertion, la mobilité est le thème le plus récurrent dans les discours et analyses des acteurs de l’insertion, professionnels mais également institutionnels et politiques. A juste titre car l’apprenti ou le jeune en alternance se déplace entre trois lieux : son domicile, son lieu de travail et son lieu de formation… une équation parfois bien difficile à résoudre, a fortiori dans certains secteurs tels que l’industrie où l’on travaille en 3 x 8.

Accompagner vers l’emploi et la formation.

Pas moins de quinze articles composent ce chapitre, distribués en trois titres : « Rendre effectif le droit à l’apprentissage et aux études » (articles 25 à 32), « Soutenir les jeunes dans leurs démarches de recherche d’emploi ou de formation » (articles 33 à 35) et « Faciliter l’entrée des jeunes dans le monde du travail » (articles 36 et 37).

Le titre 1, « Rendre effectif le droit à l’apprentissage et aux études », recouvre des propositions telles que la fixation par branche d’un nombre minimal d’apprenti-e-s, la formation pour les tuteurs et maîtres d’apprentissage (« … que la formation des tuteurs ainsi qu’un programme national pour les apprenti-e-s soient fixés avec les organisations syndicales lors de la négociation triennale »), l’élaboration d’un programme national pour les apprenti-e-s (art. 25), la suppression des exonérations de cotisations sociales et de l’aide forfaitaire pour les entreprises ne recrutant pas un nombre minimal d’apprenti-e-s (art. 26), ainsi que d’autres mesures intéressant les étudiants (plafonnement du montant des droits d’inscription exigibles par les universités, facilitation des visas pour les étudiant-e-s étrangers et interdiction des expulsions… on perçoit là les effets de la circulaire Guéant).

Le titre 2 intéresse plus particulièrement le secteur de l’insertion puisqu’il s’agit de « soutenir les jeunes dans leurs démarches de recherche d’emploi ou de formation ». L’article 33 préconise l’ « augmentation des effectifs de Pôle Emploi pour garantir aux personnes inscrites un accompagnement réellement personnalisé, en limitant le nombre de personnes suivies par agent et en fixant une durée minimale d’entretiens » et l’article 34 demande « un meilleur soutien financier des missions locales » correspondant à « un renforcement des moyens des missions locales pour les jeunes les plus en difficulté ». Ce même article précise que « Dans les six mois suivant la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport relatif à la situation des missions locales mentionnées à l’article L. 5314-1 du code du travail, ainsi qu’aux conditions d’une amélioration de la prise en charge des jeunes, notamment en termes de moyens financiers supplémentaires. » La confiance règne… mais, dès lors qu’on se souvient que, lorsque les députés votant le droit à l’accompagnement confiaient celui-ci aux missions locales, l’administration concoctait un appel d’offres pour le contrat d’autonomie en direction des « OPP » (opérateurs privés de placement), on comprend mieux. L’article 35 revendique « la création d’un véritable service public de l’orientation pour faciliter les démarches prises par les jeunes pour trouver un emploi ou une formation. »

Le titre 3 enfin, « Faciliter l’entrée des jeunes dans le monde du travail », prévoit l’«instauration d’une formation initiale dans les entreprises à chaque nouvelle prise de poste, pour que le salarié puisse mieux connaître son environnement professionnel et syndical »  (article 36) et demande que soit instaurée « une formation au droit du travail encadrée par les syndicats pour que le salarié puisse mieux connaître et exercer ses droits personnels et collectifs. » (article 37).

Envie d’agir.

Au total, ce sont 48 articles – dont certains, bien sûr, sont sujets à discussion, singulièrement avec les Régions pour ce qui concerne l’alternance et l’apprentissage – qui constituent cette proposition… dont on imagine qu’elle sera loin de faire l’unanimité malgré le consensus aussi absolu que métronomique sur la jeunesse « devoir d’avenir », « impératif national », etc. Le groupe parlementaire écrit pourtant tout-à-fait justement : « Aucune loi cadre sur la jeunesse dans sa globalité n’a pour l’heure vu le jour. Les mesures sectorielles s’empilent avec un évident manque de cohérence. Mais les revendications portées par les jeunes ne peuvent être comprises comme des aspirations dispersées, sans rapport les unes aux autres. Au contraire, elles font sens uniquement si elles sont prises dans leur globalité. Logement, études, salaires, chômage, tous ces sujets sont intimement liés. Ils doivent être donc abordés conjointement pour être traités convenablement. Aussi, cette proposition de loi prend le parti de replacer les revendications formulées par les jeunes dans le cadre d’une analyse multidimensionnelle de leur situation. » Qu’à l’approche globale de l’insertion corresponde une politique globale formalisée dans une loi-cadre serait, de toute évidence, une véritable avancée et, lorsqu’on lit cette proposition de loi, compte-tenu du large périmètre des thèmes, on se prend à rêver à une politique jeunesse(s)…

En ces temps plutôt moroses, sinon dépressifs, un peu de rêve ne peut nuire, voire même peut réactiver l’envie d’agir, non ? D’autant plus que nous sommes encore pour deux semaines à la période des voeux.

A suivre…

(1) Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française, sous la présidence de Jacques Attali, 2008. « L’enseignement de l’économie doit être aussi, dès le primaire, concret, positif, et exigeant sur les dimensions éthiques, sociales et écologiques de la croissance. Il devra expliquer le rôle du travail, de l’entreprise et de l’entrepreneur, montrer que le scandale est dans la pauvreté plus que dans la richesse, dans les injustices plus que dans les inégalités. Il devra expliciter le rôle relatif de la concurrence et des collectivités publiques dans la création et la répartition des richesses. » (p. 27). On remarquera que cet enseignement de l’économie est présenté sous de beaux atours : éthique, social, écologie, lutte contre les inégalités… On peut cependant douter de ces belles intentions, a fortiori dans un rapport apologétique sur la croissance, et se demander si, bien plus prosaïquement, il ne s’agit pas de former de futurs consommateurs. Le rapport Attali ne préconise pas l’enseignement de la philosophie au primaire. L’homo oeconomicus s’asperge de l’eau bénite des vertus économiques.

Abbaye.

Ah, si chaque mois était celui des vœux ! On passerait d’un blog à une plateforme collaborative, d’une intelligence limitée et distribuée (qui peine souvent : l’angoisse de l’écran blanc) à une intelligence partagée et féconde ! Voici donc à présent, directement de Poitiers, les vœux de David. Poitiers dont une des caractéristiques majeures est  d’avoir abrité la première abbaye de femmes (Sainte-Croix, fondée par sainte Radegonde au VIe siècle) et dont la seconde est de disposer d’une mission locale dont l’équipe, impliquée dans la recherche-action schwartzienne  n’est pas moins dynamique que son directeur David, lecteur et contributeur de ce blog. Subséquemment, ses vœux… (ci-contre, une photo de la mission locale… ou peut-être de l’abbaye?)

David. Mais comment font les collègues ?

« Tous mes vœux de santé, de courage et d’abnégation aux équipes des ML pour une année de changement !

Une année de clairvoyance aussi, bien mal engagée semble t-il quand je découvre qu’une majorité de ML ont commencé à mettre en œuvre l’ANI/volet « décrocheurs » signé par les partenaires sociaux et confié à la DGEFP. Vu du Poitou-Charentes, où moins de 1% de réalisation vient d’être constaté (et déploré par les autorités), je me demande comment font les autres !

Pour notre part, nous avons demandé des conditions minimales de réussite comme l’élargissement du délai d’entrée des jeunes au 31 mars 2012 minimum (il semblerait que sur ce point on y vienne péniblement) ou la possibilité d’associer l’engagement ANI au CIVIS, simple préoccupation d’efficience par la satisfaction de laquelle on ouvrirait instantanément la boîte à outils de l’accompagnateur (sans réinventer des usines à gaz spécifiques ANI) et surtout pour ne pas mettre deux programmes nationaux en concurrence. Concurrence déséquilibrée en outre puisqu’en l’état l’ANI ressemble à du CIVIS mais il n’en a que la couleur… mais pas la substance pourtant pas si savoureuse que cela ! Bref du CIVIS « Canady dry » ou du « discount ».

Et le financement ! 0 € pour le considérable et crucial travail de diagnostic, 30% à l’atteinte de l’objectif (emploi durable ou formation qualifiante) ce qui revient, au taux de sorties positives actuel observé sur CIVIS – environ 25% – à envisager d’ores et déjà le non paiement de 22,5% des ressources théoriquement prévues pendant que 100% (au moins) de l’énergie aura été consommée par la ML.

Alors comment font les collègues pour s’engager dans cette galère ? La bienveillance espérée des partenaires sociaux mérite t-elle qu’on se consacre autant à produire l’échec d’un nouveau programme ? N’aurait-on pu espérer des partenaires sociaux qu’ils nous permettent d’être en situation d’innover plutôt que de recopier un sous-produit extrait des tiroirs de la DGEFP ? Peut-on espérer qu’à compter de 2012, pour penser une action publique vers les jeunes, on commence par les écouter et par écouter celles et ceux qui œuvrent à leur côté ?

Voilà, j’ai formulé mon vœu ! Alors bonne année ! »

Réaction immédiate de Denis… Un p’tit effort !

« Merci David,

Je vois que certains ont compris les problèmes liés à l’ANI. Un dispositif sans outil qui vient en concurrence avec le CIVIS, mais sans allocation interstitielle, sans PMP, sans accès aux contrats aidés. Et on demande à des professionnels de faire entrer des jeunes dans un dispositif alors que personne ne peut y croire !

Seule solution viable : absorber l’ANI dans le CIVIS. Allez, un petit effort au nom des jeunes, SVP ! »

P.L. Merci pour vos contributions, celles déjà exprimées du « noyau dur » des contributeurs et celles qui, n’en doutons pas, vont s’exprimer des lecteurs – 200 à 300 quotidiennement – réguliers ou épisodiques. « Les jeunes, on commence par les écouter… », écrit David, ce qui m’incite à commenter rapidement un texte dont le le-désenchantement-de-la-jeunesse-une-imposture m’a été justement transmis par Denis .

Daté du 15 novembre 2011, c’est un article de Jean-Christophe Poulet, directeur départemental de l’Ecole de la deuxième chance du Val d’Oise, ça s’appelle « Le désenchantement de la jeunesse est une imposture » et c’est sur un blog animé par les auteurs de l’ouvrage éponyme, La machine à trier, dont il a déjà été question ici. Si Stéphane Hessel (Indignez-vous ! puis Engagez-vous !) et Ariane Mnouchkine (le Théâtre du Soleil) sont pour le moins engagés, si le philosophe Alain Badiou – sans doute parmi les derniers à célébrer le maoïsme – et Annah Arendt sont convoqués pour les besoins de l’argumentaire, l’article ne peut s’empêcher quelques saillies signifiantes (« Cette phrase extraordinaire devrait résonnée (sic) dans les cerveaux de nos « penseurs pensifs », nos « soucieux socialistes »… », « Pas étonnant ensuite que les jeunes en politiques (sic) ont une langue de bois terrible (je pense à des discussions avec des jeunes MJS… » – MJS signifiant Mouvement des Jeunes Socialistes -, « D’un côté 60 000 postes de proposer (sic) pour essayer de flatter le SNES toujours prompt à croire qu’il est propriétaire de l’école… », etc.). Il est vrai que, parmi les auteurs de La machine à trier, on recense Olivier Galland et Pierre Cahuc… qu’on ne soupçonnera assurément pas de krypto-gauchisme ! La difficulté posée par ce texte est son ambigüité car, si l’on s’accorde sans peine sur nombre de constats aussi justes que guère originaux (« La société porte un regard désenchanté et ne croit plus en sa jeunesse… »), d’autres analyses tirent le lecteur vers un conformisme bien éloigné de l’appel au sursaut de Stéphane Hessel considéré comme « très fort » mais laissant « un goût d’inachevé » (pour achever, il suffisait de lire la suite : Engagez-vous! puis, avec Edgar Morin, Le chemin de l’espérance). Ainsi le vibrant appel  à l’autorité (« Vive l’Autorité ! », avec une majuscule) – « Ce qui manque à notre jeunesse, c’est l’autorité » -, bien entendu non confondue avec l’autoritarisme (« Pas le mélange et l’amalgame entre autorité et pensée sécuritaire… »), qui nous conduit à ce message subliminal de la conclusion : « Ecoutons la jeunesse, elle n’incrimine pas, ne réclame pas l’impossible. Elle demande de travailler et de fonder une famille. L’écouter c’est déjà l’impliquer en politique. » Traduction : écoutons les jeunes, de toute façon il n’y a aucun risque, dormez tranquille sur vos deux oreilles : leurs aspirations sont banalement celles de la reproduction ; elles sont aux antipodes du « Soyez réalistes, demandez l’impossible »…

A suivre.

Mille-feuille ou feuilles ? Epistémologie de la crême patissière.

Une contribution de Régis sur « Enième rapport, énième recommandation : énième sans suite ? »

Régis. « Petit rappel culinaire en ces périodes de réveillon : un mille feuilles est composé de trois abaisses de pâte feuilletée. Petite question d’orthographe : un « S » ou pas à ce légendaire mille feuilles qui ressort dans tous les rapports et qui laisse perplexe un citoyen du monde rural où les intervenants se comptent sur les doigts d’une main.

Premier bilan de cette année 2011.

Tous les records seront malheureusement battus, que ce soit en nombre de jeunes suivis ou de jeunes en demande d’insertion (ce fameux JDI qui mesure les jeunes qui ont eu un entretien au cours des cinq derniers mois). Là est la mesure de la performance : comment maintenir une qualité de l’accompagnement avec ce flux de jeunes croissant et cette pénurie de solutions ? Mais cette situation est-elle tenable longtemps ?

Une montée en puissance de la précarité : on a pu imaginer une taxe sur les sodas pour lutter contre l’obésité (celle-là, il fallait la trouver), ne pourrait-on pas imaginer une taxe sur les contrats en intérim ou sur les CDD pour lutter contre la précarité ?

Trêve de plaisanterie (et non des confiseurs), un sommet pour l’emploi est annoncé en janvier… Que peuvent en attendre les jeunes, les Missions locales ? Rien ou pas grand chose car l’accent devrait être mis sur la préservation de ceux qui sont en emploi, une plus grande flexibilité = baisse des salaires en période de moindre activité ? Ouf, cela  ne va pas arriver en Missions locales. ! Quoique … avec des moyens qui n’ont pas augmenté depuis 2005 et avec une inflation forte, on arrive à un équilibre des budgets de plus en plus difficiles.

Mais les caisses sont vides. Alors, il faut revenir à la case FSE pour trouver les moyens d’accompagner les jeunes… sur la base de projets bien évidemment !

Alors, un voeu pour 2012 : que les Missions locales puissent bénéficier de la forfaitisation des frais indirects à hauteur de 20% du projet (cf. arrêté du 2 août 2010 de la DGEFP).

Et à l’année prochaine ! »

P.L. Eh oui, on nous promet un « sommet social » sur l’emploi en janvier… Il est vrai qu’il va être plus que temps compte-tenu de l’horloge électorale « qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends » (J. Brel, Les Vieux).  Selon Le Monde (2 décembre) « Les partis innovent peu face à l’envolée du chômage »… quoique l’on puisse avouer une sympathie pour le « contrat de génération », ne serait-ce que philosophiquement par la réconciliation entre générations qu’il induit. Economiquement, cette mesure est évidemment critiquée par l’autre camp… qui se découvre des yeux de Chimène pour les contrats aidés qu’il a dénoncés des années durant.

Nous sommes à la veille du nouvel an. Recevez mes meilleurs vœux solidaires pour 2012 qui promet de solliciter très fortement cette solidarité. Il est de coutume d’accompagner ses vœux d’une petite phrase signifiante, d’un adage. Impénitent bavard, j’ai choisi de vous offrir un extrait d’ouvrage, une petite histoire et une citation.

Critique de l’évaluation.

L’extrait pour commencer : « Il ne s’agit plus de l’idéologie du progrès ou de l’émancipation qui avait prévalu à l’époque des Lumières, mais d’une idéologie qui s’articule autour de notions comme la productivité, la performance ou l’efficacité. La question qui se pose est donc : comment ces non-valeurs (ou valeurs simplement instrumentales) ont-elles pu être promues au rang de valeurs cardinales, susceptibles de mesurer toutes les autres dans la société, les arts et maintenant le savoir ? Comment se fait-il que le calcul de la performance, de la productivité, de l’efficacité ait étendu son empire, très au-delà du monde de l’entreprise jusqu’à fournir un nouveau paradigme général ?

Le nouveau paradigme de la performance s’est étendu à l’ensemble de la société (l’hôpital, la justice, l’école, etc.) et depuis quelques années au monde de la recherche et de l’université, donc au savoir, à travers le système et l’idéologie de l’évaluation. Celle-ci est un mode par lequel un pouvoir (politique ou administratif, général ou local) exerce son empire sur les savoirs ou les savoirs-faire qui président aux différentes activités en prétendant fournir la norme du vrai.  L’évaluation se pose en effet elle-même comme un sur-savoir, un savoir sur le savoir, une sur-compétence, une compétence sur la compétence, une sur-expertise, une expertise sur l’expertise. Les experts évaluateurs sont donc posés par le pouvoir, qu’ils le reconnaissent ou non, comme plus savants que les savants, plus experts que les experts et cela en vertu d’un acte arbitraire de nomination. Le pouvoir a trouvé avec l’évaluation un instrument pour s’assurer une domination universelle sur tous les secteurs d’activité, sur tous les ordres de la société, en particulier les institutions de production et de transmission du savoir. L’idéologie de l’évaluation est l’une des grandes impostures de notre époque parce qu’elle prétend à une objectivité fondée sur le calcul, la quantification, le chiffrage. Les chercheurs, les universitaires, les savants ne sont plus jugés pour leurs découvertes, leurs inventions ou leurs innovations, mais sur leur productivité : nombre d’articles, de rapports, d’interventions diverses, nombre de citations, catégories des supports de publications, etc. L’imposture consiste à faire passer un système de (non-) valeurs (performance, efficacité, productivité) pour le seul système objectif de valeurs par l’intermédiaire d’une quantification dérisoire.

Actuellement en France, ce que l’on appelle la RGPP (Révision générale des politiques publiques) censée rationaliser les secteurs de la fonction publique et contrôler l’usage des financements est une machine à détruire le secteur public, tout simplement parce que les procédures de l’évaluation détruisent l’objet qui est évalué. Ni un hôpital, ni la justice, ni l’enseignement, ni la recherche (P.L. ni le social), ni à plus forte raison le savoir ne peuvent avoir comme lois ces non-valeurs que sont la productivité ou la performance. Celles-ci relèvent de prétentions dont la traduction dans le réel est la paralysie, le gaspillage, l’inadaptation, l’arbitraire, mais aussi l’aveuglement et l’ignorance. »

L’auteur s’appelle Yves Charles Zarka et, compte-tenu d’un classement alphabétique, est le dernier contributeur de cet ouvrage déjà recommandé– et gratuit : offert par les PUF ! – A quoi sert le savoir ? (PUF – L’Express – France Inter, 2011, pp. 297-298). Sans doute, ce texte mérite-t-il débat, par exemple en agrégeant à tort efficacité et performance (cf. https://plabbe.wordpress.com/2011/11/15/efficacite-et-performance/ ) ou, également, parce qu’il existe, comme pour la qualité, une « évaluation intelligente » (mais du bon grain et de l’ivraie…). Il n’en reste pas moins une vigoureuse critique du quantitativisme que rien ne semble arrêter… et qui ne peine guère à trouver de zélés serviteurs.

« La route est libre »

La petite histoire à présent. Bertrand Schwartz la raconte dans la vidéo tournée par le Synami à l’occasion des journées de Tours. Après le débarquement de Normandie, les troupes alliées et françaises avançant vers Paris ont été bloquées par l’armée allemande. Leclerc a eu l’idée de faire passer sur les radios : « La route est libre ! » Elle ne l’était pas mais, comme un seul homme, tous ont avancé… et ont libéré Paris. La route est encombrée mais il ne tient qu’à toutes et tous de la considérer comme libre.

 Désir.

La citation pour conclure : « Donnez-moi un désir précis et je renverserai le monde. » C’est de Cioran (Précis de décomposition {1949} in Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 2011, p. 98). Il nous faut passer de l’incertain au probable, du possible au souhaitable, du réel à l’utopie. « Je ne me résigne pas à la résignation collective. D’où mon utopie ; mais est-ce une utopie ? Certainement, mais quel beau rêve ! Un rêve socialiste, je crois. » Ce sont les derniers mots de Bertrand Schwartz dans Moderniser sans exclure (1994, 1997, éditions La Découverte & Syros).

A suivre… l’année prochaine !