Archives de mai, 2010

0,37% de dépassement…

Très court ce jour, juste en feuilletant Le Monde daté des 30 et 31 mai 2010. En page 10, « Santé : le gouvernement veut économiser 600 millions d’euros », on apprend que « le dépassement prévisionnel, surtout imputable aux hôpitaux, est pourtant d’un niveau classique, et loin du seuil d’alerte fixé à 0,75% (soit 1,2 milliard sur 62,4 milliards d’euros. » L’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (dit « Ondam », ce temps raffole des acronymes) « pourrait être dépassé de 600 millions d’euros en 2010 ». Soit, si l’on calcule bien, 0,37% de dépassement. Certes, ce n’est pas rien en masse et cela  semble justifier que N.S., jamais à court d’idées, annonce dare-dare des mesures telles que le gel de 180 millions d’euros de crédits pour les instituts médico-éducatifs, les maisons de retraite et les hôpitaux ; également, pour 70 millions d’euros, « le changement de calcul des indemnités journalières en cas d’arrêt maladie ». Il est vrai que, par les temps qui courent, l’enfance inadaptée, les vieux et les malades ne constituent pas le réservoir activable pour « le sursaut français », comme aimerait à l’exprimer Jacques Attali, sherpa de Mitterrand avant de changer, élections obligent, de mentor. Simples questions de productivité pour les premiers, de rentabilité pour le second.

Deux pages avant, la 8, « Un député socialiste s’attaque au salaire des ministres cumulards ». En substance, un ministre perçoit, avantages (nombreux, dont le logement de fonction) non inclus, un salaire mensuel de 14 129 euros brut auquel il peut ajouter, si tel est le cas, un salaire d’élu local, « ce qui permet d’arriver à un total de 21 193 euros. » Confortable, dira-t-on en euphémisant. Tout-à-fait logiquement, avec l’exemple espagnol (- 5% dans la feuille de paye des ministres), la question de l’exemplarité est posée par quatre députés : René Dosière, Aurélie Filipetti, Jean-Jacques Urvoas (un Finistérien : je le connais !) et Jacques Valax. Que croit-on que répondît Matignon ? Les salaires des ministres « sont alignés sur ceux de la haute fonction publique » or « il n’a pas été décidé de baisse des salaires de la fonction publique ». Ce n’est pas qu’on veut pas mais qu’on ne peut pas. CQFD ou « s’cusez, m’ssieurs-dames ! » Changer les règles du jeu, c’est bon pour la burqua mais pas pour le portefeuille des Grands.

Derrière un ministre se cache un Ribeiri…

S’il fallait séance tenante geler les crédits pour le travail social et la santé, la question du salaire des ministres, elle, peut bien attendre, étant entendu que ce débat serait « démagogique », selon un ministre s’exprimant courageusement « en off ». Celui-ci, bon prince, serait prêt à baisser son salaire même « s’il est cinq ou six fois plus faible que ce qu’{il} peut espérer dans le privé. » Soit, second calcul, entre 15 et 20 000 euros multipliés par cinq ou six, entre 75 000 et 120 000 euros par mois. Probablement, ce discret ministre – qui s’insurge vertueusement toutefois contre les notes de frais des conseillers ministériels dans les restaurants luxueux – s’imagine-t-il auréolé de la gloire sonnante et trébuchante des stades. En attendant, on a envie de lui recommander d’y aller dans le privé.

Intelligents, riches et en bonne santé…

Mais, bien sûr, oser parler d’exemplarité des élites c’est à coup sûr être taxé de populisme. En attendant, jeunes déficients en IME, personnes âgées en maisons de retraite et salariés en arrêt maladie doivent s’attendre à plus de difficulté. Les ministres, qui ne sont pas issus des IME, qui jouiront d’une bonne retraite et qui disposent d’une couverture sociale à toute épreuve, leur en sauront gré.

Au fait, quel est le second terme du triptyque républicain ? Ah, oui : « Egalité ».

(1) C’est une blague.

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S’engager dans une société de défiance. Le casse-tête.

Publié: mai 30, 2010 dans Non classé

Quittons pour une fois (pas tout à fait cependant, on le verra) l’aussi petit que charmant monde de l’insertion. Je viens de lire deux communications dans 16 nouvelles questions d’économie contemporaine (1), l’une avec le titre de « La société de défiance » (2), l’autre avec celui de « Promouvoir la réciprocité dans le travail » (3). Inspiration.

Grandes oreilles…

Cette « société de défiance » commence (mal) par une malheureuse citation d’Alain Peyrefitte (dont, mémoire adolescente, je me souviens qu’il avait de grandes oreilles décollées – 4) : « La société de défiance est une société frileuse, gagnant-perdant : une société où la vie commune est un jeu à somme nulle, voire à somme négative (si tu gagnes, je perds) ; société propice à la lutte des classes, au mal de vivre national et international, à la jalousie sociale, à l’enfermement, etc. » Mettre dans le même tajine  la lutte des classes et la jalousie ou l’enfermement, c’est faire un couscous avec du jarret de porc. Entendons-nous bien : on peut être pour ou contre la lutte des classes, le problème n’est pas là et, s’il fallait considérer la position des missions locales, force serait de constater que celles-ci ne s’inscrivent pas dans un courant qui la porterait en flambeau. Comment pourrait-il en être autrement pour des structures institutionnalisées et dont le fondateur écrivait dans le Rapport de 1981 « Agir dans le sens des priorités décidées par le gouvernement » ? (5) Ce qui exclut la tabula rasa. La lutte des classes a été historiquement un concept central d’une religion laïque à partir duquel le prolétariat, dont il faut se souvenir des conditions abominables de travail, a pu espérer dans un mieux-vivre avec des grèves « défensives » et « offensives » (6).  Les luttes ouvrières n’ont jamais été synonymes de « société frileuse » (la frilosité et la peur étaient du côté des possédants, usines et châteaux) mais d’espoir (« le grand soir ») et d’utopie (passer « de la préhistoire à l’histoire de l’humanité », pour reprendre les termes de Marx). Plutôt que l’antagonisme, aurait-il mieux valu la soumission et, dans ce cas, fallait-il compter sur de Wendel et consorts pour organiser les protections sociales dont nous bénéficions (encore) aujourd’hui ? Et si, amnésiques et/ou cyniques, certains taxeraient volontiers le concept d’obsolescent, la prudence devrait leur être recommandée car l’accroissement des inégalités – « jeunes dans la galère, vieux dans la misère et scandaleux milliardaires », entendait-on dans la rue pour peu qu’on s’y rende – pourrait fort bien lui donner un coup de jeune. « L’injustice sociale est criante. Tandis que des milliards ont pu être débloqués pour sauver les banques d’une catastrophe qu’elles avaient elles-mêmes fabriquée, les travailleurs, les citoyens européens sont maintenant sommés de payer l’irresponsabilité et la cupidité des agents financiers d’hier et d’aujourd’hui, à travers des mesures d’austérité qui vont davantage plomber des pouvoirs d’achat déjà réduits. Ces mesures d’austérité réduisent la croissance et minent la consommation, elles aggravent le chômage, affectent la capacité productive et, enfin, dépriment les recettes fiscales et sociales qui se sont effondrées : moins de 200 milliards d’euros en année pleine (2009). Les risques de hausse du chômage et de réduction importante du bien-être social sont extrêmement grands. » (7)

Râleurs, indisciplinés et défiants…

Bon, ceci étant, le Français, connu pour être râleur et indiscipliné, est en tout cas défiant puisqu’il est client de la voiture-balai parmi un panel de milliers d’individus de quinze pays industrialisés (8) quant aux questions concernant la confiance  dans les élites et les institutions : « 52% des Français considèrent que « de nos jours on ne peut arriver au sommet sans être corrompu »… Près de 20% sont près à déclarer n’avoir aucune confiance en la justice. Ils ne sont précédés que par les Turcs et les Belges (9)… Presque un quart des Français déclarent « ne faire « absolument » pas confiance au Parlement… », etc. Selon les auteurs, Yann Algan et Pierre Cahuc, un des facteurs de la défiance serait la concurrence dès lors que les règles du jeu ne sont pas clairement établies car, dans ce cas, peut-on coopérer avec le voisin si celui-ci est un perçu comme un rival susceptible de vous porter préjudice ? « La concurrence n’est pas une panacée. Elle est génératrice de souffrances, surtout pour les personnes les plus fragiles, susceptibles d’être évincées à tout moment par l’arrivée de rivaux plus efficaces ou plus puissants. » Ainsi, pour Yann Algan et Pierre Cahuc, lutter contre cette défiance nécessiterait « une redistribution plus universaliste » (avec par exemple un accès au logement social : « près de 60% des Français y sont éligibles, mais seulement 20% sont logés dans le parc social. »), « la sécurisation des parcours professionnels », « l’activation du dialogue social »… A aucun moment l’hypothèse de la crise de l’exemplarité des élites, quelles qu’elles soient (politiques, sportives, médiatiques, économiques…), n’est abordée comme générant et abondant la défiance et pourtant… comment ne pas constater que le spectacle du monde et le monde mis en spectacle offrent bien peu d’opportunités pour que le sommet de la pyramide reflète un modèle ? Du pactole de Tapie, dont il faut rappeler qu’il est issu d’une faillite du Crédit Lyonnais renfloué par l’argent public, aux salaires mirobolants des footballeurs qui s’offrent des prostituées en guise de cadeaux d’anniversaire (10) et aux résistances des élus face au serpent de mer du cumul des mandats (11), si les Français étaient confiants ils ne seraient pas loin d’être naïfs, aveugles ou imbéciles. A tout prendre, il vaut mieux être défiant que c…

Fiers Espagnols …

« Promouvoir la réciprocité dans le travail » est un article beaucoup plus court, douze pages, dont le titre est alléchant dès lors que l’on s’intéresse à la notion d’engagement. Cette « réciprocité » est ici comprise comme le lien entre le salarié et son entreprise, mesuré à partir de trois questions : « Je désire travailler davantage que ce qui m’est demandé afin d’aider mon entreprise ou mon organisation à réussir », « Je suis fier de travailler pour mon entreprise ou mon organisation » et « Je refuserais un emploi mieux payé afin de rester dans cette organisation ». L’auteur, Andrew Clark, qui s’appuie sur des enquêtes de l’International Social Survey Programme (1989, 1997 et 2005) conduites dans quinze pays de l’OCDE, annonce dès les premières lignes la couleur : « Comme on va le voir, la France se retrouve en queue du classement que nous pouvons établir sur la base des réponses à ces questions. »

Lanterne rouge française pour la première question : seuls 22,8% des Français seraient prêts à travailler davantage (et il ne s’agit pas de gagner plus !) contre 78,9% des Américains et 58,3% en moyenne pour les quinze pays. L’écart est énorme et même celui qui nous sépare de l’avant-dernier pays, l’Espagne, est conséquent : 37,9% des Espagnols pourraient travailler plus pour aider leur entreprise à réussir… Au su de la politique drastique qui vient d’être décidée de l’autre côté des Pyrénées, on va vérifier in situ si les Espagnols (aussi fiers que les Français sont râleurs et les Allemands disciplinés) vont joindre le geste à la parole : travailler plus, gagner moins pour sauver leur pays. Après tout, Don Quichotte est hispanique.

On ne fait guère mieux en ce qui concerne la fierté : troisième dernier pays (antépénultième, dit-on), juste avant la Hongrie et la République Tchèque, 52,8% des Français sont fiers de travailler pour leur entreprise, la moyenne internationale étant de 62,4% et, encore une fois, les Etats-Unis caracolant en tête.

Enfin seulement 13,8% de nos compatriotes hexagonaux refuseraient un emploi mieux payé mais dans une autre entreprise, le taux moyen étant de 24,0%. Quatre Japonais sur dix refuseraient, même proportion de Portugais.

De là à conclure que les Français sont fainéants (question n°1), désimpliqués (question n°2) et infidèles (question n°3), il n’y a qu’un pas… que l’auteur ne franchit pas. Bien sûr, tout dépend de qui répond : « … la réciprocité au travail est plus répandue chez les hommes, les travailleurs les plus âgés, les individus mariés et parmi les plus diplômés. » Hormis la distinction entre cadres et non-cadres, les premiers faisant état de davantage de réciprocité, rien n’est dit sur la qualité des tâches à réaliser, ni d’ailleurs sur les conditions conventionnelles alors qu’on imagine que cette réciprocité doit être fortement déterminée par ces variables : s’impliquer en CDD ou intérim pour nettoyer les entreprises aux heures pâles de la nuit ou pour trucider des poulets sur une chaine d’abattage exige un degré d’abnégation proche de la sainteté… Or, comme le bon grain et l’ivraie, les saints sont rares.

Au nom de la Loi…

Andrew Clark avance une hypothèse intéressante, « L’un des effets néfastes du chômage serait donc de nuire à la confiance sur le marché du travail », reposant sur l’idée que « le chômage remettrait en cause le contrat implicite selon lequel les entreprises protègeraient les travailleurs contre les risques sur le marché du travail… » Comme l’a dit la dame aux yeux bleus du Medef, puisque « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » (12) Mais, dans ce cas, ne faut-il pas s’attendre à ce que les salariés jouent « perso » un remake d’Au nom de la loi (13), le cow-boy chasseur de primes mutant en serial worker, travailleur qui se vend au plus offrant ?

Triple défi.

Tout ceci constitue un défi pour les professionnels de l’insertion jugés à l’aune de l’accès à « l’emploi durable » pour des jeunes qui, sauf exceptions, lorsqu’ils décrochent un emploi, risquent fort d’afficher un degré de « réciprocité » bien faible : si les conditions conventionnelles ne les remercient pas au bout des quelques semaines ou mois du CDD, il faudra peu de choses de leur côté pour abandonner et, dans un cas comme dans l’autre, la durabilité aura du plomb dans l’aile. C’est également un défi pour les entreprises ou, en tout cas, un fort grand risque : leurs marges reposant pour une large part sur la qualité de la production ou du service, rien n’est moins sûr qu’il ne leur en coûte pas beaucoup plus cher que l’investissement pour offrir des emplois où l’on se sente bien, donc travaille bien : il faut civiliser les entreprises, écrivait Dominique Méda dans Qu’est-ce que la richesse ? (14) Reste les pioupious des missions locales. Quel est leur degré de réciprocité avec leur structure ? Que répondraient-ils aux trois questions ? C’est là le troisième défi d’une professionnalisation qui ne trouvera ses réponses, de toute évidence, ni dans les métastases procédurières, ni dans le raffinement méthodologique, ni dans la boîte à outils. Ayant quelques idées là-dessus et les ayant largement exposées, je vous laisse imaginer ce qui succède à « que faire ? »

A chacun son tour de cogiter.

Contribution…

Cette contribution, un dimanche, a suscité un commentaire le même jour. C’est assez rare, le repos dominical s’exprimant dans un infléchissement notable des visites, en moyenne 100. C’est Evelyne. Ca parle juste.

Evelyne : « La devise de la République française « liberté, égalité, fraternité » s’est peu à peu vidée de son sens. L’Homme plus que jamais est devenu un loup pour l’Homme.

Aujourd’hui, l’utilisation des contrats aidés susceptibles de favoriser le retour à l’emploi des plus fragiles est la parfaite illustration du « gagnant-perdant » et sont la plupart du temps utilisés avec une malhonnêteté évidente par certaines collectivités locales. J’en veux pour exemple mon expérience.

Pour favoriser mon embauche, étant sénior, je vais moi-même proposer il y a plusieurs mois à la DRH d’une collectivité locale des Hauts-de-Seine de me recruter via un CAE sur le poste de conseillère emploi. Aussitôt dit, aussitôt fait! La bonne affaire, pourvue d’une maîtrise de droit public, ancienne assistante parlementaire, plutôt bien de ma personne, compétente en la matière, je serai aux dires de mes collègues de travail une des meilleures conseillères emploi qu’ils n’aient jamais eue… Pourtant le bât blesse, mon efficacité me vaut peu à peu la jalousie de ma hiérarchie, le harcèlement moral s’insinue lentement. Dès lors la machine est en route après treize mois de bons et loyaux services, ironie du sort, il m’est expliqué que mon CAE visait avant tout à favoriser mon retour à  l’emploi ailleurs … que cela va rajouter une ligne à mon cv et que, finalement, c’est aussi le but du CAE.

J’enrage, à cinquante neuf ans, ayant suivi et tenté d’aider de nombreux seniors à rebondir au cours de ma mission, je sais à quel point, cette phrase est assassine.

Moralité d’une histoire pas tout à fait morale. »

P.L. Après cela, de savants économistes, se plaçant sous l’aura de Peyrefitte (ce qui n’est pas un hasard), viennent constater la défiance des Français dans les institutions, dans les marchés (malgré Adam Smith)…  mais « J’enrage », dit Evelyne. La défiance peut, on le voit, être bien plus proche de la lucidité que de l’égoïsme, de la révolte que de la passivité.

(1) (sous la direction de) Philippe Askenazy et Daniel Cohen, 16 nouvelles questions d’économie contemporaine, 2010, Albin Michel, « Economiques 2 ».

(2) Yann Algan et Pierre Cahuc, « La société de défiance », pp. 215-291.

(3) Andrew Clark, « Promouvoir la réciprocité dans le travail », pp. 339-350.

(4) Alain Peyrefitte occupât de nombreux postes ministériels, dont celui de Garde des Sceaux pour lequel on lui doit notamment les lois « Sécurité et Liberté » et « Anticasseurs », abrogées par la Gauche en 1981.

(5) Bertrand Schwartz, L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, 1981, La documentation Française, p. 32 (p. 39 in réédition de 2007 aux éditions Apogée).

(6) Grèves « défensives » lorsque le patronat tentait de diminuer les salaires, grèves « offensives » quand, en période faste, les ouvriers tentaient de grappiller un peu de la plus-value. Un peu de mémoire n’est pas inutile. La grève de Fourmies, le 1er mai 1891, se solda par neuf morts, femmes et enfants inclus sur lesquels la troupe tira. En amont, la violence physique (la « firme », comme aiment à dire les économistes, était dite comme le « bagne » par ceux qui y travaillaient, des « forçats ») et symbolique, en aval la troupe.

(7) John Monks et Joël Decaillon, « Revoir le modèle social européen est nécessaire », 29 mai 2010, Le Monde.  Ces deux signataires de l’article sont respectivement secrétaire général et secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES). Faut-il le préciser, Yann Algan et Pierre Cahuc ne rejoindraient pas cette analyse : à la source de la défiance, ils diagnostiquent deux causes, le « corporatisme » et l’« étatisme ». La première correspond à une segmentation de la société alors qu’il faudrait que « tout le monde {soit} logé à la même enseigne » (p. 254). La seconde  est synonyme d’Etat Providence, un état qui « institutionnalise de fait la segmentation et les inégalités entre les différents statuts. » (p. 251). Les auteurs promeuvent à l’inverse un «  universalisme », jolie notion qui pourrait évoquer les Lumières mais qui recouvre plus de libéralisme : « Le modèle libéral, principalement adopté par les pays anglo-saxons, repose sur un principe de responsabilité individuelle, avec des transferts sociaux faibles et conditionnés par le niveau de ressources. » (p. 250), « … la confiance est plus développée dans les pays libéraux que dans les pays corporatistes… » (p. 254), « la limitation de la concurrence a pour corollaire le développement de la corruption qui nourrit, en retour, la défiance » (p. 259), etc. Quant à l’économie, « le déficit de confiance des Français est logiquement associé à la peur des marchés .» (p. 256) alors que « Adam Smith, souvent considéré comme le premier grand théoricien et défenseur de l’économie de marché, avait déjà souligné le rôle indispensable des relations de confiance et des normes morales comme socle de l’économie de marché. » (p. 256). On voit ce qu’il en est de la confiance qu’il faudrait avoir dans les marchés, à la façon d’un crocodile pénétrant dans une maroquinerie. Quant aux « normes morales », rappelons que « avant 2001, le « code éthique » d’Enron en soixante-cinq pages faisait figure de modèle du genre aux Etats-Unis » (David Servenay, « Le temps des néolibéraux : du CNPF au Medef », (sous la direction de) Benoît Collombat et David Servenay, Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours, 2009, La Découverte, p. 534). Sans doute Jérôme Kerviel l’avait-il lu.

(8) Enquêtes World Values Survey 1980-2000.

(9) Il n’est pas précisé s’il s’agit de Wallons ou de Flamands…

(10) Selon Le Monde du 26 mai 2010, la prime des joueurs français au Mondial en cas de victoire s’établira entre 240 et 300 000 €. Soit vingt années de SMIC.

(11) « Mme Aubry défend le non-cumul face aux sénateurs PS », dans Le Monde, 26 mai 2010 qui rappelle en sous-titre « Trois quarts des sénateurs socialistes sont cumulards ». A noter, dans le même ouvrage, un article de Karine Van der Straeten, « Crise de la représentation politique en France : comment réconcilier le peuple et ses élus ? » (pp. 351-365), où il est question de limiter les mandats dans le temps, de développer les processus participatifs, etc. L’auteure conclut : « Cela rappelle que le combat pour la démocratie n’est jamais complètement gagné, et que la « démocratisation de la démocratie » reste toujours à parachever. » C’est sûr.

(12) On se demande d’ailleurs, sur ce constat de précarité, du « tout lasse, tout passe, tout casse », pourquoi la même dame se représente à la présidence du Medef… Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

(13) (pour les plus jeunes) Au nom de la loi était dans les années 60 une série télévisée contant les aventures d’un chasseur de primes, Josh Randall incarné par Steve McQueen.

(14) 1999, Alto Aubier, p. 117.

Recherche-action Synami – Schwartz. Suite.

Publié: mai 27, 2010 dans Non classé


Cocotte…

Poursuite des réflexions inspirées par les deux documents du Synami, l’un de 2008, l’autre tout neuf, venant d’être édité. Je m’en tiendrai cette fois au second, « Agir pour et avec les jeunes sur un territoire ». Un beau titre, il faut le reconnaître, et quatre pages dont la première est un rappel de la démarche avec, toutefois, une nouveauté puisqu’il est écrit « Un accord a été passé avec le Haut-commissariat pour la Jeunesse afin de poursuivre la démarche engagée sur Poitiers et l’étendre à quatre autres territoires avec les missions locales de Salon-de-Provence, Aubenas, Maubeuge et Reims. » Cela n’a peut-être l’air de rien mais qu’une Administration accorde des crédits à une démarche indépendante et critique, ce peut être dans l’espoir d’un assagissement de la révolte ou avec le dessein de permettre l’expression comme l’on favorise l’expulsion de la vapeur de la cocotte-minute… ou encore une contradiction du système. Avec ce que nous savons de Bertrand Schwartz et de ce que je connais du côté de Poitiers, je parierais toutefois sur l’indépendance des acteurs.

« Agir pour et avec les jeunes sur un territoire » énonce trois objectifs de changement (encerclés ci-dessous) dont découlent trois « hypothèses communes ».

Du « Ce que nous voulons changer », je m’attarderai plus particulièrement sur le 3ème point, « La transformation des missions locales et des opérateurs locaux en guichet de promotion des dernières mesures des plans gouvernementaux qui se succèdent et en simples exécutants du service public de l’emploi, leur évaluation se limitant à ce seul aspect. » Pourquoi privilégier cet objectif de changement ? Parce que les deux précédents, disons-le sans intention d’offenser quiconque, sont à la fois justes mais « ne mangent pas de pain »… et parce que, pour le troisième, autant le thème est d’importance, autant sa réponse paraît éludée.

Regards croisés…

Première « hypothèse commune », « Les problèmes que vivent les jeunes ne tiennent pas d’abord à eux-mêmes, mais aux obstacles qu’ils rencontrent pour prendre leur place dans la société ». C’est pour partie (voir infra) juste et cela devrait d’abord inciter nombre de professionnels à une vigilance sur leur propre discours : exit les jeunes « en difficulté » alors qu’ils sont « mis en difficulté ». Dans une tribune récente du Monde dont j’ai perdu la trace, Jean-Luc Mélanchon parlait pour un tout autre sujet de « gens empêchés » et l’on pourrait s’accorder sur cette expression : des jeunes empêchés…

« Les expérimentations visent à identifier les conditions pour que le regard de la société sur les jeunes et le regard des jeunes sur la société évoluent. » C’est, à peu de choses près, synonyme de l’axiome « Se priver des capacités d’ouverture, de disponibilité, de créativité des jeunes limite considérablement le changement social » (1), ou du thème archi-rabâché et néanmoins juste de la « jeunesse-ressource » et non « problème » (2), ou encore de ce que l’on connaît des enseignements des théories du stigmate (labelling), qu’il s’agisse de déviance avec Outsiders (3) ou d’éducation avec « l’effet Pygmalion » et les prophéties auto-réalisatrices. Bref, a priori rien de bien nouveau sous le soleil de la recherche-action… sauf que du chemin reste à faire, que l’image d’une étrange jeunesse, entre classe dangereuse à défaut d’être laborieuse et catégorie compassionnelle à défaut d’être contractuelle, est persistante sinon croissante et qu’il n’est sans doute pas inutile de la contrer.

Toutefois il ne s’agit pas que du regard des adultes et de la société sur les jeunes mais également de celui de ces derniers sur les premiers. On touche du doigt les fonctions de « rapprochement » et d’information « … le degré d’abstraction de l’information diffusée est tel que de nombreux jeunes n’y ont pas intellectuellement accès et, surtout, cette information suppose que tous ceux qui la reçoivent sont déjà largement informés sur la société, sur les mécanismes sociaux, sur le jeu social. » (4). Probablement, ces fonctions sont-elles devenues encore plus importantes en trois décennies sous l’effet, d’une part, des mondes virtuels qui, pour de nombreux jeunes, sont un refuge-addiction qui leur représente un environnement aussi enchanté (il est des mauvais charmes) que déconnecté de la réalité et, d’autre part, du déficit d’altérité issu de la non-rencontre entre jeunes et adultes, incommunicabilité renforcée dans les quartiers de relégation où l’on se socialise entre pairs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, concernant l’image des jeunes, j’ai écrit en italiques « pour partie » car eux-mêmes contribuent par une « rétroaction amplificatrice » à la construction du stigmate. Décryptage du monde, altérité et intergénérationnalité sont ici trois idées-clés.

Notons la définition de ce qu’est l’insertion, un « processus {…} par lequel passent tous les jeunes pour s’intégrer dans la société {…} intégration dans l’emploi certes, mais aussi dans l’exercice de leurs droits et devoirs de citoyens. »… définition qui, d’une part, rejoint une proposition maintes fois exposée ici et ailleurs (l’intégration sur la base de l’indépendance économique et de l’autonomie sociale avec les quatre dimensions du Sujet/accomplissement, de l’Acteur/altérité, du Citoyen/émancipation et du Producteur/économie) et, d’autre part, parle de « tous les jeunes » car, effectivement, une des différences majeures entre 81 et aujourd’hui est que, au moment du Rapport, l’insertion concernait grosso modo 900 000 jeunes, soit 610 000 chômeurs et inactifs, 100 000 jeunes concernés par le « Pacte national pour l’emploi » et, annuellement, 200 000 jeunes sortants sans diplôme du système de formation initiale (5) alors que, aujourd’hui, c’est toute une génération qui est concernée par l’insertion, nouvelle phase de transition entre jeunesse et adultéité.

Ci-dessous, schéma des deux circuits, individuel et collectif, pédagogique et participatif. Attention! Ce schéma, avec quelques modifications, est une deuxième version remplaçant la première mise en ligne hier.

Participation…

Le deuxième objectif de changement, « Les propos tenus sur les jeunes sans même les avoir écoutés ni leur avoir donné la parole », renvoie à une autre « hypothèse commune », voisine sinon redondante, « Les jeunes ne sont pas un problème mais une ressource », orientée vers une participation des jeunes à la vie de la structure… thème sur lequel je ne m’étendrai pas, pour l’avoir également écrit, réécrit et développé ici et dans la presse (6). La question est à ce moment de pondérer une posture marquée du tropisme « psy », strictement fondée sur la relation individuelle et portant en elle le risque, côté clinique, de la pathologisation (cf. le vocabulaire médical : prescription, diagnostic… 7), côté politique, de la responsabilité individuelle endossant les déterminations économiques et sociétales (chômeur responsable, donc coupable, de son chômage), par la prise en considération des jeunes en tant qu’acteur collectif. Outre une cohérence entre ce que l’on vise et affiche, la citoyenneté, et ce que l’on réalise, l’expression des jeunes, c’est également un enjeu de redynamisation par la démocratie participative d’une vie associative souvent atone des structures. Quitte à être soupçonné de mauvais esprit (mais qui bene amat bene castigat), on est cependant en droit de s’étonner que la participation des jeunes en soit aujourd’hui, trente ans après la création des missions locales et exceptions faites de certaines d’entre elles (Reims, Quimper…), au stade de… l’expérimentation.

Les acteurs de la recherche-action concluent (on s’en doute, provisoirement) par « Une des questions que nous nous posons porte sur l’équilibre à trouver entre l’action des professionnels et celle des jeunes, entre ne rien faire et faire à leur place. » qui peut étonner. Car, précisément, un des intérêts de l’expression des jeunes au sein et sur la structure est de modifier les règles du jeu : la mission locale ne serait plus une structure de prestations, avec une « offre de service » guère éloignée de la relation « client – fournisseur », mais deviendrait un espace coproduit et, en son centre, il n’y aurait exclusivement ni le professionnel (toute-puissance), ni le jeune (ce qui serait substituer une subjectivité à une autre subjectivité), mais l’interaction entre le professionnel et le jeune ou, plus exactement, entre la communauté professionnelle et le jeune acteur collectif.

Bons points…

Venons-en à ce troisième objectif de changement que, grosso modo, on peut caractériser comme la volonté de contrecarrer l’instrumentalisation des missions locales, « simples exécutants du service public de l’emploi… » On s’attend à ce que la parole des acteurs de cette recherche-action proteste et plaide avec force et vigueur pour l’autonomie associative, garantie d’une réelle dialectique avec les institutions… mais non, les quelques phrases évitent ce qui constitue pourtant un vrai problème (pas d’autonomie associative  = conditions « optimales » de l’instrumentalisation) pour nous emmener dans le ventre mou des suaves et sucrées intentions partenariales : « … il faudrait que sur un territoire les institutions qui travaillent avec les jeunes débattent ensemble… tous les professionnels du territoire qui travaillent avec des jeunes devraient se considérer comme participant à une mission commune… les moyens devraient pouvoir être mis en commun pour mener ensemble une politique territoriale d’accompagnement des jeunes dans leur insertion… » Bref, « il faudrait »… mais les faits têtus démontrent depuis des années et quotidiennement que ce conditionnel est du registre des vœux pieux, vaguement psychoaffectifs réconciliateurs, car, avant même d’envisager une logique coopérative entre entités autonomes, cette dernière entre missions locales, au double titre de l’appartenance à un même réseau et de l’exemplarité, pourrait être un requis exigible. J’ai à l’esprit nombre de situations où le partage d’informations entre missions locales est vécu sur un modèle d’intelligence économique, c’est-à-dire de concurrence, où l’idée de temps partagés soulève des obstacles annapurnesques… Les missions sont « territoriales », c’est-à-dire issues de la volonté des acteurs locaux (8), mais également « locales », ce qui, dans la pensée de Bertrand Schwartz, était synonyme d’« adaptées » (9) mais qui, dans la réalité de ce que sont devenues ces structures, recouvre plus des prés carrés et périmètres fortifiés, des chacun chez et pour soi. A la décharge des missions locales, leur mise en concurrence avec bons et mauvais points lors des « dialogues de gestion » accentue ce struggle for life.

Pour autant, une « politique territoriale d’accompagnement des jeunes » pluri-institutionnelle, transdisciplinaire, multi-partenariale, soudée par un pacte territorial pour l’emploi et l’insertion, mettant en débat gouvernance, pratiques et innovations dans une logique d’« agir communicationnel » (10), tout cela est bien entendu bel et bon, souhaitable et de toute évidence générateur d’effets émergents… mais n’est possible qu’à condition qu’en amont « le ménage soit fait », c’est-à-dire que les entités constituant ce système soient suffisamment autonomes, sûres de leur identité. Ce qui, à mon avis, renvoie à de multiples chantiers, eux aussi proposés à maintes reprises : corpus théorique stabilisé et partagé, projet associatif de structure, déontologie, R&D, etc.

(1) Bertrand Schwartz, L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, 1981, La documentation Française, p. 30 (p. 37 de la réédition du Rapport aux éditions Apogée, 2007).

(2) (sous la dir. de) Alain Vulbeau, La jeunesse comme ressource. Expérimentation et expérience dans l’espace public, 2001, éditions Erès

(3) Howard S. Becker, Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance, 1985, éditions A.-M. Métailié.

(4) Bertrand Schwartz, op. cit., p. 24 (p. 143, 2007)

(5) Bertrand Schwartz, id, p. 24 (p. 30, 2007)

(6) Sur ce blog, « La participation en mission locale » (8 juin 2008), « Missions locales et comités d’usagers : encore un effort ! » (18 juin 2008), « La participation des jeunes en mission locale : regarder à côté » (13 et 15 octobre 2008)…

(7) Certains n’ont guère été avares de cette critique : Denis Castra avec L’insertion professionnelle des publics précaires (2003, PUF, « Le travail humain »), Serge Ebersold avec La naissance de l’inemployable ou l’insertion aux risques de l’exclusion (2001, PUR, « Le sens social »)…

(8) « Les missions locales pour l’insertion professionnelle et sociale des jeunes et les permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO) se sont développées à partir de 1982 par la volonté conjointe des communes et de l’Etat pour organiser localement une intervention globale au service des jeunes. », liminaire du Protocole 2000.

(9) « Elles {les missions locales} sont adaptées aux situations locales particulières des jeunes. » B. Schwartz, op. cit., p. 132 (p. 142, 2007).

(10) Jünger Habermas, Théorie de l’agir communicationnel, 1987, Fayard. Lire sur ce blog « De l’engagement social au faire société. 2/2 » (22 juin 2008).

Ni rire, ni pleurer, comprendre. (1)

Publié: mai 26, 2010 dans Non classé

J’avais compris l’autre jour à Paris, de la bouche du très honorable et néanmoins sympathique synamiste Serge Papp, que la recherche-action conduite avec Bertrand Schwartz allait engendrer un ouvrage mais, sans doute, avais-je mal entendu. A défaut, j’ai reçu, comme plusieurs d’entre vous sans doute, deux documents de quelques pages. L’un « Ecouter pour agir. Avril 2008, bilan de la phase d’écoute », l’autre  « Agir pour et avec les jeunes sur un territoire » daté de mai 2010, c’est-à-dire aujourd’hui. Notons que cette « recherche action » entamée en 2008 se poursuit, ce qui est bon signe… tant de projets sombrant avec le temps, avec la girouette de l’actualité immédiate qui fait ce matin paraître obsolescent ce qui était ultra-prioritaire hier soir. Le culte de la nanoseconde… et la maladie qui en est produite. Donc l’écoute et l’expression des pioupious produisent du projet et l’on ne peut que s’en féliciter. Arrêt sur image. Un seul pour le premier des deux documents… et encore, simplement pour la première proposition. Le reste viendra en son temps.

« Ecouter pour agir. Avril 2008, bilan de la phase d’écoute » : quatre pages, cinq constats, deux propositions.

Les constats sont issus d’un noyau dur, le SYNAMI, Bertrand Schwartz et Gérard Sarazin, quatre missions locales (du Chinonais, du Médoc, du Poitou et de Saint Quentin en Yvelines), et de l’expression de « près de trois cents salariés » rencontrés à l’occasion de réunions régionales à Paris, Poitiers, Lille, Lyon et Rennes.

« Une insertion sociale et professionnelle de plus en plus difficile pour les jeunes des missions locales », est-il écrit. Constat peu contestable, la jeunesse étant paupérisée, devenant en quelque sorte le ballon d’essai du nouveau « prolétaicariat », si je peux m’autoriser ce néologisme, qui, n’en doutons pas, n’aura – n’a cure des frontières générationnelles : les seniors, que l’on veut faire travailler jusqu’à soixante-deux ans ou plus, alors que déjà ils forment une classe d’âge particulièrement exposée au chômage, feront rapidement l’expérience des jobs, des emplois de « serviteurs aux personnes ou aux entreprises » (2) pour accéder au seuil du départ en retraite et pour grappiller leurs annuités manquantes. Si le crustacé ne les pince pas à deux doigts de l’acmé.

« L’échec scolaire ne recule pas », lit on, ce qui n’est pas tout-à-fait exact… dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Il ne recule pas et l’on peut même considérer qu’il progresse, la part des élèves de 15 ans qui ont de grandes difficultés en compréhension de l’écrit étant passée de 15% en 2000 à 22% en 2006 (3). Il recule puisque, selon les données officielles de l’Education nationale, le nombre de jeunes sortis sans diplôme ni qualification a été presque divisé par deux en trente ans… sauf si l’on prend en compte « la dépréciation de beaucoup de diplômes sur le marché du travail », c’est-à-dire le déclassement sur lequel il y aurait beaucoup de choses à dire dont, en particulier, qu’on ne peut le traiter sans une approche systémique globale puisque, si les jeunes sont déclassés, c’est que l’option retenue est de protéger les inclus, les adultes en place : « A trente ans de distance, rien n’a changé : les récessions sont d’abord et avant tout supportées par les nouveaux venus sur le marché du travail, tandis qu’elles épargnent presque totalement le cœur du salariat » (4) Ce qu’écrivait Eric Maurin il y a moins d’un an est toutefois à pondérer puisque, si les jeunes encaissent prioritairement les chocs du chaos économique, ce n’est désormais plus qu’une question de temporalité : ils sont certes toujours les premiers mais « le cœur du salariat » et, au cœur de ce cœur, les inclus les plus jusqu’alors protégés, les fonctionnaires, sont désormais dans le maelström. Cette contamination très rapide n’invalide pas une analyse et une action fondées sur l’équité (5), c’est-à-dire discriminantes (faire plus pour ceux qui ont moins, ici pour les jeunes), mais elle appelle deux réflexions.

Critique cloisonnante du cloisonnement…

D’une part, la discrimination correspond aujourd’hui, plus qu’il y a trente ans, à un jeu de chaises musicales presque arrivé à son terme : au fur et à mesure des années, on a retiré des chaises et il y a de plus en plus de joueurs debout, hors-jeu, spectateurs d’une condition d’activité pleine qui n’est plus la leur, agrafés comme des insectes sur le liège du laboratoire du néolibéralisme. « Quand le rien s’échange contre le Rien, sous le signe de l’équivalence générale du Rien, c’est le stade ultime de l’économie politique. » (6) Autrement dit, d’une part, les interstices de l’accès au travail se sont rétrécis et, d’autre part, il faut être conscient que, les places étant chères, celles conquises pour les uns s’obtiennent au détriment des autres. « Lutte des places », pronostiquaient justement il y a quinze ans Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada Léonetti (7). Bien sûr, les acteurs de cette recherche-action ont raison d’écrire en écho au constat d’une insertion de plus en plus difficile « Le cloisonnement qui est de règle dans les institutions spécialisées rencontre ses limites quand le problème à résoudre est complexe. Se limiter notamment au seul champ de l’emploi peu conduire à ne pas avancer, y compris sur l’emploi. » Toutefois cette critique du cloisonnement, dont on comprend qu’elle sert et surexpose le juste principe d’approche globale, pourrait être reprise au titre même du principe de discrimination qui, quoique l’on en dise et même argumenté par la justice sociale, constitue… un cloisonnement dont il faut se défier et vis-à-vis duquel le rapport de Bertrand Schwartz avait alerté avec l’un des « trois principes d’action » : « Ne pas traiter séparément les problèmes des jeunes de ceux des adultes et des enfants, et leur chercher des solutions nouvelles, à partir de toutes les données de la vie collective. » (8)

D’autre part, analyse et action se heurteront aussi inéluctablement que rapidement à la contradiction actuellement patente du pur réformisme, pour ne pas dire son impasse : changer de logiciel, remettre l’économie dans son bon sens, appelle une radicalité (étymologiquement « aller à la racine ») qui, intrinsèquement, n’appartient pas au paradigme réformiste puisque, par définition, le réformisme réforme alors que le chaos appelle bien plus que des aménagements. Les fondations sont, plus que fissurées, béantes et l’on s’occupe de retoucher. Le pinceau en lieu et place du tractopelle. Il est question ici, selon Edgar Morin, de « métamorphose » (9) : « Il ne s’agit pas de concevoir un « modèle de société » (qui ne pourrait qu’être statique dans un monde dynamique), voire de chercher quelque oxygène dans l’idée d’utopie. Il nous faut élaborer une Voie, qui ne pourra se former que de la confluence de multiples voies réformatrices, et qui amènerait, s’il n’est pas trop tard, la décomposition de la course folle et suicidaire qui nous conduit aux abîmes. La voie qui aujourd’hui semble indépassable peut être dépassée. La voie nouvelle conduirait à une métamorphose de l’humanité : l’accession à une société-monde de type absolument nouveau. Elle permettrait d’associer la progressivité du réformisme et la radicalité de la révolution. » (10)

A propos d’Edgar Morin, à signaler la toute récente publication d’un hors-série du Monde, Edgar Morin. Le philosophe indiscipliné (11) très bien fait avec articles, débats, extraits, glossaire ainsi qu’un « portrait » réussi par Nicolas Truong, « Itinéraire d’un penseur sans frontières ». Pour découvrir si l’on ne connaît pas et, dans le cas contraire, pour… relier les connaissances.

On reviendra sur « Ecouter pour agir » et sur sa suite. A chaque jour, etc.

(1) Spinoza.

(2) « La scission de la société en classes hyperactives dans la sphère économique, d’une part, et en une masse exclue ou marginalisée par rapport à cette sphère, d’autre part, permet donc le développement d’un sous-système au sein duquel l’élite économique achète des loisirs en faisant travailler des tiers à sa place, à bas prix, pour son avantage privé. Le travail des serviteurs personnels et des entreprises fournissant des services personnels libère du temps pour cette élite et agrémente sa vie ; les loisirs des élites économiques procurent des emplois le plus souvent précaires et au rabais à une partie des masses expulsées de la sphère de l’économie. » André Gorz, Métamorphoses du travail. Quête de sens, 1988, Galilée, p. 19.

(3) Christian Baudelot, Roger Establet, L’élitisme républicain, 2009, Seuil, « La République des Idées », p. 33.

(4) Eric Maurin, La peur du déclassement, 2009, Seuil, « La République des Idées », p. 28.

(5) Equité comprise au sens de John Rawls, c’est à dire de « principe de différence » admettant des inégalités justes qui doivent profiter aux plus désavantagés (Théorie de la justice, 1987, Seuil).

(6) Jean Baudrillard, Cool Memories IV. 1995 2000, 2000, Galilée, p. 85.

(7) Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada Léonetti, La lutte des places, 1994, Hommes et Perspectives & Desclée de Brouwer. Ces auteurs dégageaient trois grands types de « stratégies de réponse » face au chômage et à la désinsertion : « les stratégies de contournement », de la dérision à l’intégration dans les marges et à la désimplication ; « les stratégies de dégagement de la situation », du rapport de forces à la mobilité et à la mise en cause du système ; « les stratégies de défense », de l’isolement et de la fuite de la réalité à la passivité et à l’autodestruction (pp. 181-227).

(8) Bertrand Schwartz, L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, 1981, La documentation Française, p. 137 (p. 148 dans la réédition chez Apogée, 2007).

(9) Cette notion de « métamorphose » a manifestement retenu l’intérêt de Cohn-Bendit qui s’y réfère sans économie depuis quelque temps. Peut être depuis leur dialogue de mars 2009…

(10) Edgar Morin, « Ce que serait « ma » gauche », Le Monde, 24 mai 2010, p. 15.

(11) Bon, il faut reconnaître que Le Monde ne s’est pas foulé, reprenant la biographie d’Emmanuel Lemieux, Edgar Morin l’indiscipliné (2009, Seuil).

A la suite de l’article « Du Niger à l’Hexagone » et après Régis, deux réactions supplémentaires d’acteurs des missions locales, dont Anne Lebi. Elles m’ont été adressées par courriel, je respecte donc l’anonymat… du moins de la première dont on ne révèlera que  les initiales, A.F.

A.F. « …quelques mots dans votre article m’ont ramenée des années en arrière … non pas parce que les propos m’aient  parus surannés, mais parce que il y a un bon bout de temps j’arrivais en France et que la mise en perspective de ce qu’était « ma » réalité sociale, institutionnelle et politique du moment  avec ce que j’avais pris comme étant le summum des avancées sociales  ont quelque peu perturbé mon sens des réalités. Sans vouloir comparer la réalité dans un bon nombre de pays africains avec celle des pays latino-américains des années 70, je trouve un certain nombre de similitudes dans les réflexions que je me suis faite bien avant que la vie et ses avatars me conduisent vers les Missions Locales. Professionnalisme, engagement, institutionnalisation, militantisme, utopie, principe de réalité, ces principes se croisent, se télescopent, se contredisent ou se complètent en fonction de … mais au fait, en fonction de quoi ? Où se trouve l’urgence à laquelle on doit répondre ? Je n’ai toujours pas la réponse, par contre ce que je continue, avec entêtement, à penser, c’est que dans nos métiers on se doit d’agir avec un professionnalisme engagé, avoir un regard militant sur l’institution, et aborder le principe de réalité avec la force de l’utopie. Naïf tout ça ? Oui, certainement. Je mélange avec une certaine gourmandise les concepts et les préceptes , mais c’est à ce prix-là que je continue à y croire. »

Anne : « Quelle réactivité ! Merci pour ton article. J’ai bien aimé l’expression « le champ rétréci des possibles ». C’est tout-à-fait cela. On y croit quand même car on n’a pas le choix et parce que l’on rencontre des gens ici qui se battent pour faire avancer les choses: de Mahaman, notre ami chercheur qui dirige la Commission des Textes, chargée de rédiger la nouvelle Constitution du Niger jusqu’aux jeunes en passant par mes jeunes collègues conseillers (qui connaissent maintenant mieux tes écrits ou ceux de Schwartz que bien des salariés ML en France)… »

Faire que son rêve soit plus long que la nuit…

Ceci – même si trois contributions (en incluant Régis) c’est peu – me conforte dans l’idée qu’autour du thème de l’engagement il y aurait à dire et, peut être, que ce dire, fait de paroles, d’hypothèses, de transgressions, pourrait contribuer à avancer sur la voie, très insuffisamment empruntée, de la professionnalité, du sens de l’action. Lorsque je lis « force de l’utopie », certes un peu formaté mais sans sacralisation ni fétichisme, je songe immédiatement à la dernière phrase de Moderniser sans exclure : « Je ne me résigne pas à la résignation collective. D’où mon utopie ; mais est-ce une utopie ? Certainement, mais quel beau rêve. Un rêve socialiste, je crois. » Et je songe aussi à cet autre bout du même livre, son introduction, où Bertrand écrit : « Nous accompagnons notre temps – position active et non passive qui suppose que nous le déchiffrions, que nous nous le représentions clairement, que nous proposions régulièrement des projets nouveaux pour l’orienter et que ceux–ci soient mis en œuvre. »

Si je regarde avec affection les pioupious des missions locales, cette bienveillance ne parvient pas à étouffer du désappointement face au risque d’un conformisme ambiant, depuis la résignation de (certains) conseillers jusqu’à la notabilisation de (certains) directeurs (1) et l’implication plus que pondérée de (certains) administrateurs : comment concilier ce que j’ai placé sur l’un des trois pôles de la professionnalisation, la « profession » – entendue comme garantie de stabilité des emplois (financement pérenne, convention collective, etc.) – avec ce que la première contributrice, A.F., appelle « un professionnalisme engagé », « un regard militant sur l’institution » – et que j’appelle la « professionnalité » ? Ce milieu, celui des missions locales, oscille entre la revendication d’une singularité identitaire, mais sans prendre et/ou disposer les/des moyens de la constituer et d’en jouir, et l’éponge absorbant les mots de la pathologisation à la marchandisation, des « prescriptions » et « diagnostics » aux « portefeuille de dossiers actifs », « offres de service » et autres « prestations ». Sans beaucoup de résistance. Bien sûr, nombre de pioupious demeurent réfractaires – j’ai devant moi leurs visages et leurs noms  – mais, tout de même, d’un point de vue général le devoir de résistance semble plutôt céder, pour reprendre Stanley Milgram, à la soumission à l’autorité (2)…

S’il y a peu de résistance, il y a peu d’identité ou, plutôt, une identité incertaine, floue, hybride, reposant sur l’image d’un père fondateur et écartelée entre une généalogie d’éducation populaire, de militantisme, de transformation sociale et de projet émancipateur, et une actualité de déclinaison programmatique (d’où le thème récurrent de « l’instrumentalisation »). Cette identité incertaine s’observe dans la difficulté, guère nouvelle, d’établir avec les financeurs et, en premier chef, l’Etat une relation dialectique, c’est-à-dire fondée sur le double principe des autonomies (associative et institutionnelle) et du respect mutuel des logiques distinctes. Peut-être cette relation existe-t-elle à l’échelle nationale, le CNML regroupant des présidents de mission locale et, avec les instances des collectivités (ARF, ADF, AMF), des services de l’Etat. Mais elle n’est plus de règle à l’échelle locale. Autrement dit, une large part de l’activité des missions locales répond bien plus à un mode de relations « client-fournisseur », qui d’ailleurs peuvent être aimables (l’intérêt financier des uns rencontrant l’exigence des autres), qu’à l’équilibre entre deux entités autonomes et contractantes. De l’autonomie l’on déverse dans l’hétéronomie, qu’André Gorz définissait comme « l’ensemble des activités spécialisées que les individus ont à accomplir comme des fonctions coordonnées de l’extérieur par une organisation préétablie. » (3)

Transmission…

Il y a aujourd’hui des virages à 180° difficiles à assumer et, d’ailleurs, on en parle peu… hormis lors de bouillonnements tels que la recherche-action Schwartz – Synami. Par exemple, cette « évolution » qui, partant de l’écoute du jeune, recherchait dans les outils (dispositifs, mesures) des solutions à son projet pour désormais satisfaire les programmes en y faisant entrer des jeunes (n entrées en CIVIS, en PPAE…). Autre exemple, la correspondance entre « projet professionnel » et « projet de vie » : celle-ci est-elle toujours d’actualité ou n’est-elle pas un mythe, l’harmonie se limitant à l’adaptation des compétences – avec ou sans test des habiletés – aux besoins de l’aussi sacro-saint que délabré « appareil de production » ? Autre exemple encore, parle-t-on d’« emploi de qualité » (4) ou se contente-t-on de ce qui, rarement, se présente : aux informations nationales, sur Antenne 2, la présentatrice expliquait la résignation des Espagnols face à la diminution des salaires des fonctionnaires : « C’est déjà bien d’avoir un emploi. » Faut-il le préciser, on est loin, bien loin, d’une possibilité de la « valeur travail » : on est à ce moment exclusivement sur le volet instrumental (gagner sa vie), exit les dimensions sociale (appartenir à une communauté humaine, en être reconnu) et symbolique (s’accomplir).

Posons une hypothèse : la transmission de la première génération, très majoritairement des travailleurs sociaux, à la seconde a failli. L’engagement des premiers n’a pas diffusé. Le principe de réalité a rongé le « devoir d’innovation », explicite dans la Charte de 1990, qui implique une transgression : « L’innovation {…} consiste à transgresser des règles, normes ou coutumes avant d’établir un autre ordre social. » écrit Norbert Alter (5). Faut-il en déduire que, ayant innové, les anciens ont établi un nouvel ordre social bien barricadé ?

Satisfaire qui ?

Autre chose sans réel rapport avec ce qui précède (encore que…) mais en lien avec l’article sur « la performance globale ». La mesure de l’efficacité semble relativement aisée dès lors que l’on s’en tient à la définition générale de celle-ci, l’atteinte des objectifs. Toutefois le problème devient plus épineux si l’on s’intéresse à l’identification de ces objectifs car, si certains peuvent être univoques, ceux-ci ne sont pas nécessairement partagés par d’autres. Ainsi, pour l’Etat, un objectif (pour ne pas dire « l’objectif ») sera l’accès à l’emploi… ce dont la mission locale conviendra mais, pour autant, ce à quoi elle ne se limitera pas puisque, précisément, tant son projet associatif que la doctrine qu’elle partage avec les 480 autres structures appellent d’autres objectifs, concernant les jeunes, d’autonomie sociale, de citoyenneté, d’émancipation, etc. et, concernant le territoire, d’animation du réseau partenarial, de contribution au développement local économique, d’innovation, etc. On retrouve ici les deux grandes catégories de missions, pédagogiques et d’ingénierie. Il  y a donc une pluralité d’objectifs dont certains peuvent être contradictoires : l’indicateur d’accès rapide à l’emploi est rarement compatible avec la qualité de l’emploi – sujet dont on ne parle guère… faute d’espoir ? – et ne tient guère compte du temps souvent long de la socialisation, voire de la réparation, pour des parcours cabossés de jeunes. A partir de quel objectif mesurera-t-on l’efficacité de la mission locale… sachant que, dans bien des cas, l’objectif implicite mais bien réel est de garantir l’octroi de subventions ? Autrement dit, qu’aux objectifs sectoriels des uns et des autres, dits « donneurs d’ordre », s’ajoute un objectif dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est moins déterminé par la satisfaction des besoins des jeunes que par celle des financeurs. Qui, s’ils sont jeunes, pas toujours, n’en sont pas pour autant les usagers des missions locales.

De la performance à l’évaluation globale…

La notion de performance globale – j’y reviens – peut au bout du compte se révéler très intéressante pour les missions locales car, prise à la lettre, elle permet de s’extraire d’une évaluation de l’efficacité réduite à quelques données de résultats. Emmanuelle Reynaud, dans une communication, « Développement durable et entreprise : vers une relation symbiotique » (7), propose un schéma simple à lire et qui peut être source d’inspiration. Remplaçons « performance économique » par « utilité sociale » ou même « performance sociétale ». Appréhendant une mission locale selon ces trois dimensions, qui correspondent aux trois branches du développement durable, celle-ci n’est pas exclusivement jugée sur sa « production sociale », l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, qui demeure cependant le socle, mais en la considérant comme une entité vivante, en interdépendance avec son milieu (« performance environnementale ») et dont l’efficacité mais également l’efficience sont largement déterminées par les conditions internes de la gestion humaine des ressources (« performance sociale »).

Du pain sur la planche…

Cette approche holistique, systémique, est loin d’être gagnée. Cela demanderait du temps, denrée rare semble-t-il en mission locale, et un vrai travail de R&D. D’autant plus que, prenant à la lettre cette évaluation de la performance globale, il faut être conscient que, si l’on dispose du cadre conceptuel, tout, loin de là, n’est pas résolu en termes méthodologiques. Nicolas Berland et Angèle Dohou, dans « Mesure de la performance globale des entreprises » (8), constatent ainsi dans leur conclusion que « Cet article avait pour but de montrer les difficultés liées à la mesure de la performance globale, concept flou, présenté par de nombreux auteurs comme l’agrégation des performances économique, sociale et environnementale d’une entreprise. L’analyse des différents outils de mesure, utilisés par les entreprises pour appréhender leur performance, montre qu’aucun outil n’est capable de mesurer les interactions entre les différents segments de la performance » et poursuivent « Cependant, il convient de rappeler, comme pour la performance financière, que le choix de ces indicateurs est un arbitrage politique. Ils doivent se construire au cours d’un processus concertatif et stratégique avec l’accord des dirigeants et la participation des parties prenantes de l’entreprise. Dans cette perspective, la performance globale peut être analysée comme une convention sociale co-construite et négociée entre les dirigeants de l’entreprise et ses différentes parties prenantes. »

Cependant, outre que cette évaluation holistique serait totalement cohérente avec le paradigme des missions locales, lui également holistique, elle serait source d’au moins deux bénéfices : d’une part et comme déjà dit, elle déplacerait la focale de l’évaluation en élargissant son champ ; d’autre part, elle serait la démonstration d’une réelle et forte capacité d’innovation.

Or, n’est-ce pas, les pioupious n’aspirent pas au repos…

(1) Qui me fait penser aux « socio-clercs » in A.-M. Bessaguet, M. Chauvière, A. Ohayon, Les socio-clercs. Bienfaisance ou travail social, 1976, François Maspéro.

(2) Stanley Milgram, La soumission à l’autorité ,1974, Calmann-Lévy. L’expérience célèbre de Milgram est représentée dans le film I… comme Icar, avec Yves Montand, et on peut la voir sur dailymotion .

(3) André Gorz, Métamorphoses du travail. Quête du sens. Critique de la raison économique, 1988, Galilée, p. 49.

(4) Sur ce blog, « Pour un travail sur le travail de qualité ». 12 juillet 2008

(5) Norbert Alter, L’innovation ordinaire, 2000, PUF.

(6) Sur ce blog, « L’impertinence fructueuse d’Al ou l’inéluctabilité d’un référentiel propre aux missions locales… »

(7) Journée AIMS, 2003, Atelier développement durable, ESSCA Angers, pp. 1-15.

(8) Institut d’Administration des Entreprises, Poitiers, non daté, 22 pages . Cet article recouvre une très intéressante revue de littérature des méthodes (Guide SD 21000, Balanced Scorecard, Triple Bottom Line reporting, Global Reporting Initiative…). Sur le même sujet, on peut également lire Les PME & le développement durable. Comment mesurer la performance en matière de développement durable (Académie des sciences et techniques comptables et financières, janvier 2007, « Cahiers de l’Académie » n°5, 65 pages) ainsi que le guide pratique Développement durable. Quelle approche pour les PME ? (ACFCI, AFNOR, non daté, 36 pages).

Question de style…

4ème « Interrégionale » à Nantes des rencontres au sujet du référentiel d’évaluation des missions de service public des missions locales. Bretagne et Pays-de-Loire, terrains connus. Qu’en dire sinon qu’à certains moments j’eus le sentiment d’une situation surréaliste avec des préoccupations aussi probablement justifiées dans la perspective de celles et ceux qui s’en faisaient l’écho (« approche compréhensive », dit-on) que décalées face aux bouleversements sociétaux : le modèle craque, prend l’eau de toutes parts, suffoque en bout d’apnée… et l’on tergiverse, on se chicane sur l’arrondi des moulures – doriques, ioniques ou corinthiennes ? – alors que les murs s’effondrent. De toute évidence, s’il faut parier – et que faire d’autre ? –, le bon sens plaide pour sans tarder saisir cet outil d’évaluation… pour d’ailleurs ne pas s’en tenir à sa finalité explicite, l’évaluation. Expliquons-nous.

Trivial et complexe…

Cette évaluation est somme toute triviale, je l’ai résumée avec la métaphore du cocktail (1), son pilotage et sa mise en œuvre ne devant pas constituer des obstacles : c’est grosso modo une démarche projet et, cela, les missions locales savent le faire. Bien sûr, il reste quelques points plus complexes tels que les corrélations des indicateurs de contexte et de ressources avec ceux de résultats. En effet, tant qu’une règle n’aura pas été édictée permettant à partir de l’indice 100, correspondant à l’indice moyen et national des données de contexte (environnement) et de ressources (moyens humains, financiers et matériels), d’appliquer une pondération mathématique sur les résultats, l’intérêt de ces indicateurs sera accessoire, une sorte de mise en bouche ne préfigurant en rien ce qui sera dans l’assiette du plat de résistance. Posons l’hypothèse que, dans la démarche du CNML, les animations régionales qui devraient accompagner et muscler l’ingénierie auront des propositions pour résoudre cette difficulté purement méthodologique.

Des référents…

Les évaluations, plus exactement auto-évaluations, devraient donc, au fur et à mesure de leurs réalisations, apporter des réponses pratiques à des questions aussi ordinaires qu’essentielles : comment mieux accueillir ? comment mieux accompagner ? etc. Reste que – et c’est ici le « dépassement », pour reprendre une notion chère à Bertrand Schwartz – une évaluation est toujours la mesure de l’écart entre un référent et un référé, le référent étant la doctrine, la norme, le modèle, et le référé étant l’observé. Or, hiatus majeur, il n’existe pas de référent ou, plus exactement, il existe des référents, depuis les travaux de feu la DIIJ, oubliés, jusqu’à ceux dispersés dans les régions (Ile de France, par exemple) et, enfin, ceux déterminés de façon hétéronome, c’est-à-dire non par les missions locales mais en l’occurrence par l’Etat : circulaire d’août 2004, CPO…

Doctrine…

On l’a dit et redit, jusqu’à l’épuisement, ce réseau de presque trente ans n’a toujours pas de corpus théorique stable, univoque, transmissible… (2) et là est l’opportunité de cette auto-évaluation : elle contraindra le niveau national à ne pas s’en tenir à une diffusion des « bonnes pratiques » (3) mais à « dire la doctrine »… non pas unilatéralement et sur un mode descendant mais à partir de la dynamique itérative et coopérative « ascendante – descendante ». L’expression « dire la doctrine » fera sursauter, c’est certain, car plusieurs y liront « normativité » (en novlangue inspirée de l’intelligence artificielle, « formatage »). Cette traduction serait une erreur : convenons que l’on a besoin d’un dictionnaire mais qui accuserait un dictionnaire d’être un outil de réduction de la pensée ? Autre exemple, lorsque la DGEFP définissait dans la circulaire citée (n°2004/024 du 18 août 2004 relative au financement du réseau des missions locales) « l’activité principale d’une mission locale », personne n’y trouvait à redire… tout au contraire, on pouvait à partir de ce texte (référent) apprécier ce que l’on faisait (référé) et faire valoir (dialectique) son originalité, ses choix, son projet associatif sur la base des singularités du territoire et de la volonté des acteurs de la communauté professionnelle. Il en est de même avec la CPO dans sa dimension structurante des différentes activités d’une mission locale, son volet « objectifs de résultats » et corollairement financement étant une autre histoire. Bref, si le réseau veut sans imposture se professionnaliser – il y a « profession » et pas « emploi » dans « professionnalisation » –, il doit construire le modèle de ce qu’est le travail d’une mission locale (ne serait-ce que, déjà, les principaux processus) et c’est à partir de ce modèle autonome que chaque structure pourra, d’une part, mesurer les écarts et, d’autre part, faire valoir sa singularité : « Voir, observer, mesurer, modéliser, mesurer encore, modéliser à nouveau est une démarche de clarté qui dans le foisonnement du réel met le peu d’ordre dont nous sommes capables. » (4).  Autrement dit (j’en reviens au dépassement), l’évaluation du CNML peut devenir un des outils majeurs de la professionnalisation, c’est-à-dire d’une progression, d’une conquête, de l’emploi vers le métier. D’autres outils seront tôt ou tard à saisir plutôt que de les laisser traîner à rouiller sur l’établi des bonnes intentions : une déontologie, une formation de base maîtrisée par la branche, une R&D structurée…

Schizophrénie…

Il faut miser sur d’autres valeurs ajoutées de cette évaluation si elle est saisie à bras le corps, pénétrée, incorporée, telles que, par exemple, la capacité du réseau de démontrer et faire valoir des informations qualitatives, des analyses, des interprétations… « Il nous faut accorder plus d’attention à la qualité car c’est un indicateur fiable des propriétés émergentes, holistiques, des systèmes complexes, qu’il s’agisse d’organismes, de communautés, d’organisations, de coopératives. » (5). J’y reviendrai. A chaque jour suffit sa peine… sans omettre, toutefois, une dernière observation. A la présentation en matinée de la démarche d’évaluation des missions de service public du CNML, auquel est associée l’UNML, succède l’après-midi un exposé, assez brillant il faut le reconnaître, du plan « Agir pour la jeunesse » par Pascale Schmidt. Dans la perspective de la DGEFP, il va de soi que l’accès à l’emploi (« offre de service » n° 3 de la CPO) est ultra-prioritaire, avec des résultats attendus à la clé… jusqu’à relativiser pour ne pas dire secondariser les « offres de service » n° 4 et 5. Le problème n’est pas de contester cette logique, qui appelle à une mobilisation des professionnels en front-office, mais de constater que, succédant à une autre logique, elle d’ingénierie et subséquemment réclamant a minima du temps de réflexion, donc de back-office,  il y a là en une seule journée un joli paradoxe ou, plus exactement, un double bind, le « double lien » ou la « double contrainte » dont parlait Bateson. Il paraît que, confronté à deux injonctions contradictoires, le sujet s’en sort (façon de parler) par la schizophrénie. Dans « Les sept fantasmes de la politique de l’emploi », j’aurais pu il y a quatre ans exactement évoquer cette hypothèse démente (6). D’ici que les missions locales deviennent des hôpitaux de jour, il n’y a qu’un pas.

(1) « L’impertinence fructueuse d’Al ou l’inéluctabilité d’un référentiel propre aux missions locales… »

(2) Rappelons qu’à ce jour, du moins à ma connaissance, il n’existe même pas une définition univoque et partagée de ce qu’est l’insertion professionnelle et sociale !

(3) Si la diffusion des bonnes pratiques peut servir la dynamisation du réseau et l’amplification de l’innovation, elle n’apporte strictement aucune garantie sur l’homogénéisation et l’harmonisation des pratiques : chacun fait ce qui lui plaît, plaît, plaît… comme dit la chanson. A la limite même, se saisir des bonnes pratiques sera d’autant plus facile que la mission locale dispose d’un système de veille, d’une structuration interne d’un pôle ingénierie, toutes choses qui réclament une masse critique, alors que, à l’inverse, la mission locale plus petite n’aura pas cette possibilité (cf. la directrice de la mission locale de Dinan)… d’où un risque d’écart.

(4) Pierre Léna, « Notre vision du monde : quelques réflexions pour l’éducation », in Edgar Morin, Relier les connaissances. Le défi du XXIème siècle, 1999, Seuil, p. 45.

(5) « Vers une science qualitative. Entretien avec Brian Goodwin » in Réda Benkirane, La Complexité, vertiges et promesses, 2002, Le Pommier, p. 198.

(6) Ceci étant, si le leitmotiv de la DGEFP est l’accès à l’emploi durable, je reste persuadé que, là également, le double lien est patent : « Deuxième fantasme, l’emploi durable. Jamais, depuis que la précarité s’est répandue, le qualificatif de durable n’aura été autant utilisé. On lit certes dans des rapports officiels qu’il faut « apprendre aux gens à gérer la discontinuité », pourtant les politiques de l’emploi ne veulent entendre parler que d’emploi dit durable. » Ph. Labbé, « Les sept fantasmes des politiques de l’emploi », Le Monde, 10 mai 2006.

De la « performance globale » des missions locales

Publié: mai 17, 2010 dans Non classé

Le 5 février 2010, le secrétaire d’Etat chargé de l’emploi adressait à l’Inspection générale des finances un courrier de commande confiant à celle-ci une mission d’évaluation du réseau des missions locales articulée principalement sur sept points :

« L’attractivité des missions locales pour les jeunes et leur capacité à faire face à l’ensemble de leurs besoins ;

La qualité des accompagnements réalisés, ainsi que les méthodes employées {…} ;

Le fonctionnement et les résultats de la co-traitance avec Pôle emploi {…} ;

Les différents aspects de la gestion administrative, financière, humaine des missions locales ainsi que leur coût de fonctionnement, pour les différents financeurs y compris le GVT {glissement vieillesse technicité} et l’application de la convention collective ;

Les résultats globaux obtenus par un échantillon significatif de missions locales ;

La stabilisation juridique de l’outil de suivi des jeunes (Parcours 3) ;

La gouvernance globale du réseau et son articulation avec les différents dispositifs conventionnels qui lui permettent de fonctionner. »

Un premier questionnaire vient de parvenir dans les structures, exclusivement centré sur la gouvernance locale : 48 questions sur les instances – Conseil d’Administration et Bureau – où l’on notera (questions 15 à 18) des interrogations sur la place des jeunes dans celles-ci : « Les jeunes sont-ils représentés au bureau de la mission locale ? Sous quelles modalités ? » Etc. Même si il ne faut pas confondre démocraties représentative (ici, présence dans les instances délibératives, même à titre consultatif) et participative (par exemple via un conseil consultatif jeunes), ce type de questions révèle une évolution tout-à-fait positive dans la posture des modalités de relations entre une mission locale et ses usagers. Espérons que cela incitera les missions locales à amplifier le mouvement esquissé depuis peu d’implication des jeunes dans la vie des structures, implication qui ne peut se limiter à une enquête épisodique ou même régulière via par exemple un questionnaire satisfaction : « les jeunes au cœur de la structure », c’est nécessairement une dynamique de concertation où ceux-ci sont « parties prenantes » (stakeholders). Et cela ne peut que faire bouger les lignes, réinterroger les organisations, redonner du sens : « La conception de l’usager comme acteur et coproducteur de l’intervention sociale, même si elle correspond à des courants de pensée ancrés dans l’histoire, est encore relativement peu intégrée dans les modes d’exercice professionnel qu’elle modifie en profondeur. » (1)

La lettre de mission pour l’IGF est d’ailleurs rédigée « positivement » avec une introduction d’une part favorable (on pourrait traduire par « bienveillante ») aux missions locales  – « Les Missions Locales jouent un rôle majeur dans l’action des pouvoirs publics en faveur des jeunes… » –, d’autre part conforme au principe de l’approche globale – « … qu’il s’agisse de faciliter leur accès à l’emploi, au logement ou à la santé. Traitant globalement de l’ensemble des problèmes des jeunes, elles constituent un réseau original et dense… » –.

Performance…

L’évaluation des missions locales, « mettant en valeur les points forts et les points faibles », est présentée comme préparant les « différents scénarios d’évolution permettant d’améliorer sa performance globale… » Que le gouvernement s’appuie sur ce travail pour réfléchir à des scénarios d’évolution est logique et sensé… même si l’expression « performance globale » pourrait a priori heurter alors que cette notion est désormais rattachée à la thématique de la responsabilité sociale (ou sociétale) de l’entreprise (2) : « Le concept de performance globale est mobilisé dans la littérature managériale pour évaluer la mise en œuvre des stratégies de développement durable par les entreprises » (3) Sur la notion de « performance », on peut d’ailleurs retenir la définition proposée par Annick Bourguignon : « … la réalisation des objectifs organisationnels, quelles que soient la nature et la variété de ces objectifs. Cette réalisation peut se comprendre au sens strict (résultat, aboutissement) ou au sens large du processus qui mène au résultat (action)… .» (4) Faut-il préciser que le « sens large » est de loin préférable au « sens strict » et implique de ne pas exclusivement s’intéresser aux résultats mais d’inclure dans l’évaluation le contexte (tous les territoires ne disposent pas des mêmes atouts conditionnant les résultats), les ressources et leur organisation, enfin les réalisations (« processus »). A partir de cette conception d’un chaînage systémique (des « intrants », ce qui détermine en amont, aux « extrants », ce qui est produit en aval), on peut effectivement discuter et progresser bien au-delà des seuls indicateurs de n accès à l’emploi durable.

Le Centre des jeunes dirigeants (CJD), que de nombreuses missions locales connaissent, a proposé une définition de la performance globale :

« Qu’est-ce qu’une entreprise qui développe une performance globale ?

C’est une entreprise :

– qui se projette dans l’avenir et qui bâtit des stratégies à moyen terme (plutôt que sur le court terme) ;

– qui fait participer ses salariés à sa construction, à son évolution, à sa stratégie, à ses processus de décision ;

– qui conçoit le domaine des ressources humaines comme un domaine stratégique avec des préoccupations fortes d’épanouissement et d’employabilité des salariés ;

– qui développe de manière structurée le dialogue entre ses différentes parties prenantes ;

– qui fonde ses relations clients et fournisseurs sur une éthique équitable et durable ;

– qui met l’innovation au cœur de sa stratégie ;

– qui respecte son environnement ;

– qui a une forte préoccupation de la société civile et favorise l’implication de ses représentants dans la vie de la cité.

La performance globale n’est pas une série de bonnes actions, mais un engagement global et un arbitrage permanent. » (5)

Qualité…

On se souvient de Montaigne qui disait « Eduquer ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu. » Et si cette évaluation, à la fois ambitieuse et courte (quatre mois), était saisie non passivement en se contentant de répondre mais comme un déclencheur d’une réflexion plus en profondeur pour que – enfin ! – ce réseau des missions locales conçoive d’un « référentiel qualité » homogène tout en autorisant les singularités contextuelles et territoriales ?  « L’enjeu, pour les structures, est de réussir cette transition en s’y engageant rapidement – ce qui n’est pas simple –, en conformité avec les concepts-clés de la qualité (attentes des jeunes et exigences de société, fonctionnement en processus et évaluation…), enfin en cohérence avec leur identité professionnelle. C’est-à-dire sans réduire le fond à la forme, ni inverser la hiérarchie des fins et des moyens. » (6)

Probablement à suivre…

(1) IGAS, L’intervention sociale, un travail de proximité, 2005, Rapport annuel, p. 91.

(2) La responsabilité sociétale des entreprises est définie par la Commission européenne comme « l’intégration volontaire, par les entreprises, de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et à leurs relations avec leurs parties prenantes ». Livre vert, juillet 2001, p.8, http://www.ecologie.gouv.fr/article.php3?id_article=3925

(3) Capron M., Quairel-Lanoizelee F. 2005, « Evaluer les stratégies de développement durable des entreprises : l’utopie mobilisatrice de la performance globale », 2005, Journée Développement Durable- AIMS – IAE d’Aix-en- Provence, pp. 1-22.

(4) Bourguignon A., « Performance et contrôle de gestion », 2000, Encyclopédie de Comptabilité, Contrôle de gestion et Audit, Editions Economica.

(5) http://www.jeunesdirigeants.fr/Default.aspx?tabid=92

(6) Ph. Labbé, « Qualité et missions locales : encore un effort ! » in Les Bricoleurs de l’indicible. Structurer, densifier l’intervention sociale, 2004, tome 2, éditions Apogée, p. 64.