Archives de juillet, 2010

Maillot de bain

Publié: juillet 18, 2010 dans Non classé

Cette fois-ci, c’est décidé et ça durera jusqu’à la mi-août…


(librement inspiré de Hergé, Tintin au Congo, 1930, Casterman)

ON FERME !*

* sauf évènement nouveau.

Restaurer la confiance : l’enjeu de la citoyenneté

Publié: juillet 17, 2010 dans Non classé


L’AEF (Agence emploi formation) titre une dépêche du vendredi 16 juillet « Financement des politiques de l’emploi : la CFDT et la CGT dénoncent les « coupes » budgétaires prévues par le gouvernement ».

Le point de départ est toujours ce même document d’orientation budgétaire de l’État pour la période 2011-2013 (Note Budget Etat 2011-13), sur lequel Jean-Patrick Gille s’est exprimé (1), qui prévoit notamment des « gains de productivité importants » dans les structures du SPE (Pôle emploi, missions locales, opérateurs privés de placement…) qui s’ajouteront à « la suppression des moyens exceptionnels dont les dispositifs de la politique de l’emploi et de la formation ont bénéficié dans le cadre du plan de relance ».

Hache

« Ce n’est pas à coups de rabot, mais à coups de hache, que le gouvernement taille dans les budgets utiles au développement économique, à l’emploi et à la formation professionnelle », estime la CGT dans un communiqué, vendredi 16 juillet 2010. Cette rencontre a essentiellement été consacrée à la question de la ponction du FPSPP (Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels), prévue dans le budget 2011-2013 de l’État et vivement contestée par l’ensemble des partenaires sociaux. Elle a également permis d’aborder les mesures budgétaires annoncées par le gouvernement en matière d’emploi. « La réduction de la dette publique ne peut se faire sur le dos de l’emploi… qui lui-même est un élément essentiel de la réduction des déficits publics », s’inquiète dans un communiqué Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT. Il demande au gouvernement de « renoncer à ses projets de coupes sombres sur les politiques de l’emploi ».

« Les restrictions budgétaires annoncées pour le service public de l’emploi (Pôle emploi, missions locales, maisons de l’emploi…) se traduiront par une nouvelle dégradation du service rendu aux demandeurs d’emploi, et notamment aux jeunes », estime la CFDT, qui juge également « irresponsable » l’arrêt des mesures sur l’emploi du plan de relance alors que « les effets de la crise sur l’emploi se prolongeront en 2011 et au-delà ».
Par ailleurs, la baisse du nombre de contrats aidés, réduits de 400 000 à 340 000 en 2011, ainsi que la réduction du subventionnement par l’État, dont la participation aux salaires sera ramenée de 90 % à 80 %, « va pénaliser les chômeurs les plus éloignés de l’emploi », déplore la CFDT.

La CGT rappelle que les 1 000 CDD recrutés en renfort par Pôle emploi en 2010 ne seront pas reconduits, alors que « le chômage augmente, les conditions d’emploi se dégradent, et les services publics sont affaiblis ». La confédération juge trop « optimistes » les prévisions du gouvernement sur l’évolution de l’emploi en 2011 et propose « la suppression des exonérations concernant les heures supplémentaires, ainsi que les charges patronales » qui apporteraient un « supplément financier non négligeable », pour financer les politiques de l’emploi.

Confiance ?

« En qui peut-on avoir confiance ? » est la question posée par Dominique Schnapper qui signe une page entière dans Le Monde de jeudi 15 juillet. Dominique Schnapper est une « grande » sociologue, auteure de plusieurs ouvrages particulièrement éclairants sur la citoyenneté : La communauté des citoyens (1994, Gallimard), Qu’est-ce que la citoyenneté ? (2004, Gallimard), La démocratie providentielle (2002, Gallimard)… Dans cet article, elle pose donc la question de la confiance, rappelant que « la démocratie, comme l’économie de marché, repose sur la confiance… », et constatant un paradoxe de la modernité : « … nous dépendons plus que jamais étroitement des autres {…} alors que nous ne cessons d’affirmer notre irréductible individualité et notre droit à l’autonomie intellectuelle. » Cette femme qui fût membre du Conseil constitutionnel de 2001 à cette année note que, si « la transparence de la vie publique est une exigence démocratique… {elle} a son effet pervers, elle a affaibli le caractère sacré du pouvoir qu’entretenait le secret qui entourait le monarque. La transparence, qu’il s’agisse des politiques ou même des grands entrepreneurs ou des grands commis de l’Etat, nourrit plus la méfiance que la confiance », ajoutant – on sent le vécu d’une proximité – « Tous les êtres humains sont faillibles. Il n’est pas sûr qu’en les connaissant mieux on leur fasse une plus grande confiance. »

Faire progresser la compétence démocratique…

Cette contradiction entre une nécessaire confiance et « une société de défiance généralisée » apparaît évident avec Woerth-Bettencourt (politique-argent, intérêt général/intérêt privé) qui n’est pas le feuilleton de l’été mais une crise politique majeure sur fond, comme l’écrivait Ruwen Ogien, de panique morale, (2004, Grasset). Sauf à laisser filer avec l’improbable pari que tout s’éteindra et tout reprendra de plus belle, dès lors que le projet d’une mission locale est bien celui d’une « insersocialisation » (2) l’effort doit porter sur la citoyenneté qui, mettant en place les conditions de l’expression et du débat des jeunes avec les adultes dans les structures, réinsuffle par le dialogue de la confiance. Ceci ne coûte rien ou presque. Ceci constitue tant pour les jeunes que pour les professionnels un désenclavement du strict domaine de l’insertion professionnelle… oui, une réelle expertise à ne pas brader mais dont précisément cette caractéristique appelle corollairement le dialogue : plus l’expertise est affirmée, plus le risque est celui du monologue puisque le langage se spécialise et ne devient compréhensible et communiquant que pour les autres experts du même champ (3). « La société démocratique n’ignore pas les conflits et les rivalités, mieux, elle reconnaît qu’ils sont partie prenante de l’ordre légitime (…} et s’efforce de les gérer conformément aux règles communes. » (4) On verra si le prochain protocole choisit le mode « plan-plan » et « copier-coller » (5) de celui de 2005 ou si, face aux enjeux de transmission intergénérationnelle des fondements sociétaux, il parviendra à ne pas se cantonner pas au simple technique qui est une façon d’évacuer le politique : « Plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique régresse. » (6) Pour plusieurs, sans doute, cette ambition paraitra déconnectée des réalités, des alliances à nouer, des intérêts à défendre, des pré-carrés à baliser… peut-être de belles idées mais si éloignées du terrain ! Ce serait oublier que l’efficacité – que ces mêmes personnes prônent jusqu’à confondre une culture du résultat avec une obligation de résultats – est déterminée par le sens qu’individuellement et collectivement l’on trouve ou non dans l’exercice de son métier, qu’en amont du professionnalisme il y a la professionnalité, qu’il n’y a pire facteur d’inefficacité que l’instrumentalisation, que si le langage de la morale et du contrôle a été remplacé dans le social par celui du contrat et du projet (7), encore faut-il que les conditions contractuelles soient respectées et que le projet ne soit pas un fard sémantique de ce qui n’est qu’un programme.

A suivre donc…

(1) Sur ce blog, « Remettre en cause le financement des missions locales est une lourde erreur sociale, politique et économique… », 13 juillet 2010.

(2) Contraction pour l’occasion d’insertion et de socialisation.

(3) Ceci n’est pas contradictoire avec la nécessité de constituer, confirmer et communiquer des expertises en mission locale. Celles-ci répondent à la complexité croissante des problématiques, à l’impossibilité de savoir tout ou du moins suffisamment sur tout qu’appelle l’approche globale, à la crédibilité de la mission locale qui participe à des dynamiques partenariales avec des professionnels experts de leurs domaines. Cependant, plus on développe des expertises, par définition sériées, plus doivent être instaurés et renforcés des espaces de transversalité, de communication : l’organisation apprenante est matricielle, croisant verticalité et horizontalité, favorisant la migration des concepts, développant une intelligence partagée.

(4) Dominique Schnapper, Qu’est-ce que la citoyenneté ? 2000, Gallimard, p. 303.

(5) « Copier-Coller » par rapport à celui de 2000. J’en profite pour préciser que, dans ces deux protocoles et parmi les partenaires cités, la DRDFE et les chargées départementales, ainsi que les CIDF n’apparaissent pas. Oubli ?

(6) Edgar Morin, La tête bien faite. Repenser la réforme. Réformer la pensée, 1999, Seuil, p. 20.

(7) François Dubet, Le déclin de l’institution, 2002, Seuil, p. 345.

Orientation spécialisée ou systémique ?

Publié: juillet 16, 2010 dans Non classé

Voici deux contributions, l’une et l’autre de directeurs de missions locales. Elles sont, mappy (birthday) sous les yeux, distantes de 518 kms. Elles sont également quelque peu divergentes, une euphémisation, quant à la conception générale de ce que pourraient être demain ou après-demain les missions locales. Du grain à moudre pour le futur protocole et/ou les journées nationales des missions locales à l’automne ?

STOP ou SPOT…

Régis. « On peut dire STOP ou SPOT : service public d’orientation territorialisé où les missions locales doivent prendre une place importante…

STOP OU ENCORE… : des champs s’ouvrent, avec outre l’orientation professionnelle, l’accompagnement dans l’emploi et la lutte contre le décrochage scolaire, le service civique volontaire, le permis à 1 €, le micro-crédit personnel… c’est à l’aune de ce paysage élargi que les ML doivent s’entendre pour demander un financement à la hauteur de la quantité et de la qualité du travail fourni.

A approche globale, financement sérié : en étant trop dépendant du BOP 102 et donc de l’accès à l’emploi, l’étouffement est assuré surtout avec la place prise par Pôle emploi et les perspectives annoncées par le rapport Van Lerberghe…(1)

STOP car l’heure des vacances sonne… »

P.L. Jean qui rit (perspective des vacances ?) et Jean qui pleure (« étouffement ») ? « Des champs s’ouvr(irai)ent » avec, comme l’indique Régis, plusieurs actions… qui interrogent. Car, si d’un côté, on est face à une thématique qui peut constituer en elle-même un vrai domaine, l’orientation, et avec elle la prévention du décrochage scolaire, de l’autre on est plutôt sur une compilation d’actions (la compil’ de l’été ?) – le permis à 1 €, le micro-crédit, le service civique… – sans guère d’unité sinon un chapeau qu’à défaut de plus de précision on identifie comme « le social ». Or, si l’orientation est une mission explicitée dans tous les textes définissant ce que doivent faire les missions locales (la Charte de 1990, les deux protocoles, les circulaires DGEFP n°2004/024 du 18 août 2004 et n° 2007-26 du 12 octobre 2007 ), force est de constater qu’elle est loin d’être univoque, comme jambon coincé en sandwich entre les deux tranches de « l’information » et de « l’accompagnement » dans l’acronyme « AIOA »… désormais plus guttural, « RAIOA » (repérage, accueil, information, orientation, accompagnement). Orientation synonyme de pré-projet d’insertion professionnelle et sociale et/ou orientation vers d’autres services ou structures spécialisées ? (2) Logiquement et d’ailleurs intelligemment, le rapport Van Lerberghe reconfigure le partenariat de Pôle emploi à partir du territoire et de… (charité bien ordonnée) Pôle emploi, évidemment en plaçant celui-ci au centre d’un noyau réticulaire – non, il n’est pas écrit « tentaculaire » – dont les ramifications occupent tout le champ, en amont et en aval, au cœur et en périphérie, de l’emploi et de l’insertion. Y compris pour une orientation menottée comme on l’apprend dans le Canard enchaîné de cette semaine…

A cette occupation du terrain (sinon de bonne guerre, du moins logiquement anthropocentrée), s’ajoute le constat récurrent d’un déficit d’efficacité de l’orientation. Ainsi une étude publiée par l’Association des Régions de France, Entre ardente obligation et mission impossible, considère que l’AIO (accueil, information, orientation) est « traitée de manière paradoxale : elle est d’une part, relativement peu présente dans les PRDF et, d’autre part, elle fait l’objet d’un très large consensus sur la nécessité d’agir fortement dans ce domaine. Cela s’explique probablement par l’éparpillement des acteurs et la confusion des responsabilités de chacun. Ce consensus s’appuie sur le constat partagé d’une double carence : l’absence de réelle coordination au plan régional de l’AIO et l’absence quasi totale d’offre d’AIO pour les salariés. Parfois, s’ajoute une carence qualitative dans l’offre d’AIO en direction des jeunes et des demandeurs d’emploi. » (p. 107).

Régis le souligne, les missions locales doivent prendre une place importante dans ce Service public d’orientation territorialisé… c’est en tout cas ce qui apparaissait dans le Livre Vert où il est également écrit (proposition n° 19) « Ne pas faire des missions locales un simple auxiliaire de Pôle emploi » (p. 46).

Violons…

Il reste, semble-t-il, à accorder quelques violons tant d’un point de vue structurel et institutionnel (3) qu’à celui des pratiques. En tout cas, si le permis à 1 €, le micro-crédit, etc. représentent des fenêtres de désenclavement du BOP 102 (4), l’orientation justifierait qu’une « doctrine » stabilisée soit conçue, diffusée et partagée. Cette doctrine ne peut simplement être énoncée sauf à être purement intentionnelle, sinon incantatoire, mais elle doit apporter des éléments probants, c’est-à-dire des garanties de professionnalisme : en face (à Pôle emploi), il y a quand même quelques centaines de psychologues transfuges de l’AFPA… Les missions locales en ont-elles les moyens ? A cette question, il me semble qu’on ne peut répondre sans se déterminer sur l’une ou l’autre des conceptions de ce que doit être l’orientation. La première conception est celle d’une « orientation en soi », certes complémentaire des autres parties d’un champ, celui du parcours d’insertion professionnelle et sociale, mais devant être traitée spécifiquement avec des outils tout aussi spécifiques. La seconde conception est celle d’une « orientation systémique », indissociable du processus général qu’est l’insertion professionnelle et sociale. La conception « en soi » appelle une division du travail et des professionnels – experts outillés si ce n’est accrédités ; la conception « systémique » appelle une continuité du travail par les mêmes professionnels que ceux qui sont en responsabilité des parcours (« référents »). Entre ces deux approches, un critère discriminant : le temps. Car soit l’orientation intervient ponctuellement (un ou deux rendez-vous), soit elle est intégrée dans le parcours… ce qui, d’ailleurs, n’exclut pas des situations plus pointues recourant à des professionnels de structures spécialisées (CIBC, psychologues du travail, etc.).

Un grand service public de la jeunesse…

David. « D’accord avec Richard {en fait, Régis – 5), je l’ai d’ailleurs déjà soutenu sur ce blog pour sortir urgemment les ML du Service Public de l’Emploi de plus en plus assimilable au trou noir qu’est Pôle emploi ! Nous ne réussirons jamais l’alchimie permettant de multiplier les sorties en emploi durable quand le chômage explose pas plus que notre ministre du budget ne peut transformer le plomb en or (encore que… tout dépend avec qui…) ou le ministre de l’industrie être évalué à l’aune du nombre de tonnes d’acier mou produites par nos usines… J’adhère un peu moins vite à l’éventail de diversifications proposées rapidement par Richard {Régis} comme des alternatives, mais il y aurait beaucoup à dire sur chacune d’entre elles ! Ce qui nous fonde et ceux qui nous reconnaissent sont les jeunes ! Pourquoi pas un grand service public de la jeunesse dont nous serions l’un des pivots sur la dimension adulte et insertion, complémentairement à l’appareil éducatif sur les questions de l’orientation et du décrochage par exemple ? »

Be-bop (102)-a-Lula

PL. Malgré l’accord introductif avec Régis, c’est d’une toute autre position qu’il s’agit hormis un point commun, le désenclavement du strict champ de l’insertion professionnelle, qu’il s’agisse du SPE ou du BOP 102 (6)… Ecart également en ce qui concerne ces actions – « paysage élargi » pour un Régis plutôt appétent, « éventail de diversifications » pour un David plutôt circonspect – et l’orientation, ici confiée au système de formation initiale. Quant au « grand service public de la jeunesse » qui renoue avec la philosophie originelle des missions locales en constatant que, désormais, l’insertion est devenue une phase de transition quasi-généralisée à l’ensemble de la jeunesse, pourquoi pas ? Ce qui est certain c’est que cette configuration, radicalement nouvelle, déplacerait le périmètre des actions et des partenaires : de Pôle emploi à l’éducation populaire ou permanente… C’est Bertrand qui serait content !

D’un autre côté, il faut reconnaître que, sur bien des terrains, des missions locales parviennent à s’en sortir grâce à l’Etat – sans même tenir compte de la (relative) manne de cette année – et que sortir du SPE présente un risque : lorsqu’on voit les tensions qui s’exercent dans le secteur social, autant le concept de « grand service public de la jeunesse » est séduisant, autant on peut craindre que, sous l’effet du présentéisme, l’utilité immédiate, traduite malheureusement d’un point de vue purement statistique et strictement dans le champ de l’emploi, ne sauterait plus aux yeux et secondariserait le financement des missions locales. Un paradoxe vécu par les missions locales est que leur expertise se situe dans l’insertion professionnelle, qu’elles sont subséquemment subventionnées prioritairement sur cet axe, mais qu’elles persistent (avec raison) à l’inclure dans une approche globale… dont on peut se demander si, à part elles et une fois élaguées les belles déclarations d’intention, d’autres y tiennent. Il faudrait donc, hypothèse, maintenir/consolider/communiquer cette expertise d’insertion professionnelle mais progressivement se rapprocher des secteurs constitutifs de ce champ de la ou des jeunesses. Lorsque j’avance une définition de l’insertion comme processus visant l’intégration qui, elle-même, met en jeu le Sujet et son accomplissement (individuation), l’Acteur et son altérité (sociabilité), le Citoyen et son émancipation (citoyenneté), enfin le Producteur et son autosubsistance (économie), il n’y a pas d’autre dessein que de rétablir une interdépendance entre ces quatre personnages qui, se combinant, constituent l’originalité de chaque individu aujourd’hui morcellé ou même « en miettes ». Et, ainsi, de rechercher des complémentarités avec les différentes ramifications du social et de l’économique.

C’est dit… et il y a à redire. Ce n’est qu’un début.

(1) C’est le rapport pour une dynamique… de la commission présidée par Rose-Marie Van Lerberghe, Pôle emploi, avril 2010. Cette commission composée majoritairement de personnels de Pôle emploi s’est interrogée sur le partenariat et, en ce qui concerne les missions locales, on lira plus particulièrement les propositions 8 et 9 (p. 35) : « Proposition 8 : Pôle emploi pourrait s’appuyer sur son partenariat avec les Missions locales pour travailler plus systématiquement avec les administrations (protection judiciaire de la jeunesse) et associations (prévention spécialisée) qui s’adressent aux jeunes, de façon à faciliter le relais ou la coordination entre ces services spécialisés et Pôle emploi. Plus largement travailler en réseau y compris avec l’Education nationale est un levier pour construire une dynamique territoriale et pluridisciplinaire d’accompagnement des jeunes. » ; « Proposition 9 : Pôle emploi pourrait participer aux expérimentations visant à repérer et suivre les jeunes « décrocheurs » sortis (ou en passe de sortir) prématurément du système éducatif sans diplôme. L’objectif d’une telle démarche n’est pas de ramener systématiquement les « décrocheurs » vers le système scolaire, mais de les aider à construire un projet professionnel, en ayant notamment recours à l’alternance. Ces expérimentations doivent permettre de développer et formaliser des collaborations opérationnelles avec les structures susceptibles de repérer et mobiliser les jeunes les plus éloignés des dispositifs, telles que l’Education nationale, les travailleurs sociaux, les équipes de prévention spécialisée, les antennes jeunes, les centres sociaux, les MJC, les services départementaux de l’action sociale de l’enfance et de la santé, etc. Cela pourrait notamment impliquer le transfert des données de l’Education nationale vers Pôle emploi pour nouer le contact avec les jeunes. » Je ne sais pas mais j’ai comme un doute : les agents de Pôle emploi en « collaboration opérationnelle » (sic) avec les éducs de rue, avec les animateurs des centres sociaux ou des MJC ? Déjà, avec leurs petits copains des Assedic, une acculturation, mais alors là, pour une fois, je me sens comme une méduse sur le sable : deux acculturations synchrones ?

(2) Dans la circulaire du 18 août 2004 les tâches de l’orientation sont définies comme « Conduire des entretiens par des conseillers formés pour réaliser un diagnostic formalisé pour chaque jeune ; Conseiller et aider le jeune à effectuer des choix et à prendre des décisions, afin de construire avec lui son parcours d’insertion professionnelle ; Favoriser la connaissance du milieu du travail en organisant des rencontres, des débats avec des employeurs et des salariés, des visites d’entreprises ; Mener des opérations en faveur de l’élargissement des choix professionnels pour les femmes ; Valoriser l’alternance et notamment l’apprentissage et ses dispositifs d’accès ; Prescrire si nécessaire un bilan de compétences ou une prestation adaptée en cohérence avec le parcours du jeune et en étroite liaison avec les prestataires et partenaires. »

(3) Sur son blog Informer autrement et au moment de la publication du Livre vert, Christian Bensi interrogeait « Si les missions locales sont citées à plusieurs reprises dans la partie « Service public de l’orientation territorialisée », elles le sont davantage encore dans la partie « Ne laisser aucun jeune à l’abandon. » Dans ce chapitre, les missions locales ont pour mission d’assurer « la coordination d’ensemble des réponses apportées aux jeunes » au point de reprendre sur certains territoires, les interventions de la Mission générale d’insertion. La Mission locale devient l’interlocuteur principal et le coordonnateur unique des actions menées en direction de tous les jeunes qui sont éloignés de l’emploi et faiblement qualifiés. Dans cette partie, la proposition n° 18 envisage même la possibilité de développer « l’activité d’orientation des missions locales et le cas échéant le rapprochement avec les CIO. » De quel rapprochement s’agit-il puisque ces structures seraient déjà « rapprochées » au sein du SPOT ? Ou alors s’agit-il là d’une fusion qui ne dit pas son nom ? » Régis répond : «Des missions locales ont d’ores et déjà des réponses très organisées en termes d’orientation avec des prestations et outils spécifiques et des professionnels spécialisés (notamment psychologues du travail). Travaillant sur la sécurisation des parcours en alternance, il apparaît très vite que la construction du projet professionnel s’est largement limitée à la recherche d’une entreprise d’accueil, d’où la fragilité des situations. En complémentarité avec les autres acteurs, dont l’Education nationale, une offre de service territorialisée doit être mise en place pour que chaque jeune, chaque adulte trouve la réponse à ses besoins. »

(4) Budget opérationnel de programme « accès et retour à l’emploi ».

(5) Régis, guilleret et boute-en-train (toujours la perspective du maillot de bain ?), répond dans une seconde contribution : « Je ne suis pas trésorier, donc pas richard. » David, tout aussi impétrant pour animer les kermesses, lui répond : « Mes excuses à Régis pour le richard… ce qui ne l’empêche il me semble d’avoir du coeur (de lion) à l’ouvrage ! »

(6) Dans cette même seconde contribution, Régis ne s’oppose d’ailleurs pas à la logique d’une politique jeunesse : « Je ne parle pas d’alternatives, mais simplement d’axes de développement dans lesquels les missions locales ont une expertise et un savoir-faire, ont de nombreux éléments pour participer à des diagnostics territoriaux et à des plans d’actions concertées dans le cadre d’une véritable politique de la jeunesse et non d’une seule politique de l’emploi. Je n’oublierai pas dans ces perspectives l’accès aux sports et à la culture, éléments essentiels de construction de la personnalité… » Et il ajoute : « Un très bon travail a été élaboré dans le cadre du livre vert de la jeunesse par l’UNML, l’ANDML et les organisations syndicales… Dommage qu’il soit déjà rangé au rayon des bons souvenirs… Des travaux complémentaires auraient pu être engagés pour qu’à l’approche globale du jeune une approche globale en termes de politique de la jeunesse soit revendiquée. Les plans de relance et pour la jeunesse ont stoppé toute cette réflexion… avant d’être aussi stoppés. Le rouge est mis partout et même dans nos comptes très vite : c’est le temps des soldes, on brade tout… ! »

Rude (mais juste) épistémologie de trip(l)ette.

Publié: juillet 16, 2010 dans Non classé


Poulpe…

Toute honte bue, robe de bure, cendres sur la tête, chaine au cou, poitrine exposée et pieds nus… voilà ce qu’il me reste face à la – malheureusement – trop pertinente sagacité de Pioupiou 44. Je bats donc ma coulpe, pas mon poulpe (1), ou, comme l’exprime l’hebdomadaire palmipède paraissant le mercredi et qui fait son miel par les temps qui courent du naufrage des élites, « Pan sur le bec ! ». Hélas, cent fois hélas…

Tripes…

Pioupiou 44. « Je suis choqué par le fait que personne n’ait encore réagi sur le titre du premier paragraphe : Triplette avec l’expression « ne vaut pas triplette ». Je sais que nous sommes ici tous des admirateurs de Philippe mais quand même, on ne peut pas tout laisser passer ! Je le soupçonne d’avoir voulu nous faire un clin d’oeil pendant la période estivale… Explication.

Triplette : « La triplette est une bicyclette pour trois personnes. De la même manière qu’un tandem, les trois protagonistes sont l’un derrière l’autre et pédalent de manière synchrone. C’est un cycle très peu courant, et principalement fabriqué sur mesure ou commande.

Le film Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet reprend le nom de ce fabuleux cycle.

À la pétanque, la triplette définit une équipe constituée de trois joueurs. Les trois boules que chaque joueur possède au début de chacune des mènes. » (sur wikipedia)

Philippe veut nous inciter à jouer aux boules dans la mission locale ou à délaisser nos bureaux envahis par les jeunes pour faire du vélo (en triplette, 1 jeune devant, 1 jeune derrière et 1 pioupiou au milieu) en période estivale… mais l’expression est « ne vaut pas tripette »« Ca ne vaut pas tripette » : ça ne vaut rien.

« Tripette » est le diminutif de « tripe ». Ce mot existe depuis 1460 environ. Signifiant au début « petite tripe », il a pris depuis 1743 le sens de quelque chose « sans valeur ». En effet les tripes – les quatre morceaux d’un estomac d’herbivore ruminant – ne désignent pas quelque chose de forcément agréable, même si ce plat est très bon quand il est bien accommodé (comme les tripes à la mode de Caen par exemple).

Il est à noter que l’expression « ça ne vaut pas tripette » se retrouve dans beaucoup de patois dont le patois lorrain et ardennais sous la forme: « ça n’vaut mi tripette ».

Une origine moins certaine relie cette expression au champignon comestible et assez prisé le « clavaire », dit aussi « tripette » ou morille. Peut-être en effet qu’un plat peu agréable « ne vaut pas tripette » du fait de son mauvais goût… mais rien n’est sûr dans cette origine. Il me semble plus vraisemblable de rester sur la première explication en supposant simplement que ce champignon porte ce nom à cause de sa ressemblance avec les tripes (2.)

Vivre en intelligence avec les tripettes et en révolte contre leurs conséquences… »

PL. Ca sent les vacances… a good trip ! Ou « tripes »?

(1) Encore que tout pêcheur ou agent du contre espionnage sait qu’il faut battre le poulpe avant de le cuisiner.

(2) Sur http://www.mon-expression.info/ca-ne-vaut-pas-tripette

Dans un entretien à l’AEF, Jean-Patrick Gille, président de l’UNML, intervient à propos du document d’orientation sur le budget pluriannuel de l’État sur la période 2011-2013 dont il est question depuis quelques jours à partir, entre autres, du « pour tirer toutes les conséquences de la création d’un opérateur unifié (Pôle emploi), la participation de l’État dans les missions locales et les maisons de l’emploi sera réduite » et des fameux « gains de productivité ». Je reproduis comme tel l’article d’AEF…

AEF. Jean-Patrick Gille considère que dans la période actuelle cette annonce est une « très mauvaise nouvelle » qui va à l’encontre de l’intérêt des jeunes. « Le gouvernement devrait continuer l’effort qui a été entamé et faire de l’emploi des jeunes une priorité nationale », considère-t-il. L’UNML propose par ailleurs « à l’ensemble des parties prenantes de réfléchir »« la situation de la jeunesse » en France à l’occasion des « premières journées nationales des missions locales », organisées à Tours les 28 et 29 octobre 2010. aux questions de financement et d’organisation du réseau des missions locales, et plus largement sur

AEF : « Que pensez-vous de l’annonce par l’État de la réduction de sa participation dans les missions locales et de la fin des mesures exceptionnelles instaurées dans le cadre du plan jeunes ? »

Jean-Patrick Gille : « C’est une très mauvaise nouvelle, d’autant plus que nous sortons d’une période au cours de laquelle le réseau des missions locales avait été renforcé. Autant il y a un an et demi – deux ans, nous pouvions craindre de voir les missions locales absorbées soit par les maisons de l’emploi soit par Pôle emploi, autant depuis les travaux de la commission Hirsch sur la Jeunesse nos structures ont gagné en reconnaissance de leur action. Depuis ces travaux, un vrai travail partenarial et de confiance avait été institué avec le gouvernement, notamment sur les questions de finances. L’annonce faite ces jours-ci et que nous venons de découvrir est une vraie douche froide qui s’ajoute à deux autres nouvelles déstabilisantes pour le réseau. D’une part, le gouvernement a demandé au CNML de convoquer à Bercy fin septembre une rencontre nationale au cours de laquelle doit être signé un protocole 2010 des missions locales dont personne ne connaît le contenu. D’autre part, nous avons appris il y a une dizaine de jours que les missions locales ne pourraient plus prescrire de CIE aux jeunes. »

AEF : « Que pensez-vous de l’annonce par le président de la République de sa volonté de voir tous les jeunes sortant du système éducatif sans qualification pris en charge et se voient proposer « soit une formation soit un emploi » ? »

Jean-Patrick Gille : « Je comprends d’autant plus mal l’annonce de restriction budgétaire alors que le chômage des jeunes ne recule pas et que le président de la République annonce, et je m’en félicite, qu’il faut prendre en charge les jeunes dès la sortie du système scolaire dans le cadre de ce qu’on appelle les plates-formes anti-décrocheurs, au sein desquelles les missions locales, en tant qu’acteur pivot de l’accompagnement des jeunes, seront largement sollicitées. »

AEF : « Considérez-vous que cette annonce sur les financements est une remise en cause du réseau des missions locales ? »

Jean-Patrick Gille : « Je pense que cette décision est liée au plan de rigueur plus qu’à une volonté de mettre à mal les missions locales. Le rapport de la mission d’audit de l’IGF (Inspection générale des finances) qui devait être rendu cette semaine s’annonçait positif, tant pour l’organisation du réseau que pour son efficacité dans l’accompagnement des jeunes. Dans le contexte actuel, je ne peux qu’espérer sa publication prochaine même s’il semblerait que la rédaction de la partie consacrée à la gouvernance du réseau pose problème. L’UNML propose à l’ensemble des parties prenantes de réfléchir sur ces sujets de financement et d’organisation ainsi que sur la situation de la jeunesse dans notre pays lors des premières journées nationales des missions locales que l’UNML organisera à Tours les 28 et 29 octobre 2010. »

AEF : « La réduction des financements des missions locales est aussi une invitation à améliorer l’organisation du réseau et l’efficacité de ses interventions… »

Jean-Patrick Gille : « Face à la crise, ce n’est pas ce qu’il faut faire. Il faut au contraire investir dans l’accompagnement en faveur de l’emploi des jeunes, d’autant plus que le réseau des missions locales a fait face à la crise et plutôt bien. Le gouvernement devrait continuer l’effort qui a été entamé et faire de l’emploi des jeunes une priorité nationale. Au lieu de cela, on va vivre un effet de « stop and go » terrible sur les contrats aidés et sur le financement des structures. Alors qu’un consensus était apparu sur l’urgence pour la jeunesse, la société est actuellement focalisée par le débat sur les retraites et en oublie les autres sujets. Or, si on améliorait sensiblement la question de l’emploi des jeunes, on améliorerait en même temps l’équilibre du régime de retraite. Remettre en cause le financement des missions locales est une lourde erreur sociale, politique et économique. De plus, il faut remettre les choses en perspectives. La dotation de l’État pour les missions locales se monte à 182 millions d’euros, soit l’équivalent de ce que l’État n’a pas versé à Pôle emploi (187 millions d’euros sur le 1,36 milliard d’euros annuel prévu).On peut dire que l’État a déjà économisé l’équivalent de la dotation des missions locales ! »

AEF : « Quels effets ces baisses de financement pourraient avoir sur l’activité des missions locales et sur l’accompagnement des jeunes ? »

Jean-Patrick Gille : « Les structures se sont montrées responsables et prudentes avec les fonds alloués dans le cadre du plan jeunes. Les recrutements ont été faits principalement en CDD, mais la fin prématurée de ces financements, si elle était confirmée, aurait un impact important sur l’emploi dans les missions locales. Si les effectifs des structures devaient être revus à la baisse, du fait du non renouvellement des CDD, c’est la question du portefeuille de jeunes suivis par les conseillers qui se poserait à nouveau et, par extension, celle de la qualité de l’accompagnement des jeunes. Je m’interroge aussi sur le maintien du financement de l’augmentation de l’allocation interstitielle qui peut être servie dans le cadre du Civis. »

AEF : « Concrètement, quels ont été les effets de la crise sur l’activité de missions locales  ? »

Jean-Patrick Gille : « Le nombre de premiers accueils dans les missions locales est en augmentation constante depuis septembre 2008. Depuis le début de la crise, ce sont 25 % à 30 % de premiers accueils en plus que nos équipes ont à gérer. De plus, le profil des jeunes accueillis en mission locale a évolué. Nous recevons aujourd’hui plus de jeunes diplômés et plus de jeunes ayant une expérience professionnelle que précédemment. »

AEF : « Les CPO, mises en oeuvre en 2008 pour contractualiser les relations entre l’État et les missions locales, arrivent dans leur période d’évaluation. Quel bilan tirez-vous de ce dispositif ? »

Jean-Patrick Gille : « Par leur pluriannualité, les CPO ont stabilisé les financements des missions locales et ont sauvé le réseau à la fin du plan Borloo, fin 2009. Concrètement, la CPO consacre le mandatement des missions locales par l’État et elle a permis d’organiser un réel dialogue de gestion. Dialogue de gestion rendu possible par l’organisation régionale du réseau. Toutefois, la CPO ne doit pas représenter une finalité pour les missions locales, qui les enfermerait dans une pure approche gestionnaire, elle n’est qu’un outil. Il faut qu’elles redéveloppent leur projet associatif en parallèle, de manière à reprendre l’initiative quant à leur politique, leurs missions et leurs objectifs sur leur territoire. »

AEF : « La CGT missions locales s’est récemment inquiétée du nombre grandissant de fusions de missions locales et de maisons de l’emploi. Quelle est la position de l’UNML sur le sujet ? »

Jean-Patrick Gille : « Là où les deux structures se sont développées, il est normal qu’elles travaillent ensemble, d’autant plus que les maisons de l’emploi ne doivent plus faire d’accompagnement. Mais il ne faut pas aller jusqu’à la fusion juridique qui représente clairement un risque financier pour ces structures. Les présidents (de mission locale et de maison de l’emploi) qui fusionnent leurs structures espèrent souvent cumuler les deux budgets en réalisant des économies d’échelle. Or, au final, ils risquent de perdre une partie des subventions de la mission locale. Il ne faut pas perdre de vue que les fonds alloués aux missions locales sont très précisément fléchés vers l’accompagnement des jeunes. Et si l’État a un doute sur l’utilisation réelle de cette subvention, il peut tout à fait la remettre en cause. Il ne s’agit toutefois pas pour l’UNML d’opposer les deux types de structures qui ont en commun de défendre l’efficacité de l’approche territoriale en matière de politique de l’emploi. L’UNML considère que des fusions juridiques sont inutiles et peuvent se révéler dangereuses du point de vue financier et veillera à ce que l’ensemble du territoire national soit couvert par des missions locales. »

C’est dit… Plutôt bien, non ?

Pour une insertion darwiniste !

Publié: juillet 13, 2010 dans Non classé

Triplette (ne vaut pas)…

Je reviens sur ces « gains de productivité » (plusieurs contributions à « Nécessaire résistance » : cliquer en fin d’article) : que peuvent-ils être dans la tête des gestionnaires des politiques de l’emploi ? Sans trop de peine, on imagine, par exemple, que la pression va être mise à l’occasion de la prochaine CPO, 2011-2013, sur l’indicateur d’accès rapide à l’emploi durable (une récente enquête BPI apportera fort opportunément du grain à moudre). Passons sur ce voisinage entre « rapide » et « durable », même si l’on sait que généralement le durable ne s’obtient pas d’un claquement de doigt : qu’on se le tienne pour dit, l’expertise des praticiens ne vaut pas triplette à côté du rationalisme des décideurs et à l’éloge de la lenteur des premiers doit être opposé avec force et vigueur le volontarisme de l’accélération des seconds.

Deux facteurs facilitent l’emploi durable, exception faite du marché du travail qui, de toute façon, est la variable surdéterminante : la préparation du terrain, c’est-à-dire tout un travail d’ingénierie pour que la mission locale dispose d’un réseau éprouvé (pour la fiabilité et la confiance) et large d’entreprises (pour les opportunités) ; le fait que le jeune ne soit pas confronté à trop de difficultés de différents ordres (formation et qualification, problèmes sociaux, mobilité, etc.). A ceci s’ajoute la compétence d’orientation mais encore faut-il que 1) il existe des débouchés 2) l’ingénierie soit effective 3) le jeune soit « orientable »… ce qui nous renvoie à ces trois points.

Merlin (l’enchanteur)…

Ne revenons pas sur les offres du marché du travail : s’il n’est proposé que des contrats courts, à temps partiels, bref bizarrement dénommés « atypiques » alors qu’ils sont majoritaires, sauf à ce que les conseillers sortent armés d’une baguette magique de la forêt de Brocéliande (cotation au moins 15 avec un domaine de compétences « magie »), on ne voit pas très bien comment résoudre l’équation.

S’agissant d’un terrain labouré et, non seulement de la constitution d’un réseau d’entreprises, mais de son animation, son actualisation, son développement, ce travail de fond exige du temps, beaucoup de temps… qui est autant en moins pour l’accompagnement direct des jeunes vers l’emploi. Il faudrait donc synchroniquement passer plus de temps d’ingénierie et plus de temps d’accompagnement direct. On ne voit qu’une solution : décréter que, désormais, l’heure fera 90 minutes et, si cela ne suffit pas, la semaine 8 jours dont 6 ouvrables. Bien sûr à moyens constants, plus probablement diminuants. Si, malgré cela, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances, s’appuyant sur le critère (définitoire de la mission de service public, de telle façon  à ce que la morale soit sauve) de mutabilité, on pourra toujours pousser plus loin le curseur de l’heure et celui de la semaine, voire l’étendre au mois et à l’année. Reste à convaincre les partenaires sociaux qui doivent manquer d’imagination et de plasticité avec leur heure de 60 minutes, leur semaine de 7 jours, etc.

Sélection (naturelle)…

S’agissant de jeunes non confrontés à trop de difficultés, la solution est bien plus simple, pour ne pas dire limpide : il suffit en amont de sélectionner, d’organiser une partition entre « employables » et « inemployables ». Pour les premiers, l’accès toujours rapide à l’emploi toujours durable devrait satisfaire l’obligation de résultat ; pour les seconds, et bien il faudra se faire une raison. Voilà en effet pas mal de temps que le constat est fait d’une stratification de la société en quatre groupes de moins en moins poreux, l’ensemble étant animé d’un mouvement centrifuge : les « manipulateurs de symboles » à l’épicentre, ceux qui ont tous les capitaux pour réussir et qui, en tout état de cause, n’ont pas besoin de la mission locale ; les insiders, deuxième cercle des salariés en CDI disposant de protections sociales, qui fondent comme neige au soleil sous la double injonction de « Moins d’Etat, mieux d’Etat » et de la « flexibilité » ; les précaires, troisième cercle, en perpétuelle tension (pour boucler les fins de mois) et aussi perpétuelle concurrence (entre eux, avec les salariés en poste lorsqu’il s’agit d’intérimaires) ; enfin, on y arrive, les surnuméraires et outsiders pour lesquels il apparaît de plus en plus aléatoire et de moins en moins efficient en ces périodes de vaches maigres de mobiliser des pioupiou aux résultats incertains : autant les contingenter dans ce quatrième cercle de l’excentricité spatiale et sociale… et, pour se donner bonne conscience, leur accorder un revenu joliment baptisé « de citoyenneté » (plutôt que « de survie »). Avantage collatéral non négligeable : les emplois supprimés de pioupiou seront pour partie remplacés par des emplois de gardiennage et de sécurité (au cas où les surnuméraires voudraient franchir la frontière les séparant des précaires), ceux qu’André Gorz nommait « les emplois de la néodomesticité ».

Ronchons (idéalistes)…

Bon, bien sûr, cela ne se fera pas sans peine car il restera quelques réfractaires ronchons pour se rappeler que les missions locales ont été fondées sur un double principe d’équité – pour les jeunes et, parmi ceux-ci, pour ceux qui rencontrent le plus de difficultés – et que cette sélection mettrait en cause leurs valeurs et convictions mais, progressivement, ces résistants de la première heure devraient s’éteindre : la diminution annoncée des aides de l’Etat devrait être saisie po-si-ti-ve-ment, les licenciements de conseillers ciblant ces idéalistes. Là encore, restera à convaincre les partenaires sociaux que le critère d’ancienneté n’est pas pertinent pour protéger des licenciements mais que, au bénéfice de la dynamique générale du réseau, on ne garde que les jeunes moins pollués par les coquetteries du social (encore qu’il faille se méfier des jeunes !) et par des idées incongrues et obsolètes selon lesquelles une acculturation – ce qu’est une insertion – demande du temps sauf à secréter de l’anomie (= maladie sociale) ou que des parcours abîmés et scandés d’échecs (familiaux, scolaires, professionnels…) ne se contentent pas de patchs collés à la va-vite, etc.

Acrobate (à vélo)…

J’ai en mémoire ce garçon qui, lorsque son père revenait le soir en vélo après avoir siroté toute la journée son AAH, se moquait de lui avec sa bande : « Tiens, v’là l’acrobate ! » Rapportant cette histoire dans le tome 1 des Bricoleurs de l’indicible, j’écrivais en 2003 : « Comment a-t-il pu, ce jeune, remonter socialement, affectivement, en selle ? A quelles acrobaties a-t-il été contraint pour digérer sa participation lâche – et cependant obligée : ne pas perdre la face devant le groupe de ses pairs – à la dérision de son géniteur ? Or ce sont de plus en plus ces jeunes, avec des histoires inimaginables pour des parents « normaux », soucieux de l’éducation de leur progéniture (loisirs programmés, logiciels éducatifs, séjours linguistiques, rencontres régulières avec les enseignants et tartines de confiture au retour de l’école), vers lesquels les missions locales s’orientent : six mois, un an, dix-huit mois… pour remonter une pente qu’ils ont dévalée, sur laquelle ils se sont cabossés quinze-vingt ans durant ? »

Erreur, grossière erreur ! Accès rapide à l’emploi durable… ou relégation. Somme toute, une sélection naturelle.

Nécessaire résistance

Publié: juillet 12, 2010 dans Non classé

L’ami Michel Abhervé rapporte sur son blog la note diffusée par le Gouvernement, « Le budget pluriannuel de l’Etat 2011-2013 » dans laquelle il est écrit, au sujet du Service Public de l’Emploi :

« Plus généralement, des gains de productivité importants seront réalisés par les structures du service public de l’emploi (Pôle emploi, missions locales, opérateurs privés de placement…), outre la suppression des moyens exceptionnels dont ils ont bénéficié dans le cadre du plan de relance. Pour tirer toutes les conséquences de la création d’un opérateur unifié (Pôle emploi), la participation de l’État dans les missions locales et les maisons de l’emploi sera réduite ».

Michel commente avec justesse ceci et appelle à la « mobilisation »… malheureusement en juillet, mois dont on sait qu’il n’est guère propice à celle-ci : ôter puis sécher son maillot de bain, se rhabiller… pour aller où, avec qui ? On savait que les maisons de l’emploi avaient du plomb dans l’aile et que les reconventionnements allaient être un tamis à très-très fines mailles : peu passeraient… Les opérateurs privés de placement, en particulier avec le contrat d’autonomie d’une secrétaire d’Etat à l’esprit très familial, en particulier pour son logement de fonction, ont fait la démonstration d’une efficience – proportionnalité entre l’effort financier consenti et les résultats – pour le moins médiocre. Restent Pôle emploi et les missions locales qui vont devoir réaliser « des gains de productivité importants »… alors que la « participation de l’Etat dans les missions locales et les maisons de l’emploi sera réduite. »

Observations.

Carotte…

La première porte sur la logique de ce discours : dans la perspective du système, on s’attendrait à ce que ces « gains de productivité » soient corrélés à un effort particulier de l’Etat ou, tout au moins, au maintien de cet effort. Et bien pas du tout : il faut faire des « gains de productivité » et, de toute façon, la participation de l’Etat diminuera. On voit mal quelle serait la motivation de ces fainéants de pioupiou sachant que les dés sont jetés. Il y a dans ce qui est entrepris par l’Etat au plus haut niveau un abysse d’ignorance du b-a-ba managérial ou même du « comportementalisme pour les nuls » : le bâton et même pas la carotte… On touche le fond. « Au critère d’utilité par destination {…} qui, à lui seul, servait à caractériser la philosophie du service à rendre dans l’espace public et à justifier l’exigence de financements également publics (obligation de moyens), s’oppose désormais une norme de rationalisation de toutes les organisations, publiques ou privées, faite d’optimisation des ressources financières, techniques ou humaines, des gains de productivité et d’évaluations régulatrices selon les performances finales (obligation de résultat). Si la nouvelle approche force l’ouverture du champ, elle introduit surtout une révolution des représentations et des consciences dans et pour l’action publique, étendue aux organisations agissant par délégation. C’est la mise en concurrence des prestataires selon des procédures variables et rarement impartiales qui induit chez elles, dans un premier temps, le recours à des outils de communication, de lobbying et de marketing, puis ultérieurement la croyance dans le bien-fondé et l’inéluctabilité de tous ces instruments, en lieu et en place de l’éthique associative initiale. Il faut être entreprenants, copier l’entreprise, devenir une entreprise, même sans le profit. » (pp. 28-29). C’est Michel Chauvière dans un ouvrage dont le titre est pour le moins aujourd’hui approprié pour ce qui nous concerne, Trop de gestion tue le social. Essai sur une discrète chalandisation (2007, La Découverte).

Citron…

Seconde observation, des « gains de productivité ». Cela mérite un arrêt sur image. Ou une explication. Qu’est-ce que la productivité ? C’est le rapport entre le résultat obtenu et la quantité de travail produite : soit produire plus avec autant de salariés, soit produire autant avec le même nombre de salariés, soit encore produire plus avec moins de salariés. Les gains de productivité permettent de réaliser des profits plus importants, améliorent la compétitivité, réduisent les coûts de revient et se traduisent à court terme par des pertes d’emploi liées à la plus grande « efficacité » du travail. Les uns perdront leur emploi, les autres plus « chanceux » s’épuiseront sur la piste de On achève bien les chevaux : « Mais comment accepter l’idée que les gens ont à s’adapter aux règles du jeu économique, quel qu’en soit le prix subjectif ? Que le vécu, les sentiments, au fond tout ce qui spécifie l’être humain, doivent s’effacer devant la logique économique et la forme qu’elle prend dans la modernisation. Il faudra bien un jour que la société se reprenne et reconsidère sa hiérarchie des valeurs. Qu’elle accepte l’idée qu’avant l’économie et ses lois, il y a l’être social, comme elle est en train de découvrir peu à peu qu’il y a également les lois de la nature qui imposent des préoccupations écologiques, aussi restrictives soient-elles pour l’économie. »  C’est Danièle Linhart dans un ouvrage remarquable sur la fermeture des usines Chausson de Creil et ça s’appelle Perte d’emploi, perte de soi (2002, Erès). On saisit sans peine et immédiatement la conception qui anime les rédacteurs de cette note : le discours de l’entreprise le plus basique (comme même bon nombre d’entreprises n’osent même plus le tenir en s’habillant d’un vernis de préoccupations humanistes ou écologiques), l’application brutale des diktats économiques – ceux-là mêmes qui ont conduit à la crise : croissance, profit, productivité… – sans même un minimum conventionnel rhétorique, une considération des pioupiou comme « opérateurs », leur travail comme une « prestation » et leur missions comme des « offres de service », des citrons tout juste bons à être pressés… Et l’on s’interroge : n’a-t-on en fait pas affaire à des krypto-gauchistes qui, sous couvert du label gouvernemental (UMP), soufflent sur les braises ? Hypothèse farfelue ? C’est pourtant à se demander tant un tel niveau de d’inconscience apporte le maximum de garanties pour attiser le feu. A moins que, si assurés de leur force ou si imprégnés de leur idéologie, ces « Grands » considèrent que les hypothétiques réactions des « Petits » ne seront que quantité négligeable.

Papillon…

Lorsque je vois des pioupiou, mais également, oui, des directions et des administrateurs de mission locale, qui tentent de remettre du sens dans le travail avec les jeunes, lorsque je vois ces derniers piétiner de stages en emplois aidés et suer sur des CV, et que je décrypte – sans difficulté aucune tant l’idéologie est limpide – un tel cynisme, j’en viens à douter des possibilités de faire évoluer intelligemment – conformément à l’esprit de l’éducation populaire – un tel système et de l’hypothèse optimiste de la « métamorphose » d’Edgar Morin selon laquelle la chenille va se détruire pour permettre au papillon de s’envoler : « … un système qui n’arrive pas à traiter ses problèmes vitaux, ou bien se désintègre, ou bien arrive à se métamorphoser en un métasystème plus riche, plus complexe, capable de traiter ses problèmes. » (E. Morin, L’an I de l’ère écologique et dialogue avec Nicolas Hulot, 2007, Taillandier). Je commentais cette métaphore en écrivant dans « Bien sous tout Rapport » : « La question de la place des missions locales et de l’insertion des jeunes est donc à nouveau posée. » (Bertrand Schwartz, Rapport sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes. 1981 : Naissance de l’insertion, 2007, Apogée). Le répit pour les missions locales aura donc été de courte durée…

L’appel à la mobilisation de Michel ne peut être qu’un article sur un blog et doit trouver un écho : sauf à abdiquer d’une identité et d’une professionnalité, on ne peut rester sans résistance – après avoir été abreuvé de l’Appel du 18 juin – d’autant plus que nous n’en sommes qu’au début de la « RGPP 2 » (révision générale des politiques publiques). Je m’étais fait l’écho il y a déjà plusieurs mois d’un mouvement dont la charte L’appel des appels, à ce jour, a recueilli 82 732 signataires. Je la reproduis ci-dessous. A défaut de mobilisation immédiate, une bouteille à la mer. Donc en phase avec la trêve des maillots de bain si vous êtes en bord de mer. Ce sera toujours ça de fait en attendant.

CHARTE DE L’APPEL DES APPELS

Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social.

Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.

Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l’argent et la peur de l’autre,

Face à la souffrance sociale que cette idéologie génère,

Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses,

Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles,

Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures managériales et sécuritaires,

Face à la désignation à la vindicte collective de citoyens toujours plus nombreux,

Face à l’abandon progressif des plus fragiles parmi nous…

Nous entendons lutter contre toute politique qui liquide les principes de droit et les valeurs de notre démocratie, issus des Lumières et du Conseil National de la Résistance.

Avec tous ceux et celles qui nous rejoignent, nous nous engageons à :

• faire le lien entre toutes les réflexions, les initiatives et les mobilisations dans l’esprit de notre appel et les amplifier ;

• constituer un espace public de vigilance vers lequel remonteront les analyses et propositions de professionnels et de citoyens ;

• relayer, par nos comités locaux, notre site Internet et nos actions une parole qui échappe aux processus de normalisation, afin de promouvoir une éthique citoyenne, fondée sur le respect de la dignité humaine comme des libertés publiques et individuelles ;

• construire, en liaison avec les associations et les partenaires qui le souhaitent, un espace d’analyse des politiques fondées sur le culte de la performance et de la norme dont les corollaires sont la peur, l’exclusion, voire l’élimination ;

• donner le plus grand retentissement à tous ceux qui organisent une résistance responsable et non violente aux politiques en cours ;

• soutenir et multiplier les actions visant à dénoncer et combattre les dispositifs de servitude, les atteintes aux libertés fondamentales et la dénaturation de nos métiers ;

• exiger des instances constituées – partis politiques, syndicats, pouvoirs publics – qu’elles s’opposent, par des réponses adaptées, à la démolition des valeurs pour lesquelles nous nous battons.

Décidés à combattre une idéologie de la norme et de la performance qui exige notre soumission et augure d’une civilisation inique et destructrice de l’humain, nous voulons réinventer une société de libertés, de droits, de justice et d’hospitalité.

Collectif national de l’Appel des appels – 24 février 2009

Frémissements…

Plutôt positif, ça bouge même en juillet : quelques heures après avoir mis cette contribution en ligne, le « Flash n° 92 » du SYNAMI démontre que, face aux dernières annonces gouvernementales, la mobilisation s’organise. Je le reproduis infra. On se rejoint… ce qui me vaudra, plutôt que le crédit d’une promotion des missions locales, le soupçon de collusion avec les syndicats (cette fois-ci la CFDT : parfois c’est avec la CGT et Jean-Philippe, d’autres fois avec la CGC et Vincent, la variété délasse)… sauf que, si l’UNML ou le CNML démontraient la même réactivité vis-à-vis de ce qui est aujourd’hui un impératif de résistance, le traitement serait similaire…

SYNAMI : Projet de loi de finances 2011 : les classes moyennes et les plus démunis payeront la crise !

Pour le service public de l’emploi, le gouvernement promet de travailler plus, plus mal, moins nombreux, et moins payé avec une pression maximum aux chiffres !

C’est ce qui ressort des orientations budgétaires 2011/2013 présentées par le gouvernement et débattues le 6 juillet par l’Assemblée Nationale. Qu’on en juge :

· 4 milliards de moins d’aide sociale, d’allocations et subvention, dont restriction de l’accès à l’aide personnalisé au logement pour les étudiants malgré les énormes difficultés de logement ;

· Baisse des aides sur l’emploi à domicile ;

Bien que ces aides ont été l’une des rares mesures à créer des emplois, et alors que le gouvernement refuse de toucher à l’invraisemblable cadeau de 3 milliards fait à la restauration qui n’a produit aucune embauche…

· 60 000 contrats aidés en moins dès 2011, 200 000 en moins d’ici 2013, ce qui touchera de plein fouet les publics rencontrant le plus de difficultés à accéder à l’emploi.

· Poursuite de la baisse du nombre de fonctionnaire (- 31 000) et gel de leur salaire.

Alors que cette politique augmentera le nombre de personnes rencontrant des difficultés d’insertion sociale et professionnelle, ceux qui ont pour mission de les aider, non seulement ne verront pas leurs moyens augmenter pour faire face, mais devraient les voir diminuer !

En effet, dans la note de cadrage pour le budget pluriannuel 2011/2013, citons le passage sur notre secteur :

« Plus généralement, des gains de productivité importants seront réalisés par les structures du service public de l’emploi (Pôle emploi, missions locales, opérateurs privés de placement…), outre la suppression des moyens exceptionnels dont ils ont bénéficié dans le cadre du plan de relance. Pour tirer toutes les conséquences de la création d’un opérateur unifié (Pôle emploi), la participation de l’État dans les missions locales et les maisons de l’emploi sera réduite . »

Les crédits liés au plan de relance affectés aux ML étant de 51 millions d’€ en 2010, on doit en conclure qu’ils disparaissent purement et simplement.

Au revoir les conseillers embauchés dans ce cadre, merci d’avoir donné un coup de main durant quelques mois, mais maintenant, il faut aller à Pôle Emploi, côté guichet demandeurs d’emploi !

Ca tombe bien, Pôle-Emploi est en super forme, comme chacun le sait, et verrait donc, également, ses moyens diminuer. Son directeur général vient d’ailleurs de déclarer « Il est normal que Pôle emploi participe à la réduction des déficits publics », et « Nous travaillons sur l’adaptation des organisations pour permettre aux conseillers de faire face à cette charge ». Les personnels du Pôle emploi, et les demandeurs d’emploi, apprécierons cette combativité pour défendre un minimum de moyens.

Nous, en tout cas, nous défendrons les nôtres, d’autant plus que le texte est précis, l’Etat ne supprimerait pas que les fonds « plan de relance », mais baissera l’ensemble de sa participation pour les ML et les MdE. On doit donc s’attendre à une purge réelle et des baisses d’effectifs significatives.

Les jeunes, mais au-delà, tous les demandeurs d’emploi, seront ainsi fortement impactés.

Pour ce qui concerne les jeunes, rappelons que 35 millions d’euros alloués au CIVIS sont issus du plan de relance. Logiquement, ils devraient donc également disparaitre.

Comment peut-on décider de baisser ainsi les moyens d’interventions, pour lutter contre le chômage, alors qu’il est augmentation ?

Enfin, revenons sur cette 1ère phrase, « des gains de productivité importants seront réalisés par les structures … ». Qu’est-ce qu’un gain de productivité dans une ML ? Des entretiens déjà réduits à 30 minutes qui passeraient à 20 mn ? Des chiffres qui devraient augmenter quoiqu’il arrive, quelque soit la conjoncture, y compris avec une baisse du nombre de salariés ?

La pression aux chiffres est déjà considérable (et nous notons d’ailleurs que les sanctions, voire licenciements, liés aux saisies P3 commencent à tomber dans des ML)? Cela va donc empirer ? Pour cela, on pourra faire confiance aux Préfets. En effet, on a appris en juin une mesure mise en place discrètement, mais oh combien significative : Préfets et Sous-préfets pourront toucher, comme de vulgaires commerciaux, une prime considérable (entre 41 000 et 66 000€) en fonction, entre autres (il y a 2 autres indicateurs), du nombre de contrats aidés signés par les opérateurs du SPE sur leur territoire !

Il va falloir réagir et se défendre ! »

C’est dit.