Archives de janvier, 2012

Cohérence.

C’est un gros livre, 670 pages, signé de Vincent Fuchs et ça s’appelle rien de moins que Dictionnaire de l’emploi, de l’insertion et de la formation (Chronique Sociale, 2010). Question d’habitude et de test, on cherche « Insertion » et, page 352, on lit : « Ce terme d’ « insertion » est souvent utilisé par les acteurs locaux de l’emploi et par les décideurs publics, mais il reste un concept faible. Il laisse ainsi peu de place à la personne qui devient souvent « l’objet » d’actions d’insertion alors que c’est elle, dans les faits, qui est véritablement le sujet et l’acteur de son Parcours d’insertion. On lui préfèrera le terme d’ « intégration sociale ou professionnelle ». La notion d’intégration est plus participative, plus dynamique et elle implique une réciprocité entre la personne qui « s’intègre » et l’entreprise, la collectivité, l’association ou plus généralement la société qui « l’intègre » et ainsi s’enrichit. »

Et bien non, on ne lui préfèrera pas le terme d’intégration pour au moins deux raisons… sans compter le fait que dire de l’insertion qu’il faut lui préférer la notion d’intégration dans un dictionnaire qui s’annonce comme celui « de l’emploi, de l’insertion et de la formation » ne lasse pas d’étonner. Il eût fallu dans ce cas, appliquant son conseil à soi-même, baptiser l’ouvrage Dictionnaire de l’emploi, de l’intégration et de la formation… Question de cohérence.

Agent ou acteur.

La première est que la notion d’intégration n’implique pas nécessairement la participation. On peut être intégré dans un ensemble sans y participer autrement que par cette présence… sans bouger, comme incrusté. On peut remonter à Durkheim pour qui l’intégration d’un individu ou d’un groupe d’individus recouvre le fait que l’un ou l’autre ait trouvé sa place dans un même ensemble (collectivité, société), ce qui aboutit à la formation d’un ensemble cohérent… l’essentiel étant que tienne cet ensemble. Etre intégré peut signifier avoir intégré et – pour parler comme Pierre Bourdieu dont on célèbre le dixième anniversaire de sa mort – « incorporé » les normes dominantes, savoir se tenir à sa place – ce qui n’est pas exactement synonyme de participation et de dynamisme – comme cela peut signifier effectivement s’inclure dans un ensemble d’interactions, normes, valeurs en les faisant évoluer. Bref, l’intégration peut être active et positive, par exemple lorsque l’on parle d’une « intégration réussie en entreprise », mais aussi passive et guère signifiante d’émancipation. Résumons cette ambivalence en indiquant qu’un individu intégré peut être un agent agi par la vie comme il peut être un acteur agissant sa vie. Un engrenage ou une stratégie.

Processus – état, état – processus.

La seconde raison est qu’il ne s’agit pas d’opter pour l’insertion ou pour l’intégration, une notion se substituant à l’autre. Ce qui les distingue est que l’insertion est un « processus – état » alors que l’intégration est un « état – processus ». Que faut-il entendre par là ? Il serait sans doute plus facile et plus compréhensible de distinguer à partir de « processus » – l’insertion – et « état » – l’intégration -, le processus impliquant un début et une fin, cette dernière, si elle est heureuse, étant l’intégration. Mais les choses sont un peu plus compliquées parce que des parcours d’insertion s’allongent et, donc, deviennent un quasi-état permanent durant parfois plusieurs années (stabilité de l’instabilité) et que, d’autre part, avec la fin du modèle ternaire « formation – emploi – retraite » et les promesses de trajectoires discontinues, l’intégration devient aussi un processus (instabilité de la stabilité).

Barbecue.

On n’a donc pas à préférer l’intégration à l’insertion parce que les critiques exprimées dans les années 80-90 à l’insertion (« notion – valise », « concept fourre-tout »…) sont aujourd’hui et déjà depuis quelque temps tombées. L’insertion correspond à une période, plus ou moins longue selon les individus et leurs « capitaux » (économique, social, culturel, symbolique) mais également selon l’état du marché du travail, qui débouche sur l’intégration comprise comme une situation mieux stabilisée… même si désormais l’instabilité guette et menace les attributs symboliques de l’intégration, depuis le pavillon en zone rurbanisée avec le barbecue du dimanche jusqu’à l’appartenance solide parce durable dans des collectifs de travail.

Bis repetitas…

Cette insertion est professionnelle et sociale (« globale », « systémique », « holistique »…) parce qu’elle vise une intégration également professionnelle et sociale renvoyant aux deux piliers que sont l’indépendance économique (le Producteur qui subvient aux besoins) et l’autonomie sociale (le Sujet qui s’épanouit, l’Acteur qui se lie et le Citoyen qui s’émancipe). Mais, de tout cela, il a été maintes et maintes fois question… Au risque du rabâchage, on n’y reviendra donc pas.

Efficience.

Sur le blog de La machine à trier, dont il a déjà été question ici, on peut lire une déclaration de Xavier Bertrand : « L’emploi des jeunes doit passer à travers l’entreprise. Les contrats d’autonomie coûtent vraiment chers, alors que les missions locales ont un meilleur rapport coût/efficacité. » Les missions locales seraient désormais efficientes ! Grâce leur soit rendue. Il faut reconnaître au ministre une certaine adaptabilité ou, pour les esprits chagrins, une capacité de dire tout et son contraire. Mais, après tout, ne dit-on pas que ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent ? Des élections ?

Publication…

On trouvera ici un article de votre serviteur qui vient de paraître dans les ASH, ASH-27janv interview PhLabbé Insertion.

Bonne lecture.

Lectures

Publié: janvier 26, 2012 dans Au gré des lectures

Télérama publie chaque jour sur son site une courte chronique d’une personnalité, souvent du monde culturel, exprimant un avis sur l’élection présidentielle. Cela dure cent jours. C’est parfois drôle – aujourd’hui, par exemple, c’est la chanteuse Juliette avec une prescription médicamenteuse de 26 mg de paracétamol hollandais, 22 mg de Sarkozine Tremulans, etc.

A J-91, c’était Marie Pezé, psychanalyste, responsable du réseau Souffrance et Travail. Extrait :

{…} Je voterai plus volontiers pour chacun d’entre nous. Pour que chacun d’entre nous se saisisse, à son niveau individuel, de la dégradation de notre société. Pour que chacun d’entre nous se délivre de ses petits silences quotidiens, de ses petites cécités, des têtes tournées ailleurs quand il faudrait regarder. Sommes-nous indemnes de petits consentements, de petits égoïsmes ? Les citoyens épuisés, isolés que nous sommes sont devenus très dociles et opposent l’efficacité du dressage à toute action critique.

La peur a été si savamment distillée partout dans notre société que nous en sommes devenues les meilleures courroies de transmission. Il règne dans ce pays une conviction étrange reposant sur la certitude qu’un Français heureux risquerait de s’endormir et qu’il faut entretenir sa « précarité subjective », l’empêcher de se stabiliser dans sa vie, spatialement, géographiquement, émotionnellement, collectivement. Le chacun pour soi, la désagrégation des collectifs, la masse grandissante des chômeurs, la vision des SDF y contribuent. Cette peur sociale organise la société du consentement, de la capitulation, l’adhésion à des mises au ban pour sauver sa peau, sa place.

Je crois pourtant que se trouvent là de puissantes marges d’action à conquérir.

Alors assez de commissions, de rapports, de recherches, de réflexions, d’expertises, d’audits, de quantification. Politiques sournoises, intentions masquées, hiérarchies complices, fatalisme se conjuguent pour transformer ce pays en un champ stratégique ne visant que des résultats financiers. La fonction symbolique des institutions, de l’Etat, devrait permettre la régulation, la répartition des places et des rôles autour du travail réel pour redresser ce pays. Son recul nous entraîne vers les seuls objectifs quantitatifs ou de savoir-être comportementaux, stratégiques.

Nous sommes mis en concurrence les uns avec les autres, avec le salarié du bureau d’à côté et celui de l’usine à l’autre bout de la planète. Et avec nous même, devenu le chef d’équipe chargé de se fixer ses propres objectifs et le subordonné chargé de les atteindre ! Auto-entrepreneur de soi-même.

L’idée d’un monde qui ait du sens est une croyance fondamentale. La perdre nous pousse tous au désespoir. Alors donnons de la voix, toutes nos voix… »

Allez, en bonus, à recommander pour sa chute ou si l’on aime les macarons : « Une bonne raison de voter Sarkozy » de Frédéric Krivine.

A suivre…

 

Agir communicationnel.

Publié: janvier 24, 2012 dans Insertion/missions locales

Choix de lisibilité : de retour de Martinique après une semaine avec une équipe de FACE chaleureuse et imaginative, les commentaires des uns-unes et des autres en front-office tant le réflexe de cliquer sur la petite bulle en haut à droite n’est pas automatique…

Saugrenue.

Régis, le 13 janvier (« Quand le bâtiment va… ») : « Dans le genre des propositions saugrenues, celle d’Yvon Gattaz, ancien Président du MEDEF et Président, entre autres, de l’association Jeunesse et Entreprise et de celle des Entreprises de taille intermédiaire (P.L. Plus exactement l’Association des moyennes entreprises patrimoniales) :
« Pour favoriser l’emploi des jeunes, les deux associations proposent que soit créé un « contrat première insertion Jeunes » (CPIJ), un véritable contrat de travail qui se substituerait au RSA. L’entreprise toucherait une subvention (équivalente aux indemnités de chômage ou RSA) pour rémunérer le jeune salarié et serait partiellement exonérée de charges. »

Si le jeune bénéficie du RSA, c’est soit qu’il a plus de 25 ans, soit qu’il bénéficie du RSA jeune dont une des conditions est d’avoir travaillé 3214 heures au cours des trois dernières années – donc ce ne peut être un contrat première insertion et, en s’appuyant sur l’analyse du blog de Michel Abhervé, on sait que ce sont moins de 10 000 jeunes qui seraient concernés -, soit qu’il est parent isolé…

Bref, une annonce qui aurait peu, très peu de portée… mais entre l’effet d’annonce et la recherche de résultats opérants, quelle est la priorité ? »

P.L. Selon Wikipédia, Yvon Gattaz serait connu pour son humour, un certain nombre de citations lui étant prêtées, certaines médiocrement hilarantes (« Vite et bien »…), d’autres effectivement pertinentes, singulièrement celle-ci : « Le malheur est dans le prêt. »

Cegète.

Jean-Philippe, le 13 janvier (« Quand le bâtiment va… ») : « Une fois n’est pas coutume … Propagande ou pédagogie, à vous de juger. Je propose aux fidèles lecteurs d’aller jeter un œil sur un tract CGT au sujet du sommet « anti social » du 18 janvier prochain et sur deux dossiers complets de la CGT finances (des connaisseurs en la matière) : le premier… et le second

Machine.

Henriette, le 17 janvier (« Vœux d’ailleurs qu’ici. 4 ») : « Ce sujet est justement le thème d’un grand colloque organisé par la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi et Libération, ce jeudi 19 janvier 2012, entre 18h30 et 20h30, dans le grand amphithéâtre de l’ESCP Europe.

Autour des auteurs de La Machine à trier. Comment la France divise sa jeunesse, de Xavier Bertrand, le ministre du Travail, de Vincent Peillon, chargé des questions scolaires dans l’équipe de François Hollande, de chefs de grandes entreprises, d’acteurs de l’insertion et de jeunes d’horizons divers, ce sera l’occasion d’un grand débat de société pour proposer aux décideurs des solutions à un problème grave.

Pour y assister et participer, inscrivez-vous – ainsi que toute personne intéressée par le sujet – ici.

Sur le Blog ou sur le site web de Libération, vous pourrez suivre le débat en live, poser vos questions et faire part de vos commentaires à distance.

Nous comptons sur votre participation ! »

Vosgien.

Sébastien Bigaut, le 18 janvier (« Annonces ») : « Bonjour. 
Je découvre ce blog aujourd’hui, après avoir vu que vous proposiez une intervention en mars prochain à Nancy (PL : une communication sur le thème de l’accompagnement à l’Université).
 Je me permets simplement de signaler, pour celles et ceux qui souhaitent le découvrir, qu’il existe, dans les Vosges, un dispositif nommé « Jeunes Prêts à Bosser ». 
Il existe, sous différentes formes, depuis une quinzaine d’années et a déjà permis à plusieurs milliers de jeunes vosgiens d’être accompagnés vers l’emploi, la formation et l’autonomie en matière de recherche d’emploi. Il propose une méthode d’accompagnement novatrice et unique dans le paysage de l’insertion pro des jeunes. 
Je vous laisse le lien Internet et suis à votre disposition pour tout autre renseignement. »

sbigaut@cg88.fr
   03 29 29 89 65 »

Les anis de mes anis sont mes anis.

Piton de Pierre, le 19 janvier (« Annonces ») : « Bonjour à vous.

Quand le chat n’est la, les pioupious chantent.

Alors pour en finir avec les rabat-joie de l’ANI, j’ai trouvé la BOM (Boite à Outil Miracle) fournie par les signataires de l’ANI.Vous y trouverez :

– Le didacticiel sur l’information à donner aux jeunes afin qu’ils adhèrent à  ce dispositif ;

– Les programmes pédagogiques sur la prise en compte du collectif dans l’accompagnement individuel ;

– Les sources de financements de l’outil qui lèvent les freins à l’insertion ;

– Les fonds d’investissements individuels pour les jeunes qui intègrent la phase II ;

– Une ressource sur l’approche globale à visée emploi durable. »

Anicalement vôtre. »

On ne naît pas homme, on le devient…

Simon de Beauvoir, le 19 janvier (« Nouvelles du front ») : « C’est si beau le chauvinisme mâle… » puis : « … Et sachez qu’on peut ne pas aimer ET la domination masculine ET la droite… Mais sans doute que votre chauvinisme – donc- vous aveugle… »

P.L. Bon, j’avoue ne pas très bien comprendre de quel chauvinisme mâle il s’agit (tropisme mâle personnel ?) mais, probablement, d’autres saisiront…

Service public.

Régis, le 23 janvier (« Annonces ») : « Principe d’égalité de traitement : c’est un des fondements de notre droit administratif… ce qui ne l’empêche pas d’être constamment remis en cause.
Un des derniers exemples de cette remise en cause : l’organisation retenue par Pôle Emploi pour assurer le « traitement » des décrocheurs, suite à l’accord national interprofessionnel pour le public qui lui revient (= tous les jeunes ne répondant pas aux critères retenus pour l’APEC et les Missions locales). Pour éviter de remettre en cause une organisation déjà saturée par la montée du chômage, le choix a été fait de déployer des moyens supplémentaires uniquement sur quelques agences… Mais qui assure cet accompagnement voulu par les partenaires sociaux sur les autres territoires ?
La notion de service public a bien mal évolué… »

Dogons.

Et pour finir, la carte de vœux de Jean-Michel, « artiste peintre martiniquais »… et directeur de la Mission Locale Nord, sous la forme d’un tableau qu’il a peint, qui s’appelle « Les gardiens de secrets Dogon » et dont le texte de présentation se conclut par cette phrase : « Ces peuplades nous apprennent que l’homme reste une œuvre inachevée qui se construit jour après jour. La vie est un long apprentissage  qui à terme nous rend sage. » Somme toute, l’altérité et la ténacité – résilience, dit-on également – pour un chemin de sagesse. Mais, si la sagesse a à voir avec l’expérience, l’expérience a à voir avec l’expérimentation.

C’est dit.

 

Ankou

Il est des évènements qui vous font penser que vous égrenez un chapelet dont chaque bille serait un ami qui disparaît. Un jour ou l’autre, bien sûr, c’est de votre bille dont il est question. En attendant, ce sont « les autres », soit un ensemble de lurons avec lesquels on conjugue le passé définitif, le présent toujours trop rare pour cause d’occupations multiples et le futur des « il faut à tout prix qu’on se voit… on s’téléphone ? »

C’est cette fois le passé avec la disparition d’un coup, sans prévenir, de Bernard Thomas : une crise cardiaque dans le TGV Quimper – Montparnasse, l’axe breton. Jusqu’au bout, Bernard aura été un homme de coeur.

Enquête.

Il y aura bientôt quarante ans, Bernard s’était présenté chez moi un dimanche matin, très tôt du moins au regard de la soirée qui le précéda. Dans sa besace journalistique du Canard enchaîné, une recommandation de May Picqueray, directrice du Réfractaire, ex-collaboratrice de Louis Lecoing (l’homme qui, par une grève de la faim, avait fait céder de Gaulle et avait obtenu la reconnaissance du statut d’objecteur de conscience) et ex-correctrice du Canard enchaîné, pour l’aider dans une enquête sur un événement qui, en son temps, fut un facteur d’accroissement significatif de la natalité en Bretagne… le plasticage du relais de télévision Roc’h Trédudon, le 14 février 1974. Officiellement, des Pieds nickelés du Front de Libération de la Bretagne en étaient responsables… en fait, c’était l’armée en manœuvre nocturne, une version inédite des Bidasses en folie . Toujours est-il que les Bretons furent privés de l’étrange lucarne et compensèrent par un surinvestissement affectueux que d’aucuns qualifient de crapuleux dès lors qu’il se produit durant la sieste.

Avec Bernard, dans son manoir d’Esquibien d’où il écrivait sa chronique « Ça n’arrive qu’aux autres » pour l’hebdomadaire palmipède « paraissant le mercredi » (avec l’angoisse chaque lundi), le monde était réinventé chaque soir autour de sa table ouverte aux quatre vents des amitiés. Ca soufflait dur : les surmoi étaient solubles dans les bulles et les alcools plutôt tourbés, les moi y proliféraient… et cela pouvait donner des résultats. C’est ainsi qu’un de ces soirs fût imaginé un beau projet qui mobilisa deux mois durant les jeunes des quartiers populaires (DSQ) brestois pour figurer dans La croisade des enfants, téléfilm que Serge Moati réalisa à partir de l’ouvrage éponyme de Bernard Thomas (éditions Fayard, Paris, 1973). Serge Moati tînt promesse: la Première se déroula à Brest et un cinéma de Recouvrance ouvrit ses portes aux jeunes et à leurs parents sur leur trente-et-un.

Bernard est né à Brest une belle année, 1936. Il est mort ce 12 janvier après un sacré bout de chemin : du Magazine littéraire à L’Idiot international, du Canard enchaîné au Masque et la Plume, une quinzaine d’ouvrages…

Nous avions dîné en tête-à-tête il y a deux-trois mois à une bonne table italienne non loin de la Tour Eiffel, près de son pied-à-terre parisien. Coup franc de fourchette et de gosier même s’il trainait un peu la patte, il avait, bien entendu, plein de projets qu’il ne réalisera pas.

Kenavo, Bernard !

Annonces

Publié: janvier 14, 2012 dans Non classé
Principe de continuité.

Pour cause de déplacement professionnel sous les cocotiers antillais et, spécifiquement, martiniquais, ce blog ne sera ni actualisé, ni administré pendant une semaine, du 15 au 23 janvier. Pour certains, ce sera peut-être l’occasion de franchir le pas de lecteur à contributeur ; pour d’autres, contributeurs rôdés, leurs cogitations seront à lire dans les petites bulles en haut et à droite des articles. Pensez à cliquer s’il s’y trouve un chiffre : il n’y a rien à gagner… sinon de la réflexion ! Et c’est essentiel.

Merci aux uns et aux autres de suppléer à cette absence : il faudra bien un jour parvenir à une plateforme collaborative moins ad hominem ou intuiti personae ! Nous en prenons le chemin. Toujours est-il que je me proposais dans un précédent article d’aller un peu plus avant dans le rapport Joyandet. C’est inutile, l’ami Michel s’en étant parfaitement chargé. Rendez-vous donc sur son site pour ce commentaire… qui évite la lecture du rapport !

Lire pour être lu.

Je profite de cet article en forme d’annonce pour rappeler que la collection « Les panseurs sociaux » est preneuse de manuscrits pouvant s’inscrire dans sa thématique : social, insertion, jeunesse, politiques publiques de l’emploi et de la formation, dynamiques territoriales, développement local, innovations sociales… Il faut savoir que certaines maisons d’édition – dont de très connues – ne sont en fait que de l’impression à compte d’auteur. Or un livre c’est un auteur, un éditeur (avec une – c’est plus souvent une femme – correctrice), un imprimeur et un diffuseur : connaître et contrôler toute la chaîne, c’est se donner et donner des garanties sur la qualité de l’écriture. « Les panseurs sociaux » sont une collection des éditions Apogée , entreprise artisanale rennaise dont l’édition est le métier, qui sont diffusées nationalement par les Presses Universitaires de France.

L’écriture est une expérience passionnante, « faire un enfant, planter un arbre et écrire un livre » étant une belle trilogie existentielle.

A vos claviers !

Spécial copinage…

Les auditeurs de France Culture connaissent le nom de Clémentine Autain qui, entre autres participations à cette radio (indispensable), y tient une chronique hebdomadaire décapante. Elle est également gérante d’une société coopérative qui publie la revue Regards et qui dispose d’un site du même nom où tous les articles sont en libre consultation. Voilà – mensuel et blog – une lecture  à vraiment recommander… si l’on ne souhaite pas s’en tenir à laisser son « cerveau disponible » via les addictions à TF1 ou M6. Prolixe, Clémentine Autain signe dans Le Monde du 7 janvier un article « La coopérative est l’avenir de l’entreprise. La SCOP, une solution par temps de crise ». Rappelons que les SCOP s’inscrivent dans le vaste mouvement de l’économie sociale et solidaire (ESS), comme les associations et les mutuelles. Plus largement l’ESS, nourrie de l’éducation populaire, fût originellement la construction de réponses humaines et humanistes, mais également émancipatrices, constructives et offensives, à la « question ouvrière » des débuts de l’industrialisation : paupérisation, inculture… Un de ces jours nous retracerons cette histoire tant il est vrai que la période actuelle de confusion axiologique et de faillite démocratique appelle, pour que les bourgeons ne soient pas qu’un épiphénomène hivernal imputable au réchauffement climatique, que les racines irriguent de nouveaux rameaux. A ce propos, on peut s’accorder trois minutes en écoutant la chronique de Brice Couturier à propos de l’ouvrage L’oligarchie des incapables cosigné par Sophie Coignard et Romain Guibert. C’est limpide. sans appel.

SCOP…

« {…} L’idée de créer une société coopérative et participative apparaît de plus en plus comme une solution envisagée par les salariés d’entreprises menacées. Ce regain dit à la fois l’esprit de combativité qui résiste à l’air du temps, la soif de démocratie et l’envie de retrouver du sens à la production commune de richesses.

{…} La coopérative est une forme ancienne de société, mais elle trouve aujourd’hui toute sa modernité. Ce qu’elle met en jeu constitue, en ces temps de crise, une partie de la solution économique, industrielle et sociale. De plus en plus de salariés l’envisagent comme un recours quand leur entreprise est en difficulté ou quand se pose la question de la relève du patron historique – défi imminent pour des dizaines de milliers d’entreprises. Mais la SCOP n’est pas d’abord une solution pour faire face aux crises.

Des fleurons dans le secteur des services aux entreprises (Chèque Déjeuner), dans le secteur industriel (Acome), dans celui de l’ingénierie ou du bâtiment fonctionnent en SCOP, parfois depuis des décennies. Qu’on se le dise : la coopérative est souvent performante économiquement et solide dans la durée. Parce que le capital est majoritairement entre les mains des salariés, les SCOP ne se délocalisent pas. Parce que l’entreprise appartient aux salariés, ceux-ci vivent une expérience inédite, d’un grand intérêt pour eux-mêmes, ce qui donne du coeur à l’ouvrage.

{…} Même si, au quotidien, ce partage de la décision n’est pas une sinécure, bute sur les inégalités de capital culturel, sur les rapports de domination en tous genres, c’est dans cette originalité que réside son intérêt, sa pertinence pour l’avenir. Il faut savoir se défaire des a priori sur ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Quand il faut inventer, réajuster ou redéfinir le projet de l’entreprise, la mobilisation des salariés est un atout inestimable. Coopérateurs, ils y sont incités.

Les SCOP se déploient dans le marché réel. Elles n’ont pas, à elles seules, les réponses à tous les dérèglements du néolibéralisme, de la financiarisation de l’économie, de la concurrence au mépris du bien commun.

Mais elles doivent faire partie d’une politique qui cherche une alternative aux désordres actuels. Car dans les SCOP s’éprouve un autre partage des pouvoirs, des richesses et des savoirs. Nous sommes très nombreux à être très fiers et pleins d’espoir devant l’audace de tous ces salariés qui osent le projet coopératif. Ils méritent notre solidarité et le soutien de la puissance publique. »

Vidéosurveillance.

En bonus, un article signé Emmanuel Riondé paru dans Regards, également le 7 janvier : « Médiatrice culturelle vs vidéo-surveillance » (vs signifiant « versus », c’est-à-dire « à l’opposé »).

« Connaissez-vous Gaillac ? Non !

Cette charmante cité tarnaise a pourtant deux atouts : d’abord son vignoble à flanc de coteaux dont la production s’améliore chaque année ; et puis cet enfant du pays devenu un authentique « pipol » national : l’ex-sélectionneur du XV de France, ex ministre des Sports, garçon colérique surnommé « Eagle 4 », ci-devant Bernard Laporte. Du bon vin, une figure rugbystique, les 13 000 habitants de Gaillac ont donc tout pour être heureux. D’autant que la mairie est socialiste et que la ville – située sur l’axe Albi-Toulouse, au coeur d’une région dynamique et prisée – est dotée d’une MJC récemment refaite à neuf. Le bonheur, on vous dit.

Mais rien n’est parfait. La MJC, fréquentée toute l’année par environ 200 jeunes, vient ainsi de se séparer d’une médiatrice culturelle. Pas le choix : la mairie refusant de compenser les baisses de subvention, la structure a dû se résoudre à réduire son effectif. Le genre de dégraissage dont on entend beaucoup parler ces temps-ci dans le champ socioculturel et de l’éducation populaire. Seulement voilà, dans le même temps, la MJC de Gaillac s’est dotée de huit caméras de vidéo-surveillance… Pour zieuter un site qu’on a du mal à imaginer comme étant la cible d’un banditisme féroce. Coût de l’opération : environ 25 000 euros, soit, grosso modo, un an de salaire brut d’une médiatrice culturelle. Si ça ne s’appelle pas un choix de société, ça… »

Sirop.

Banale illustration d’une société qui, de sociale, dérive vers le pénal… sans pour autant être économe de discours (un peu sirupeux) sur l’accompagnement. Faut-il le préciser ? En analysant les budgets municipaux, on remarquerait un fossé abyssal  dans bien des cas entre le déclaratif – « Les jeunes, une priorité absolue ! » – et la réalité – quelles subventions pour qui, pour quoi ? –. Les collectivités territoriales sont financièrement prises à la gorge ? Sans doute. Raison de plus pour que s’exerce une vigilance sur leurs choix. C’est une question d’éthique de responsabilité, comme l’aurait dit Max Weber. Ceci étant, par les temps qui courent, l’éthique…

A suivre…

Economie en berne.

La Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), qui représente 380 000 entreprises et un peu moins d’un million de salariés (dont 80 000 apprentis), vient de publier un Livre Blanc capeb_livre-blanc (68 pages) au regard de ses prévisions pour l’année 2012, soit entre 2 000 et 3 000 emplois supprimés hors intérim. Pour l’ensemble de la filière bâtiment, incluant le BTP, 30 000 emplois seraient menacés en incluant les intérimaires. « Il est à craindre que la baisse d’activité du bâtiment s’amplifie en 2013 avec un impact sur l’emploi encore plus conséquent qu’en 2012. » Les causes avancées sont « une économie en berne », des charges trop élevées, la concurrence du régime des auto-entrepreneurs, la TVA, les procédures administratives trop lourdes…

L’édition de ce Livre blanc n’arrive pas par hasard, son titre étant pour le moins explicite, Elections présidentielles et législatives 2012. Il s’agit donc de faire pression : donnant – donnant, bulletins de vote contre concessions… Patrick Liebus, président de la Capeb, ouvre ainsi l’introduction de ce document : « À l’occasion des élections présidentielles et législatives de 2012, la CAPEB a rédigé un Livre Blanc destiné à interpeller l’ensemble des formations politiques et des élus sur les grandes préoccupations des entreprises artisanales du bâtiment. »

Charges.

Subséquemment, la Capeb expose quelques préconisations telles qu’« une évolution de la fiscalité des carburants » et – tiens, ce n’est pas un hasard – « une TVA sociale aboutissant à moins taxer le travail et à favoriser l’emploi ». Rappelons que les « charges » dont se plaignent les organisations patronales sont, d’une part, les propriétés sociales collectives qui permettent d’être soigné, de disposer d’une retraite, etc.  et, d’autre part, le fruit du travail des salariés. On aurait tendance à l’oublier en parlant de « charges » comme s’il s’agissait de dépenses qui pesaient inopportunément sur les budgets des entreprises. Ce même type de raisonnement s’applique pour les fonctionnaires, encore une fois des « charges », comme si ceux-ci ne produisaient pas des services et comme si leurs revenus n’étaient pas réinjectés dans l’économie : les fonctionnaires sont également des consommateurs et, à l’échelle micro, les premiers à les stigmatiser sont les premiers à geindre lorsqu’est annoncé la fermeture d’un établissement public ou le départ d’un régiment.

Une préconisation ne lassera pas d’étonner puisque, passé le constat d’un infléchissement prévu, la confédération veut que le reclassement de demandeurs d’emploi vers la construction soit favorisé par Pôle emploi : « Bien que le nombre de demandeurs d’emploi reste important, les entreprises artisanales du bâtiment demeurent confrontées à des difficultés de recrutement de main-d’œuvre qualifiée.

Cette insuffisance pourrait être amoindrie si Pôle Emploi favorisait le reclassement de demandeurs d’emploi en leur permettant de se former pour adapter leurs compétences aux besoins des professions du bâtiment. L’existence systématique de correspondants bâtiment dans les agences locales de Pôle Emploi contribuerait à ce nécessaire rapprochement entre l’offre et la demande. »

Sociostroumpf.

On s’interroge à ce moment sur la cohérence interne entre l’annonce ou la menace de suppressions d’emplois dans le bâtiment et l’orientation des demandeurs d’emploi qualifiés vers ce même secteur… En effet, si le bâtiment est un secteur « en tension », la bonne solution n’est pas d’inverser le rapport « offre – demande » car on en connaît d’ores et déjà la conséquence : une accentuation de la sélectivité (renflouer « l’armée de réserve » en quelque sorte), le déclassement pour les uns surqualifiés et l’exclusion pour les autres moins ou non qualifiés. L’amélioration objective des conditions de travail et la rémunération sont les deux facteurs-clés… bien plus que « l’image » qui retient souvent l’attention : on peut multiplier les messages publicitaires mais, si concrètement sur le chantier l’écart entre ceux-ci et la réalité est abyssal, le marketing du bâtiment aura été fait en pure perte… sinon celle des communiquants. L’intérêt de cette focalisation sur l’image ou, plus chic car sociostroumpf, « les représentations » est double : c’est suffisamment flou pour créer du consensus autour du constat « les jeunes ont une mauvaise image du bâtiment » ; cela évite de traiter les vraies responsabilités : l’accueil, l’accompagnement, le tutorat, l’organisation du covoiturage pour résoudre les difficultés de déplacement sur des chantiers isolés, etc.

Copperfield.

L’amélioration des conditions de travail (pénibilité, hygiène, horaires…) a été effective dans les grandes entreprises du BTP mais demeure bien plus aléatoire dans les PME et TPE… a fortiori lorsqu’on descend les niveaux de sous-traitance : un ancien inspecteur du travail me disait avoir rencontré jusqu’à cinq niveaux de sous-traitances et, à ce dernier, des Noirs chargés de nettoyer des cuves de peinture sans aucun équipement de protection sinon des sacs poubelle pour emmailloter les mains… On a connu également dans un autre secteur, celui de la restauration, nombre de soutiers d’arrière-cuisine (parfois d’établissements prestigieux), sans-papiers et dotés de contrats de travail fantaisistes, redécouvrant le charme des modalités de travail dignes de David Copperfield.

– Bien entendu, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain et, dans le bâtiment comme ailleurs, dans de petites entreprises comme dans des grandes, on rencontre des chefs d’entreprise de grande qualité humaine et professionnelle, inspirés par leurs métiers, soucieux d’en assurer la transmission parfois avec l’esprit, la philosophie même, du compagnonnage.

– Bien entendu, rechercher non pas l’adéquation juste et parfaite, ointe de l’acronyme « GPEC » (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), mais une meilleure porosité entre offres et demandes est pertinent et pose la question de l’orientation… qui renvoie la responsabilité sur le système de formation et sur les intermédiaires de la politique de l’emploi. Or ces derniers multiplient les forums, les job dating, les informations collectives, les mobilisations pour des recrutements qui présentent une particularité : entre leur déclaration et leur réalisation, entre l’intention et la décision, ils fondent comme neige au soleil. Il faut une sacrée dose d’abnégation pour développer autant d’énergie pour d’aussi minces résultats…

De la même façon, si le secteur du bâtiment souhaite diversifier ses recrutements, il pourrait envisager une féminisation de ses métiers très majoritairement masculins. Aujourd’hui, on recense 85 000  salariées dans les entreprises représentées par la Capeb, soit 8,5% des effectifs. Mais on en est encore dans beaucoup de situations à des financements par le Service Public de l’Emploi d’aménagements spécifiques (toilettes, douches distinctes…) sur les chantiers. C’est la même puissance publique décriée pour le fatras administratif qu’elle fait peser sur les entreprises que l’on sait solliciter pour financer des aménagements dont le bénéfice revient exclusivement aux entreprises. On disait dans le temps « privatisation des bénéfices, socialisation des pertes ». On pourrait ajouter « socialisation des investissements ». On garde « privatisation des bénéfices », est-il besoin de le préciser ?

Grande cause nationale.

Oui, je sais, il va falloir parler du rapport Joyandet, L’emploi des jeunes. Grande cause nationale, qui vient d’être remis au président de la République. Quatre-vingt-huit pages, ce n’est pas sorcier à lire. Sauf que certaines phrases demandent à être relues plusieurs fois car, les découvrant, on se dit dans sa tête : « Mais qu’est-ce que cela veut dire ? » Ainsi, par exemple, page 26 :

« Le sort des missions locales oscille entre leur vocation initiale, les publics en difficultés, et l’éventuelle prise en charge généraliste des jeunes demandeurs d’emploi, option non retenue à ce jour mais parfois envisagée. » J’avoue me sentir comme une poule devant un couteau face au « sort », à « l’éventuelle prise en charge généraliste », à l’« option non retenue à ce jour mais parfois envisagée »… Soit, à vue de nez, 80% de cette phrase. Un peu plus bas, même page, on peut lire : « Concrètement, l’outil majeur des missions est l’attribution à des jeunes en échec scolaire ou social du CIVIS, accompagné d’une allocation financière. » Attribution du CIVIS… Est-ce ainsi que l’on cause dans les missions locales ? Il est temps d’envisager un recyclage.

A suivre…