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Ci-dessous une interview parue le 5 décembre dans Le Canard Social, un site d’information des Pays de la Loire dont l’objet central, comme on s’en doute, est « le social ». On peut aller fureter sur ce site : on y trouvera plein de choses intéressantes… Il est possible de s’inscrire pour un essai d’une semaine et, si le cœur s’allie à la raison, s’abonner. C’est 9 euros par mois.

L’interview… (1)

Philippe Labbé est sociologue. Il estime qu’il faut que les mondes de l’économie et du social doivent davantage converger.

Le sociologue Philippe Labbé est spécialiste des questions d’insertion professionnelle au cabinet Pennec installé à Rennes. Il est régulièrement sollicité par les acteurs de l’IAE, comme le Réseau 44 de l’insertion qui planche en ce moment sur les rapports entre économie et social. Philippe Labbé invite les professionnels à « sortir la tête du guidon » pour retrouver du sens.

Le Canard Social : « Vous dites que des raisons culturelles opposent l’économique et le social. Lesquelles ? »

Philippe Labbé : « Ce sont de vieilles histoires. Dans les représentations des travailleurs sociaux, l’argent est considéré comme n’étant pas très propre et source de cupidité. Le social fait référence à la pureté de l’abnégation. A contrario, les logiques économiques considèrent que le social est une coquetterie intellectuelle : la théorie libérale veut que chaque individu soit rationnel, froid et agisse pour son propre intérêt. »

LCS : « Et vous battez en brèche ces oppositions… »

Philippe Labbé : « Ce sont évidemment des schémas faux : l’économique et le social sont condamnés à vivre ensemble. Travailler dans l’insertion, c’est travailler avec la nature humaine. Ne la traiter que sous l’angle économique, c’est l’instrumentaliser en niant les difficultés sociales. A contrario, l’autonomie sociale se trouve au prix d’une indépendance économique. Seulement, il y a aujourd’hui une hégémonie de la sphère économique, la dimension sociale n’est plus assez financée. Et ce sont des nonagénaires comme Stéphane Hessel ou Edgar Morin qui doivent rappeler que le sens de la vie ne se résume pas au produit. »

LCS : « Les structures d’insertion, précisément, sont touchées par cette idéologie dominante ? »

Philippe Labbé : « L’État raisonne avec une approche sectorielle, qui ne met en avant que l’emploi alors qu’il recouvre d’autres dimensions comme le logement ou la mobilité. Les pouvoirs publics doivent accepter le principe holistique au lieu d’être porté par une idéologie étriquée, celle du rationalisme, celle de l’homo œconomicus. On est aujourd’hui dans une situation paradoxale : malgré l’explosion du chômage, le projet de loi de finances de 2012 inscrit une diminution de 13% des crédits alloués à l’ensemble de la politique de l’emploi ! Et le budget consacré à l’indemnisation des chômeurs est amputé de 36% ! L’action sociale est de moins en moins prise en compte et tous les opérateurs subissent cette diminution des crédits. On continue à faire croire qu’il peut y avoir un accès rapide à un emploi durable alors qu’on le sait : la première cause du chômage, c’est le chômage lui-même parce qu’il désocialise. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans les Trente glorieuses mais dans les Quarante piteuses. »

LCS : « Y a-t-il, comme vous semblez l’affirmer, une perte de sens dans l’insertion ? »

Philippe Labbé : « Il y a en tout cas un risque de perte de sens. Travailler dans l’insertion comporte une dimension vocationnelle. On travaille avec de la nature humaine et non dans une logique quantitative. Les professionnels travaillent avec une telle pression sur les critères d’efficience, de performance et de concurrence les uns avec les autres, qu’ils ne s’y retrouvent plus. Les structures de l’Insertion par l’activité économique sont nées dans les réseaux de l’éducation populaire dans les années 1960-1970, autour de projets de transformation sociale. Il faut y revenir et réinsuffler du sens dans l’action sociale. Car ce n’est pas parce qu’on a de bons outils qu’on est un bon ouvrier, il faut aussi du sens pour faire correctement son métier. »

LCS : « Vous parlez aussi d’un déficit de réflexion sur les métiers de l’insertion. Pourquoi ? »

Philippe Labbé : « Parce que les professionnels n’ont pas le temps. Ils ont le nez dans le guidon, pour reprendre l’expression la plus commune aujourd’hui dans ce secteur. Ils ont une culture de la circulaire et n’ont plus le temps de lire et de réfléchir à leur métier ni de faire d’améliorer la qualité de l’accompagnement. Le temps, il le passe à gérer l’administratif. Cette bureaucratie de l’administration va en s’aggravant, notamment avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP) qui déstructure encore davantage les services de l’État. On est dans un postulat, dans un registre idéologique sur le principe que moins d’État, c’est mieux d’État. »

LCS : « Comment les structures d’insertion peuvent-elles mieux adapter leur offre de services ? »

Philippe Labbé : « Les structures d’insertion ne sont pas Atlas portant le monde sur leurs épaules. La logique veut qu’on fasse tout faire à ces professionnels. Si on veut qu’ils en fassent plus, il faut plus de moyens. Le monde de l’économie a l’habitude de payer et de faire payer tout un tas de prestations externes. Or, le social, lui, réalise toutes ces prestations de manière gracieuse. Il faut au contraire que les structures d’insertion facturent des prestations de conseil aux entreprises, d’aide au recrutement lorsqu’elles sont sollicitées, pour ne pas rester dans une logique de charité. Elles doivent éviter de rester dans l’entre-soi et faire en sorte que les deux mondes se rencontrent. Si elles continuent à accepter de tout faire, elles mettent en cause la crédibilité de leur travail. »

LCS : « Les structures d’insertion ont-elles vraiment le choix ? »

Philippe Labbé : « Elles doivent mettre en place une négociation avec les financeurs publics. Sinon, elles cèdent du terrain à une autre alternative qui consiste à laisser aux usagers une allocation de survie, à les faire rêver avec une addiction à TF1 ou à l’Euromillions en considérant que le travail social coûte trop cher. »

(1) Propos recueillis par David Prochasson. On vous fait grâce de la photo.

Suite et fin : 3ème partie de la conférence pour la Chambre régionale d’économie sociale des Pays de la Loire…

 

3. « Le discours de la méthode »

 A la question « L’économie sociale produit-elle de la valeur ajoutée ? », nous avons répondu positivement en distinguant trois catégories de valeurs ajoutées (directes individuelles, directes collectives, indirectes organisationnelles), elles-mêmes s’exprimant dans quatre sphères (économique, individuation, sociabilité, sociétal) et générant des capitaux économique, social, culturel et symbolique. Nous avons également constaté que, si l’évaluation de ces valeurs ajoutées était une préoccupation forte parmi les acteurs de l’économie sociale, les référentiels pullulaient, ne facilitant guère la mutualisation et la compréhension, voire obérant l’objectif de légitimation. Il n’est donc pas inutile en conclusion d’énoncer les quelques grands principes qui doivent guider l’évaluation dans l’économie sociale. Ces principes appartiennent, d’une part, à un registre d’ordre protocolaire (ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter), d’autre part à la nécessité d’aborder l’évaluation de l’utilité sociale selon un raisonnement systémique.

 

Première proposition : ce qu’il faut faire ou éviter… 

 

  • La démarche doit être endoformative, c’est-à-dire s’appuyer sur les ressources internes de la structure, l’évaluation ne devant pas être confondue avec un contrôle. Il s’agit donc de poursuivre deux objectifs finalisés concomitants : faire la démonstration de la production de valeurs ajoutées et développer une culture de l’évaluation.
  • Elle doit inclure les parties associées externes… Hormis l’autoévaluation (que l’on peut appeler un « audit de première partie »), toute démarche d’évaluation devrait prendre en compte, outre les parties associées internes (salariés, bénévoles, administrateurs…), les parties associées externes : pouvoirs publics et institutions finançant la structure, clients ou usagers, partenaires.
  • Elle doit garantir la publicité des référentiels… Un objectif de l’évaluation et, en amont, des référentiels d’organisation et d’évaluation est d’apporter des garanties, tant en interne qu’en externe, sur ce que réalise la structure. Il n’est pas concevable qu’un référentiel soit tenu secret puisque, ce faisant, sa dissimulation ne permet pas de valider l’évaluation… sinon sur le principe aveugle d’une quasi-foi. Le principe de l’assurance de la qualité « qui vise à donner confiance en ce que les exigences pour la qualité seront satisfaites » (ISO:9000) ne peut de toute évidence être garanti si les termes et le référentiel d’évaluation sont inconnus.
  • Elle gagne à être accompagnée… Y compris pour les démarches d’autoévaluation, il semble hasardeux de ne pas accompagner les évaluations par une personne extérieure qui peut appartenir au réseau auquel participe la structure mais qui n’en est pas une partie interne (1). Ce, du moins, pour l’apprentissage d’une démarche évaluative, compte-tenu des difficultés liées à la maîtrise de l’outil et pour toutes les évaluations à importance stratégique.
  • Enfin elle doit éviter le risque « iatrogénétique »… S’il apparaît incontestable que la méthode participative et endoformative d’une part garantit une cohérence interne avec les valeurs et les finalités des structures de l’économie sociale, d’autre part constitue une garantie d’appropriation que n’apporterait pas une logique hétéronome, existe un risque de se limiter aux processus sans parvenir à démontrer les valeurs ajoutées effectives, c’est-à-dire celles qui concernent les usagers, bénéficiaires ou clients. On serait en effet assez rapidement, avec un tel raisonnement, dans une conception de la structure « tournant sur elle-même », démontrant qu’elle parvient à bien s’organiser… sans pour autant que l’on objective ce pour quoi l’organisation existe. S’inspirant d’Ivan Illich (2), le risque peut être qualifié de « iatrogénétique », la iatrogenèse étant le fait de secréter sa propre maladie et, subséquemment, de mobiliser ses ressources non pour répondre aux besoins externes (qui justifient l’existence et l’activité de la structure) mais pour résoudre les problèmes que l’on s’est créés. Non que les structures secrètent de la maladie mais, si l’activité d’évaluation des valeurs ajoutées réside sinon essentiellement du moins prioritairement dans la démonstration de fonctionnements avec la – pourtant juste – ambition de les améliorer, on n’est guère éloigné d’une organisation autocentrée, mobilisant ses efforts (réflexion, ressources humaines et moyens financiers) pour prévenir et corriger des dysfonctionnements alors que, si bien sûr l’amélioration des processus est nécessaire, ce sont malgré tout les outputs qui peuvent prioritairement légitimer ou non la structure : être utile socialement, c’est être utile aux autres.

 Deuxième proposition : pour une évaluation systémique…

 Toute organisation peut se comprendre à partir d’une représentation simple et appropriable par tous les acteurs : le modèle systémique avec son chaînage « intrants à processus  à extrants » correspondant aux trois secteurs stratégiques de toute organisation, la veille, la production et l’évaluation.

En amont, les intrants (inputs) déterminent l’activité de la structure et correspondent…- au projet social (d’entreprise, associatif) ;- aux « exigences de société », c’est-à-dire les normes, conventions, cadres juridico-administratifs et légaux ;- enfin aux besoins des populations, du territoire et de ses composantes.

A l’échelle de l’entité, dans la cadre de son projet, différents processus sont mis en œuvre, mobilisant des ressources humaines, matérielles et immatérielles, financières, dont les quatre caractéristiques évaluatives principales sont la conformité vis-à-vis des exigences de société, la cohérence vis-à-vis du projet de structure, l’adéquation vis-à-vis des besoins objectivés et l’innovation au regard soit du projet qui l’inclut, soit de la nécessité de ne pas s’en tenir aux besoins explicites et implicites des usagers.

Enfin, en aval, les extrants correspondent aux valeurs ajoutées produites par la structure. Ces valeurs, définies précédemment, ajoutées sont immédiates (effets) ou différées (impacts).

 Ce sont ces trois objets principaux qui correspondent à l’évaluation de l’utilité sociale.Chacun d’entre eux appelle des critères et leurs indicateurs adossés. Cette sélection peut s’appuyer sur une batterie de critères pré-établis qu’il convient systématiquement de problématiser, c’est-à-dire de spécifier au regard des particularités de la structure, de son objet social et de l’importance stratégique qu’on leur accorde. Il en est de même pour les indicateurs. Cette problématisation, outre le fait qu’elle répond à l’obligation de spécification, correspond à l’appropriation par les acteurs de la démarche évaluative.

 

J’ai proposé vingt-cinq critères mais tous ne sont pas à mobiliser et, selon l’objet, on privilégiera tel ou tel critère. Cependant treize d’entre eux sont des critères points de passage obligé qui, s’ils n’étaient pas présents, invalideraient l’ensemble du dispositif évaluatif.

 

Critères

Questions évaluatives centrales (sur la base d’une action)

1.   Cohérence

Cette action est-elle en cohérence avec le projet de structure ?

2.   Conformité

Cette action est-elle conforme aux exigences de société, à la commande publique ?

3.   Décentration

Cette action est-elle fondée sur une objectivation des besoins ?

4.   Efficacité

Cette action atteint-elle les objectifs fixés ?

5.   Effectivité

Cette action est-elle conduite de la meilleure façon ?

6.   Efficience

Les résultats de cette action sont-ils à la hauteur des investissements consentis ?

7.   Equité

Cette action fait-elle plus pour ceux qui ont moins ?

8.   Innovation

Cette action est-elle innovante ?

9.   Démocratie interne

Cette action s’inscrit-elle dans un processus délibératif et participatif interne ?

10.          Environnement

Cette action participe-t-elle d’un souci de préservation de l’environnement, des ressources ?

11.          Égalité H-F

Cette action respecte-t-elle le principe de « politique intégrée » de l’égalité hommes-femmes ?

12.          Mixité sociale

Cette action produit-elle de l’altérité sur la base de l’inter (culturel générationnel, etc.) ?

13.          Viabilité économique

Cette action est-elle viable économiquement ?

 

 C’est ce référentiel et protocole qui vont être à présent testés sous l’égide de la Chambre régionale d’économie sociale des Pays de la Loire, une expérimentation sur site étant nécessaire de telle façon à adapter le modèle à l’hétérogénéité des particularités du secteur de l’économie sociale. La chronologie de cette expérimentation recouvre quatre grandes phases.

– Dans une logique de « bonnes pratiques », des visites sur trois sites qui ont progressé sur le thème de l’évaluation de l’utilité sociale permettront une première adaptation du modèle théorique.

– Y succèdera une expérimentation sur trois structures aux objets sociaux différents qui permettra une seconde adaptation du modèle.

– Une formation-action sera organisée avec une dizaine de représentants de structure, recouvrant trois séquences : un module de deux jours en face-à-face pédagogique de connaissance du modèle ; une intersession durant laquelle chaque participant testera dans sa structure le modèle ; un module de deux jours de restitution et de critique du modèle.

– Enfin la finalisation du modèle qui ne sera plus purement théorique mais aura été confronté et ajusté aux terrains.

 Au bout du compte, « Partir du petit vers le grand, du connu vers l’inconnu », c’est à dire à peu de choses près le troisième précepte du Discours de la Méthode  de René Descartes : « Conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degré jusqu’à la connaissance des plus composés… »


    

(1) Un enjeu commun à plusieurs réseaux est aujourd’hui de former des personnes pour disposer de ressources internes capables de réaliser cet accompagnement.

(2) Ivan Illich, Némésis Médicale. Paris, Seuil, 1975

Suite : 2ème partie de la conférence pour la Chambre régionale d’économie sociale des Pays de la Loire… 

2. Rapide synthèse de l’état des lieux portant sur vingt-cinq référentiels d’évaluation.

 Trois grands constats peuvent être faits : un degré élevé d’attention au thème de l’évaluation, une profusion de référentiels, enfin un retard étonnant quant à l’intégration des normes sociétales.

 Premier constat : l’attention au thème de l’évaluation

 Chose la mieux partagée, l’évaluation de l’utilité sociale répond à quatre types de motivations :

 – Le besoin de légitimation, vis-à-vis des autres, particulièrement les pouvoirs publics qui subventionnent, mais aussi vis-à-vis de soi, est au cœur des explications qui justifient l’évaluation. La place dans un champ concurrentiel (1) est également un ressort explicite dans de nombreux argumentaires pour l’évaluation… quitte à emprunter au discours économique des éléments de sa théorie (les avantages comparatifs…). Ceci signifie tout à fait clairement que le travail social, entendu au sens large, ne va plus de soi.

– Le besoin de (se) professionnaliser. Secteur jeune (tout au plus dans sa forme moderne une trentaine d’années), l’économie sociale s’est construite sur une base à la fois militante et de travail social. Inévitablement et dans la mesure où certaines de ses composantes telles que l’IAE sont fortement déterminées par des politiques publiques qui, elles, ont élevé leur degré d’exigence, par des conventionnements et parfois par le principe d’appels d’offres et de mise en concurrence, le besoin de professionnalisation s’est fait ressentir. Qui plus est, les acteurs de ce secteur ont développé des expertises ou, du moins, des compétences spécifiques répondant à la complexité des dispositifs ainsi qu’à celle de leurs publics : l’approche globale, par exemple, qui est revendiquée par de nombreux réseaux, renvoie à la multidimensionnalité des besoins de la personne, chacune de ses dimensions faisant appel à des concepts, des outils, des connaissances particulières qui doivent être actualisés. La qualité de l’offre de services est donc devenue un facteur important de justification de l’évaluation… a fortiori lorsqu’un des critères de l’économie sociale est de fournir des services comparables à ceux du secteur marchand qui ne couvre que partiellement les besoins : il faut pouvoir raisonner à qualité comparable, plutôt que semblable, le « supplément d’âme » comptant mais n’excusant pas un service médiocre.

– Articuler légitimité, technicité et sens. Cette professionnalisation, dont on parle beaucoup dans l’économie sociale, est rarement définie de façon univoque. Décrypter les discours des acteurs conduit à la concevoir comme l’articulation de trois dimensions.

  • La première est celle de la profession qui recouvre tous les éléments qui permettent d’agir, de travailler, avec un certain nombre de garanties sur le futur. Cela peut être une convention collective, des contrats à durée indéterminée, etc. En tout cas, le pôle de la profession repose sur la variable de légitimation : pour durer, il faut être reconnu et tous les référentiels étudiés annoncent, comme enjeu ou comme objectif de l’évaluation, la nécessité d’être reconnu, validé… à tel point que l’évaluation de l’utilité sociale correspond plus souvent à un plaidoyer qu’à une démonstration des valeurs ajoutées pour les bénéficiaires.
  • La deuxième dimension est celle du professionnalisme qui est en quelque sorte la « boîte à outils », c’est-à-dire qui vise  améliorer les compétences – par définition jamais abouties – traditionnellement distribuées en catégories cognitive (savoir), technique (savoir-faire) et comportementale (savoir-être), la combinaison de ces dernières permettant l’adaptation dans un environnement en mutation : c’est le savoir-devenir.
  • La troisième et dernière dimension est celle de la professionnalité qui correspond au sens de l’action… tant il est vrai que, si l’on dit que « un bon ouvrier a de bons outils » il ne suffit pas d’avoir des bons outils pour être un bon ouvrier… encore faut-il avoir envie de s’en servir ! Si la profession est conquise par la communication et la démonstration de la qualité organisationnelle et des services et si le professionnalisme est étayée par la formation et la gestion des ressources humaines, la professionnalité puise son inspiration et sa force dans le projet de structure ou d’entreprise, dans des chartes, dans le sentiment d’appartenance, en ce qui concerne l’économie sociale, à une communauté humaine qui ne se résume pas à la seule logique instrumentale et économique.

– Le besoin de communiquer et l’imprégnation d’un discours dominant.

L’économie sociale, hybride, développe un discours du social prédominant, répètant que la place de l’humain est au-dessus des contingences et déterminants matériels et économiques. Il n’en est pas moins vrai qu’un pied dans le monde économique, avec pour certaines de ses entités des obligations d’autofinancement et de résultat, la conduit à se rapprocher des modèles organisationnels de l’économie marchande. Ce rapprochement s’est opéré dans un premier temps avec les sciences du management et la sociologie des organisations – il n’est pas anodin de constater que les grands sociologues du travail se sont très largement intéressés à l’économie sociale : Sainsaulieu, etc. – et se poursuit jusqu’à la conception de référentiels construits sur le modèle de l’ISO. Cette porosité s’est accentuée par le même mouvement mais, cette fois, venu du monde des entreprises qui, sous l’effet des thématiques de la responsabilité sociale ou sociétale de l’entreprise, du développement durable, etc. se sont avancées dans le discours traditionnel de l’économie sociale. Toujours est-il qu’aujourd’hui, comme les entreprises ordinaires, les structures de l’économie sociale ne peuvent pas ne pas communiquer et reprennent à leurs comptes le discours entrepreneurial… où l’évaluation, formulée comme telle ou en termes de « revue de contrat » et autres expressions de la qualité, est banalisée. La poche de résistance, sur le thème de l’indicible humain, est marginalisée, obsolescente.

 

 Deuxième constat, une « proconfusion » de normes, labels, codes, référentiels…

 L’exploration des normes, référentiels, guides multiples conduit au constat d’une « babel des labels ». Si l’on peut comprendre que, l’économie sociale étant hétéroclite, on y recense en toute logique des référentiels originaux, pour autant ces originalités devraient correspondre à des spécifications. Or des variations importantes se remarquent, symptomatiques de fonctionnements éparpillés, peu coordonnés… qui plus est sans doute réfractaires culturellement à l’idée de modèle.

– Tout d’abord dans le choix de la démarche qui va de l’auto-évaluation à l’évaluation accompagnée et à l’évaluation externe… jusqu’à l’évaluation-consolidation. Globalement ces choix correspondent à trois orientations évaluatives : l’une recouvre un objectif d’évolution et de formation, l’autre à un objectif d’objectivation, la dernière à un objectif de promotion. Chacune de ces trois orientations est incontestablement légitime mais l’usage commun et indifférencié de la notion d’évaluation crée une confusion… a fortiori pour la troisième puisque en théorie « l’évaluation se distingue des actions de promotion de la qualité de service. » (2)

– Puis dans les acteurs concernés depuis l’absence des parties prenantes (partenaires mais également usagers) jusqu’à leur participation systématique dans la démarche en passant par une participation aléatoire, au gré des situations.

– Également dans la conception du projet… alors que celui-ci est considéré à juste titre comme un élément déterminant et structurant de l’évaluation. Le projet est rarement complet, c’est-à-dire articulant les différentes phases des valeurs à l’évaluation. Selon les cas, le projet est un programme, un plan d’action… voire un rapport moral et d’orientation joint au bilan d’activité.

– Certains référentiels sont révisés, Qualirei par exemple, d’autres ne le sont pas alors qu’ils sont présentés comme des démarches progressives, empiriques (le référentiel de l’UNIOPSS n’a pas évolué depuis sa création en 2003, la DAQ des Chantiers d’insertion non plus…).

– Enfin – peut-être surtout pour la compréhension – le vocabulaire : les notions de critère, indicateur, thème, donnée, axe, etc. sont utilisées par chaque référentiel avec un sens particulier et peu de référentiels, hormis par exemple celui de l’AVISE et de Culture et Promotion, prennent le soin de caractériser les indicateurs. La notion de critère est sans doute la plus plastique, souvent synonyme d’objectif. La notion d’indicateur connaît également des avatars, en particulier avec certains indicateurs dits « qualitatifs », alors qu’en principe un indicateur est toujours quantitatif, dont certains laissent circonspect face à ce que l’on est en droit d’attendre au minimum d’un indicateur : qu’il fournisse une information pertinente, objective et transmissible.

 

Troisième constat : un retard étonnant quant à l’intégration des normes sociétales.

 Les normes sociétales de la responsabilité sociétale (RSE) et du développement durable (DD) qui pénètrent le secteur économique marchand avec le guide SD 21000, la norme SA 8000, peinent à être intégrées par l’économie sociale. Hormis le Bilan Sociétal, les référentiels qualité tels que Qualirei, Cedre, la DAQ n’incluent pas de préoccupations environnementales sinon exceptionnellement dans la perspective de la protection des accidents du travail. Le seul thème spécifié est celui de la démocratie interne et de la gouvernance qui fait partie des items définitoires de l’économie sociale (critères CNVA, agrément  « jeunesse et éducation populaire » de Jeunesse et Sports).

Si la RSE, pourtant consensuelle, est loin de faire l’unanimité (3), le développement durable s’est largement imposé comme thématique majeure, ne serait-ce que dans la vie politique locale comme en témoigne la quasi-totalité des professions de foi des candidats de tous bords pour les élections de mars 2008. Au regard de la proximité des structures de l’économie sociale avec les collectivités locales et, précisément, du poids de plus en plus important de la thématique du développement durable dans les politiques de ces dernières, on pourrait souhaiter qu’une révision des référentiels – qui s’impose  pour certains d’entre eux – soit l’occasion d’une véritable refondation de ceux-ci sur la base d’une intégration des critères du développement durable.


(1) La fonction d’observatoire est particulièrement révélatrice des luttes d’influence et de la concurrence entre des entités par ailleurs « partenaires », chacune revendiquant la légitimité de sa position pour produire de la connaissance.

(2) Délégation interministérielle à l’innovation sociale et à l’économie sociale, Guide de l’évaluation, circulaire du 1er décembre 2000 relative aux conventions pluriannuelles d’objectifs entre l’État et les associations, juin 2002, ministère des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité, p. 6.

(3) Ainsi Robert Reich, auteur de L’Économie mondialisée (1993, Dunod), constate qu’une entreprise est faite pour réaliser des profits et que la responsabilité sociale des entreprises relève de la supercherie (in Frédéric Lemaître, « L’entreprise entre profit et bien commun », Le Monde, 5 janvier 2008). 

Cette contribution en trois parties est le texte d’une conférence faite par mes soins à l’assemblée générale de la Chambre régionale d’économie sociale des Pays de la Loire (Cholet, 27 mai 2008). Dans cet article, la première partie… les deux autres ne sauraient tarder.

 Ma contribution pour ce thème s’appuie particulièrement sur une étude réalisée fin 2007 – début 2008 pour la Chambre régionale d’économie sociale des Pays de la Loire (1) et, plus globalement, sur une vingtaine d’années de côtoiements et de tutoiements avec les acteurs de l’économie sociale. Cette contribution se fera en trois points :

– Une réflexion sur la complexité de l’évaluation de l’économie sociale.

– Une rapide synthèse de l’état des lieux portant sur vingt-cinq référentiels d’évaluation.

– Une proposition que, très modestement, j’appellerai « Le discours de la méthode ».

 

1. La complexité de l’évaluation de l’économie sociale

 

Dès lors qu’on pose cette question, « L’économie sociale produit-elle de la valeur ajoutée ? », on est face à ce que l’on appelle savamment un système de relations par opposition, populairement le mariage de la carpe et du lapin. Car, en effet, le premier terme du couple « économie sociale » appelle nécessairement une réponse positive (Sans évacuer la question posée par Dominique Méda, Qu’est-ce que la richesse? (2) imagine-t-on une économie qui ne produise pas de valeur ?) alors que le qualificatif, « sociale », est souvent perçu en opposition à l’économie : l’indicible social appartiendrait à un registre où l’économie n’a pas sa place, une sorte d’espace de l’ineffable humain, qui ne peut inclure l’économie sauf à être contaminé. Quant à la superbe économie, le social ne serait pour elle qu’une coquetterie intellectuelle. Or, en cette période de vaches maigres et même, selon les termes d’un philosophe, de « panique morale » (3), on va à ce qui est considéré comme essentiel… l’économie. Cependant, force est de constater que l’économie repose sur l’humain, qu’il soit producteur, consommateur ou même spéculateur et que l’incertitude qui accompagne, pour ne pas dire définit, le social est loin d’être étrangère à l’économie : ne dit-on pas à longueur de commentaires sur l’économie que « le marché repose sur la confiance », paramètre pour le moins aléatoire et subjectif… humain ?

 

Prudent, je n’avancerai pas plus sur ce constat devant une assemblée générale de Chambre régionale d’économie sociale peuplée d’experts qui, à n’en pas douter, ont parfaitement compris de longue date qu’économie et social non seulement ne s’opposaient pas mais étaient complémentaires puisque le social sans l’économie est exsangue et que l’économie sans le social est inhumaine. Qui plus est, dès lors que l’on se place dans la perspective des personnes, tout cela est bien évidemment indissociable. On peut prendre l’exemple du travail qui, avec le capital, est à la base de l’économie et vis-à-vis duquel l’investissement humain combine trois dimensions : une dimension instrumentale, on travaille pour gagner sa vie ; une dimension sociale, on travaille pour appartenir à une communauté humaine et en être reconnu ; une dimension symbolique, on travaille pour s’accomplir. L’augmentation de « la souffrance au travail », des TMS, etc. est d’ailleurs la démonstration que le travail ne se limite pas au salaire car, dès lors que les conditions de travail sont exclusivement dictées par des critères purement économiques tels que la productivité ou la rentabilité et organisées sous la houlette d’une néo-taylorisme, les personnes ne s’y retrouvent plus, n’obtiennent ni reconnaissance ni accomplissement et, comme on dit, « somatisent ». Le travail se vide de sa substance en devenant synonyme d’emploi, à tel point que « la notion de travail devrait dépérir au profit de la notion d’activité, laquelle combine l’intérêt, l’engagement subjectif, la passion voire la créativité… » D’où est extraite cette phrase sur le dépérissement du travail ? D’un ouvrage d’Edgar Morin et de Sami Naïr, datant de 1997, Une politique de civilisation (4)… preuve s’il en est que celui qui a repris ce titre en forme de slogan s’est limité à la lecture de la couverture car j’ai comme l’impression que nous n’allons pas vers une reconnaissance de l’engagement, de la passion et de la créativité. A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on parvient à oublier l’urgence de l’essentiel…

 Si chacune et chacun sont ici assurément convaincus que l’économie sociale produit de la valeur ajoutée, c’est-à-dire qu’elle est socialement et économiquement utile, tel n’est pour autant pas le cas général hors ces murs. Car, en effet, il plane un soupçon d’un point de vue particulier sur l’économie sociale, d’un point de vue général sur le social. Le fondement de ce soupçon est à rechercher dans la place qu’occupe l’économie ou, plus exactement, dans la rationalisation économique sur l’ensemble de l’activité humaine. Si, par exemple, on s’intéresse aux politiques publiques, on constatera que le critère majeur et parfois exclusif de leur évaluation est celui d’efficience, c’est-à-dire le calcul de la proportionnalité entre l’investissement consenti et les résultats obtenus. Ceci conduit à des aberrations qui, entre autres, m’ont fait poser la question dans un article paru dans Lien social : « L’abbé Pierre était-il efficient ? » (5). Voici une aberration, vécue il y a quelques mois dans une autre Chambre d’économie sociale. J’y animais une formation, précisément sur le thème de l’évaluation de l’utilité sociale. Une participante, directrice d’un service de soins palliatifs, m’interrogeait pour trouver des arguments en direction de ses financeurs de telle façon à les convaincre de l’utilité de son activité. Et je répondais. Tout en répondant, une petite voix dans ma tête me disait : « Dans quel monde vivons-nous pour être contraints de démontrer qu’aider des personnes à mourir en souffrant moins est utile socialement ? »

 Il y a donc, après ce système de relations par opposition esquissé à partir de la question « L’économie sociale produit-elle de la valeur ajoutée ? », un autre problème qui est celui de l’évaluation. Là également, on trouve beaucoup d’ambivalence et parfois de confusion. Sans toutes les relever ici, faute de temps, j’en rappellerai cinq en sus de la simplification réductionniste et économisciste.

– La complexité de l’évaluation peut réclamer des expertises non-présentes dans les réseaux d’économie sociale. Le risque perçu est celui de l’hétéronomie, c’est-à-dire de la dépossession des acteurs, et il peut conduire à une simplification extrême de la réflexion et de la procédure évaluatives qui invalide la démarche.

– Le fait que l’évaluation met en jeu un social qui ne peut établir, sauf exceptions, des relations causales (action / bénéfice, A + B = C). Cette complexité tient à la nature hybride de l’économie sociale, entre les économies marchande, non-marchande et non-monétaire, elles-mêmes animées par des logiques dominantes distinctes (profit, redistribution et réciprocité). En d’autres termes, un appareillage d’évaluation qui n’appartiendrait qu’à un seul type d’économie n’est pas adapté et l’évaluation de l’économie sociale exige en amont d’une part une culture transdisciplinaire (« migration des concepts »), d’autre part un corpus théorique stabilisé : comment « bien » comprendre un référentiel tel que Qualirei (pour les entreprises d’insertion) sans maîtriser ceux de l’assurance et du management de la qualité en ISO ?

– La simplification réductionniste des commandes publiques qui, résumant l’évaluation à des indicateurs d’impact le plus souvent sectoriels alors que l’approche de l’économie sociale – fille de l’Éducation populaire – est globale, occulte souvent les indicateurs de processus.

– Une confusion, probablement entretenue, entre l’obligation de résultat et la culture du résultat.  Autant la culture du résultat est exigible déontologiquement, a fortiori lorsque l’on travaille avec des personnes en difficulté et en souffrance (La misère du monde (6) ou La France invisible (7)…), autant l’obligation de résultat met en place les conditions d’un détournement des règles comme cela a pu être observé dans des structures d’insertion : théoriquement mobilisées au titre de l’équité pour des publics dits « prioritaires » mais soumises pour le renouvellement de leurs subventions à une obligation de résultat, avec des taux de sorties en « emploi durable », ces structures sont évidemment tentées d’agir en amont dans le recrutement de leurs publics en accentuant la sélectivité aux dépens des moins employables. Ainsi, d’une part, se reconstitue interminablement la file d’attente où ceux qui ont moins voient passer devant eux ceux qui ont plus et, d’autre part, l’évaluation est-elle biaisée.

– Enfin la multiplicité des propositions et méthodes proposées : les quinze critères répartis en neuf domaines du bilan sociétal du CJDES, la valorisation de la comptabilité associative (8), les normes AFNOR, SA 8000, toute la littérature sur la « responsabilité sociale de l’entreprise » (RSE) et sur la qualité (9), etc. Tout cela constitue, selon l’expression de Philippe Robert Demontrond et d’Anne Joyeau, « un babel des labels » (10).

 

Le temps, variable désormais surdéterminante puisque nous sommes cadencés au rythme de la nanoseconde, me contraint à en venir à une proposition synthétique concernant les valeurs ajoutées, l’utilité sociale, et leur évaluation.

 « Être utile »… voilà quelque chose qui jusqu’alors se disait mais qui ne s’appréciait que dans la pratique : « Tu m’as rendu service. » Les travailleurs sociaux ressentaient leur utilité quand ils étaient parvenus à démêler une problématique familiale, le maçon lorsqu’il avait achevé les murs d’une maison. Du sentiment d’utilité, on obtenait une satisfaction, une cohérence interne, parfois de la fierté : l’habitus de la classe ouvrière, par exemple, n’était pas construit sur le seul adage « faire de nécessité vertu » mais sur le fait qu’être ouvrier c’était produire concrètement  des biens qui étaient utiles. A cette valorisation du pratique (praxis) s’opposait l’abstraction, l’intellectualisme. A l’inverse, être inutile c’était perdre la face, ne pas valoir grand chose : « C’est proprement ne valoir rien que de n’être utile à personne » écrivait Descartes il y a cinq siècles. Être utile socialement, c’est donc s’inscrire dans des relations humaines, y contribuer qu’il s’agisse d’émancipation, de sécurité ou de cohésion.

 « Évaluer »… c’est démontrer, non pas au sens du plaidoyer mais de l’objectivation, les valeurs ajoutées d’une réalisation. Il y a trois catégories de valeurs ajoutées.

  • « Directes individuelles », ce sont les bénéfices que chaque personne retire d’une action, d’une dynamique dont elle a été simple bénéficiaire, usager ou participant. Ces bénéfices peuvent appartenir aux quatre sphères qui constituent le socioéconomique : l’indépendance économique où prédomine le Producteur ; l’individuation, sphère privée où prédomine le Sujet ; la sociabilité, sphère des relations de proximité où prédomine l’Acteur ; le sociétal, sphère publique où prédomine le Citoyen. Produire des valeurs ajoutées c’est au bout du compte permettre à ce que les personnes gagnent sur une ou plusieurs de ces sphères. Ils y gagnent quoi ? Des capitaux : économique (des moyens), social (du lien), culturel (de la connaissance), symbolique (de l’estime de soi).
  • « Directes collectives », ce sont les bénéfices que la collectivité, l’environnement, les entités dont, par exemple, les entreprises retirent de l’action. Cohésion, climat social, sécurité, développement local, réduction des tensions de recrutement, dialogue social et participation citoyenne…
  • « Indirectes organisationnelles », ces valeurs ajoutées sont un billard à deux bandes : elles sont la démonstration que des garanties sont prises et appliquées pour que le service soit de qualité, l’hypothèse posée étant que, mieux c’est organisé, plus a-t-on de chances d’obtenir à terme des valeurs ajoutées directes. Hypothèse pas totalement imbécile puisque, à l’inverse, une « théorie du bordel ambiant » risque de produire des valeurs… soustraites, les infections nosocomiales en étant une illustration commune. En langage qualiticien, ces valeurs ajoutées indirectes organisationnelles portent le nom d’ « assurance de la qualité ».

 


(1) Philippe Labbé, Évaluer l’utilité sociale de l’économie sociale (et solidaire), Rapport final d’étude pour la Chambre régionale d’économie sociale des Pays de la Loire, février 2008 (216 pages + annexes).

(2) Dominique Méda, Qu’est-ce que la richesse? 1999, Aubier.

(3) Ruwen Ogien, La panique morale, 2004, Grasset.

(4) Arléa, p. 142.

(5) Mars 2007.

(6) Pierre Bourdieu, La misère du monde, 1993, Seuil.

(7) Stéphane Beaud, Joseph Confavreux, Jade Lindgaard, La France invisible, 2006, La Découverte.

(8} CODESPAR, La présentation comptable des flux financiers privés et publics des associations, 2005.

(9) Le cahier des charges de la CRES, pour l’étude réalisée, indiquait que les « démarches qualité mises en œuvre dans l’économie capitalistique sont introduites dans notre secteur. » Il faut toutefois avoir en mémoire que les premières démarches qualité – qui ont donné naissance à l’économétrie –  trouvent leurs origines historiques dans l’État, en particulier avec la standardisation nécessaire pour la fabrication et le commerce des draps (Colbert, XVIIème siècle), de la monnaie et des armes. Philippe Labbé, Les bricoleurs de l’indicible, tome 2, 2004, éditions Apogée, in « De la qualité intelligente », pp. 19-137.

(10) Philippe Robert-Demontrond, Anne Joyeau, « L’auto-régulation des pratiques managériales par les normes sociales et la certification des politiques de responsabilité sociale des entreprises », in (ouvrage coordonné par) Philippe Robert-Demontrond, La gestion des droits de l’homme, 2006, Apogée, p. 238.