Bye-bye

Publié: février 5, 2012 dans Insertion/missions locales

Cette fois-ci, c’est (assez) mûrement réfléchi : je choisis (probablement pour un bon bout de temps) de ne plus « administrer » ce blog. Créé il y a quatre ans, ce blog recense aujourd’hui 594 articles publiés (632 rédigés, donc 38 demeurés à l’état de brouillon) et 693 commentaires de lecteurs. Il reste donc, pour celles et ceux qui le souhaitent, qui y trouveraient un intérêt, la possibilité d’y piocher quelques réflexions.

Libres de droit…

Je n’abandonne pas l’écriture, bien sûr ! Rien que cette dernière semaine, deux interventions – l’une à Nantes sur le décrochage, l’autre à un colloque universitaire sur « Penser la complexité » où il est question de territoires et d’insertion – et un article publié dans les ASH mettant en cause la notion de performance aux dépens de celle d’efficacité. D’autres interventions sont d’ores et déjà programmées et s’appuieront sur des écrits… on ne se refait pas. Elles circuleront : je n’ai jamais considéré que les écrits m’appartenaient ; ils sont issus de ces centaines et même milliers de rencontres ; ils sont donc l’expression, tout au plus peut-être ciselés, des uns-unes et des autres qui hésitent ou qui n’ont pas le temps de prendre la plume. Où circuleront-ils ? Selon les cas, lors des manifestations où je les communiquerai, dans la presse, et peut-être – il faut que je le vérifie auprès de l’ami Michel – sur le blog de celui-ci.

L’écriture d’un blog est une aventure passionnante et exigeante, stimulante et aussi, parfois, décevante. La passion et la stimulation sont « naturelles » : le champ de l’insertion ne manque pas de solliciter l’esprit critique. L’exigence est qu’il faut tenir un rythme soutenu d’écriture, un article tous les deux jours en moyenne… c’est du temps, beaucoup de temps car il ne s’agit évidemment pas seulement d’écrire mais, en amont, il faut veiller, lire, écouter, regarder le tumulte du monde. La déception, toute relative, est que, malgré la « fidélité » de lecture et d’écriture de certains – qu’ils en soient sincèrement remerciés -, in fine le blog repose (trop) sur son (seul) administrateur. D’autre part, le projet plusieurs fois proposé d’un blog devenant une plateforme collaborative n’a pas abouti. C’est ce seul dernier point qui pourrait, s’il était saisi, me faire renoncer à cette clôture.

Pour certains d’entre vous, même si le blog sera consultable, ne plus y découvrir de nouvelles réflexions sera sans doute décevant. Pour d’autres, qui n’auront pas toujours apprécié des prises de position radicales, cela ne pourra que les satisfaire. C’est ainsi : il vaut mieux être clivant que courtisan et « Tout commence par une déviance qui, dans certaines conditions favorables, devient une tendance. » (B. Cyrulnik, E. Morin).

Nous aurons probablement l’occasion de nous rencontrer sur d’autres terrains, dans d’autres espaces moins « virtuels »… encore que, écrivant ce qualificatif, j’éprouve le sentiment qu’il ne correspond pas à ce qu’a été ce blog… tout au moins dans ma perspective : il y a eu du lien, de l’échange, des mises en relation, de l’intelligence partagée. Somme toute, de l’humain.

On peut également songer que la nécessité de l’expression critique a déjà trouvé et aussi trouvera d’autres acteurs et rédacteurs. Les partenaires sociaux ont leurs blogs… Peut-être l’Institut Bertrand Schwartz permettra-t-il que ça bouillonne, que ça imagine, que ça se révolte. On l’espère. L’histoire nous le dira.

Deux choses pour conclure.

Encore une fois un grand et chaleureux merci à ces pioupious de toutes régions qui ont soutenu durant ces quatre années ce blog. Après tout, quatre années ce n’est pas rien ! Leurs, vos contributions ont toujours été fertiles, elles n’ont jamais cédé à la tentation de la langue de bois et elles ont permis de mettre de l’horizontalité dans la verticalité. Si on y ajoute la profondeur des réflexions, on arrive à une pensée en 3D ! Parmi celles et ceux qui ont soutenu, j’inclus évidemment la douzaine de contributeurs-trices réguliers-ères, les nombreux-ses contributeurs-trices plus ponctuels-elles et également les lecteurs-trices d’ici invisibles mais qui, au détour d’une rencontre – ce fût le cas la semaine dernière, en Martinique – m’ont dit « On lit régulièrement votre blog. C’est bien… Ca permet de se raccrocher au réseau… »

J’avais le 26 mai 2011 écrit un article qui rappelait la conclusion du dernier cours de Michel Denis,  professeur d’histoire du monde contemporain à l’Université de Rennes. C’était le 7 mai 1996. Michel Denis est décédé depuis. Comment concluait-il ?

« Ainsi vous l’aurez compris, je pense, ma dernière leçon c’est la nécessité de renouer avec l’une des idées forces du Siècle des Lumières, l’une des rares peut-être qui ont surnagé dans la tempête : nous avons sur cette Terre le devoir de contribuer, tous, activement, au bonheur des hommes. Cela va bien au-delà de la recherche du bonheur individuel, cher au philosophe radicalisant Alain. C’est la recherche du bonheur commun, de ce bonheur présenté par l’article premier de la Déclaration montagnarde de 1793 comme le but de la société. C’est dans cet esprit et avec cette mémoire que vous voudrez bien interpréter mes derniers mots : Jurons que nous serons heureux ! »

Cela me semble une conclusion satisfaisante : comme la fin de ce modeste blog favorisera sans doute l’éclosion d’un ou d’autres blogs plus coopératifs, de la chrysalide de la vieille société s’envolera un papillon systémique. Encourageons ces envols !

Tout bien réfléchi, c’est un projet enthousiasmant.

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commentaires
  1. Hervé Divet dit :

    Un instant je t’ai rêvé « Compagnon de la chanson » ponctuant chaque nouvelle contribution sur ton blog d’un « si si, cette fois, c’est la dernière » pour y revenir plus incisif que jamais dès le lendemain. Mais le ronron du tour de piste ne ressemble pas à ta « décence ordinaire ».

    C’est certain si tu quittes ces drôles de tuyaux c’est pour mieux revenir à la coda ailleurs, sur une autre scène. Sifflera bien mieux le merle moqueur !
    Merci pour tout cela en attendant tout le reste.

    Hervé Divet

  2. Castel Jean dit :

    Salut,

    Effectivement je suis étonné de cette production massive !
    Je crois à la collaboration. Dernièrement, j’ai été invité à collaborer à « Miroir Social », site ouvert sur nos thèmes préférés (entre autres) que je propose à chacun de rejoindre si le coeur lui en dit.

    Bien à vous,

    JC

  3. […] vient de faire connaitre sa décision d’arrêter son blog dans un billet justement intitulé Bye-bye. J’en suis fort triste et je comprends bien sa démarche de désintoxication tant il y a dans […]

  4. Philippe Labbé : Kenavo ar wech all

    avec cette phrase

    « Et, Philippe, si te vient un jour l’envie de pousser un coup de gueule ou de nous faire partager une réflexion, c’est bien volontiers que tes écroits seront accueillis ici »

    sur http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2012/02/06/philippe-labbe-kenavo-ar-wech-all/#more-2126

  5. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Que dire,
    Qu’écrire,

    Je perds un espace de réflexion et de pensée…

  6. rbeaune dit :

    Un breton qui voit un peu de neige et hop il se met au chaud pour hiberner…
    Partant du principe qu’il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis et que dans notre monde asphyxié par les mille feuilles, les mille étiquettes, le quantitatif, il faut une soupape de sécurité pour trouver le relâchement intellectuel nécessaire à la concentration et à l’engagement raisonné, mais pas forcément raisonnable pour tout le monde, je propose que ce blog soit déclaré d’utilité publique et de mobiliser les forces de l’ordre pour garantir son ouverture… La grève de l’écriture ne passera pas…
    Je soumettrai d’urgence au Parlement un projet de loi allant dans ce sens dans les deux semaines qui viennent…

  7. frdijon dit :

    Je reviens de la montagne…et je tombe de plus haut que je ne l’aurais cru. Tout petit contributeur, mais ardent lecteur de ce blog qui soulageait, soignait, prévenait… de la bêtise technocratique environnante, je ne sais que dire…sinon merci et bon vent…(celui qui te ramenera peut-être)

  8. David dit :

    Salut Philippe et merci pour cette fenêtre ouverte sur la pensée critique de l’insertion et de la (non) prise en compte des jeunes ! Beaucoup de professionnels des ML vont regretter cet espace de respiration dans un quotidien qui ne stimule pas, au contraire, la réflexion et la réflexivité ! A bientôt sans doute dans d’autres espaces virtuels… et réels !

  9. Lydia Chamaillard dit :

    De retour de formation en centre Bretagne, ma curiosité piquée au vif… un peu de regret (mais juste un peu) en voyant votre article du 6 février… Une belle rencontre dans tous les cas. Au plaisir de vous revoir et/ou de vous lire !

  10. pioupiou 44 dit :

    Vais-je participer moi aussi à l’hommage quasi-obligé suite à cette annonce de départ, que dis-je, de lâchage en pleine campagne par notre pioupiou breton ?
    Eh bien, non, je n’y participerai pas car pour paraphraser un de nos grands ministres du moment : « toutes les contributions ne se valent pas ! »

    En effet, et je pèse mes mots, mon cher Philippe ! Soit tu reprends immédiatement l’écriture de ce blog, soit nous montons avec une brigade de pioupious volontaires désignés d’office une chorale qui te suivra et chantera à chacune de tes interventions publiques (sur un air bien connu que tous les pioupious vont reconnaître …) :

    Quand il reviendra, il fera amende honorable (il fera amende honorable)
    Lui qui inventa l’insertion durable (l’insertion durable)
    Au fond de la Bretagne, il naquit dans le maquis
    Les pioupious sur le net attendent beaucoup de lui

    (Refrain)
    Philippe reviens, Phi-ilippe reviens
    Philippe reviens parmi les tiens
    Du haut de ton blog indique-nous le chemin
    Toi qui le connais si bien

    Toute sa vie, il a prêché la révolte et l’intelligence (la révolte, l’intelligence)
    Le travail et la justice sont sa loi (sont sa loi)
    Quand il reviendra, il nous pardonnera
    De ne pas écrire si bien que ça

    (Au refrain)

    Et quand il reviendra sur notre netosphère (sur notre netosphère)
    Il donnera à manger à tous nos pioupious (à tous nos pioupious)
    Car comme à Cana, il multipliera
    Le pain et le vin sur la netosphère pioupiou

    Philippe reviens, Phi-ilippe reviens
    Philippe reviens parmi les tiens
    Du haut de ton blog indique-nous le chemin
    Toi qui le connais si bien

    Dans une grande clarté il apparaîtra (il apparaîtra)
    Comme il le fit pour tous les pioupious d’ici et là-bas
    Le monde entier laissera éclater sa joie
    En chantant : Philippe est là !

    Allez hop, on arrête de rigoler et au boulot, les jeunes nous attendent !

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