Archives de février, 2010

Jeunes diplômés : tension

Zurbains.com titre « Le bac+4 ne protège plus du chômage ! » à partir de la lecture de l’enquête annuelle de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres), publiée jeudi dernier 11 février, qui a mesuré l’effet négatif de la crise sur les jeunes diplômés.

Selon cette étude, les chiffres sont inquiétants et risquent de perdurer. Les postes à pourvoir se raréfient d’autant plus que les seniors hésitent à partir.
Cette enquête montre que la crise pour les 3,4 millions de cadres est loin d’être finie et qu’elle ne fait même que commencer pour les Bac+4. Il apparaît que, après déjà deux années de baisse, aucune amélioration des recrutements n’est prévue en 2010 et cet « attentisme » inégalé depuis le début de la crise, pénalise surtout, parmi les cadres, les jeunes diplômés.
Ne parlons pas des jeunes non-diplômés… Si, en plus, ce sont des jeunes femmes résidant en ZUS, c’est sans doute à désespérer.

Ainsi, le volume prévisible des recrutements de débutants (21 000 à 23 000 cette année) est très insuffisant pour les 120 000 jeunes sortants de cohorte.
 « Cela nous ramènerait au niveau connu lors de la récession de 1993, à la différence qu’en 1993, il y avait moins de 70 000 jeunes Bac+4 sortants sur le marché du travail », souligne Pierre Lamblin, directeur études. « Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de recrutements, mais il faut aller là où les entreprises embauchent dans des bassins géographiques pas toujours attractifs ».

Marasme ambiant.

Le ralentissement des recrutements affecte tous les secteurs, mais frappe particulièrement l’industrie (-14% à -23% prévu en 2010). Tous les secteurs sont touchés, sauf le commercial, l’informatique et la recherche & développement, ces deux derniers servant souvent de tremplin pour un premier emploi.

Après les embauches records connues en 2007 (208 900), les petites annonces pour cadres ont plongé et « 130 000 à 138 000 cadres devraient être recrutés en 2010, soit une baisse comprise entre -10% et -4% ».

La chute des recrutements a atteint 28% en 2009, après – 4% en 2008. 
 « Cela ne redécollera vraiment qu’en 2012, et de manière progressive, mais on devrait toucher le fond cette année », pronostique encore Pierre Lamblin.

 « Dans le marasme ambiant », souligne l’Apec, la Bretagne et le Languedoc-Roussillon se distinguent avec davantage d’entreprises prévoyant d’accroître leur effectif-cadre, alors que l’Alsace, la Champagne-Ardenne et la Franche-Comté connaissent un moment difficile.

Autre enseignement de l’étude : le marché des offres d’emploi-cadre passe à 81% par une annonce internet.
La raréfaction des postes à pourvoir s’explique par la baisse du niveau des investissements dans les entreprises.
De plus, « pour le même volume d’investissements, on aura un volume de cadres inférieur. Les employeurs découvrent qu’on produit autant avec moins de monde et vont continuer à serrer les boulons », déclare le directeur général de l’Apec.

Parmi les cadres que l’Apec accompagne, ils ne sont plus que 35% à retrouver un emploi en six mois.

Parallèlement, la mobilité externe « s’est effondrée » et, pour la première fois en 2009, les départs en retraite de cadres ont diminué (32 400 cadres, -12% comparé à 2008). « C’est l’effet de l’allongement de la durée de cotisation. En plus, quand ils reçoivent leur décompte de la Cnav et voient ce qu’ils toucheront à la retraite, 20 à 30% nous disent qu’ils préfèrent conserver leur rémunération d’activité plutôt que s’arrêter », poursuit l’Apec.

Probablement qu’avec l’ouverture des négociations sur l’avenir des retraites, allongement de la durée des cotisations et introduction des capitalisations individuelles (les fonds de pension…) ne vont qu’accentuer cette tendance.

« Des jeunes qui ne peuvent pas entrer et des anciens qui ne veulent ou ne peuvent plus sortir, le marché du travail est structurellement bien malade », conclut le site Zurbains.com. Structurellement ? Ceci semble bien être le cas puisque « Le risque d’une rechute économique se précise » selon Le Monde du 17 février, ce qui n’empêche pas BNP Paribas d’annoncer 5,8 milliards de profits pour 2009. La crise… mais pas pour tout le monde.

Jeunes diplômés et engagement syndical…

En juillet 2009, l’APEC publiait une autre étude, Les jeunes diplômés et le syndicalisme, et la résumait ainsi : « Le syndicalisme ? Oui, mais pas pour moi ! » Cette enquête auprès des jeunes diplômés d’un Master 2 ou plus pour recueillait leurs opinions concernant le syndicalisme : un type d’engagement qui ne les tentait pas vraiment.

Pourtant les jeunes diplômés dans leur ensemble ont une image positive des organisations syndicales : 86% pensent que leur existence est plutôt une bonne chose, une large majorité estimant les syndicats utiles pour améliorer les conditions de travail (85%) ou pour défendre les droits de tous les salariés (78%).

L’efficacité est un critère d’appréciation : ces jeunes ne sont pas adeptes de la tabula rasa et voient le rôle syndical plutôt tourné vers la « proposition » et la « négociation » que vers la contestation. Les enfants des enfants de 68 se distinguent de leurs parents… Ainsi, « les syndicats doivent être constructifs et ne pas s’opposer au bon fonctionnement de l’entreprise. » Toutefois, si l’efficacité est attendue, elle apparaît limitée dans le contexte de crise : seule une minorité de jeunes pense que les syndicats peuvent être efficaces pour défendre le pouvoir d’achat, pour limiter les licenciements ou pour éviter les délocalisations. Les syndicats seraient donc plutôt utiles mais, de là à s’engager, il y a plus qu’un pas ! En effet, une infime minorité des jeunes diplômés (2%) est syndiquée. Un quart dit en avoir l’intention, mais sans vraiment savoir quand. Les trois quarts des jeunes diplômés ne songent pas adhérer à une organisation syndicale… Restent les vieux diplômés. Consolation.

AVE-P.E.-MdE

Le « nouveau » cahier des charges des maisons de l’emploi (MdE), approuvé par le Conseil national de l’emploi le 18 septembre 2009, précisait que « Les maisons de l’emploi n’ont ni vocation à doublonner les structures préexistantes, ni à devenir des opérateurs de placement. Il s’agit donc de mettre en avant leur fonction d’ensemblier. » Au moment de la publication de ce cahier des charges, j’avais commis un article (« Maisons de l’emploi : un nouveau cahier des charges » 20 septembre 2009) probablement remplissant ma boîte à inimitiés mais m’amusant – c’est l’essentiel – plus particulièrement de ce qui était prévu concernant les relations entre MdE et missions locales : « Ce qui est défini mérite la « noix d’honneur » de l’hebdomadaire palmipède et tient en deux lignes et demi : « Les relations entre les maisons de l’emploi et les missions locales s’organiseront en fonction des réalités locales. Il est précisé que l’Etat n’encouragera pas financièrement ces rapprochements mais ne les découragera pas. » Sic. Cela n’est pas sans rappeler la circulaire elliptique du 3 juin 1982 adressée aux préfets pour la création des PAIO : « Le maillage territorial ne doit être ni trop lâche, ni trop serré. Toutes les communes d’une certaine importance doivent disposer d’une permanence. » Ni trop, ni trop… certaine importance… autrement dit la précision d’un certain temps, celui du refroidissement du fût du canon selon Fernand Raynaud. »

Stratégie non impérative.

Et bien, me semble-t-il, on poursuit sur le même registre avec l’accord-cadre portant sur les maisons de l’emploi 2010-2014 entre Pôle emploi et Alliance Villes Emploi signé le 11 février 2010. Sur son site Emploi et Création, Benoît Willot use d’euphémisation, parlant avec modération de « texte assez vague » qui, d’ailleurs, se présente comme « un document d’orientation stratégique national sans caractère impératif. » Voilà qui arrangera les affaires d’un certain nombre (toujours F. Raynaud) de services déconcentrés de l’État qui, soit dit en passant, n’ont jamais été aussi peu contactables pour motif de RGPP et, subséquemment, de cartons dans les bureaux, de numéros de téléphone modifiés et de fonctionnaires-déménageurs glissant d’un service à un autre. Bref, l’État local c’est aujourd’hui très « indirrect » et, semble-t-il, stressant : « Les restructurations dans la fonction publique pèsent sur le climat social », titre Le Monde du 17 février. C’est peu de le dire et cela ne concerne pas que les enseignants de l’académie de Créteil.

Capitalo-marxiste.

Au fait, qu’est-ce qu’un « ensemblier » ? C’est, selon le dictionnaire, une « entreprise réalisant l’installation de matériels complexes ». On s’attendrait donc à ce que les MdE ensembliers assemblent. Sauf que Pôle emploi lui aussi assemble. En fait, la lecture de l’accord-cadre renvoie à l’ennui dont se meurent les parallèles (qui ne s’assemblent, ni se rencontrent), même s’il est écrit dans l’article premier qu’il « organise la coopération » entre les parties. Passons sur le fait que « Pôle emploi et les maisons de l’emploi concourent à apporter une plus-value au territoire » : d’une part cette alchimie reste à démontrer, d’autre part et s’agissant de plus-value, rappelons que celle-ci, indifféremment nommée « survaleur », est « l’excédent de valeur produit par l’ouvrier salarié pendant son temps de travail global, une fois qu’il a reproduit la valeur de sa force de travail (son salaire). C’est une réalité propre au mode de production capitaliste. » (1) Et, accessoirement, un concept central de la théorie marxiste de l’exploitation capitaliste. P.E. et MdE poursuivraient donc trois objectifs : « complémentarité », « synergie » et « culture commune » avec, pour ce dernier item, « le développement d’une culture commune aux agents de Pôle emploi et des maisons de l’emploi {qui} est recherché »… sachant qu’en son sein P.E. a déjà fort à faire entre les ex-ANPE et les ex-ASSEDIC.

On verra.

Article 2, « Gouvernance » : « Les directeurs régionaux de Pôle emploi, qui ont reçu délégation du directeur général pour représenter l’institution, détermineront le niveau de leur représentation au sein des instances décisionnaires de la maison de l’emploi. » Autrement dit, pas grand chose, chaque directeur régional verra que faire.

Caddie.

L’article 3, « Axe Développer une stratégie territoriale partagée du diagnostic au plan d’actions », est un peu plus copieux. Grosso modo, P.E. s’engage à proposer à chaque MdE un « panier {c’est nouveau, pourquoi pas un caddie ?} standard de données statistiques » pour que celle-ci puisse réaliser son diagnostic de territoire. Rappelons à toutes fins utiles que ces diagnostics de territoire ainsi que les plans d’action en découlant ont été conçus puis mis en œuvre dans le cadre de la territorialisation de la politique de l’emploi, en 1998, qu’ils étaient co-animés dans des SPEL (services publics de l’emploi locaux) par les DDTEFP (souvent les coordonnateurs emploi-formation) et l’ANPE… et que, sur de nombreux bassins, ils ont été abandonnés faute de combattants dans les services de l’État. Du neuf avec du vieux. Faire, défaire, refaire… Etc. Côté MdE, elles fourniront à P.E. leurs productions, ce qui est la moindre des politesses, et, « en fonction de la réalité locale et des données disponibles », elles rechercheront et produiront « des données, des observations et des analyses  sur un périmètre territorial plus large que celui de la maison de l’emploi », ce qui ne manque pas d’originalité : les MdE pourront donc réaliser des études sur des territoires dépassant le leur. J’avoue quelque circonspection.

L’article 4 est elliptique : sur les trois axes des MdE (anticipation des mutations économiques, développement de l’emploi local et réduction des inégalités d’accès à l’emploi), P.E. « participe à l’élaboration du plan d’actions et à sa déclinaison opérationnelle ».

Déclinaisons de pouvoir.

L’article 5, « Actions en matière d’accueil, d’information, d’orientation ou d’accompagnement des personnes à la recherche d’un emploi », enfonce le clou de l’imprécision : les MdE « peuvent demander l’accès à DUDE en consultation » et « une action expérimentale pourra être conduite au sein des maisons de l’emploi situées dans les zones rurales, dans le respect du nouveau cahier des charges, afin d’accroître la présence du service public de l’emploi sur ces territoires. » Sachant que 1) la RGPP va exactement dans le sens inverse quant à la présence de proximité des services de l’État ; 2) le cahier des charges des MdE balisait très sérieusement (2) les velléités d’accompagnement (« Si la maison de l’emploi ne respecte pas ces conditions, le préfet de région lui refusera tout financement et ce quel que soit son champ d’intervention. »), on a là un nouvel exemple de ce qui, inévitablement, va générer à l’échelle des terrains de la confusion.

Les articles 6 et 7, « Mobilisation des moyens » et « Organisation de la coopération locale », poursuivent sur le mode hypothétique des possibles : « La contribution de Pôle emploi à l’activité des maisons de l’emploi peut prendre plusieurs formes… Du personnel de Pôle emploi peut être mis à la disposition de la maison de l’emploi… Les conventions bilatérales {…} pourront intégrer ces éléments… »

L’accord-cadre commençait par l’emphase – complémentarité, synergie et culture commune -, il se conclut par la déontologie, sujet qui ne fâchera pas : « L’Alliance Villes Emploi invite les maisons de l’emploi à respecter le fonctionnement du service public… » L’inverse aurait été amusant.

Idée…

J’ignore si le hasard de mes pérégrinations ne me fait rencontrer – à quelques exceptions près – que des territoires où, faute de caisses remplies, les Départements au mieux maintiennent « à moyens constants » leurs subventions aux missions locales, plus largement au secteur de l’insertion, au pire se désengagent. Cependant force est de constater que l’effort financier de l’État, traduit par certains comme une « reprise en mains » et par d’autres comme un réel soutien, comporte le risque d’une approche de plus en plus sériée au domaine de l’emploi et de l’insertion professionnelle, grignotant en route ou en douce l’approche holistique et glissant de l’obligation de moyens à celle de résultats. Que Pôle emploi et les MdE, là où il y en a, se coordonnent a minima n’est évidemment pas inutile mais ne doit-on pas s’interroger sur la stratégie des missions locales qui pourrait être, sinon « offensive », du moins plus innovante et dynamique ? Je réfléchissais ces jours à l’idée d’un « pacte territorial pour l’emploi et l’insertion », proposition à construire.

Ce qu’est un pacte territorial pour l’insertion…

Issu du Grenelle de l’insertion, ce dispositif vise à coordonner les différents acteurs œuvrant pour l’insertion sur un même département. La loi instaurant le RSA précise que le Conseil général doit, avant le 31 mars de chaque année, adopter ou adapter le programme départemental d’insertion (PDI), mais que, avant la mise en œuvre de ce dernier, le Département conclut avec les parties intéressées un « pacte territorial pour l’insertion ». Ce pacte doit définir notamment les modalités de coordination des actions entreprises pour favoriser l’insertion sociale et professionnelle des bénéficiaires du RSA. Si le Département décide librement des institutions qu’il souhaite associer ou non au pacte, la loi désigne cependant les parties prenantes possibles : l’Etat (au titre des contrats aidés et du cofinancement des SIAE), les organismes du service public de l’emploi (Pôle emploi, mais aussi les missions locales, les Plie et, éventuellement, les Maisons de l’emploi), les CCAS, les autres collectivités territoriales, et notamment la Région en raison de ses responsabilités en matière de formation, « les organismes compétents en matière d’insertion sociale » et les associations de lutte contre l’exclusion (ce qui ouvre un large champ possible), les organisations syndicales d’employeurs ou de salariés représentatives à l’échelon national et les chambres consulaires (CCI, chambres d’agriculture et chambres des métiers).

Ce que pourrait être un pacte territorial pour l’emploi et pour l’insertion…

Si le PTI est à l’initiative du Département, on remarque qu’il s’agit bien d’insertion professionnelle et sociale et qu’en théorie y participent, outre l’État, les organismes de la politique de l’emploi. Rien ne s’oppose, tout au contraire, à proposer un cadre se rapprochant d’un PTI mais original et expérimental… sans avoir à attendre que le Département se décide. D’où l’idée d’un « pacte territorial pour l’emploi et l’insertion », c’est-à-dire d’un cadre souple, formalisé par une charte, qui soit sur un territoire homogène une instance de coordination pour la mise en œuvre des politiques publiques d’emploi et sociales. Là où il n’y a pas de maison de l’emploi, cette instance, outre la rencontre et l’échange entre acteurs, pourrait réaliser le « diagnostic territorial sur la base d’une analyse du marché du travail et les potentialités du territoire en matière d’offres et de demandes d’emploi », c’est-à-dire l’axe 1 du (nouveau) cahier des charges des MdE ou, si l’on veut, le travail qui était fait par des SPEL souvent mal en point.

Bonne(s) pratique(s)

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Un peu comme le regard suit la bille qui roule et, heurtant le bord du tapis puis le pied d’une chaise, change de trajectoire, ce PTEI imaginé me rappelait ce qu’il est commun d’appeler une « bonne pratique »… et qui en est effectivement une : la Charte des structures d’accueil – information – orientation (AIO) de Lorraine, conclue pour la période 2009-2012. Ce document, regroupant de très nombreux acteurs, de la Région à l’association des missions locales (AMILOR), de l’AFPA aux chambres consulaires, de Pôle emploi au CRIJ et à la DRDFE, a été signé le 18 novembre 2009. Je me contente ici de rapporter le début de l’article premier, « Préambule » :

« Bien que le cadre légal ne lui confère pas le pilotage régional de l’Accueil, Information, Orientation (AIO), la Région Lorraine souhaite impulser une démarche de coordination et de mise en réseau des acteurs lorrains de l’AIO.

Par rapport à sa compétence en matière de formation et d’emploi, la Région Lorraine a la nécessité de permettre aux lorrains de disposer d’une bonne information/orientation vers les actions de formation qu’elle met en place ainsi que vers tout dispositif contribuant au maintien, à l’évolution ou au retour à l’emploi des lorrains. Cela signifie, pour les lorrains, une information/orientation de qualité quel que soit leur statut ou leur lieu d’habitation.

C’est la raison pour laquelle, la Région Lorraine a pris l’initiative conjointement avec l’État (DRTEFP) de réunir dès octobre 2007 un groupe de travail réfléchissant à cette problématique. Après avoir réalisé un annuaire des structures AIO en Lorraine, ce groupe a proposé la rédaction de cette charte. Le principe d’une charte fédérative des acteurs lorrains de l’AIO au sein d’un réseau a été retenu en 2009 par la Région Lorraine dans son Plan Lorrain pour l’Accès aux Compétences pour l’Emploi Régional (PLACER).

Par ce texte, la Région Lorraine, l’État et les grandes têtes de réseau régionales de l’AIO acceptent de fonctionner dans un esprit d’échanges et de coopération au sein d’un réseau régional. Ainsi, les signataires s’inscrivent pleinement dans la résolution du Conseil de l’Union Européenne « Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation tout au long de la vie » du 21 novembre 2008. »

Naïveté.

D’autres exemples pourraient probablement être rapportés tels que des conférences de financeurs, des conventions pluriannuelles d’objectifs pluri-institutionnelles, la fongibilité des aides (Avenir Jeunes 29 dans le Finistère…), etc. Reste que ce réseau des missions locales manque sérieusement d’une synergie, d’une circulation de l’information qui incite à s’extraire du cadre trop étroit de la seule mise en œuvre d’un programme…

Enfin, ce que j’en dis… Allez, je me replonge dans un aussi volumineux (719 pages) que passionnant ouvrage, Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours (3). De ce côté-là, on sait s’organiser. Ça c’est sûr. Il y a un index de 32 pages, très utile. Par exemple, au mot « UIMM » (Union des industries métallurgiques et minières), on trouve 81 renvois de page. Et on en (ré)apprend des bonnes. Si le rapport à l’entreprise est de toute évidence un point de passage obligé de la professionnalisation des piou-piou, cela n’implique pas de la naïveté…

(1) Labica-Bensussan, Dictionnaire critique du marxisme, PUF, « Quadrige », 1999, p. 1113.

(2) Cahier des charges. 3.2. : « Dans l’hypothèse où une maison de l’emploi, compte tenu des spécificités territoriales, souhaiterait développer sur la base d’une initiative locale, des actions d’accompagnement sans le financement de l’Etat, elle devra respecter les conditions cumulatives suivantes :

respect du schéma territorial de Pôle emploi tel que validé en CRE, dans le sens où l’intervention d’une maison de l’emploi en matière d’accueil, d’orientation et d’accompagnement de personnes à la recherche d’emploi doit répondre à un souci de présence des services publics en milieu rural, et non à doublonner la présence de Pôle emploi au niveau local ;

validation du projet, formalisé dans le cadre d’une convention spécifique conclue entre la maison de l’emploi, Pôle emploi et l’Etat, par le conseil régional de l’emploi. »

(3) (sous la direction de) Benoît Collombat et David Servenay, 2009, La Découverte.

Effeuillage

Publié: février 14, 2010 dans 1

Aujourd’hui, Le Monde du 12 février 2010 page à page ou presque. Pour celles et ceux qui ne l’auraient ni trouvé en kiosque, ni dans leur boîte aux lettres, ni oublié dans le train ou sur une table de bistro.

Saigneurs.

A la Une, « Le pari de l’Europe pour rassurer les marchés ». On ne s’y attarde pas. Cette histoire de « rassurer les marchés », c’est-à-dire les spéculateurs, est la double démonstration d’une minorité politique, sinon d’un aveu d’allégeance du politique au financier, et de l’absolue rapacité des saigneurs de l’économie qui, sur la base d’une « science » économique combinant des raffinements statistiques d’actuaires et le robuste concept de « confiance » des opérateurs boursicoteurs, sont des prédateurs : peu leur importe le citron à presser – ménages endettés, salariés licenciés ou états -, l’essentiel est de disposer d’une proie.

Marigot.

« Le patron de Total, Christophe de Margerie, veut accroître les partenariats avec la Chine ». On peut en passant s’amuser de l’usage du terme de « partenariat » dans le marigot des caïmans du commerce international mais, juste sous ce titre, on lit « Le groupe pétrolier annonce 7,8 milliards d’euros de profits en 2009 ». Que fait Total ? Du raffinage. Sans raffinement. Que lisait-on dans la presse ces derniers jours ? Qu’en France et dans les raffineries, 10 000 emplois étaient menacés. Un peu dépité cependant, non par ces licenciements mais par une baisse des profits de 44% par rapport au record atteint en 2008 (13,9 milliards d’euros), ce Christophe de… se console : « Il compte néanmoins sur une hausse des prix de l’énergie notamment du gaz… » Les benêts qui se laissent bercer par la publicité de Total (ou celle d’EDF) se présentant comme une entreprise quasi-militante de la deep ecology dans un monde solidaire et pacifié sur fond musical de la Pastorale de Beethoven doivent comprendre que les super-profits de Total, à défaut de se fonder sur plus d’arrêts à la pompe, seront satisfaits par le porte-monnaie des piou-piou contraints de payer le prix fort pour se déplacer. Peut-être ne viendra-t-on pas chez eux par hasard mais, ce qui est certain, c’est qu’on en ressortira allégé. Pas l’esprit. La bourse.

Portefeuille.

Page 2, une analyse d’Annie Kahn, « Les projets sociaux au secours de l’image des entreprises ». En substance, l’entreprise socialement responsable a le vent en poupe : un sondage CSA pour l’AVISE (Agence de valorisation des initiatives socio-économiques) révèle que « les deux tiers des Français choisiraient prioritairement de postuler pour travailler dans une entreprise sociale et particulièrement les jeunes (75%) » et Hugues Sibille, président de l’AVISE, constate que les consommateurs, sensibles au profil social de leurs fournisseurs, « ont envie de consommer plus intelligemment. » Des entreprises ont pris le train en marche – Danone, General Electric… – mais la question de la compatibilité entre les deux logiques, « gagner toujours plus pour les uns, partager un peu plus pour les autres », reste posée : « Laquelle {des logiques} prendra donc le dessus dans les années à venir ? Verra-t-on un jour les conseils d’administration consacrer plus de temps aux investissements – comme Danone au Bangladesh avec la Grameen Bank – qu’aux retraites chapeau et autres parachutes dorés de leurs dirigeants ? Sera-t-il un jour patent que l’engagement social, et non les super-bonus, est plus efficace pour garder et attirer les meilleurs talents ? » De toute évidence, la réponse est entre les mains des citoyens plus que dans celles des administrateurs dont on imagine mal une subite conversion succédant à une vérité-foudre ou ciel. Disons que, faute de conviction et d’éthique, il faut parier sur l’intérêt économique de l’éthique. Le portefeuille est aussi près du cœur que la corbeille l’est de la Bourse. A quand la valeur éthique cotée au CAC 40 ?

Brownien.

Page 3, toute la page : « La demi-grève des Grecs ». Mercredi dernier, les fonctionnaires grecs étaient appelés par la Fédération syndicale de la fonction publique à manifester contre le plan d’austérité : gel des salaires, baisse de 10% des allocations, diminution des heures supplémentaires (tiens, étonnant, exactement l’inverse de chez nous)… 10 000 manifestants dans les rues d’Athènes, ce n’est pas un franc succès, la préfecture de police a du faire des efforts pour ne pas en compter moins. D’où cette « demi-grève ». On se souviendra cependant qu’il y a fort peu de temps le risque de contamination de la révolte juvénile grecque était un motif d’inquiétude pour nos gouvernants très préoccupés – comme on le constatera ultérieurement sur un autre thème – par tout ce qui évoque une pandémie . Il semble évident que, si les insiders helléniques accepteront bon gré mal gré de resserrer d’un cran leur ceinture (« … un fort soutien au plan d’austérité, approuvé par plus de 60% des Grecs »), tel ne sera pas le cas de ceux qui n’ont rien à perdre. Ce qui vaut pour le berceau, agité, de la démocratie vaut pour la fille aînée de l’église, cette dernière mal en point également mais tel n’est pas le sujet. Le centre, cahin-caha, est déprimé et stable ; la périphérie est agitée d’un mouvement brownien. Le changement viendra de la périphérie.

Imagination.

Page 4, « Le marché européen du CO2 attire les escrocs ». On se souvient que le protocole de Kyoto a permis de créer un nouveau marché, les pays s’achetant et se vendant des droits à polluer. Une façon originale de créer de la « richesse » en permettant aux pays riches de polluer plus en achetant aux pays pauvres des parts de leurs quotas de pollution. A l’échelle européenne, un système d’échange de quotas a été créé en 2005 entre les entreprises soumises à des plafonds d’émission de gaz à effet de serre. L’imagination des économistes est sans bornes… Celle des hackers également. « Jeudi 28 janvier, des pirates informatiques ont réussi à détourner pour au moins trois millions d’euros de droits d’émission de CO2 et obligé treize pays à fermer temporairement les registres dans lesquels sont consignés les quotas des acteurs du marché. » Passons sur les modalités techniques : faux courriel, faux site internet imitant celui de la Commission européenne, obtention des codes et mots de passe… un peu sur le modèle, en plus ciblé, du « hameçonnage », ces pourriels qui arrivent dans nos ordinateurs pour nous inviter, « suite à une erreur », à nous réinscrire sans oublier d’indiquer nos références bancaires avec le cryptogramme. On lit dans l’article « Les quotas d’émission n’étant ni complètement un produit financier, ni vraiment une matière première, ils ne bénéficient des mécanismes de régulation et de contrôle ni des uns ni des autres. » Comparaison qui, soit dit en passant, est audacieuse : on a pu apprécier dernièrement la pertinence des « mécanismes de régulation et de contrôle » des produits financiers… Ce qui n’est pas sans rappeler la notion de « barrière de variété » qui, selon la loi de variété requise (William Ross Ashby), implique l’idée qu’il est illusoire de rechercher le contrôle complet d’un système complexe (1).

Survol.

Survolons les pages « International » 5, 6 et 7 : en Ukraine, « Mme Timochenko refuse de reconnaître son échec à la présidentielle », ou la soupe est bonne ; « A Bouaké, les « Com-zones » règnent en seigneurs sur le nord de la Côte d’Ivoire », ou l’Afrique noire est mal partie, pour reprendre les termes de René Dumont (2) ; « La justice chinoise a la main lourde contre ses dissidents », ou comment Total réussira-t-il à combiner « partenariat » (voir supra) et entreprise socialement responsable ? Etc. Survol également des pages 8 et 9, le « sauvetage de l’euro », le Premier ministre grec qui a « besoin d’un soutien psychologique et politique de l’Europe », l’Italie qui « s’estime à l’abri d’une attaque spéculative, malgré une dette importante », « les agences de notation {qui} sont mises en cause dans l’affolement des marchés »…

Bonnet d’âne.

Une page entière, la 10, pour l’école avec en titre « École : l’échec du modèle français d’égalité des chances ». François Dubet, qui vient de faire paraître son énième ouvrage sur l’école, Les Places et les chances (Seuil), distingue l’égalité des places et l’égalité des chances. La première « vise à réduire les inégalités de revenus, de conditions de vie entre les cadres et les ouvriers » ; la seconde « maintient, elle, intacte le cadre social mais tente de donner des chances de mobilité aux plus méritants des classes défavorisées. »

Inutile de s’attarder sur l’égalité des places, les écarts entre riches et pauvres ne faisant que croître. Reste l’égalité des chances. Le problème est que cette tentative fonctionne au goutte-à-goutte, permettant « d’offrir un ascenseur social à une toute petite frange des « mal-nés » – tels les conventions Sciences Po, les cordées de la réussite dans les grandes écoles ». Et, accessoirement, ce n’est pas écrit mais c’est plausible, permet de s’oindre à peu de frais d’une huile de bonne conscience : ceux qui ne réussissent pas n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes puisque d’autres, avec les mêmes difficultés de départ, ont su monter dans l’ascenseur. Sauf que le poids total en charge dudit ascenseur n’autorise qu’un petit nombre à y pénétrer. Mêmes causes, mêmes effets que pour la politique de l’emploi : « D’ailleurs, non seulement les exclus ne sont victimes de personne, mais ce qui leur arrive est le plus souvent de leur faute. Dans une société où chacun est l’entrepreneur de lui-même, chacun est responsable de sa propre faillite. » (3) Dubet, chiffres à l’appui, démontre qu’au fil du temps l’école devient de plus en plus inégalitaire (« … le score des enfants d’ouvriers {en lecture pour les CM2} a été divisé par deux entre 1997 et 2007, alors que celui des fils de cadres a légèrement progressé ») et, au cours d’une scolarité, les inégalités se creusent : les zones d’éducation prioritaires « sont en faillite » et – lisez attentivement (souligné par moi) – « dans les collèges ambition-réussite, remplis aux trois quarts par des enfants d’ouvriers ou d’inactifs, un quart n’y maîtrise pas les compétences de base en français à l’arrivée et un sur deux à la sortie… » Après les valeurs ajoutées, les valeurs soustraites. Marie Duru-Bella, elle aussi sociologue de l’éducation et dont son dernier livre a été plusieurs fois évoqué ici (4), ajoute : « Les inégalités s’accroissent au fil des études parce qu’elles sont cumulatives ». Je parlerai plus volontiers de combinaison (avec des effets émergents) que de cumul (qui renforce le déterminisme) mais peu importe… Parmi les facteurs aggravant, évidemment, l’abandon de la carte scolaire qui « permet à quelques-uns de choisir leur établissement {et qui} déstabilise un peu plus les collèges à l’équilibre déjà très instable. » Au fait, un quiz : quel est le grand promoteur de cette « égalité des chances » ? Nicolas Sarkozy. Et quel est celui qui écrivait « Tout le monde parle d’égalité des chances, cela ne veut plus rien dire. L’égalité des chances, c’est comme la participation : des mots auxquels les gens ne croient plus. » ? Le même Nicolas Sarkozy (5). Paradoxe ? Non. N.S. plaide bien pour l’égalité des chances dès lors que celle-ci se fonde sur la discrimination po-si-ti-ve : « Cette philosophie est simple : si quelqu’un travaille plus que les autres, je veux qu’il gagne davantage que les autres ; si quelqu’un a plus de handicaps que les autres à la naissance, je veux que l’État l’aide davantage pour les compenser. Je ne peux pas faire de concession sur ce point. C’est la seule façon de lutter réellement contre les inégalités. » (6) On en a d’ailleurs la démonstration avec l’école, « … système qui est censé traiter à parité tous les enfants, mais qui, en réalité, fonctionne comme un instrument de sélection pour accéder aux échelons supérieurs en éliminant et en humiliant successivement les élèves trop mal armés pour la compétition scolaire conçue comme une course à l’excellence ! » (7) On achève bien les chevaux.

Egos.

A défaut d’égaux, surexposition des egos en pages 11 et 12, depuis les régionales avec « La gauche sera divisée contre Georges Frêche » et « Ni putes ni soumises veut porter plainte contre la liste NPA en Provence-Alpes-Côte d’Azur » jusqu’à « M. de Villepin maintient sa plainte contre M. Sarkozy pour atteinte à la présomption d’innocence ». No comments, comme cela défile sur Euronews.

Nov-langue.

Page 13, retour sur Total à la Une, avec une belle photo de son directeur aussi général que moustachu et préoccupé de « renforcer ses partenariats avec les groupes chinois ». Concernant la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, bel exemple condensé de la nov-langue économique teintée d’autojustification morale : « Il y a deux règles pour qu’une entreprise responsable assure sa pérennité : la nécessaire adaptation de l’outil industriel et le traitement social accordé à ses salariés dans le respect de l’obligation, légale et morale, de revitaliser le tissu économique local si l’adaptation le rend nécessaire. » « Adaptation de l’outil industriel » pour fermeture, « traitement social » pour licenciements, « revitaliser le tissu économique local » pour partenariat avec l’empire du milieu…

Petits suisses.

Page 14. On est dans la rubrique « Économie et Médias ». A côté des « constructeurs automobiles français {qui} affichent des pertes historiques » (à corréler avec la progression tout aussi historique de leurs ventes d’automobiles en 2009), on regrette d’avoir délaissé les petits suisses pour des yaourts et l’eau pour le vin puisque, ça nous avait échappé, « le prix des Petits Gervais aux fruits a été amputé de 10%, tandis qu’un pack de six bouteilles d’eau d’Evian a pu être offert pour deux achetés ». C’est ce que Le Monde appelle les « prix agressifs » qui ont permis aux « géants de l’agroalimentaire {de} traverser 2009 » avec, pour Danone, un bénéfice net en hausse de 3,7% à 1,36 milliard d’euros. Ça en fait des petits suisses…

Rallonge.

Logiquement juste après la page 15, fort utile en cas de déplacement à l’étranger, où l’on apprend qu’un euro vaut 270,83 forints hongrois et 1591,01 wons sud-coréen (« Cours de l’euro », in « Marchés »), la page 16 apaise nos tourments sur le principe que le malheur des uns, sinon fait le bonheur des autres, du moins console : « Islande : le maelström de la crise ». Une page entière sur la dégringolade d’un petit pays : « A l’automne 2008, les trois plus grandes banques du pays se sont effondrées. La couronne a chuté et le gouvernement a dû demander l’aide du Fonds monétaire international FMI) et de ses voisins européens. L’économie a reculé de 8% en 2009. » L’article se conclut par « L’islande attend. Elle attend qu’Eva Joly, venue à son secours, retrouve l’argent caché dans les paradis fiscaux {tiens, je croyais qu’il n’y en avait plus !}. Elle attend un mieux, un client pour son énergie bon marché, un nouveau prêt du FMI, une éclaircie. Elle n’est sûre que d’une chose : les jours rallongent. » Autrement formulé, l’Islande attend une rallonge.

Vite dit.

Le Monde bat le chaud et le froid : après la consolation islandaise, quatre contributions en page 17 dans la rubrique « Débats Décryptages » : de « Il y a quelque chose de pourri en République française » à « Publicité : le grand bond en arrière » et jusqu’au facteur de Neuilly qui se débat dans la justification de la candidate voilée du NPA. Subséquemment, on peut s’en dispenser et, fatigué de la lecture, sauter à la page 22 « Météo et Jeux ». Manque de chance, le sudoku est marqué « difficile », déjà que les « facile » dans Le Monde c’est un casse-tête, et pas de gagnant aux cinq numéros du loto – 6, 11, 12, 19, 45 – avec le 10 comme numéro chance. Il y a des jours comme ça où rien ne va.

On n’a pas couché.

Page 24, c’est la dernière et là, enfin, on peut plier joyeux Le Monde pour allumer le feu dans la cheminée après avoir lu le court billet de Robert Solé, « Rien que la vérité ». Je rapporte intégralement. C’est drôle. Rappelons que les époux Patrick et Isabelle Balkany – respectivement maire et 1ère adjointe de Levallois-Perret – ont doté leur ville d’un méga dispositif sécuritaire de vidéosurveillance, qu’Isabelle a reçu la légion d’honneur le 30 janvier 2008, soit un peu moins de dix ans après avoir été condamnée pour corruption, ainsi que son édile de conjoint, pour avoir employé pendant plusieurs années trois agents municipaux de Levallois à leur usage personnel, que la même Isabelle est la « marraine » du Prince Jean, celui de l’EPAD, redoublant en fac de droit, etc. etc. Bref, ce n’est pas une casserole que traîne ce couple, c’est une batterie de cuisine, sans doute même toute la cuisine avec son débarras.

« Brigitte Bardot « en a marre d’entendre » Patrick Balkany, député UMP et maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), « se vanter d’avoir eu une aventure avec elle ». Dans un communiqué, elle menace de le poursuivre en justice. Tout a commencé par un livre, Une autre vérité, la mienne, paru en janvier aux éditions Michel Lafon. Avec une grande délicatesse, l’homme politique y raconte la relation intime qu’il aurait eue avec l’actrice, à la fin des années 1960. B.B. a démenti formellement, mais M. Balkany est revenu à la charge, le 6 février, au cours de l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. Emission qui, selon Brigitte Bardot, aurait pu s’appeler « On n’a pas couché ».

Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour assurer la promotion d’un livre ! M. Balkany a largement payé de sa personne, quitte à voir qualifiée son « autre vérité » de mensonge. Un prix littéraire récompensera-t-il sa tentative d’ajouter un chapitre à l’histoire de France ? Le maire de Levallois ne fait partie jusqu’ici que de la sélection du Prix de l’humour politique 2010, pour avoir déclaré : « Je suis l’homme le plus honnête du monde. ». »

Piou-piou.

Pour conclure, une infidélité au quotidien du soir exceptionnellement autorisée pour l’hebdomadaire palmipède daté du 10 février 2010 et titrant « Un débat qui finit en peau de chagrin ». Mais foin de considérations ornithologiques sur le fou de besson, c’est en page 3 et ça s’appelle « Tableau noir du Pôle emploi »… probablement évoqué sur La fusion pour les nuls, à vérifier. C’est extrait de l’intranet du Pôle emploi et ça indique pour l’agence de Saintes la charge de travail par conseiller (« charge SMP » pour « suivi mensuel personnalisé »). On y recense – cela rappellera quelque chose – les « SMP actifs », c’est-à-dire les dossiers à suivre chaque mois, et les « SMP inactifs », mis de côté provisoirement. Chacun des neuf agents de l’agence ont entre 308 et 365 cas à suivre, deux tiers actifs et un tiers inactif. « Pour mémoire, lors de la fusion ANPE-Assedic, Christine Lagarde avait parlé de 0 à 60 dossiers confiés à chaque agent. Quant au sémillant secrétaire d’État Laurent Wauquiez, il jurait encore, le 19 janvier dans Le Parisien que « pour les gens licenciés, on est arrivé à un vrai suivi personnalisé, avec un conseiller pour 60 personnes maximum. Pour les autres, la moyenne est d’un agent pour 95. » Le nombre réel de dossier traités par chaque employé de ce grand machin est juste entre trois et cinq fois supérieur. Les deux ministres ont le nez qui s’allonge. »

C’était la rubrique « piou-piou de toutes structures, unissez-vous ! ».

(1) Pour le formuler différemment, pour qu’un système « A » puisse contrôler un système « B », il faut et il suffit que la variété de « A » (nombre de variables) soit supérieure ou au moins égale à celle de « B ». Ceci pose un certain nombre de limites, par exemple aux prétentions d’un système de veille pour la gestion prévisionnelle des emplois : compte-tenu d’un nombre considérables de variables composant le système « B » correspondant aux stratégies des personnes sur le marché de l’emploi, pour le contrôler il faudrait que le système « A » recense au moins autant de variables. Autant dire, l’impossible. D’où, dans le champ du social, la moindre des prudences à éviter les raisonnement causaux et à leur préférer les covariations, les concomitances, etc.

(2) René Dumont, L’Afrique noire est mal partie,1966, Seuil.

(3) Éric Hazan, LQR. La propagande du quotidien, 2006, Raisons d’agir, p. 108.

(4) Marie Duru-Bella, L’inflation scolaire, 2006, « La république des idées », Seuil.

(5) « Entretien avec Nicolas Sarkozy sur la discrimination positive », Pour une société de la nouvelle chance. Une approche républicaine de la discrimination positive, Conseil d’analyse de la société, 2005, La documentation française, p. 291.

(6) id. p. 296.

(7) Robert Castel, La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? 2007, « La république des idées », Seuil, p. 109.


Zapping et chansons

Publié: février 12, 2010 dans 1

Ray Ventura…

On connaît sinon les paroles au complet, tout au moins le refrain d’un des grands succès de Ray Ventura et de ses Collégiens, « Tout va très bien, Madame la marquise »… C’est au singulier et, donc, ça n’a rien à voir avec Les Marquises de Brel et ça date de 1935 mais c’est toujours d’actualité : on avait ce sentiment en regardant l’autre soir Éric Woerth, particulièrement serein, détendu et même satisfait des suppressions de postes dans la fonction publique. Tant que ce n’est pas le sien…

Je ne dois croiser dans les services déconcentrés de l’État que des fonctionnaires atypiques car ceux-ci sont loin de la sérénité et semblent excellemment placés pour accentuer la croissance des TMS, de la souffrance au travail, etc. Ou peut-être ai-je vraiment mauvais esprit. Puisque j’ai commencé avec celui-ci, je continue. Ainsi chacun est averti et peut, en toute liberté, zapper sur un autre blog… en évitant la carte des conflits sociaux édité par Médiapart

En choeur…

A écarter dans le zapping des blogs celui de Benoît Willot, Emploi et Création, qui titre « Picardie : la fusion se concrétise ». De quelle fusion s’agit-il ? Des missions locales et des maisons de l’emploi. En fait de fusion, c’est plutôt d’absorption dont il s’agit puisque « la MEF du Sud Ouest de l’Oise (Méru) a absorbé au 1er janvier 2010 l’antenne de la mission locale et la MEF Pays du Chaunois à Tergnier (Aisne),  doit faire de même pour le 1er avril. » Ce malgré l’avis du Conseil économique et social de Picardie sur le projet de budget régional pour l’année 2009 (session du 4 décembre 2008), qui déclarait : « Si le CESR est favorable à ce regroupement, il souhaite d’une part que chacune des structures, et notamment les Missions Locales pour les jeunes, conserve son autonomie et sa spécificité, et d’autre part, qu’une bonne coordination et collaboration dans la complémentarité s’instaure avec Pôle Emploi… » Ce n’est pas une chanson, juste un avis. Pas repris en choeur.

m-i-s…

Autre blog, Michel Abhervé rapporte une intervention de Patrick Beaudouin, député UMP du Val-de-Marne et, par ailleurs, Président de la mission locale des Villes-du-Bois, évoquant dans une de ses interventions des « fonctionnaires des Missions locales ». Et Michel de rappeler fort pertinemment que les salariés des missions locales sont des salariés de droit privé, effectuant une mission de service public,  que leur statut est régi par une convention collective étendue, signée en 2001 entre les employeurs, et que les missions locales regroupées au sein de l’Union Nationale des Missions Locales et les cinq centrales syndicales représentatives. Lorsque l’on prend le soin, grâce au lien aimablement indiqué, de lire le compte-rendu de la  session ordinaire de la deuxième séance du jeudi 4 février 2010 de l’Assemblée nationale, on y lit effectivement : « « Par ailleurs, dans le cadre de la réforme de la JAPD, la journée d’appel de préparation à la défense, nous expérimentons, dès ce stade, la mise à disposition des fonctionnaires des missions locales pour l’emploi. Ils pourront ainsi intervenir dès que l’on aura décelé le cas de jeunes en difficulté. » Bien, ne soyons pas chiens et concédons que les « fonctionnaires » en question le sont par la grâce de leur mission de service public et non, comme de mauvais esprits l’auraient imaginé, synonymes des courtelinesques ronds-de-cuir assoupis. Ceci étant, question de vocabulaire… A-t-on remarqué que, dans ICARE, les personnels des missions locales sont dénommés « agents », terme usité pour la fonction publique ou, lorsque la sociologie s’en mêle, signifiant des personnes très lourdement déterminés, agis plus qu’acteurs ? Mais, à vrai dire, cela n’est pas grand-chose à côté des vocables qui pénètrent – sans guère de résistance, reconnaissons-le – le monde de l’insertion : entre la médicalisation de l’insertion – diagnostic, prescription, handicap… – et  le discours marchand voire industriel – opérateur, offre de service, prestations… -. C’est dommage mais, surtout, c’est le signe d’un secteur professionnel qui doute de son métier jusqu’à laisser aux autres le soin de dire ses mots… qui ne sont jamais loin de leurs choses. Commençons simplement par trois lettres, m-i-s, et, contrairement à Patrick Beaudouin, intercalons-les entre « jeunes » et « en difficulté ». Cela change tout.

Dalida…

« Les associations d’aide à la personne en état d’asphyxie financière. Les conseils généraux ne veulent plus financer les déficits d’un secteur marqué par une faible productivité. » C’est dans Le Monde du jeudi 11 février et ça n’étonnera personne. L’ensemble des acteurs du secteur de l’aide à domicile (UNA, ADMR, Croix Rouge, CCAS) a publié en décembre dernier un communiqué : fin 2009, une centaine d’associations étaient au bord du dépôt de bilan et 10 000 emplois d’aides à domicile et d’auxiliaires de vie étaient menacés. Pour 2010, on y est, « le nombre d’associations concernées pourrait atteindre 300 à 400. » Avec le vieillissement de la population et le nombre de personnes éligibles à l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), les conseils généraux voient leurs budgets sociaux exploser et  refusent d’augmenter les heures payées aux associations. Arnaud de Montebourg, député et président du conseil général de Saône-et-Loire en a tiré radicalement les conclusions en augmentant de façon spectaculaire les impôts locaux pour financer les dépenses en faveur des personnes âgées. Il a de toute évidence raison. Mais tous les édiles n’ont pas le courage d’augmenter les impôts, trop soucieux d’assurer leur réélection qu’une mesure considérée comme impopulaire risquerait de compromettre. Pendant ce temps, sont publiés des rapports sur la maltraitance des personnes âgées, sur les conditions de travail des paramédicaux et sur la professionnalisation des salariés des services aux personnes – ceux que André Gorz identifiait comme les emplois de la « néo-domesticité »… « Paroles, paroles, paroles… », chantait l’égérie des gays. Après Ray Ventura, Dalida.

Youppie Georgette !

Toujours à propos des services à la personne, avec un tout petit peu de mémoire, on se souviendra du rayonnant Jean-Louis Borloo annonçant pour ce secteur, croix de feu, croix de fer, si je meurs je vais en enfer, la création de 500 000 emplois. La loi du 26 juillet 2005 avait même explicitement fixé cet objectif. Patatras ! Le dernier rapport annuel de la Cour des Comptes met les pieds dans le plat : « L’objectif de 500 000 emplois en trois ans a été fixé sans étude préalable, à partir de données qui ne résultent pas d’une analyse fiable : toute personne ayant travaillé au moins une fois au cours de l’année, quelle que soit la durée de ses prestations, chez un ou plusieurs employeurs, a été considérée comme occupant un emploi. Soit 75 000 pour 2004. Puis il a été décidé de doubler ce chiffre pour les trois années suivantes (soit 450 000) puis de l’arrondir à 500 000. » Voilà ce que l’on appelle une stratégie bien pesée. Avec, avantage collatéral non négligeable, une nouvelle classification de chômeurs quittant la catégorie A (cf. « Glissement progressif des catégories », dans Quelques considérations sur le chômage, l’emploi, la crise, sur ce blog le 19 février). On va dire que feu le président de la Cour des Comptes était ronchon, ce qui n’est pas faux. Une sorte de Chevènement de droite, pas particulièrement sur le modèle d’un « Youppie Georgette ! » qu’on invite à dîner pour passer une bonne soirée, mais néanmoins républicain. Mais, enfin, il disait les choses, quitte à ce que celles-ci rappellent cette sentence de Francis Scott Fitzgerald qui, contrairement à Ray Ventura et Dalida, ne chantait pas : « On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et cependant être décidé à les changer. »

Maîtres-chanteurs…

Je ne dois décidemment rien comprendre à la macroéconomie. Ne parlons même pas des plans sociaux prévisibles puisque les constructeurs automobiles « s’attendent à une année 2010 difficile » après s’être félicités de la progression fantastique des nouvelles immatriculations dopées par la prime à la casse… C’était sur les ondes hier : des chefs d’État se réunissent pour sauver le soldat Grèce et, derrière lui, le bataillon Espagne, Italie, Irlande, Portugal, etc. Parfait, la moindre des choses est qu’une solidarité s’exprime entre pays européens. Sortie du conciliabule : on soutient mais chut, on ne dit rien de précis, l’important est de « rassurer les marchés » et il ne faut pas dévoiler sa stratégie (sic N.S.). Et d’une, annoncer qu’on ne dit rien n’est sans doute pas la meilleure communication pour rassurer : comme l’avait développé Michel Crozier (qui n’est pas un chanteur) dans L’acteur et le système (qui n’est pas plus une chanson), on crée une « zone d’incertitude » dont on peut imaginer qu’elle est plus génératrice de méfiance que de confiance. Et de deux, qui s’agit-il de cocooner derrière cette appellation « marché » ? Les spéculateurs. Il y a un an, par leur cupidité doublée d’inconséquence et du degré zéro de la conscience, ces mêmes spéculateurs menaient l’économie mondiale au bord du gouffre et sont aujourd’hui responsables de millions d’emplois détruits. Et, à présent, il faut les « rassurer », les caresser dans le sens du poil. il y a un an, les États (nous) les sauvent à coups de milliards de dollars et les mêmes, après avoir saigné entreprises et particuliers, désormais maîtres-chanteurs mordent la main qui les a nourris. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde : le social subordonné par l’économie subordonnée par la finance… Comme, en sus, on marche la tête en bas (ce qui n’est plus le privilège des piou-piou réunionnais), tout cela s’apparente aux cabrioles et contorsions d’un performer de brake danse. .

Régis sur « Dialogue de gestion » : contribution, précisions…

Régis. « Exercice toujours intéressant de s’étalonner… Mais il aurait fallu les données nationales 2008 pour voir si les évolutions internes sont similaires. »

P.L. Ben comment ça ! On ne les a pas dans les missions locales ? Celles de 2008 ?

Régis. « Après, il y l’interprétation. Un exemple : le taux de rotation (rapport entre les premiers accueils et les jeunes suivis) qui est au niveau national de 41.2%. Un taux supérieur peut souligner un meilleur accès à l’emploi (lié lui à un contexte) ou un découragement des jeunes qui abandonnent l’idée d’être accompagnés. »

P.L. Élémentaire, mon cher Watson ! C’est d’ailleurs le travail du passage de données statistiques aux données sociologiques, des signes au sens.

Régis. « Après il y a la relation aux moyens. Un constat quand même: les Missions locales sont attendues sur de plus en plus de domaines (placement et suivi dans l’emploi, service civique, alternance,…), connaissent une forte hausse de leur activité (même taux d’augmentation des premiers accueils que la moyenne parisienne pour notre part) et n’ont pas les dispositifs d’alerte que peut avoir Pôle emploi pour obtenir des moyens supplémentaires. A quand un tableau de bord mensuel des Missions locales pour alerter les pouvoirs publics ? »

P.L. Avant la relation aux moyens, il y a bien – et comme indiqué dans l’article – la pondération des données sur la base des éléments de contexte (bassin d’emploi dépressif ou dynamique, etc.) et de ressources. Pour cela, il faut en amont construire des ratios (toujours pour la comparaison) et, si l’on veut, des indices dont la lecture est facilitée. Prenons un exemple, l’indice de pénétration, soit le nombre de jeunes suivis rapporté au nombre de jeunes DE (moyenne sur les 12 mois). En 2009, on recensait 1 250 000 jeunes suivis et grosso modo 720 000 jeunes DE. On obtient {1 250 000 : 720 000} x 100 = 173,6% (ratio 1) correspondant à l’indice 100. Supposons une mission locale qui intervient sur un territoire où l’on recense 2 700 DE jeunes et qui a 4 300 jeunes en suivi. Re-calcul : {4 300 : 2 700} x 100 = 159,3% (ratio 2). L’indice de cette mission locale sera de {ratio 2 : ratio 1} x 100, soit {159,3 : 173,6} x 100 = 91,8 arrondi à 92. Écart de – 8 points.

On peut, question d’appétence, multiplier les ratios et les indices : de renouvellement (1ers accueils/suivis), de couverture (1ers accueils/DE jeunes), d’accompagnement (« 4 entretiens et + dans l’année »/suivis), etc.

Ces calculs sont assez simples et, toutes choses étant égales par ailleurs, on peut s’exonérer des débats byzantins du type « pourquoi un dénominateur DE jeunes puisque des jeunes non-inscrits à Pôle emploi viennent à la mission locale ? » du fait que cela concerne toutes les structures.

Bien évidemment, ces traitements statistiques ne sont qu’un début (continuons le…), comme le dit Régis, permettant de s’étalonner. Le vrai travail est double : interprétatif et, encore une fois, de pondération des indicateurs de réalisation et de résultat par les indicateurs de contexte et de ressources. L’interprétatif repose sur les structures (« intelligence partagée » et « expertise pratique »). Les règles de pondération, qui ne peuvent être construites qu’à partir des standards nationaux sur la base desquels on définit les valeurs des écarts, devraient être – rapidement : pourquoi faudrait-il attendre le énième dialogue de gestion ? – arrêtées à l’échelle nationale.

Enfin, ce que j’en dis… Il n’est de plus beaux cris que dans le silence.

Dialogue de gestion…

Publié: février 10, 2010 dans 1

Mathémalogiques…

Période des « dialogues de gestion ». S’il est délicat de comparer l’activité d’une structure (susceptible de variations fortes) à celle de l’ensemble du réseau (bénéficiant d’une inertie), cela n’est toutefois pas inutile dès lors que l’on fait intervenir dans l’analyse et les commentaires des variables de contexte (l’environnement) et de ressources (les moyens). Reste que, si ces dernières variables sont effectivement explicitées, aucun mode de calcul des pondérations qu’elles entraînent n’est – sauf erreur – disponible.  Formulé différemment, il ne serait pas inutile que, face à un modèle quantitatif (les réalisations, les résultats), les données de contexte et de ressources, elles également quantitatives, appellent autre chose qu’une appréciation qualitative en « plus ou moins explicable » et soient corrélées pour obtenir des données de réalisation et de résultat « corrigées des variations structurelles ». Enfin, ce que j’en dis…

Donc, l’exercice comparatif à réaliser par chaque structure… si elle le souhaite à partir des données nationales pour toute l’année 2009 (extraction CPO national, DGEFP/MIJ/MISI).

N jeunes accueillis pour la 1ère fois

514 308

dont niv. V et infra

319 131

dont jeunes filles

256 340

dont ZUS

73 145

N jeunes suivis

1 249 203

dont niv. V et infra

852 564

dont jeunes filles

639 362

dont ZUS

209 754

N JDI

693 570

N jeunes accueillis en entretien au moins 1 proposition « accès à l’emploi »

839 545

N jeunes accueillis en entretien au moins 1 proposition « formation »

661 823

N jeunes accueillis en entretien au moins 1 proposition « projet professionnel »

567 973

N jeunes accueillis en entretien au moins 1 proposition « social » ou « vie sociale »

464 571

% jeunes « 4 entretiens au moins dans l’année »

34%

N jeunes bénéficiaire d’un suivi dans l’emploi

378 806

N jeunes entrés en CIVIS

188 583

dont % non qualifiés (V et infra sans diplôme)

49%

dont ZUS

31 488

N jeunes retournés ou maintenus en formation initiale

19 380

dont ZUS

2 676

N jeunes ayant accédé à une formation Région

147 831

dont ZUS

26 115

N jeunes ayant accédé à une formation autre

46 979

dont ZUS

8 517

N jeunes ayant accédé à un emploi (tous types hors alternance)

321 616

dont ZUS

44 024

N jeunes ayant accédé à un contrat en alternance

36 940

dont ZUS

4 946

N jeunes sortis de CIVIS au bout de 12 mois max.

121 807

dont en emploi durable

32 016

N jeunes CIVIS sortis dans l’année en emploi durable

45 730

dont jeunes non qualifiés

20 742

dont ZUS

6 594

dont non qualifiés et ZUS

3 203

Il vous reste à faire vos calculs avec deux règles :

Mesurer l’évolution. Soit un taux obtenu par l’opération {D2 – D1 : D1} x 100 (D2 = donnée 2009, D1 = donnée 2008).

Comparer aux données nationales. Par exemple, le taux de renouvellement calculé comme suit : « {N 1ers accueils/N suivis} x 100 » de votre structure, soit …%, moins « {N 1ers accueils/N suivis} x 100 » du national, soit ici 41,2%.

A l’occasion, on parlera de ratios (c’est-à-dire d’indicateurs complexes) permettant de calculer les taux de pénétration, de couverture, etc.

A vos neurones et calculettes !

Illusionnisme.

Le 27 janvier sur TF1, N.S. : « Vous verrez bientôt reculer le chômage. » Deux jours plus tard, la DARES annonce une baisse en décembre 2009 du nombre de chômeurs de catégorie A. Trop fort, N.S. !

Glissement progressif des catégories.

Trublion désenchanteur, Philippe Askenazy fournit quelque explication dans Le Monde Économie du mardi 9 février 2010, « Chômage et boule de cristal ». Rappelons que les chômeurs de catégorie A recouvrent les personnes sans activité durant le mois. Ceux-là ont effectivement diminué… mais à l’inverse le nombre de personnes à la recherche d’un emploi a crû. Cherchez l’erreur… et trouvez la dans la montée en puissance de l’auto-entreprenariat. « Tout le monde peut devenir auto-entrepreneur. Il suffit de quelques minutes pour s’inscrire et commencer une activité libérale, même minime. En deçà d’un plafond variable selon le type d’activité, les personnes doivent simplement, pour chaque recette, payer un forfait social et fiscal. En l’absence de recette, rien n’est dû. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont ainsi adopté ce statut. On en retrouve, parmi les victimes d’un licenciement, d’autant qu’en cas de licenciement collectif, certaines sociétés de reclassement sont rémunérées chaque fois qu’elles convainquent une personne de devenir auto-entrepreneur… même s’il ne gagne rien ! Un sans-emploi devenu auto-entrepreneur conserve ses allocations chômage pendant au plus quinze mois. Elles sont seulement réduites, selon un mode de calcul compliqué, s’il réalise des recettes comme auto-entrepreneur. Mais, dans ce cas, il devient chômeur avec activité réduite, et quitte donc la catégorie A. »

Classer, reclasser, déclasser.

A propos de sociétés de reclassement, Le Monde du même jour, titre sur une page « Les cellules de reclassement réinsèrent finalement peu ». On y lit que « sous l’effet de la crise, les cellules de reclassement ont pullulé en France durant l’année 2009. » Comme quoi, à quelque chose malheur est bon… Même si elles ne sont pas imposées par les textes, les cellules de reclassement sont aujourd’hui considérées comme un élément nécessaire, observait le député Gérard Cherpion, auteur d’un avis sur la question en 2008 : 85% des plans de sauvegarde de l’emploi en prévoyaient une cette même année. Selon une étude de la DARES, en 2005 59,4% des salariés suivis par une cellule de reclassement conventionnée – elles ne le sont pas toutes – se sont reclassés : trois sur dix en CDI, un quart en contrat court et moins de 5% en créant ou en reprenant une activité. Dans La Revue de l’IRES n° 47 « Spécial Restructuration, nouveaux enjeux »(1), Olivier Mazade écrivait que certains prestataires sont tellement obnubilés par les objectifs de reclassement qu’ils peuvent être amenés « à  centrer leurs moyens sur les plus proches de l’emploi et les plus motivés sans se poser la question de savoir pourquoi d’autres personnes ne le sont pas assez. » (2) Ce qui n’étonnera personne parmi les intermédiaires de la politique de l’emploi : effet aussi mécanique que pervers de la confusion entre une culture du résultat et une obligation de résultat.

Paris-Match.

Précisément, toujours l’IRES mais cette fois dans le dernier Chronique de l’IRES (3), Michel Husson signe un article au titre inspiré de la sémantique de Paris-Match (4), « Le choc de la crise, le poids du chômage ». Vingt-deux pages avec beaucoup de graphiques, ça se lit donc assez rapidement et c’est toujours téléchargeable. L’auteur compare l’effet de la crise sur le chômage dans plusieurs pays européens et aux USA. Rappel : depuis le début de la crise, l’Europe a perdu 3,8 millions d’emplois et les États Unis 5,5 millions… « La supposée supériorité du dynamisme de l’emploi (la « grande machine à créer des emplois » contre « l’euro-sclérose ») ne se vérifie plus depuis plusieurs années. » En France, le taux de chômage a crû de 1,7 point… c’est évidemment moins que l’Espagne (+ 8,7 points)… mais nous étions à un niveau déjà élevé comparativement à nos voisins européens. Trois idées à retenir.

Case départ.

« En France, l’ajustement de l’emploi a principalement porté sur l’intérim. Sur la période considérée, 324 000 postes de travail ont été supprimés, dont plus de la moitié (174 000) correspondent à des missions d’intérim. {…} Le chômage partiel s’est étendu puisqu’il concerne aujourd’hui 326 000 salariés. » Sur les 321 616 jeunes suivis par les missions locales qui en 2009 ont accédé à un emploi (tous types hormis contrats en alternance – 5), aucun doute sur la proportion importante de retours à la case départ…

Tout faux.

« Le cas français montre que la contribution de la baisse de la durée du travail – sous des formes diverses : chômage partiel, recours au temps partiel, etc. – est l’une des variables de l’ajustement. Elle permet en effet d’amortir l’impact d’une récession sur l’emploi. La baisse de l’activité conduit naturellement à une baisse du volume de travail, autrement dit du nombre d’heures travaillées. » Tout faux sur le thème des heures supplémentaires exonérées et sur celui du « travailler plus… »

De « relativement optimiste » à « pessimiste ».

Enfin trois scénarios à partir de la question « où va l’emploi ? ». Premier scénario, optimiste, « un rattrapage relativement rapide de la tendance d’avant-crise ». Deuxième scénario, pessimiste, « un décrochage durable ». Troisième scénario, intermédiaire, « un rattrapage de la tendance moyennant une perte en niveau irrécupérable » : « On peut considérer que les dernières prévisions internationales, et notamment l’OCDE, se rapprochent du scénario intermédiaire. » Faute de grives, on mange des merles et, a priori, on se console : certes, on en aura laissé un peu plus au bord de la route mais, vaille que vaille, on s’en sort. Sauf que « … les effets sur l’emploi de ce scénario relativement optimiste ne pourront se faire sentir qu’avec un délai beaucoup plus long que la reprise économique. » Et que le scénario probable de cet article, écrit fin 2009, n’intègre pas le risque d’une seconde crise financière comme celle avec laquelle nous flirtons : ce n’est plus Lehman Brothers mais les pays.

Assainissement.

Cependant, sans même prendre en compte ce nouveau séisme, le diagnostic de Michel Husson évolue du « relativement optimiste » à des « perspectives en ce qui concerne le taux de chômage {qui} ne peuvent être que sombres. La récession actuelle apparaît d’ores et déjà comme beaucoup plus dure que les précédentes. {…} Le taux de chômage est appelé à franchir une marche d’escalier considérable, et difficilement réversible. » A ceci va s’ajouter, charmante perspective pour les piou-piou au portefeuille plat, le fait que « la volonté des entreprises de rétablir leur rentabilité et leur compétitivité va les conduire à freiner la progression des salaires et à réduire au maximum les embauches. » Et, pour couronner le tout, l’état des finances publiques, avec des déficits budgétaires que la crise a considérablement creusés, s’illustrera dans une réduction des dépenses sociales : « Dans une récente conférence de presse (2009), Jean-Claude Trichet a esquissé une telle orientation : le processus d’ajustement structurel devrait commencer, en tout cas, au plus tard lors de la reprise économique. En 2011, il faudra intensifier les efforts d’assainissement… » Chacun, d’où il est, aura déjà constaté que cet « assainissement » n’attend pas 2011 : nombre de collectivités locales ont d’ores et déjà annoncé, au mieux, une « augmentation zéro » de leurs subventions ce qui va poser une équation difficile à résoudre pour les gestionnaires de structures ne serait-ce qu’avec le GVT (glissement vieillesse technicité).

Socialement soutenable ?

Conclusion de Michel Husson : « La période ouverte par la crise sera marquée, du point de vue de l’emploi, par le maintien durable de taux de chômage nettement supérieurs aux niveaux enregistrés avant l’éclatement de la crise. Les éléments de prospective disponibles montrent que l’on ne peut pas compter sur une croissance suffisamment vigoureuse pour éponger le chômage accumulé, même si une « croissance verte » pourrait se révéler plus riche en emplois. Dans une telle configuration, les modalités du partage du travail vont déterminer de manière centrale l’évolution des modèles sociaux. La relative préservation de l’emploi en Europe a en effet été obtenue par des dispositifs qui reviennent en fait à réduire le temps de travail de manière à éviter, au moins en partie, des suppressions d’emplois encore plus massives. Tous ces dispositifs sont en contradiction avec l’esprit des réformes néo-libérales et l’éloge de la résilience des modèles sociaux est donc essentiellement conjoncturel. {…} Une marche d’escalier a été franchie en ce qui concerne, non seulement le taux de chômage mais aussi ce que l’on pourrait appeler le degré de fragmentation des marchés du travail. L’un des enjeux va être alors de savoir si ce fractionnement accru est socialement soutenable. De ce point de vue, il est significatif que l’Organisation internationale du travail mette en avant l’idée d’un partage du travail. »

In-cro-ya-ble ! Le partage du travail ! Voilà un effet heureux de la crise. Solidaires par pragmatisme et contrainte plus que par conviction et engagement… mais solidaires. L’essentiel est là.

(1) Institut de Recherches Economiques et Sociales, 2005.

(2) Olivier Mazade, « Cellules de reclassement et individualisation du traitement du chômage. Le cas de Metaleurop et des Houillères du Nord » (pp. 196-214). Pour celles et ceux qui n’auraient pas eu le courage d’acheter et de lire le remarquable ouvrage, plusieurs fois recommandé sur ce blog, de Danièle Linhart, Perte d’emploi, perte de soi, (avec Rist B. et Durand E., 2002, éditions Erès), ils peuvent télécharger de la même auteure et à partir du même événement (la fermeture des usines Chausson à Creil) « D’un monde à l’autre : la fermeture d’une entreprise », paru dans ce numéro de l’IRES.

(3) IRES, Les acteurs sociaux face à la crise, Chroniques de l’IRES n° 121, novembre 2009,

(4) « Le poids des mots, le choc des photos »…

(5) Données Parcours 3, simulation sur la période du 01/01/2009 au 31/12/2009, extraction CPO national, DGEFP/MIJ/MISI.

The show must go on…

Publié: février 5, 2010 dans 1

Resaisir la plume ou, plus exactement, le clavier, le spectacle du monde et par Le Monde fournissant largement matière… Désolé, celle proposée aujourd’hui n’est guère heureuse.

Rigueur.

On se souvient de la très récente affaire Proglio, bel exemple de ce qui anime au plus haut niveau certaines élites généralement aussi peu économes (pour les autres) du discours de la rigueur qu’elles s’arc-boutent sur leurs cassettes, pas audio mais à la manière d’Harpagon. La chose n’est d’ailleurs pas nouvelle : Serge Tchuruk, ex-pédégé d’Alcatel-Alsthom, rêvait à « une entreprise sans usine. », c’est-à-dire sans ouvriers (Wall Street Journal, 26 juin 2001), considérés comme des charges, et augmentait de 55% de sa rémunération entre 2003 et 2004 atteignant 2,3 millions d’euros par an. Par les temps qui courent, il faut s’attendre à d’aussi beaux jours avec ces compassés mais parés de réalisme («… les caisses sont vides…») discours dits « de la rigueur », Rolex au poignet : « Trois années de rigueur pour la dépense publique », à la Une du Monde du 3 février. On continue : « A quelques semaines des élections régionales, le ministre du budget, Eric Woerth, le président de la République, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre, François Fillon, ont soigneusement évité de parler de « rigueur ». Mais le message qu’ils délivrent depuis une semaine ne laisse guère de place au doute. {…} la réduction draconienne du rythme de progression de la dépense publique, le gel du budget des ministères, la poursuite de la baisse des effectifs de fonctionnaires, la réforme des retraites… » Qu’on se rassure: les députés, élus du peuple ( ?), avec 6 278 euros de salaire brut, plus 8 949 euros de crédit mensuel pour la rémunération de un à cinq collaborateurs (si la somme n’est pas totalement utilisée le député peut récupérer le reste ou le remettre à son groupe politique), les transports gratuits SNCF (1ère classe) et en taxi à Paris, un quota confortable de déplacements aériens, la mise à disposition d’un parc automobile, une allocation d’aide au retour à l’emploi pendant six mois pour assurer un revenu brut mensuel égal à l’indemnité parlementaire de base et de remarquables prêts d’aide au logement… sauront trouver les mots. Un temps.

Intenses conflictualités.

De toute évidence, les inégalités vont croître, s’agrandir ou, plus exactement, «s’engouffrir » mais, après tout, là non plus guère de nouveauté : pendant que la Cour badinait à Versailles, Louis XVI occupé à trifouiller les serrures et Marie-Antoinette ses amants, l’estomac du peuple analphabète était (a)vide de pain… ce qui justifia doléances puis Bastille et décapitation. La différence, de taille, tient à la visibilité en temps réel de ces inégalités désormais connues de tous, en particulier par la généralisation des (nouvelles) technologies et des réseaux sociaux. Même le plus abruti des téléspectateurs en addiction à TF1 ne peut pas ne pas savoir (1). Sans risque prophétique, on peut donc s’attendre à une forte conflictualité ou, plus exactement, à d’intenses conflictualités, celles-ci étant entendues comme des expressions individuelles et ponctuellement groupales (corporatistes, voire « de classe »), d’autant plus que l’exemplarité des élites n’est plus un garde-fou : cette même affaire Proglio comme celle du Prince Jean et de l’EPAD démontrent que l’intérêt général est une fable, de celle que l’on raconte le soir aux enfants pour les endormir. Mais s’endort-on le ventre vide ? Il faudra poser la question (Opinion Way ?) aux 600 000 chômeurs en fin de droit cette année. Michel de Certeau écrivait dans Critique de la vie quotidienne, « La substance de la vie quotidienne, l’humble et riche « matière humaine », traverse toute aliénation et fonde la désaliénation. » (2). Donc, pas d’aliénation sans que ne s’ouvre la possibilité d’un mouvement de sens inverse, allant dans le sens d’une désaliénation, et prenant la forme d’une résistance à la domination, résistance qui est la réponse des dominés à l’agression qu’ils subissent. (3)

Reculer pour mieux fermer.

Dans un tel contexte, les stratégies politiciennes et aussi celles des grands groupes industriels ont manifestement basculé pour ne devenir que tactiques, c’est-à-dire réglées sur le court terme, le très court terme. En février, on raisonne jusqu’en juin, en fait mars et les élections régionales : « Total reporte la fermeture de la raffinerie de Dunkerque », titre en page 12 le même quotidien… avec « un report de la décision d’ici à la fin juin », lit-on dans l’article. Personne n’est d’ailleurs dupe : « L’intersyndicale affirme qu’il s’agit d’un « report tactique et politique » destiné à ne pas embarrasser l’UMP à six semaines des élections régionales de mars. »

Arrêt de mort.

Parlant des groupes industriels et toujours en page 12, « Cinquante dirigeants exhortent Bruxelles à définir une politique industrielle »… Face à ce qui les attend, ces patrons ont sans aucun doute raison de « pousser un cri d’alarme ». Cependant, d’une part, on les voit venir comme le nez au milieu de la figure avec leurs réserves sur les décisions prises pour réduire les émissions de CO2 – « On ne pose pas les bonnes questions. Le danger serait de mettre en place un système trop vite et que l’on en paie ensuite les conséquences » – comme si le désastre écologique annoncé, lui, pouvait attendre ; d’autre part, on ne manquera pas de s’étonner que ceux qui furent, dans l’économie de production de la première partie du XXè siècle, les figures emblématiques de la réussite et du capitalisme triomphant, des « capitaines d’industrie »… exhortent les pouvoirs publics à définir leur politique ; enfin, force est de constater que, face à la destruction massive des emplois industriels, sans les effets de « déversement » dont parlait Alfred Sauvy (les agriculteurs devenant ouvriers qui devenaient employés, du secteur primaire au secondaire puis au tertiaire, voire au quaternaire), chacun individuellement y concourt : lorsqu’on achète un lecteur de dvd à 15 euros – vérification faite en hypermarché – on signe en tapotant le code de sa carte bancaire l’arrêt de mort de l’industrie en Europe.

Marginaux.

Mort de l’industrie ? En tout cas, de cette industrie. Mais d’autres industries vont naître telles celles dites « vertes ». Un exemple : « 40 millions d’euros. Le montant consacré à la lutte contre les algues vertes en 2010 et 2011 ». C’est toujours dans Le Monde, cette fois celui du 4 février, en page 5. Juste une piqûre de rappel. Il y a trente ans, des marginaux, perpétuels insatisfaits et réfractaires de tout poil, se battaient, bien peu nombreux, contre ce qui n’était plus l’agriculture mais l’industrie agroalimentaire et ce qu’elle impliquait en amont, de l’arasement des talus pour la monoculture à l’élevage intensif en batterie et à l’alimentation du bétail et de la volaille – herbivores, faut-il le rappeler ? – par des granulés à la farine de viande et de poisson avec des adjuvants pharmaceutiques pour jaunir la chair des poulets devenus « au grain », donc plus chers On connaissait déjà, sur les belles plages du Trégor (Saint-Michel-en-Grève…), les algues vertes ; on a connu l’ESB et la vache folle ; on connaît la foudroyante – qualificatif choisi et de circonstance – progression des cancers des voies digestives ; on va connaître l’industrie verte ; on va donc, contraints, se réconcilier avec Schumpeter et son concept de « destruction-créatrice » :  en détruisant, on créée de la richesse. Versus l’optimiste Morin, ces jours-ci plusieurs fois évoqué, ce serait le principe de métamorphose. Il y a des jours où l’on peut douter de l’optimisme.

PPOP.

De l’optimisme, il en faudra face au « projet personnalisé d’orientation professionnelle » (gageons que, d’ici peu, l’acronyme « PPOP » s’imposera dans le langage courant) qui attend le fonctionnaire dont le poste sera supprimé dans sic « le cadre de la réorganisation des services ». Entre nous, n’hésitons pas : la RGPP. C’est en page 12, le 4 février, et tout cela rappellera aux piou-piou « intermédiaires de la politique de l’emploi » d’autres acronymes… Un projet de décret sera présenté le 11 février au Conseil supérieur de la fonction publique dont, en substance, on retiendra qu’un fonctionnaire refusant successivement trois postes proposés pourra être licencié. Bon, convenons que l’on ne parle pas immédiatement de licenciement mais d’une situation de « réorientation professionnelle » durant laquelle, si ces propositions ne sont pas acceptées, le fonctionnaire sera « mis en disponibilité », c’est-à-dire sans salaire, puis, s’il refuse à nouveau trois offres qui pourront être plus éloignées de ses souhaits et de son domicile, enfin licencié. Côté fonctionnaires, ils pourront toujours créer leur propre emploi, « la solution anti-chômage » (avec un point d’interrogation) dans Le Monde Économie du 2 février. Côté usagers, nul doute que ça va aller mieux dans les hôpitaux publics et dans les écoles. Côté piou-piou, on pourra toujours mobiliser les uns et les autres sur des « programmes de réussite éducative » et autres dispositifs tout en s’interrogeant ad libitum sur le risque que des politiques transversales prennent la place du droit commun. Ou du droit réduit en peau de chagrin.

Nizan.

C’est toujours le 4 février sauf que, depuis, ça a évolué : « A Clermont-Ferrand, une Marocaine de 18 ans est sur le point d’être expulsée… » C’est fait. Ce n’est pas dans Le Monde parce que ça s’est passé le lendemain mais, cette fois, c’est un garçon de quinze ans qui s’est pendu à la prison de Rouen. Etat critique hier soir. Qui écrivait « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » ? Ah oui, Paul Nizan, première ligne d’Aden Arabie (4).

Rentrer dans la société. Sortir de l’auberge.

Un sondage IPSOS auprès de 800 adolescents de 15 à 18 ans, publié le 3 février, révèle que les stéréotypes ont la vie dure. Outre une ambivalence sur le thème distinction – reproduction de « faut-il se distinguer des autres ou leur ressembler ? » (41% des jeunes cherchent à être différents mais une moitié considère qu’il peut être dangereux de l’être et 81% estiment que les gens qui ne ressemblent pas aux autres sont régulièrement discriminés), « 92% des filles jugent qu’hommes et femmes doivent se répartir les tâches ménagères, mais ils ne sont plus que 69% des garçons à le penser » et la plupart des jeunes estiment que les hommes « doivent être virils pour être de vrais hommes ». Quant à faire évoluer les organisations, 63% considèrent qu’il faut « rentrer dans le moule » pour faire sa place dans la société. S’ils rentrent comme cela dans la société, on n’est pas sorti de l’auberge car, comme l’écrivait Roland Barthes, « … les représentations collectives ne suivent pas, elles restent des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l’erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d’ordre. » (5). Le sondage, c’est en page 24 du Monde.

Fripousette et Marinet.

Il y a des jours comme cela où l’on se dit qu’on aurait mieux fait de rester au lit. C’est promis : la prochaine fois, si je ne trouve pas la technique pour incruster dans ce blog un distributeur de Prozac, je fais ma revue de presse à partir de Fripounet et Marisette. Ou de Votre tricot Madame. On va voir.

(1) Le 5 février, 42% des femmes de moins de 50 ans et 45,4% des enfants de 4 à 14 ans qui regardaient la télévision avaient choisi « La Ferme Célébrités ». Sur TF1, évidemment. Dans sa chronique « Écrans », Franck Nouchi conclut par « On conçoit bien que l’enjeu commercial soit considérable. Faut-il pour autant se résoudre à ce que télé-réalité rime à ce point avec vulgarité ? » (Le Monde, 5 février 2010, p. 24).

(2) Tome I, 1958, éd. de L’Arche, p. 109.

(3) Pierre Macherey, « Michel de Certeau et la mystique du quotidien », 2005, Université Lille 3.

(4) {1931} réédition 1960, Maspero.

(5) Roland Barthes, « Bichon chez les nègres », in Mythologies, 1957, Seuil.

Disparition

Publié: février 1, 2010 dans 1

Ce fût a priori son dernier combat et il l’a perdu dans la nuit de samedi à dimanche, à deux heures du matin. Le crabe, dit-on. Cela s’est déclaré ce dernier mois d’août, revenant du Burkina Faso, et il n’a fallu six mois pour que Michel referme son parapluie, mangé de l’intérieur par le crustacé, diminué de moitié jusqu’à peser moins de soixante kilos.

En perdant cette bataille, il m’en a fait perdre une autre commune, l’édition à temps de son livre annoncé ici, Semences d’aujourd’hui, Compétences de demain. Je devais samedi prochain lui amener le manuscrit corrigé, mis en page, prêt après le « BAT » (bon à tirer) à tourner sur les rotatives de l’imprimeur. Depuis quelques jours, seul le retenait cet ouvrage. Non par vanité : c’était bien moins « son » livre que celui des quinze jeunes Burkinabés qui s’adressent à nous, occidentaux. Un livre – message, cri et lien entre le Sud et le Nord. Un livre d’humanité.

Ce n’est pourtant pas a posteriori son dernier combat. Sa famille, ses amis saisissent le relais. Une souscription a été lancée, l’intégralité des ventes de cet ouvrage devant servir au développement de structures et d’actions de formation pour les jeunes Burkinabés de Réo (1) Déjà deux cents ouvrages ont été pré-acquis. Je ne peux, à ce stade, que rapporter ici la préface… qu’il me reste à reprendre à l’imparfait, pour lui Michel, mais aussi au futur, pour son projet.

Préface

Fraternité, altérité et engagement

Ce n’est pas qu’avec plaisir mais avec bonheur que j’accueille au sein des « Panseurs sociaux » l’ouvrage de Michel Gauchard et de jeunes Burkinabés, Semences d’aujourd’hui, Compétences de demain. Trois raisons à ce bonheur. La première est égoïste. La deuxième tient précisément à cette collection. La troisième est de fond.

Réglons immédiatement la motivation égoïste ou, du moins, très personnelle. Michel et moi nous sommes connus il y a désormais plus de trente ans. Ce devait être en 1978 et tous les deux, jeunes éducateurs, travaillions dans un Foyer de l’Enfance auprès d’adolescents, à l’époque dits « cas sociaux » dans la nomenclature de l’Enfance inadaptée. Ce qui fût au départ une sympathie devint un compagnonnage et aboutit (rapidement) en amitié. Une amitié qui, bien entendu, n’attendit guère pour enjamber les hauts murs de cet établissement et déborda sur de multiples combats dont on peut dire a posteriori que le dénominateur commun était la justice sociale. Il est vrai qu’à cette époque les occasions de mobilisation ne manquaient pas, avec beaucoup d’« anti » (psychiatrie, nucléaire, militaire…) et sans doute insuffisamment de « pro ». Consolation : la longévité des carrières politiques fait qu’aujourd’hui les mêmes qui discréditaient hier nos combats les reprennent à leur actif comme s’ils en avaient été de tout temps les plus fervents prosélytes. Ce qui signifie que nous n’avions sans doute pas tout à fait tort dans nos engagements communs. L’arrivée dans le couple que Michel formait avec son épouse Clotilde de Nicolas puis de Jean-Charles et enfin, synchroniquement, des jumeaux Antoine et Marie aurait pu pondérer son engagement et, par voie de conséquence, le nôtre ensemble. Ce ne fût pas le cas, tout au contraire : loin de le ralentir et comme le plongeur en apnée reprend son souffle (je fus son initiateur du côté de Primel Trégastel, entre Morlaix et Lannion), la coquille familiale lui insufflait des forces pour le reste… et réciproquement ; elle ne fût jamais un prétexte pour moins s’investir dans ce que nous jugions comme un impératif moral dont nous avions fait notre règle éthique commune, partagée. C’est donc de l’ouvrage d’un ami très cher dont il s’agit ici.

Deuxième raison, « Les Panseurs sociaux ». Cette collection, ouverte en 2003 avec le premier tome des Bricoleurs de l’indicible, s’est faite une spécialité de penser le social qui panse. Il y a à dire, ne serait-ce qu’à partir des jeunes, de leur insertion et de celles et ceux les accompagnent, les aident. Logiquement, les missions locales occupèrent la place, toute la place. Ce livre arrive donc à point car, s’il s’agit toujours de jeunes et d’insertion, cela se passe sur le continent noir, au Burkina Faso. Lisant dans cet ouvrage les témoignages des quinze jeunes, on en sort ambivalent car s’y mêlent ombre et lumière, désespoir et espoir, déterminisme et volontarisme. On ne peut départager, choisir l’un contre l’autre. Tout juste cependant les organiser dans le temps.

Le premier temps est obscur. C’est celui de l’injustice qui pèse – ce verbe est faible – sur ces enfants qui deviennent jeunes et, pour certains, aujourd’hui adultes : être né quelque part n’est pas innocent, n’est pas rien. Ce temps est marqué par la mort – les décès de parents sont presque toujours présents dans chaque histoire de vie – et par le ballottement de ces petits et petites d’homme d’oncles en cousins, de grands parents en « blancs » parrains. Si la famille est élargie, ce qui est souvent traduit par une large solidarité (« mécanique », disent les sociologues), chaque membre de celle-ci est agi plus qu’acteur. Restent des interstices, des débrouillardises, de petits espaces dans lesquels ça bricole, ça colmate, ça tente de s’échapper au jour le jour à la pauvreté. L’histoire est celle des « gens de peu », comme l’écrivait affectueusement Pierre Sansot (2), et même de très peu. Elle est aussi celle de « la misère du monde », cette fois pour reprendre les mots de Pierre Bourdieu (3), bien loin, très loin des paillettes du spectacle du monde donné en pâture dans les médias. Il n’y a aucun exotisme dans ce Burkina Faso. Il y a de la peine.

Mais le second temps de lecture est lumineux. Car tous ces jeunes, excepté l’un d’entre eux, Moïse, trouvent en eux l’énergie d’espérer, cet optimisme de la volonté qui doit coûte que coûte succéder au pessimisme de la raison. Cette résilience force le respect – serions-nous capables, tout emmaillotés et sur-assurés que nous sommes dans notre civilisation de consommation, d’autant de courage ? – et l’adhésion. Entendons-nous : il ne s’agit pas d’adhérer le temps d’une lecture, petit arrangement avec notre éthique sur un mode cathartique, mais de contribuer, c’est-à-dire de s’engager auprès d’eux. Comme Michel et comme d’autres. L’engagement des uns, eux là-bas, est une invite à l’engagement des autres, nous ici. Le fil conducteur, le commun entre eux et nous, est simple, d’évidence : c’est celui du pari de ce qui a conduit Michel au Burkina Faso et c’est cet immense investissement qu’expriment les jeunes, l’éducation et la formation.

La troisième raison du bonheur découle de ce qui précède et pourrait s’appeler, non dans sa version « guainoïsée » mais bien dans celle d’Edgar Morin, « une politique de civilisation » (4) dans et pour laquelle il appelle à une « éthique de la résistance {…} éthique première ou ultime pour un temps de ténèbres » ainsi qu’à une « incitation aux bonnes volontés », l’expression pouvant prêter – à tort – au sourire compassionnel car il s’agit de « revenir à l’appel aux bonnes volontés et à leur demander de s’entr’associer pour sauver l’humanité du désastre. » Il s’agit donc de fraternité, d’altérité et d’engagement. A l’opposé de l’égoïsme, de l’ego et du repli derrière des frontières-murs qui inévitablement craqueront. Les murs que l’on érige sont destinés à s’effondrer.

Cet ouvrage, outre ce qu’il nous dit de l’humain sous toutes ses facettes, depuis la chicotte jusqu’au bonheur d’une bonne moyenne ou d’un succès au BEPC, constitue une excellente illustration des « trois principes d’espérance dans la désespérance », autre référence à ce géant sur les épaules duquel je grimpe pour voir plus loin, que Morin propose pour « une ère écologique » (5). Le premier principe est celui de l’improbable. Qui sait si la dictature économique sur les finalités humaines ne franchira pas un seuil et ne bifurquera pas raisonnablement vers plus d’humanité ? Le deuxième principe est celui des « potentialités humaines non encore actualisées » qui repose sur la capacité des acteurs à s’organiser, non dans une perspective corporatiste mais dans celle d’une mutualisation et d’une émergence d’innovations sociales et d’argumentaires convaincants, robustes, transmissibles, communicables. Le troisième principe est celui de la métamorphose selon lequel « un système qui n’arrive pas à traiter ses problèmes vitaux, ou bien se désintègre, ou bien arrive à se métamorphoser en un métasystème plus riche, plus complexe, capable de traiter ses problèmes. »

Je vous laisse à l’émotion et à la passion, à la raison et à la réalisation.

Philippe Labbé

(1) Chèque de 25 € à l’ordre de Association ZIN TIN 1, rue Saint-Exupéry 29200 Brest, correspondant au prix du livre avec le port.

(2) Pierre Sansot, Les gens de peu, 1992, PUF.

(3) Pierre Bourdieu, La misère du monde, 1993, Seuil.

(4) Edgar Morin et Sami Naïr, Une politique de civilisation, 1997, Arléa.

(4) Edgar Morin, L’an I de l’ère écologique et dialogue avec Nicolas Hulot, 2007, Taillandier.