Lectures de janvier. Encore.

Publié: janvier 29, 2012 dans Au gré des lectures, Insertion/missions locales
Cohérence.

C’est un gros livre, 670 pages, signé de Vincent Fuchs et ça s’appelle rien de moins que Dictionnaire de l’emploi, de l’insertion et de la formation (Chronique Sociale, 2010). Question d’habitude et de test, on cherche « Insertion » et, page 352, on lit : « Ce terme d’ « insertion » est souvent utilisé par les acteurs locaux de l’emploi et par les décideurs publics, mais il reste un concept faible. Il laisse ainsi peu de place à la personne qui devient souvent « l’objet » d’actions d’insertion alors que c’est elle, dans les faits, qui est véritablement le sujet et l’acteur de son Parcours d’insertion. On lui préfèrera le terme d’ « intégration sociale ou professionnelle ». La notion d’intégration est plus participative, plus dynamique et elle implique une réciprocité entre la personne qui « s’intègre » et l’entreprise, la collectivité, l’association ou plus généralement la société qui « l’intègre » et ainsi s’enrichit. »

Et bien non, on ne lui préfèrera pas le terme d’intégration pour au moins deux raisons… sans compter le fait que dire de l’insertion qu’il faut lui préférer la notion d’intégration dans un dictionnaire qui s’annonce comme celui « de l’emploi, de l’insertion et de la formation » ne lasse pas d’étonner. Il eût fallu dans ce cas, appliquant son conseil à soi-même, baptiser l’ouvrage Dictionnaire de l’emploi, de l’intégration et de la formation… Question de cohérence.

Agent ou acteur.

La première est que la notion d’intégration n’implique pas nécessairement la participation. On peut être intégré dans un ensemble sans y participer autrement que par cette présence… sans bouger, comme incrusté. On peut remonter à Durkheim pour qui l’intégration d’un individu ou d’un groupe d’individus recouvre le fait que l’un ou l’autre ait trouvé sa place dans un même ensemble (collectivité, société), ce qui aboutit à la formation d’un ensemble cohérent… l’essentiel étant que tienne cet ensemble. Etre intégré peut signifier avoir intégré et – pour parler comme Pierre Bourdieu dont on célèbre le dixième anniversaire de sa mort – « incorporé » les normes dominantes, savoir se tenir à sa place – ce qui n’est pas exactement synonyme de participation et de dynamisme – comme cela peut signifier effectivement s’inclure dans un ensemble d’interactions, normes, valeurs en les faisant évoluer. Bref, l’intégration peut être active et positive, par exemple lorsque l’on parle d’une « intégration réussie en entreprise », mais aussi passive et guère signifiante d’émancipation. Résumons cette ambivalence en indiquant qu’un individu intégré peut être un agent agi par la vie comme il peut être un acteur agissant sa vie. Un engrenage ou une stratégie.

Processus – état, état – processus.

La seconde raison est qu’il ne s’agit pas d’opter pour l’insertion ou pour l’intégration, une notion se substituant à l’autre. Ce qui les distingue est que l’insertion est un « processus – état » alors que l’intégration est un « état – processus ». Que faut-il entendre par là ? Il serait sans doute plus facile et plus compréhensible de distinguer à partir de « processus » – l’insertion – et « état » – l’intégration -, le processus impliquant un début et une fin, cette dernière, si elle est heureuse, étant l’intégration. Mais les choses sont un peu plus compliquées parce que des parcours d’insertion s’allongent et, donc, deviennent un quasi-état permanent durant parfois plusieurs années (stabilité de l’instabilité) et que, d’autre part, avec la fin du modèle ternaire « formation – emploi – retraite » et les promesses de trajectoires discontinues, l’intégration devient aussi un processus (instabilité de la stabilité).

Barbecue.

On n’a donc pas à préférer l’intégration à l’insertion parce que les critiques exprimées dans les années 80-90 à l’insertion (« notion – valise », « concept fourre-tout »…) sont aujourd’hui et déjà depuis quelque temps tombées. L’insertion correspond à une période, plus ou moins longue selon les individus et leurs « capitaux » (économique, social, culturel, symbolique) mais également selon l’état du marché du travail, qui débouche sur l’intégration comprise comme une situation mieux stabilisée… même si désormais l’instabilité guette et menace les attributs symboliques de l’intégration, depuis le pavillon en zone rurbanisée avec le barbecue du dimanche jusqu’à l’appartenance solide parce durable dans des collectifs de travail.

Bis repetitas…

Cette insertion est professionnelle et sociale (« globale », « systémique », « holistique »…) parce qu’elle vise une intégration également professionnelle et sociale renvoyant aux deux piliers que sont l’indépendance économique (le Producteur qui subvient aux besoins) et l’autonomie sociale (le Sujet qui s’épanouit, l’Acteur qui se lie et le Citoyen qui s’émancipe). Mais, de tout cela, il a été maintes et maintes fois question… Au risque du rabâchage, on n’y reviendra donc pas.

Efficience.

Sur le blog de La machine à trier, dont il a déjà été question ici, on peut lire une déclaration de Xavier Bertrand : « L’emploi des jeunes doit passer à travers l’entreprise. Les contrats d’autonomie coûtent vraiment chers, alors que les missions locales ont un meilleur rapport coût/efficacité. » Les missions locales seraient désormais efficientes ! Grâce leur soit rendue. Il faut reconnaître au ministre une certaine adaptabilité ou, pour les esprits chagrins, une capacité de dire tout et son contraire. Mais, après tout, ne dit-on pas que ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent ? Des élections ?

Publication…

On trouvera ici un article de votre serviteur qui vient de paraître dans les ASH, ASH-27janv interview PhLabbé Insertion.

Bonne lecture.

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