De l’amnésie comme condition de l’innovation.

Publié: juin 21, 2011 dans Insertion/missions locales

Tutorat externe…

Ci-dessous une contribution de Régis sur ce qu’il semble convenu d’appeler désormais le – caramba ! – « tutorat externe ». Mais qu’est-ce que ce tutorat externe ? Il correspond à l’action du conseiller de mission locale en charge de garantir la rencontre périodique, régulière, de la triade vertueuse de l’alternance : le jeune, le tuteur interne de l’entreprise (ci-dessous « maître d’apprentissage ») et le formateur.

 

Autant je crois, sans une seule once de réserve, à ce que « l’évaluateur » constate – grosso modo, c’est deux fois mieux lorsqu’il y a un tuteur -, autant je m’interroge sur la caractéristique de novation qui, en principe, identifie toute expérimentation. Régis, qui (tout en étant jeune d’esprit) n’est pas né de la dernière pluie, se souviendra certainement que cette rencontre à trois était le b-a-ba des conditions points de passage obligé telles que Bertrand Schwartz l’énonçait… il y a trente ans.  Pour celles et ceux qui, persuadés que l’innovation est une qualité intrinsèque des seuls acteurs de l’insertion affichant moins d’un an à leur compteur professionnel et que, subséquemment, cette appellation de « tuteur externe » recouvre effectivement une nouveauté, je les renvoie à l’interview de Bertrand Schwartz in le DVD « Les grands entretiens », Université de Genève – Télévision Suisse Romande, 2003. Et, si ce DVD n’est pas rangé dans les bibliothèques, sans nul doute la lecture des pages 99 et 100 de Moderniser sans exclure, du même Schwartz et paru à La Découverte – Syros en 1994, confirmera que toutes choses ne sont pas seulement égales par ailleurs mais également dans le temps. Tout bouge, rien ne change. Bis repetita placent.

Formulé différemment, on peut certes se réjouir de constater qu’un « tuteur externe » est une garantie de meilleure effectivité mais, entre nous et cela ne sortira pas de cette salle, en quoi cela est-il nouveau et mérite-t-il d’être présenté comme une expérimentation ?

Régis : « J’avais présenté ici l’expérimentation du tutorat externe comme quatrième pied (après le jeune, le maître d’apprentissage et le centre de formation) pour sécuriser le parcours des jeunes en alternance… Notre évaluateur commence à produire : « Toutes choses égales par ailleurs, un jeune qui ne bénéficie pas de l’accompagnement du tuteur a deux fois plus de chance de connaître une rupture de contrat que celui qui en bénéficie. »

Pour rappel, cette expérimentation portait la première année sur tous les apprentis dans le secteur café-hôtellerie-restauration (451) du département de Cote d’Or  et s’appuyait sur une randomisation.

J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet, attaquant bientôt la commande finale : comment généraliser l’expérimentation? Les vacances ne sont pas encore là pour tout le monde… »

Tout compte fait, la seule caractéristique d’innovation de cette « expérimentation » est sans doute que, désormais (et à partir de l’onction évaluative), il serait judicieux de s’assurer que le jeune, le tuteur et le formateur se rencontrent. Ce qui était la règle il y a trente ans. Ainsi  on en déduira que l’amnésie est le meilleur avocat du sentiment d’innovation.

 C’est dit. Nul doute que Régis va sauter sur son clavier tel la vérole sur le bas-clergé. Il faut vivre dangereusement. Mais c’est épuisant.

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commentaires
  1. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Sans commentaires …juste des images d’un 23 juin 2011 au champ de mars à Paris !!!

    http://blog.cgtmlpaio.org/2011/06/rassemblement-des-salaries-des-mlpaio-2.html

  2. rbeaune dit :

    Donc si je comprends bien, dès lors qu’un schéma a été dessiné, il est irréversible…

    Je suis bien placé pour analyser la logique de Bertrand Schwartz puisqu’il est venu -avec Gérard Sarrasin- à la Mission locale de Beaune nous écouter en 2004 sur ce que nous appelions alors la médiation… et il est sorti de cet échange que le devoir d’ingérence est nécessaire quand une situation est dégradée, quand les acteurs (syndicats professionnels, formateurs) le demandent et que cela bénéficie aux jeunes. On retrouve -dans une moindre mesure bien évidemment- la même problématique au niveau des relations internationales…

    Après, il convient de s’interroger sur cette « triade vertueuse » de l’alternance :

    – elle souffre d’un défaut de construction : le jeune peut signer son contrat en juillet et n’intégrer le CFA que fin septembre… La moitié des ruptures se font pendant cette période sans que cette triade n’ait pu être mise en place… C’est pour combler ce vide qu’on avait mis en place en 2002 un dispositif partenarial (UMIH Côte d’Or, CFA La Noue, CCI de Beaune et Mission locale) où la chambre de commerce nous informait des signatures pour que nous proposions notre dispositif de médiation avec trois portes de sortie : rétablir le dialogue si besoin est et favoriser le maintien du jeune dans l’entreprise ou rechercher une nouvelle entreprise ou enfin retravailler immédiatement le projet professionnel avec le jeune en mettant en avant les points positifs de sa première expérience avec le monde du travail et surtout en ne le laissant pas dans une situation d’échec… Ce n’était peut-être pas innovant, mais c’était efficace au point que les professionnels ont demandé que cela perdure toute l’année car cette triade n’est peut-être pas si vertueuse que cela car

    – il n’y a pas égalité entre eux, mais une relation d’employeur à employé et d’enseignant à élève pour le jeune ;
    – la construction est basée uniquement sur le champ professionnel, mais d’autres sphères infuencent le jeune, peuvent interférer avec et tant l’employeur que le formateur n’ont peut-être pas les clés pour décrypter cela .
    – il peut y avoir des relations de pouvoir entre employeur et CFA qui nuisent au dialogue ;
    – pour la rencontre fréquente entre employeur et formateur, il ne faut pas oublier que les CFA accueillent des jeunes qui travaillent à des dizaines, voire des centaines de kilomètres…
    – pour la rencontre rapide, il ne faut pas oublier que chacun a ses propres contraintes horaires et bien évidemment la distance les séparant…
    – enfin c’est une construction micro-économique qui ne permet pas de faire une synthèse des difficultés rencontrées…

    Le tutorat externe a donc un double objectif :

    – neutralité, réactivité et professionnalisme pour analyser les éventuels problèmes et faire émerger la meilleure solution. Quand on constate des taux de rupture allant jusqu’à 40% et qu’on arrive à réduire fortement ce risque, ce n’est peut-être pas innovant, mais c’est efficace…

    – rendre compte pour dessiner des voies d’amélioration… C’est l’apport macro-économique du dispositif pour réduire les cas d’intervention du tutorat externe et donc retrouver la vertu… C’est tout le sens d’une participation au groupe de travail mis en place par la profession de l’hôtellerie-restauration, sous la houlette de Régis Marcon, pour améliorer la qualité de l’accueil dans les entreprises (formation du maître d’apprentissage). Là c’est la recherche de l’efficience…

    Pour autant, tant les professionnels que les formateurs avec qui nous travaillons souhaitent le maintien de ce dispositif pour toujours couvrir cette période préalable à l’entrée au CFA et apporter une réponse à des cas qui sortent du champ de leurs compétences… ou que le temps ou l’éloignement ne permettent pas de traiter…

  3. rbeaune dit :

    deux petits ajouts en espérant un échange plus nourri…

    A jean-Philippe = sans commentaire… pourquoi un jeune qui entre dans le monde du travail ne serait pas accompagné alors que cela est prévu pour tous les autres contrats aidés???

    Un jeune qui n’a pas bénéficié de l’accompagnement du tuteur externe a 7 fois plus de chance (si l’on peut dire cela ainsi) de quitter le secteur de l’hôtellerie-restauration pendant son apprentissage qu’un jeune qui n’en a pas bénéficié… toutes choses égales par ailleurs…

  4. rbeaune dit :

    le bilan intermédiaire fourni par notre évaluateur (IREDU) est sans équivoque:

    Toutes choses égales par ailleurs, les jeunes non bénéficiaires du tutorat ont cinq fois plus de risques de rompre leur contrat d’apprentissage et, quatorze fois plus de risques de quitter l’hôtellerie-restauration, par rapport aux jeunes qui ont bénéficié du tutorat renforcé (tableau 13). Une différence significative apparaît lorsque les jeunes ont été informés par lettre : en effet, la probabilité de connaître une rupture est multipliée par deux, de quitter le secteur multipliée par cinq pour ces jeunes, par rapport aux bénéficiaires du tutorat renforcé.

    Il faut préciser un point essentiel : pendant toute la durée de l’expérimentation, nous n’avons touché en rien le cadre de fonctionnement de l’apprentissage, notamment en amont. De ce fait, la mesure ne concerne que l’apport du tutorat externe…

    Rien n’est intangible, dès lors que l’on veut s’en donner les moyens…

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