Livre Vert. Premiers commentaires.

juillet 10, 2009

Bertrand a adressé cette contribution, en fait un de ses articles sur son blog politique jeunesse que j’ai découvert à cette l’occasion. Si l’on souhaite mieux connaître Bertrand, 43 ans, un parcours dans l’animation et actuellement en convention de reclassement personnalisé, on peut aller à sa rubrique « A propos de l’auteur ». Son commentaire sur le Livre Vert est assez critique, rejoignant ceux de deux membres de la commission livrant leur vision du texte, la députée PS Marisol Touraine et la magistrate Nicole Maestracci, présidente de la Fédération nationale des association d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). Ceux-ci sont parus sur L’Express.fr sous le titre « Le livre vert pour la jeunesse n’a plus beaucoup de saveur ».

Bertrand : une composition de la commission qui ne respire pas la diversité.

« Quatre mois de travail en tout auxquels ont participé environ soixante-dix personnes « qualifiées » dont la liste est consultable ici. Qui s’y trouve ? Des représentants des étudiants, des partenaires sociaux (y compris le MEDEF), les chambres consulaires, des jeunes représentant les Scouts, l’ANACEJ, la JOC, le MRJC, Léo Lagrange, le Conseil National de la Jeunesse… On y trouve aussi des représentants des collectivités territoriales, des parlementaires (de droite comme de gauche), le monde universitaire, les Missions Locales, E2C France (école de la deuxième chance), quelques associations : la Ligue de l’Enseignement, l’UNAF, Animafac, l’AFIJ et Unicités ; et enfin quelques personnalités comme Olivier Galland (le seul sociologue de la commission ! Alors que le travail d’autres sociologues me parait indispensable, comme celui de Nathalie Kakpo sur les représentations du travail auprès des principales communautés), le directeur de l’AFPA et d’autres personnes dont une magistrate ou bien encore la DRH du groupe Danone… Ben oui, Danone se préoccupe de l’avenir de nos jeunes…

Un petit regard critique sur cette composition ? On ne peut pas dire que cette commission respire la diversité ethnique ! Le seul patronyme à consonance maghrébine par exemple est celui d’Ali Sidhoum, présent en « qualité » d’ancien stagiaire de l’Ecole de la deuxième chance de Paris… Autre critique, la présence marquée d’organismes à vocation chrétienne et, de plus, aucun représentant d’obédience islamique par exemple… Un seul sociologue présent (heureusement, un bon), aucun représentant d’organisme privé d’insertion professionnelle (tel C3 Consultants) à qui les pouvoirs publics demandent pourtant de suppléer aux carences des Missions Locales et du Pôle Emploi ; quant aux mouvements d’éducation populaire et autres associations qui travaillent activement auprès de la jeunesse comme la Fédération Nationale des Centres Sociaux et Socioculturels, ou bien encore les MJC et autres Maisons de quartier, ils ne sont pas représentés, alors même que le Livre vert insiste sur l’importance de l’éducation informelle et principalement sur l’éducation populaire… Notons aussi l’absence d’un grand spécialiste de la jeunesse en France, j’ai nommé l’INJEP, qui est pourtant l’outil le plus important dans ce domaine que possède notre gouvernement. Tout cela, à mes yeux, jette déjà un certain discrédit sur ce Livre vert. « Une politique de la jeunesse rate sa cible si elle se limite à une partie des jeunes ». C’est pourtant bien ce que je redoute à la vue de la constitution de cette commission. »

Document copieux…

Etonnante cette appréciation selon laquelle les pouvoirs publics font appel aux OPP pour suppléer aux carences des missions locales et de Pôle emploi… Je ne suis pas certain (du tout) qu’il s’agisse de « carences ». Qu’il s’agisse du postulat idéologique de la concurrence, par contre, m’apparaît plus probable.

Le Livre Vert, production de la commission de concertation sur l’autonomie des jeunes est en effet désormais disponible sur www.lagenerationactive.fr. Sous le titre de Reconnaître la valeur de la jeunesse, ce document assez copieux, une centaine de pages, recense pas moins de cinquante-sept propositions. Je n’en suis à ce stade qu’à l’introduction, « Pour une nouvelle politique de la jeunesse » (qui, dans une édition antérieure s’appelait « Les principes d’une nouvelle politique jeunesse ») où l’on notera une inspiration foucaldienne : « Un pays se juge à l’attention qu’il porte à sa jeunesse. À toute sa jeunesse, y compris et surtout à celle qui est le plus en difficulté. » Michel Foucault disait « Une société se juge à la façon dont elle traite ses exclus. »

Accomplissement et émancipation…

L’idée-clé de cette introduction est celle d’autonomie : « Développer l’autonomie des jeunes, c’est  développer l’indépendance financière et résidentielle des jeunes, en même temps que leur capacité à prendre individuellement et collectivement les décisions qui les concernent. » On n’est guère éloigné d’une conception – proposée ici – de l’intégration reposant sur l’indépendance financière et sur l’autonomie sociale, question de mots. Intéressant, l’autonomie est présentée sous ses deux volets, individuel et collectif, rejoignant les objectifs indissociables de l’éducation populaire que sont l’accomplissement personnel et l’émancipation collective : « L’ambition de l’autonomie est une ambition individuelle. Elle a aussi une dimension collective qui ne peut être dissociée du besoin d’une plus grande solidarité. Solidarité entre les jeunes eux-mêmes {…} Solidarité entre les générations aussi, de plus en plus écornée par les conditions de fonctionnement de notre démocratie politique et sociale. »

Catégorisation ?

On lit dans ce Livre Vert que « la plupart des mesures pour les jeunes se définissent à travers la référence à une classe d’âge (16-25 ans ou 18-25 ans). Cette référence est trop étroite pour appréhender les enjeux de la jeunesse. » Ce qui peut être interprété de deux façons. D’une part, considérant que l’insertion correspond au temps entre la fin de la scolarité et la stabilité professionnelle, l’étroitesse pourrait concerner le plafond des vingt-cinq ans révolus. Mais, d’autre part, il est écrit « il faut sortir d’une vision de la jeunesse qui en forme une « catégorie » fermée des politiques publiques », ce qui pourrait réfuter l’intérêt d’une politique d’insertion spécifique pour les jeunes. Seconde interprétation que semble partager Bertrand qui, sur son blog, écrit en commentant une interview de Cécile Van de Velde sur France-Info « Point de vue pertinent de cette jeune sociologue qui travaille principalement sur le passage à l’âge adulte. Elle sait donc de quoi elle parle. Mais de quoi parle ceux qui continuent cette logique de catégorisation ? »

Baby-foot et goûters…

Il faudra bien, à un moment, revenir sur cette péjorative « catégorisation »… car de deux choses l’une : ou l’on distingue des groupes sociaux, entre autres mais non exclusivement selon une logique de classes d’âge, ou on le refuse mais, si telle est l’option, le cadre de l’action n’offre plus d’autre alternative que l’extrême personnalisation, où l’individu est seul face au système, ou la généralisation, où l’individu est indifférencié. Refuser une politique publique ciblée – « people » (les gens) ou « place » (le lieu), dit-on dans le discours de la politique de la ville – s’appuie souvent sur l’idée juste d’intergénérationnalité ou de mixité sociale. Cependant que l’une et l’autre soient essentielles, par exemple pour l’apprentissage de l’altérité, n’exclut en rien l’importance d’adapter les actions en fonction de caractéristiques dominantes : dans un centre social, tous les groupes sociaux et générationnels se côtoient mais tous ne font pas les mêmes choses, le groupe du 3ème âge s’activant rarement autour du baby-foot et le club de jeunes développant une médiocre appétence pour les goûters de l’après-midi. Il en est de même pour la politique publique d’insertion qui, au regard des particularités propres des jeunes (primo-arrivants, peu ou pas d’expérience professionnelle…) et de celles, hétéronomes, qui pèsent sur eux (précarité des contrats de travail…), ne peut s’en tenir à une offre indifférenciée… que l’argument de l’accompagnement personnalisé ne résout pas puisqu’il ne prend en compte que le Sujet singulier et, tropisme psychologique aidant, « oublie » l’Acteur collectif. Notons en passant que, pour le Livre Vert, « une nouvelle politique de jeunesse doit permettre aux jeunes d’être les porteurs et les acteurs d’initiatives porteuses de sens, illustrant le fait qu’ils peuvent être non seulement, par l’autonomie, les maîtres de leur destin, mais aussi avoir une influence sur l’évolution de la société. Cela implique de favoriser la participation et l’expression des jeunes, en priorité dans les espaces de droit commun et de soutenir leurs initiatives. Cela implique aussi de définir des projets fédérateurs, notamment en termes d’engagement. » (souligné par moi). Les habitués de ce blog reconnaîtront ici le thème tant de fois évoqué de la participation des jeunes à la vie des structures et, spécifiquement, des missions locales. Bonne nouvelle, les conseils consultatifs de jeunes – enfin ! – éclosent.

Dialogique…

Une politique ciblée, qui ne signifie pas l’absence d’« inter », répond au principe de l’équité et aussi à celui de la mutabilité : faire plus pour ceux qui ont moins et s’adapter aux besoins. Hier et profitant de l’occasion d’un rendez-vous pour une histoire de CUCS , je suis passé à la mission locale de Lannion. File d’attente d’une douzaine de jeunes à l’accueil dont certains très typés sur le modèle de l’errance, chien avec foulard compris. Trouveraient-ils à Pôle emploi le même accueil, la même écoute ? Rien n’est moins certain.

Au même titre que la division du travail est une caractéristique de la modernité mais n’est pas une malédiction dès lors qu’elle s’accompagne de transversalité et de travail collaboratif, comme cela a été développé dans les articles sur l’expertise en mission locale, le travail social appelle lui aussi une division… qui n’exclut en rien, d’une part, un fonds commun éthique et théorique et, d’autre part,  la nécessité d’agir autrement qu’en vase clos, entre « bénéficiaires » ou « usagers » d’une même catégorie. Une « politique jeunesses », qui ne peut se limiter à être d’insertion sauf à considérer cette dernière d’un point de vue bien plus large qu’elle ne l’est à partir des seuls dispositifs, est par définition catégorielle – elle s’adresse aux jeunes, se construit avec eux – et propose des actions correspondant à ce qu’est cette période de jeunesse, c’est-à-dire le temps des expérimentations.

Relier, qui est à la base de la complexité, ne signifie pas agréger coûte-que-coûte… pour au bout du compte dissoudre. Relier signifie reconnaître les spécificités, individuelles et groupales, et mettre en interaction, c’est-à-dire établir une dialogique.

A suivre…


« A tertous on n’sra mid’trop ». Proverbe picard.

juillet 6, 2009

La Région Picardie et l’Etat viennent de lancer un appel d’offres joliment intitulé « prestation d’appui à la maîtrise d’ouvrage dans le cadre du rapprochement de la Maison de l’emploi et de la formation  Clermontois – Plateau Picard, de la mission locale du Clermontois, du Liancourtois et de la Vallée du Thérain et de la mission locale du Grand Plateau Picard ».

Tous d’accord…

En fait de « rapprochement », c’est de fusion dont il s’agit puisque « à l’unanimité, les membres de la gouvernance ont donné un avis favorable sur le projet de fusion des trois associations ». S’il faut sans doute entendre par « les membres de la gouvernance » les trois conseils d’administration concernés (deux missions locales et une maison de l’emploi) dont on s’étonnera de l’unanimité (y compris les administrateurs partenaires sociaux ?), notons que finalement tout le monde picard s’accorde puisque « Le rassemblement en une structure unique d’initiative locale complémentaire à la structure nationale « Pôle Emploi » sur ce territoire a été acté le 8 Juin, lors de la réunion de la gouvernance du projet de rapprochement qui associe autour de l’Etat (Sous Préfet et DDTEFP) et de la Région, les groupements de communes financièrement engagées dans les politiques publiques concernées : Communautés de communes et Syndicat mixte, ainsi que les structures intervenant dans ces politiques publiques : MEF et Missions locales. »

Le Picard sans peine…

Aucun doute sur la synonymie : en picard, « fusion » se dit « rapprochement ». Le tout est de posséder les langues vernaculaires.

Deux motifs sont avancés pour justifier cette opération : « rationaliser le fonctionnement au regard des missions confiées à l’opérateur public » Pôle emploi ; « repenser la mobilisation des fonds publics dans le souci d’une meilleure efficience générale ». rappelons que l’efficience est la proportionnalité entre l’effort financier consenti et les résultats obtenus. Donc une affaire économique… qui, bien sûr, ne remet pas en question « la qualité des actions conduites par les professionnels qui œuvrent dans ces réseaux » Ca ne mange pas de pain et ça fait plaisir.

Tambour battant…

L’affaire sera rondement menée durant le second semestre 2009 puisqu’elle « devra aboutir au 1ier Janvier 2010 par le conventionnement avec l’Etat et la Région de la nouvelle Maison de l’emploi et de la formation, issue de la fusion de la MEF actuelle et des deux Missions locales. »

Continuité relative…

Il n’y aura pas à se casser la tête pour trouver un nom à la future structure : ce sera MEF car « le cahier des charges arrêté par l’Etat et la Région prévoit que la nouvelle structure s’intitulera également « M.E.F. », marquant ainsi la continuité avec l’action de mise en cohérence entreprise depuis plusieurs années. » A défaut de marquer la continuité pour les deux missions locales.

Crocodile…

Si certains avaient encore des doutes sur l’abdication en rase campagne des deux missions locales, ceux-ci devraient être levés puisque « Pour des raisons de mobilisation des moyens budgétaires nécessaires, la mission d’assistance sera contractuellement adossée à la M.E.F., qui sera le réceptacle naturel de ses travaux. » En d’autres termes, le consultant travaillera, sur la base d’un financement de l’Etat et de la Région, avec comme commanditaire direct la MEF. Ce qui constitue une sérieuse garantie de prise en compte des intérêts respectifs. Les missions locales évoquent irrésistiblement le crocodile pénétrant chez un maroquinier pour s’extasier devant la qualité de ses sacs.

15 000 euros…

Si les conclusions sont déjà écrites et validées « à l’unanimité », le consultant devra se mobiliser sur « la conduite du changement » (bonne chance !) et proposer le projet concret de fusion. Outre « une expertise en comptabilité et en analyse financière et budgétaire »« une expertise en gestion des ressources humaines et en droit social » est réclamée : on le comprend puisque, parmi les différents points du cahier des charges, on note celui du « devenir des salariés ». Tout ça pour 15 000 euros. C’est donné.

Maroilles…

Dommage, j’aimais bien la Picardie et ses Picards, ses nuits endiablées à Noyon, sa Tour Perret à Amiens, ses usines sucrières et ses cathédrales, son maroilles à la pause café (du vécu). De toutes les régions, la Picardie était celle qui développait la plus grande appétence pour « Culture Commune », action nationale de la branche professionnelle. Et pour cause, un proverbe picard et en picard dit  « A tertous on n’sra mid’trop » Ce qui signifie « Tous ensemble, nous ne serons pas trop ». Souhaitons aux professionnels des missions locales de ne pas être de trop.


Intelligence(s) et expertise(s). 2/2

juillet 3, 2009

Quels domaines d’expertise ?

Un recensement des domaines d’expertise en mission locale permet sans difficulté d’en identifier une bonne vingtaine, plus ou moins selon qu’ils sont agrégés ou au contraire distingués le plus souvent sur la base d’un principe de réalité : les ressources humaines disponibles (1). Ainsi peut-on concevoir la santé comme un seul domaine mais celle-ci peut également être subdivisée en santé physique (actions de prévention de l’obésité, d’hygiène alimentaire, des MST, pratiques sportives, etc.), en santé mentale (prévention des conduites addictives, actions sur l’estime de soi, groupes de paroles, etc.), en handicap… Ces domaines d’expertise peuvent être classés en quatre catégories :

- Les domaines « points de passage obligé » constituent le socle du métier des missions locales, par exemple l’alternance, le programme régional de formation, la relation entreprises, le logement, la santé, la citoyenneté, l’IAE…

- Les domaines « stratégiques » répondent à la nécessité absolue que la mission locale soit crédible et légitime face aux thèmes récurrents et prioritaires des politiques (de l’emploi, de la formation, sociales) : une mission locale qui, aujourd’hui, ne constituerait pas un domaine d’expertise sur les « décrocheurs » (d’ailleurs plus « décrochés » par le système de formation initiale) verrait le train passer en restant sur le quai de la gare. Version ferroviaire de la mission locale – jeune fille en déshabillé de soie transparent se promenant passé minuit, innocente et ravie, en ZUS. Si l’on fait une lecture rapide des principales productions des Centre d’études de l’emploi, DARES, Céreq et autres instances y compris parlementaires, ces thèmes sont l’alternance et l’apprentissage, la sécurisation des trajectoires professionnelles (flexisécurité, contrats de transition…), la formation professionnelle tout au long de la vie, la lutte contre les discriminations…

- Les domaines « identitaires » correspondent à ou aux objectifs spécifiques poursuivis par la mission locale, en principe explicites dans le projet associatif de structure (PAS – 2)… quand il y en a un. Telle mission locale choisissant, à côté de l’insertion professionnelle et sociale, d’être identifiée par le développement durable ou la citoyenneté ou encore le développement local doit garantir l’expertise correspondante, le « monsieur » ou « madame » citoyenneté, développement durable, etc. Sauf à développer un complexe, celui de l’imposture.

- Les domaines « conjoncturels », enfin, sont ceux qui aujourd’hui sont expérimentaux mais deviendront probablement ordinaires demain, inclus dans « l’offre de services » (expression aussi consacrée qu’insupportable de marchandisation) du droit commun. Tel est le cas du microcrédit personnel. Tel fût le PACTE (au fait, que devient-il celui-là ?). Tel le sera, comme on peut le pressentir, le service civil volontaire qui préoccupe nos édiles sénateurs.

Intelligence partagée

Parlons de coopération car, bien entendu, il ne s’agit pas de concevoir la division du travail à la façon d’Adam Smith ou, pire, d’un Taylor sorti par la porte de l’OST (organisation scientifique du travail) et rentré par la fenêtre d’une qualité qui n’est pas intelligente (3), mais bien au sens de Durkheim (De la division du travail social, 1893) c’est-à-dire d’interdépendances et non, comme dans les sociétés traditionnelles, d’assignation et de surdétermination des individus par le groupe. C’est l’opposition célèbre entre les systèmes « mécanique » (communauté/ancien) et « organique » (collectivité/moderne). L’intelligence est « partagée » et non « distribuée » : distribuée, cela signifierait que l’on est dans une sorte de système pyramidal avec un gros serveur – très intelligent et guère éloigné de Big Brother – qui diffuse l’information à celles et ceux en charge de l’exécution. A contrario, l’intelligence partagée implique la transversalité, l’échange. Elle ne s’oppose pas aux circuits hiérarchiques mais, croisant leur verticalité avec l’horizontalité, produit une organisation matricielle fonctionnant sur projet et par équipe. Ses mots-clés sont donc partage, coopération, travail collaboratif, interconnaissance, transversalité, pluri, inter et transdisciplinarité, migration des concepts, altérité… Ainsi, par exemple, la triade « observation – innovation – évaluation » (dont chacun des termes devrait être appréhendé avec les deux autres) est-elle typiquement structurée horizontalement et intéresse tous les niveaux, décisionnaires et exécutoires, d’une mission locale.

Intelligence(s) et expertise(s)

Résumons-nous.

Première combinatoire à l’échelle de chaque professionnel, une intelligence pratique associant polyvalence et expertise.

La polyvalence n’est pas une fonction par défaut, celle attendue d’un professionnel qui ne disposerait pas d’une expertise, mais elle est la posture adaptée répondant au concept holistique de l’insertion. D’ailleurs, si cela ne risquait d’être source de confusion, on pourrait parfaitement parler, avec Richard Sennett (4) d’expertise du quotidien. La polyvalence renvoie à deux tâches : l’accompagnement personnalisé sur la base d’un « référent » unique et le travail d’équipe qui permet à chacun de disposer grâce à ses pairs d’un effet-miroir, de développer une réflexivité (échanges de pratiques, etc.).

Cependant, de la même façon que chacun est à même de s’adapter aux multiples situations de la vie mais également dispose d’un domaine où il excelle (cordon bleu, bricoleur de génie, jardinier à la main verte…), le professionnel polyvalent construit un domaine d’expertise qui est tout sauf un champ clos, un domaine réservé : cet espace, d’une part, s’emboîte avec d’autres espaces d’expertise pour s’ordonner dans un ensemble couvrant au mieux les quatre catégories proposées (points de passage obligé, etc.) ; d’autre part, il est centre de ressources pour toute la mission locale car, bien sûr et hormis pour les relations partenariales où il est important de proposer un professionnel stable, repéré et crédible, l’expert n’est pas ici celui qui fait mais celui qui permet de faire (5), qui renseigne et qui informe le conseiller référent du parcours du jeune dès lors qu’un besoin, une demande, appelle une réponse… experte : l’expert doit « fournir un avis scientifiquement ou techniquement fondé, à partir de connaissances précises de la question examinée dont il est reconnu spécialiste… » (6). Son rôle est moins d’apporter des solutions que de rendre visibles et accessibles les solutions, le « champ des possibles » dans lequel le conseiller piochera sur la base de sa propre… « expertise généraliste » ou « du quotidien ».

Seconde combinatoire à l’échelle de la structure, une intelligence partagée associant ces expertises du quotidien, pour que le « bien travailler » soit systématiquement accolé au « bien travailler ensemble » (le travail en équipe, garantie de l’égalité de traitement), et ces expertises thématiques, c’est-à-dire des domaines qui pour être sériés n’en sont pas moins ouverts à tous.

« Tous experts » n’est donc en rien synonyme de juxtaposition de libéraux improprement définis comme « associés » comme on le connaît dans un cabinet d’avocats mais poursuit, dans le cadre d’une mission locale « matricielle », le double objectif de la reconnaissance individuelle (distinction) et de l’appartenance collective (7)… auquel devrait d’ailleurs correspondre du côté des jeunes usagers la dyade du Sujet individuel et de l’Acteur collectif.

Mais cela, comme le conclurait Kipling, « c’est une autre histoire ». Maintes fois ressassée, je sais.

(1) De fait, d’ailleurs, un problème de masse critique est posé qui ne justifie pas qu’il faille limiter la composition d’une mission locale  – comme le préconise toujours  Bertrand Schwartz – à une douzaine de professionnels : d’une part, l’environnement social s’est complexifié, d’autre part, il n’y a pas de causalité mécanique entre la taille et l’inertie ou la bureaucratie… Des missions locales on connaît des petites bureaucratiques et des grosses dynamiques.

(2) Cet ou ces objectifs spécifiques apparaissent dans le PAS juste après les valeurs et missions, dans le chapitre des « Objectifs généraux » incluant ceux de toutes les missions locales et celui ou ceux de la mission locale concernée, et avant le chapitre « Descriptif de l’existant ».

(3) Pas d’erreur, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Il existe une qualité intelligente, pour laquelle j’ai plaidé dans le tome 2 des Bricoleurs de l’indicible mais, bon grain et ivraie, il existe déductivement une qualité imbécile.

(4) Sur ce blog « Des expertises invisibles » in « Que penser de l’expertise et des experts. 1/n », 29 juin 2009.

(5) Si le « maître » maîtrise un domaine et peut le transmettre pratiquement (à l’apprenti, au compagnon), l’expert est celui qui, outre cette maîtrise, est capable de développer ce domaine… et de renseigner le maître.

(6) Corinne Delmas, « Pour une définition non positiviste de l’expertise », note de travail non datée, CREDEP, Université Paris IX Dauphine, p. 17.

(7) La notion de « communauté professionnelle » me semble pertinente par ce qu’elle évoque de solidarité et de professionnalisme… incluant élus et bénévoles dans un projet associatif autonome à partir duquel sont négociées les actions, pas uniquement un « dialogue de gestion ».


Intelligence(s) et expertise(s). 1/2

juillet 2, 2009

Charcutier…

Esquisse d’un travail répondant à la suggestion de Jean-Philippe « sur la comparaison des termes intelligences et expertises ». Il va de soi que toute contribution est bienvenue… d’autant plus qu’en écrivant ces lignes, assez rapidement, je m’aperçois que la problématique n’en finit pas de se dérouler, telle notion appelant telle autre, telle hypothèse engendrant telle autre. Syndrome du chapelet de saucisses : on s’en saisit d’une et l’on se retrouve devant un étal de charcutier.

L’intelligence : relier ce qui est séparé…

Selon Wikipedia, « Intelligence vient du latin intellegentia (faculté de comprendre), dérivé du latin intellegere signifiant comprendre, et dont le préfixe inter (entre), et le radical legere (choisir, cueillir) ou ligare (lier) suggèrent essentiellement l’aptitude à relier des éléments qui sans elle resteraient séparés. » Somme toute sympathique, cette définition propose de concevoir l’intelligence non comme une somme acquise mais comme une capacité, ce qui déjà est plus dynamique, à relier ce qui est séparé, expression maintes fois répétée par Edgar Morin pour comprendre ce qu’exige la complexité. Capacité ou « capabilité » qu’Amartya Sen définit comme « les diverses combinaisons de fonctionnements (états et actions) que la personne peut accomplir. La capabilité est, par conséquent, un ensemble de vecteurs de fonctionnements qui indiquent qu’un individu est libre de mener tel ou tel type de vie. » (1). On observe, si l’on s’appuie sur cette définition de Sen, que le verbe « accomplir » rend synonymes les « capabilités » et les « compétences » puisque ces dernières sont une mise en œuvre de connaissances (cognitives/savoir, instrumentales/savoir-faire, comportementales/savoir-être). Pour résumer, l’intelligence correspond à l’aptitude d’agencer des réponses adaptées aux différentes situations sociales, transformant des capacités ou capabilités en compétences mises en pratique (2) ou, selon le qualificatif de la convention collective nationale, « exercées ».

L’intelligence pratique : une valse à cinq ( ?) temps…

Selon la même source Wikipedia (que je simplifie), ce que l’on appelle des « facultés cognitives » constitutives de l’intelligence sont nécessaires pour apprendre, analyser et communiquer (partager) : l’attention, que l’on traduira dans le travail d’insertion par l’écoute ; la concentration qui permet de se représenter mentalement le problème ; la compréhension, faculté de comprendre les problèmes et les actes ; le raisonnement qui permet d’organiser, de planifier ; enfin – on ne l’attendait pas – l’ humour qui est une preuve que l’on s’adapte facilement socialement.

Illustrons par cette – précisément – « intelligence pratique » (dont Michel Abhervé et moi-même créditions les missions locales dans notre ouvrage de 2005) en situation de premier entretien avec un jeune : je l’écoute, b-a-ba de la posture professionnelle du conseiller ; je me concentre et parviens à resituer ce qui m’est dit dans un espace – temps dépassant celui de l’entretien, c’est-à-dire explicable à partir du parcours du jeune… la notion de « dépassement », chère à Bertrand Schwartz, étant à ce moment déterminante : aller au delà des apparences, regarder par l’œilleton du rideau ce qui se prépare derrière pour jouer la comédie humaine ; je comprends : en fait, je relie ce que j’ai pu comprendre de ce parcours et de ce qui m’est exprimé directement par le jeune dans un système de rôles convenus ; je raisonne, ce qui revient à combiner ce qui appartient à ce jeune avec ce qui appartient à un environnement, ses ressources et ses obstacles, puis – si nécessaire – à esquisser le projet d’insertion ainsi que les conditions de la contractualisation ; quant à j’humorise, laissons à chacun le choix de considérer s’il (l’humour) s’agit d’ « une révolte supérieure de l’esprit » (André Breton qui, contrairement à son nom, n’était pas celte mais bas-normand) ou d’ « une étincelle qui voile les émotions » (Max Jacob qui, contrairement à son nom, n’était ni rabbin, ni même juif mais breton, Quimperois de surcroît).

Des intelligences…

Volontairement ou non, Jean-Philippe a conjugué intelligence au pluriel : intelligences. On raisonne donc à l’échelle collective d’une organisation, une mission locale par exemple. S’agissant des intelligences supposées être non seulement présentes mais actives dans toute mission locale, l’enjeu immédiat consiste à parvenir à ce qu’elles ne soient pas juxtaposées mais que, encouragées par une organisation favorable du travail et un management « éclairé », elles parviennent à ce que, du juste principe systémique selon lequel « le tout est différent de la somme des parties », ce tout lui soit supérieur. Ce qui, soit dit en passant, n’est pas automatique : différent, il peut être inférieur et l’on connaît des missions locales où la simple addition des qualités individuelles les ferait considérablement progresser. Ce qui, déductivement, signifie que le tout peut être – hélas – inférieur à la somme des parties. Mais, basta, ayons, comme le préconisait un Premier ministre amateur de variétés, « une positive attitude » et considérons que ces dernières missions locales (le tout inférieur) sont l’exception alors que les premières (le tout supérieur) sont légions. Si ce n’est pas vrai, du moins ça ne fait pas de mal.

Division du travail…

A quoi (entre autres) sont confrontées les missions locales en termes d’organisation du travail ? Tout d’abord à un principe, celui de l’approche globale, donc de la multidimensionnalité des besoins et de son corollaire, la multiplicité de réponses s’appuyant sur les ressources internes (professionnels) et externes (partenaires). Également à une multiplicité d’informations pour chacun des domaines constituant cette approche globale (emploi, formation, santé, logement, etc.) ainsi qu’à des dispositifs tous plus prioritaires et urgentissimes (exemple actuel des CAE passerelle) qui exigent, également chacun, des connaissances pointues et actualisées.

Le scénario 1 est celui du professionnel bon à tout qui marche sur un fil et manque à tout moment de basculer dans le bon à rien… ou un Atlas rachitique qui s’écroule sous le poids du globe. La qualité principale de ce scénario est de présenter le conseiller comme un professionnel polyvalent, donc adapté à (presque) toutes les situations, mais le risque inhérent est de surfer sur la crête des ressources et des difficultés des jeunes, c’est-à-dire, version ressources, de ne pas garantir que toutes les opportunités soient exploitées et, version difficultés, de ne pas voir ni donc traiter un problème qui peut être un obstacle majeur dans un parcours d’insertion. A titre d’illustration, si l’on détaille le « domaine de compétences » « Etablir un diagnostic individuel sur la situation du public reçu » (1.2. de l’axe « conseil en insertion »), on remarque qu’il recouvre à lui seul sept items… qui, d’ailleurs, ne se limitent pas au diagnostic mais débordent sur l’accompagnement : « … négocier des priorités dans la réalisation des objectifs définis ». Si on (ne) prend (que) ce domaine de compétences à la lettre, sérieusement, des frêles épaules du conseiller émerge un surhomme nietzchéen…

Le scénario 2, fréquent, correspond à quelques professionnels identifiés comme « référents » (dénomination impropre qu’on devrait réserver pour l’accompagnement personnalisé du jeune) sur des thèmes jugés plus prioritaires (par qui ? pourquoi ?) que d’autres : dans une mission locale, ce sera l’illettrisme, dans une autre l’égalité hommes – femmes, dans une troisième les décrocheurs, etc. La qualité de ce scénario est d’aller au prioritaire ou du moins à ce qui est considéré comme tel… et son inconvénient, outre une hétérogénéité à l’échelle du réseau, est double : on renforce un clivage entre conseillers dotés d’expertises et d’autres parfois appelés « généralistes » ; on ne traite pas avec la même « assurance de la qualité » les différentes composantes de l’approche globale.

Le scénario 3 est celui des domaines d’expertise affectés à tous les conseillers – les pairs sont experts – et, si les ressources humaines sont insuffisantes (une petite mission locale), on répartit ces domaines entre ceux directement pris en charge par la structure et ceux indirectement sur la base du partenariat. Même trivial, l’inconvénient de ce scénario n’est pas négligeable puisque c’est l’obstacle financier, l’expertise pouvant être considérée comme appelant une cotation supérieure (« niveau 2 » – 3). Ses avantages sont une couverture large de domaines d’expertise correspondant à l’approche globale ou en tout cas s’y approchant, la reconnaissance individuelle sur la base pour chacun d’une expertise, c’est-à-dire d’une position non-interchangeable (4)… même si des précautions telles que des binômes doivent être prises pour garantir la continuité (5), enfin la légitimité collective de la mission locale. Ajoutons à ces avantages, puisque chacun aura compris où va ma préférence, que faire des missions locales des espaces d’expertises n’excluant pas la polyvalence mais les faisant cohabiter (6), permet à celles-ci de renforcer les capacités évaluatives des pairs… ce qui est une façon de limiter le contrôle des experts labellisés. En d’autres termes, une démarche autonome plutôt qu’une imposition hétéronome.

On est donc de facto confronté à une division du travail. Pas d’affolement ! Même si diviser s’oppose à relier, cette division du travail est intrinsèque à la modernité… et introduit la nécessité de coopération. Que l’on peut appeler « intelligence partagée » (ou « connective »). On y reviendra.

A suivre…

(1) Amartya Sen, Repenser l’Inégalité, 2000, Seuil.

(2) Ces compétences pratiques, qui sont multiples et qui ne s’expriment pas toutes, loin de là, en qualification formelle, peuvent être transformées en capital économique et en capital social : « Les compétences pratiques telles que le jardinage, la décoration intérieure, la plomberie ou la garde d’enfants peuvent être considérées comme une forme de capital, dans la mesure où les personnes ont investi du temps et de l’énergie pour les acquérir. En reprenant la théorie de Bourdieu, il paraît très utile de les inclure dans le capital culturel puisque les compétences pratiques sont une forme de connaissance qui peut (théoriquement) être convertie en capital économique et social. » Jörg Blasius, Jürgen Friedrichs, « Les compétences pratiques font-elles partie du capital culturel ? », Revue française de sociologie, 44-3, 2003, p. 551.

(3) Ceci étant, dans nombre de missions locales, il faut bien prendre le taureau de l’engagement professionnel par les cornes de la mobilité ascendante.

(4) Cette non-interchangeabilité (contrairement aux thèses qualiticiennes qui font de l’interchangeabilité une condition majeure de l’efficacité des process de production) correspond finalement au besoin de chacun de vivre et d’exprimer son exceptionnalité, ce besoin de « distinction » tel que cela a été présenté sur ce blog dans « De l’engagement social au faire société. Réflexions. 1/2 » (10 juin 2009).

(5) Cette organisation en binôme correspond par domaine à un expert identifié et à un professionnel associé sans pour autant maîtriser ce domaine mais capable de prendre le relais en cas d’interruption (départ, absence…).

(6) Lire sur ce blog « Une fausse opposition entre polyvalence et expertise », in « Que penser de l’expertise et des experts ? 1/n », 29 juin 2009.


Un jeune + un emploi = une photo

juillet 1, 2009

Taquin…

L’ami Michel, taquin et, quoique breton, fidèle lecteur du Courrier Picard (qu’il ne cite pas mais, déductivement, ça doit être cela) adresse un courriel « Ca progresse dans la Somme ». Décidément ces jours-ci, la Picardie  occupe le devant de la scène. Titre de l’article du sus-cité quotidien régional : « Le préfet rencontre des jeunes suivis dans le cadre des contrats d’autonomie ».

« La dynamique « Espoir banlieues », présentée le 8 février 2008 par le Président de la République s’appuie sur cinq piliers : l’emploi, l’éducation, les transports, la sécurité et le financement des initiatives locales.

En matière d’emploi, le contrat d’autonomie, mesure phare de la dynamique « Espoir banlieues » mise sur un accompagnement individuel des jeunes de moins de 26 ans, des quartiers prioritaires qui recherchent un emploi.

Dans la Somme, la mise en œuvre de ce dispositif est effectuée par le prestataire, « Retravailler en Picardie », en partenariat avec le cabinet C3 Consultant, la Boutique de gestion et l’ADIE. Cette association dispose, depuis le 2 mai 2009, de nouveaux locaux à Amiens, 53 rue de l’Amiral Courbet.

Ce travail vient en appui de l’action des trois délégués du préfet pour les quartiers Nord, Etouvie et Sud-est d’Amiens. Trois jeunes ont déjà bénéficié chacun d’un CDI et trois autres d’un CDD de plus de six mois. »

L’article se poursuit décrivant ce qu’est le contrat d’autonomie, précisant au passage « Autre innovation : durant la phase d’accompagnement, le bénéficiaire du contrat d’autonomie touche une bourse de 300 euros par mois… » Pour les missions locales qui seraient telles une poule devant une fourchette face à l’innovation, la réponse est là : 300 euros par mois. Dommage que le compte n’y soit pas avec l’allocation CIVIS, sinon les missions locales auraient à peu de frais pu se targuer d’être innovantes. « Trois jeunes ont bénéficié d’un CDI et trois autres d’un CDD »… grâce à la mobilisation de « Retravailler en Picardie », de la BG, de l’ADIE et de « C3 Consultant » – oui, les mêmes que pour la RATP (voir sur ce blog « Petits arrangements entre amis »), sans oublier trois délégués du préfet.

Extrapolation…

Si l’on se base sur l’activité des missions locales en 2007 où 54% d’un million de jeunes reçus en entretien ont signé un contrat de travail, soit 540 000, et sans même considérer les OPP (opérateurs privés de placement) mais en ne retenant que les délégués du préfet, soit un délégué pour deux jeunes bénéficiant d’un contrat de travail, il faudrait 270 000 délégués de préfet et 90 000 rencontres de préfet avec des jeunes, par lots de six. Comme dans la Somme.

Décroissance…

Jean Gadrey signait un article dans Le Monde du 13 juin, « Pour une société du plein-emploi sans croissance », où il constatait que l’impasse capitaliste nécessitait de choisir pour un autre modèle économique s’asseyant – il ne l’écrit pas mais on perçoit la jubilation – sur le sacro-saint principe des gains de productivité. Pour traduire simplement, il vaut mieux être plus à travailler sans courir après une productivité par nature insatisfaite que peu à tirer notre épingle du jeu en excluant et précarisant de plus en plus d’individus. Question d’économie et d’humanité.  S’asseoir sur les gains de productivité, c’est finalement suivre et systématiser au titre de la continuité républicaine l’exemple picard : 270 000 délégués de préfet et 90 000 rencontres pour les grands commis de l’Etat, quel barouf !

Quant à six jeunes en emploi justifiant rencontre préfectorale et ramdam, cela pourrait se résumer dans une équation : « un jeune + un emploi = une photo ».

A l’euro près…

Exercice d’évaluation. Sachant que toute politique publique doit a minima être évaluée à partir des critères d’efficacité (atteinte des résultats) et d’efficience (proportionnalité entre l’investissement consenti et les résultats obtenus), sur une échelle de 0 à 20/20 quelles seraient les notes obtenues pour six jeunes en emploi (efficacité), sur la base des coûts engendrés par le déploiement d’OPP et de fonctionnaires (efficience) – non inclus les frais de réception du pot de l’amitié ?