Archives de la catégorie ‘Insertion/missions locales’

Agir communicationnel.

Publié: janvier 24, 2012 dans Insertion/missions locales

Choix de lisibilité : de retour de Martinique après une semaine avec une équipe de FACE chaleureuse et imaginative, les commentaires des uns-unes et des autres en front-office tant le réflexe de cliquer sur la petite bulle en haut à droite n’est pas automatique…

Saugrenue.

Régis, le 13 janvier (« Quand le bâtiment va… ») : « Dans le genre des propositions saugrenues, celle d’Yvon Gattaz, ancien Président du MEDEF et Président, entre autres, de l’association Jeunesse et Entreprise et de celle des Entreprises de taille intermédiaire (P.L. Plus exactement l’Association des moyennes entreprises patrimoniales) :
« Pour favoriser l’emploi des jeunes, les deux associations proposent que soit créé un « contrat première insertion Jeunes » (CPIJ), un véritable contrat de travail qui se substituerait au RSA. L’entreprise toucherait une subvention (équivalente aux indemnités de chômage ou RSA) pour rémunérer le jeune salarié et serait partiellement exonérée de charges. »

Si le jeune bénéficie du RSA, c’est soit qu’il a plus de 25 ans, soit qu’il bénéficie du RSA jeune dont une des conditions est d’avoir travaillé 3214 heures au cours des trois dernières années – donc ce ne peut être un contrat première insertion et, en s’appuyant sur l’analyse du blog de Michel Abhervé, on sait que ce sont moins de 10 000 jeunes qui seraient concernés -, soit qu’il est parent isolé…

Bref, une annonce qui aurait peu, très peu de portée… mais entre l’effet d’annonce et la recherche de résultats opérants, quelle est la priorité ? »

P.L. Selon Wikipédia, Yvon Gattaz serait connu pour son humour, un certain nombre de citations lui étant prêtées, certaines médiocrement hilarantes (« Vite et bien »…), d’autres effectivement pertinentes, singulièrement celle-ci : « Le malheur est dans le prêt. »

Cegète.

Jean-Philippe, le 13 janvier (« Quand le bâtiment va… ») : « Une fois n’est pas coutume … Propagande ou pédagogie, à vous de juger. Je propose aux fidèles lecteurs d’aller jeter un œil sur un tract CGT au sujet du sommet « anti social » du 18 janvier prochain et sur deux dossiers complets de la CGT finances (des connaisseurs en la matière) : le premier… et le second

Machine.

Henriette, le 17 janvier (« Vœux d’ailleurs qu’ici. 4 ») : « Ce sujet est justement le thème d’un grand colloque organisé par la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi et Libération, ce jeudi 19 janvier 2012, entre 18h30 et 20h30, dans le grand amphithéâtre de l’ESCP Europe.

Autour des auteurs de La Machine à trier. Comment la France divise sa jeunesse, de Xavier Bertrand, le ministre du Travail, de Vincent Peillon, chargé des questions scolaires dans l’équipe de François Hollande, de chefs de grandes entreprises, d’acteurs de l’insertion et de jeunes d’horizons divers, ce sera l’occasion d’un grand débat de société pour proposer aux décideurs des solutions à un problème grave.

Pour y assister et participer, inscrivez-vous – ainsi que toute personne intéressée par le sujet – ici.

Sur le Blog ou sur le site web de Libération, vous pourrez suivre le débat en live, poser vos questions et faire part de vos commentaires à distance.

Nous comptons sur votre participation ! »

Vosgien.

Sébastien Bigaut, le 18 janvier (« Annonces ») : « Bonjour. 
Je découvre ce blog aujourd’hui, après avoir vu que vous proposiez une intervention en mars prochain à Nancy (PL : une communication sur le thème de l’accompagnement à l’Université).
 Je me permets simplement de signaler, pour celles et ceux qui souhaitent le découvrir, qu’il existe, dans les Vosges, un dispositif nommé « Jeunes Prêts à Bosser ». 
Il existe, sous différentes formes, depuis une quinzaine d’années et a déjà permis à plusieurs milliers de jeunes vosgiens d’être accompagnés vers l’emploi, la formation et l’autonomie en matière de recherche d’emploi. Il propose une méthode d’accompagnement novatrice et unique dans le paysage de l’insertion pro des jeunes. 
Je vous laisse le lien Internet et suis à votre disposition pour tout autre renseignement. »

sbigaut@cg88.fr
   03 29 29 89 65 »

Les anis de mes anis sont mes anis.

Piton de Pierre, le 19 janvier (« Annonces ») : « Bonjour à vous.

Quand le chat n’est la, les pioupious chantent.

Alors pour en finir avec les rabat-joie de l’ANI, j’ai trouvé la BOM (Boite à Outil Miracle) fournie par les signataires de l’ANI.Vous y trouverez :

– Le didacticiel sur l’information à donner aux jeunes afin qu’ils adhèrent à  ce dispositif ;

– Les programmes pédagogiques sur la prise en compte du collectif dans l’accompagnement individuel ;

– Les sources de financements de l’outil qui lèvent les freins à l’insertion ;

– Les fonds d’investissements individuels pour les jeunes qui intègrent la phase II ;

– Une ressource sur l’approche globale à visée emploi durable. »

Anicalement vôtre. »

On ne naît pas homme, on le devient…

Simon de Beauvoir, le 19 janvier (« Nouvelles du front ») : « C’est si beau le chauvinisme mâle… » puis : « … Et sachez qu’on peut ne pas aimer ET la domination masculine ET la droite… Mais sans doute que votre chauvinisme – donc- vous aveugle… »

P.L. Bon, j’avoue ne pas très bien comprendre de quel chauvinisme mâle il s’agit (tropisme mâle personnel ?) mais, probablement, d’autres saisiront…

Service public.

Régis, le 23 janvier (« Annonces ») : « Principe d’égalité de traitement : c’est un des fondements de notre droit administratif… ce qui ne l’empêche pas d’être constamment remis en cause.
Un des derniers exemples de cette remise en cause : l’organisation retenue par Pôle Emploi pour assurer le « traitement » des décrocheurs, suite à l’accord national interprofessionnel pour le public qui lui revient (= tous les jeunes ne répondant pas aux critères retenus pour l’APEC et les Missions locales). Pour éviter de remettre en cause une organisation déjà saturée par la montée du chômage, le choix a été fait de déployer des moyens supplémentaires uniquement sur quelques agences… Mais qui assure cet accompagnement voulu par les partenaires sociaux sur les autres territoires ?
La notion de service public a bien mal évolué… »

Dogons.

Et pour finir, la carte de vœux de Jean-Michel, « artiste peintre martiniquais »… et directeur de la Mission Locale Nord, sous la forme d’un tableau qu’il a peint, qui s’appelle « Les gardiens de secrets Dogon » et dont le texte de présentation se conclut par cette phrase : « Ces peuplades nous apprennent que l’homme reste une œuvre inachevée qui se construit jour après jour. La vie est un long apprentissage  qui à terme nous rend sage. » Somme toute, l’altérité et la ténacité – résilience, dit-on également – pour un chemin de sagesse. Mais, si la sagesse a à voir avec l’expérience, l’expérience a à voir avec l’expérimentation.

C’est dit.

 

Economie en berne.

La Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), qui représente 380 000 entreprises et un peu moins d’un million de salariés (dont 80 000 apprentis), vient de publier un Livre Blanc capeb_livre-blanc (68 pages) au regard de ses prévisions pour l’année 2012, soit entre 2 000 et 3 000 emplois supprimés hors intérim. Pour l’ensemble de la filière bâtiment, incluant le BTP, 30 000 emplois seraient menacés en incluant les intérimaires. « Il est à craindre que la baisse d’activité du bâtiment s’amplifie en 2013 avec un impact sur l’emploi encore plus conséquent qu’en 2012. » Les causes avancées sont « une économie en berne », des charges trop élevées, la concurrence du régime des auto-entrepreneurs, la TVA, les procédures administratives trop lourdes…

L’édition de ce Livre blanc n’arrive pas par hasard, son titre étant pour le moins explicite, Elections présidentielles et législatives 2012. Il s’agit donc de faire pression : donnant – donnant, bulletins de vote contre concessions… Patrick Liebus, président de la Capeb, ouvre ainsi l’introduction de ce document : « À l’occasion des élections présidentielles et législatives de 2012, la CAPEB a rédigé un Livre Blanc destiné à interpeller l’ensemble des formations politiques et des élus sur les grandes préoccupations des entreprises artisanales du bâtiment. »

Charges.

Subséquemment, la Capeb expose quelques préconisations telles qu’« une évolution de la fiscalité des carburants » et – tiens, ce n’est pas un hasard – « une TVA sociale aboutissant à moins taxer le travail et à favoriser l’emploi ». Rappelons que les « charges » dont se plaignent les organisations patronales sont, d’une part, les propriétés sociales collectives qui permettent d’être soigné, de disposer d’une retraite, etc.  et, d’autre part, le fruit du travail des salariés. On aurait tendance à l’oublier en parlant de « charges » comme s’il s’agissait de dépenses qui pesaient inopportunément sur les budgets des entreprises. Ce même type de raisonnement s’applique pour les fonctionnaires, encore une fois des « charges », comme si ceux-ci ne produisaient pas des services et comme si leurs revenus n’étaient pas réinjectés dans l’économie : les fonctionnaires sont également des consommateurs et, à l’échelle micro, les premiers à les stigmatiser sont les premiers à geindre lorsqu’est annoncé la fermeture d’un établissement public ou le départ d’un régiment.

Une préconisation ne lassera pas d’étonner puisque, passé le constat d’un infléchissement prévu, la confédération veut que le reclassement de demandeurs d’emploi vers la construction soit favorisé par Pôle emploi : « Bien que le nombre de demandeurs d’emploi reste important, les entreprises artisanales du bâtiment demeurent confrontées à des difficultés de recrutement de main-d’œuvre qualifiée.

Cette insuffisance pourrait être amoindrie si Pôle Emploi favorisait le reclassement de demandeurs d’emploi en leur permettant de se former pour adapter leurs compétences aux besoins des professions du bâtiment. L’existence systématique de correspondants bâtiment dans les agences locales de Pôle Emploi contribuerait à ce nécessaire rapprochement entre l’offre et la demande. »

Sociostroumpf.

On s’interroge à ce moment sur la cohérence interne entre l’annonce ou la menace de suppressions d’emplois dans le bâtiment et l’orientation des demandeurs d’emploi qualifiés vers ce même secteur… En effet, si le bâtiment est un secteur « en tension », la bonne solution n’est pas d’inverser le rapport « offre – demande » car on en connaît d’ores et déjà la conséquence : une accentuation de la sélectivité (renflouer « l’armée de réserve » en quelque sorte), le déclassement pour les uns surqualifiés et l’exclusion pour les autres moins ou non qualifiés. L’amélioration objective des conditions de travail et la rémunération sont les deux facteurs-clés… bien plus que « l’image » qui retient souvent l’attention : on peut multiplier les messages publicitaires mais, si concrètement sur le chantier l’écart entre ceux-ci et la réalité est abyssal, le marketing du bâtiment aura été fait en pure perte… sinon celle des communiquants. L’intérêt de cette focalisation sur l’image ou, plus chic car sociostroumpf, « les représentations » est double : c’est suffisamment flou pour créer du consensus autour du constat « les jeunes ont une mauvaise image du bâtiment » ; cela évite de traiter les vraies responsabilités : l’accueil, l’accompagnement, le tutorat, l’organisation du covoiturage pour résoudre les difficultés de déplacement sur des chantiers isolés, etc.

Copperfield.

L’amélioration des conditions de travail (pénibilité, hygiène, horaires…) a été effective dans les grandes entreprises du BTP mais demeure bien plus aléatoire dans les PME et TPE… a fortiori lorsqu’on descend les niveaux de sous-traitance : un ancien inspecteur du travail me disait avoir rencontré jusqu’à cinq niveaux de sous-traitances et, à ce dernier, des Noirs chargés de nettoyer des cuves de peinture sans aucun équipement de protection sinon des sacs poubelle pour emmailloter les mains… On a connu également dans un autre secteur, celui de la restauration, nombre de soutiers d’arrière-cuisine (parfois d’établissements prestigieux), sans-papiers et dotés de contrats de travail fantaisistes, redécouvrant le charme des modalités de travail dignes de David Copperfield.

– Bien entendu, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain et, dans le bâtiment comme ailleurs, dans de petites entreprises comme dans des grandes, on rencontre des chefs d’entreprise de grande qualité humaine et professionnelle, inspirés par leurs métiers, soucieux d’en assurer la transmission parfois avec l’esprit, la philosophie même, du compagnonnage.

– Bien entendu, rechercher non pas l’adéquation juste et parfaite, ointe de l’acronyme « GPEC » (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), mais une meilleure porosité entre offres et demandes est pertinent et pose la question de l’orientation… qui renvoie la responsabilité sur le système de formation et sur les intermédiaires de la politique de l’emploi. Or ces derniers multiplient les forums, les job dating, les informations collectives, les mobilisations pour des recrutements qui présentent une particularité : entre leur déclaration et leur réalisation, entre l’intention et la décision, ils fondent comme neige au soleil. Il faut une sacrée dose d’abnégation pour développer autant d’énergie pour d’aussi minces résultats…

De la même façon, si le secteur du bâtiment souhaite diversifier ses recrutements, il pourrait envisager une féminisation de ses métiers très majoritairement masculins. Aujourd’hui, on recense 85 000  salariées dans les entreprises représentées par la Capeb, soit 8,5% des effectifs. Mais on en est encore dans beaucoup de situations à des financements par le Service Public de l’Emploi d’aménagements spécifiques (toilettes, douches distinctes…) sur les chantiers. C’est la même puissance publique décriée pour le fatras administratif qu’elle fait peser sur les entreprises que l’on sait solliciter pour financer des aménagements dont le bénéfice revient exclusivement aux entreprises. On disait dans le temps « privatisation des bénéfices, socialisation des pertes ». On pourrait ajouter « socialisation des investissements ». On garde « privatisation des bénéfices », est-il besoin de le préciser ?

Grande cause nationale.

Oui, je sais, il va falloir parler du rapport Joyandet, L’emploi des jeunes. Grande cause nationale, qui vient d’être remis au président de la République. Quatre-vingt-huit pages, ce n’est pas sorcier à lire. Sauf que certaines phrases demandent à être relues plusieurs fois car, les découvrant, on se dit dans sa tête : « Mais qu’est-ce que cela veut dire ? » Ainsi, par exemple, page 26 :

« Le sort des missions locales oscille entre leur vocation initiale, les publics en difficultés, et l’éventuelle prise en charge généraliste des jeunes demandeurs d’emploi, option non retenue à ce jour mais parfois envisagée. » J’avoue me sentir comme une poule devant un couteau face au « sort », à « l’éventuelle prise en charge généraliste », à l’« option non retenue à ce jour mais parfois envisagée »… Soit, à vue de nez, 80% de cette phrase. Un peu plus bas, même page, on peut lire : « Concrètement, l’outil majeur des missions est l’attribution à des jeunes en échec scolaire ou social du CIVIS, accompagné d’une allocation financière. » Attribution du CIVIS… Est-ce ainsi que l’on cause dans les missions locales ? Il est temps d’envisager un recyclage.

A suivre…

Fine et forte.

Lorsqu’on dit moutarde, on pense Dijon, comme Cambrai se marie à bêtises, fraises à Plougastel, etc. Il en est ainsi des automatismes et des stéréotypes. Soucieux de lutter contre la macdonaldisation du langage, on évitera donc toute allusion à l’émulsion des graines de brassicacées ainsi que, par respect pour la mémoire des Poilus, toute association malheureuse avec le gaz. Disons que, cette fois, les vœux proviennent d’une capitale régionale sise à 310 kilomètres au sud-est de Paris et à 190 kilomètres au nord de Lyon.  Des vœux synthétiques, concentrés comme une crème de cassis, mais qui ouvrent la porte à la présentation d’un texte… nettement moins synthétique dont l’intérêt est aussi manifeste que les commentaires qu’il a suscités sont bien maigres… en tout cas dans le secteur de l’insertion.

Frédéric. 4056.

« Bonjour, et meilleurs voeux à tous !

Grand lecteur du blog… mais tout petit contributeur.

Quid de la proposition de loi n° 4056 (permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir) qui, pour le coup, n’a aucun avenir immédiat ? »

P.L. De la plume de Marie-Georges Buffet, la proposition de loi évoquée par Frédéric est cosignée par Jacqueline Fraysse, Marie-Hélène Amiable, Martine Billard, Alain Bocquet, André Chassaigne, André Gerin, Daniel Paul, François Asensi, Jean-Claude Sandrier, Jean-Jacques Candelier, Jean-Paul Lecoq, Jean-Pierre Brard, Marc Dolez, Michel Vaxès, Patrick Braouezec, Pierre Gosnat et Roland Muzeau. C’est-à-dire le groupe parlementaire « Gauche Démocrate et Républicaine » qui recense vingt-et-un députés (ici, liste de ces députés). Le titre de cette proposition, enregistrée le 7 décembre dernier à l’Assemblée nationale, est « Cadre visant à permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir » (Proposition Loi 7-12-2011 Jeunesse, texte complet : 56 pages…).

Rappelons-nous, concernant Marie-Georges Buffet, qu’elle fût ministre de la Jeunesse et des Sports – avec une autre stature que l’actuel collecteur de pièces jaunes – et que c’est sous son autorité que fût publié Le livre blanc de l’éducation populaire (Les éditions de l’Atelier, 2001) dont bien des réflexions pourraient aujourd’hui être reprises et inspirer une politique jeunesse(s).

Aspirations.

Cela commence classiquement par « l’exposé des motifs » qui, réfutant les « deux politiques possibles : la répression et l’assistanat », s’appuie sur les aspirations des jeunes, à savoir :

«  La première chose qu’ils mettent en avant, c’est la nécessité de rendre effectifs les droits existants, qui sont solennellement proclamés par la République mais qui peinent dans les faits à être réellement mis en œuvre. » Ceci correspondant aux solutions face aux problèmes du logement, de la mobilité, de la santé, de la culture et de l’exercice de la citoyenneté.

« La deuxième volonté qu’ils expriment est celle d’être autonomes financièrement. » Ainsi la proposition de loi avance-t-elle sur les questions de lutte contre les bas salaires, de meilleure rémunération des stages et de l’apprentissage avec « une allocation d’études et une allocation de recherche d’emploi ou de formation ouverte aux jeunes qui n’ont pas encore cotisé. » (ce qui devrait répondre aux « vœux – réflexions » de Régis : « Le montant de cette allocation comporte une partie socle universelle et une partie progressive calculée en fonction des revenus du foyer fiscal auquel le bénéficiaire est rattaché. », art. 20, alinéa 14).

« La troisième aspiration des jeunes est d’être mieux accompagnés vers l’emploi. » Nous détaillons plus particulièrement ce chapitre… tout en recommandant la lecture de toutes ces autres propositions marquées à l’aune du bon sens, de la responsabilité intergénérationnelle et – enfin – d’une politique jeunesse(s) qui ne soit ni guidée électoratactiquement par le stop and go, ni synonyme d’aumône.

– Enfin, puisque au jeu du « qui dit » à la notion de jeunes on associe celle de précarité, le texte conclut par « un certain nombre de mesures visant à lutter contre le recours à l’emploi précaire et contre les détournements de l’apprentissage et des stages de leur objet par des sanctions pénales et financières, mais aussi en renforçant le droit d’alerte des syndicats en la matière. »

Permis de se conduire.

Bref, un bon et copieux menu. Voyons ce qu’il en est de l’accompagnement vers l’emploi et la formation (chapitre III)… juste après avoir remarqué ce qui, depuis désormais longtemps, semble une évidence, la formation des jeunes au permis de conduire (article 6), formulé ainsi : « Une formation théorique et pratique à la conduite est également dispensée gratuitement à tous les élèves du second degré de plus de 16 ans qui le souhaitent. Elle est effectuée par des formateurs agréés de l’éducation nationale ou par les établissements mentionnés à l’article L. 213-1 du code de la route. Elle est sanctionnée par l’obtention du permis de conduire mentionné à l’article L. 221-1 du même code. » Dans la proposition de loi, ce sont tous les jeunes scolarisés qui seraient bénéficiaires. Sur le principe, on ne peut être que d’accord : si le rôle de l’école est de transmettre des savoirs (objectifs cognitifs et culturels), il est aussi de préparer à l’autonomie sociale et, par l’insertion professionnelle ultérieure, à l’indépendance économique (objectifs sociaux, sociétaux et économiques). Or, de toute évidence, le permis de conduire est une condition quasi-point de passage obligé de l’insertion professionnelle, sinon de l’intégration. A ce titre, apprendre à conduire c’est aussi apprendre à se conduire et à devenir autonome (du grec autonomos : « gouverner selon sa propre loi »). La conduite et le permis, discipline parmi d’autres disciplines, devraient donc faire partie du socle commun de connaissances transmises par le système de formation initiale. Reste que, peut-être, le coût d’introduction d’une nouvelle discipline – bien plus intéressante, hormis pour les futurs boursicoteurs, que l’économie dont la « commission Attali » préconisait l’enseignement dès le primaire (1) – apparaîtra à certains trop élevé. Dans ce cas, s’il faut cibler et expérimenter, la population prioritaire devrait être celle des jeunes en alternance et en apprentissage pour au moins deux raisons. Premièrement, ces jeunes proviennent majoritairement des classes populaires et sont donc généralement peu dotés économiquement : même à un euro jour, le permis de conduire ne leur est pas facilement accessible. Deuxièmement, parmi les obstacles à l’insertion, la mobilité est le thème le plus récurrent dans les discours et analyses des acteurs de l’insertion, professionnels mais également institutionnels et politiques. A juste titre car l’apprenti ou le jeune en alternance se déplace entre trois lieux : son domicile, son lieu de travail et son lieu de formation… une équation parfois bien difficile à résoudre, a fortiori dans certains secteurs tels que l’industrie où l’on travaille en 3 x 8.

Accompagner vers l’emploi et la formation.

Pas moins de quinze articles composent ce chapitre, distribués en trois titres : « Rendre effectif le droit à l’apprentissage et aux études » (articles 25 à 32), « Soutenir les jeunes dans leurs démarches de recherche d’emploi ou de formation » (articles 33 à 35) et « Faciliter l’entrée des jeunes dans le monde du travail » (articles 36 et 37).

Le titre 1, « Rendre effectif le droit à l’apprentissage et aux études », recouvre des propositions telles que la fixation par branche d’un nombre minimal d’apprenti-e-s, la formation pour les tuteurs et maîtres d’apprentissage (« … que la formation des tuteurs ainsi qu’un programme national pour les apprenti-e-s soient fixés avec les organisations syndicales lors de la négociation triennale »), l’élaboration d’un programme national pour les apprenti-e-s (art. 25), la suppression des exonérations de cotisations sociales et de l’aide forfaitaire pour les entreprises ne recrutant pas un nombre minimal d’apprenti-e-s (art. 26), ainsi que d’autres mesures intéressant les étudiants (plafonnement du montant des droits d’inscription exigibles par les universités, facilitation des visas pour les étudiant-e-s étrangers et interdiction des expulsions… on perçoit là les effets de la circulaire Guéant).

Le titre 2 intéresse plus particulièrement le secteur de l’insertion puisqu’il s’agit de « soutenir les jeunes dans leurs démarches de recherche d’emploi ou de formation ». L’article 33 préconise l’ « augmentation des effectifs de Pôle Emploi pour garantir aux personnes inscrites un accompagnement réellement personnalisé, en limitant le nombre de personnes suivies par agent et en fixant une durée minimale d’entretiens » et l’article 34 demande « un meilleur soutien financier des missions locales » correspondant à « un renforcement des moyens des missions locales pour les jeunes les plus en difficulté ». Ce même article précise que « Dans les six mois suivant la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport relatif à la situation des missions locales mentionnées à l’article L. 5314-1 du code du travail, ainsi qu’aux conditions d’une amélioration de la prise en charge des jeunes, notamment en termes de moyens financiers supplémentaires. » La confiance règne… mais, dès lors qu’on se souvient que, lorsque les députés votant le droit à l’accompagnement confiaient celui-ci aux missions locales, l’administration concoctait un appel d’offres pour le contrat d’autonomie en direction des « OPP » (opérateurs privés de placement), on comprend mieux. L’article 35 revendique « la création d’un véritable service public de l’orientation pour faciliter les démarches prises par les jeunes pour trouver un emploi ou une formation. »

Le titre 3 enfin, « Faciliter l’entrée des jeunes dans le monde du travail », prévoit l’«instauration d’une formation initiale dans les entreprises à chaque nouvelle prise de poste, pour que le salarié puisse mieux connaître son environnement professionnel et syndical »  (article 36) et demande que soit instaurée « une formation au droit du travail encadrée par les syndicats pour que le salarié puisse mieux connaître et exercer ses droits personnels et collectifs. » (article 37).

Envie d’agir.

Au total, ce sont 48 articles – dont certains, bien sûr, sont sujets à discussion, singulièrement avec les Régions pour ce qui concerne l’alternance et l’apprentissage – qui constituent cette proposition… dont on imagine qu’elle sera loin de faire l’unanimité malgré le consensus aussi absolu que métronomique sur la jeunesse « devoir d’avenir », « impératif national », etc. Le groupe parlementaire écrit pourtant tout-à-fait justement : « Aucune loi cadre sur la jeunesse dans sa globalité n’a pour l’heure vu le jour. Les mesures sectorielles s’empilent avec un évident manque de cohérence. Mais les revendications portées par les jeunes ne peuvent être comprises comme des aspirations dispersées, sans rapport les unes aux autres. Au contraire, elles font sens uniquement si elles sont prises dans leur globalité. Logement, études, salaires, chômage, tous ces sujets sont intimement liés. Ils doivent être donc abordés conjointement pour être traités convenablement. Aussi, cette proposition de loi prend le parti de replacer les revendications formulées par les jeunes dans le cadre d’une analyse multidimensionnelle de leur situation. » Qu’à l’approche globale de l’insertion corresponde une politique globale formalisée dans une loi-cadre serait, de toute évidence, une véritable avancée et, lorsqu’on lit cette proposition de loi, compte-tenu du large périmètre des thèmes, on se prend à rêver à une politique jeunesse(s)…

En ces temps plutôt moroses, sinon dépressifs, un peu de rêve ne peut nuire, voire même peut réactiver l’envie d’agir, non ? D’autant plus que nous sommes encore pour deux semaines à la période des voeux.

A suivre…

(1) Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française, sous la présidence de Jacques Attali, 2008. « L’enseignement de l’économie doit être aussi, dès le primaire, concret, positif, et exigeant sur les dimensions éthiques, sociales et écologiques de la croissance. Il devra expliquer le rôle du travail, de l’entreprise et de l’entrepreneur, montrer que le scandale est dans la pauvreté plus que dans la richesse, dans les injustices plus que dans les inégalités. Il devra expliciter le rôle relatif de la concurrence et des collectivités publiques dans la création et la répartition des richesses. » (p. 27). On remarquera que cet enseignement de l’économie est présenté sous de beaux atours : éthique, social, écologie, lutte contre les inégalités… On peut cependant douter de ces belles intentions, a fortiori dans un rapport apologétique sur la croissance, et se demander si, bien plus prosaïquement, il ne s’agit pas de former de futurs consommateurs. Le rapport Attali ne préconise pas l’enseignement de la philosophie au primaire. L’homo oeconomicus s’asperge de l’eau bénite des vertus économiques.

Abbaye.

Ah, si chaque mois était celui des vœux ! On passerait d’un blog à une plateforme collaborative, d’une intelligence limitée et distribuée (qui peine souvent : l’angoisse de l’écran blanc) à une intelligence partagée et féconde ! Voici donc à présent, directement de Poitiers, les vœux de David. Poitiers dont une des caractéristiques majeures est  d’avoir abrité la première abbaye de femmes (Sainte-Croix, fondée par sainte Radegonde au VIe siècle) et dont la seconde est de disposer d’une mission locale dont l’équipe, impliquée dans la recherche-action schwartzienne  n’est pas moins dynamique que son directeur David, lecteur et contributeur de ce blog. Subséquemment, ses vœux… (ci-contre, une photo de la mission locale… ou peut-être de l’abbaye?)

David. Mais comment font les collègues ?

« Tous mes vœux de santé, de courage et d’abnégation aux équipes des ML pour une année de changement !

Une année de clairvoyance aussi, bien mal engagée semble t-il quand je découvre qu’une majorité de ML ont commencé à mettre en œuvre l’ANI/volet « décrocheurs » signé par les partenaires sociaux et confié à la DGEFP. Vu du Poitou-Charentes, où moins de 1% de réalisation vient d’être constaté (et déploré par les autorités), je me demande comment font les autres !

Pour notre part, nous avons demandé des conditions minimales de réussite comme l’élargissement du délai d’entrée des jeunes au 31 mars 2012 minimum (il semblerait que sur ce point on y vienne péniblement) ou la possibilité d’associer l’engagement ANI au CIVIS, simple préoccupation d’efficience par la satisfaction de laquelle on ouvrirait instantanément la boîte à outils de l’accompagnateur (sans réinventer des usines à gaz spécifiques ANI) et surtout pour ne pas mettre deux programmes nationaux en concurrence. Concurrence déséquilibrée en outre puisqu’en l’état l’ANI ressemble à du CIVIS mais il n’en a que la couleur… mais pas la substance pourtant pas si savoureuse que cela ! Bref du CIVIS « Canady dry » ou du « discount ».

Et le financement ! 0 € pour le considérable et crucial travail de diagnostic, 30% à l’atteinte de l’objectif (emploi durable ou formation qualifiante) ce qui revient, au taux de sorties positives actuel observé sur CIVIS – environ 25% – à envisager d’ores et déjà le non paiement de 22,5% des ressources théoriquement prévues pendant que 100% (au moins) de l’énergie aura été consommée par la ML.

Alors comment font les collègues pour s’engager dans cette galère ? La bienveillance espérée des partenaires sociaux mérite t-elle qu’on se consacre autant à produire l’échec d’un nouveau programme ? N’aurait-on pu espérer des partenaires sociaux qu’ils nous permettent d’être en situation d’innover plutôt que de recopier un sous-produit extrait des tiroirs de la DGEFP ? Peut-on espérer qu’à compter de 2012, pour penser une action publique vers les jeunes, on commence par les écouter et par écouter celles et ceux qui œuvrent à leur côté ?

Voilà, j’ai formulé mon vœu ! Alors bonne année ! »

Réaction immédiate de Denis… Un p’tit effort !

« Merci David,

Je vois que certains ont compris les problèmes liés à l’ANI. Un dispositif sans outil qui vient en concurrence avec le CIVIS, mais sans allocation interstitielle, sans PMP, sans accès aux contrats aidés. Et on demande à des professionnels de faire entrer des jeunes dans un dispositif alors que personne ne peut y croire !

Seule solution viable : absorber l’ANI dans le CIVIS. Allez, un petit effort au nom des jeunes, SVP ! »

P.L. Merci pour vos contributions, celles déjà exprimées du « noyau dur » des contributeurs et celles qui, n’en doutons pas, vont s’exprimer des lecteurs – 200 à 300 quotidiennement – réguliers ou épisodiques. « Les jeunes, on commence par les écouter… », écrit David, ce qui m’incite à commenter rapidement un texte dont le le-désenchantement-de-la-jeunesse-une-imposture m’a été justement transmis par Denis .

Daté du 15 novembre 2011, c’est un article de Jean-Christophe Poulet, directeur départemental de l’Ecole de la deuxième chance du Val d’Oise, ça s’appelle « Le désenchantement de la jeunesse est une imposture » et c’est sur un blog animé par les auteurs de l’ouvrage éponyme, La machine à trier, dont il a déjà été question ici. Si Stéphane Hessel (Indignez-vous ! puis Engagez-vous !) et Ariane Mnouchkine (le Théâtre du Soleil) sont pour le moins engagés, si le philosophe Alain Badiou – sans doute parmi les derniers à célébrer le maoïsme – et Annah Arendt sont convoqués pour les besoins de l’argumentaire, l’article ne peut s’empêcher quelques saillies signifiantes (« Cette phrase extraordinaire devrait résonnée (sic) dans les cerveaux de nos « penseurs pensifs », nos « soucieux socialistes »… », « Pas étonnant ensuite que les jeunes en politiques (sic) ont une langue de bois terrible (je pense à des discussions avec des jeunes MJS… » – MJS signifiant Mouvement des Jeunes Socialistes -, « D’un côté 60 000 postes de proposer (sic) pour essayer de flatter le SNES toujours prompt à croire qu’il est propriétaire de l’école… », etc.). Il est vrai que, parmi les auteurs de La machine à trier, on recense Olivier Galland et Pierre Cahuc… qu’on ne soupçonnera assurément pas de krypto-gauchisme ! La difficulté posée par ce texte est son ambigüité car, si l’on s’accorde sans peine sur nombre de constats aussi justes que guère originaux (« La société porte un regard désenchanté et ne croit plus en sa jeunesse… »), d’autres analyses tirent le lecteur vers un conformisme bien éloigné de l’appel au sursaut de Stéphane Hessel considéré comme « très fort » mais laissant « un goût d’inachevé » (pour achever, il suffisait de lire la suite : Engagez-vous! puis, avec Edgar Morin, Le chemin de l’espérance). Ainsi le vibrant appel  à l’autorité (« Vive l’Autorité ! », avec une majuscule) – « Ce qui manque à notre jeunesse, c’est l’autorité » -, bien entendu non confondue avec l’autoritarisme (« Pas le mélange et l’amalgame entre autorité et pensée sécuritaire… »), qui nous conduit à ce message subliminal de la conclusion : « Ecoutons la jeunesse, elle n’incrimine pas, ne réclame pas l’impossible. Elle demande de travailler et de fonder une famille. L’écouter c’est déjà l’impliquer en politique. » Traduction : écoutons les jeunes, de toute façon il n’y a aucun risque, dormez tranquille sur vos deux oreilles : leurs aspirations sont banalement celles de la reproduction ; elles sont aux antipodes du « Soyez réalistes, demandez l’impossible »…

A suivre.

Cet homme, décidemment, est en verve… et l’on ne s’en plaindra pas ! Voici donc une troisième contribution de Régis, les vapeurs bourguignonnes des Côtes de Beaune s’étant manifestement dissipées pour laisser la place à de nombreuses réflexions et propositions, seules possibles à partir d’eau ferrugineuse… qui mériteraient sans doute que les uns et les autres, lecteurs, s’expriment.

Régis.

« Quand on aime on ne compte pas…

Je parlais de « double vœu » car je voulais mettre en avant d’autres points…

Le premier concerne la durée d’accompagnement dans un dispositif (CIVIS pour ne pas le nommer) liée au niveau de diplôme. Cette méthode facile pour encadrer les financements a deux inconvénients majeurs :

– Il est très pénalisant pour les jeunes femmes qui, souvent poussées par leurs familles à avoir un premier niveau de diplôme, se sont engagées dans des formations où l’absence de débouchés est total (notamment dans le domaine administratif). Dès lors, il faudra mener un double travail : d’abandon des espoirs dans ce type de métier (sauf à poursuivre jusqu’à minimum bac + 2) et de travail sur un nouveau projet plus réaliste par rapport aux opportunités du monde du travail. »

P.L. La question du « projet plus réaliste » est difficile. Elle fait appel à cette « expertise pratique » des conseillers, au cas-par-cas. Pour certains jeunes, sans aucun doute, le renvoi au principe de réalité est nécessaire face à un comportement « enchanté », c’est-à-dire non pas heureux mais peuplé et parasité d’erreurs, de croyances… Nos cousins de la Belle Province, dans leurs « Carrefours Jeunesse Emploi », ont de longue date mis en œuvre des stages de désaccoutumance aux « addictions comportementales », par exemple celles des jeux virtuels qui déconnectent de la réalité, avec lesquels, au bout d’un certain temps, la frontière entre virtuel et réel est poreuse. Le principe de réalité est également nécessaire dès lors que l’écart entre le souhaité et le possible est si grand qu’inévitablement, si une réorientation n’est pas engagée, l’échec sera au rendez-vous. Cependant, nombre de fois, le projet professionnel porte bien mal son nom : au lieu d’être la synthèse négociée d’une dialectique entre projet de vie et conditions (internes – compétences, capacités – et externes – offres, opportunités -), il se résume à l’orientation contrainte vers « les besoins de l’appareil productif ». Il ne reste à ce moment au jeune plus qu’une chose : faire de nécessité vertu. Cette surdétermination, que l’on pourrait appeler un projet hétéronome (vs. autonome), est d’autant plus forte que s’exerce sur les professionnels une stricte et seule logique quantitative doublée d’injonctions de « performance ». Un indicateur, à ce moment, est la place qu’occupent dans l’accompagnement mais également dans les préoccupations partagées entre professionnels le thème et l’objectif de « l’emploi de qualité ». Sauf erreur, il semblerait que, par oubli, dépit ou déni, dans bien des structures on ne se pose pas ou plus cette question… Hélas.

Régis. « Il nie le droit au changement, à l’erreur : je me suis formé dans un métier, mais, pour différentes raisons, je veux changer de voie… Pourquoi demander aux jeunes ce que peu d’entre nous ont réalisé, soit une rectitude dans la vie professionnelle ? Pourquoi celui qui a bossé à l’école pour atteindre un diplôme serait pénalisé dans la suite de sa vie professionnelle par rapport à celui qui n’a rien fait scolairement ? Ne dit-on pas qu’un jeune devra obligatoirement changer 4 ou 5 fois de métier dans sa vie professionnelle ? Pourquoi cet avis partagé serait valable si le changement est imposé par l’économie et non valable si la personne en est à l’origine ? »

P.L. Plus largement, semble-t-il, chacun pourra s’accorder sur le fait que la jeunesse est une période d’expérimentations… comme l’adultéité est celle de la sédimentation de ces expérimentations en expérience. Celles-ci impliquent réussites et échecs, « essais – erreurs », tâtonnements… donc du temps. Réduire le temps des expérimentations revient à réduire le champ des possibles et, inévitablement, à privilégier l’orientation commune… qui est celle où la majorité s’engouffre, ce qui produit, inévitablement, une embolie : la jeune fille peu ou non qualifiée va garder des enfants ou vendre des vêtements… et, comme toutes ou presque raisonnent de la même façon, elles constituent une « armée de réserve » à partir de laquelle les conditions objectives de travail évolueront peu. A la manière du Cercle des poètes disparus, il faut inciter les jeunes à grimper sur leurs tables pour modifier leur perspective sur le monde et leur place dans ce dernier : être acteur pour agir le monde et non agent pour être agi par le monde.

Ceci étant, il serait risqué et probablement très dangereux de s’en tenir à cette logique d’expérimentation si elle n’était doublée d’un accompagnement garantissant la validation systématique des situations vécues et des compétences acquises lors de celles-ci. A l’inverse, cela ne sédimenterait pas, cela ne coagulerait plus, cela ne serait que dispersion. Cet accompagnement s’impose au titre de l’équité pour celles et ceux qui sont les moins dotés (économiquement, culturellement, socialement, symboliquement) car « L’inégalité première est bien désormais l’inégalité face au changement. » (1)

Quant au traitement différencié selon qu’il s’agisse des jeunes ou de l’économie, certes… et on s’y est habitué : ce sont évidemment les insiders qui plaident pour la mobilité… des autres.  Ceci étant, à cette époque de grande confusion, alors que Marine Le Pen invoque les « invisibles » ou que notre président reprend à son compte la taxe Tobin portée par les altermondialistes (à l’époque, jugés farfelus) ou encore promeut une TVA « sociale » qui allège les charges des entreprises en faisant payer les consommateurs, il n’est pas inutile de rappeler ces évidences.

Régis. « Le deuxième voeu {j’avoue ne plus très bien comprendre la comptabilité de Régis… pourtant ex-banquier !} concerne les contrats aidés. Cette mesure entre dans le cadre du traitement social du chômage… mais où est l’aspect « social » des choses car peut-on imaginer qu’en assurant un revenu portant sur 20h de travail on permette le maintien en autonomie d’un jeune ? Que lui reste-t-il après avoir assumé ses charges fixes ? Quand pourra-t-on en faire un instrument de la politique d’insertion ? Sur la base de trois jours de travail et de deux jours de formation rémunérée… Il y a une complémentarité – et non concurrence – à rechercher avec les contrats en alternance.

Le troisième concerne la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle. Si mes sources sont bonnes, la dernière revalorisation date de 2000. Comment un jeune mineur peut-il, avec 130,34 €, assumer les charges qu’entraîne une entrée en formation dès lors qu’il a assuré des frais de transport, de repas, d’équipement ? Comment avec 333,35 € ou 652,82 € (s’il a travaillé) peut-il rester dans une démarche d’indépendance vis-à-vis de ses parents ? Certes, il est avancé qu’une rémunération trop élevée pourrait inciter des élèves à quitter la formation initiale… mais, pour autant, en empêchant financièrement les jeunes qui n’ont pas un soutien familial suffisant d’accéder à la formation, on crée, on aggrave une inégalité. Ne peut-on pas imaginer une rémunération et une prise en charge des frais ?

Le quatrième serait un peu la synthèse de tout cela en dotant chaque jeune d’un capital lui permettant de bénéficier d’une durée de formation, d’une durée d’accompagnement renforcé et d’une allocation d’autonomie. Alors peut-être un troisième vœu… »

P.L. Exercice mnésique. « {…} Nous proposons le versement d’une allocation d’autonomie potentiellement mobilisable pour tous les jeunes accompagnés par les missions locales. Pour tenir compte de la diversité et de la réalité des parcours des jeunes de 16 à 25 ans en recherche d’autonomie, ce « revenu d’accès à l’autonomie » obéirait à quelques règles :

– Il serait stable afin de ne pas engendrer une succession de séquences de précarité.

– Il couvrirait l’ensemble des besoins élémentaires d’un jeune citoyen (alimentation, logement, …), ceci en fonction de sa situation personnelle et familiale (hébergé par les parents, en logement auto- nome, seul ou en colocation, avec ou sans enfant…).

– Il serait assujetti à un véritable engagement du jeune dans un parcours garanti par sa mission locale. Les contreparties demandées aux jeunes peuvent être de diverses natures : formation, activité salariée, service civil volontaire, mais aussi période de soin ou de résolution d’une difficulté sociale passagère ; redéfinition d’un projet professionnel… ; ceci dans le cadre d’un contrat passé avec la mission locale.

– Il serait délivré par contractualisation entre le référent et le jeune pour des durées variables, chaque fois pour une période équivalente à celle d’une étape dans le parcours (parfois un mois, ou six mois, ou un an…).

– Il serait simple à comprendre et rapide à délivrer, le jeune (citoyen majeur et pénalement responsable à compter de 18 ans) serait le destinataire direct de ce revenu.

– Il serait conditionné par l’accompagnement mis en place par un professionnel, garant de l’engagement du jeune et mobilisant les actions, outils et prestations nécessaires à l’élaboration de son parcours. L’intervention des accompagnateurs autorise l’attribution de l’allocation à des jeunes en risque de marginalisation ou très éloignés de l’emploi. L’allocation et l’accompagnement peuvent ainsi avoir un pouvoir motivant pour ce public en l’aidant à s’engager et à se maintenir dans un parcours dynamique. » C’était en juin 2009 et ça s’appelait  Manifeste pour une politique ambitieuse pour la jeunesse.

C’est dit.

(1) Dominique Charvet, Jeunesse, le devoir d’avenir, Commissariat Général du Plan, 2011, La documentation Française, p. 191.

Addition.

C’est aujourd’hui Régis qui, de Bougogne, adresse ses vœux aux lectrices et lecteurs. Il nous annonce « un double vœu »… mais c’est juste une mise en appétit rhétorique car, manifestement, ses espoirs ne se limitent pas à deux : on peut en ajouter trois. Ce qui fait cinq.

Régis. De deux à cinq.

« Tous mes voeux aux lectrices et lecteurs de ce blog… et formulons quelques voeux !

En cette période de disette des fonds (la seule reconduction des subventions de l’année précédente conduit à une baisse des moyens… surtout que le système perdure depuis 2005), je formulerai un double voeu :

– Qu’enfin soit reconnue aux Missions locales , membres du service public de l’emploi, bénéficiaires d’une convention collective, une augmentation annuelle de leurs moyens sur la base du niveau d’inflation et d’un GVT (glissement vieillesse technicité) qui permette d’augmenter les salaires et de reconnaître les compétences acquises ;

– Que l’accès au FSE soit facilité, notamment par le bénéfice de la forfaitisation des frais indirects, qui ne leur est pas permis, à mon sens sans aucune raison valable, et qui simplifierait le montage des dossiers et la justification des dépenses.

En cette période de réflexion autour de l’évolution du système Parcours 3 (P4 sera dur à porter), la construction d’un véritable observatoire de la situation professionnelle et sociale de plus d’ 1 200 000 jeunes éclairerait beaucoup plus les politiques publiques qu’un outil de comparaison entre missions locales et entre conseillers.

En cette période de galettes après le mille-feuilles, il serait intéressant que, dans notre partenariat avec Pôle Emploi, aux 235 € si gracieusement accordés soient joints des fonds pour permettre le montage d’actions, de projets à destination des jeunes.

Enfin, dès lors que les partenaires sociaux investissent dans l’insertion des jeunes, il serait intéressant que le FPSPP s’intéresse encore plus à l’alternance et renforce l’accompagnement des jeunes qui choisissent cette voie. Très souvent, c’est leur première expérience du monde du travail, et un échec – malheureusement ils sont trop nombreux – compliquera encore plus leur parcours futur. Car ils devront retrouver confiance en eux et dans les employeurs, voire dans les organismes de formation. Pourquoi ne pas faire de la prévention plutôt que de partir à la pêche aux décrochés ??? C’est peut-être plus rentable pour en revenir au dossier sur l’accompagnement et sa rentabilité. Tutorat interne et tutorat externe sont les voies de la sécurisation des parcours professionnels des jeunes. Les Missions locales, par leur expertise en matière d’accompagnement, par leurs connaissances et relations avec les entreprises, doivent jouer un rôle majeur. »

Tant qu’à faire, mettons en front-line une contribution synchrone, toujours de Régis, à l’article « L’accompagnement individualisé pour l’insertion est-il rentable ? ».

Régis. Les risques de « la pure logique formation – emploi ».

« Mais, si c’est rentable, c’est qu’on est performant et, si on est performant, alors plus de souci pour trouver des fonds : il suffit de s’introduire en bourse.

La densité et la qualité de l’accompagnement sont des facteurs de réussite pour l’insertion professionnelle – sans oublier quand même que l’environnement économique dicte sa loi : la crise touche les extrêmes (jeunes et séniors) qui sont en emploi et réduit les chances d’accès à l’emploi pour ceux qui ont le moins d’expérience et encore plus pour ceux qui ont le moins de diplôme.

Mais, de cet accompagnement imaginé uniquement sous le vocable d’individuel, je voudrais ajouter deux choses :

Il doit aussi permettre aux jeunes d’accéder à l’autonomie dans sa relation au monde du travail… Il peut paraître plus efficace à court terme de multiplier les lieux de rencontres jeunes – employeurs (job dating, forum…), mais il est aussi nécessaire de donner aux jeunes la culture économique de leur territoire et la volonté de se débrouiller seuls pour qu’ils entreprennent d’eux-mêmes des démarches et intègrent cette nécessité de mobilité pour évoluer.

Il est essentiel que cet accompagnement se couple à des actions collectives, à des projets où les jeunes se rencontrent, échangent, prennent les choses en main, se dynamisent, s’investissent. C’est aussi un moyen pour les conseillers de voir les jeunes sous un autre angle et d’éviter de tomber dans une logique de prescription. Cela permet aussi de revaloriser leur image si écornée dans notre opinion publique. Malheureusement, de moins en moins de portes s’ouvrent sur ce champ. La pure logique « formation – emploi » oublie que, pour celui qui a rencontré des difficultés vis-à-vis d’un modèle unique, uniformisateur, seules des voies détournées peuvent lui permettre d’accéder aux clés de ce monde. »

P.L. Finalement, ne pas s’en tenir à cette « pure logique formation – emploi » c’est défendre – mordicus – l’approche globale, non ? Un peu comme ceci, peut-être…

A suivre…

De Loire-Atlantique, les vœux de Denis, alias « pioupiou 44 »

« Meilleurs vœux pour cette nouvelle année !

En tant que pioupiou de plus en plus shadokien (j’ai l’impression de passer beaucoup de temps à pomper …), j’aimerais que cet article {P.L. « L’accompagnement individualisé pour l’insertion est-il rentable ? ») soit distribué dans toutes les missions locales et à tous nos élus !!!

J’aimerais (je fais des rêves parfois …), plutôt que de déclamer « Accès à l’emploi ! Accès à l’emploi ! Accès à l’emploi.. ! », que l’on réfléchisse à des observatoires des jeunesses sur les territoires, à des actions de lien social, de prise de parole par les jeunes, de participation des jeunes aux décisions des Missions Locales ! Qu’on retrouve l’esprit de l’Éducation Populaire, qui est notre socle commun (selon moi !)

En attendant, je pompe, j’ANIse, je CIVISe, je PPAEte ! »