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Confusion.

Dans son édition de jeudi 30 novembre, Nord Eclair se fait l’écho d’un rapport de la Chambre Régionale des Comptes (CRC) sur la mairie de Roubaix. Ce qui est réservé à la mission locale, Espace Ressources Jeunes, mérite un point d’arrêt. Précisons que l’article est précédé de la photo ci-contre avec ce commentaire : « La situation de l’emploi des jeunes est catastrophique ». Mais non, mais non, silence les Cassandre ! Tout va bien ou, en tout cas, va aller mieux puisqu’on diminue le budget de la mission Emploi de la loi de finances 2012.

La première observation de la CRC porte sur les statuts associatifs de la mission locale qui, selon les magistrats, devraient inviter à ce que les jeunes soient représentés au conseil d’administration… « Or ils ne le sont pas ». Nord Eclair poursuit : « La Ville a promis de veiller à ce qu’un élu du conseil municipal des jeunes soit désigné prochainement, mais quid des représentants des usagers ? La CRC met en garde la mission locale : « Si elle envisageait de modifier ses statuts, cela ne devrait pas priver les usagers d’une représentation effective. » Mal à propos.

Bis repetitas…

Faut-il redire une énième fois que la place des jeunes dans les missions locales est un point de passage obligé mais qu’il ne faut pas confondre démocraties représentative et participative ? La démocratie représentative prend la forme pour une structure associative d’un conseil d’administration composé, comme on le sait pour les missions locales, de quatre collèges – élus, institutions, acteurs économiques et forces vives de la société civile (associations…) – auxquels peuvent être ajoutées des personnalités qualifiées. Que demande-t-on à la démocratie représentative ? De décider sur la base de la représentativité… ce qui n’est pas le cas de la démocratie participative. A celle-ci on demande de s’exprimer, de faire valoir des intérêts qui peuvent d’ailleurs être ceux d’une minorité… non représentative.

En d’autres termes, autant l’expression des jeunes en tant qu’acteur collectif au sein de la mission locale est une nécessité, ne serait-ce que par souci de cohérence dès lors qu’on revendique un objectif de citoyenneté mais également pour adapter « l’offre de services » sur la base du feed-back (principe de mutabilité constitutif de la mission de service public explicitée depuis le Protocole 2000), autant on ne demande pas à la démocratie participative d’occuper le rôle de la démocratie représentative, pas plus qu’aux collectifs citoyens de siéger à l’Assemblée nationale : faire siéger des jeunes dans un conseil d’administration peut être un choix… mais il faut savoir qu’il est dangereux pour les jeunes eux-mêmes qui peuvent être conduits en tant qu’administrateurs à valider des décisions qu’ils n’auraient pas suivies en tant qu’usagers (les syndicalistes connaissent parfaitement cela). On ne demande pas plus à la démocratie participative d’être statistiquement et sociologiquement représentative, ce qui, soit dit en passant, évacue immédiatement un des premiers obstacles mis en avant lorsqu’est envisagée la constitution d’un conseil consultatif jeunes sur le mode de « Mais les jeunes ne sont pas représentatifs ! » (1)

Standing ovation.

Nord Eclair poursuit « Bravo l’équipe ! » en rappelant que la CRC souligne le bon fonctionnement et la stabilité de l’équipe de la mission locale.

Le premier chapitre de la synthèse de ce rapport donne le ton, « Une association dynamique dont l’organisation peut être améliorée ». Hormis « Un fonctionnement non conforme aux statuts », sont déclinés des en-têtes de paragraphe qui devraient faire chaud au cœur des pioupious : « Un objectif : le service des jeunes », « Une équipe de travail adaptée », « Un fonctionnement modulable »… Reste donc que « la vie statutaire de l’association est perfectible sur trois points : l’absence d’adhérents autres que les membres de droits ou les membres associés, ce qui rend difficile la représentation des usagers prévue dans ses statuts ; la représentation statutaire des différents collèges au sein des organes délibérants n’est pas respectée ; la participation aux assemblées générales et aux réunions du conseil d’administration est insuffisante. » Le premier point étant, on l’espère, réglé, restent les deux autres qui, malheureusement, pourraient s’appliquer à bien d’autres missions locales dont le moins que l’on puisse dire est que leur vie associative n’est pas des plus dynamiques… et c’est d’ailleurs, peut-être, ce qui justifierait une place des usagers au sein des conseils d’administration : contraindre les administrateurs « institués » à un peu plus de présence et d’implication…

Côté finances, celles-ci sont «  fragiles mais pas inquiétantes » et le CRC de préconiser, « pour éviter les trous de trésorerie, de signer des conventions pluriannuelles avec ses financeurs. » Ce qui ne manquera pas de faire sourire les uns et les autres : l’injonction du partenariat fonctionne pour les professionnels des missions locales mais ne s’applique pas à ceux qui, pourtant, portent le même nom, « pouvoirs publics », et semblent éprouver les pires difficultés à s’organiser en conférence des financeurs pour adresser une commande harmonisée, aussi globale qu’est l’offre de la mission locale, avec ce qui devrait être une convention pluriannuelle et pluri-institutionnelle…

Sparadrap.

La CRC, dans son rapport, a rédigé un paragraphe sur la situation de l’emploi dans le secteur de Roubaix-Tourcoing. En amélioration depuis 2006, elle s’est « brutalement dégradée à partir de la fin 2008 et en 2009 ». Sur le bassin de Roubaix-Tourcoing, 2 145 emplois ont été supprimés dans 267 établissements. Et à Pôle emploi, « neuf demandeurs sur dix sont employés ou ouvriers et ce sont les jeunes qui subissent la dégradation la plus sensible ». Et Nord Eclair de conclure : Autrement dit, il va falloir beaucoup de courage et de sparadrap à l’équipe de la mission locale pour aider les jeunes dans un contexte aussi sombre. »

Les missions locales, n’est-ce pas, n’aspirent pas au repos. Même si elles fatiguent.

(1) Notons que la loi du 2 janvier 2002 a rendu obligatoire dans tous les établissements médico-sociaux assurant un hébergement des usagers l’installation d’un « conseil de la vie sociale ». L’article L311-6 CASF prévoit ainsi que « Afin d’associer les personnes bénéficiaires des prestations au fonctionnement de l’établissement ou du service, il est institué soit un conseil de la vie sociale, soit d’autres formes de participation. Les catégories d’établissement qui doivent mettre en oeuvre obligatoirement ce conseil de la vie sociale sont déterminées par décret. Ce décret précise également, d’une part la composition et les compétences de ce conseil et, d’autre part, les autres formes de participation possibles. » A défaut de conseil de la vie sociale, un groupe d’expression ou toute autre forme de participation doit être institué au sein de la structure. Il s’agit, pour le Législateur, d’ « intégrer l’usager ou son représentant légal ou encore sa famille au cœur de la vie de la structure » Le décret est paru le 27 mars 2004 et sa date d’application au sein des structures a donc été effective depuis le 29 septembre 2004. La loi du 2 janvier 2002 met donc en avant la place de l’usager dans les structures sans que, cependant, celle-ci soit synonyme de place au conseil d’administration.

Perso.

Publié: novembre 2, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Agit'Prop

Ca s’appelle « perso » pour indiquer au premier mot que c’est bien une opinion strictement personnelle mais cependant communiquée aux lecteurs – l’écriture est une nécessaire et aléatoire rencontre entre un auteur et un lecteur – sur l’emballement de l’information. A ces mêmes lecteurs d’interrompre immédiatement, plutôt que de reprocher ultérieurement le prosélytisme rampant, ou de poursuivre.

Haro sur l’expression populaire.

Dont, tout d’abord, la Grèce. Voilà qu’un Premier ministre moustachu décide contre toute attente de ses pairs d’organiser un référendum pour valider ou non des décisions prises dans le secret des dieux, c’est-à-dire des experts, lors d’une nuit marathon qui s’est achevée par la mise en spectacle d’un président, épuisé juste comme il le fallait compassionnellement pour les caméras, annonçant qu’enfin tout était réglé (essentiellement grâce à lui). Or, quoi de plus démocratique, singulièrement dans le pays qui fût le berceau de la démocratie, que de consulter le peuple ? Et bien, manifestement, ce n’est pas l’opinion partagée par la quasi-totalité des élites interviewées ici et là. Ainsi, un député de l’UMP dont j’ai oublié le nom, s’offusquait ce jour au micro de France Culture que, par ce référendum, la démocratie représentative ne soit pas respectée ! Rappelons que le « P » d’UMP signifie « populaire ». De Gaulle, qui usa du référendum comme plébiscite, doit se retourner dans sa tombe… Voir au jour le jour les édiles de la démocratie représentative soumettre les peuples au diktat des marchés, dont on annonce la logique (sic) de « détricottage » – après la Grèce, l’Italie, après celle-ci, la France… -, est la démonstration in situ et in vivo de la subordination du politique au financier. Il est vrai que, nous concernant et depuis le Fouquet’s,  il n’y a que les naïfs et les imbéciles pour croire l’inverse. Ainsi, si par hasard ou raison, les Grecs refusaient vingt années de récession sociale, l’Europe courrait à sa perte ! La belle affaire ! Car, si tel était le cas, ce serait la meilleure démonstration que cette Europe n’est que celle des financiers et du marché. Pas celle des peuples. La démocratie représentative est sans aucun doute mal en point, les sondages sur la confiance de nos compatriotes démontrant sans équivoque cette dégringolade. Pour s’en sortir, car on imagine mal quelle pourrait être un autre système, elle doit se régénérer et s’appuyer sur la démocratie participative… au même titre – il faut excuser le tropisme « missions locales » – que l’expression des jeunes en tant qu’acteur collectif au sein des structures est un point de passage obligé et urgent. Constater à l’inverse cette peur de l’expression populaire ne fait que confirmer la faillite d’un système. Il faut donc s’attendre au pire. Mais, en attendant, le mieux est de désaccorder notre façon de penser du chaos des informations financières: le dimanche 30 octobre, Le Monde annonce « Les Bourses reprennent espoir »; le lundi 31 octobre, elles chutent vertigineusement.

Best-seller.

Ensuite, Jean-Claude Trichet, président de la banque centrale européenne. Voilà huit ans que cet homme en est le président et que peut-on lire dans Le Monde daté des 30 et 31 octobre, sur une page entière ? « Le secteur financier doit changer ses valeurs ». « Ah, la belle affaire, ah les belles manières », comme le chantait aux belles années François Béranger ! Les « valeurs » du système financier ? Il nous faudrait a minima un Rabelais pour parvenir à nous en faire rire. Le système financier n’a de toute évidence pas de valeurs. Il n’a qu’un objectif, spéculer, et un ressort, la cupidité. Remarquons en passant que Jean-Claude Tricher cède sa place, ce 1er novembre à Mario Draghi, actuel président de la Banque d’Italie… Que Trichet, la veille de son départ, déclare que les « messages {des Indignés} sont importants » et qu’« il y a une protestation contre les bonus du secteur financier qui ne sont pas acceptés par nos démocraties » est l’indication qu’un de ces jours, sans trop tarder, le même bonhomme va s’atteler à un ouvrage, futur best-seller, où il reniera tout ce qui a été une dizaine d’années la doxa acceptée et même vénérée de nos élites politiques. Ainsi va leur vie, faite de promesses, de postulats et de reniements. L’essentiel étant d’être cru pour chacun d’entre eux.

Il y a des jours où l’on ferait mieux de rester au lit.

(Dessin de Plantu en première page du Monde daté du 2 novembre 2011)

P.S. Ouf, moins seul ! Au moment même où ces lignes allaient être publiées, une alerte de Médiapart concernant une interview d’André Orléan, « L’appel au peuple grec ne saurait être rejeté ». André Orléan, directeur d’études à l’EHESS, est l’auteur de L’Empire de la valeur (La couleur des idées, 2011). Extrait :

Médiapart. « Que vous inspire le «coup de poker» de Georges Papandréou, qui promet aux Grecs un référendum sur l’aide européenne? »

A. Orléan. « Face aux transformations de très grande ampleur qui sont demandées à la société grecque, l’appel au peuple et à la délibération publique ne saurait être rejeté. On a suffisamment souligné la nature structurelle des problèmes qu’affronte la Grèce, par exemple concernant la place de la religion orthodoxe ou le rapport à l’impôt des classes les plus aisées, pour comprendre que ce qui est demandé à la Grèce touche à la définition même de son être ensemble. Dans ces conditions, si le terme de démocratie veut dire quelque chose, on ne voit pas comment de telles mutations pourraient se faire sans un vaste débat national. »

60% des jeunes actifs au chômage…

Selon les chiffres que vient de publier l’Insee dans Informations Rapides Réunion n° 202 d’octobre 2011 pour l’enquête Emploi, au « deuxième trimestre 2011, le taux de chômage à La Réunion atteint 29,5% de la population active. Il touche désormais 102 000 personnes, soit 3 000 de plus qu’en 2010». Mais surtout, observe l’Institut, « les jeunes sont les plus touchés par le chômage ». En 2011, « 60% des actifs de 15 à 24 ans sont au chômage » et ils supportent la hausse la plus forte: « + 4,1 points depuis 2010 et + 8,8 points depuis 2007».

Les jeunes sont aussi de plus en plus touchés « par un chômage de longue durée : 64% des chômeurs de 15 à 24 ans le sont depuis plus d’un an contre 50% en 2010 ».
En outre, les femmes sont « plus au chômage que les hommes (31,8% contre 27,5%) ». Si « cette situation perdure depuis de nombreuses années {…} l’écart s’accentue entre 2010 et 2011 ». En effet, le taux de chômage des femmes « augmente de 1,8 point tandis qu’il baisse pour les hommes de 0,7 point ».

L’INSEE, pas en reste d’adage, poursuit : « En période de crise, les jeunes, moins expérimentés que leurs aînés, éprouvent davantage de difficultés à trouver un emploi. Ceux qui travaillent ont des statuts plus précaires. Dans le secteur marchand, seulement 39 % ont un CDI contre 79 % pour les 15-64 ans. Ils sont ainsi les plus touchés par la crise en vertu de l’adage « dernier arrivé, premier sorti ».

Le site officiel du tourisme réunionnais annonce sur sa page d’accueil, « La Réunion, un monde unique », « La Réunion, un monde de sensations » et, sans doute, ne se trompe-t-il pas : côté chômage, on croyait avoir décroché le pompon mais l’Ile intense n’est pas en reste de surprises. Il fût un temps où était envisagé un « pacte territorial pour l’emploi des jeunes », une mobilisation des acteurs économiques et des entreprises avec un label d’entreprise citoyenne. Gageons que si ce pacte n’est pas rapidement mis en œuvre, ce monde unique implosera de fortes sensations… pas nécessairement sur un air de maloya. Mais, sans doute, ces jours-ci avec l’incendie qui ravage les Hauts, La Réunion pense-t-elle à autre chose qu’au maloya… Elle va vérifier in vivo et in situ la thèse de la « destruction créatrice » de l’économiste Joseph Schumpeter : la disparition d’un secteur d’activité permettra la création de nouvelles activités économiques telles que le reboisement, l’aménagement, etc. Courage quand même ! Ca chauffe !

Logique.

Consolation ? Si les chiffres du chômage atteignent des sommets à La Réunion, la situation ne s’annonce guère reluisante pour l’ensemble de l’Hexagone. Les prévisions de l’Unedic tablent sur 4,2 millions de chômeurs inscrits à Pôle emploi fin 2011 et 4,3 millions en 2012. En août 2011, pour les catégories A, B et C, le chômage est de la sorte passé de 3,97 millions un an auparavant à 4,15 millions. Si l’on ajoute les catégories D et E (chômeurs non disponibles pour occuper un emploi car en formation, en contrat aidé ou en maladie), on atteint 4,72 millions de personnes ! D’autre part, la durée maximale d’indemnisation étant de 24 mois (36 mois pour les 50 ans et plus), la grande majorité des chômeurs de longue durée n’a plus le droit à l’assurance chômage. Alternatives économiques de novembre écrit ainsi : « Début 2010, on estimait qu’un million de personnes arriveraient en fin de droits dans l’année, dont 400 000 n’auraient plus aucune source de revenu personnel, ni allocation de solidarité spécifique (ASS), ni revenu de solidarité active (RSA) ». Malgré cela, poursuit le mensuel, « affichant son souci de réduire les déficits publics, le gouvernement a fait le choix de la rigueur budgétaire au risque d’accentuer encore le ralentissement de l’activité. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2012 prévoit ainsi en particulier une baisse sensible des dépenses de l’Etat en matière de marché du travail : les crédits de la mission Travail-Emploi doivent diminuer de 1,39 milliard d’euros en 2012 par rapport à 2011, soit un recul de 12% ! » Plus de chômeurs, moins de crédits : quoi de plus logique ?

Fuis-moi, je te suis…

Enfin, un peu de bon sens ! En encadré dans l’article « La politique de l’emploi n’est pas à la hauteur » – toujours Alternatives économiques – : « Quand l’emploi fait défaut, inciter chacun à « travailler » plus revient à accentuer le chômage des moins bien placés ». Depuis quelque temps, le partage du travail était considéré comme une idée saugrenue et la réduction du temps de travail n’avait pas bonne presse. Il n’y en avait que pour le « travailler plus ». Assisterions-nous à un retournement ? Bien sûr, ce partage qui répond à une éthique de responsabilité ne peut aboutir sans qu’un réel travail d’éducation populaire soit entrepris car les représentations du travail accordent toujours à celui-ci une place majeure, singulièrement en France. L’enquête 2007 du World Value Survey (WVS) révélait ainsi que 64,6% des Français considéraient que le travail était très important dans leur vie, soit presque deux fois plus qu’aux Etats-Unis (32,6%), aux Pays-Bas (32,7%) et en Australie (36,3%). Notons d’ailleurs que ces mêmes Etats-Unis sont le pays où le revenu est le premier critère d’appréciation d’un emploi, 37,5%, alors qu’en France ce pourcentage n’est que de 19,7% : les dimensions sociale et symbolique du rapport au travail sont ici dominantes alors que la perspective instrumentale est déterminante Outre-Atlantique. Cet attachement au travail n’est pourtant pas synonyme de bien-être car les Français sont, en Europe et avec les Polonais, les Roumains et les Bulgares, parmi les moins satisfaits de leur travail. Autrement formulé, le travail occupe toujours une place centrale tout en étant un facteur de déception… pour ceux qui travaillent. Quant aux autres, chômeurs, désaffiliés ou surnuméraires, ils obéissent à la règle selon laquelle ce qui est rare est cher : le travail leur est d’autant plus important qu’il leur est soustrait. L’adage amoureux « Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis » s’applique finalement assez bien dans notre rapport au travail : occupés nous sommes déçus, privés nous sommes désireux.

Pas de miracle.

A la question « Chômage des jeunes : le mal français », Philippe Askenazy répond dans un ouvrage récent, Les décennies aveugles. Emploi et croissance 1970-2010 (Seuil, 2011) par un plaidoyer pour l’apprentissage et, plus largement, l’alternance, ceci en comparant les médiocres résultats français à ceux du Royaume-Uni et, plus encore, de l’Allemagne. Toutefois il écrit : « Le succès de l’apprentissage en Allemagne passe aussi par des salaires élevés pour les cols bleus. Pour enclencher une telle mécanique – les hauts salaires favorisant l’apprentissage qui forge une main d’œuvre performante – en France, il faudrait donc aussi se lancer dans une amélioration substantielle des grilles de rémunération dans l’industrie et la construction ; soit le contraire de la politique de modération salariale menée depuis des décennies. » (pp. 271-272). Philippe Askenazy ne croit pas si bien dire : évoquant le poids de la masse salariale dans les coûts fixes, Frédéric Saint-Geours, le directeur financier du groupe PSA, premier constructeur automobile français, annonce des « compressions de personnels » alors que le chiffre d’affaires total du groupe a progressé de 3,5% à 13,45 milliards d’euros au troisième trimestre. 3 500 emplois vont donc disparaître en Europe en 2012, auxquels s’ajouteront 2 500 emplois parmi les prestataires externes et 800 postes de travailleurs temporaires en France. Philippe Askenazy conclut d’ailleurs son plaidoyer… en le quasi-invalidant : « Au total, il n’y a pas de miracle. Dans l’ensemble des grands pays européens, une part significative de la jeunesse souffre du chômage et de difficultés majeures d’insertion dans le monde du travail. C’est un mal du capitalisme européen. L’absence de miracle se retrouve également à l’autre bout de la carrière professionnelle. » Ah oui, une précision quant au poids de la masse salariale de Frédéric Saint-Geours : en 2009 et pour le second semestre, celui-ci a perçu 332 409 € de rémunération fixe auxquels s’ajoutaient 16 500 € de jetons de présence en tant qu’administrateur de la société Faurecia et 1 178 € pour une voiture de fonction (montant probablement sous-estimé). Soit 350 000 € pour six mois et déductivement 700 000 € pour un an. (1) Rien n’est dit sur des avantages connexes habituels (primes, stock-options, etc.). On ne sait pas plus si Frédéric Saint-Geours envisage de se licencier pour alléger la masse salariale.

Un appel citoyen…

Puisque l’on parle d’argent, un appel du Collectif national pour un audit de la dette publique est lancé, soutenu par des personnalités comme Stéphane Hessel, Dominique Méda, Susan George,  le même Philippe Askenazy, Ariane Mnouchkine… L’objectif de ce collectif, qui regroupe une vingtaine de syndicats et d’associations: organiser un « débat démocratique au plan local, national et européen » sur la question de la dette des Etats.

L’appel…

« Écoles, hôpitaux, hébergement d’urgence… Retraites, chômage, culture, environnement… nous vivons tous au quotidien l’austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l’on nous ressasse dans les grands médias. Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe. Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis vingt ans ont-ils asséché les budgets? Cette dette a-t-elle été tout entière contractée dans l’intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime? Qui détient ses titres et profite de l’austérité? Pourquoi les États sont-ils obligés de s’endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d’un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.
En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir?

Nous nous mobilisons dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique. Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens. Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie. »

Un clic, c’est simple…

Coup de sang

« Le travail n’est pas un gros mot. Pour sauver notre modèle social, pour nous protéger de la crise, la ligne stratégique est claire : le travail, l’innovation, la formation et l’investissement », a déclaré Nicolas Sarkozy le jeudi 27 octobre 2011 sur TF1 et France 2, dans le cadre d’une émission essentiellement consacrée à la situation économique de la France. Pour le président de la République, il faut « sortir d’un modèle d’assistanat qui consiste à mettre les gens en préretraite, à les condamner à rester chez eux en attendant l’allocation pour survivre, alors qu’il faut investir dans la formation, dans la recherche, dans l’innovation et dans le travail ». « Moins d’assistanat et plus d’investissement : c’est la martingale gagnante dans tous les pays du monde. »

Revoici donc le thème de l’assistanat ou, plus exactement, sa litanie synonyme de chasse aux gueux : nous en avons suffisamment parlé ces jours pour éviter d’y revenir encore cette fois… quoiqu’on puisse s’interroger sur la nécessaire résistance, pied-à-pied, incessante ou du moins aussi récurrente que le sont les offensives contre un chômage considéré contre toute réalité comme « volontaire », car il semblerait bien que cette répétition sentencieuse, largement plus véhiculée par les médias que ne le sont les ouvrages bien trop confidentiels qui la contestent avec arguments, soit efficace : la répétition, dit-on, est sinon la base de la pédagogie du moins celle de l’abrutissement. Haro sur les chômeurs, divisons les Français entre courageux, « La France qui se lève tôt », et fainéants, « les fraudeurs qui profitent », et, selon l’adage « Diviser pour mieux régner », la moitié du chemin sera fait.

Quant à valoriser le travail, son avocat de circonstance ne manque pas d’audace alors que, depuis sa présidence, la part de la richesse imputable à la spéculation n’a fait que croître aux dépens de celle imputable au travail. Si, à cela, on ajoute le contrat unique d’insertion à sept heures hebdomadaire, on comprendra sans peine que cette déclaration d’amour au travail n’est qu’illusionnisme politique.

S’agissant de formation, rappelons que les demandeurs d’emploi ont deux à trois fois moins de chance de bénéficier d’une formation, même si, en particulier grâce aux Régions, les jeunes chômeurs bénéficient plus souvent des dispositifs de formation que les chômeurs plus âgés. « En revanche, les chômeurs les moins qualifiés ont quatre fois moins de chance d’accéder à une formation que les autres. » (2)

Enfin, quant à l’innovation, il conviendrait de s’entendre sur elle et ce qu’elle poursuit. Quelle innovation et pourquoi ? On pense à Galbraith qui écrivait : « L’innovation, au sens moderne du terme, a le plus souvent pour but de créer de toutes pièces un besoin dont personne, jusqu’ici, n’avait perçu l’existence. » (3) On songe également à Méda qui justement avertit : « Or l’économie vit de cette confusion : elle vit sur le désir et non pas sur le besoin, ou sur le grimage du désir en besoin. » et « La question essentielle est bien celle de la véritable utilité de ces nouveaux produits – non pas de leur utilité économique, car on est bien d’accord sur le fait qu’ils augmentent tout à la fois les profits des entreprises productrices, le taux de croissance du PIB et la satisfaction de ceux qui les ont acquis -, mais de leur utilité au sens social du terme. En quoi la production de ce produit a-t-elle augmenté le bien-être total de la société ? » (4)

Bref, s’il faut accompagner les chômeurs vers un emploi – mais quel emploi ? – il vaudrait mieux, plutôt que de soupçonner et traquer l’assistanat derrière le chômage, « renforcer les services publics de l’emploi, en particulier ceux qui ciblent des groupes en situation d’exclusion sociale. Il faut tout mettre en œuvre pour aider les jeunes à entrer sur le marché du travail et proposer un soutien personnalisé à ceux qui s’exposent au risque de chômage de longue durée. » Qui le dit ? Laszlo Andor, commissaire européen chargé de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion. (5) Renforcer les services publics de l’emploi : on vient de voir, d’une part, ce qu’il en est avec le projet de loi de finances pour 2012 et, d’autre part s’agissant de services publics, force est de constater que ce n’est ni ce critère, ni l’efficacité et encore moins l’efficience qui guident les choix gouvernementaux… On lira ainsi avec intérêt le débat en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale où Bernard Perrut, président du CNML, déclare au sujet du contrat d’autonomie : « Par ailleurs, à l’instar de notre collègue Jean-Patrick Gille, je déplore que l’on mette autant de moyens sur le contrat d’autonomie. À la différence du CIVIS qui fait intervenir les missions locales, le contrat d’autonomie fait intervenir des structures privées qui se voient confier l’accompagnement et l’insertion des jeunes dans l’emploi. Or je remarque qu’un emploi CIVIS revient globalement – d’après le tableau présenté par notre rapporteur – à quelques centaines d’euros, alors qu’un jeune accompagné dans le cadre du contrat d’autonomie peut coûter jusqu’à 8 500 euros, si la structure lui trouve un emploi. » (6)

Pôle emploi : comment faire plus avec moins.

L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale des finances (IGS) réalisent une mission pour la prochaine convention tripartite État-Unédic-Pôle emploi. Ces deux nobles inspections viennent de présenter leurs premières orientations dont, en premier lieu, ce qui concerne l’accompagnement des demandeurs d’emploi.

« L’organisation actuelle de l’accompagnement des demandeurs d’emploi prévoit une rencontre par mois (le suivi mensuel personnalisé) entre le demandeur d’emploi et son conseiller référent à partir du 4ème mois. Compte tenu du nombre de demandeurs d’emploi suivis en « portefeuille », les conseillers ne sont cependant pas en mesure de voir chaque demandeur d’emploi une fois par mois, mais plutôt tous les trois mois. », notent les inspecteurs. Cela semblera évident mais décider d’un rythme de rencontres mensuelles et ne pas donner les moyens de le tenir revient à jouer un air de pipeau. Faut-il le préciser, ce qui est valable à Pôle emploi l’est dans les missions locales dans l’incapacité de respecter les fréquences de l’accompagnement, renforcé ou non. Mais on fait comme si…

Toutefois la mission, courageuse, n’en reste pas là et envisage quatre leviers d’action : « les modalités de suivi, les critères de « segmentation » des publics, le moment où débute le suivi et le degré plus ou moins grand d’initiative laissé au conseiller ». Contentons-nous ici du premier levier, les conditions de suivi et d’accompagnement des demandeurs d’emploi…

Ainsi, la mission s’interroge : « Faut-il moduler les méthodes de contact des conseillers avec les demandeurs d’emploi en portefeuille ? » « Si les études montrent qu’une intensification des contacts avec les demandeurs d’emploi a un impact positif sur le retour à l’emploi, chacun d’eux n’a pas forcément besoin d’être reçu physiquement », notamment ceux qui recherchent dans des secteurs d’activité qui recrutent et qui, de ce fait, auraient « surtout besoin de recevoir des offres et d’être mis en relation avec des employeurs ». Il faut donc « moduler » les contacts, c’est-à-dire user de tous les moyens disponibles, tels que le téléphone, le courriel, les sessions collectives… afin « de garantir leur périodicité mensuelle ». Bref : vous manquez de moyens pour rencontrer les demandeurs d’emploi ? Contactez-les à distance ! D’une part, le procédé n’est guère original, correspondant à la notion élastique bien connue d’« actualité », d’autre part, pirouette, elle permet d’éviter de traiter le problème de fond. Si, de toute évidence, tous les demandeurs d’emploi n’ont pas besoin d’une rencontre physique en tête-à-tête, il n’en reste pas moins qu’une seule mensuelle n’est pas dans l’absolu une ambition déraisonnable mais le devient si le ratio « D.E./conseiller », lui, est déraisonnable. Chacun conviendra que le chômage est toujours une situation difficile à vivre… et chacun constatera que la société ne semble pas décidée à accorder vingt minutes d’attention mensuelle aux chômeurs : ce minimum devient un obstacle que l’on peut contourner grâce aux technologies de l’information et de la communication. On se rapproche de La Borne (toujours excellent : voir les cinq jeunes à la rubrique « Le chômeur du mois »). Ah oui ! Pour éviter qu’à terme l’ensemble des D.E. soit traité façon TIC, il est préconisé une « supervision de proximité a posteriori » pour vérifier que les modalités de contact avec les demandeurs d’emploi sont bien adaptés à leurs situations.

Concernant l’accompagnement renforcé, trois critères servent actuellement à évaluer la distance à l’emploi des demandeurs d’emploi suivis par Pôle emploi : « l’analyse des besoins individuels du demandeur par son conseiller personnel », « l’appartenance du demandeur d’emploi à telle ou telle catégorie administrative (licencié économique, jeune, senior…) » et « l’ancienneté du demandeur dans le chômage, en application du principe selon lequel l’accompagnement s’intensifie à mesure que cette ancienneté augmente ». Pour la mission, ces trois critères sont pertinents. Elle préconise toutefois, pour tous les chômeurs, la mise en œuvre d’« un bilan approfondi obligatoire au bout de neuf mois ou douze mois de chômage, pour adapter les modalités de suivi aux difficultés avérées du demandeur ». Pour tous les chômeurs… C’est étonnant : constatant que Pôle emploi ne peut respecter la fréquence des entretiens, on vient de lui reconnaître la possibilité de s’en exonérer… pour réintroduire un bilan approfondi systématique… qu’une prochaine mission, dans deux ou trois ans, constatant son infaisabilité, imaginera à distance avec, n’en doutons pas, une seconde « supervision de proximité a posteriori ».

La commission se pose également la question de la pertinence des « portefeuilles de taille réduite » gérés par des agents de Pôle emploi. En d’autres termes, est-il judicieux d’avoir moins de D.E. par conseiller pour consacrer à chacun plus de temps ? La réponse, comme le nez au milieu de la figure, est que ces portefeuilles tendent « à accélérer le retour à l’emploi ». Mais, mais… la commission objecte immédiatement qu’un développement de ce principe risque de se traduire « par un accroissement de la taille moyenne du reste des portefeuilles et une baisse de la périodicité des rencontres que les conseillers pourront offrir aux autres demandeurs d’emploi ». Imparable théorème des vases communicants : si des conseillers ont moins de D.E. en suivi, ce sont leurs collègues qui en auront plus. Sauf qu’en toute logique une autre hypothèse aurait du être évoquée : que chaque agent de Pôle emploi n’ait qu’un portefeuille de taille réduite. Ca n’est pas dit. Pourtant c’est la même IGS qui constatait dans son étude comparative des SPE français, allemand et anglais la sous-dotation hexagonale…(7)

On n’est pas sorti de l’auberge.

A suivre…

(1) Sur le site Edubourse.

(2) Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylbergberg, Comment la France divise sa jeunesse. La Machine à trier, 2011, Eyrolles et Fondation ManpowerGroup pour l’emploi, pp. 106-107.

(3) John Kenneth Galbraith, La Science économique et l’intérêt général, 1974, Gallimard, p. 170.

(4) Dominique Méda, Qu’est-ce que la richesse ? 1999, Alto Aubier, p. 89 et p. 93.

(5) « Sortir vingt millions de personnes de l’exclusion d’ici à 2010 demeure une priorité pour l’union européenne », Le Monde, 28 octobre 2011.

(6) Mercredi 26 octobre 2011. Séance de 10 heures. Compte rendu n° 09. Dans ce même compte-rendu, on peut lire ce qui fût longtemps dénié : « Un tel dispositif, certes coûteux, porte ses fruits, puisque le taux de sortie positive, que ce soit en emploi ou en formation qualifiante, est de 42 % pour des publics très éloignés à la fois de l’emploi et des structures traditionnelles d’insertion dans l’emploi – Pôle emploi ou missions locales – et très peu qualifiés. Si je reconnais qu’il peut y avoir débat sur la méthode utilisée et sur le coût, force est de constater que ces résultats sont aujourd’hui beaucoup plus probants qu’au début de l’expérimentation, qui a eu beaucoup de mal à démarrer et qui, dans certains départements, n’aurait pas démarré sans l’aide des missions locales. Quant à savoir s’il faudrait transférer les moyens du contrat d’autonomie sur un CIVIS renforcé, comme l’a proposé l’IGAS, il me semble préférable d’attendre l’évaluation complète du dispositif. » Evaluation qui, sauf erreur, fût conduite l’année dernière.

Le dernier bilan du contrat d’autonomie faisait donc état de 42 % de « sorties positives » (accès à un CDI, un CDD de six mois et plus ou une formation. Malgré les critiques concernant les résultats insuffisants du dispositif, le gouvernement décidait de reconduire le contrat d’autonomie en 2012 au bénéfice de 8 000 jeunes. Cependant, sur la base d’un amendement déposé par Chantal Brunel (UMP) et adopté le 27 octobre, la commission des Finances de l’Assemblée a transféré neuf millions d’euros du contrat d’autonomie vers les contrats de professionnalisation. L’exposé des motifs accompagnant l’amendement fait état des « résultats décevants en termes de taux de sorties positifs » des contrats d’autonomie pour justifier de ce transfert de crédits. Hélas pour les « OPP » (opérateurs privés de placement).

(7) Pierre-Emmanuel Lecerf, Emmanuel Monnet, Véronique Hespel (supervision), Etude comparative des effectifs des services publics de l’emploi en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, I.G.F., rapport n° 2010-M-064-02, janvier 2011.

Valse.

Bien. Certains – suivez mon regard ou, plus judicieusement, allez plus bas à « Chanson » – ont la pression du chiffre et du quantitatif, des objectifs à atteindre, de la CPO… d’autres celle des reproches : pourquoi ce silence ? Qu’est-ce qui justifie que le blog ne charrie pas ses contributions au rythme des évènements qui affectent le champ de l’insertion alors que, certes, c’est bien le fond qui manque le moins ? Voilà donc un point commun entre nous. Reprenons donc ce pianotage de l’azerty en trois temps. Comme une valse (dite « noire » ou « lente »).

Tout d’abord avec la prose inimitable de Pierre, dont on se demande comment, de là où il est, agrippé à son confetti volcanique de l’Océan Indien, il allégorise à partir de Nolwenn Leroy et déambule littérairement sur le granit rose de Trébeurden (1).

Puis avec le débat contributif, collaboratif, à partir de deux articles « Des nouvelles du front » et « De l’amnésie comme condition de l’innovation » : Régis, puis Jean-Philippe, puis – on ne change pas une équipe qui gagne – encore Régis.

Enfin avec la reprise d’un exercice déjà proposé ici : le résumé, assurément partial et partiel, néanmoins assumé, des lectures de ces dernières semaines.

En gestation encore quelques jours, une contribution sur un couple : l’insertion et le territoire. Ca vient, ça vient…

Toutefois, mise en bouche, une petite explication sur ce silence de quelques semaines : bien sûr l’occupation, celle qui me vaut l’humour de nouveaux patients (« docteur »), mais également une douzaine de jours avec les pioupious de Guadeloupe (2). Comme toujours, ceux-ci n’ont pu s’empêcher de me dire « Ici, c’est particulier. » Et le fait est que ça l’est. On va le constater.

(1) Qui bénéficie d’une belle mission locale « Ouest Côtes d’Armor », en granit et sur la place du Marchallac’h (prononcez : marralarr).

(2) Une bonne équipe, un bon directeur. Une quête de professionnalité.

Pierre. « A notre docteur.

Comme marraine Nolwenn Leroy est déjà prise pour sauver les phares Bretons, J’ai essayé de contacter d’autres Breton de souche ou d’adhésion célèbres : Liliane Bettencourt, Raymond Domenech et PPDA, pour venir au chevet de notre docteur en prétextant bien sur que tu pouvais leur apporter une sorte de caution sociale « Lorsque leur âme et leur corps ne seront plus d’accord, que sur un seul point : la rupture » et qu’ils chercheront auprès de Saint-Pierre une bienveillance pour l’octroi du purgatoire. Que nenni !

Alors, en dernier ressort, j’ai appelé Olivier Besancenot qui passe de temps en temps par Trébeurden. Il est d’accord pour être le parrain de notre Philippe afin qu’il reprenne ses mots pour nos maux. Un bémol cependant Olivier reprend un proverbe breton et nous signifie que : « Point ne faut aller plus vite que le cheval qui nous porte. » Reviens vite quand même. »

Régis sur l’article « Des nouvelles du front ». « Allo Docteur ! La mise en oeuvre de l’ANI présente les mêmes symptômes que les contrats d’autonomie, mais avec beaucoup de moyens en moins. Je me trompe sur le diagnostic ? »

« Mais j’avais oublié un symptôme : les jeunes relevant de l’ANI ne peuvent être dans CIVIS pour une histoire de double financement…. mais ceux relevant du contrat d’autonomie oui = le double financement ne joue qu’au sein d’une même entité. Euh, mais comment ont fait les Missions locales qui mettent en oeuvre conjointement le contrat d’autonomie et le CIVIS ? Docteur la situation devient complexe ! Un éclairage ? »

Jean-Philippe. « Pour répondre sur ce point : Il est à noter que c’est la DGEFP qui s’est empressée de demander l’impossibilité d’intégrer CIVIS pour un jeune intégrant « l’ANI ».  ANI ou CIVIS il faudra choisir. Ce qui est tout de même surprenant c’est que concernant Pôle emploi, personne n’est allé spécifier qu’un jeune ne pouvait pas être dans le PPAE. La question du double financement ne se poserait donc que pour les ML et uniquement parce que la DGEFP s’en est mêlée. Par ailleurs, s’agit-il d’un double financement ou d’un autre financement ?

On voit ici clairement le jeu de l’Etat : qui spolie largement le FPSPP ? Qui oriente les financements des ML dans le cadre de cet ANI du 7 avril 2011 (plusieurs ANI sont signés chaque année) et définit cahier des charges (pour les partenaires sociaux) et l’appel d’offres (en direction des ML) dans l’affaire ?

Les partenaires sociaux sont en train de constater cette mainmise de l’Etat sur les ML. La CGT fait partie des partenaires sociaux, mais elle est non signataire de cet ANI. Elle siège aux différentes réunions pour essayer de signaler certains écueils de la mise en œuvre de cet accord. Dans la délégation CGT, il y a des syndiqués des Missions Locales, ce qui n’est hélas pas le cas pour les autres confédérations syndicales. Si tel avait été le cas, je ne suis pas sûr que l’ANI du 7 avril ait été signé, ou qu’il ait eu cette teneur… mais on ne refait pas l’histoire…. »

Régis sur l’article « De l’amnésie comme condition de l’innovation » où il était question du tutorat externe : « Le bilan intermédiaire fourni par notre évaluateur (IREDU) est sans équivoque: Toutes choses égales par ailleurs, les jeunes non bénéficiaires du tutorat ont cinq fois plus de risques de rompre leur contrat d’apprentissage et quatorze fois plus de risques de quitter l’hôtellerie-restauration, par rapport aux jeunes qui ont bénéficié du tutorat renforcé. Une différence significative apparaît lorsque les jeunes ont été informés par lettre. En effet, la probabilité de connaître une rupture est multipliée par deux, de quitter le secteur multipliée par cinq pour ces jeunes, par rapport aux bénéficiaires du tutorat renforcé.

Il faut préciser un point essentiel : pendant toute la durée de l’expérimentation, nous n’avons touché en rien le cadre de fonctionnement de l’apprentissage, notamment en amont. De ce fait, la mesure ne concerne que l’apport du tutorat externe… Rien n’est intangible, dès lors que l’on veut s’en donner les moyens. »

P.L. Cela tombe bien : j’ai quelque chose à dire sur ce « tutorat externe »… que j’ai exprimé à l’occasion d’une invitation de l’Animation régionale des missions locales de Haute-Normandie qui, précisément, communiquait autour d’une expérimentation sur… le tutorat externe. A paraître dans quelques jours sur ce blog.

Cocotiers.

Comme indiqué, j’étais ces jours-ci aux Antilles avec les pioupious de la mission locale guadeloupéenne dont une particularité est de… n’être pas financée par les communes ! Ce qui, assurément, n’empêche pas les édiles locaux de donner de la voix sur l’air de « Jeunesse, le devoir d’avenir ». Autre particularité découlant de ce manque de financement combiné à une situation économique structurelle et conjoncturelle  aigue : 12 000 jeunes en contact pour… 25 conseillers ! On se souviendra de ce que disait Bertrand Schwartz : « Les missions locales devaient être capables de mettre un nom et une vie sur chaque jeune, le connaître individuellement, car c’était la seule façon de lui apporter une aide efficace. » (1) Un nom, une vie sur chaque jeune lorsqu’on en recense 700, 800 dans son « portefeuille » ? On se souviendra également – ce sera plus facile parce que plus récent – du rapport de l’Inspection Générale des Finances qui, comparant les trois services publics de l’emploi français, allemand et anglais, constatait que « … rapportés au nombre de demandeurs d’emploi, recensés par les statistiques nationales (DEFM), les effectifs du SPE français (150) représentent moins de la moitié des effectifs allemands (377) et britanniques (349). » (2) Un agent de Pôle emploi pour 150 DE… et un conseiller pour 800 jeunes, le premier exclusivement pour l’emploi, le second pour tous les besoins, de la formation à l’emploi, de la santé au logement, de la mobilité aux loisirs… Cherchez l’erreur.

A l’autre bout du monde, sur un confetti au milieu de l’Océan indien, des « experts » réfléchissent à (sic) « créer une structure pour renforcer l’accompagnement des jeunes sortis du système scolaire sans qualification. A mi-chemin entre la maison des adolescents et les missions locales, elle devrait permettre une prise en charge globale du jeune. » Et, de la sorte, ces experts confirment que, dans l’hémisphère sud, on peut marcher la tête en bas. Sous le tropique, cette fois du Cancer, on affirme « le rôle pivot de la mission locale » tout en ne lui accordant des moyens plus proches de l’aumône que de l’investissement éthique (responsabilité intergénérationnelle) et stratégique… (3)

(1) Louise L. Lambrichs, L’invention sociale. A l’écoute de Bertrand Schwartz, 2006, éditions Philippe Rey, p. 138.

(2) IGF, Étude comparative des effectifs des services publics de l’emploi en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, Rapport n° 2010­M­064­02, janvier 2011.

(3) Mission régionale sur la jeunesse en déshérence, Jeunesse en déshérence. Il est urgent d’agir ! Rapport au président du Conseil Régional de la Guadeloupe, 12 janvier 2011.

Les lectures auxquelles vous avez échappé. Peut-être.

Poisse.

Le Monde, 6 octobre. « Dexia, première banque victime de la crise de la zone euro »

Pas de chance pour les missions locales : pour une fois qu’une fondation les soutenait dans leurs initiatives citoyennes, il faut que celle-ci soit issue de la première banque qui dégringole. Il s’agit de la « première » banque ; on peut supposer que d’autres vont suivre et, en attendant, qu’elles ne vont pas particulièrement faire preuve d’audace avec les « clients de peu », par exemple les jeunes jusqu’alors exclus du système bancaire et pour lesquels les missions locales intercédaient via le microcrédit. Question : les (petites) vannes du microcrédit demeurent-elles toujours (un peu) ouvertes ou sont-elles closes ? Ah, oui, une précision : le 7 avril 2011, le conseil d’administration de Dexia a accordé à son PDG Pierre Mariani (anciennement au cabinet de Nicolas Sarkozy au Budget) un bonus de 600 000 euros au titre de l’exercice 2010. De quoi voir venir… ce qui ne sera pas avec Eric Woerth le cas des Smicards puisque, selon celui-ci, « Il ne faut pas augmenter le niveau du SMIC. Plus vous l’augmentez, plus vous mettez de gens au chômage et plus vous écrasez la grille des salaires. » (Le Monde, « La France est-elle un pays d’assistés ? », 16-17 octobre). Pour d’autres, écraser les salaires s’appelle « revenu maximum autorisé ».

A ce propos, on lira avec intérêt la contribution d’Eric Thomas dans Le Monde du 18 octobre : « Licenciés en baisse, joueurs surpayés : le football français à l’heure du déclin. » La charge d’Eric Thomas, président de l’Association française de football amateur, contre le football professionnel est radicale et juste : « … image catastrophique des Bleus, montée de la contestation, des actes antisportifs voire violents, déconsidération du rôle du bénévole, recul du rôle social et citoyen de football, rejet accru des parents, image dégradée des valeurs collectives… », toutes choses qui devraient interroger les subventions municipales au football professionnel. Parlons net : dès lors que les collectivités justifient par l’étranglement financier des subventions dérisoires pour l’insertion des jeunes, il faut consulter les budgets municipaux et, dans nombre de cas, on constatera que le théorème des vaches maigres, valable pour le social, ne s’applique pas au football professionnel qui, d’une part, véhicule des contre-modèles de socialisation et, d’autre part, fonctionne dans la plus pure tradition de marché libéral avec des frais somptuaires pour les présidents et des salaires vertigineux de joueurs : 200 000 euros de salaire hebdomadaire pour Nasri, 20 millions de salaire annuel pendant trois ans pour Eto’o…

Dimanche 9 octobre. Zouk.

Arrivée à l’aéroport de Pointe-à-Pitre en fin de journée. Récupération des bagages, de la voiture de location et en route pour le Clipper, un hôtel au Gosier. Erreur de direction : plutôt que de continuer sur la nationale, bifurcation inopportune à Pointe-à-Pitre qu’il faut dès lors traverser à la nuit tombante. Tours et détours dans une ville inconnue jusqu’à ce que soit retrouvée la direction… qui fait traverser un quartier, Carénage, comme il n’en existe plus en métropole avec la transpiration d’une misère sexuelle aux enchères des chalands en voiture. Misère économique, sexuelle et, je l’appris le lendemain, ravages de la drogue. Deux jours plus tard, une conseillère de la mission locale disait son trouble devant l’effondrement des repères lorsque, par exemple, un jeune de quatorze ans allait « choisir » une prostituée avec son père à Carénage… Misère sexuelle, certes, singulièrement par son exposition… mais est-elle réellement d’une autre nature que celle des touristes retraités – basse saison – qui, enclos dans leurs hôtels, s’exercent maladroitement, un peu désespérément, à se frotter sur un improbable zouk ?

Surpopulation.

Le Canard enchaîné, 12 octobre : « Guadeloupe : c’est tassé engeôleur ! »

Précisément, au sujet de la Guadeloupe, le journal satirique paraissant le mercredi, consacre un article aux deux maisons d’arrêt de l’île où les capacités d’accueil sont adaptées à la sauce caribéenne : « Là où en métropole on doit, en principe, enfermer deux détenus dans une cellule d’au moins 11 m2, sous les cocotiers on en met quatre. » « Surpopulation énorme agrémentée de rats en goguette, pas de lumière du jour pendant la saison des pluies, impossibilité de cuisiner chaud… En comparaison, les taules métropolitaines auraient presque des allures de paisibles retraites… » Voilà au moins un point commun entre les surveillants pénitentiaires et les conseillers d’insertion : la surpopulation.

Poubellisés.

Le Monde, 14 octobre. « La faiblesse de certaines primes contre dividendes suscite la colère des salariés ».

On se souvient du président qui préconisait la règle des trois tiers : un tiers des bénéfices pour les actionnaires (dividendes), un tiers pour les salariés (prime) et un tiers pour l’investissement. Cela a donné lieu le 28 juillet 2011 à une loi dite de « la prime de partage des profits » : les entreprises de plus de 50 personnes qui versent des dividendes en hausse sont tenues d’ouvrir des négociations et de faire des propositions quant à une prime pour leurs salariés. Autant il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour compter le nombre de zéros dès qu’il s’agit des actionnaires, autant le calcul est nettement moins éprouvant pour les soutiers. Chez Ipsos, le sondeur, c’est royalement 24 euros qui sont proposés, soit 0,06 € par jour. Champagne ! Enfin, une bulle… Securitas fait mieux en proposant d’abord 3,5 € par salarié puis, généreusement, 8 €. Soit 0,02 € par jour. Pendant ce temps, les inégalités croissent, les Grecs sont liposucés, Arnaud Lagardère, patron du groupe du même nom, touche 740 000 euros de dividendes par jour (non, pas d’erreur : par jour – 1), des nonagénaires s’indignent au nom de ceux « considérés seulement en termes de calcul, ceux qui sont ignorés, oubliés, offensés, humiliés, méprisés, poubellisés. » (2). On ne saurait mieux dire.

(1) Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, 2007, La Découverte, p. 28.

(2) Stéphane Hessel, Edgar Morin, Le chemin de l’espérance, 2011, Fayard, p. 55.

Création d’entreprise.

Télérama du 15 au 21 octobre.

« Quand on voit les énormes entreprises mondiales créées par des gamins au fond d’un garage, toutes nos difficultés s’expliquent : nous manquons de garages. » Il fallait y penser.

Récession.

Le Monde Economie, 18 octobre.

« La récession de l’économie mondiale pourrait se traduire par une pénurie massive d’emplois parmi les pays membres du G20 » alertait l’Organisation Internationale du Travail fin septembre. L’économie mondiale n’est pas encore en récession, peut-on lire dans le supplément économie du Monde, mais son ralentissement annonce une nouvelle envolée du chômage en 2012, surtout du chômage de longue durée. Ainsi « la crise de la dette ne doit pas faire oublier le rebond du chômage »… ce sur quoi on ne peut que tomber d’accord et poursuivre par la question : puisque manifestement nous ne sommes pas sortis de la situation exceptionnelle qu’est la crise, comment se fait-il que les crédits « exceptionnels » du plan de relance aient été interrompus ? Les gouvernements négocient actuellement la recapitalisation des banques, constituent des fonds d’intervention pour sauver la finance… mais les crédits de la politique de l’emploi, bien moins gourmands que la folie spéculative, stagnent… Il y a quelque chose de techniquement inconséquent et d’éthiquement inacceptable dans ce cordon sanitaire autour de la finance aux dépens des populations : en Espagne, le gouvernement Zapatero vient d’autoriser la possibilité d’enchaîner à l’infini des contrats temporaires et a réduit les indemnités de licenciement de 45 jours par année travaillée à 33.

En douce…

Le Monde, 19 octobre. « Indemnités journalières : l’embarras de la majorité ».

Le gouvernement modifie en catimini les règles de remboursement en cas de maladie ou d’accident du travail. La réforme prévoit que les indemnités journalières, qui sont actuellement de 50% du salaire brut pour les indemnités maladie et de 60% pour les accidents du travail, passent à 60% du salaire net à partir du 1er janvier 2012. Soit une baisse de près de 6% des indemnités. Un salarié en arrêt maladie et payé au Smic verrait sa rémunération passer de 680 à 640 euros mensuels. Pour le gouvernement, il s’agit avant tout d’une mesure « nécessaire » à l’harmonisation du système, en copiant les méthodes de calcul sur celles des indemnités maternelles. Il ne lui viendrait pas à l’idée, au gouvernement, de copier dans l’autre sens, les indemnités maternelles sur les indemnités maladie. Lorsqu’on est au gouvernement, on n’est pas payé au Smic. On a de la marge. Mais il paraît que cette réforme embarrasse la majorité parlementaire – d’où le titre de l’article – parce que pour le moins peu sociale et, en plus, d’un faible rapport financier.

Courber l’échine.

Le Monde, 20 octobre. « Hauts revenus : Matignon hausse le ton contre M. Piron et son amendement ».

Mieux vaut prendre un peu sur beaucoup de pauvres que beaucoup sur un peu de riches : ça se voit moins et ça épargne les amis. Telle est la règle gouvernementale. Ainsi le Premier ministre gronde un parlementaire de son camp, Michel Piron (député du Maine-et-Loire), qui, à l’occasion du débat sur le projet de loi de finances, a introduit un amendement prévoyant de créer une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu à 46% portant sur la fraction de revenus supérieure à 150 000 euros par part. Autre formulation pour bien comprendre : au-delà de 12 500 euros mensuels par tête, l’Etat prend 46% des revenus. Colère de M. Fillon qui ne voulait entendre parler que d’une taxe « exceptionnelle » – entendez qui ne durera pas – de 3% pour les revenus supérieurs à 500 000 euros, puis a accepté d’abaisser ce seuil à 250 000 euros et de faire passer la taxe à 4% à partir de 500 000 euros. 85 parlementaires UMP ont signé l’amendement de M. Piron. Ils sont tous appelés un à un par le président du groupe UMP, Christian Jacob, et par le ministre chargé des relations avec le Parlement, Patrick Ollier, pour enlever leur signature. Plus de la moitié des cosignataires avait déjà cédé le 20 octobre aux injonctions. Le Monde conclut : « Gageons que la pression sera suffisamment forte pour faire courber l’échine aux derniers frondeurs. » Le lendemain, 21 octobre, l’amendement était effectivement retiré. Les frondeurs d’un instant éprouveront quelque difficulté à se présenter comme des hommes libres…

Burn-out…

Le Monde, 20 octobre. « Près d’un enseignant sur cinq en collège et lycée souffre de burn-out ».

Une professeure, Lise Bonnafous, s’est suicidée en s’immolant par le feu le 13 octobre. Ce drame attire l’attention, une nouvelle fois, sur les conditions de travail des enseignants… dont les effectifs continuent d’être saignés à blanc ce qui, chose jamais vue, a justifié que les enseignements public et privé manifestent ensemble. Selon une enquête à paraître, le burn-out touche 17% des professeurs contre 11% dans les autres professions et près de 30% des enseignants ont déclaré songer à quitter leur métier. Rappelons que le burn-out renvoie à l’image d’une batterie de voiture qui se décharge progressivement. Le burn-out est une maladie. Or, qui dit maladie dit médecin. Dans l’Education, on compte un médecin du travail pour le suivi de 17 000 personnes. Nul besoin d’être prophète pour prévoir d’autres drames.

Paranoïaque…

Le Monde, 20 octobre. « Le textile sud-africain tente de survivre en négociant une baisse des salaires contre la promesse d’embauches ».

Le thème des relocalisations, de plus en plus fréquent dans les débats, a le vent en poupe puisque, s’opposant à celui des délocalisations, il s’inscrit dans un imaginaire sympathique de développement local, d’endogène, de territoire. L’expérience des autres, contrairement à l’adage, peut éclairer. Ainsi il y a six ans, Eckhardt Oeltz décidait d’ouvrir une usine de textile au Lesotho, petit royaume voisin de l’Afrique du Sud. Il déplaça 300 des 800 salariés de son atelier du Cap et l’hémorragie était appelée à se poursuivre puisque, au Lesotho, les employés sont payés 75% moins cher qu’en Afrique du Sud. Mais, début octobre, changement de stratégie : le patron décide d’embaucher d’ici décembre une centaine de personnes… au Cap. La raison ? La signature d’un accord entre l’industrie textile sud-africaine et le syndicat des travailleurs du textile et de l’habillement prévoyant que toute nouvelle personne embauchée sera rémunérée 30% moins cher qu’un salarié déjà en poste dès lors que les entreprises créent des emplois. Voilà un bel exemple qu’on aurait tort d’imaginer réservé à ces contrées éloignées de l’hémisphère sud : ici, nombre d’entreprises sont parvenues, avec l’épée de Damoclès des licenciements, à revenir sur les acquis sociaux (les 35 heures) et les montants de rémunérations et de primes. Demain, 30% en moins de salaire affecteront inévitablement les primo-arrivants sur le marché du travail, donc les jeunes. Qu’on se prépare à une lutte des places n’apparaît ni déraisonnable, ni paranoïaque. Pour preuve, ce qui suit.

Frustration collective…

Le Monde, 21 octobre. « Attention à la « frustration collective » des jeunes face au chômage, alerte l’OIT ».

Précisément, s’agissant des jeunes, l’Organisation Internationale du Travail s’inquiète des réactions juvéniles de toute une génération « traumatisée par la crise mondiale » et de plus en plus profondément affectée par le chômage. Entre 2008 et 2009, le nombre de jeunes chômeurs a crû de 4,5 millions, « une augmentation inédite ». Dans un rapport consacré aux tendances mondiales de l’emploi des jeunes publié le 19 octobre, l’OIT relève que « la frustration collective chez les jeunes a été l’un des moteurs des mouvements de protestation à travers le monde {…} car il devient de plus en plus difficile pour les jeunes de trouver autre chose qu’un travail à temps partiel ou à un emploi temporaire. » Le chômage de longue durée des jeunes a explosé, dépassant largement celui des adultes et, pour ceux qui ont trouvé un emploi, c’est aux contrats précaires et à temps partiels qu’il faut faire face. Tout cela, les pioupious des missions locales le savent (trop) bien, eux ces passeurs qui n’ont plus de berges où déposer leurs passagers, selon la métaphore de Robert Castel.

De ce constat de l’OIT on peut en retirer deux recommandations pour les missions locales.

– Premièrement, l’obligation de résultat est une imbécillité : comment contraindre à cette obligation dès lors qu’il n’y a pas de travail ? Entre le fait que ce ne sont pas les missions locales qui embauchent et que nombre de jeunes sont découragés – ce qui inquiète l’OIT – que signifie ce diktat d’un raisonnement causal « A – le conseiller – sur B – le jeune – donne C – le jeune en emploi « durable »» alors que le « C » s’est réduit en peau de chagrin ? Travailler une culture du résultat est déjà et largement un défi pour éviter que le burn-out des enseignants ne gangrène les intervenants sociaux.

– Deuxièmement, que l’OIT publie un énième rapport dans la veine de celui de l’Académie des sciences morales et politiques, La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse, n’est évidemment pas inutile : devoir d’alerte. Mais c’est aux missions locales, à qui le Législateur a confié la mise en œuvre du droit à l’accompagnement pour tout jeune confronté à des risques d’exclusion professionnelle (article 13 de la loi de cohésion sociale) et à l’échelle de leurs terrains d’alerter et de ré-alerter édiles et pouvoirs publics. Et là c’est d’une révolution copernicienne dont il s’agit ou, plus exactement, d’un retour aux « fondamentaux » : porter la parole des petits aux grands et non celle des grands aux petits ; fonder l’action sur la conception de projets plutôt que sur l’exécution de programmes dont on sait, par exemple avec le stop and go des contrats aidés, qu’ils obéissent à une « logique » bien plus politicienne que politique.

Chanson.

A propos du burn-out migrant des enseignants aux pioupious, reçu les paroles d’une chanson de Denis, alias « pioupiou 44 ». Un peu de poésie dans l’actualité ne saurait nuire. Ca s’appelle « Ah, quel beau métier ! ».

Ah quel beau métier !

Nous sommes en 2015.

J’arrive au boulot, j’ouvre mon ordi.

Mon nouveau Parcours 4 s’ouvre et me souhaite le bonjour.

J’ai choisi la voix d’Audrey Pulvar.

J’avais le choix, alors autant choisir une voix agréable.

Elle, Audrey la douce, c’est le petit nom que je lui ai donnée

M’annonce le programme de la journée :

« Vous avez aujourd’hui 15 rendez-vous, 5 PPAE, 3 CIVIS, 4 ANI et 3 nouveaux accueils.

Ce matin, 10 nouvelles offres sont arrivées dans votre boîte.

Vous devrez faire 20 mises en relation.

Et je vous rappelle qu’il reste 10 jours avant la fin du mois et 15 CIVIS à signer,

3 ANI à faire rentrer, 5 placements en emploi durable à effectuer.

Bonne journée !

(refrain) C’est pour toutes ces belles raisons

Que j’ai choisi cette vie de con –

seiller en insertion

Ah, quel beau métier !

Premier entretien, Paul est déboussolé.

Moi aussi mais je ne m’en laisse pas compter.

J’essaie de l’interroger sur ses projets, les activités qu’il fait à côté.

Audrey la douce intervient :

« Mon cher petit conseiller, je vous rappelle que c’est juste en emploi qu’il faut le placer

Sa vie, on s’en fout.

Un boulot, il doit trouver, un point c’est tout ! »

Refrain

Audrey la douce, ah, Audrey, heureusement que ta voix est douce,

Sinon, je te pèterai le nez ;

J’en ferai de la chair à pâté

De ce P4 complètement s’coué !

Bon, Paul est reparti avec ses 3 offres et un CV à retravailler.

Solana, elle, est diplômée.

Elle a un boulot mais pas de quoi croûter.

Pas de bol, je ne suis pas assistante sociale, lui dit Audrey, faut pas déconner !

Refrain

Fin de journée, j’ai bien travaillé.

Audrey la douce m’a félicité :

« Bien, mon cher petit conseiller, 1 CIVIS signé, 30 mises en relation effectuées

C’est du bon boulot, faut continuer ! »

Trajet du retour en musique,

Rentré à la maison bien fatigué.

Un bon plat de pâtes gratinées

au four et, hop, Les Experts à la télé.

Refrain

Demain sera un autre jour de CIP.

Audrey la douce m’aidera à le passer.

Les jeunes continueront à être des laissés-

Pour-compte, des rebus de la société.

Mais ce n’est rien, nous sommes une démocratie évoluée…

Refrain

A suivre.

Pôle emploi vendu aux Chinois.

Le Monde.fr Economie titre le 21 septembre « Le Pôle emploi devrait enregistrer 125 millions d’euros de pertes en 2011 ». Bigre… Poursuivons : « Fin juin, le service public de l’emploi enregistrait un résultat négatif de 121,914 millions d’euros, selon la « présentation du résultat au 30 juin 2011 et de l’atterrissage budgétaire 2011 » transmise aux membres du conseil d’administration, qui se réunit jeudi. Cette somme devrait atteindre 124,624 millions d’euros en fin d’année, selon la même source.

Cependant, le quotidien économique Les Echos a relevé cette semaine que « si le gouvernement n’avait pas décidé de reporter sur l’opérateur certaines dépenses de politique de l’emploi, le compte de résultat de Pôle emploi serait à la fin de cette année en excédent, comme l’an dernier d’ailleurs ». Les Echos ont notamment fait état de quelque 150 millions d’euros non versés en 2011, après 130 millions en 2010, liés au transfert des psychologues de l’AFPA au Pôle emploi et à l’allocation de solidarité spécifique (ASS). »

On peut s’étonner d’une telle information qui positionne Pôle emploi comme une ordinaire société avec, ici, des pertes et, subséquemment, dont on pourrait attendre non seulement un budget équilibré mais, pourquoi pas, des profits !

Pioupiou 44, décidément très mauvais esprit, commente : « Pôle Emploi va perdre son triple A. Les économistes bien-pensants vont lui proposer une bonne cure d’amaigrissement. L’institution va être obligée de vendre ses actifs chômeurs aux Chinois ! Les premières enchères sont prévues le 6 mai 2012 vers 20h15 à Paris… »

On ne saurait mieux dire.(1)

C’est parti…

Ca y est, ça n’a pas traîné : le gouvernement va expérimenter des contrats aidés de sept heures par semaine pour des allocataires du RSA, comme le préconisait le rapport de M. Daubresse dont il a été question dans le précédent article. Mme Roselyne Bachelot annoncera officiellement aujourd’hui vendredi l’expérimentation de 10 000 contrats aidés rémunérés, à expérimenter dans des départements volontaires.

Commentaire de Jean apporté sur ce blog : « La proposition de ce sous-CUI est révoltante et fait fi des personnes. Mais en place et lieu de répondre aux besoins des allocataires, elle répond aux besoins des employeurs, privés et publics puisqu’une étude récente montre que 25% des missions d’intérim dure une journée, qu’un intérimaire travaille en moyenne 60 jours par an soit environ un jour par semaine, et 46% ont moins de 30 ans, donc beaucoup public des missions locales. »

Enfermement

Rappelons ce qu’écrivait Dominique MEDA dans « Le Revenu de Solidarité Active en question » (2) :  « Cela {permettre aux personnes de surmonter les contraintes auxquelles elles sont confrontées et qui les empêchent de retrouver un emploi} suppose d’accepter une augmentation du nombre de personnes recensées comme demandeurs d’emploi et de consacrer les moyens humains nécessaires au renforcement de la capacité d’action du nouvel opérateur issu de la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC. C’est à ce prix – et à ce prix seulement – que l’on peut espérer que les sommes consacrées au RSA produiront pleinement leur effet, à condition aussi que l’on soit capable d’éviter, ensuite, un enfermement des allocataires du RSA dans des durées d’emploi très faibles. » (souligné par nous)

Peau de banane ?

Il faudra également revenir à l’occasion sur cette problématique – un peu plus complexe, semble-t-il – de l’intérim puisque, tout-à-fait récemment (hier), étaient présentés à une ARML les résultats d’une étude concernant les bonnes pratiques des missions locales dans leur rapports aux entreprises dont une partie s’appelle… « Intérim : marche d’escalier ou peau de banane ? »

Pain sur la planche.

L’Association nationale des directeurs de missions locales (ANDML) s’est dotée hier d’un Bureau après un conseil d’administration où la quasi totalité des administrateurs – directeurs étaient présents. Six directeurs-trices accompagnent donc Annie JEANNE donc désormais à l’épicentre de l’ANDML : trois vice-présidents – Antonio CORREIA (Paris), Philippe JOURDAN (Rennes)  et Marie RONDWASSER (Beaulieu-les-Loches), Marie Michèle PISANI (Trésorière, Nanterre), Christine BEGUINOT (Secrétaire, Reims) et Ahmed KASSIM-ISSE (Saint Just-en-Chaussée). Espérons qu’ils-elles n’aspirent pas au repos car il y a du pain sur la planche et même plus.

A suivre, donc.

(1) Le logo reporté ici est emprunté au – toujours – excellent site « La fusion pour les nuls » « L’humour est une révolte supérieure de l’esprit. » André Breton.

(2) La Vie des Idées, 24 avril 2008.

Discount

Transmis par pioupiou44, l’information selon laquelle un article du Figaro se fait l’écho de vingt-deux recommandations – « dont certaines feront du bruit » – de Marc-Philippe Daubresse chargé en mars par l’Elysée de réfléchir au renforcement de « l’accompagnement vers l’emploi des bénéficiaires {d’allocation} et {d’}optimiser les politiques d’insertion ».

Ainsi, le secrétaire général adjoint de l’UMP propose de créer « un contrat unique d’insertion (CUI) de sept heures par semaine, une journée de travail, payé au smic horaire », soit 214 euros nets par mois, à effectuer par exemple dans une association. « En tenant compte de la baisse de leur RSA induite par la reprise d’activité, les allocataires gagneront 130 euros de plus grâce à ce contrat. Le CUI viserait des allocataires « en situation de travailler » mais assez éloignés de l’emploi. » Marc-Philippe Daubresse écrit ainsi dans son rapport « Mission présidentielle sur l’amélioration du rSa et le renforcement de son volet insertion » (1) : « Ma conviction est que l’activité est mobilisatrice et que, bien accompagnée, elle est le premier pas dans un parcours d’insertion, qui peut être long mais l’essentiel est qu’il soit engagé. Je propose donc de créer des CUI de sept heures hebdomadaire, soit l’équivalent d’une journée de travail, à répartir selon la nature des activités concernées. » Les arguments avancés pour justifier cette proposition sont au nombre de trois :

« La création d’un tel CUI a pour objet d’offrir une palette de contrats aidés plus large et de répondre à des difficultés d’accès au marché du travail. »

« Le CUI actuel, d’une durée minimum de 20h d’activité, n’est pas accessible d’emblée pour certains bénéficiaires du rSa, des étapes préalables pouvant être nécessaires. »

« Une vision pragmatique doit reconnaître la diversité des attentes et des possibilités des bénéficiaires de minima sociaux. »

Voici, présentée de cette façon, une proposition qui semble partir d’une bonne intention… mais, en fait, on touche le fond… l’enfer, n’est-ce pas, en est pavé : une journée de travail par semaine, c’est la consécration de l’exceptionnalité du travail mais, contrairement à la règle économique selon laquelle ce qui est rare est cher, on est ici au cœur du discount : 130 euros de plus, soit 4,33 euros par jour, ne permettront pas de s’extraire de la pauvreté, pas plus que rattraper les prix qui flambent, tels les loyers. Alors…

– Offrir une palette plus large ? On demande à voir cette palette, c’est-à-dire concrètement ce que des employeurs associatifs ou des collectivités vont bien pouvoir proposer à des personnes une journée par semaine. On avait le CES à la photocopieuse… à quoi aura-t-on le CUI ?

– Une étape préalable ? S’il s’agit d’un ré-entrainement à l’activité professionnelle, il vaudrait bien mieux, sur cet objectif, un mi-temps permettant de rétablir une horloge régulière de réapprentissage des temporalités car on sait que la désynchronisation des temps sociaux est un symptôme des situations de relégation : se lever chaque matin pour une demie journée de travail est probablement un meilleur training qu’un seul lever hebdomadaire. C’est un peu comme le chômage de rotation : plus les périodes d’activité sont courtes et inversement longues celles d’inactivité, plus le système va vers la désorganisation, vers l’entropie…

– Quant à la « vision pragmatique », sorte d’argument d’autorité qui dédouanerait sans doute d’apporter des explications plus probantes, s’appuyant sur « la diversité des attentes », il faudrait être capable, très « pragmatiquement », de démontrer que les attentes des allocataires sont bien celles d’une journée…  Cela, sauf mauvaise lecture, n’apparaît pas dans le rapport. On aurait même tendance à penser l’inverse puisque « pour la grande majorité des bénéficiaires du rSa, l’objectif est de parvenir à un emploi de type contrat à durée indéterminée » et que « Le CUI est un outil privilégié dans ce parcours » (p. 11) : il faut beaucoup d’imagination pour croire qu’un CUI à une journée puisse être un outil privilégié conduisant à un CDI à temps plein.

Expulsion active

On peut rechercher ailleurs la réponse : « Le refus de ce CUI serait constitutif d’un manquement aux devoirs {de l’allocataire} et entraînerait automatiquement une sanction, conformément à la loi. » Voici donc une proposition qui nous apprend, pour celles et ceux qui n’auraient pas tout compris de la sémiologie et de Roland Barthes, à distinguer ce qui est dit de ce qui est poursuivi, à faire le tri entre l’explicite de l’implicite, à décrypter derrière l’exprimé le subliminal, à tordre le signe pour révéler le sens… L’objectif n’est peut-être pas l’explicite d’accompagner mais peut-être l’implicite de rayer. Il faudrait dans ce cas remplacer le concept en vogue, Commission européenne aidant, d’« inclusion active » par celui d’« expulsion active ». Un jour par semaine, Pierre Larrouturu et sa semaine de quatre jours sont balayés, ce n’est plus le partage du travail mais son aumône… sous condition et épée de Damoclès.

Sans doute, il sera toujours temps plus tard de s’interroger sur la « valeur travail » et ce seront bien entendu les mêmes qui promeuvent à dose allopathique du bad job homéopathique – un jour hebdomadaire – qui regretteront l’époque où le temps du travail permettait que l’on s’y attache, que l’on le considère comme « le grand intégrateur ».

Le plus étonnant dans cette proposition est que, lorsque au titre de la droite dite « sociale » (si elle ne s’en réclamait pas, on se demande ce qui aurait été dit…) Laurent Wauquiez se lança dans une diatribe contre « les dérives de l’assistanat » et le « cancer de la société française », Marc-Philippe Daubresse, embrayant dans le sillon tracé par Roselyne Bachelot, avait jugé les déclarations de l’ancien secrétaire d’Etat à l’emploi « irresponsables ». Une note de Martin Hirsch adressée au même Daubresse évoquait face à la suggestion d’une « contrepartie d’intérêt général » le danger d’effet d’aubaine pour les employeurs et plaidait en revanche pour le recours au contrat unique d’insertion. Rappelons que la durée de travail hebdomadaire du CUI-CAE, celui pour les collectivités territoriales et les associations, correspond au minimum à vingt heures.  Désormais on passerait donc de vingt heures à sept heures… et, faut-il le préciser, la formation – qui n’est pas obligatoire mais encouragée pour le CUI-CAE – appartiendrait de toute évidence au monde des mirages…

En résumé : l’aumône, pas de formation, une durée de travail insuffisamment longue pour permettre la ré-acquisition des savoirs comportementaux, l’épée de Damoclès d’une radiation, l’impossibilité d’un rapport au travail qui mobilise les dimensions sociale (appartenir à une communauté humaine et en être reconnu) et symbolique (s’accomplir)… cela fait vraiment beaucoup.

C’est nouveau. Cela vient de sortir. Cela nous prépare une drôle de société d’autant plus que s’accentue un effet de contraste entre la misère des uns, soupçonnés, et les millions en valises et mallettes des autres qui, rosettes à la boutonnière, voyagent.

Devin

Cette misère, figurez-vous, peut se calculer avec – sic – un « indice du malheur » ou « indicateur de détresse économique » additionnant les taux d’inflation et de chômage. L’inflation étant, pour l’instant, maîtrisée, cet indice ou indicateur est désormais dominé par le chômage… mais on aurait tort de ne regarder celui-ci que sous l’angle des pertes monétaires. Ainsi, on lira Mai Chi Dao et Prasksah Loungani (2) pour qui « Selon des études récentes, les licenciements ont aussi des incidences sur la santé et la vie elle-même. {…} Les licenciements sont corrélés à court terme avec un risque accru de crise cardiaque et autres pathologies liées au stress. A long terme, le taux de mortalité des travailleurs licenciés est supérieur à celui de leurs homologues ayant conservé leur emploi. En ce qui concerne les Etats-Unis, on estime que la surmortalité due au chômage persiste jusqu’à vingt ans après la perte d’emploi et peut se traduire par une espérance de vie réduite d’un à un an et demi. » Ce qui permet de considérer que, subissant plus que d’autres des licenciements, les jeunes commencent leur vie en entamant leur espérance de vie plus que ne l’impliquerait l’avancée naturelle en âge : vieillir précocement puisque vivre la précarité, être vulnérable… c’est se faire des cheveux blancs. Les coûts humains franchissent les générations puisque « La perte d’emploi peut nuire à la réussite scolaire des enfants du chômeur concerné. D’après une étude, les enfants de parents ayant perdu leur emploi ont un risque accru (+ 15%) de redoublement. A long terme, la perte des revenus du père peut amoindrir les perspectives de gains des enfants. Au Canada par exemple, les enfants dont les pères avaient perdu leur emploi gagnaient en moyenne 10% de moins que les enfants des pères l’ayant conservé. »

Sans être devin, on peut s’attendre à l’irruption du thème de la justice sociale parce que ce qui est supporté devient un jour insupportable et que l’insupportabilité n’a pas vocation à être confinée ad aeternam.

Pessimisme.

D’ailleurs, s’agissant d’insupportabilité, on consultera avec intérêt le tout récent (septembre 2011) sondage TNS Sofres pour l’Association des Maires de Grandes Villes (AMGV), « Les Français et l’urgence économique et sociale » (3). Deux questions simplement : « Est-ce que vous avez l’impression que depuis quelques années les gens comme vous vivent mieux ou moins bien qu’avant ? » et « Pour vous personnellement (ou pour quelqu’un de votre foyer), y a-t-il beaucoup de risques, un peu de risque ou aucun risque de chômage dans les mois à venir ? »

A la première question, on comptabilise 75% de « moins bien », 14% de « mieux », 10% de « sans changement » et 1% de « sans opinion ». Sachant que, depuis 1981 TNS Sofres pose cette même question, soit 17 fois, le résultat de septembre est sans appel : ces trois quarts de répondants jugeant que leur situation s’est dégradée représentent le score le plus haut jamais atteint. L’AMGV parle de « record historique »… En 2001, ils n’étaient que 44% et, depuis, la courbe n’a fait que grimper avec une accélération en 2005 où l’on est passé de 50% en 2002 à 70%. Les femmes expriment des jugements plus négatifs que les hommes (77% contre 72%) comme, étonnamment, le noyau dur des adultes en principe stabilisés professionnellement (81% pour les « 25-34 ans » et les « 35-49 ans »). Toujours en ce qui concerne ces jugements négatifs, les revenus moyens obtiennent un score plus élevé (81%) comme, cela n’étonnera personne, les « PCS –» (ouvriers et employés)  plutôt que les cadres. Politiquement, ce sont les deux extrêmes qui sont les plus amers – Front de gauche 90% et Front national 86% -, les sympathisants de l’UMP n’étant que 57%.

Seconde question, le risque du chômage dans les mois à venir : là encore, jamais le risque n’a été aussi élevé depuis cette fois 1988 et 8 sondages. Soit aujourd’hui, exactement les deux tiers des répondants qui estiment qu’il y a des risques (31% « beaucoup de risques » et 35% « un peu de risques »). Les optimistes – « aucun risque » – ne sont que 30%, 2% sont « sans opinion » et 2% ne se posent pas la question… parce qu’ils sont déjà au chômage. Ce qui d’ailleurs, soit dit en passant, devrait augmenter le poids des pessimistes puisque le pourcentage de chômeurs, y compris en incluant les inactifs dans la population mère, est supérieur. Qui plus est, si l’on considère que parmi les optimistes se retrouvent les fonctionnaires jusqu’à présent épargnés par le risque du chômage, on en déduira que la proportion de pessimistes parmi celles et ceux qui travaillent dans le privé est beaucoup plus élevée, probablement de l’ordre des trois quarts. En 1988, année du premier sondage, 50% des répondants estimaient avoir des risques de chômage et, en juin 2010, 62%, soit une augmentation de 4 points en un an. Celles et ceux qui se perçoivent comme les plus exposés sont les femmes (69% contre 64% pour les hommes), cette fois-ci les jeunes (71%) et les séniors (70%) – catégories effectivement au bout du balancier du yo-yo de la flexibilité et des plans sociaux -, les ouvriers (76%), les agriculteurs, artisans et commerçants (75%), les mêmes sympathisants politiques que précédemment (78% Front de gauche et Front national), enfin ceux dont les revenus du ménage sont les plus bas (75% pour « moins de 1200 euros »).

Le syndrome de Kâa…

S’il est désormais commun d’entendre que la confiance est à la base du fonctionnement des marchés, il ne semble pas déraisonnable de penser que la confiance est également une condition point de passage obligé du vivre ensemble et, donc, de la démocratie. Entre l’exemplarité des élites qui a sombré jusqu’à ce que sa simple évocation comme valeur républicaine apparaisse comme l’expression d’un archaïsme et l’amertume qui le dispute à la peur du futur, voici une société bien en mal de projets… Pour Michel Destot, député-maire de Grenoble et président de l’AMGVF, « Il est urgent de redonner espoir aux Français. » On lui souhaite bien du courage.

Slip en coton

Ah oui, c’est vrai : la banque suisse UBS vient de voir un de ses traders perdre deux milliards. Il est des évènements qui, malgré un fond plutôt humaniste et enclin à la compréhension, ne suscitent guère de compassion. Peut-être un problème de mémoire insuffisamment défaillante car souvenons-nous que c’est cette même banque qui avait publié – sic – un « Dress code UBS à l’intention des collaborateurs », soit 44 pages destinées à promouvoir « La réputation d’UBS {qui} constitue notre bien le plus précieux. Adopter un comportement irréprochable implique également d’avoir une présentation impeccable. Les conseillers clientèle sont très souvent les premiers interlocuteurs de nos clients et sont perçus comme les représentants d’UBS. » Le vêtement y est décrit « comme vecteur essentiel de la communication non verbale » – mazette ! -, et subséquemment, « le respect du Dress code dictant une apparence soignée et une présentation correcte contribue à communiquer nos valeurs et notre culture. » Au chapitre « Les sous-vêtements », on pouvait lire : « Pour des raisons esthétiques et d’hygiène, ainsi que pour des questions de bien-être général, nous vous recommandons de porter un maillot de corps. Choisissez vos sous-vêtements de façon à ce qu’ils soient fonctionnels, ne se voient pas par-dessus vos vêtements, ni ne se devinent par-dessous.

Astuces et conseils : l’idéal est de choisir un t-shirt (en coton) fin et ajusté. Les sous-vêtements doivent exclusivement être fabriqués à partir de tissus de qualité supérieure, être facilement lavables mais également rester en bon état au bout de plusieurs lavages. »

Les valeurs et la culture d’UBS passent par des sous-vêtements fonctionnels et invisibles. Probablement s’expriment-elles encore plus précisément par le Monopoly financier de la spéculation avec, cette fois, la case « Pan sur le bec ! Vous avez perdu deux milliards » Comme quoi, l’habit ne fait pas le moine pas plus que les golden boys ne font toujours le bonheur des actionnaires » Pile, tu gagnes ; face, je perds.

 

Ce serait mal venu de conclure sur ces observations à vrai dire peu guillerettes. Heureusement d’autres situations éclairent telles ce week-end du côté du Bourget, comprenne qui pourra, ces émotions avec…

– Joan Baez sous la pluie chantant en français Le déserteur de Boris Vian, très amplement accompagnée par des milliers de voix ;

– La grâce heureuse des danseuses réunionnaises ;

– Cette conférence d’Edgar Morin pour qui le nouveau paradigme, celui de la métamorphose, sera construit des trois branches jusque là séparées et même opposées du socialisme  auxquelles se combinera l’écologie (4);

– Ce refrain entendu partout exprimant à la fois la radicalité et l’espoir… On risque fort de l’entendre beaucoup.

Somme toute, la catharsis a du bon.

(1) Août 2011, p. 13.

(2) « Agir ou se résigner ? », revue Partage n° 216, juin 2011.

(3) Téléchargeable sur le site de l’AMGV.

(4) Edgar Morin auquel j’ai posé la question du comment résoudre le dilemme des temporalités, celle réactive et urgente de la crise et celle nécessairement progressive et lente de l’éducation populaire. Sans réponse. Probablement, cela nous aurait entraînés plus loin et plus longtemps que possible. Pourtant on pouvait lire non loin de là, sur une banderole, cette phrase de Paul Eluard photographiée supra. Or, expliquer cela n’est pas compatible avec l’urgence.

Sur le site de l’UMP 974 (974 étant le numéro départemental de la Réunion), on découvre qu’une « première réunion – débat sur le thème de l’éducation » vient de se tenir et qu’y étaient conviées  des « personnalités qualifiées » telles que Pascal Hoarau et Joël Xavier « représentant des professionnels de l’insertion ». Soit. Félicitons-nous que l’éducation et l’insertion retiennent l’attention de celles et de ceux qui aspirent à représenter l’intérêt général : au regard de la situation réunionnaise, mais non exclusivement, l’une et l’autre ont bien besoin que l’on s’en préoccupe.

Socrate

Passés des constats auxquels Flaubert n’aurait pu qu’annoter dans son Dictionnaire des idées reçues « nul ne peut être contre » (démographie scolaire galopante, taux de scolarisation faible, cet étonnant « fossé {qui} se creuse entre les catégories sociales avec une reproduction de la société à l’école » – les cendres de Bourdieu récupéré par l’analyse de l’UMP s’agitent d’un mouvement brownien dans son urne…), on lira une liste impressionnante de questions, allant des « internats d’excellence » aux « modes de sélection pour l’entrée au collège » et fidèlement, dans le sillon tracé par Luc Chatel, aux « cours d’instruction civique et morale ». Après tout, on sait depuis le questionnement socratique que s’interroger, dès lors qu’on s’extrait du sens commun, est le début de la sagesse et de la construction. Donc, tout va toujours bien.

Cela se gâte cependant avec la dernière question qui mérite un arrêt sur discours : « Faut-il créer des structures dédiées aux 16-25 ans ? » Non qu’elle soit inopportune dans l’absolu mais la réponse qu’elle suscite, elle, laissera plus d’un aussi ébaubi qu’une poule devant une fourchette : « La création d’une structure dédiée aux 16-25 ans. Il s’agit de créer une structure pour renforcer l’accompagnement des jeunes sortis du système scolaire sans qualification. A mi-chemin entre la maison des adolescents et les missions locales, elle devrait permettre une prise en charge globale du jeune. » Apparemment, cette proposition n’a pas suscité de réactions des « personnalités qualifiées », pire : peut-être même en sont-elles à l’origine…

Trou de mémoire.

Il faut donc leur rappeler que, créées en 1982 par ordonnance, les missions locales s’adressent aux jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire sans qualification. Que leur principe et même paradigme est celui de « l’approche globale », énoncé par Bertrand Schwartz dans son fameux rapport de 1981 au Premier ministre, Pierre Mauroy… rapport devenu introuvable réédité – grâce à l’ANDML – et commenté en 2007 dans la collection « Les panseurs sociaux » aux éditions Apogée. Que l’article 13 de la loi de cohésion sociale, créant le droit à l’accompagnement pour tout jeune de 16 à 25 ans rencontrant des difficultés d’insertion, en a confié la mise en œuvre aux missions locales qui, aujourd’hui, sont 500 – 4 à la Réunion -, emploient près de 12 000 salariés organisés en branche professionnelle – 230 à la Réunion – et accompagnent chaque année  1 200 000 jeunes – 33 000 à la Réunion (en 2009). Que les missions locales, cofinancées par l’Etat et les collectivités (communes, EPCI, Région et parfois Département), représentent depuis trente ans le fameux « guichet unique » poursuivi par la nettement plus récente fusion ANPE-ASSEDIC qui a produit Pôle emploi.

Audiard

Lorsqu’on étudie et accompagne depuis trente ans la politique d’insertion des jeunes, on ne peut face à une telle proposition qu’hésiter entre le désespoir ou le rire. Rire de la vanité de suggestions fondées sur l’ignorance. Désespérer de ces mêmes suggestions qui, se croyant novatrices, réinventent ce qui est sous leurs yeux et à portée de mains (1) sans même imaginer qu’en créant une nouvelle structure pour le même public, avec le même objectif et selon le même principe, ils édifient le système illisible contre lequel, demain, ils pesteront, déplorant qu’on n’y comprend rien, que structures et dispositifs s’empilent en mille-feuilles, etc. Reste, pour se préserver, l’humour… ici d’un maître, Michel Audiard qui fait dire à Monsieur Fernand, interprété par Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs : « Les cons ça ose tout ! C’est même à ça qu’on les reconnaît. »

Si, pour Edgar Morin, « Plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique régresse », en la circonstance du fait de l’abysse technique, la compétence démocratique a de beaux jours devant elle. Comme quoi, à toutes choses, malheur est bon.

Newton

A propos de l’Ile intense, une contribution de Pierre… Rappelons que celui-ci est un responsable de secteur pioupiou à Saint-Pierre de la Réunion, étrange contrée de l ‘hémisphère sud où, par esprit de contradiction, le sens des siphons est à l’inverse de ce que nous connaissons ici et où, défiant Newton et la loi de la gravitation universelle, les pioupious ne tombent pas dans « le silence éternel de ces espaces infinis qui nous effraient… » (B. Pascal) – . Bref, à Saint-Pierre, Pierre apporte sa pierre.

Pierre.

« Très chères et très chers lecteurs.

Décalage horaire faisant et croisières estivales aidant, j’ai pris le pas sur notre Labbé tropical et j’ai donc la primeur de vous donner la possibilité de lire Le Monde de vendredi dernier qui nous a consacré une page oui « cinq colonne à la une » ! Tout d’abord et à l’image notre Breton de Philippe, Le Monde  lui aussi doit être frappé d’engourdissement aoutien. Rien de nouveau sous le soleil et sur les berges : la plage ! On nous parle certes d’une circulaire qui a fait naitre des craintes, où les euros fluctuent selon les éléments de contexte et de performance (ce qui pour des lecteurs néophytes reste un bon cap !). On nous parle d’une note du 19 juillet qui confirme un rôle pour les ML d’accompagner les jeunes de façon globale pour une insertion sociale et professionnelle. On souligne la remontrance de Xavier Bertrand qui, au perchoir de l’Assemblée nationale, a déploré que le taux moyens d’insertion des ML était de 28% et qu’il variait selon les régions de 13% à 62%. Par contre, on passe sous silence les objectifs CIVIS qui augmentent de 100% entre 2009 et 2011. On supprime les effectifs du plan de relance et au lieu de revenir aux objectifs de 2009 on maintient ceux de 2010 sans les conseillers du plan de relance. XB dans le rôle de David Copperfield. On ne souligne pas non plus les disparités des territoires où, dans certaines régions, le taux de chômage des jeunes frôle les deux tiers de la population pour être dans d’autres sous la barre des 10%. Et, enfin, rien des pratiques politiques locales où certains maires pour asseoir leur féodalisme n’hésitent pas à créer des organisations paramunicipales d’insertion qui concurrencent les ML.

Vous comprendrez donc mon aigreur à la lecture de cette page. Oui, je sais, diront mes détracteurs à bon escient : c’est déjà, on parle de nous dans Le Monde, cela doit se compter sur la moitié des doigts d’une main les fois où nous avons occupé une page de cet organe ! Ben justement, à l’occuper autant aller soulever les pierres pour voir ce qu’il y a dessous.

Le Petit Philippe du patrimoine mondial de l’UNESCO. »

C’est dit. A suivre.

(1) Suggestion… A la Réunion, des alliances politiques en métropole considérées comme contre-nature sont monnaie courante : « Je te tiens par la barbichette… » Voici une occasion, bien innocente, non de s’allier mais d’échanger. Les « personnalités qualifiées » de l’UMP seraient ainsi bien avisées de s’adresser au PS local pour lui demander une étude réalisée par votre serviteur il y a deux ans pour la CINOR. Elles y liront l’histoire des missions locales en général et les enjeux réunionnais de l’insertion en particulier. Ca s’appelle Etude diagnostic – évaluation des politiques et actions d’insertion sur le territoire de la Cinor ; cela fait 249 pages ; et, si cela n’a guère été suivi d’effets, voilà une occasion que cela serve a minima. Après tout, on peut satisfaire à l’impératif d’efficience de façon différée, c’est mieux que rien !

« Je venais de voir un lièvre patagon, animal magique, et la Patagonie tout entière me transperçait soudain le cœur de la certitude de notre commune présence. Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas. » Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2009, pp. 264-265. Très beau. Passionnant. 750 pages à  lire en prenant son temps. Et comme c’est en poche, collection « Folio », ça ne coûte pas cher.