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CAF

Publié: mars 24, 2010 dans 1

CAF ne veut pas toujours dire Caisse d’allocations familiales…

La circulaire DGEFP du 12 juin 2009 précisait les conditions de mise en œuvre du « contrat d’accompagnement formation » (CAF), dispositif qualifié d’« exceptionnel » du plan de soutien à l’emploi (« Plan Jeunes », 24 avril 2009), qui visait 50 000 jeunes de niveau VI à II. Rappelons que les CAF sont des actions de formation prescrites par Pôle emploi et les missions locales auprès d’opérateurs, qui s’adressent tant à des jeunes « sortant récemment d’une formation initiale de l’enseignement secondaire ou supérieure n’aboutissant pas à l’emploi » qu’à « des publics qui n’ont pas atteint un niveau de formation suffisant pour s’insérer durablement sur le marché du travail ou qui n’ont pas les pré-requis pour accéder aux contrats en alternance. » Bref, ça balaye large. Il s’agit aussi d’orienter les jeunes vers les secteurs et les métiers ciblés considérés comme les plus porteurs. Tout ceci s’organise dans le cadre d’appels d’offres pilotés régionalement par Pôle emploi, les marchés devant être passés avec les organismes de formation à l’automne dernier et les premières entrées de jeunes étant prévues dès octobre.

Le CAF peut prendre deux formes : soit un parcours dit « certifiant » visant à obtenir un premier ou un meilleur niveau de qualification, consolidées par une première expérience de stage en entreprise ; soit un parcours « d’adaptation » visant prioritairement l’accès à l’emploi durable, y compris via les contrats en alternance, pour des jeunes dont la formation initiale n’est pas adaptée aux réalités du marché du travail local. Les opérateurs chargés de la prestation ont l’obligation de réaliser un suivi à trois et six mois, après la fin de la formation.

Impatience…

Le 25 février 2010, la même DGEFP a émis une « instruction » (n° 2010-09) « relative aux objectifs concernant les entrées de jeunes en contrat d’accompagnement formation ». dans les faits, seuls 9 900 CAF étaient enregistrés fin janvier 2010 : « Néanmoins, l’objectif de 50 000 CAF est maintenu », écrit la DGEFP sous la plume d’Isabelle Eynaud-Chevalier, chef de service, qui poursuit « Les entrées de jeunes en contrat d’accompagnement formation doivent donc être poursuivies jusqu’à ce que les objectifs qui vous avaient été fixés aient été atteints » et « en tout état de cause, ces entrées devront se poursuivre à un rythme soutenu d’ici l’été. » On comprend l’impatience de la DGEFP à la lecture des chiffres ci-dessous avec, selon les régions, des écarts de 2% à 51,2% (tiens, deux DOM !)…

Régions

Objectifs CAF

Résultats CAF Soit %
Alsace

1 170

79

6,7%

Aquitaine

2 363

430

18,2%

Auvergne

1 011

138

13,6%

Basse-Normandie

1 163

81

7,0%

Bourgogne

1 277

221

17,3%

Bretagne

2 150

359

16,7%

Centre

1 841

537

29,2%

Champagne Ardenne

1 252

488

39,0%

Corse

172

51

29,6%

Franche Comté

860

179

20,8%

Haute-Normandie

1 712

865

50,5%

Ile-de-France

6 849

2 172

31,7%

Languedoc-Roussilon

2 474

281

11,4%

Limousin

542

39

7,2%

Lorraine

1 720

332

19,3%

Midi Pyrénées

1 896

130

6,8%

Nord Pas-de-Calais

4 765

712

14,9%

Pays de la Loire

2 636

766

29,1%

Picardie

1 944

164

8,4%

Poitou Charentes

1 345

145

10,8%

PACA

3 992

40

10,0%

Rhône Alpes

4 297

596

13,9%

Guadeloupe

503

70

13,9%

Guyane

195

85

43,6%

Martinique

540

11

2,0%

Réunion

1 329

680

51,2%

Total

50 000

9 914

19,8%

Mémoire…

Il faut s’attendre à ce que les services déconcentrés mettent « direcctement » la pression… dans certaines régions plus que d’autres. Dans certaines de celles-ci, Pôle emploi dispose d’un nombre de places supérieur à ce que propose le PRDF de la Région et, coûte-que-coûte, il faut y faire entrer les jeunes. Si l’on ne se plaindra pas de disposer de possibilités de formations, on peut toutefois s’interroger sur le risque d’inverser la démarche – on le connaît déjà avec d’autres mesures et programmes : s’agit-il, partant des besoins, aspirations et possibilités du jeune ainsi que des opportunités de l’environnement, de mobiliser les mesures pour le parcours et le projet ou s’agit-il de satisfaire aux objectifs d’un programme en mobilisant les jeunes ?

En avril 2009, le CAF était présenté par le président comme devant permettre de « mettre à profit la période de crise pour proposer aux jeunes d’élever leur niveau de qualification et d’adapter leurs compétences aux besoins du marché afin de profiter pleinement de la reprise ». C’est étonnant comment l’histoire repasse les plats : le tout formation sur le registre « formons-les, cela sera toujours ça de pris en attendant le retour du beau temps » est exactement ce qui a motivé la création, en 1982, des PAIO. A l’époque, on rêvait sur l’air de « Changer la vie » au retour des trente glorieuses. Aujourd’hui, à quoi est-il possible de rêver ? A la fin de la crise ? Sans doute mais celle-ci n’est pas synonyme d’embellie : juste pour reprendre la fine rhétorique de Mme Lagarde, l’indication que le pire croît moins vite. Comme le chômage : on ne dit plus qu’il baisse mais que son augmentation est moins rapide.  Tout est affaire de mots.

Enfin, ce que j’en dis…

Pourquoi ça va si vite en Guyane ?

Une contribution de Bernard, conseiller à la mission locale de Rennes, sur l’article « CAF ».

« Bonjour Philippe.

Ton blog sur le CAF m’incite à des commentaires rapides mais venant du terrain. Je suis en train de mettre en place une formation en sécurité en partenariat avec Pôle Emploi dans ce dispositif CAF. Il nous (ML) a été demandé en urgence en août 2009 de faire une analyse de besoins. Nous avons répondu à la mi-septembre; nous avons reçu du P.E régional un avis de réception en janvier 2010 ; l’appel d’offres a été lancé, semble-t-il, vers les organismes de formation sans que la fiche descriptive de demande de formation n’ait été vu par nous… J’espère que les jeunes rentreront en formation à la fin mai 2010. Ça aura mis presque un an ! On comprend  les résultats! Pourquoi ça va si vite en Guyane et à la Réunion ou en Haute-Normandie et si lentement ailleurs ? La formation ne résout pas le chômage des jeunes sans doute mais l’absence de formation nuit à des milliers de jeunes qui pourrait trouver un emploi plus vite dans des métiers porteurs, C’est mon humble avis.

Nous sommes très loin du « tout formation » en ML, on voit la place qu’on y réserve en personnel par rapport à l’emploi! Je reste d’accord avec toi sur l’idée de mobiliser les moyens pour le projet du jeune et non de remplir des dispositifs… et l’on est loin du compte, en particulier pour la formation ! »

Promotion(s)

Publié: mars 21, 2010 dans 1

J’ai déjà annoncé la sortie de deux nouveaux ouvrages dans la collection « Les panseurs sociaux » chez Apogée. C’est fait, l’un et l’autre sont tout chauds, sortis croustillants de l’imprimerie… mais pas encore en librairie : il faudra attendre un mois ou plus (organisation de la diffusion par les PUF)… pour les librairies qui proposent autre chose que des best-sellers.

Sous la plume de deux amis, Michel Gauchard et Ali Ait Abdelmalek, ces deux ouvrages ne nous content certes pas la même chose mais l’un et l’autre peuvent intéresser les piou-piou et c’est bien à ce titre qu’ils ont trouvé leur place dans la collection (1).

Semences d’aujourd’hui, compétences de demain est un livre coordonné par Michel Gauchard, dans lequel quinze jeunes Burkinabés livrent leurs histoires – peut-être s’en délivrent en nous les livrant – et leurs espoirs. C’est un ouvrage mais c’est aussi un projet de développement participant pleinement de l’éducation populaire.

Avec Edgar Morin, sociologue de la complexité, Ali Ait Abdelmalek nous propose une excellente introduction pour qui veut comprendre la complexité pour, ensuite, s’y plonger avec, par exemple, La Méthode que, soit dit en passant, il vaut mieux aborder par ses deux derniers tomes, L’identité humaine (V) et L’Éthique (VI) que par les quatre premiers.

Si, parmi les lecteurs de ce blog, certains souhaitent disposer de l’un, de l’autre ou des deux ouvrages, je peux, au titre de l’amitié et, pour Michel Gauchard décédé il y a un mois, de la mémoire, leur adresser par courrier ce ou ces livres (2).

Semences d’aujourd’hui… est à 17 euros, soit 20 euros en incluant les 3 euros de port pour la France métropolitaine (+ 1 euro pour les DOM : 0,02 euros/tranche de 0,10g).

Edgar Morin… est à 18 euros, soit 21 euros en incluant les 3 euros de port pour la France métropolitaine (+ 1 euro pour les DOM : 0,02 euros/tranche de 0,10g).

Tout cela par chèque à l’ordre de Apogée. Faut-il le préciser ? Je ne suis qu’intermédiaire et facilitateur gratias pro deo, les droits d’auteur allant à Ali ou à l’association créée par Michel et désormais animée par Clotilde, son épouse, pour installer, avec les artisans de Réo, un centre de formation professionnelle pour des jeunes Burkinabés.

Altérité, approche globale et évaluation systémique…

Autre promotion, largement justifiée, l’édition d’un opuscule, Et si on se parlait ? (3), par la mission locale de l’Est (MLE), une des quatre missions locales de l’Île de la Réunion, comme son nom l’indique à l’est de ce caillou volcanique. Il y pleut plus qu’à l’ouest mais les vagues de l’océan se cassant sur la côte verte d’humidité sont splendides… Ce carnet de bord de 31 pages nous conte l’aventure humaine, soutenue par la fondation Dexia, de huit jeunes partis avec la MLE à Mayotte : « Ce carnet de bord fait la synthèse de cette dynamique, de ces étapes, véritable périple de formation, de rencontres institutionnelles et culturelles. Lutte contre les discriminations, engagement associatif, découverte des institutions, de leur fonctionnement, rencontrer les jeunes de Mayotte ont été les bornes d’un vrai parcours civique pour nos jeunes adultes de la MLE. » (Éric Fruteau, président de la mission locale). L’ouvrage détaille ainsi le séjour d’une semaine, précédé de rencontres avec la Halde et la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité, de la visite du Conseil Général et d’un centre d’enfouissement des déchets (« Atelier citoyen : approche de l’écologie par le traitement des déchets »), d’une formation « Prévention Secours Civils 1 » avec la Croix-Rouge. A Mayotte, les jeunes ont visité… la mission locale de Mamoudzou, les institutions locales, des sites naturels (mangrove, lagon…).

Une telle expérience appelle trois idées.

– On est au cœur d’une démarche de socialisation dont le concept-clé est l’altérité, c’est-à-dire la connaissance et donc la reconnaissance de l’Autre en tant que sujet singulier, différent de soi et de plein droit. L’altérité, dont Roland Barthes disait avec justesse qu’elle est « le concept le plus antipathique au sens commun », est sans conteste, aujourd’hui et sous le double effet de l’individualisme et des peurs, ce qui fait le plus défaut et qui, pourtant, est à la base de la cohésion. « Et si on se parlait ? » est la question première qui ouvre à l’altérité, exactement à l’opposé de l’ignorance.

– De ce fait, on est ici dans l’ambition socialisatrice des missions locales, elle-même directement inspirée par l’éducation populaire : l’approche globale, ambitieuse, s’exprime le plus souvent par le projet d’insertion professionnelle et sociale mais que recouvre ce projet si ce n’est d’étayer chaque jeune pour qu’il parvienne, à sa mesure, à être Sujet (accomplissement individuel), Acteur (inscrit dans une communauté de liens), Citoyen (contributeur du « vivre ensemble » ) et Producteur (indépendance économique) ? Ces quatre dimensions s’interpénètrent, se combinent, rétroagissent. Là est la richesse de l’approche holistique.

– Reste que le hiatus est l’évaluation d’une telle action dont on imagine qu’elle produit évidemment des valeurs ajoutées d’image mais que ces dernières pèsent tout aussi évidemment bien peu face aux indicateurs exclusifs de « mise à l’emploi » et d’« entrées en formation qualifiante ». Du travail reste à faire pour que les « dialogues de gestion » incorporent ces dynamiques citoyennes et socialisantes… L’évaluation systémique, complexe, bientôt à l’ordre du jour des priorités de la Branche ?

(1) A ce propos, si la plume ou le clavier démange doigts et neurones, les manuscrits sont bienvenus et seront lus avec bienveillance. Les adresser en version numérisée à apogee.rennes@wanadoo.fr, à l’intention de Philippe Labbé, directeur de la collection « Les panseurs sociaux ».

(2) Par courrier à mon nom, 21 rue de Louvain 35580 Pont-Réan/Guichen.

(3) J’imagine que, si l’on s’adresse à la MLE, Jeannine, chargée de communication, se fera un plaisir d’adresser cette publication. Mission locale de l’Est, 02 62 51 18 60. Autre possibilité : je dispose de 25 exemplaires, ça pèse un peu plus de 100 g soit 2,22 euros en frais postaux : vous m’adressez un courrier avec une enveloppe affranchie à votre adresse et je vous poste le tout.

De la montagne à l’abîme…

Retour en (fraîche) métropole après une dizaine de jours (chauds) auprès des piou-piou qui marchent la tête en bas, sur les rives de l’Océan indien. L’incontournable hebdo-palmipède, comme toujours, a dégotté le titre qu’il ne fallait pas manquer après le premier tour des régionales et la disparition synchronique de l’interprète moustachu de « La montagne » : « Les électeurs rendent hommage à Jean Ferrat : Que la mandale est belle ». Sur le même thème avec une modeste variance (« raclée » plutôt que « mandale »), on peut jubiler de la chronique de Stéphane Guillon « Il faut sauver l’UMP ! » C’était juste avant dimanche dernier. La suite, « Mission impossible », toujours sur le même sujet mais après le premier tour, mérite (largement) le détour…

Cocotte-minute.

« L’humour est une révolte supérieure de l’esprit », disait Breton. On en a bien besoin face aux résultats électoraux qui, une fois relativisée l’auto-congratulation des « très bons scores » de 35 à 40% (… des 45% de votants exprimés, soit 18% des électeurs), démontrent a minima l’échec des sortants, plus probablement la faillite des élites politiques. Les mêmes qui, sans l’ombre d’une amorce de pudeur et de cohérence, aimeraient ajouter à leurs multiples mandats actuels les présidences de Région. Le pouvoir est une drogue dure. Ses drogués ne veulent pas partager l’addiction, accordant juste quelques miettes aux courtisans pour que, reprenant les termes de Daniel Cohen, prospère le vice (1) et que, cette fois suivant Nietzsche, « le troupeau » désapprenne « la modestie et enfle ses besoins jusqu’à en faire des valeurs cosmiques et métaphysiques. Par là l’existence toute entière est vulgarisée. » (2)

C’est l’embolie au sommet de la pyramide de Pareto, dite de « la circulation des élites », et l’on sait grâce à l’histoire ce qu’il advient des sociétés dont le sommet est un système clos, tournant sur lui-même : deuxième règle de la thermodynamique, tout système qui ne communique pas avec son environnement est condamné à l’entropie, à la désorganisation, à l’implosion. Si la thermodynamique ne passionne pas, on peut songer à une cocotte-minute. Sans soupape.

Trois tiers = trois quarts…

En première page du Canard, « Plein des poches ! » rappelle que « le taux de chômage vient de passer les 10% (du jamais vu depuis onze ans) » et que « les quarante plus grosses sociétés cotées en bourse ont dégagé pas moins de 47 milliards de bénéfices », soit presque deux fois le déficit prévu de la Sécurité Sociale pour l’année. Les naïfs s’en réjouiront, songeant à l’investissement donc l’emploi ou encore gobant « la règle des trois tiers » édictée par N.S. (un tiers des bénéfices pour les salariés, un tiers pour l’investissement, un tiers pour les actionnaires). Sauf que, patatras, « c’est 35 milliards qu’ils {les actionnaires} vont se goinfrer, c’est-à-dire près des trois quarts des bénéfices. » Jean-Louis P., qui signe l’article, poursuit : « Et les chômeurs qui essaient de se rassurer en pensant que l’argent restant servira à des investissements, lesquels créeront de l’emploi, se mettent le doigt dans l’œil : c’est, à une écrasante majorité, dans les pays dits émergents que va investir le CAC 40 : 90% des projets de Lafargue, 80% de ceux d’Air liquide y seront localisés, Michelin va construire des usines en Chine, en Inde et au Brésil, etc. » Une sorte de patriotisme industriel… mondial.

Colloc’…

Clin d’œil à Claude Chabrol avec « Jours pas tranquilles à Pôle emploi » (3), en page quatre, on apprend que l’alternance n’est pas que ce que l’on croit mais, faute de locaux communs pour les ex-ANPE et ex-Assedic, consiste à ce que « un jour, quelques anciens salariés d’une Assedic vont bosser dans les locaux de l’ex-ANPE » et inversement lendemain. Ce qui fait pester les salariés : « … jamais le même bureau, le même ordinateur, les mêmes collègues de travail… » Bref, la transhumance. Par contre, ce que l’on sait c’est que les radiations continuent : « Chaque mois, le comité de pilotage départemental épluche les résultats des différents pôles (qui ont remplacé les agences)… Bruyantes félicitations et tapes viriles dans le dos garanties pour qui annonce un bon 20% de radiations. » S’il y a des bons, il y a des moins bons : les agences qui plafonnent à 5% de radiés : « Elles prennent un risque : que la prime semestrielle versée collectivement soit amputée. » Tout cela créée une ambiance singulière dans les bureaux : « On peut surveiller le portefeuille de demandeurs d’emploi de son voisin et rappeler ce dernier à ses devoirs. » C’est extrait d’un ouvrage, Confessions d’une taupe à Pôle emploi, de Gaël Guiselin et d’Aude Rossigneux (2010, Calmann-Lévy).

Rédacteur par nature…

Ce n’est pas dans le Canard mais c’est toujours Pôle emploi et c’est le Rapport d’activité 2009 du médiateur de Pôle emploi (une centaine de pages, téléchargeable sur le site de la Documentation française). Savait-on qu’existait ce médiateur ? Je l’ignorais. La loi n° 2008-758 du 1 août 2008 relative aux droits et aux devoirs des demandeurs d’emploi précise dans son article L.5312-12-1 que la mission du médiateur national est de « recevoir et de traiter les réclamations individuelles relatives au fonctionnement de cette institution {Pôle emploi}, sans préjudice des voies de recours existantes. Le médiateur national, placé auprès du directeur général, coordonne l’activité de médiateurs régionaux, placés auprès de chaque directeur régional, qui reçoivent et traitent les réclamations dans le ressort territorial de la direction régionale. {…} Le médiateur national est le correspondant du Médiateur de la République. Il remet chaque année {…} un rapport dans lequel il formule les propositions qui lui paraissent de nature à améliorer le fonctionnement du service rendu aux usagers. Ce rapport est transmis au ministre chargé de l’emploi, au Conseil national de l’emploi … et au Médiateur de la République. »

Plusieurs thèmes sont traités par le médiateur et, parmi ceux-ci, la catégorie « Indemnisations » se taille la part du lion avec 49,9% des motifs. La catégorie « Gestion de la liste », qui concerne principalement l’inscription sur la liste des demandeurs d’emploi, les demandes d’inscriptions rétroactives et les radiations, ne représente que 9,3% des motifs ce qui justifie, pour le médiateur, le commentaire suivant : « La présence médiatique des radiations est disproportionnée par rapport à la faiblesse de leur représentation dans l’ensemble des réclamations reçues par le médiateur. » Resterait à vérifier que les radiés sont informés de l’existence du médiateur.

Presque six demandes sur dix proviennent de personnes individuelles, seules 1,4% sont exprimées par les comités de chômeurs et 1,2% par des élus.

Après un chapitre – le plus long – détaillant « L’activité du médiateur au quotidien », ce dernier émet des propositions d’amélioration des services rendus, soit six préconisations : « Cumuler ARE (allocation de retour à l’emploi) et pension d’invalidité » ; « Cumuler l’indemnisation et une activité réduite » ; « Apprécier le motif de démission légitime » ; « Assouplir l’examen dit « à 122 jours » ; « Encadrement des conditions de suspension de l’ARE » ; « Un courrier de qualité au service de l’usager ». Sans entrer dans le détail de ces propositions, simplement deux précisions, l’une juridique, l’autre syntaxique.

– Ces « 122 jours » correspondent au délai minimum exigible pour qu’un salarié ayant quitté son emploi volontairement mais dont l’état au chômage se poursuit contre son gré puisse être admis de façon dérogatoire au bénéfice des allocations (sachant qu’en principe seuls ont droit aux allocations de chômage les salariés qui sont involontairement privés d’emploi).

– Plus amusant, le « courrier de qualité », a priori intriguant, pourrait faire sourire par les exemples apportés dont, au paragraphe « Les incohérences générées par l’informatique », ce courrier reçu par un demandeur d’emploi lui demandant « d’apporter son C.V. à un entretien téléphonique » ou, mieux, ce compte-rendu d’entretien remis par une conseillère à une mère de famille en recherche d’emploi et où il est écrit, fautes d’orthographe respectées : « Entretien PAE. Vous êtes absente au rendez-vous car vous devez aller chercher votre enfant à l’école. Vous auriez pu prendre vos dispositions car vous êtes prévenu depuis début janvier. Vous me suggérer d’annuler la convocation, je vous informe que ce n’est pas moi qui doit être à votre disposition mais bien l’inverse. J’excuse pour la première et la dernière sur ce type de motif. Je vous reconvoque ultérieurement. » Chacun appréciera le sens du service public qui anime cet agent… Le médiateur, fin rhétoricien, propose que « Pôle emploi se dote d’une cellule ressource chargée de l’appui à leur rédaction et à disposition des conseillers et responsables dans tous les services. Les conseillers, les gestionnaires, sont des professionnels de leur domaine. Mais comme nombre d’entre nous, ils ne sont pas des rédacteurs par nature. Ils mériteraient sans aucun doute d’être soutenus dans cet exercice, pour que quelques écrits ne viennent plus dénaturer la sincérité de leur engagement au service du public. » Reste à savoir ce que peut être un « rédacteur par nature »…

Tourisme professionnel.

On a commencé par eux, on finit presque de même.

Le « PAS » (projet associatif de structure » de la mission locale Sud (4) sera remis à toute personne se rendant à Saint-Pierre le 8 avril prochain. C’est un beau document, presque une centaine de pages, avec du sens, du projet, de l’innovation. Extrait du chapitre des « Valeurs » au sujet du travail au noir (« beké la klé », en créole), estimé à plus de 15% du nombre total d’emplois déclarés : « La posture professionnelle ne peut donc que prendre acte de ce « principe de réalité », sans pour autant l’encourager et en considérant que le travail informel est a minima l’indicateur d’une mobilisation du jeune – il n’est ni résigné, ni dans une logique assistancielle – qu’il s’agit de tracter progressivement vers une position légale d’emploi. Ce travail s’appuie sur une information concernant les inconvénients, risquent, dangers et abus du travail au noir, mais également sur la possible reconnaissance de compétences négociables sur le marché du travail : le jeune bricoleur n’est peut-être pas loin de l’ouvrier polyvalent de second œuvre… » Si le cœur et le portefeuille vous en disent… il y a là-bas, entre Madagascar et Maurice, des piou-piou qui s’engagent pour la profession.

Bien travailler, bien travailler ensemble…

L’ami Jean-Philippe a apporté sa pierre à l’article « A paraître » :

« Souffrance au travail, TMS et autres stress, quoique, sans doute ! Après 3 années de CPO, nous y sommes dans « la souffrance au travail », il n’y a qu’à interroger les salariés, surtout ceux qui ont à gérer (accompagner ?) plus de 200 jeunes. La pression aux résultats, la logique de « reporting » sont devenu les maîtres-mots du management en ML/PAIO. Le dernier rapport remis à François Fillon, Bien-être et efficacité au travail : 10 propositions pour améliorer la santé psychologique au travail, est, selon moi, un rapport à suivre et à appliquer… Beaucoup de salariés de ML/PAIO ne s’en porteraient que mieux. »

On peut télécharger ce rapport sur le site de la Documentation française,. Il ne fait que vingt pages en incluant les annexes. Les dix propositions précédées d’un extrait de l’introduction…

« Il nous paraît indispensable de repenser des modes de management, d’organisation et de vie sociale dans l’entreprise qui permettent de créer un nouvel équilibre, intégrant la performance tant sociale qu’économique. »

Dix propositions :

« 1. L’implication de la direction générale et de son conseil d’administration est indispensable. L’évaluation de la performance doit intégrer le facteur humain, et donc la santé des salariés.

2. La santé des salariés est d’abord l’affaire des managers, elle ne s’externalise pas. Les managers de proximité sont les premiers acteurs de santé.

3. Donner aux salariés les moyens de se réaliser dans le travail. Restaurer des espaces de discussion et d’autonomie dans le travail.

4. Impliquer les partenaires sociaux dans la construction des conditions de santé. Le dialogue social, dans l’entreprise et en dehors, est une priorité.

5. La mesure induit les comportements. Mesurer les conditions de santé et sécurité au travail est une condition du développement  du bien-être en entreprise.

6.  Préparer et former les managers au rôle de manager. Affirmer et concrétiser la responsabilité du manager vis-à-vis des équipes et des hommes.

7. Ne pas réduire le collectif de travail à une addition d’individus. Valoriser la performance collective pour rendre les organisations de travail plus motivantes et plus efficientes.

8. Anticiper et prendre en compte l’impact humain des changements. Tout projet de réorganisation ou de restructuration doit mesurer l’impact et la faisabilité humaine du changement.

9. La santé au travail ne se limite pas aux frontières de l’entreprise. L’entreprise a un impact humain sur son environnement, en particulier sur ses fournisseurs.

10. Ne pas laisser le salarié seul face à ses problèmes. Accompagner les salariés en difficulté. »

Tout ceci me semble de bon sens : bien travailler nécessite de bien travailler ensemble et l’organisation mission locale ne peut, sauf à mettre en place les conditions d’un retrait ou d’une « fonctionnarisation » dans sa signification péjorative, dissocier la qualité multidimensionnelle du travail (ergonomie, communication, reconnaissance, attention, dialogue social…) de son efficacité attendue. Les panseurs sociaux doivent se panser pour panser en pensant. Ne retenir que les objectifs de performance et les petits bâtons à écrire (tant d’entrées en CIVIS, tant de sorties en emploi durable, etc.), c’est évider méthodiquement le fruit de sa pulpe, le ratatiner. A quoi peut bien ressembler un piou-piou ratatiné ? A une méduse sur le sable (5).

A suivre…

(1) Daniel Cohen, La prospérité du vice, 2009, Albin Michel.

(2) Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, {1903} 1991, Le Livre de Poche, p. 50.

(3) Jours tranquilles à Clichy, un film de Claude Chabrol (1990).

(4) Dans l’hémisphère sud, là où les piou-piou défient quotidiennement Newton et la loi de la gravité en ayant les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.

(5) D’autres métaphores sont envisageables. A vos neurones !

A paraître

Publié: mars 17, 2010 dans 1

C’est à paraître le mois prochain dans un hebdomadaire national, les réponses étant, selon les mots de la journaliste, « intégrées dans un article » sur les missions locales. Comme c’est sans doute un peu trop long, je suppute que cette intégration sera partielle alors, tant qu’à faire, voici le texte intégral de l’interview… qui suscitera  peut-être quelques réactions. L’ayant transmis à un directeur qui m’a fait un retour, j’anticipe certaines de ces réactions en confirmant l’existence 1) d’une mission locale avec des conseillers suivant 500 « dossiers actifs » 2) d’une autre mission locale où la direction a défini un standard de dix minutes pour l’entretien. L’aberration existe : je l’ai rencontrée.

Amour, gloire et beauté…

Comment analysez-vous la reconnaissance soudaine des missions locales suite au plan pour la jeunesse de septembre 2009 après une période plus mitigée ?

P.L. Tout d’abord, constatons que les bientôt trente ans d’histoire des missions locales ont été bien plus cycliquement agités d’amour-désamour que baignés de sérénité. Avec le Plan Espoir Banlieue mais également avec les velléités d’absorption des missions locales par les maisons de l’emploi, on était manifestement dans le désamour avec, comme d’habitude, des soupçons exprimés maladroitement sur leur manque de transparence, sur leur médiocre efficacité, sur leur coût… ce qui n’empêchait pas synchroniquement de dépenser beaucoup plus pour un « contrat d’autonomie »… dont le moins que l’on puisse dire est que ses résultats sont inversement proportionnels à la hauteur de ses fracassantes ambitions. Toutefois, entre autres avec le Grenelle de l’insertion et sans doute la bienveillance de Martin Hirsch, force a été de constater que pas un seul autre réseau d’insertion en France était capable de recevoir 1 200 000 jeunes piétinant aux portes du marché du travail. Je dirais, d’une part, que les faits têtus ont eu raison (ne rêvons pas, sans doute un temps jusqu’à une prochaine offensive) d’une posture idéologique et, d’autre part, que la crise est passée par là : le moment est plus propice pour s’appuyer sur un réseau de 500 structures et de 11 000 professionnels, réel maillage territorial, que sur des postulats. Ce n’est peut-être pas amour, gloire et beauté, mais c’est du pragmatisme et cela vaut mieux que de la défiance.

Équilibre, déséquilibre, rééquilibre…

Quelles évolutions plus profondes sont à l’œuvre les concernant ? Plus d’insertion professionnelle, moins d’insertion sociale ?…

P.L. Il est certain que, selon l’adage « Qui paie décide », la pression est mise par l’État sur les missions locales pour l’insertion professionnelle. Ce n’est pas non plus nouveau, ni d’ailleurs surprenant au regard des compétences étatiques : le CIVIS est un programme d’État centré sur l’emploi comme l’était avant TRACE, la convention pluriannuelle d’objectifs, depuis 2008, privilégie l’emploi, etc. Force est de constater deux choses : d’une part, que l’État mette l’accent sur l’emploi n’est pas en soi critiquable, le chômage des jeunes étant le « point dur » du risque de désinsertion ; d’autre part et localement dans bien des cas, l’État est également présent – et financeur – pour un social où l’on devrait retrouver les Départements qui, financièrement exsangues avec l’APA, le RSA, etc., sont souvent peu impliqués dans le financement et la gouvernance des missions locales.

Incontestablement, ce tropisme de l’insertion professionnelle produit une évolution dans les représentations, donc dans les pratiques, des professionnels de mission locale, le rapport à l’entreprise devenant un enjeu plus partagé ainsi que l’acculturation d’une orientation du « vers » à « dans » l’emploi. Il faut dire aussi que ce terrain professionnel est malléable, bien moins résistant culturellement que certains l’imaginent, ce qui est positif dans une perspective de mutabilité mais qui est parfois désolant dès lors qu’il signifie peu de recul critique : les vocables d’« agent », d’« opérateur », etc. sont absorbés et repris sans que cela gêne… comme d’ailleurs, dans un autre sens, les vocables psychologisants : on parle de « diagnostic » et de « prescription », on n’hésite pas à ressasser des « jeunes en difficulté » alors qu’il faudrait parler de « jeunes mis en difficulté »… trois lettres – m-i-s – qui changent tout parce qu’elles situent la cause  des problèmes d’insertion non dans les jeunes mais à l’échelle du marché du travail…

Cependant, plutôt que de penser que cette importance du volet professionnel se fasse au détriment du volet social, je crois qu’on assiste là à un rééquilibrage : le principe de l’approche globale, c’est une dialectique entre l’économique et le social, aucun des deux subordonnant l’autre. Est-ce que ce mouvement de rééquilibrage ne va pas s’accentuer pour déboucher sur un déséquilibre où le social deviendrait accessoire ? Sans doute ne pourra-t-on répondre à cette question qu’au cas par cas : certaines missions locales, d’ores et déjà, considèrent le social comme une prothèse, comme une « offre de service traitant les problèmes périphériques », ce qui signifie que le social est dissocié du professionnel ; d’autres missions locales renforcent au contraire le social, souvent à l’occasion d’un projet associatif de structure qui, fondé sur les valeurs, ne peut faire l’économie de l’historicité (l’éducation populaire) et du concept-pivot de l’approche globale.

Par contre, une autre évolution me semble patente… et, elle, d’ores et déjà problématique : les conseillers sont de plus en plus surchargés – on pourrait aussi dire « pollués » ou « rongés » – par tout un fatras administratif aux dépens de la relation directe avec les jeunes ; il y a un poids vraiment très lourd de la technostructure et des contraintes bureaucratiques qui fait que nombre de ces professionnels, qui ont choisi ce métier sur un registre vocationnel proche de celui du travail social, sont déçus, fatigués… Si vous ajoutez à cela les difficultés croissantes d’insertion avec un marché du travail atone qui fait qu’il n’y a pas grand chose à proposer aux jeunes, une paupérisation de la jeunesse, des logements inaccessibles… vous obtenez un paysage assez facilement décourageant.

Petits hommes, petits droits…

Que pensez-vous du « RSA jeunes » qui pourra être mis en œuvre par les missions locales ?

P.L. Le RSA sera ouvert aux jeunes actifs de moins de 25 ans… s’ils ont travaillé au moins deux ans au cours des trois dernières années. Cela limite considérablement le nombre des bénéficiaires potentiels : dans le public des missions locales, les quelques simulations faites révèlent que très peu de jeunes pourront bénéficier du RSA. D’autre part, on évalue son coût à 250 millions d’euros, en moyenne 1 500 euros par jeune, à diviser par autant de mois de chômage qui émaillent les parcours d’insertion sans même parler de ceux auxquels le RSA s’ajoutera si, par bonheur, le travail est au rendez-vous. Le « RSA jeunes », ce sera donc concrètement deux ou trois cents euros mensuellement. On est très loin d’un viatique minimal, d’un revenu d’existence pour s’en sortir ! Je sais que l’argument avancé est d’éviter les « trappes à chômage »… mais, aujourd’hui, la trappe à chômage c’est, en particulier pour les jeunes, le marché du travail lui-même ! C’est assez incroyable  cette persistance des élites, évidemment adultes, dès lors qu’il s’agit des jeunes, à opposer au devoir de solidarité intergénérationnelle le risque assistanciel ! Cela correspond à un procès en minorité : ils sont jeunes, donc par définition pour reprendre les termes de Kipling, non pas des « petits d’hommes » mais des « petits hommes »… et, comme tels, devant jouir de « petits droits ». Oui, c’est cela, même pas un viatique minimum… viatique qui, dans la liturgie catholique, est l’eucharistie donnée à un mourant.

Sismologue.

Et de l’accord-cadre qui lie désormais étroitement pôle emploi et les missions locales ?

P.L. Cet accord, signé entre le Conseil national des missions locales (CNML), Pôle emploi et la DGEFP, était juridiquement nécessaire compte tenu de la naissance du nouvel « opérateur unique » issu de la fusion ANPE-ASSEDIC… mais, à vrai dire, il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil : depuis des années, les missions locales et l’ANPE disposaient d’accords-cadre (les « espaces jeunes », les personnels mis à disposition, la cotraitance PPAE, etc.). Je note d’ailleurs – et c’est positif – que, si le volet professionnel est logiquement central, sa caractéristique d’indissociabilité avec le volet social est à plusieurs reprises réaffirmée. On retrouve dans cet accord, outre une coordination sur les programmes de la politique de l’emploi, un modus vivendi sur la relation aux entreprises qui n’est plus une chasse gardée, comme c’était souvent le cas avec l’ANPE : « périmètre de travail conjoint, a minima concerté… » Du côté de la gouvernance, on a également un équilibre avec des comités de pilotage locaux et régionaux où les missions locales et leurs instances (associations et animations régionales) sont représentées. Reste à ce que cet accord soit éprouvé sur les terrains… car, pour analyser les rapports entre l’ANPE, désormais Pôle emploi, et les missions locales, mieux valait dans bien des cas, plutôt que sociologue, être sismologue et expert en tectonique des plaques : glissements, frottements, recouvrements, failles…

Os à moelle…

Le CIVIS va être renforcé ainsi que les mesures en direction des jeunes en décrochage scolaire. Est-ce satisfaisant, selon vous ?

P.L. Que l’on renforce un programme tel que le CIVIS est dans l’absolu positif… mais il faut aller voir dans la réalité ce que cela signifie. Je l’indiquai, il y a une charge de travail beaucoup trop lourde qui pèse sur les conseillers de mission locale. N’étant pas ergonome ou psychologue du travail, je ne pense pas aux thèmes de la souffrance au travail, des TMS et autres stress, quoique, sans doute, il y aurait beaucoup à dire… Non, je pense à l’accompagnement des jeunes dont il est fait grand cas, dont on dit qu’il serait, selon l’expression consacrée, « le cœur du métier ». Mais, concrètement, que recouvre cet accompagnement ? Et bien, compte tenu du nombre de jeunes dits « dossiers actifs », chaque conseiller suit 200 ou 300 jeunes. J’ai même récemment découvert, dans une mission locale, des conseillers en charge de 500 jeunes ! Au niveau national et pour 2009, le tiers des jeunes suivis a bénéficié de quatre entretiens ou plus dans l’année. C’est certainement beaucoup pour les conseillers mais, à l’échelle de la relation individuelle, du face-à-face avec le jeune pour débrouiller des tas de problèmes, pour définir un projet, pour orienter, pour trouver les solutions, etc. qu’est-ce sinon un entretien par trimestre pour ces jeunes et, pour les deux tiers restants, un entretien, un coup de fil, une lettre voire un texto ! Dans une autre mission locale, la direction a défini un standard d’entretien de dix minutes ! Qu’est-ce que cela signifie sinon que l’accompagnement devient dans bien des cas un mot creux, un vocable d’humanisation d’une « opération » d’enregistrement, de triage et de classement ? Dans combien de missions locales garantit-on des visites périodiques en entreprise réunissant le jeune, le tuteur et le conseiller ? Des rencontres individuelles systématiques avant un entretien d’embauche – pour préparer – et après celui-ci – pour « débriefer » et, quel que soit le résultat, faire de cette situation une expérience – ? Dans la perspective du jeune, cet « accompagnement » est une portion congrue – il reste à parier sur un effet déclic – et, dans la perspective du conseiller, il est un patch. Suçant la moelle, on tombera inéluctablement sur un os.

Quant à la question des jeunes dits « décrocheurs », près de 20 000 jeunes usagers des missions locales ont été maintenus en scolarité ou sont retournés en formation initiale durant l’année 2009. C’est à la fois loin d’être négligeable mais c’est peu, un sixième des jeunes sortant chaque année du système de formation initiale sans diplôme ni qualification. Que soient renforcés les liens entre celui-ci – les lycées, la MGI… – et les missions locales est de toute évidence une bonne orientation. Cependant, d’une part, ces partenariats existent d’ores et déjà sur beaucoup de territoires et, d’autre part, il faut être prudent sur une communication des missions locales auprès des élèves qui pourrait produire l’effet inverse, la tentation de quitter précocement l’école. De toute façon, s’il y a des « marges de progrès », on doit être conscient que le problème de ces 120 000 jeunes ne trouvera que des réponses partielles, je dirais « à la marge » : le modèle méritocratique est en faillite et, comme l’écrit François Dubet (Les places et les chances, 2010, Seuil), le système scolaire reproduit les inégalités sociales à l’opposé du principe sur lequel il repose, l’égalité des chances. Et, si ce même Dubet souligne la « mission écrasante » que supporte l’Éducation nationale, celle-ci peut se consoler : elle est tout aussi « écrasante » pour les missions locales qui jonglent d’acronymes (CIVIS, PPAE…) en priorités gouvernementales, régionales, municipales, tout en devant innover… Atlas porte le monde mais il est à genoux.

Tactique, disjonction…

La dotation nouvelle de 40 millions d’euros est-elle suffisante ? Sachant qu’elle n’est pas pérenne, n’est-ce pas inquiétant ?

P.L. De toute évidence, ces 40 millions ne correspondent pas à l’augmentation du chômage des jeunes et ce n’est même pas la moitié de ce qui est prévu chaque année pour le contrat d’autonomie de Plan Espoir Banlieue dont on connaît les résultats… Le Synami-CFDT, dans une de ses publications, parlait de tout juste « consolider l’existant ». Je n’en suis même pas certain : beaucoup de missions locales sont en très grande difficulté financière et les charges de travail augmentent considérablement : il faut bien accueillir et accompagner non seulement les jeunes primo-demandeurs d’emploi mais également ceux qui reviennent – parce que leur contrat de travail est achevé ou a été interrompu – et ceux qui stagnent dans la file d’attente. Quant au fait que ce financement ne soit pas pérenne, on peut toujours se dire qu’il sera reconduit tant que « la crise » produira ses effets mais, de toute évidence, la bonne solution n’est ni dans un financement au coup-par-coup, tactique et forcé par les évènements, ni dans un financement inscrit dans le marbre qui signifierait qu’on a abandonné tout espoir de laisser derrière nous le « structurel » du chômage. Il faudrait aller vers une généralisation de contractualisations triennales, sur le modèle de la convention pluriannuelle d’objectifs (CPO)… à condition que celles-ci soient pluri-institutionnelles, c’est-à-dire que les collectivités et l’État, ensemble et à l’échelle des terrains, s’accordent. On en est loin. On est toujours dans l’archéologie de l’organisation, le « paradigme de la complication ou de la disjonction » comme le dit Jean-Louis Le Moigne, alors qu’il faudrait être dans celui de la complexité, « l’inter », « le trans »…

Rectificatif…

Ah oui ! Ca, ce n’est plus pour l’hebdomadaire. Je me suis fait sermonner par un lecteur concernant une partie de mon dernier article « Femmes, agriculture, etc. ». J’écrivais : « Rétablir la compétitivité industrielle, c’est se fixer l’objectif de proposer des lecteurs de DVD à 15 euros, comme « nos concurrents chinois ou indiens {qui} sont lancés à pleine vitesse. », citation de Philippe Crouzet, PDG de Vallourec, lue dans Libération.

Observation de ce lecteur : « Les paroles que vous citez de P. Crouzet sont complètement sorties de leur contexte. Il dit exactement l’opposé de ce que vous dîtes sur le fait de vouloir concurrencer les chinois sur les coûts de production. Je vous invite à relire ses dernières interviews… »

Ma réponse : « Je prends connaissance de votre courriel et, puisque vous le dites, je veux bien croire avoir fait une mauvaise interprétation et que M. P. Crouzet ne rejoignait pas toutes les opinions qui se sont exprimées sur le thème « manque de compétitivité = charges trop lourdes », en fait sur la mise au pilori du principe de redistribution dont on sait que beaucoup souhaiteraient le remplacer par des assurances individuelles. Toutefois je ne dispose plus de l’article de Libération. Si vous l’avez, seriez-vous assez aimable pour me le transmettre et, si j’ai à tort mal compris et déformé la pensée de M. P. Crouzet, je me ferais une obligation d’apporter un rectificatif. »

Malheureusement, l’adresse courriel de ce lecteur ne fonctionne pas (message indiquant que, pour évier les spams, le @ est remplacé par un #). C’est en tout cas écrit ici, à toutes fins utiles.

Allez, quelques lignes qui, à défaut d’être inspirées, sont suggérées par la lecture des journaux qui traînent. On y parle beaucoup de femmes. Pas exclusivement cependant.

Jouanno.

Prenons Le Monde du 2 mars… avec, évidemment à la Une, la tempête et sa cinquantaine de morts qui suscite l’interrogation : « L’aménagement du littoral français en question ». Chantal Jouanno, notre secrétaire d’État chargée de l’écologie, la pauvre, s’exerce au billard à deux bandes : elle annonce que « le président de la République devrait annoncer un plan d’urgence et de consolidation des digues. » Au dernier cheval mort sur la plage de Plestin-les-Grèves pour cause d’inhalation d’algues vertes, François Fillon n’avait pas hésité à quitter Sablé-sur-Sarthe pour les Côtes d’Armor, annonçant un plan d’urgence contre les laitues de mer, Ulva armoricana et Ulva rotundata pour les experts… qui les connaissent depuis quarante ans. Gageons qu’au prochain tremblement de terre, un énième plan d’urgence sera décrété pour reboucher les béances. A la prochaine éruption, un plan pour refroidir la lave. Etc. On s’y fait à l’urgence. Celle-là même qui fait oublier l’essentiel.

Pecresse.

Toujours Le Monde, même date, même président… cette fois préoccupé par les élections régionales en Ile-de-France marquées par « un climat délétère dans les rangs de l’UMP ». Illustration avec une autre ministre, Valérie Pécresse barbie chapeautée d’une casquette SNCF. Sans doute pour séduire l’électorat cheminot. N.S., « agacé », convoque à l’Élysée la contrôleuse d’opérette et les têtes de liste départementales franciliennes. Pas pour leur tirer son chapeau mais pour leur remonter les bretelles. On reste de toute façon dans le vestimentaire. Par ailleurs, cela n’étonne plus personne que le président de la République (« de tous les Français ») soit le chef de file d’un parti qui recense – quand même – 0,2% de la population française.

La fin des paysans.

40 271 agriculteurs avaient demandé le RSA au 31 décembre 2009. Leur revenu moyen a baissé de 34% en 2009, 20% en 2008. A ce rythme, le revenu moyen va rapidement être inférieur à zéro. Ce sera statistiquement original. Pas tous les agriculteurs, qu’on se rassure ! Le prince Albert de Monaco reçoit en effet une subvention de 253 986 € de Bruxelles au titre de la politique agricole commune (PAC). Plutôt que de développer le camping à la ferme ou les circuits courts, les paysans seraient bien mieux inspirés de jouer leur RSA à la roulette ou au Black Jack. Au moins, ça resterait dans la corporation.

Morano.

Cette fois ce n’est plus dans Le Monde mais dans le journal satirique aux pieds palmés paraissant le mercredi. Et c’est en dernière page sous le titre « La crêpière de Morano ». Le gêne celte qui sommeille dans votre commentateur ne peut qu’être stimulé dès lors qu’il s’agit de crêpes. Je résume. Le préfet des Pays de la Loire, charmante région, si ce n’est son département de Loire-Atlantique qui devrait dare-dare réintégrer le giron breton, recrute une nouvelle déléguée régionale aux droits des femmes et à l’égalité, la précédente étant partie en retraite. Procédure ordinaire : appel à candidatures, sélection parmi une trentaine d’impétrantes et choix d’Edith Coutant, jusque là directrice de la PJJ de Nantes. Puis silence radio : « Elle attend toujours que Nadine Morano, ministre de la Famille, signe son arrêté de nomination ». Parce qu’entre temps arrive « une figure locale, Annick Le Ridant, grande militante UMP et épouse de l’ex-député UMP Jean-Pierre Le Ridant », écartée par la Préfecture pour une raison simple : « elle ne disposait pas du diplôme minimum requis (licence ou équivalent) pour pouvoir postuler. » Annick Le Ridant admet « connaître Mme Morano » mais ce qui compte c’est son « expérience de terrain : des années dans les milieux associatifs {…} et vingt-cinq années comme crêpière sur le marché, monsieur ! Et mon côté le plus populaire, c’est que je suis la nouvelle Reine du carnaval de Nantes 2010. » On avait eu le Prince Jean en DEUG de droit pour la présidence de l’EPAD. On a désormais une crêpière miss carnaval pour les droits des femmes. C’est ce qu’on appelle l’égalité des chances ou la discrimination positive. Qui trouverait quelque chose à y redire ?

Amara.

Fadela Amara, qu’on ne présente plus, vient d’annoncer que Nice, dont son collègue Christian Estrosi ministre de l’Industrie est maire (deux emplois à mi-temps), bénéficiera d’un des onze « internats d’excellence ». Cela tombe bien : deux frères d’Amara viennent d’être embauchés, l’un au service communication de la mairie de Nice, l’autre au service informatique de la communauté urbaine Nice – Côte d’Azur. Pure coïncidence. D’autant que le premier « suit une formation d’infographiste mais comme stagiaire non rémunéré ». Le Canard ne dit pas si la ministre a fait d’une pierre trois coups en comptabilisant ces fraternelles embauches dans les comptes du contrat d’autonomie, ce qui serait un début d’explication et de réponse à Michel Abhervé qui, homme de peu de foi quoique léonard, la soupçonne de trafiquer les statistiques : « Explosion des contrats d’autonomie ou mensonge éhonté devant la représentation nationale ? »

Travailler plus, gagner moins.

« Industrie. Le mal français », titre Libération du 4 mars 2010. Or, entendu ce même jour aux informations de 9h à France-Culture, un porte-parole du patronat industriel pour qui le désastre industriel trouve sa cause dans l’absence de compétitivité française, elle-même explicable par le coût du travail, bien sûr trop élevé : « Ce n’est pas aux entreprises de supporter les allocations familiales, la maladie, le chômage… » On se dit « Logique, c’est un Medef ou un UIMM » (Union des industries et métiers de la métallurgie)… mais non, c’est largement repris, abondé par N.S. et relayé par Le Monde, cette fois du 5 mars, qui titre un article « L’industrie française reste entravée par le poids des charges sociales ». Ainsi, pour être réduit, le « décrochage franco-allemand » industriel devrait « jouer sur une large palette d’instruments et de tenir, dans la durée, un certain nombre d’objectifs. » Quels instruments ? Quels objectifs ? « La maîtrise du coût du travail (et son corollaire pour le gouvernement, l’absence de coup de pouce au smic et la non-augmentation des cotisations sociales), la baisse de la fiscalité pensant sur les entreprises… » Traduisez : baisser les salaires, maintenir les bas revenus à un étiage minimal, diminuer la part des cotisations sociales au titre de la solidarité – la société – et promouvoir l’épargne privée – la jungle – …

Les cigares du pharaon.

Cela n’a peut-être l’air de rien mais c’est tout à fait frontalement, sans une once de pudeur ni de précaution, la remise en cause de la « société salariale », pour reprendre l’expression de Robert Castel, c’est-à-dire d’une société où les salariés bénéficient avec leur rémunération de protections sociales. Discours d’industriels qui, soit dit en passant, se posent nettement moins de questions d’efficience dès lors qu’il s’agit de l’UIMM que l’on connaît particulièrement généreuse avec ses présidents. Discours d’industriels également opposés à l’égalité des places, dont je parlerai prochainement puisque c’est l’objet du dernier ouvrage de François Dubet, Les places et les chances (Seuil, février 2010), celui-ci écrivant justement « Quand on compare plusieurs pays entre eux, on constate que plus la part des prélèvements sociaux est élevée, moins les inégalités sociales sont fortes. » Mais il est vrai que la réduction des inégalités sociales doit être le cadet des soucis des capitaines d’industrie qui se rêvent en Belmondo déguisé en héritier (1). Sans doute pas plus d’ailleurs que le souci d’édiles tels M. Gewerc, surnommé « le pharaon », président PS de la Région Picardie (la même qui n’a rien compris aux missions locales), dont le surnom se fonde sur son goût de cigares commandés aux frais de la région. Défense de M. Gewerc : « C’était déjà le cas du temps de mon prédécesseur » (Le Monde, 5 mars 2010). Misère… Qu’un piou-piou tente de passer en notes de frais sa consommation tabagique et l’on appréciera la richesse argumentaire et la pertinence de la défense. Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Industriels nietzschéens.

Rétablir la compétitivité industrielle, c’est se fixer l’objectif de proposer des lecteurs de DVD à 15 euros, comme « nos concurrents chinois ou indiens {qui} sont lancés à pleine vitesse. » (2) Pour cela, il n’y a guère d’autre alternative que de baisser les salaires, de supprimer les charges sociales de solidarité nationale. Le discours sur l’innovation est et n’est que de la poudre aux yeux et, d’ailleurs, pourquoi ne parle-t-on pas des « pôles de compétitivité » sensés, précisément dans le domaine industriel et selon une dynamique d’innovation, apporter les réponses au déclin industriel ? Nos industriels, somme toute, sont nietzschéens : ils luttent contre la pesanteur wagnérienne des charges sociales et s’amourachent de la légèreté bizetienne de la flexibilité et de la dérégulation.

Precarios.

Poursuivant la lecture de Libé, on parvient sans difficulté à comprendre la configuration aspirée du marché du travail avec l’article « Portugal, la fronde des precarios ». Inutile de traduire ces « precarios » qui représentent 40% de la population active portugaise. On les appelle également « empresarios forçados », entrepreneurs forcés… ce qui rappellera quelque chose de ce côté des Pyrénées. « Leur salaire moyen ? Moins de 1 000 euros par mois. » Parmi ces precarios, les « reçus verts », équivalent portugais des chèques emploi-service : « Un simple talon de coupons détachables, avec lesquels les employeurs rémunèrent un travail. Ce système maintient toutes les obligations pour le salarié… Mais lui ôte tous les avantages. Alors finis les congés payés, les treizièmes mois, le congé maternité… {…} Le patron est le client. Et le travailleur, un simple prestataire de service, contraint de facturer son travail. A tout moment, cette fragile « relation » peut être rompue. Et, bien sûr, sans la moindre indemnité chômage. » Ce à quoi on peut ajouter, citant robert Castel : « C’est plus généralement la perpétuation d’un état d’insécurité sociale permanente qui affecte la plupart des catégories populaires. J’allais dire « qui infecte ». L’insécurité sociale n’entretient pas seulement la pauvreté. Elle agit comme un principe de démoralisation, de dissociation sociale à la manière d’un virus qui imprègne la vie quotidienne, dissout les liens sociaux et mine les structures psychiques des individus. Elle induit une « corrosion du caractère » pour reprendre une expression que Richard Sennett emploie dans un autre contexte. » (3)

Appel

Charmante perspective. On se surprend à sourire de désespoir – « comble de l’ironie », dit-on – lorsque l’on sait où il faudrait aller et que l’on constate où l’on va. Reste l’esprit de résistance qui, par exemple, peut s’exprimer via L’appel des appels (près de 80 000 signatures à ce jour) et la lecture de sa charte :

CHARTE DE L’APPEL DES APPELS

Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social.

Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.

Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l’argent et la peur de l’autre, 
Face à la souffrance sociale que cette idéologie génère,
Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses,
Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles, Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures managériales et sécuritaires,
Face à la désignation à la vindicte collective de citoyens toujours plus nombreux,
Face à l’abandon progressif des plus fragiles parmi nous…

Nous entendons lutter contre toute politique qui liquide les principes de droit et les valeurs de notre démocratie, issus des Lumières et du Conseil National de la Résistance.

Avec tous ceux et celles qui nous rejoignent, nous nous engageons à  :

• faire le lien entre toutes les réflexions, les initiatives et les mobilisations dans l’esprit de notre appel et les amplifier ;

• constituer un espace public de vigilance vers lequel remonteront les analyses et propositions de professionnels et de citoyens ;

• relayer, par nos comités locaux, notre site Internet et nos actions une parole qui échappe aux processus de normalisation, afin de promouvoir une éthique citoyenne, fondée sur le respect de la dignité humaine comme des libertés publiques et individuelles ;

• construire, en liaison avec les associations et les partenaires qui le souhaitent, un espace d’analyse des politiques fondées sur le culte de la performance et de la norme dont les corollaires sont la peur, l’exclusion, voire l’élimination ;

• donner le plus grand retentissement à tous ceux qui organisent une résistance responsable et non violente aux politiques en cours ;

• soutenir et multiplier les actions visant à dénoncer et combattre les dispositifs de servitude, les atteintes aux libertés fondamentales et la dénaturation de nos métiers ;

• exiger des instances constituées – partis politiques, syndicats, pouvoirs publics – qu’elles s’opposent, par des réponses adaptées, à la démolition des valeurs pour lesquelles nous nous battons.

Décidés à combattre une idéologie de la norme et de la performance qui exige notre soumission et augure d’une civilisation inique et destructrice de l’humain, nous voulons réinventer une société de libertés, de droits, de justice et d’hospitalité.

C’est bien, non ?

A suivre…

(1) L’héritier, film de Philippe Labro avec Jean-Paul Belmondo (1973).

(2) Philippe Crouzet, PDG de Vallourec, groupe industriel de 18 000 salariés.

(3) Robert Castel, L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ?, 2003, Seuil, « La république des idées », p. 29.

Excuses et livres…

Publié: mars 1, 2010 dans 1

Certains l’auront remarqué, d’autres moins ou pas: la « production » de ce blog s’infléchit. Entre autres explications, un article « de fond » sur la socialisation et l’insertion, nécessitant labeur et temps, sueur et documentation. Egalement je dois l’avouer – ce n’est pas banal à 57 ans – un doctorat de sociologie (enfin…) d’ici peu de temps. Bref, beaucoup d’occupation. Sans même évoquer les risques d’inondation en Bretagne.

Merci à chacune et à chacun de contribuer à prendre le relais, d’être des respirations lorsque le plongeur est immergé. De circonstance, toujours au sujet des inondations.

A propos non d’inondations mais de doctorat, mon président de jury sera Edgar Morin. Vous pouvez en attendant cliquer sur ce lien transmis par Aurélie, une lectactrice : un dialogue entre Edgar Morin et Daniel Cohn-Bendit partant d’ « Une politique de civilisation ». C’est bien. Ca vaut (très largement) ce que mes doigts pourraient taper sur le clavier. Ces foutus doigts. Ce foutu clavier. Et puis, un bonheur n’arrivant jamais seul, un scoop, la couverture de l’ouvrage de l’ami Ali Aït Abdelmalek, professeur de sociologie et directeur de l’UFR de la même discipline à l’Université de Rennes 2, que j’ai le bonheur de publier dans la collection dédiée aux piou-piou, « Les panseurs sociaux ».

Bien a vous, chers lecteurs. Et contributeurs?

Observatoire de la jeunesse…

Et oui, des contributeurs! En voilà deux. Tout d’abord, notre animateur de DocInsert qui, toujours à l’affût sur ses starting-blocks de veille, a repéré cet ouvrage qui vient de paraître chez L’Harmattan: L’expérience d’un observatoire de la jeunesse : jeunes ruraux et jeunes filles des quartiers du Sud Essonne. La quatrième de couverture : « Comment un jeune vit-il dans un village de 350 habitants seulement desservi par les transports scolaires ? Quelles sont les vies des jeunes filles qui habitent des quartiers pluriculturels et pauvres ? Cette expérience d’observatoire du public menée par l’équipe de la Mission locale d’Etampes accompagnée de sociologues montre combien ces conditions sociales, économiques, politiques éducatives et géographiques pèsent sur les trajectoires socio-professionnelles des jeunes. » Ca coûte 14,5 € pour 154 pages. Ca doit valoir les deux tickets restaurant. Je n’ai pas (encore) lu mais a priori, hormis un pluriel à « jeunesse », cela mérite attention. On en reparlera.

Autre contribution, Régis. Elle appelle débat.

Du risque de l’ingestion à celui de l’indigestion…

« 2007-2008 : les Missions locales sont promises aux griffes des maisons de l’emploi ou de Pôle emploi dans le cadre de la fusion ANPE-ASSEDIC… Il suffit de relire les débats au Parlement ou certains rapports pour voir certains députés et sénateurs souhaiter ces rapprochements, sous le signe d’une meilleure gouvernance des territoires et d’une seule vision : l’accès à l’emploi, par tous les moyens… Le lancement des contrats d’autonomie symbolise bien cette période de remise en cause du rôle des missions locales. Fin 2008 début 2009 : la surchauffe en Grèce, la crise financière qui devient économique et sociale… et qui touche très fortement les jeunes… Martin Hirsch nommé Haut Commissaire à la Jeunesse… Des groupes de travail sont lancés qui donneront lieu au livre vert sur la jeunesse dont une phrase mérite d’être mise en avant : « La crise économique, la crise sociale, la crise écologique et la crise des valeurs montrent que le moule se fissure. Ce n’est pas dans ce moule qu’il faut faire rentrer les jeunes. C’est sur les jeunes qu’il faut compter pour transformer le moule ». Certes, le moule était déjà bien fissuré, certes imaginer que tout le monde entre dans un moule est réducteur en terme de libertés individuelles, mais l’idée de donner la parole aux jeunes paraît essentielle (une enjeu majeur pour les missions locales). Les missions locales à travers le CNML, l’UNML et l’ANDML ont participé fortement à ces travaux où il est apparu qu’avec son implantation nationale et ultramarine et son professionnalisme, ce réseau pouvait être le fer de lance d’une politique ambitieuse pour la jeunesse… A Avignon, par qui vous savez, les missions locales deviennent le pivot de l’accompagnement des jeunes… Il ne faut pas oublier de lire la phrase suivante : « Nous leur attribuerons des moyens à hauteur des résultats obtenus dans la prise en charge des décrocheurs ». Alors quels jeunes ? Tous ? Les jeunes sortis sans diplôme ? mais constatons – énorme progrès??? – que le terme de jeunes en difficultés n’apparaît pas… Fini le temps où tout le monde voulait s’abattre sur les missions locales (sauf en Picardie), celles- ci sont mises à toutes les sauces :

– incluses dans les plate-formes d’orientation;

– actrices du placement en emploi avec les CIE et les CAE Passerelle;

– prochainement fer de lance pour la mise en oeuvre du service civique volontaire (ce dernier mot est essentiel : en incluant dans la proposition de loi sur le service civique volontaire, un amendement sur le décrochage scolaire, il pourrait apparaître à certains qu’il deviendra la voie priviligiées – obligatoire ? – pour les jeunes qui quittent le système scolaire sans diplôme);

– partenaires avec les MGI et les CIO du repérage des décrocheurs scolaires;

– partenaires renforcés du Pôle Emploi pour l’emploi des jeunes;

– actrices de l’appui à la mobilité des jeunes avec une dotation scpécifique de 30 millions d’euros du Fonds pour l’insertion professionnelle des jeunes (et non pérenne ?)et la prochaine mise en oeuvre du permis à 1 € sans caution familiale (celle du Fonds de cohésion sociale);

– enfin, les Missions locales ont largement répondu aux appels à expérimentation lancées par le Haut Commissariat à la Jeunesse…

Une liste très longue à laquelle on pourrait rajouter (?) la mise en oeuvre du RSA jeunes ou les moyens alloués dans le cadre du plan de relance. Mais, sous le feu de l’actualité, de la nécessité d’obtenir des résultats immédiats, de cet élargissement du champ d’action, de la remise en cause – partielle ou totale ? – de deux principes fondateurs des missions locales : démarche volontaire du jeune et « faire faire », il apparaît important que le réseau, pour éviter une indigestion, prenne le temps de la réflexion pour inscrire toutes ces évolutions dans une nouvelle charte qu’elle pourra traduire dans un nouveau protocole avec tous ses partenaires… Ce temps de la réflexion est essentiel pour tenter d’inscire la politique de la jeunesse dans la durée… C’est le meilleur vaccin contre les feux de la rampe.. »

A suivre…


Jeunes diplômés : tension

Zurbains.com titre « Le bac+4 ne protège plus du chômage ! » à partir de la lecture de l’enquête annuelle de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres), publiée jeudi dernier 11 février, qui a mesuré l’effet négatif de la crise sur les jeunes diplômés.

Selon cette étude, les chiffres sont inquiétants et risquent de perdurer. Les postes à pourvoir se raréfient d’autant plus que les seniors hésitent à partir.
Cette enquête montre que la crise pour les 3,4 millions de cadres est loin d’être finie et qu’elle ne fait même que commencer pour les Bac+4. Il apparaît que, après déjà deux années de baisse, aucune amélioration des recrutements n’est prévue en 2010 et cet « attentisme » inégalé depuis le début de la crise, pénalise surtout, parmi les cadres, les jeunes diplômés.
Ne parlons pas des jeunes non-diplômés… Si, en plus, ce sont des jeunes femmes résidant en ZUS, c’est sans doute à désespérer.

Ainsi, le volume prévisible des recrutements de débutants (21 000 à 23 000 cette année) est très insuffisant pour les 120 000 jeunes sortants de cohorte.
 « Cela nous ramènerait au niveau connu lors de la récession de 1993, à la différence qu’en 1993, il y avait moins de 70 000 jeunes Bac+4 sortants sur le marché du travail », souligne Pierre Lamblin, directeur études. « Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de recrutements, mais il faut aller là où les entreprises embauchent dans des bassins géographiques pas toujours attractifs ».

Marasme ambiant.

Le ralentissement des recrutements affecte tous les secteurs, mais frappe particulièrement l’industrie (-14% à -23% prévu en 2010). Tous les secteurs sont touchés, sauf le commercial, l’informatique et la recherche & développement, ces deux derniers servant souvent de tremplin pour un premier emploi.

Après les embauches records connues en 2007 (208 900), les petites annonces pour cadres ont plongé et « 130 000 à 138 000 cadres devraient être recrutés en 2010, soit une baisse comprise entre -10% et -4% ».

La chute des recrutements a atteint 28% en 2009, après – 4% en 2008. 
 « Cela ne redécollera vraiment qu’en 2012, et de manière progressive, mais on devrait toucher le fond cette année », pronostique encore Pierre Lamblin.

 « Dans le marasme ambiant », souligne l’Apec, la Bretagne et le Languedoc-Roussillon se distinguent avec davantage d’entreprises prévoyant d’accroître leur effectif-cadre, alors que l’Alsace, la Champagne-Ardenne et la Franche-Comté connaissent un moment difficile.

Autre enseignement de l’étude : le marché des offres d’emploi-cadre passe à 81% par une annonce internet.
La raréfaction des postes à pourvoir s’explique par la baisse du niveau des investissements dans les entreprises.
De plus, « pour le même volume d’investissements, on aura un volume de cadres inférieur. Les employeurs découvrent qu’on produit autant avec moins de monde et vont continuer à serrer les boulons », déclare le directeur général de l’Apec.

Parmi les cadres que l’Apec accompagne, ils ne sont plus que 35% à retrouver un emploi en six mois.

Parallèlement, la mobilité externe « s’est effondrée » et, pour la première fois en 2009, les départs en retraite de cadres ont diminué (32 400 cadres, -12% comparé à 2008). « C’est l’effet de l’allongement de la durée de cotisation. En plus, quand ils reçoivent leur décompte de la Cnav et voient ce qu’ils toucheront à la retraite, 20 à 30% nous disent qu’ils préfèrent conserver leur rémunération d’activité plutôt que s’arrêter », poursuit l’Apec.

Probablement qu’avec l’ouverture des négociations sur l’avenir des retraites, allongement de la durée des cotisations et introduction des capitalisations individuelles (les fonds de pension…) ne vont qu’accentuer cette tendance.

« Des jeunes qui ne peuvent pas entrer et des anciens qui ne veulent ou ne peuvent plus sortir, le marché du travail est structurellement bien malade », conclut le site Zurbains.com. Structurellement ? Ceci semble bien être le cas puisque « Le risque d’une rechute économique se précise » selon Le Monde du 17 février, ce qui n’empêche pas BNP Paribas d’annoncer 5,8 milliards de profits pour 2009. La crise… mais pas pour tout le monde.

Jeunes diplômés et engagement syndical…

En juillet 2009, l’APEC publiait une autre étude, Les jeunes diplômés et le syndicalisme, et la résumait ainsi : « Le syndicalisme ? Oui, mais pas pour moi ! » Cette enquête auprès des jeunes diplômés d’un Master 2 ou plus pour recueillait leurs opinions concernant le syndicalisme : un type d’engagement qui ne les tentait pas vraiment.

Pourtant les jeunes diplômés dans leur ensemble ont une image positive des organisations syndicales : 86% pensent que leur existence est plutôt une bonne chose, une large majorité estimant les syndicats utiles pour améliorer les conditions de travail (85%) ou pour défendre les droits de tous les salariés (78%).

L’efficacité est un critère d’appréciation : ces jeunes ne sont pas adeptes de la tabula rasa et voient le rôle syndical plutôt tourné vers la « proposition » et la « négociation » que vers la contestation. Les enfants des enfants de 68 se distinguent de leurs parents… Ainsi, « les syndicats doivent être constructifs et ne pas s’opposer au bon fonctionnement de l’entreprise. » Toutefois, si l’efficacité est attendue, elle apparaît limitée dans le contexte de crise : seule une minorité de jeunes pense que les syndicats peuvent être efficaces pour défendre le pouvoir d’achat, pour limiter les licenciements ou pour éviter les délocalisations. Les syndicats seraient donc plutôt utiles mais, de là à s’engager, il y a plus qu’un pas ! En effet, une infime minorité des jeunes diplômés (2%) est syndiquée. Un quart dit en avoir l’intention, mais sans vraiment savoir quand. Les trois quarts des jeunes diplômés ne songent pas adhérer à une organisation syndicale… Restent les vieux diplômés. Consolation.

AVE-P.E.-MdE

Le « nouveau » cahier des charges des maisons de l’emploi (MdE), approuvé par le Conseil national de l’emploi le 18 septembre 2009, précisait que « Les maisons de l’emploi n’ont ni vocation à doublonner les structures préexistantes, ni à devenir des opérateurs de placement. Il s’agit donc de mettre en avant leur fonction d’ensemblier. » Au moment de la publication de ce cahier des charges, j’avais commis un article (« Maisons de l’emploi : un nouveau cahier des charges » 20 septembre 2009) probablement remplissant ma boîte à inimitiés mais m’amusant – c’est l’essentiel – plus particulièrement de ce qui était prévu concernant les relations entre MdE et missions locales : « Ce qui est défini mérite la « noix d’honneur » de l’hebdomadaire palmipède et tient en deux lignes et demi : « Les relations entre les maisons de l’emploi et les missions locales s’organiseront en fonction des réalités locales. Il est précisé que l’Etat n’encouragera pas financièrement ces rapprochements mais ne les découragera pas. » Sic. Cela n’est pas sans rappeler la circulaire elliptique du 3 juin 1982 adressée aux préfets pour la création des PAIO : « Le maillage territorial ne doit être ni trop lâche, ni trop serré. Toutes les communes d’une certaine importance doivent disposer d’une permanence. » Ni trop, ni trop… certaine importance… autrement dit la précision d’un certain temps, celui du refroidissement du fût du canon selon Fernand Raynaud. »

Stratégie non impérative.

Et bien, me semble-t-il, on poursuit sur le même registre avec l’accord-cadre portant sur les maisons de l’emploi 2010-2014 entre Pôle emploi et Alliance Villes Emploi signé le 11 février 2010. Sur son site Emploi et Création, Benoît Willot use d’euphémisation, parlant avec modération de « texte assez vague » qui, d’ailleurs, se présente comme « un document d’orientation stratégique national sans caractère impératif. » Voilà qui arrangera les affaires d’un certain nombre (toujours F. Raynaud) de services déconcentrés de l’État qui, soit dit en passant, n’ont jamais été aussi peu contactables pour motif de RGPP et, subséquemment, de cartons dans les bureaux, de numéros de téléphone modifiés et de fonctionnaires-déménageurs glissant d’un service à un autre. Bref, l’État local c’est aujourd’hui très « indirrect » et, semble-t-il, stressant : « Les restructurations dans la fonction publique pèsent sur le climat social », titre Le Monde du 17 février. C’est peu de le dire et cela ne concerne pas que les enseignants de l’académie de Créteil.

Capitalo-marxiste.

Au fait, qu’est-ce qu’un « ensemblier » ? C’est, selon le dictionnaire, une « entreprise réalisant l’installation de matériels complexes ». On s’attendrait donc à ce que les MdE ensembliers assemblent. Sauf que Pôle emploi lui aussi assemble. En fait, la lecture de l’accord-cadre renvoie à l’ennui dont se meurent les parallèles (qui ne s’assemblent, ni se rencontrent), même s’il est écrit dans l’article premier qu’il « organise la coopération » entre les parties. Passons sur le fait que « Pôle emploi et les maisons de l’emploi concourent à apporter une plus-value au territoire » : d’une part cette alchimie reste à démontrer, d’autre part et s’agissant de plus-value, rappelons que celle-ci, indifféremment nommée « survaleur », est « l’excédent de valeur produit par l’ouvrier salarié pendant son temps de travail global, une fois qu’il a reproduit la valeur de sa force de travail (son salaire). C’est une réalité propre au mode de production capitaliste. » (1) Et, accessoirement, un concept central de la théorie marxiste de l’exploitation capitaliste. P.E. et MdE poursuivraient donc trois objectifs : « complémentarité », « synergie » et « culture commune » avec, pour ce dernier item, « le développement d’une culture commune aux agents de Pôle emploi et des maisons de l’emploi {qui} est recherché »… sachant qu’en son sein P.E. a déjà fort à faire entre les ex-ANPE et les ex-ASSEDIC.

On verra.

Article 2, « Gouvernance » : « Les directeurs régionaux de Pôle emploi, qui ont reçu délégation du directeur général pour représenter l’institution, détermineront le niveau de leur représentation au sein des instances décisionnaires de la maison de l’emploi. » Autrement dit, pas grand chose, chaque directeur régional verra que faire.

Caddie.

L’article 3, « Axe Développer une stratégie territoriale partagée du diagnostic au plan d’actions », est un peu plus copieux. Grosso modo, P.E. s’engage à proposer à chaque MdE un « panier {c’est nouveau, pourquoi pas un caddie ?} standard de données statistiques » pour que celle-ci puisse réaliser son diagnostic de territoire. Rappelons à toutes fins utiles que ces diagnostics de territoire ainsi que les plans d’action en découlant ont été conçus puis mis en œuvre dans le cadre de la territorialisation de la politique de l’emploi, en 1998, qu’ils étaient co-animés dans des SPEL (services publics de l’emploi locaux) par les DDTEFP (souvent les coordonnateurs emploi-formation) et l’ANPE… et que, sur de nombreux bassins, ils ont été abandonnés faute de combattants dans les services de l’État. Du neuf avec du vieux. Faire, défaire, refaire… Etc. Côté MdE, elles fourniront à P.E. leurs productions, ce qui est la moindre des politesses, et, « en fonction de la réalité locale et des données disponibles », elles rechercheront et produiront « des données, des observations et des analyses  sur un périmètre territorial plus large que celui de la maison de l’emploi », ce qui ne manque pas d’originalité : les MdE pourront donc réaliser des études sur des territoires dépassant le leur. J’avoue quelque circonspection.

L’article 4 est elliptique : sur les trois axes des MdE (anticipation des mutations économiques, développement de l’emploi local et réduction des inégalités d’accès à l’emploi), P.E. « participe à l’élaboration du plan d’actions et à sa déclinaison opérationnelle ».

Déclinaisons de pouvoir.

L’article 5, « Actions en matière d’accueil, d’information, d’orientation ou d’accompagnement des personnes à la recherche d’un emploi », enfonce le clou de l’imprécision : les MdE « peuvent demander l’accès à DUDE en consultation » et « une action expérimentale pourra être conduite au sein des maisons de l’emploi situées dans les zones rurales, dans le respect du nouveau cahier des charges, afin d’accroître la présence du service public de l’emploi sur ces territoires. » Sachant que 1) la RGPP va exactement dans le sens inverse quant à la présence de proximité des services de l’État ; 2) le cahier des charges des MdE balisait très sérieusement (2) les velléités d’accompagnement (« Si la maison de l’emploi ne respecte pas ces conditions, le préfet de région lui refusera tout financement et ce quel que soit son champ d’intervention. »), on a là un nouvel exemple de ce qui, inévitablement, va générer à l’échelle des terrains de la confusion.

Les articles 6 et 7, « Mobilisation des moyens » et « Organisation de la coopération locale », poursuivent sur le mode hypothétique des possibles : « La contribution de Pôle emploi à l’activité des maisons de l’emploi peut prendre plusieurs formes… Du personnel de Pôle emploi peut être mis à la disposition de la maison de l’emploi… Les conventions bilatérales {…} pourront intégrer ces éléments… »

L’accord-cadre commençait par l’emphase – complémentarité, synergie et culture commune -, il se conclut par la déontologie, sujet qui ne fâchera pas : « L’Alliance Villes Emploi invite les maisons de l’emploi à respecter le fonctionnement du service public… » L’inverse aurait été amusant.

Idée…

J’ignore si le hasard de mes pérégrinations ne me fait rencontrer – à quelques exceptions près – que des territoires où, faute de caisses remplies, les Départements au mieux maintiennent « à moyens constants » leurs subventions aux missions locales, plus largement au secteur de l’insertion, au pire se désengagent. Cependant force est de constater que l’effort financier de l’État, traduit par certains comme une « reprise en mains » et par d’autres comme un réel soutien, comporte le risque d’une approche de plus en plus sériée au domaine de l’emploi et de l’insertion professionnelle, grignotant en route ou en douce l’approche holistique et glissant de l’obligation de moyens à celle de résultats. Que Pôle emploi et les MdE, là où il y en a, se coordonnent a minima n’est évidemment pas inutile mais ne doit-on pas s’interroger sur la stratégie des missions locales qui pourrait être, sinon « offensive », du moins plus innovante et dynamique ? Je réfléchissais ces jours à l’idée d’un « pacte territorial pour l’emploi et l’insertion », proposition à construire.

Ce qu’est un pacte territorial pour l’insertion…

Issu du Grenelle de l’insertion, ce dispositif vise à coordonner les différents acteurs œuvrant pour l’insertion sur un même département. La loi instaurant le RSA précise que le Conseil général doit, avant le 31 mars de chaque année, adopter ou adapter le programme départemental d’insertion (PDI), mais que, avant la mise en œuvre de ce dernier, le Département conclut avec les parties intéressées un « pacte territorial pour l’insertion ». Ce pacte doit définir notamment les modalités de coordination des actions entreprises pour favoriser l’insertion sociale et professionnelle des bénéficiaires du RSA. Si le Département décide librement des institutions qu’il souhaite associer ou non au pacte, la loi désigne cependant les parties prenantes possibles : l’Etat (au titre des contrats aidés et du cofinancement des SIAE), les organismes du service public de l’emploi (Pôle emploi, mais aussi les missions locales, les Plie et, éventuellement, les Maisons de l’emploi), les CCAS, les autres collectivités territoriales, et notamment la Région en raison de ses responsabilités en matière de formation, « les organismes compétents en matière d’insertion sociale » et les associations de lutte contre l’exclusion (ce qui ouvre un large champ possible), les organisations syndicales d’employeurs ou de salariés représentatives à l’échelon national et les chambres consulaires (CCI, chambres d’agriculture et chambres des métiers).

Ce que pourrait être un pacte territorial pour l’emploi et pour l’insertion…

Si le PTI est à l’initiative du Département, on remarque qu’il s’agit bien d’insertion professionnelle et sociale et qu’en théorie y participent, outre l’État, les organismes de la politique de l’emploi. Rien ne s’oppose, tout au contraire, à proposer un cadre se rapprochant d’un PTI mais original et expérimental… sans avoir à attendre que le Département se décide. D’où l’idée d’un « pacte territorial pour l’emploi et l’insertion », c’est-à-dire d’un cadre souple, formalisé par une charte, qui soit sur un territoire homogène une instance de coordination pour la mise en œuvre des politiques publiques d’emploi et sociales. Là où il n’y a pas de maison de l’emploi, cette instance, outre la rencontre et l’échange entre acteurs, pourrait réaliser le « diagnostic territorial sur la base d’une analyse du marché du travail et les potentialités du territoire en matière d’offres et de demandes d’emploi », c’est-à-dire l’axe 1 du (nouveau) cahier des charges des MdE ou, si l’on veut, le travail qui était fait par des SPEL souvent mal en point.

Bonne(s) pratique(s)

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Un peu comme le regard suit la bille qui roule et, heurtant le bord du tapis puis le pied d’une chaise, change de trajectoire, ce PTEI imaginé me rappelait ce qu’il est commun d’appeler une « bonne pratique »… et qui en est effectivement une : la Charte des structures d’accueil – information – orientation (AIO) de Lorraine, conclue pour la période 2009-2012. Ce document, regroupant de très nombreux acteurs, de la Région à l’association des missions locales (AMILOR), de l’AFPA aux chambres consulaires, de Pôle emploi au CRIJ et à la DRDFE, a été signé le 18 novembre 2009. Je me contente ici de rapporter le début de l’article premier, « Préambule » :

« Bien que le cadre légal ne lui confère pas le pilotage régional de l’Accueil, Information, Orientation (AIO), la Région Lorraine souhaite impulser une démarche de coordination et de mise en réseau des acteurs lorrains de l’AIO.

Par rapport à sa compétence en matière de formation et d’emploi, la Région Lorraine a la nécessité de permettre aux lorrains de disposer d’une bonne information/orientation vers les actions de formation qu’elle met en place ainsi que vers tout dispositif contribuant au maintien, à l’évolution ou au retour à l’emploi des lorrains. Cela signifie, pour les lorrains, une information/orientation de qualité quel que soit leur statut ou leur lieu d’habitation.

C’est la raison pour laquelle, la Région Lorraine a pris l’initiative conjointement avec l’État (DRTEFP) de réunir dès octobre 2007 un groupe de travail réfléchissant à cette problématique. Après avoir réalisé un annuaire des structures AIO en Lorraine, ce groupe a proposé la rédaction de cette charte. Le principe d’une charte fédérative des acteurs lorrains de l’AIO au sein d’un réseau a été retenu en 2009 par la Région Lorraine dans son Plan Lorrain pour l’Accès aux Compétences pour l’Emploi Régional (PLACER).

Par ce texte, la Région Lorraine, l’État et les grandes têtes de réseau régionales de l’AIO acceptent de fonctionner dans un esprit d’échanges et de coopération au sein d’un réseau régional. Ainsi, les signataires s’inscrivent pleinement dans la résolution du Conseil de l’Union Européenne « Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation tout au long de la vie » du 21 novembre 2008. »

Naïveté.

D’autres exemples pourraient probablement être rapportés tels que des conférences de financeurs, des conventions pluriannuelles d’objectifs pluri-institutionnelles, la fongibilité des aides (Avenir Jeunes 29 dans le Finistère…), etc. Reste que ce réseau des missions locales manque sérieusement d’une synergie, d’une circulation de l’information qui incite à s’extraire du cadre trop étroit de la seule mise en œuvre d’un programme…

Enfin, ce que j’en dis… Allez, je me replonge dans un aussi volumineux (719 pages) que passionnant ouvrage, Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours (3). De ce côté-là, on sait s’organiser. Ça c’est sûr. Il y a un index de 32 pages, très utile. Par exemple, au mot « UIMM » (Union des industries métallurgiques et minières), on trouve 81 renvois de page. Et on en (ré)apprend des bonnes. Si le rapport à l’entreprise est de toute évidence un point de passage obligé de la professionnalisation des piou-piou, cela n’implique pas de la naïveté…

(1) Labica-Bensussan, Dictionnaire critique du marxisme, PUF, « Quadrige », 1999, p. 1113.

(2) Cahier des charges. 3.2. : « Dans l’hypothèse où une maison de l’emploi, compte tenu des spécificités territoriales, souhaiterait développer sur la base d’une initiative locale, des actions d’accompagnement sans le financement de l’Etat, elle devra respecter les conditions cumulatives suivantes :

respect du schéma territorial de Pôle emploi tel que validé en CRE, dans le sens où l’intervention d’une maison de l’emploi en matière d’accueil, d’orientation et d’accompagnement de personnes à la recherche d’emploi doit répondre à un souci de présence des services publics en milieu rural, et non à doublonner la présence de Pôle emploi au niveau local ;

validation du projet, formalisé dans le cadre d’une convention spécifique conclue entre la maison de l’emploi, Pôle emploi et l’Etat, par le conseil régional de l’emploi. »

(3) (sous la direction de) Benoît Collombat et David Servenay, 2009, La Découverte.