Disparition d’un ami

Publié: janvier 23, 2012 dans Actualité: pertinence & impertinence
Ankou

Il est des évènements qui vous font penser que vous égrenez un chapelet dont chaque bille serait un ami qui disparaît. Un jour ou l’autre, bien sûr, c’est de votre bille dont il est question. En attendant, ce sont « les autres », soit un ensemble de lurons avec lesquels on conjugue le passé définitif, le présent toujours trop rare pour cause d’occupations multiples et le futur des « il faut à tout prix qu’on se voit… on s’téléphone ? »

C’est cette fois le passé avec la disparition d’un coup, sans prévenir, de Bernard Thomas : une crise cardiaque dans le TGV Quimper – Montparnasse, l’axe breton. Jusqu’au bout, Bernard aura été un homme de coeur.

Enquête.

Il y aura bientôt quarante ans, Bernard s’était présenté chez moi un dimanche matin, très tôt du moins au regard de la soirée qui le précéda. Dans sa besace journalistique du Canard enchaîné, une recommandation de May Picqueray, directrice du Réfractaire, ex-collaboratrice de Louis Lecoing (l’homme qui, par une grève de la faim, avait fait céder de Gaulle et avait obtenu la reconnaissance du statut d’objecteur de conscience) et ex-correctrice du Canard enchaîné, pour l’aider dans une enquête sur un événement qui, en son temps, fut un facteur d’accroissement significatif de la natalité en Bretagne… le plasticage du relais de télévision Roc’h Trédudon, le 14 février 1974. Officiellement, des Pieds nickelés du Front de Libération de la Bretagne en étaient responsables… en fait, c’était l’armée en manœuvre nocturne, une version inédite des Bidasses en folie . Toujours est-il que les Bretons furent privés de l’étrange lucarne et compensèrent par un surinvestissement affectueux que d’aucuns qualifient de crapuleux dès lors qu’il se produit durant la sieste.

Avec Bernard, dans son manoir d’Esquibien d’où il écrivait sa chronique « Ça n’arrive qu’aux autres » pour l’hebdomadaire palmipède « paraissant le mercredi » (avec l’angoisse chaque lundi), le monde était réinventé chaque soir autour de sa table ouverte aux quatre vents des amitiés. Ca soufflait dur : les surmoi étaient solubles dans les bulles et les alcools plutôt tourbés, les moi y proliféraient… et cela pouvait donner des résultats. C’est ainsi qu’un de ces soirs fût imaginé un beau projet qui mobilisa deux mois durant les jeunes des quartiers populaires (DSQ) brestois pour figurer dans La croisade des enfants, téléfilm que Serge Moati réalisa à partir de l’ouvrage éponyme de Bernard Thomas (éditions Fayard, Paris, 1973). Serge Moati tînt promesse: la Première se déroula à Brest et un cinéma de Recouvrance ouvrit ses portes aux jeunes et à leurs parents sur leur trente-et-un.

Bernard est né à Brest une belle année, 1936. Il est mort ce 12 janvier après un sacré bout de chemin : du Magazine littéraire à L’Idiot international, du Canard enchaîné au Masque et la Plume, une quinzaine d’ouvrages…

Nous avions dîné en tête-à-tête il y a deux-trois mois à une bonne table italienne non loin de la Tour Eiffel, près de son pied-à-terre parisien. Coup franc de fourchette et de gosier même s’il trainait un peu la patte, il avait, bien entendu, plein de projets qu’il ne réalisera pas.

Kenavo, Bernard !

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