La vie comme on la lit. Ou l’écoute.

Publié: janvier 14, 2012 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures
Spécial copinage…

Les auditeurs de France Culture connaissent le nom de Clémentine Autain qui, entre autres participations à cette radio (indispensable), y tient une chronique hebdomadaire décapante. Elle est également gérante d’une société coopérative qui publie la revue Regards et qui dispose d’un site du même nom où tous les articles sont en libre consultation. Voilà – mensuel et blog – une lecture  à vraiment recommander… si l’on ne souhaite pas s’en tenir à laisser son « cerveau disponible » via les addictions à TF1 ou M6. Prolixe, Clémentine Autain signe dans Le Monde du 7 janvier un article « La coopérative est l’avenir de l’entreprise. La SCOP, une solution par temps de crise ». Rappelons que les SCOP s’inscrivent dans le vaste mouvement de l’économie sociale et solidaire (ESS), comme les associations et les mutuelles. Plus largement l’ESS, nourrie de l’éducation populaire, fût originellement la construction de réponses humaines et humanistes, mais également émancipatrices, constructives et offensives, à la « question ouvrière » des débuts de l’industrialisation : paupérisation, inculture… Un de ces jours nous retracerons cette histoire tant il est vrai que la période actuelle de confusion axiologique et de faillite démocratique appelle, pour que les bourgeons ne soient pas qu’un épiphénomène hivernal imputable au réchauffement climatique, que les racines irriguent de nouveaux rameaux. A ce propos, on peut s’accorder trois minutes en écoutant la chronique de Brice Couturier à propos de l’ouvrage L’oligarchie des incapables cosigné par Sophie Coignard et Romain Guibert. C’est limpide. sans appel.

SCOP…

« {…} L’idée de créer une société coopérative et participative apparaît de plus en plus comme une solution envisagée par les salariés d’entreprises menacées. Ce regain dit à la fois l’esprit de combativité qui résiste à l’air du temps, la soif de démocratie et l’envie de retrouver du sens à la production commune de richesses.

{…} La coopérative est une forme ancienne de société, mais elle trouve aujourd’hui toute sa modernité. Ce qu’elle met en jeu constitue, en ces temps de crise, une partie de la solution économique, industrielle et sociale. De plus en plus de salariés l’envisagent comme un recours quand leur entreprise est en difficulté ou quand se pose la question de la relève du patron historique – défi imminent pour des dizaines de milliers d’entreprises. Mais la SCOP n’est pas d’abord une solution pour faire face aux crises.

Des fleurons dans le secteur des services aux entreprises (Chèque Déjeuner), dans le secteur industriel (Acome), dans celui de l’ingénierie ou du bâtiment fonctionnent en SCOP, parfois depuis des décennies. Qu’on se le dise : la coopérative est souvent performante économiquement et solide dans la durée. Parce que le capital est majoritairement entre les mains des salariés, les SCOP ne se délocalisent pas. Parce que l’entreprise appartient aux salariés, ceux-ci vivent une expérience inédite, d’un grand intérêt pour eux-mêmes, ce qui donne du coeur à l’ouvrage.

{…} Même si, au quotidien, ce partage de la décision n’est pas une sinécure, bute sur les inégalités de capital culturel, sur les rapports de domination en tous genres, c’est dans cette originalité que réside son intérêt, sa pertinence pour l’avenir. Il faut savoir se défaire des a priori sur ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Quand il faut inventer, réajuster ou redéfinir le projet de l’entreprise, la mobilisation des salariés est un atout inestimable. Coopérateurs, ils y sont incités.

Les SCOP se déploient dans le marché réel. Elles n’ont pas, à elles seules, les réponses à tous les dérèglements du néolibéralisme, de la financiarisation de l’économie, de la concurrence au mépris du bien commun.

Mais elles doivent faire partie d’une politique qui cherche une alternative aux désordres actuels. Car dans les SCOP s’éprouve un autre partage des pouvoirs, des richesses et des savoirs. Nous sommes très nombreux à être très fiers et pleins d’espoir devant l’audace de tous ces salariés qui osent le projet coopératif. Ils méritent notre solidarité et le soutien de la puissance publique. »

Vidéosurveillance.

En bonus, un article signé Emmanuel Riondé paru dans Regards, également le 7 janvier : « Médiatrice culturelle vs vidéo-surveillance » (vs signifiant « versus », c’est-à-dire « à l’opposé »).

« Connaissez-vous Gaillac ? Non !

Cette charmante cité tarnaise a pourtant deux atouts : d’abord son vignoble à flanc de coteaux dont la production s’améliore chaque année ; et puis cet enfant du pays devenu un authentique « pipol » national : l’ex-sélectionneur du XV de France, ex ministre des Sports, garçon colérique surnommé « Eagle 4 », ci-devant Bernard Laporte. Du bon vin, une figure rugbystique, les 13 000 habitants de Gaillac ont donc tout pour être heureux. D’autant que la mairie est socialiste et que la ville – située sur l’axe Albi-Toulouse, au coeur d’une région dynamique et prisée – est dotée d’une MJC récemment refaite à neuf. Le bonheur, on vous dit.

Mais rien n’est parfait. La MJC, fréquentée toute l’année par environ 200 jeunes, vient ainsi de se séparer d’une médiatrice culturelle. Pas le choix : la mairie refusant de compenser les baisses de subvention, la structure a dû se résoudre à réduire son effectif. Le genre de dégraissage dont on entend beaucoup parler ces temps-ci dans le champ socioculturel et de l’éducation populaire. Seulement voilà, dans le même temps, la MJC de Gaillac s’est dotée de huit caméras de vidéo-surveillance… Pour zieuter un site qu’on a du mal à imaginer comme étant la cible d’un banditisme féroce. Coût de l’opération : environ 25 000 euros, soit, grosso modo, un an de salaire brut d’une médiatrice culturelle. Si ça ne s’appelle pas un choix de société, ça… »

Sirop.

Banale illustration d’une société qui, de sociale, dérive vers le pénal… sans pour autant être économe de discours (un peu sirupeux) sur l’accompagnement. Faut-il le préciser ? En analysant les budgets municipaux, on remarquerait un fossé abyssal  dans bien des cas entre le déclaratif – « Les jeunes, une priorité absolue ! » – et la réalité – quelles subventions pour qui, pour quoi ? –. Les collectivités territoriales sont financièrement prises à la gorge ? Sans doute. Raison de plus pour que s’exerce une vigilance sur leurs choix. C’est une question d’éthique de responsabilité, comme l’aurait dit Max Weber. Ceci étant, par les temps qui courent, l’éthique…

A suivre…

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