Vœux d’ailleurs qu’ici. 5.

Publié: janvier 11, 2012 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi
Fine et forte.

Lorsqu’on dit moutarde, on pense Dijon, comme Cambrai se marie à bêtises, fraises à Plougastel, etc. Il en est ainsi des automatismes et des stéréotypes. Soucieux de lutter contre la macdonaldisation du langage, on évitera donc toute allusion à l’émulsion des graines de brassicacées ainsi que, par respect pour la mémoire des Poilus, toute association malheureuse avec le gaz. Disons que, cette fois, les vœux proviennent d’une capitale régionale sise à 310 kilomètres au sud-est de Paris et à 190 kilomètres au nord de Lyon.  Des vœux synthétiques, concentrés comme une crème de cassis, mais qui ouvrent la porte à la présentation d’un texte… nettement moins synthétique dont l’intérêt est aussi manifeste que les commentaires qu’il a suscités sont bien maigres… en tout cas dans le secteur de l’insertion.

Frédéric. 4056.

« Bonjour, et meilleurs voeux à tous !

Grand lecteur du blog… mais tout petit contributeur.

Quid de la proposition de loi n° 4056 (permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir) qui, pour le coup, n’a aucun avenir immédiat ? »

P.L. De la plume de Marie-Georges Buffet, la proposition de loi évoquée par Frédéric est cosignée par Jacqueline Fraysse, Marie-Hélène Amiable, Martine Billard, Alain Bocquet, André Chassaigne, André Gerin, Daniel Paul, François Asensi, Jean-Claude Sandrier, Jean-Jacques Candelier, Jean-Paul Lecoq, Jean-Pierre Brard, Marc Dolez, Michel Vaxès, Patrick Braouezec, Pierre Gosnat et Roland Muzeau. C’est-à-dire le groupe parlementaire « Gauche Démocrate et Républicaine » qui recense vingt-et-un députés (ici, liste de ces députés). Le titre de cette proposition, enregistrée le 7 décembre dernier à l’Assemblée nationale, est « Cadre visant à permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir » (Proposition Loi 7-12-2011 Jeunesse, texte complet : 56 pages…).

Rappelons-nous, concernant Marie-Georges Buffet, qu’elle fût ministre de la Jeunesse et des Sports – avec une autre stature que l’actuel collecteur de pièces jaunes – et que c’est sous son autorité que fût publié Le livre blanc de l’éducation populaire (Les éditions de l’Atelier, 2001) dont bien des réflexions pourraient aujourd’hui être reprises et inspirer une politique jeunesse(s).

Aspirations.

Cela commence classiquement par « l’exposé des motifs » qui, réfutant les « deux politiques possibles : la répression et l’assistanat », s’appuie sur les aspirations des jeunes, à savoir :

«  La première chose qu’ils mettent en avant, c’est la nécessité de rendre effectifs les droits existants, qui sont solennellement proclamés par la République mais qui peinent dans les faits à être réellement mis en œuvre. » Ceci correspondant aux solutions face aux problèmes du logement, de la mobilité, de la santé, de la culture et de l’exercice de la citoyenneté.

« La deuxième volonté qu’ils expriment est celle d’être autonomes financièrement. » Ainsi la proposition de loi avance-t-elle sur les questions de lutte contre les bas salaires, de meilleure rémunération des stages et de l’apprentissage avec « une allocation d’études et une allocation de recherche d’emploi ou de formation ouverte aux jeunes qui n’ont pas encore cotisé. » (ce qui devrait répondre aux « vœux – réflexions » de Régis : « Le montant de cette allocation comporte une partie socle universelle et une partie progressive calculée en fonction des revenus du foyer fiscal auquel le bénéficiaire est rattaché. », art. 20, alinéa 14).

« La troisième aspiration des jeunes est d’être mieux accompagnés vers l’emploi. » Nous détaillons plus particulièrement ce chapitre… tout en recommandant la lecture de toutes ces autres propositions marquées à l’aune du bon sens, de la responsabilité intergénérationnelle et – enfin – d’une politique jeunesse(s) qui ne soit ni guidée électoratactiquement par le stop and go, ni synonyme d’aumône.

– Enfin, puisque au jeu du « qui dit » à la notion de jeunes on associe celle de précarité, le texte conclut par « un certain nombre de mesures visant à lutter contre le recours à l’emploi précaire et contre les détournements de l’apprentissage et des stages de leur objet par des sanctions pénales et financières, mais aussi en renforçant le droit d’alerte des syndicats en la matière. »

Permis de se conduire.

Bref, un bon et copieux menu. Voyons ce qu’il en est de l’accompagnement vers l’emploi et la formation (chapitre III)… juste après avoir remarqué ce qui, depuis désormais longtemps, semble une évidence, la formation des jeunes au permis de conduire (article 6), formulé ainsi : « Une formation théorique et pratique à la conduite est également dispensée gratuitement à tous les élèves du second degré de plus de 16 ans qui le souhaitent. Elle est effectuée par des formateurs agréés de l’éducation nationale ou par les établissements mentionnés à l’article L. 213-1 du code de la route. Elle est sanctionnée par l’obtention du permis de conduire mentionné à l’article L. 221-1 du même code. » Dans la proposition de loi, ce sont tous les jeunes scolarisés qui seraient bénéficiaires. Sur le principe, on ne peut être que d’accord : si le rôle de l’école est de transmettre des savoirs (objectifs cognitifs et culturels), il est aussi de préparer à l’autonomie sociale et, par l’insertion professionnelle ultérieure, à l’indépendance économique (objectifs sociaux, sociétaux et économiques). Or, de toute évidence, le permis de conduire est une condition quasi-point de passage obligé de l’insertion professionnelle, sinon de l’intégration. A ce titre, apprendre à conduire c’est aussi apprendre à se conduire et à devenir autonome (du grec autonomos : « gouverner selon sa propre loi »). La conduite et le permis, discipline parmi d’autres disciplines, devraient donc faire partie du socle commun de connaissances transmises par le système de formation initiale. Reste que, peut-être, le coût d’introduction d’une nouvelle discipline – bien plus intéressante, hormis pour les futurs boursicoteurs, que l’économie dont la « commission Attali » préconisait l’enseignement dès le primaire (1) – apparaîtra à certains trop élevé. Dans ce cas, s’il faut cibler et expérimenter, la population prioritaire devrait être celle des jeunes en alternance et en apprentissage pour au moins deux raisons. Premièrement, ces jeunes proviennent majoritairement des classes populaires et sont donc généralement peu dotés économiquement : même à un euro jour, le permis de conduire ne leur est pas facilement accessible. Deuxièmement, parmi les obstacles à l’insertion, la mobilité est le thème le plus récurrent dans les discours et analyses des acteurs de l’insertion, professionnels mais également institutionnels et politiques. A juste titre car l’apprenti ou le jeune en alternance se déplace entre trois lieux : son domicile, son lieu de travail et son lieu de formation… une équation parfois bien difficile à résoudre, a fortiori dans certains secteurs tels que l’industrie où l’on travaille en 3 x 8.

Accompagner vers l’emploi et la formation.

Pas moins de quinze articles composent ce chapitre, distribués en trois titres : « Rendre effectif le droit à l’apprentissage et aux études » (articles 25 à 32), « Soutenir les jeunes dans leurs démarches de recherche d’emploi ou de formation » (articles 33 à 35) et « Faciliter l’entrée des jeunes dans le monde du travail » (articles 36 et 37).

Le titre 1, « Rendre effectif le droit à l’apprentissage et aux études », recouvre des propositions telles que la fixation par branche d’un nombre minimal d’apprenti-e-s, la formation pour les tuteurs et maîtres d’apprentissage (« … que la formation des tuteurs ainsi qu’un programme national pour les apprenti-e-s soient fixés avec les organisations syndicales lors de la négociation triennale »), l’élaboration d’un programme national pour les apprenti-e-s (art. 25), la suppression des exonérations de cotisations sociales et de l’aide forfaitaire pour les entreprises ne recrutant pas un nombre minimal d’apprenti-e-s (art. 26), ainsi que d’autres mesures intéressant les étudiants (plafonnement du montant des droits d’inscription exigibles par les universités, facilitation des visas pour les étudiant-e-s étrangers et interdiction des expulsions… on perçoit là les effets de la circulaire Guéant).

Le titre 2 intéresse plus particulièrement le secteur de l’insertion puisqu’il s’agit de « soutenir les jeunes dans leurs démarches de recherche d’emploi ou de formation ». L’article 33 préconise l’ « augmentation des effectifs de Pôle Emploi pour garantir aux personnes inscrites un accompagnement réellement personnalisé, en limitant le nombre de personnes suivies par agent et en fixant une durée minimale d’entretiens » et l’article 34 demande « un meilleur soutien financier des missions locales » correspondant à « un renforcement des moyens des missions locales pour les jeunes les plus en difficulté ». Ce même article précise que « Dans les six mois suivant la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport relatif à la situation des missions locales mentionnées à l’article L. 5314-1 du code du travail, ainsi qu’aux conditions d’une amélioration de la prise en charge des jeunes, notamment en termes de moyens financiers supplémentaires. » La confiance règne… mais, dès lors qu’on se souvient que, lorsque les députés votant le droit à l’accompagnement confiaient celui-ci aux missions locales, l’administration concoctait un appel d’offres pour le contrat d’autonomie en direction des « OPP » (opérateurs privés de placement), on comprend mieux. L’article 35 revendique « la création d’un véritable service public de l’orientation pour faciliter les démarches prises par les jeunes pour trouver un emploi ou une formation. »

Le titre 3 enfin, « Faciliter l’entrée des jeunes dans le monde du travail », prévoit l’«instauration d’une formation initiale dans les entreprises à chaque nouvelle prise de poste, pour que le salarié puisse mieux connaître son environnement professionnel et syndical »  (article 36) et demande que soit instaurée « une formation au droit du travail encadrée par les syndicats pour que le salarié puisse mieux connaître et exercer ses droits personnels et collectifs. » (article 37).

Envie d’agir.

Au total, ce sont 48 articles – dont certains, bien sûr, sont sujets à discussion, singulièrement avec les Régions pour ce qui concerne l’alternance et l’apprentissage – qui constituent cette proposition… dont on imagine qu’elle sera loin de faire l’unanimité malgré le consensus aussi absolu que métronomique sur la jeunesse « devoir d’avenir », « impératif national », etc. Le groupe parlementaire écrit pourtant tout-à-fait justement : « Aucune loi cadre sur la jeunesse dans sa globalité n’a pour l’heure vu le jour. Les mesures sectorielles s’empilent avec un évident manque de cohérence. Mais les revendications portées par les jeunes ne peuvent être comprises comme des aspirations dispersées, sans rapport les unes aux autres. Au contraire, elles font sens uniquement si elles sont prises dans leur globalité. Logement, études, salaires, chômage, tous ces sujets sont intimement liés. Ils doivent être donc abordés conjointement pour être traités convenablement. Aussi, cette proposition de loi prend le parti de replacer les revendications formulées par les jeunes dans le cadre d’une analyse multidimensionnelle de leur situation. » Qu’à l’approche globale de l’insertion corresponde une politique globale formalisée dans une loi-cadre serait, de toute évidence, une véritable avancée et, lorsqu’on lit cette proposition de loi, compte-tenu du large périmètre des thèmes, on se prend à rêver à une politique jeunesse(s)…

En ces temps plutôt moroses, sinon dépressifs, un peu de rêve ne peut nuire, voire même peut réactiver l’envie d’agir, non ? D’autant plus que nous sommes encore pour deux semaines à la période des voeux.

A suivre…

(1) Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française, sous la présidence de Jacques Attali, 2008. « L’enseignement de l’économie doit être aussi, dès le primaire, concret, positif, et exigeant sur les dimensions éthiques, sociales et écologiques de la croissance. Il devra expliquer le rôle du travail, de l’entreprise et de l’entrepreneur, montrer que le scandale est dans la pauvreté plus que dans la richesse, dans les injustices plus que dans les inégalités. Il devra expliciter le rôle relatif de la concurrence et des collectivités publiques dans la création et la répartition des richesses. » (p. 27). On remarquera que cet enseignement de l’économie est présenté sous de beaux atours : éthique, social, écologie, lutte contre les inégalités… On peut cependant douter de ces belles intentions, a fortiori dans un rapport apologétique sur la croissance, et se demander si, bien plus prosaïquement, il ne s’agit pas de former de futurs consommateurs. Le rapport Attali ne préconise pas l’enseignement de la philosophie au primaire. L’homo oeconomicus s’asperge de l’eau bénite des vertus économiques.

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    je ne peux que réagir à l’insertion de mon collègue et camarade de Dijon…
    En lui posant une colle : avec Marie-Georges Buffet on a le PCF …
    Mais j’ai appris ce matin qu’il y avait la PCF…. qui en est l’auteur??? et cela concerne quoi???
    (comme quoi ils récupèrent tout de l’héritage de la gauche, même les sigles… c’est cela l’écologie, on recycle tout…).

  2. rbeaune dit :

    Je ne vais pas vous laisser languir…
    LA PCF est la participation à la compétitivité de la France, autre appellation de la TVA sociale pour Mme Nadine Morano…
    La TVA peut être sociale, le sigle PCF peut être repris (même féminisé)…
    Où va-t-on ???

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