Vœux d’ailleurs qu’ici. 4.

Publié: janvier 10, 2012 dans Actualité: pertinence & impertinence, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi
Abbaye.

Ah, si chaque mois était celui des vœux ! On passerait d’un blog à une plateforme collaborative, d’une intelligence limitée et distribuée (qui peine souvent : l’angoisse de l’écran blanc) à une intelligence partagée et féconde ! Voici donc à présent, directement de Poitiers, les vœux de David. Poitiers dont une des caractéristiques majeures est  d’avoir abrité la première abbaye de femmes (Sainte-Croix, fondée par sainte Radegonde au VIe siècle) et dont la seconde est de disposer d’une mission locale dont l’équipe, impliquée dans la recherche-action schwartzienne  n’est pas moins dynamique que son directeur David, lecteur et contributeur de ce blog. Subséquemment, ses vœux… (ci-contre, une photo de la mission locale… ou peut-être de l’abbaye?)

David. Mais comment font les collègues ?

« Tous mes vœux de santé, de courage et d’abnégation aux équipes des ML pour une année de changement !

Une année de clairvoyance aussi, bien mal engagée semble t-il quand je découvre qu’une majorité de ML ont commencé à mettre en œuvre l’ANI/volet « décrocheurs » signé par les partenaires sociaux et confié à la DGEFP. Vu du Poitou-Charentes, où moins de 1% de réalisation vient d’être constaté (et déploré par les autorités), je me demande comment font les autres !

Pour notre part, nous avons demandé des conditions minimales de réussite comme l’élargissement du délai d’entrée des jeunes au 31 mars 2012 minimum (il semblerait que sur ce point on y vienne péniblement) ou la possibilité d’associer l’engagement ANI au CIVIS, simple préoccupation d’efficience par la satisfaction de laquelle on ouvrirait instantanément la boîte à outils de l’accompagnateur (sans réinventer des usines à gaz spécifiques ANI) et surtout pour ne pas mettre deux programmes nationaux en concurrence. Concurrence déséquilibrée en outre puisqu’en l’état l’ANI ressemble à du CIVIS mais il n’en a que la couleur… mais pas la substance pourtant pas si savoureuse que cela ! Bref du CIVIS « Canady dry » ou du « discount ».

Et le financement ! 0 € pour le considérable et crucial travail de diagnostic, 30% à l’atteinte de l’objectif (emploi durable ou formation qualifiante) ce qui revient, au taux de sorties positives actuel observé sur CIVIS – environ 25% – à envisager d’ores et déjà le non paiement de 22,5% des ressources théoriquement prévues pendant que 100% (au moins) de l’énergie aura été consommée par la ML.

Alors comment font les collègues pour s’engager dans cette galère ? La bienveillance espérée des partenaires sociaux mérite t-elle qu’on se consacre autant à produire l’échec d’un nouveau programme ? N’aurait-on pu espérer des partenaires sociaux qu’ils nous permettent d’être en situation d’innover plutôt que de recopier un sous-produit extrait des tiroirs de la DGEFP ? Peut-on espérer qu’à compter de 2012, pour penser une action publique vers les jeunes, on commence par les écouter et par écouter celles et ceux qui œuvrent à leur côté ?

Voilà, j’ai formulé mon vœu ! Alors bonne année ! »

Réaction immédiate de Denis… Un p’tit effort !

« Merci David,

Je vois que certains ont compris les problèmes liés à l’ANI. Un dispositif sans outil qui vient en concurrence avec le CIVIS, mais sans allocation interstitielle, sans PMP, sans accès aux contrats aidés. Et on demande à des professionnels de faire entrer des jeunes dans un dispositif alors que personne ne peut y croire !

Seule solution viable : absorber l’ANI dans le CIVIS. Allez, un petit effort au nom des jeunes, SVP ! »

P.L. Merci pour vos contributions, celles déjà exprimées du « noyau dur » des contributeurs et celles qui, n’en doutons pas, vont s’exprimer des lecteurs – 200 à 300 quotidiennement – réguliers ou épisodiques. « Les jeunes, on commence par les écouter… », écrit David, ce qui m’incite à commenter rapidement un texte dont le le-désenchantement-de-la-jeunesse-une-imposture m’a été justement transmis par Denis .

Daté du 15 novembre 2011, c’est un article de Jean-Christophe Poulet, directeur départemental de l’Ecole de la deuxième chance du Val d’Oise, ça s’appelle « Le désenchantement de la jeunesse est une imposture » et c’est sur un blog animé par les auteurs de l’ouvrage éponyme, La machine à trier, dont il a déjà été question ici. Si Stéphane Hessel (Indignez-vous ! puis Engagez-vous !) et Ariane Mnouchkine (le Théâtre du Soleil) sont pour le moins engagés, si le philosophe Alain Badiou – sans doute parmi les derniers à célébrer le maoïsme – et Annah Arendt sont convoqués pour les besoins de l’argumentaire, l’article ne peut s’empêcher quelques saillies signifiantes (« Cette phrase extraordinaire devrait résonnée (sic) dans les cerveaux de nos « penseurs pensifs », nos « soucieux socialistes »… », « Pas étonnant ensuite que les jeunes en politiques (sic) ont une langue de bois terrible (je pense à des discussions avec des jeunes MJS… » – MJS signifiant Mouvement des Jeunes Socialistes -, « D’un côté 60 000 postes de proposer (sic) pour essayer de flatter le SNES toujours prompt à croire qu’il est propriétaire de l’école… », etc.). Il est vrai que, parmi les auteurs de La machine à trier, on recense Olivier Galland et Pierre Cahuc… qu’on ne soupçonnera assurément pas de krypto-gauchisme ! La difficulté posée par ce texte est son ambigüité car, si l’on s’accorde sans peine sur nombre de constats aussi justes que guère originaux (« La société porte un regard désenchanté et ne croit plus en sa jeunesse… »), d’autres analyses tirent le lecteur vers un conformisme bien éloigné de l’appel au sursaut de Stéphane Hessel considéré comme « très fort » mais laissant « un goût d’inachevé » (pour achever, il suffisait de lire la suite : Engagez-vous! puis, avec Edgar Morin, Le chemin de l’espérance). Ainsi le vibrant appel  à l’autorité (« Vive l’Autorité ! », avec une majuscule) – « Ce qui manque à notre jeunesse, c’est l’autorité » -, bien entendu non confondue avec l’autoritarisme (« Pas le mélange et l’amalgame entre autorité et pensée sécuritaire… »), qui nous conduit à ce message subliminal de la conclusion : « Ecoutons la jeunesse, elle n’incrimine pas, ne réclame pas l’impossible. Elle demande de travailler et de fonder une famille. L’écouter c’est déjà l’impliquer en politique. » Traduction : écoutons les jeunes, de toute façon il n’y a aucun risque, dormez tranquille sur vos deux oreilles : leurs aspirations sont banalement celles de la reproduction ; elles sont aux antipodes du « Soyez réalistes, demandez l’impossible »…

A suivre.

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commentaires
  1. Henriette dit :

    Ce sujet est justement le thème d’un grand colloque organisé par la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi et Libération, ce jeudi 19 janvier 2012, entre 18h30 et 20h30, dans le grand amphithéâtre de l’ESCP Europe.

    Autour des auteurs de « la Machine à trier – Comment la France divise sa jeunesse », de Xavier Bertrand, le ministre du Travail, de Vincent Peillon, chargé des questions scolaires dans l’équipe de François Hollande, de chefs de grandes entreprises, d’acteurs de l’insertion et de jeunes d’horizons divers, ce sera l’occasion d’un grand débat de société pour proposer aux décideurs des solutions à un problème grave.

    Pour y assister et participer, inscrivez-vous -ainsi que toute personne intéressée par le sujet- ici :
    http://tinyurl.com/machineatrier

    Sur le Blog http://lamachineatrier.blogs.liberation.fr/ ou sur le site web de Libération, vous pourrez suivre le débat en live, poser vos questions et faire part de vos commentaires à distance.

    Nous comptons sur votre participation !

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