Pour l’allocation d’autonomie.

Publié: janvier 10, 2012 dans Insertion/missions locales

Cet homme, décidemment, est en verve… et l’on ne s’en plaindra pas ! Voici donc une troisième contribution de Régis, les vapeurs bourguignonnes des Côtes de Beaune s’étant manifestement dissipées pour laisser la place à de nombreuses réflexions et propositions, seules possibles à partir d’eau ferrugineuse… qui mériteraient sans doute que les uns et les autres, lecteurs, s’expriment.

Régis.

« Quand on aime on ne compte pas…

Je parlais de « double vœu » car je voulais mettre en avant d’autres points…

Le premier concerne la durée d’accompagnement dans un dispositif (CIVIS pour ne pas le nommer) liée au niveau de diplôme. Cette méthode facile pour encadrer les financements a deux inconvénients majeurs :

– Il est très pénalisant pour les jeunes femmes qui, souvent poussées par leurs familles à avoir un premier niveau de diplôme, se sont engagées dans des formations où l’absence de débouchés est total (notamment dans le domaine administratif). Dès lors, il faudra mener un double travail : d’abandon des espoirs dans ce type de métier (sauf à poursuivre jusqu’à minimum bac + 2) et de travail sur un nouveau projet plus réaliste par rapport aux opportunités du monde du travail. »

P.L. La question du « projet plus réaliste » est difficile. Elle fait appel à cette « expertise pratique » des conseillers, au cas-par-cas. Pour certains jeunes, sans aucun doute, le renvoi au principe de réalité est nécessaire face à un comportement « enchanté », c’est-à-dire non pas heureux mais peuplé et parasité d’erreurs, de croyances… Nos cousins de la Belle Province, dans leurs « Carrefours Jeunesse Emploi », ont de longue date mis en œuvre des stages de désaccoutumance aux « addictions comportementales », par exemple celles des jeux virtuels qui déconnectent de la réalité, avec lesquels, au bout d’un certain temps, la frontière entre virtuel et réel est poreuse. Le principe de réalité est également nécessaire dès lors que l’écart entre le souhaité et le possible est si grand qu’inévitablement, si une réorientation n’est pas engagée, l’échec sera au rendez-vous. Cependant, nombre de fois, le projet professionnel porte bien mal son nom : au lieu d’être la synthèse négociée d’une dialectique entre projet de vie et conditions (internes – compétences, capacités – et externes – offres, opportunités -), il se résume à l’orientation contrainte vers « les besoins de l’appareil productif ». Il ne reste à ce moment au jeune plus qu’une chose : faire de nécessité vertu. Cette surdétermination, que l’on pourrait appeler un projet hétéronome (vs. autonome), est d’autant plus forte que s’exerce sur les professionnels une stricte et seule logique quantitative doublée d’injonctions de « performance ». Un indicateur, à ce moment, est la place qu’occupent dans l’accompagnement mais également dans les préoccupations partagées entre professionnels le thème et l’objectif de « l’emploi de qualité ». Sauf erreur, il semblerait que, par oubli, dépit ou déni, dans bien des structures on ne se pose pas ou plus cette question… Hélas.

Régis. « Il nie le droit au changement, à l’erreur : je me suis formé dans un métier, mais, pour différentes raisons, je veux changer de voie… Pourquoi demander aux jeunes ce que peu d’entre nous ont réalisé, soit une rectitude dans la vie professionnelle ? Pourquoi celui qui a bossé à l’école pour atteindre un diplôme serait pénalisé dans la suite de sa vie professionnelle par rapport à celui qui n’a rien fait scolairement ? Ne dit-on pas qu’un jeune devra obligatoirement changer 4 ou 5 fois de métier dans sa vie professionnelle ? Pourquoi cet avis partagé serait valable si le changement est imposé par l’économie et non valable si la personne en est à l’origine ? »

P.L. Plus largement, semble-t-il, chacun pourra s’accorder sur le fait que la jeunesse est une période d’expérimentations… comme l’adultéité est celle de la sédimentation de ces expérimentations en expérience. Celles-ci impliquent réussites et échecs, « essais – erreurs », tâtonnements… donc du temps. Réduire le temps des expérimentations revient à réduire le champ des possibles et, inévitablement, à privilégier l’orientation commune… qui est celle où la majorité s’engouffre, ce qui produit, inévitablement, une embolie : la jeune fille peu ou non qualifiée va garder des enfants ou vendre des vêtements… et, comme toutes ou presque raisonnent de la même façon, elles constituent une « armée de réserve » à partir de laquelle les conditions objectives de travail évolueront peu. A la manière du Cercle des poètes disparus, il faut inciter les jeunes à grimper sur leurs tables pour modifier leur perspective sur le monde et leur place dans ce dernier : être acteur pour agir le monde et non agent pour être agi par le monde.

Ceci étant, il serait risqué et probablement très dangereux de s’en tenir à cette logique d’expérimentation si elle n’était doublée d’un accompagnement garantissant la validation systématique des situations vécues et des compétences acquises lors de celles-ci. A l’inverse, cela ne sédimenterait pas, cela ne coagulerait plus, cela ne serait que dispersion. Cet accompagnement s’impose au titre de l’équité pour celles et ceux qui sont les moins dotés (économiquement, culturellement, socialement, symboliquement) car « L’inégalité première est bien désormais l’inégalité face au changement. » (1)

Quant au traitement différencié selon qu’il s’agisse des jeunes ou de l’économie, certes… et on s’y est habitué : ce sont évidemment les insiders qui plaident pour la mobilité… des autres.  Ceci étant, à cette époque de grande confusion, alors que Marine Le Pen invoque les « invisibles » ou que notre président reprend à son compte la taxe Tobin portée par les altermondialistes (à l’époque, jugés farfelus) ou encore promeut une TVA « sociale » qui allège les charges des entreprises en faisant payer les consommateurs, il n’est pas inutile de rappeler ces évidences.

Régis. « Le deuxième voeu {j’avoue ne plus très bien comprendre la comptabilité de Régis… pourtant ex-banquier !} concerne les contrats aidés. Cette mesure entre dans le cadre du traitement social du chômage… mais où est l’aspect « social » des choses car peut-on imaginer qu’en assurant un revenu portant sur 20h de travail on permette le maintien en autonomie d’un jeune ? Que lui reste-t-il après avoir assumé ses charges fixes ? Quand pourra-t-on en faire un instrument de la politique d’insertion ? Sur la base de trois jours de travail et de deux jours de formation rémunérée… Il y a une complémentarité – et non concurrence – à rechercher avec les contrats en alternance.

Le troisième concerne la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle. Si mes sources sont bonnes, la dernière revalorisation date de 2000. Comment un jeune mineur peut-il, avec 130,34 €, assumer les charges qu’entraîne une entrée en formation dès lors qu’il a assuré des frais de transport, de repas, d’équipement ? Comment avec 333,35 € ou 652,82 € (s’il a travaillé) peut-il rester dans une démarche d’indépendance vis-à-vis de ses parents ? Certes, il est avancé qu’une rémunération trop élevée pourrait inciter des élèves à quitter la formation initiale… mais, pour autant, en empêchant financièrement les jeunes qui n’ont pas un soutien familial suffisant d’accéder à la formation, on crée, on aggrave une inégalité. Ne peut-on pas imaginer une rémunération et une prise en charge des frais ?

Le quatrième serait un peu la synthèse de tout cela en dotant chaque jeune d’un capital lui permettant de bénéficier d’une durée de formation, d’une durée d’accompagnement renforcé et d’une allocation d’autonomie. Alors peut-être un troisième vœu… »

P.L. Exercice mnésique. « {…} Nous proposons le versement d’une allocation d’autonomie potentiellement mobilisable pour tous les jeunes accompagnés par les missions locales. Pour tenir compte de la diversité et de la réalité des parcours des jeunes de 16 à 25 ans en recherche d’autonomie, ce « revenu d’accès à l’autonomie » obéirait à quelques règles :

– Il serait stable afin de ne pas engendrer une succession de séquences de précarité.

– Il couvrirait l’ensemble des besoins élémentaires d’un jeune citoyen (alimentation, logement, …), ceci en fonction de sa situation personnelle et familiale (hébergé par les parents, en logement auto- nome, seul ou en colocation, avec ou sans enfant…).

– Il serait assujetti à un véritable engagement du jeune dans un parcours garanti par sa mission locale. Les contreparties demandées aux jeunes peuvent être de diverses natures : formation, activité salariée, service civil volontaire, mais aussi période de soin ou de résolution d’une difficulté sociale passagère ; redéfinition d’un projet professionnel… ; ceci dans le cadre d’un contrat passé avec la mission locale.

– Il serait délivré par contractualisation entre le référent et le jeune pour des durées variables, chaque fois pour une période équivalente à celle d’une étape dans le parcours (parfois un mois, ou six mois, ou un an…).

– Il serait simple à comprendre et rapide à délivrer, le jeune (citoyen majeur et pénalement responsable à compter de 18 ans) serait le destinataire direct de ce revenu.

– Il serait conditionné par l’accompagnement mis en place par un professionnel, garant de l’engagement du jeune et mobilisant les actions, outils et prestations nécessaires à l’élaboration de son parcours. L’intervention des accompagnateurs autorise l’attribution de l’allocation à des jeunes en risque de marginalisation ou très éloignés de l’emploi. L’allocation et l’accompagnement peuvent ainsi avoir un pouvoir motivant pour ce public en l’aidant à s’engager et à se maintenir dans un parcours dynamique. » C’était en juin 2009 et ça s’appelait  Manifeste pour une politique ambitieuse pour la jeunesse.

C’est dit.

(1) Dominique Charvet, Jeunesse, le devoir d’avenir, Commissariat Général du Plan, 2011, La documentation Française, p. 191.

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commentaires
  1. frdijon dit :

    Bonjour, et meilleurs voeux à tous…
    grand lecteur du blog…mais tout petit contributeur.

    Quid de la proposition de loi n° 4056 (permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir)..qui, pour le coup, n’a aucun avenir immédiat…

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