Taxer les contrats précaires…

Publié: décembre 29, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi
Mille-feuille ou feuilles ? Epistémologie de la crême patissière.

Une contribution de Régis sur « Enième rapport, énième recommandation : énième sans suite ? »

Régis. « Petit rappel culinaire en ces périodes de réveillon : un mille feuilles est composé de trois abaisses de pâte feuilletée. Petite question d’orthographe : un « S » ou pas à ce légendaire mille feuilles qui ressort dans tous les rapports et qui laisse perplexe un citoyen du monde rural où les intervenants se comptent sur les doigts d’une main.

Premier bilan de cette année 2011.

Tous les records seront malheureusement battus, que ce soit en nombre de jeunes suivis ou de jeunes en demande d’insertion (ce fameux JDI qui mesure les jeunes qui ont eu un entretien au cours des cinq derniers mois). Là est la mesure de la performance : comment maintenir une qualité de l’accompagnement avec ce flux de jeunes croissant et cette pénurie de solutions ? Mais cette situation est-elle tenable longtemps ?

Une montée en puissance de la précarité : on a pu imaginer une taxe sur les sodas pour lutter contre l’obésité (celle-là, il fallait la trouver), ne pourrait-on pas imaginer une taxe sur les contrats en intérim ou sur les CDD pour lutter contre la précarité ?

Trêve de plaisanterie (et non des confiseurs), un sommet pour l’emploi est annoncé en janvier… Que peuvent en attendre les jeunes, les Missions locales ? Rien ou pas grand chose car l’accent devrait être mis sur la préservation de ceux qui sont en emploi, une plus grande flexibilité = baisse des salaires en période de moindre activité ? Ouf, cela  ne va pas arriver en Missions locales. ! Quoique … avec des moyens qui n’ont pas augmenté depuis 2005 et avec une inflation forte, on arrive à un équilibre des budgets de plus en plus difficiles.

Mais les caisses sont vides. Alors, il faut revenir à la case FSE pour trouver les moyens d’accompagner les jeunes… sur la base de projets bien évidemment !

Alors, un voeu pour 2012 : que les Missions locales puissent bénéficier de la forfaitisation des frais indirects à hauteur de 20% du projet (cf. arrêté du 2 août 2010 de la DGEFP).

Et à l’année prochaine ! »

P.L. Eh oui, on nous promet un « sommet social » sur l’emploi en janvier… Il est vrai qu’il va être plus que temps compte-tenu de l’horloge électorale « qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends » (J. Brel, Les Vieux).  Selon Le Monde (2 décembre) « Les partis innovent peu face à l’envolée du chômage »… quoique l’on puisse avouer une sympathie pour le « contrat de génération », ne serait-ce que philosophiquement par la réconciliation entre générations qu’il induit. Economiquement, cette mesure est évidemment critiquée par l’autre camp… qui se découvre des yeux de Chimène pour les contrats aidés qu’il a dénoncés des années durant.

Nous sommes à la veille du nouvel an. Recevez mes meilleurs vœux solidaires pour 2012 qui promet de solliciter très fortement cette solidarité. Il est de coutume d’accompagner ses vœux d’une petite phrase signifiante, d’un adage. Impénitent bavard, j’ai choisi de vous offrir un extrait d’ouvrage, une petite histoire et une citation.

Critique de l’évaluation.

L’extrait pour commencer : « Il ne s’agit plus de l’idéologie du progrès ou de l’émancipation qui avait prévalu à l’époque des Lumières, mais d’une idéologie qui s’articule autour de notions comme la productivité, la performance ou l’efficacité. La question qui se pose est donc : comment ces non-valeurs (ou valeurs simplement instrumentales) ont-elles pu être promues au rang de valeurs cardinales, susceptibles de mesurer toutes les autres dans la société, les arts et maintenant le savoir ? Comment se fait-il que le calcul de la performance, de la productivité, de l’efficacité ait étendu son empire, très au-delà du monde de l’entreprise jusqu’à fournir un nouveau paradigme général ?

Le nouveau paradigme de la performance s’est étendu à l’ensemble de la société (l’hôpital, la justice, l’école, etc.) et depuis quelques années au monde de la recherche et de l’université, donc au savoir, à travers le système et l’idéologie de l’évaluation. Celle-ci est un mode par lequel un pouvoir (politique ou administratif, général ou local) exerce son empire sur les savoirs ou les savoirs-faire qui président aux différentes activités en prétendant fournir la norme du vrai.  L’évaluation se pose en effet elle-même comme un sur-savoir, un savoir sur le savoir, une sur-compétence, une compétence sur la compétence, une sur-expertise, une expertise sur l’expertise. Les experts évaluateurs sont donc posés par le pouvoir, qu’ils le reconnaissent ou non, comme plus savants que les savants, plus experts que les experts et cela en vertu d’un acte arbitraire de nomination. Le pouvoir a trouvé avec l’évaluation un instrument pour s’assurer une domination universelle sur tous les secteurs d’activité, sur tous les ordres de la société, en particulier les institutions de production et de transmission du savoir. L’idéologie de l’évaluation est l’une des grandes impostures de notre époque parce qu’elle prétend à une objectivité fondée sur le calcul, la quantification, le chiffrage. Les chercheurs, les universitaires, les savants ne sont plus jugés pour leurs découvertes, leurs inventions ou leurs innovations, mais sur leur productivité : nombre d’articles, de rapports, d’interventions diverses, nombre de citations, catégories des supports de publications, etc. L’imposture consiste à faire passer un système de (non-) valeurs (performance, efficacité, productivité) pour le seul système objectif de valeurs par l’intermédiaire d’une quantification dérisoire.

Actuellement en France, ce que l’on appelle la RGPP (Révision générale des politiques publiques) censée rationaliser les secteurs de la fonction publique et contrôler l’usage des financements est une machine à détruire le secteur public, tout simplement parce que les procédures de l’évaluation détruisent l’objet qui est évalué. Ni un hôpital, ni la justice, ni l’enseignement, ni la recherche (P.L. ni le social), ni à plus forte raison le savoir ne peuvent avoir comme lois ces non-valeurs que sont la productivité ou la performance. Celles-ci relèvent de prétentions dont la traduction dans le réel est la paralysie, le gaspillage, l’inadaptation, l’arbitraire, mais aussi l’aveuglement et l’ignorance. »

L’auteur s’appelle Yves Charles Zarka et, compte-tenu d’un classement alphabétique, est le dernier contributeur de cet ouvrage déjà recommandé– et gratuit : offert par les PUF ! – A quoi sert le savoir ? (PUF – L’Express – France Inter, 2011, pp. 297-298). Sans doute, ce texte mérite-t-il débat, par exemple en agrégeant à tort efficacité et performance (cf. https://plabbe.wordpress.com/2011/11/15/efficacite-et-performance/ ) ou, également, parce qu’il existe, comme pour la qualité, une « évaluation intelligente » (mais du bon grain et de l’ivraie…). Il n’en reste pas moins une vigoureuse critique du quantitativisme que rien ne semble arrêter… et qui ne peine guère à trouver de zélés serviteurs.

« La route est libre »

La petite histoire à présent. Bertrand Schwartz la raconte dans la vidéo tournée par le Synami à l’occasion des journées de Tours. Après le débarquement de Normandie, les troupes alliées et françaises avançant vers Paris ont été bloquées par l’armée allemande. Leclerc a eu l’idée de faire passer sur les radios : « La route est libre ! » Elle ne l’était pas mais, comme un seul homme, tous ont avancé… et ont libéré Paris. La route est encombrée mais il ne tient qu’à toutes et tous de la considérer comme libre.

 Désir.

La citation pour conclure : « Donnez-moi un désir précis et je renverserai le monde. » C’est de Cioran (Précis de décomposition {1949} in Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 2011, p. 98). Il nous faut passer de l’incertain au probable, du possible au souhaitable, du réel à l’utopie. « Je ne me résigne pas à la résignation collective. D’où mon utopie ; mais est-ce une utopie ? Certainement, mais quel beau rêve ! Un rêve socialiste, je crois. » Ce sont les derniers mots de Bertrand Schwartz dans Moderniser sans exclure (1994, 1997, éditions La Découverte & Syros).

A suivre… l’année prochaine !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s