Pause

Publié: décembre 22, 2011 dans Inclassable
Tractopelle

C’est l’évidence même : on ne peut partager qu’à la condition d’avoir quelque chose à partager. Il en est de même devant l’étrange lucarne de l’ordinateur qu’assis à la table du dîner. Pause donc dans les contributions, hormis les vôtres (1) qui viendront fort à propos combler le silence auquel j’aspire pour moi-même me remplir des idées qui parcourent le monde en général, le microcosme de l’insertion en particulier. Il me faut donc lire, griffonner, surligner, inscrire dans les marges tel ou tel renvoi à un autre ouvrage qui remonte à la surface. J’ai devant moi, sur un bureau qui nécessiterait sans doute l’intervention d’un tractopelle, nombre de pages qui se plaignent, je les entends, de ne pas être feuilletées… ce qui est bien normal car tel est le destin des pages. Et, ouvrant un livre au-dessus des piles, j’avoue éprouver l’immense désir d’interrompre l’écriture pour simplement le lire.

Généreux

Allez, avant cette « retraite » – provisoire et pas sur le yacht de Bolloré -, une mise en appétit. C’est Jacques Généreux qui écrit et ça s’appelle La Grande Régression (Seuil, 2010)…

J’ai vu mourir la promesse d’un monde meilleur

Durant les vingt premières années de ma vie, j’ai grandi dans un monde où le destin des enfants semblait naturellement devoir être plus heureux que celui de leurs parents ; au cours des trente suivantes, j’ai vu mourir la promesse d’un monde meilleur. En une génération, la quasi-certitude d’un progrès s’est peu à peu effacée devant l’évidence d’une régression sociale, écologique, morale et politique, la « Grande régression » qu’il est temps de nommer et de se représenter pour pouvoir la combattre.

Car la première force des malades et des prédateurs qui orchestrent cette tragédie est leur capacité à présenter celle-ci comme le nouveau visage du progrès. Et leur première alliée, c’est la perméabilité des esprits stressés, trop heureux de s’accrocher à n’importe quelle fable qui fasse baisser d’un cran la pression et l’angoisse. A l’âge de la démocratie d’opinion, les réactionnaires ne peuvent se contenter de démolir l’acquis des luttes passées en faveur d’une vie meilleure pour tous ; il leur faut aussi anesthésier les résistances, susciter l’adhésion ou la résignation de leurs victimes ; ils doivent remporter une bataille culturelle dont l’enjeu est de nous faire aimer la décadence.

Ainsi espère-t-on, par exemple, nous persuader que la nécessité de « travailler plus pour gagner plus » est une avancée sociale, que le droit de renoncer volontairement à nos droits sociaux étend notre liberté, que la construction de prisons d’enfants améliore la sécurité, que l’expansion des biocarburants contribue au « développement durable », etc. Mais la substance réelle de ces prétendus « progrès », c’est l’intensification du travail, la servitude volontaire, l’impuissance à éduquer mieux nos enfants et la destruction des forêts vierges ! Si nous laissons s’installer cette ultime perversion du discours politique, alors, à chaque fois qu’on nous annonce une « nouvelle liberté », il faut redouter une aliénation supplémentaire de nos droits, et chaque « réforme pour aller de l’avant » peut masquer un grand bond en arrière…

Voici une introduction qui met en appétit. Passez d’heureuses fêtes de fin d’année. Remplissez-vous jusqu’à devenir une orange mûre, juteuse, prête à être engloutie : nous aurons bien besoin de vitamines C en 2012. Voilà au moins une certitude.

A bientôt.

(1) Vos contributions seront mises en front-office.

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commentaires
  1. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Comme c’est la veille des Fêtes et que je tiens à être « in front » (je pourrais dire « au front » cela me conviendrait mieux). Je commente.
    Je commente Généreux :
    Suis pleinement d’accord avec cette introduction. Je ne sais pas ce qui vient ensuite, mais comme dans le jeu du cadavre exquis je poursuis. Je poursuis en interrogeant ce qui perverti ainsi le discours politique depuis ces dernières années : « La crise ». Tout est justifié pourvu que cela remédie à la crise…Oui sauf que la crise …C’est la dette. Et la dette, elle remonte en France aux années Giscard et sa Loi interdisant d’emprunter aux banques d’État (Loi de janvier 1973)… Voilà les trente années (désormais 40) qu’évoque J. Généreux qui ont vu s’éteindre la promesse d’un monde meilleur.
    Soyons optimiste…désormais la Dette est évoquée, les raisons de cette dette sont de plus en plus connues et diffusées …Plutôt qu’un long discours une petite vidéo de rue 89…
    si avec cela vous ne comprenez pas … Bonnes fêtes
    http://www.rue89.com/2011/10/18/la-dette-publique-expliquee-aux-nuls-avec-morale-la-fin-225694

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