Economie et social : grand écart ou nécessaire alliance ?

Publié: novembre 24, 2011 dans Corpus, Insertion/missions locales
Ring.

A ma gauche, le Social, plutôt sympathique, les yeux bleus de l’innocence d’un enfant de chœur pubère des Choristes, cependant un peu fluet, sinon mal en point ; on devine que le Social n’est pas à la fête… mais on se console avec Jacques Brel qui chantait « Ces deux-là sont trop maigres pour être malhonnêtes ».  A ma droite, l’Economie, un catcheur musculeux ; on pressent qu’il ne fait pas dans la dentelle, avec (c’est sa botte secrète) une main invisible qui étrangle plus qu’elle ne caresse ; lui se porte plutôt bien… enfin semble bien se porter mais il y a quelque chose dans sa façon hallucinée de répéter « les marchés pensent ceci… les marchés pensent cela… » qui n’inspire pas confiance. Le ring c’est le parcours d’insertion, parfois qualifié de «  du combattant ». Sur le ring, l’Usager ; ce qu’il veut, c’est rejoindre les autres dans la salle (conformité), s’asseoir sur une Chaise Droite ou Inclinée (stabilité), se gaver de popcorns (consommation) et participer au spectacle (divertissement). Les spectateurs, eux, sont chauffés par un Monsieur Loyal, de son prénom Laurent, qui éructe des « assistanat, cancer de la société ! », « sus aux profiteurs ! »  Si, par définition, les slogans sont imbéciles, leur intérêt est d’infecter facilement les esprits jusqu’à être incorporés et repris en compte par ceux-ci.

La tension est à son comble. L’Usager n’a pas fait deux pas sur le ring que l’Economie le menace : « dégressivité des allocations, obligation de recherche active, pointage… », etc. Mais le Social, s’immisçant entre eux, entraîne l’Usager dans un coin : « Quel est votre projet ? Professionnel ? De vie ? » L’Usager répondrait bien… Après tout, depuis son licenciement il y a cinq mois, il a eu tendance à s’enfermer chez lui. Causer un peu ne pourrait que lui faire du bien… mais l’Economie ne l’entend pas de cette oreille. Saisissant le bras de l’Usager, elle lui dit : « secteurs en tension… toute offre est bonne à prendre… mobilité… flexibilité… »

Etc. etc. Avec un peu d’imagination théâtrale, nul doute que certains pourraient poursuivre cette esquisse de scénario dont la seule ambition, ici, est de placer « l’Usager » à l’équidistance d’une relation par opposition, enjeu et proie d’une dialogique avec, d’un côté, le Social (le Bon) et, de l’autre côté, l’Economie (la Brute).

Une dialogique est une relation entre deux éléments opposés, voire même en conflit, mais qui ne peuvent se concevoir l’un sans l’autre : « Vivre de mort, mourir de vie », disait Héraclite. Nos nouvelles cellules n’apparaissent que parce que les vieilles meurent et disparaissent. Nos vieilles cellules ne nous quittent que pour laisser la place à de jeunes cellules. Notre planète vivante repose sur ses morts.

La dialogique est ici celle du social et de l’économie. Le premier est animé par le Sujet, nécessairement singulier, le second par le Producteur, fortement déterminé par – sic – « les besoins de l’appareil productif », des besoins d’ailleurs très aléatoires qu’on peine à comprendre en mobilisant pourtant un acronyme aussi sérieux que « GPEC » (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences). On part socialement de la personne ou l’on part économiquement du système, aussi vieil que faux antagonisme… car l’un et l’autre ont raison et tort.

Ils ont raison parce que, en chacun de nous, réside un sujet totalement original, produit jamais fini, toujours en évolution, et composé d’histoire, de culture, de chimie, d’électricité, d’ADN, de raisons et d’affects, de sécrétions et d’idéaux : un homo sapiens mais aussi ludens, demens ; réside également un producteur, un homo oeconomicus qui ne se complait pas la main tendue, qui ne supporte pas d’être à la charge d’autres… quelqu’un qui veut être indépendant économiquement, qui n’en peut plus du message « solde insuffisant » sur l’écran du distributeur bancaire.

Ils ont tort pour deux raisons.

– La première raison est que le Social et l’Economie, borgnes, ne voient chacun qu’à partir de leur prisme. Pour le Social, la personne ne serait que sentiments, subjectivité et relations sociales ; elle évoluerait dans un monde fondamentalement psychoaffectif, construit d’appréciations, d’indicible sinon littéraire et d’ineffable. Ici, le Social s’en tient à ce que « lorsque vous dites social, votre interlocuteur peut entendre : rapport social, politique sociale, travail social, etc. » (1) Pour l’Economie, la personne ne serait qu’un individu froid, rationnel, calculateur, agissant selon et pour son seul intérêt ; elle existerait dans un univers mathématisé, équationnisé et, d’ailleurs, l’Economie raisonne en causalité : A sur B doit donner C… L’Economie abhorre le « ‘ » parce que celui-ci perturbe son rationalisme étriqué. Or le Social devrait se souvenir que la « question sociale » fût à l’origine synonyme de « la question ouvrière » et, plus précisément, des conditions abominables que subissait le prolétariat au début de l’industrialisation (2). Les conditions économiques objectives furent donc à la base du social. Or l’Economie devrait également se souvenir que les faits têtus démontrent chaque jour que la personne n’est pas réductible à un individu mû par les seuls ressorts de la maximisation de ses gains, par un égoïsme obsessionnel. (3) Les sentiments, les valeurs, l’abnégation, l’engagement jusqu’à l’héroïsme et le sacrifice – que l’on songe aux milliers de morts des printemps arabes – sont, bien plus que le calcul, les ressorts des investissements humains. Ne regarder la personne qu’avec le prisme du social ou qu’avec celui de l’économie revient à mobiliser une pensée qu’Edgar Morin qualifie de « disjonctive », c’est-à-dire une pensée qui sépare, qui découpe, alors que, de toute évidence, l’enjeu est de relier. Disjoncter, c’est couper la lumière… alors qu’on a besoin d’y voir un peu plus clair dans cet océan d’incertitudes qu’est la (néo)modernité.

– La seconde raison est que le Sujet et le Producteur, outre qu’ils coexistent en chacun d’entre nous, ne sont pas seuls. Deux autres personnages partagent le domicile identitaire : l’Acteur et le Citoyen. Ce ne sont donc pas deux mais quatre personnages qui résident dans la personne. L’Usager par exemple, ce qui augmente sensiblement le nombre de combinaisons possibles… a fortiori parce que chaque personnage, d’une part, est construit à partir de n variables et, d’autre part, évolue dans le temps. Tout cela produit une alchimie qui fait que chaque personne est unique, ceci justifiant donc l’individualisation de l’accompagnement dès lors qu’il faut accompagner cette personne. Mais, à côté du Sujet et du Producteur, quels sont les deux autres copropriétaires de notre espace identitaire ?

Et bien, on a l’Acteur. Autant le Sujet évolue dans sa sphère intime et cherche à s’épanouir en fonction de ses aspirations, autant l’Acteur, comprenant qu’on acquière tout dans la solitude hormis du caractère, cherche à se lier : l’Acteur est un animal sociable, en quête de lien, de relation. Les mots du Sujet sont « accomplissement », « épanouissement », « équilibre », « amour »… Ceux de l’Acteur sont « communication », « rencontre », « altérité ».

Reste un personnage… et c’est le Citoyen qui, à défaut de déplacer les montagnes, pense et agit à une grande échelle, celle de la société. Le Sujet veut s’accomplir, l’Acteur se lier et le Citoyen s’émanciper. Comme la citoyenneté recouvre nécessairement la responsabilité, le champ du Citoyen est celui des droits et des devoirs, des normes aussi qu’il respecte mais qu’il peut également faire évoluer. Les mots du Citoyen sont « responsabilité », « justice », « égalité »…

Donc, nous y voilà : accompagner une personne ce n’est pas s’adresser à elle sous un seul angle, qu’il s’agisse du Producteur, du Sujet, de l’Acteur ou du Citoyen, mais c’est considérer – ce qui ne semble pas totalement incongru – que favoriser l’équilibre individuel, combattre l’isolement, garantir l’exercice des droits et des devoirs et faire de telle sorte que l’indépendance économique soit acquise sont non seulement la meilleure mais la seule façon d’avancer vers une intégration stable ou, pour reprendre un qualificatif d’autant plus en vogue que sa réalité se fait rare, « durable ». A l’inverse et comme c’est trop le cas dans la commande publique, ne considérer la personne qu’avec le personnage du Producteur c’est à coup sûr renforcer la vulnérabilité des usagers. Tout simplement, tout bêtement pourrions-nous dire, parce que le Producteur en poste ne tarderait pas à être contaminé par le Sujet déséquilibré, l’Acteur isolé et le Citoyen dépossédé.

Etau…

Sans qu’elle soit exprimée mais la devinant, j’anticipe l’objection habituelle : « Oui… mais l’accompagnement social n’est pas, ou si peu, pris en compte que nous sommes coincés dans une logique – mot tout-à-fait relatif – productiviste ! » Inutile de le nier, effectivement l’étau se resserre avec ses mâchoires idéologiques : la pression sur le secteur de l’insertion est forte et ne se préoccupe absolument pas du Sujet, de l’Acteur et du Citoyen… sauf à ce que ceux-ci soient subordonnés au Producteur. Il ne s’agit donc pas, dans la commande publique, d’épanouissement mais d’acquisition des savoirs-être minimaux sans lesquels l’embauche ou le maintien dans l’emploi seraient oblitérés. Il ne s’agit pas plus de lien social mais de sociabilité, également minimale, pour travailler en équipe. Il s’agit encore moins de citoyenneté sinon de respect des normes pour éviter des accidents. On appelle tout cela les « savoirs-être » mais ce ne sont souvent que des arguments pour « se vendre ».

Que faire ? Deux scénarios se présentent spontanément.

– Premier scénario, on courbe l’échine et de l’approche globale, de la généalogie de l’insertion où l’on trouve l’éducation populaire, de l’humanisme et de l’humanité qui ont été au cœur du projet qui s’est exprimé dans l’économie sociale et solidaire, bref de tout cela on fait un petit Panthéon où, éventuellement, on vient se recueillir une fois l’an en relisant le premier chapitre du projet associatif… celui qui ne correspond plus à rien sinon à l’incantatoire. Pour parler simplement, on s’assied sur ces valeurs et, comme d’excellents clones d’une formation « force de vente », on embraye sur l’économique, exclusivement l’économique. Bref, on adopte l’idéologie dominante, les règles de l’économie de marché, la concurrence, etc. Et, dans ce cas, à court terme, on se retrouve sans autre spécificité que la production avec le risque d’être moins bon ou, s’il est convenu que l’on se réserve pour celles et ceux qui sont considérés comme « en trop » – les « surnuméraires », selon Robert Castel -, dans la périphérie, pour le coup durable, du marché du travail.

A ce moment, on n’a plus besoin de formateurs, d’encadrants, d’accompagnateurs : des vigiles suffisent et, d’une certaine façon, cela tombe bien puisque les emplois de la surveillance sont « en tension ».

– Second scénario, on rejoue version Indignados de la Puerta del Sol la pureté du social, son désintéressement absolu, et l’on rentre en résistance… la conscience pour soi et l’inconscience pour tous… car, évidemment, ce que l’on hésiterait à qualifier de « stratégie » correspond à une entrée en soins palliatifs… dont on sort on sait par où.

C’est donc un troisième scénario qu’il faut imaginer, assurément formulé en termes d’hypothèse car rien n’est assuré tant que la position du financeur qu’est l’Etat sera déterminée par une conception sectorielle de l’insertion – l’emploi et non l’approche globale – et par un postulat dans des modalités d’action privilégiant la concurrence à la coopération, la performance à l’efficacité (4). Ce qu’il faut bien appeler une idéologie, pot de fer, s’oppose à la philosophie, pot de terre, de l’insertion que l’on peut résumer par cette phrase, ici concernant les jeunes mais qui s’applique à tout le secteur de l’insertion et à tous les usagers, non exclusivement les jeunes : « Construire une place pour tous les jeunes ne se résume ni à un placement précaire sur le marché du travail, ni à un placement social dans des dispositifs « fléchés jeunes » sans insertion durable, ni à un strapontin en terme d’accès aux droits. » (5)

Ce troisième scénario part de quatre constats…

Premier constat, l’économie sans le social est inhumaine et le social sans l’économie est exsangue. Economie et social sont donc indissociables. Ne traiter l’insertion que sous son volet économique, d’une part, correspondrait à une instrumentalisation de l’insertion et, par là, de ses usagers, d’autre part reviendrait de façon absurde à nier la réalité de difficultés sociales, à la fois causes et effets, pour une large frange des usagers. Ne traiter l’insertion que sous son volet social serait tout aussi irresponsable : il n’y a pas d’autonomie sociale sans indépendance économique.

Deuxième constat, pour de multiples raisons dont le manque de temps, les professionnels de l’insertion accusent fréquemment un déficit de réflexion sur leur métier et, s’ils sont convaincus de leur utilité, ils peinent à être convaincants. Un métier c’est un système explicite de valeurs, c’est-à-dire une déontologie, un corpus théorique stabilisé, robuste et transmissible, des bonnes pratiques et des méthodes partagées, un socle commun de formations, une organisation régulée par des instances propres et des pairs. On en est loin.

Troisième constat, il est urgent d’agir car la crise financière et économique n’en est qu’à ses débuts et très probablement va-t-on observer un infléchissement drastique des subventions publiques. Dans une économie plus ou moins dynamique, sans même parler des trente glorieuses, on peut concevoir un Etat restant social qui se préoccupe éthiquement de réintégrer dans le circuit économique les laissés-pour-compte. Mais, dès lors que cette économie est structurellement défaillante et que des choix radicaux ne sont pas faits pour changer un modèle fondé sur une croissance infinie (absurdité, soit dit en passant, dans un monde fini), il faut s’attendre au pire… par exemple, comme cela s’observe aujourd’hui, une logique de clivage en désignant comme coupables, paresseux ou profiteurs les éclopés de la vie ; par exemple, la dérive d’un Etat social vers un Etat pénal ; par exemple, la relégation d’une frange de la population, considérée comme trop difficilement – comprenons trop coûteusement – insérable, dans une zone périphérique de relégation. Après tout, une allocation de survie, une bonne addiction à TF1 ou M6 et un peu de rêve avec l’Euromillions pourraient suffire.

Quatrième constat, la qualité de l’accompagnement ne peut être bradée. Plus qu’une simple originalité, l’insertion repose sur cet accompagnement qui constitue l’essence de son travail d’insertion. Avec toutefois une précision… de taille : la focalisation sur l’accompagnement ne doit pas faire oublier que la finalité de celui-ci est qu’il s’interrompe. Autrement dit, il n’est pas pertinent de démultiplier des raffinements méthodologiques de l’accompagnement si ceux-ci ne servent pas la visée qui est l’intégration. Ainsi, on peut s’interroger sur ce discours métastasé de l’accompagnement : ne dissimule-t-il pas une difficulté à révéler les réelles valeurs ajoutées du travail d’insertion ?

Ces quatre constats posés, quelles sont les orientations concrètes, opérationnelles… et urgentes à mettre en œuvre ? En voici trois précédées d’une précaution.

La précaution est celle de se faire comprendre et, pour convaincre, de s’appuyer sur le référentiel de l’interlocuteur, les pouvoirs publics. Il existe des tonnes de rapports officiels inexploités d’instances européennes ou nationales qui fournissent des argumentaires solides issus non pas des structures d’insertion mais des institutions. S’appuyer sur la Commission européenne, l’OCDE, l’IGAS, l’IGF, etc. est beaucoup plus convaincant que se fonder sur ses seules convictions… que l’interlocuteur n’est pas obligé de partager. Ceci implique un important travail de veille puis de partage entre les acteurs pour construire des argumentaires robustes et partagés. C’est la base du travail en réseau : coopérer, l’intelligence partagée.

Première orientation, revisiter les fondamentaux car il n’y a pas de rameaux sans racines. Ainsi, est-on certain d’avoir tous la même conception de ce qu’est l’insertion ? S’accorder sur le sens et sur un sens, ne pas confondre processus – l’insertion – et finalité – l’intégration – est une condition point de passage obligé dès lors qu’on travaille en réseau : parler le même langage, disposer d’une « culture commune », relier les connaissances…

Deuxième orientation, tout aussi clairement définir le socle de l’offre de services qui doit prendre en compte les fondamentaux et les contraintes, y compris financières. On observe en effet une fâcheuse tendance des pouvoirs publics, en particulier de l’Etat, à corréler la diminution des subventions, au mieux des moyens constants, à une augmentation des tâches dont, singulièrement, celles du back-office, de l’administratif… Or une structure d’insertion n’est pas Atlas ployant en portant le monde sur ses épaules. Accepter de tout faire sans en avoir les moyens c’est mettre en place les conditions d’un travail bradé où la qualité de l’accompagnement, quoiqu’on en dise, appartiendra plus à un registre incantatoire qu’effectif.

Troisième orientation, cette offre de service doit être conçue dans une logique de système ouvert sur son environnement, non exclusivement mais particulièrement économique, puisque par définition l’insertion ne peut être qu’une transition. Cela pose la question d’une démarche proactive en direction du monde économique, d’une part impliquant en amont de multiples acteurs tels que les partenaires sociaux, les chefs d’entreprise et les organisations professionnelles, d’autre part constituant un réseau d’entreprises non limité à celles rencontrées au gré de la clause sociale. Bien évidemment, cette ouverture volontariste vers le monde économique, probablement en privilégiant les PME, ne peut se concevoir de façon dispersée mais nécessite un travail coordonné entre les structures d’insertion, voire peut s’appuyer sur une équipe dédiée et mutualisée avec d’autres réseaux du secteur de l’insertion et de la politique de l’emploi. Elle pourrait s’inspirer d’une thématique qui, aujourd’hui, se développe rapidement au sujet de laquelle on peut s’étonner que le secteur de l’insertion ne soit pas plus présent : la responsabilité sociale ou sociétale de l’entreprise (RSE).

Quatrième orientation, définir son propre référentiel d’évaluation qui découlera de la définition stabilisée de ce qui est visé et réalisé.

La conception puis l’utilisation d’un tel référentiel vise la démonstration des valeurs ajoutées du travail d’insertion, à savoir :

– Des valeurs ajoutées directes individuelles, celles qui concernent les salariés en insertion ;

– Des valeurs ajoutées directes collectives, celles qui concernent les entreprises, le territoire, les pouvoirs publics ;

– Enfin des valeurs ajoutées indirectes organisationnelles, c’est-à-dire la démonstration que la structure est correctement organisée, ce qui constitue un gage de qualité et doit à terme favoriser de nouvelles valeurs ajoutées, elles directes ; l’ensemble de ces valeurs ajoutées indirectes organisationnelles est appelé « assurance de la qualité ».

Ré-enchanter l’insertion.

Il est d’usage de conclure positivement. On peut le faire sans pour autant travestir la réalité. Cette réalité, constatons-le, n’est pas aujourd’hui la plus heureuse en particulier parce que la crise économique, qui est aussi une crise sociétale, produit des crispations, des logiques de clivage et de désignation, pour ne pas dire de stigmatisation. D’autre part, bien malin qui peut dire ce que sera demain : on constate chaque jour le fonctionnement chaotique d’institutions – et même de pays – sensées pourtant être plus solides que ne peuvent l’être des petites structures locales. Nous ne sommes certains que d’une seule chose, l’incertitude de l’avenir. C’est probablement le moment, plus que jamais, de s’arrimer à nos valeurs.

Si, dans une course à l’urgence, beaucoup s’en tiennent à l’écume, les intervenants sociaux de l’insertion ne doivent pas sacrifier l’essentiel à l’urgence, car ils en oublieraient l’urgence de l’essentiel. L’essentiel, de ce que j’en sais, est là, avec un actif et des projets. Le reste n’est qu’organisation pour rendre lisible, transmissible et opérationnel cet essentiel. Il faut ré-enchanter l’insertion.

(1) Pascal Hintermeyer, « Les métaphores du social », Actions et recherches sociales n° 3, Erès, 1982, p. 13.

(2) « La question sociale apparaît donc d’abord comme constat d’un déficit de la réalité sociale par rapport à l’imaginaire politique de la République. Déficit générateur de désenchantement et de crainte : désenchantement de ceux qui attendaient de cette extension de la souveraineté politique une modification conséquente et immédiate de leur condition civile ; crainte, et même panique, de ceux qui redoutaient que ce pouvoir par le peuple ne servit à instaurer le pouvoir du peuple de paris sur le reste de la nation. » Jacques Donzelot, L’invention du social, Seuil, 1994, pp. 33-34.

(3) Lire à ce propos Jacques Généreux, La dissociété, 2007, Seuil.

(4) Philippe Labbé, « Les sept fantasmes de la politique de l’emploi », Le Monde, 10 mai 2006, et sur ce blog « Efficacité et performance »,15 novembre 2011.

(5) Christine Beguinot in ANDML, Insertion et emploi durable ? Réunion nationale 14 décembre 2006.

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commentaires
  1. pioupiou 44 dit :

    oui, oui et oui, je signe !
    Il faut – faudrait – travailler dans ce sens, mais qui peut prendre la main là-dessus ?
    Alors que l’ANI arrive dans les structures et que ce nouveau dispositif est la caricature de la gestion de l’urgence en oubliant l’essentiel (les jeunes en l’occurrence et c’est quand même beaucoup moins pratique …), alors que les équipes de pioupiou sont de plus en plus désabusées (fô faire du chiffre, la fin de l’année arrive, fô faire du CIVIS + de l’entrée dans l’ANI) et se disent que l’année qui vient ne pourra qu’être pire … qui va dire STOP ! On se pose et on réfléchit !

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