Efficacité et performance

Publié: novembre 15, 2011 dans Insertion/missions locales

La notion de performance semble s’imposer dans le secteur des missions locales sans trop rencontrer de résistance. On trouvera ici une contribution, trop longue pour être rapportée in extenso sur ce blog comme un article, qui prend le contrepied de cette intrusion et qui tente la démonstration du danger qu’il y aurait à entrer dans la « logique » de compétition.

Je ne reproduis que le premier paragraphe… pour, peut-être, mettre en appétit. Bien entendu, les apports critiques des uns et des autres sont plus que bienvenus : attendus.

De l’efficacité et de la performance. Ou : « Mon caca est plus gros que le tien. »

Même si je me suis plusieurs fois exprimé sur les notions d’efficacité et de performance, il n’est probablement pas inutile d’y revenir car, un peu comme la houle qui ronge la falaise, la répétition incessante de la performance comme critère ultime et incontestable d’évaluation de l’intervention sociale réussit à creuser les consciences, à invasivement et intrusivement occuper une place dans le raisonnement. A la répétition, « mère des études », dit-on, se conjugue le sens commun, ici la fausse évidence. Ainsi, lorsque Xavier Bertrand fustige des « taux d’insertion » variant de 20 à 70% selon les missions locales, on est tenté de se dire que, même avec des pondérations sur la base des contextes, certaines sont moins bonnes que d’autres qui, subséquemment, devraient faire des efforts… et que, si elles ne le font pas, eh bien, au titre de l’égalité et pour ne pas sanctionner les courageuses ou meilleures, il faut blâmer les traînardes. Notons que l’on pourrait aider ces dernières… mais ceci n’entre pas dans l’idéologie de la performance et de la compétition (1). Or, on ne peut ni doit raisonner comme cela. Entendons-nous : il ne s’agit pas de refuser le principe de l’évaluation, pas plus que de nier des fonctionnements variables selon les missions locales ; il s’agit de viser une amélioration de la qualité du service mais en contestant, ici et radicalement (aller à la racine), la performance comme critère d’évaluation.

(1) De cette compétition entre missions locales, il en est de même entre les pays avec les vertueux (économes, travailleurs…), l’Allemagne, et les irresponsables (dépensiers, indolents…), la Grèce. On lira à ce sujet la pertinente réponse de Dominique Méda, « Rompre avec le culte de la performance » (Le Monde, 30 septembre 2011) à Michel Godet, « Sortir la Grèce de la zone euro et réduire la dette publique » (Le Monde, 22 septembre 2011) : « Godet promeut une philosophie du séparatisme, qui vise à distinguer les bons des mauvais et dont on ne voit pas du tout où elle devrait s’arrêter. Il faudrait chasser les plus faibles, les plus pauvres, parce qu’ils n’auraient pas fait ce qu’il fallait, parce qu’ils seraient paresseux, parce qu’ils ne voudraient pas travailler. Il faudrait chasser ou réduire à rien non seulement les Roms mais aussi les allocataires du revenu de solidarité active (RSA), au moins ceux qui n’ont pas retrouvé de travail, puisque c’est de leur faute s’il en est ainsi. C’est de leur faute s’il n’y a plus d’emploi accessible et s’ils ne veulent pas prendre les miettes d’emploi que la mise en oeuvre du RSA avait pour objectif de rendre plus supportables (donc de légitimer).

Mais où nous arrêterons-nous ? Demain, les voisins de Michel Godet, travaillant moins que lui, ou de façon différente, ou produisant une portion de PIB plus petite devront-ils être mis à l’index ? Avec qui voulons-nous vivre ? Qui nous dira les critères d’une bonne société ? »

Intégralité de cette contribution ici : Efficacite Performance

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commentaires
  1. David dit :

    Merci pour ce point d’attention Philippe qui vient à point nommé ! J’ai sans doute lu trop rapidement ton propos pour bien saisir le lien entre performance et compétition, et si intuitivement je n’entrevois pas clairement les effets vertueux et pervers de la 1ère, je mesure chaque jour les conséquences effectivement ou potentiellement désastreuses de la seconde.
    Dans cette obsession de la performance qui nous est assénée jusqu’à plus soif (cf. la litanie délirante des indicateurs de la CPO) relevons le présupposé plus que douteux que l’intervenant social, de mission locale dans le cas présent, est par nature rétif à l’idée de résultat, qu’il poursuit sans doute le but inavouable d’empêcher les jeunes rencontrés de trouver un emploi, surtout durable ! C’est totalement méprisant à l’égard de ces professionnels qui, en outre, peuvent aussi être suspectés de vouloir en faire le moins possible sur le dos d’une collectivité dont seuls les énarques peuvent bien sûr être les gardiens de l’intérêt général. Pour ces raisons, je me suis toujours senti insulté, en tant que professionnel et en tant qu’individu, mais aussi au nom de l’équipe de ML avec laquelle je travaille, face aux donneurs de leçons de performance. Sans doute ces sentiments agitent l’immense majorité des professionnels des ML dont une part très importante est venu en juin dernier crier sa colère au Champs de mars.
    Comme toi je pense que la culture du résultat nous imprègne et que nous n’avons pas attendu la LOLF pour chercher avec les jeunes à réussir. Ce vers quoi on nous entraîne désormais de manière très claire, comme tu le soulignes, est l’esprit de compétition. A cet aune la nouvelle CPO est une vraie arme de destruction massive, justifiant toutes formes de « management » de la terreur descendant en cascade de la DGEFP à la DIRRECTE, à l’Unité territoriale de la DIRRECTE, aux président(e)s/directeur(trice)s (dont au moins 1 des 2 n’est pas toujours le moins zélé…) de ML, aux équipes des ML, jusqu’au jeunes puisqu’il faudrait bien que ces petits profiteurs prennent conscience de leur responsabilité dans leur situation et cessent de profiter du système ! On remarquera assez subtilement que plus on descend dans la hiérarchie moins les bénéfices associés aux fruits de la pression infligées aux autres sont importants (sous forme de primes… de performance pour les premeirs, quasi inexistants pour les équipes, nuls pour les jeunes)…
    A cette mécanique infernale qui continue de démontrer chaque jour son inefficacité durable et ses ravages y compris dans le capitalisme financier il est essentiel de résister à tous les niveaux. Peut-on suggérer que soit requestionnée très rapidement la vache sacrée de la LOLF votée en 2000 à l’initiative d’un gouvernement socialiste dans une belle unanimité transpartisane ? Les férus d’évaluation qui en martèlent la « philosophie » rationaliste à longueur de lois de décrets et de circulaires pourraient être invités à nous démontrer en quoi, plus de 10 ans après, l’Etat dépense mieux au service d’une société plus égalitaire , plus démocratique et qui propose un avenir radieux à sa jeunesse ? Quelle performance pour l’idéologie de la performance ?

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