Contributions sur « Efficacité et Performance »

Publié: novembre 15, 2011 dans Insertion/missions locales

Espérant que la contribution précédente sur l’efficacité et la performance suscitera plusieurs réactions, je choisis de les présenter en « front-line » plutôt qu’elles n’apparaissent que sous forme de chiffres dans la bulle des commentaires… qu’on ne pense pas nécessairement à cliquer. Ainsi, au fur et à mesure des réactions, celles-ci seront placées dans cet article et, au bout d’un certain temps, lorsque l’inspiration se sera tarie, je serai en mesure de proposer une nouvelle version issue de cette intelligence partagée. Même si la question de la participation des lecteurs aux blogs est souvent problématique – encore qu’ici on recense aujourd’hui 558 articles parus et 642 commentaires également parus, ce qui est très honorable (1) -, j’invite chacune et chacun, comme elle ou il le souhaite, à prendre un tout petit peu de temps pour apporter sa pierre à l’édifice et, de la sorte, tous nous bénéficieront d’un document sans copyright puisque produit d’un travail collaboratif. Ce qui, soit dit en passant, est exactement à l’opposé de l’idéologie et du culte de la performance !

Première contribution : David.

Quelle performance pour l’idéologie de la performance ?

« Merci pour ce point d’attention, Philippe, qui vient à point nommé ! J’ai sans doute lu trop rapidement ton propos pour bien saisir le lien entre performance et compétition, et si intuitivement je n’entrevois pas clairement les effets vertueux et pervers de la 1ère, je mesure chaque jour les conséquences effectivement ou potentiellement désastreuses de la seconde.

Dans cette obsession de la performance qui nous est assénée jusqu’à plus soif (cf. la litanie délirante des indicateurs de la CPO) relevons le présupposé plus que douteux que l’intervenant social, de mission locale dans le cas présent, est par nature rétif à l’idée de résultat, qu’il poursuit sans doute le but inavouable d’empêcher les jeunes rencontrés de trouver un emploi, surtout durable ! C’est totalement méprisant à l’égard de ces professionnels qui, en outre, peuvent  aussi être suspectés de vouloir en faire le moins possible sur le dos d’une collectivité dont seuls les énarques peuvent bien sûr être les gardiens de l’intérêt général. Pour ces raisons, je me suis toujours senti insulté, en tant que professionnel et en tant qu’individu, mais aussi au nom de l’équipe de ML avec laquelle je travaille, face aux donneurs de leçons de performance. Sans doute ces sentiments agitent l’immense majorité des professionnels des ML dont une part très importante est venu en juin dernier crier sa colère au Champs de Mars.

Comme toi, je pense que la culture du résultat nous imprègne et que nous n’avons pas attendu la LOLF pour chercher avec les jeunes à réussir. Ce vers quoi on nous entraîne désormais de manière très claire, comme tu le soulignes, est l’esprit de compétition. A cet aune, la nouvelle CPO est une vraie arme de destruction massive, justifiant toutes formes de « management » de la terreur descendant en cascade de la DGEFP à la DIRRECTE, à l’Unité territoriale de la DIRRECTE, aux président(e)s/directeur(trice)s (dont au moins 1 des 2 n’est pas toujours le moins zélé…) de ML, aux équipes des ML, jusqu’aux jeunes puisqu’il faudrait bien que ces petits profiteurs prennent conscience de leur responsabilité dans leur situation et cessent de profiter du système ! On remarquera assez subtilement que plus on descend dans la hiérarchie moins les bénéfices associés aux fruits de la pression infligées aux autres sont importants (sous forme de primes… de performance pour les premiers, quasi-inexistants pour les équipes, nuls pour les jeunes)…

A cette mécanique infernale qui continue de démontrer chaque jour son inefficacité durable et ses ravages, y compris dans le capitalisme financier, il est essentiel de résister à tous les niveaux. Peut-on suggérer que soit re-questionnée très rapidement la vache sacrée de la LOLF votée en 2000 à l’initiative d’un gouvernement socialiste dans une belle unanimité trans-partisane ? Les férus d’évaluation qui en martèlent la « philosophie » rationaliste à longueur de lois de décrets et de circulaires pourraient être invités à nous démontrer en quoi, plus de 10 ans après, l’Etat dépense mieux au service d’une société plus égalitaire, plus démocratique et qui propose un avenir radieux à sa jeunesse ?  Quelle performance pour l’idéologie de la performance ? »

(1) Pour la petite histoire ou par curiosité statistique, les six plus féconds contributeurs (« Top recent commenters », sic) représentent à eux seuls 35% de l’ensemble des réactions. Par ordre décroissant, on trouve Jean-Philippe (94 contributions, Ile-de-France), Régis (91, Bourgogne), Denis (52, Pays de la Loire), Michel (28, Ile-de-France), David (26, Poitou-Charentes) et Pierre (25, La Réunion). Soit 2 directeurs, 1 responsable syndical, 1 chargé de projet, 1 responsable de secteur et 1 professeur associé ex-président de l’UNML… lui-même grand rédacteur devant l’éternel d’un blog qu’on ne saurait que – toujours – recommander (en sachant qu’il n’a certes pas besoin de publicité!).

Deuxième contribution : Pierre.

Le taux d’insertion : sonde ou ballon ?

« Au fil des tableaux qui nous tombent quotidiennement dessus, celui la vaut son pesant de pistaches.

Il est question de « Taux d’insertion » défini comme tel : « Le taux d’insertion est égal au nombre de sorties du mois/trimestre/semestre/année pour motifs positifs ou en situation positive à la sortie de programme rapporté aux effectifs totaux de début de mois/trimestre/semestre/année et multiplié par 100 ». Et c’est pas tout le nombre de sorties positives c’est le nombre de jeunes ayant une situation de types emploi, alternance, scolarité, ou une formation qualifiante à la sortie des dispositifs CIVIS, PPAE ou Contrat d’Autonomie sur la période ou un motif de sortie positif. Fermez le ban et excusez du peu.

Première aberration : le mètre étalon.

Pour l’État, puisque c’est de lui que proviennent ces tableaux et ces définitions, l’insertion ne se mesure qu’en accès à l’emploi ou en formation qualifiante. Hormis ces deux graduations, point de salut et point de performance !

Le jeune que, après plus d’une dizaine de séances d’entretien individuel, nous parvenons à faire prendre conscience qu’il doit se rapprocher du CMP : c’est un ectoplasme.

Le jeune qui intègre nos séances de débats sur des thèmes d’actualités seul moyen pour lui d’avoir une vie sociale… là aussi, c’est un ectoplasme.

Le jeune qui n’a plus pensé au suicide depuis huit mois suite à sa participation à nos ateliers santé qui lui ont fait rencontrer des professionnels : toujours un ectoplasme.

Le jeune qui a pu intégrer un appartement géré par le CHRS grâce au partenariat mis en place par le pôle social de la ML : idem autre ectoplasme.

L’inserométre de l’État n’est gradué qu’en sortie emploi pris ou en formation qualifiante intégrée. Je propose donc avant la fusion avec PE un nom de préliminaire à cette effusion : Mission Emploi.

Deuxième aberration : La légalisation de l’EPO.

Ainsi que vous soyez OPP (opérateur privé de placement) ou SOA (Structure d’accueil et d’Orientation) votre taux d’insertion se verra gratifié ou non des largesses du payeur. Ainsi, pour les ML qui portent le CIVIS, un jeune qui accède à une formation qualifiante n’est pas considéré comme une sortie positive alors que, pour les OPP qui portent le Contrat d’Autonomie, si un jeune intègre une formation qualifiante c’est une sortie positive.

Ce qui a valu lors de la réunion du 26 octobre 2011 de la commission des Affaires Sociales de l’Assemblée Nationale consacrée à l’examen du budget de la Mission Travail et Emploi une tirade formulée par Bernard Perrut, député UMP du Rhône sur ce même contrat d’autonomie : « Je déplore que l’on mette autant de moyens sur le contrat d’autonomie. À la différence du CIVIS qui fait intervenir les missions locales, le contrat d’autonomie fait intervenir des structures privées qui se voient confier l’accompagnement et l’insertion des jeunes dans l’emploi. Or je remarque qu’un emploi CIVIS revient globalement – d’après le tableau présenté par notre rapporteur – à quelques centaines d’euros, alors qu’un jeune accompagné dans le cadre du contrat d’autonomie peut coûter jusqu’à 8 500 euros, si la structure lui trouve un emploi. » (cf. Blog Michel Abhervé ).

Et je préfère laisser sous silence les ML renégates qui sont allées manger dans la gamelle des OPP en calquant leur méthodes finaudes : sélectionner les jeunes sans trop d’aspérité, repérer des jeunes autonomes, faire entrer le jeune dans le contrat d’autonomie une fois que l’on a trouvé la sortie positive, conventionner activement avec des organismes de formation pourvoyeurs de places en formation qualifiante, repérer des jeunes dans la cage d’escalier de la ML… j’en passe et des meilleures. Résultats après cette prise d’EPO : les ML-OPP explosent le taux d’insertion pour le contrat d’autonomie. Ou : comment être juge et partie ?

Oui, vraiment, il faut que les ML soient efficaces et performantes mais elles doivent l’être avec moins de moyens et plus de jeunes à accompagner et le tout dans un décor de raréfaction de l’emploi. Le croupier a pipé les dés ! »

Troisième contribution. Daniel.

« Je ne suis devenu conseiller qu’au terme d’une longue décantation. Pour autant, le leitmotiv qui a guidé mes choix, qu’ils soient universitaires ou professionnels (que cela soit jusqu’en doctorat de Sociologie, lors de mes formations additives en philosophie et en communication, lors de mes expériences en communication corporate et politique ou en ingénierie culturelle), est de fuir ces métiers manipulateurs de symboles et de chiffres qui marquent une dangereuse fuite en avant dans l’abstraction et dans l’irresponsabilité.
Avec ce métier de conseiller, j’ai réellement le sentiment de me réaliser dans l’agir humain, d’être en prise directe avec le monde en rencontrant l’Autre. C’est une grande satisfaction. Et comme je travaille avec l’Homme, j’ai compris qu’il m’est impossible de suivre à chaque fois la même procédure car tout est affaire de contexte de circonstances : à moi d’identifier les éléments pertinents d’une situation donnée pour ensuite formuler clairement le problème, et m’y attaquer.
Se questionner sur l’humain ne saurait se limiter à l’accumulation de données objectives sur le fait humain. Le discours rationnel se veut totalisant, n’occupe aucun point de vue car il est toujours partiel.

Les méthodes, que j’ai connues dans le privé et qui ont fait la preuve de leur inanité, innervent le secteur social ; effaçant la finalité de la mission et l’intérêt pour le public. Le secteur social est en ligne de mire de sectateurs ultralibéraux qui ne comprennent que les chiffres. Aucune place digne à l’homme au sens plein de ce mot, c’est-à-dire à l’inquantifiable. Et nous savons fort bien que l’humanité ne peut être réduite à des chiffres sans être détruit.
Ce monde absolument non-marchand est aujourd’hui pris dans l’œil d’un cyclone qui voit toutes les dépenses publiques soumises aux diktats des marchés et des agences de notation.

Je pense que l’accompagnement de la personne ne saurait être évalué par des méthodes chiffrées sans perdre sa substance.

Et pourtant les métiers d’aide à la personne restent une aventure. Parce que nous intégrons l’«aléatoire» dans notre pratique professionnelle, que nous devons abandonner toute prétention à une rationalisation systématique du réel, accueillir le doute.
Cette méthode en creux permet à celui qui accompagne d’être à même de savoir, d’ajuster, de donner des repères, d’éclairer le chemin, précéder, porter la charge et savoir cheminer à coté. L’accompagnement vit dans le monde de l’incertitude où il faut improviser, créer constamment pour ne pas tomber dans l’ennui ou dans des labyrinthes sans issue. La science et les statistiques ne sont pas la réponse pour l’existence et la gestion de l’incertitude.
Et si notre conscience nous invite à ne pas céder à la tentation de toute puissance, tentation à laquelle nous pourrions si aisément succomber dans ce projet « démiurgique », elle nous invitera alors à nous réserver, à nous abstenir, à nous contenir, à nous «retenir». «L’homme gentil se retient », écrit Michel Serres et ce que l’homme gentil cherche à éviter avant toute chose, c’est de faire du mal. Se retenir c’est laisser davantage d’espace et de temps à soi et à l’autre pour penser, pour douter, pour essayer, et pour que peu à peu, l’autre construise son chemin, invente son œuvre. Si accompagner implique la conscience de l’autonomie et de la responsabilité d’autrui, accompagner exige alors aussi la conscience que l’œuvre de l’autre ne peut naître que «dans un creux retenu». C’est à l’accompagnant qu’il revient de veiller à ce «creux», de toujours laisser une place à l’inattendu…

Accompagner l’autre c’est faire un bout de chemin avec lui vers « quelque chose », ce bout de chemin se construit en marchant et ce «quelque chose» s’invente en se faisant. Et si on a le souci d’offrir à l’autre un accompagnement de qualité, c’est-à-dire pensé et agi en permanence au regard d’un projet singulier, contextualisé et se formant, il importe non seulement de «se retenir» mais aussi, et dans un même mouvement, de «douter».

Cette Angoisse que génèrent nos « temps modernes » et la fuite de celle-ci dans l’affairement, pousse l’Homme à améliorer et perfectionner ses propres moyens de contrôle sur l‘«extérieur». Or la nécessité de nos métiers d’Accompagnants tient à ce pari que l’Autre peut grandir en humanité.

Ne laissons pas que nos métiers confondre l’avoir avec l’Etre. »

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commentaires
  1. Piton de Pierre dit :

    Le taux d’insertion : sonde ou ballon ?

    Au fil des tableaux qui nous tombent quotidiennement dessus, celui la vaut son pesant de pistaches.

    Il est question de « Taux d’insertion » définie comme tel : Taux d’insertion est égal au nombre de sorties du mois/trimestre/semestre/année pour motifs positifs ou en situation positive à la sortie de programme rapporté aux effectifs totaux de début de mois/trimestre/semestre/année et multiplié par 100. Et c’est pas tout le nombre de sorties positives c’est le Nombre de jeunes ayant une situation de types emploi, alternance, scolarité, ou une formation qualifiante à la sortie des dispositifs CIVIS, PPAE ou Contrat d’Autonomie sur la période ou un motif de sortie positif. Fermez le ban et excusez du peu.

    Première aberration : le mètre étalon :
    Pour l’État, puisque c’est de lui que proviennent ces tableaux et ces définitions, l’insertion ne se mesure qu’en accès à l’emploi ou en formation qualifiante. Hormis ces deux graduations point de salut et point de performance.
    Le jeune que nous arrivons après plus d’une dizaine de séances d’entretiens individuels à prendre conscience qu’il doit se rapprocher du CMP : c’est un ectoplasme.
    Le jeune qui intègre nos séances de débats sur des thèmes d’actualités seul moyen pour lui d’avoir une vie sociale là aussi c’est un ectoplasme.
    Le jeune qui n’a plus pensé au suicide depuis huit mois suite à sa participation à nos ateliers santé qui lui ont fait rencontrer des professionnels : toujours un ectoplasme.
    Le jeune qui a pu intégrer un appartement gérait par le CHRS grâce au partenariat mis en place par le pole social de la ML : idem autre ectoplasme.
    L’inserométre de l’État n’est gradué qu’en sortie emploi pris ou en formation qualifiante intégrée. Je propose donc avant la fusion avec PE un nom de préliminaire à cette effusion : Mission Emploi.

    Deuxième aberration : La légalisation de l’EPO :
    Ainsi que vous soyez OPP (opérateur privé de placement) ou SOA (Structure d’accueil et d’Orientation) votre taux d’insertion se verra gratifié ou non des largesses du payeur. Ainsi pour les ML qui portent le CIVIS un jeune qui accède à une formation qualifiante n’est pas considéré comme une sortie positive alors que pour les OPP qui portent le Contrat d’Autonomie si un jeune intègre une formation qualifiante c’est une sortie positive.
    Ce qui a valu lors de la réunion du 26 Octobre 2011 de la commission des Affaires Sociales de l’Assemblée Nationale consacrée à l’examen du budget de la Mission Travail et Emploi une tirade formulée par Bernard Perrut, Député UMP du Rhône sur ce même contrat d’autonomie : “je déplore que l’on mette autant de moyens sur le contrat d’autonomie. À la différence du CIVIS qui fait intervenir les missions locales, le contrat d’autonomie fait intervenir des structures privées qui se voient confier l’accompagnement et l’insertion des jeunes dans l’emploi. Or je remarque qu’un emploi CIVIS revient globalement – d’après le tableau présenté par notre rapporteur – à quelques centaines d’euros, alors qu’un jeune accompagné dans le cadre du contrat d’autonomie peut coûter jusqu’à 8 500 euros, si la structure lui trouve un emploi. –(http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2011/11/02/1637/)-.

    Et je préfère laisser sous silence les ML renégates qui sont allées manger dans la gamelle des OPP en calquant leur méthodes finaudes : sélectionner les jeunes sans trop d’aspérité, repérer des jeunes autonomes, faire entrer le jeune dans le contrat d’autonomie une fois que l’on a trouvé la sortie positive, conventionner activement avec des organismes de formation pourvoyeur de place en formation qualifiante, repérer des jeunes dans la cage d’escalier de la ML, j’en passe et des meilleures. Résultats après cette prise d’EPO : les MLOPP explosent le taux d’insertion pour le contrat d’autonomie. Ou comment être juge et partie.

    Oui vraiment il faut que les ML soient efficaces et performantes mais elles doivent l’être avec moins de moyen et plus de jeunes à accompagner et le tout dans un décor de raréfaction de l’emploi. Le croupier a pipé les dés !

  2. rbeaune dit :

    Père Formant = Père Noël ou Père Fouettard ???

    L’Est de la France venant de fêter la Saint Nicolas, ce titre m’est apparu comme le mieux correspondre aux enjeux tracés par la notion de performance…

    Ma première fréquentation avec celle-ci vient du milieu sportif où sa recherche est la source de la victoire… Ayant pratiqué le rugby, il convient de distinguer la performance individuelle -source d’individualisme et d’isolement- de celle collective… qui seule permet de se surpasser individuellement…. Donc il faut jouer en équipe… Il ne faut pas oublier non plus que cette recherche de la performance doit se faire dans le plaisir du jouer ensemble et non dans des produits dopants (EPO = CPO ?) ou dans la volonté d’écraser l’adversaire… La reconnaissance vient des spectateurs, des adversaires d’un jour et des partenaires…

    Ma deuxième vient du milieu financier où celle-ci est analysée sur la base des critères de la micro-économie : recherche de productivité pour optimiser les résultats, investissements sur des crénaux porteurs pour préserver l’avenir… L’analyse sociale a aussi été tentée -par une ancienne secrétaire générale d’un syndicat qui avait fondé une agence de notation et qui est devenue médiatrice pour un grand groupe de transport ferré-, mais a peu été suivie d’effets… Le grand défaut de cette analyse est d’oublier les effets dévastateurs qui peuvent être produits au niveau de la société : pollution, licenciements boursiers, stress et suicides, …

    Donc, à la Direction d’une Mission locale, je serais à nouveau confronté à cette logique de la recherche de la performance à tout prix ???

    Je le pense oui, mais on peut réduire les effets de cette pression :

    – il faut toujours faire référence aux valeurs qui guident notre action, il ne faut jamais oublier la raison de notre travail et, dès lors, rechercher, avec son équipe, la meilleure voie pour permettre aux jeunes de réussir leur insertion professionnelle et sociale… en prenant en compte le contexte économique et social…

    – de cela, une conséquence : il ne faut pas tomber dans la logique de la gestion par des objectifs individuels, mais chercher -comme en rugby- la performance collective au service des jeunes… que ce soit en interne ou au niveau du réseau… Sur ce dernier point, deux remarques : je ne comprends toujours pas pourquoi le dossier d’un jeune qui déménage ne peut être transféré automatiquement entre deux ML (on pourrait parler -avec humour- de lutte contre le decrochage) et j’espère que la création de l’institut Bertrand Schwartz va favoriser les échanges entre Missions locales pour mutualiser les pratiques et les expériences et éviter à chacune de réinventer l’eau chaude ou tiède… Pour éviter d’avoir la tête dans le guidon, regardons ce qui se fait chez nos voisins, échangeons et partageons… Mais cela ne doit être réduit qu’aux seuls directeurs ou ne se pratiquer qu’au sein de sa région…

    – on ne peut empêcher un financeur de définir ses propres critères d’appréciation du travail fourni et des résultats obtenus… Par contre, il faut toujours être en capacité d’argumenter pour replacer l’action de la Mission locale dans un cadre plus global : comme tout bon entraîneur, il faut avoir clairement arrêté une stratégie et définir une tactique pour s’adapter aux sautes d’humeur de l’environnement … Quand on voit, dans les documents budgétaires, que le seul indicateur retenu pour apprécier l’utilsation des fonds alloués aux Missions locales est la sortie en emploi durable des jeunes CIVIS, il est évident que chaque ML, par solidarité collective, doit tout faire pour que ce programme d’accompagnement porte des effets positifs pour les jeunes… Par contre, là où le bât blesse, c’est au niveau de l’évaluation dans le réseau des Missions locales… Si on ne veut pas se voir imposer le système d’appréciation de l’autre, soit on définit le sien et on le partage, soit on change de domaine, pour traduire le ‘un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne’ de Jean-Pierre Chevènement…
    Pour conclure, il apparaît évident que cette pression va s’accentuer avec les crises qui se succèdent, avec la raréfaction des fonds publics… Deux traductions à court terme : le blocage de 5% des financements pour maintenir l’objectif de réduction des déficits publics et le couplage de Parcours 3 et d’ICARE… S’indigner oui, mais aussi et surtout agir en réseau qui ne s’interdit pas de se remettre en question, de s’interroger sur son fonctionnement et de proposer de nouvelles voies d’actions… Se servir du présent pour préparer l’avenir des jeunes qui est bien sombre…

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