Perso.

Publié: novembre 2, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Agit'Prop

Ca s’appelle « perso » pour indiquer au premier mot que c’est bien une opinion strictement personnelle mais cependant communiquée aux lecteurs – l’écriture est une nécessaire et aléatoire rencontre entre un auteur et un lecteur – sur l’emballement de l’information. A ces mêmes lecteurs d’interrompre immédiatement, plutôt que de reprocher ultérieurement le prosélytisme rampant, ou de poursuivre.

Haro sur l’expression populaire.

Dont, tout d’abord, la Grèce. Voilà qu’un Premier ministre moustachu décide contre toute attente de ses pairs d’organiser un référendum pour valider ou non des décisions prises dans le secret des dieux, c’est-à-dire des experts, lors d’une nuit marathon qui s’est achevée par la mise en spectacle d’un président, épuisé juste comme il le fallait compassionnellement pour les caméras, annonçant qu’enfin tout était réglé (essentiellement grâce à lui). Or, quoi de plus démocratique, singulièrement dans le pays qui fût le berceau de la démocratie, que de consulter le peuple ? Et bien, manifestement, ce n’est pas l’opinion partagée par la quasi-totalité des élites interviewées ici et là. Ainsi, un député de l’UMP dont j’ai oublié le nom, s’offusquait ce jour au micro de France Culture que, par ce référendum, la démocratie représentative ne soit pas respectée ! Rappelons que le « P » d’UMP signifie « populaire ». De Gaulle, qui usa du référendum comme plébiscite, doit se retourner dans sa tombe… Voir au jour le jour les édiles de la démocratie représentative soumettre les peuples au diktat des marchés, dont on annonce la logique (sic) de « détricottage » – après la Grèce, l’Italie, après celle-ci, la France… -, est la démonstration in situ et in vivo de la subordination du politique au financier. Il est vrai que, nous concernant et depuis le Fouquet’s,  il n’y a que les naïfs et les imbéciles pour croire l’inverse. Ainsi, si par hasard ou raison, les Grecs refusaient vingt années de récession sociale, l’Europe courrait à sa perte ! La belle affaire ! Car, si tel était le cas, ce serait la meilleure démonstration que cette Europe n’est que celle des financiers et du marché. Pas celle des peuples. La démocratie représentative est sans aucun doute mal en point, les sondages sur la confiance de nos compatriotes démontrant sans équivoque cette dégringolade. Pour s’en sortir, car on imagine mal quelle pourrait être un autre système, elle doit se régénérer et s’appuyer sur la démocratie participative… au même titre – il faut excuser le tropisme « missions locales » – que l’expression des jeunes en tant qu’acteur collectif au sein des structures est un point de passage obligé et urgent. Constater à l’inverse cette peur de l’expression populaire ne fait que confirmer la faillite d’un système. Il faut donc s’attendre au pire. Mais, en attendant, le mieux est de désaccorder notre façon de penser du chaos des informations financières: le dimanche 30 octobre, Le Monde annonce « Les Bourses reprennent espoir »; le lundi 31 octobre, elles chutent vertigineusement.

Best-seller.

Ensuite, Jean-Claude Trichet, président de la banque centrale européenne. Voilà huit ans que cet homme en est le président et que peut-on lire dans Le Monde daté des 30 et 31 octobre, sur une page entière ? « Le secteur financier doit changer ses valeurs ». « Ah, la belle affaire, ah les belles manières », comme le chantait aux belles années François Béranger ! Les « valeurs » du système financier ? Il nous faudrait a minima un Rabelais pour parvenir à nous en faire rire. Le système financier n’a de toute évidence pas de valeurs. Il n’a qu’un objectif, spéculer, et un ressort, la cupidité. Remarquons en passant que Jean-Claude Tricher cède sa place, ce 1er novembre à Mario Draghi, actuel président de la Banque d’Italie… Que Trichet, la veille de son départ, déclare que les « messages {des Indignés} sont importants » et qu’« il y a une protestation contre les bonus du secteur financier qui ne sont pas acceptés par nos démocraties » est l’indication qu’un de ces jours, sans trop tarder, le même bonhomme va s’atteler à un ouvrage, futur best-seller, où il reniera tout ce qui a été une dizaine d’années la doxa acceptée et même vénérée de nos élites politiques. Ainsi va leur vie, faite de promesses, de postulats et de reniements. L’essentiel étant d’être cru pour chacun d’entre eux.

Il y a des jours où l’on ferait mieux de rester au lit.

(Dessin de Plantu en première page du Monde daté du 2 novembre 2011)

P.S. Ouf, moins seul ! Au moment même où ces lignes allaient être publiées, une alerte de Médiapart concernant une interview d’André Orléan, « L’appel au peuple grec ne saurait être rejeté ». André Orléan, directeur d’études à l’EHESS, est l’auteur de L’Empire de la valeur (La couleur des idées, 2011). Extrait :

Médiapart. « Que vous inspire le «coup de poker» de Georges Papandréou, qui promet aux Grecs un référendum sur l’aide européenne? »

A. Orléan. « Face aux transformations de très grande ampleur qui sont demandées à la société grecque, l’appel au peuple et à la délibération publique ne saurait être rejeté. On a suffisamment souligné la nature structurelle des problèmes qu’affronte la Grèce, par exemple concernant la place de la religion orthodoxe ou le rapport à l’impôt des classes les plus aisées, pour comprendre que ce qui est demandé à la Grèce touche à la définition même de son être ensemble. Dans ces conditions, si le terme de démocratie veut dire quelque chose, on ne voit pas comment de telles mutations pourraient se faire sans un vaste débat national. »

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