60% des jeunes actifs au chômage…

Selon les chiffres que vient de publier l’Insee dans Informations Rapides Réunion n° 202 d’octobre 2011 pour l’enquête Emploi, au « deuxième trimestre 2011, le taux de chômage à La Réunion atteint 29,5% de la population active. Il touche désormais 102 000 personnes, soit 3 000 de plus qu’en 2010». Mais surtout, observe l’Institut, « les jeunes sont les plus touchés par le chômage ». En 2011, « 60% des actifs de 15 à 24 ans sont au chômage » et ils supportent la hausse la plus forte: « + 4,1 points depuis 2010 et + 8,8 points depuis 2007».

Les jeunes sont aussi de plus en plus touchés « par un chômage de longue durée : 64% des chômeurs de 15 à 24 ans le sont depuis plus d’un an contre 50% en 2010 ».
En outre, les femmes sont « plus au chômage que les hommes (31,8% contre 27,5%) ». Si « cette situation perdure depuis de nombreuses années {…} l’écart s’accentue entre 2010 et 2011 ». En effet, le taux de chômage des femmes « augmente de 1,8 point tandis qu’il baisse pour les hommes de 0,7 point ».

L’INSEE, pas en reste d’adage, poursuit : « En période de crise, les jeunes, moins expérimentés que leurs aînés, éprouvent davantage de difficultés à trouver un emploi. Ceux qui travaillent ont des statuts plus précaires. Dans le secteur marchand, seulement 39 % ont un CDI contre 79 % pour les 15-64 ans. Ils sont ainsi les plus touchés par la crise en vertu de l’adage « dernier arrivé, premier sorti ».

Le site officiel du tourisme réunionnais annonce sur sa page d’accueil, « La Réunion, un monde unique », « La Réunion, un monde de sensations » et, sans doute, ne se trompe-t-il pas : côté chômage, on croyait avoir décroché le pompon mais l’Ile intense n’est pas en reste de surprises. Il fût un temps où était envisagé un « pacte territorial pour l’emploi des jeunes », une mobilisation des acteurs économiques et des entreprises avec un label d’entreprise citoyenne. Gageons que si ce pacte n’est pas rapidement mis en œuvre, ce monde unique implosera de fortes sensations… pas nécessairement sur un air de maloya. Mais, sans doute, ces jours-ci avec l’incendie qui ravage les Hauts, La Réunion pense-t-elle à autre chose qu’au maloya… Elle va vérifier in vivo et in situ la thèse de la « destruction créatrice » de l’économiste Joseph Schumpeter : la disparition d’un secteur d’activité permettra la création de nouvelles activités économiques telles que le reboisement, l’aménagement, etc. Courage quand même ! Ca chauffe !

Logique.

Consolation ? Si les chiffres du chômage atteignent des sommets à La Réunion, la situation ne s’annonce guère reluisante pour l’ensemble de l’Hexagone. Les prévisions de l’Unedic tablent sur 4,2 millions de chômeurs inscrits à Pôle emploi fin 2011 et 4,3 millions en 2012. En août 2011, pour les catégories A, B et C, le chômage est de la sorte passé de 3,97 millions un an auparavant à 4,15 millions. Si l’on ajoute les catégories D et E (chômeurs non disponibles pour occuper un emploi car en formation, en contrat aidé ou en maladie), on atteint 4,72 millions de personnes ! D’autre part, la durée maximale d’indemnisation étant de 24 mois (36 mois pour les 50 ans et plus), la grande majorité des chômeurs de longue durée n’a plus le droit à l’assurance chômage. Alternatives économiques de novembre écrit ainsi : « Début 2010, on estimait qu’un million de personnes arriveraient en fin de droits dans l’année, dont 400 000 n’auraient plus aucune source de revenu personnel, ni allocation de solidarité spécifique (ASS), ni revenu de solidarité active (RSA) ». Malgré cela, poursuit le mensuel, « affichant son souci de réduire les déficits publics, le gouvernement a fait le choix de la rigueur budgétaire au risque d’accentuer encore le ralentissement de l’activité. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2012 prévoit ainsi en particulier une baisse sensible des dépenses de l’Etat en matière de marché du travail : les crédits de la mission Travail-Emploi doivent diminuer de 1,39 milliard d’euros en 2012 par rapport à 2011, soit un recul de 12% ! » Plus de chômeurs, moins de crédits : quoi de plus logique ?

Fuis-moi, je te suis…

Enfin, un peu de bon sens ! En encadré dans l’article « La politique de l’emploi n’est pas à la hauteur » – toujours Alternatives économiques – : « Quand l’emploi fait défaut, inciter chacun à « travailler » plus revient à accentuer le chômage des moins bien placés ». Depuis quelque temps, le partage du travail était considéré comme une idée saugrenue et la réduction du temps de travail n’avait pas bonne presse. Il n’y en avait que pour le « travailler plus ». Assisterions-nous à un retournement ? Bien sûr, ce partage qui répond à une éthique de responsabilité ne peut aboutir sans qu’un réel travail d’éducation populaire soit entrepris car les représentations du travail accordent toujours à celui-ci une place majeure, singulièrement en France. L’enquête 2007 du World Value Survey (WVS) révélait ainsi que 64,6% des Français considéraient que le travail était très important dans leur vie, soit presque deux fois plus qu’aux Etats-Unis (32,6%), aux Pays-Bas (32,7%) et en Australie (36,3%). Notons d’ailleurs que ces mêmes Etats-Unis sont le pays où le revenu est le premier critère d’appréciation d’un emploi, 37,5%, alors qu’en France ce pourcentage n’est que de 19,7% : les dimensions sociale et symbolique du rapport au travail sont ici dominantes alors que la perspective instrumentale est déterminante Outre-Atlantique. Cet attachement au travail n’est pourtant pas synonyme de bien-être car les Français sont, en Europe et avec les Polonais, les Roumains et les Bulgares, parmi les moins satisfaits de leur travail. Autrement formulé, le travail occupe toujours une place centrale tout en étant un facteur de déception… pour ceux qui travaillent. Quant aux autres, chômeurs, désaffiliés ou surnuméraires, ils obéissent à la règle selon laquelle ce qui est rare est cher : le travail leur est d’autant plus important qu’il leur est soustrait. L’adage amoureux « Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis » s’applique finalement assez bien dans notre rapport au travail : occupés nous sommes déçus, privés nous sommes désireux.

Pas de miracle.

A la question « Chômage des jeunes : le mal français », Philippe Askenazy répond dans un ouvrage récent, Les décennies aveugles. Emploi et croissance 1970-2010 (Seuil, 2011) par un plaidoyer pour l’apprentissage et, plus largement, l’alternance, ceci en comparant les médiocres résultats français à ceux du Royaume-Uni et, plus encore, de l’Allemagne. Toutefois il écrit : « Le succès de l’apprentissage en Allemagne passe aussi par des salaires élevés pour les cols bleus. Pour enclencher une telle mécanique – les hauts salaires favorisant l’apprentissage qui forge une main d’œuvre performante – en France, il faudrait donc aussi se lancer dans une amélioration substantielle des grilles de rémunération dans l’industrie et la construction ; soit le contraire de la politique de modération salariale menée depuis des décennies. » (pp. 271-272). Philippe Askenazy ne croit pas si bien dire : évoquant le poids de la masse salariale dans les coûts fixes, Frédéric Saint-Geours, le directeur financier du groupe PSA, premier constructeur automobile français, annonce des « compressions de personnels » alors que le chiffre d’affaires total du groupe a progressé de 3,5% à 13,45 milliards d’euros au troisième trimestre. 3 500 emplois vont donc disparaître en Europe en 2012, auxquels s’ajouteront 2 500 emplois parmi les prestataires externes et 800 postes de travailleurs temporaires en France. Philippe Askenazy conclut d’ailleurs son plaidoyer… en le quasi-invalidant : « Au total, il n’y a pas de miracle. Dans l’ensemble des grands pays européens, une part significative de la jeunesse souffre du chômage et de difficultés majeures d’insertion dans le monde du travail. C’est un mal du capitalisme européen. L’absence de miracle se retrouve également à l’autre bout de la carrière professionnelle. » Ah oui, une précision quant au poids de la masse salariale de Frédéric Saint-Geours : en 2009 et pour le second semestre, celui-ci a perçu 332 409 € de rémunération fixe auxquels s’ajoutaient 16 500 € de jetons de présence en tant qu’administrateur de la société Faurecia et 1 178 € pour une voiture de fonction (montant probablement sous-estimé). Soit 350 000 € pour six mois et déductivement 700 000 € pour un an. (1) Rien n’est dit sur des avantages connexes habituels (primes, stock-options, etc.). On ne sait pas plus si Frédéric Saint-Geours envisage de se licencier pour alléger la masse salariale.

Un appel citoyen…

Puisque l’on parle d’argent, un appel du Collectif national pour un audit de la dette publique est lancé, soutenu par des personnalités comme Stéphane Hessel, Dominique Méda, Susan George,  le même Philippe Askenazy, Ariane Mnouchkine… L’objectif de ce collectif, qui regroupe une vingtaine de syndicats et d’associations: organiser un « débat démocratique au plan local, national et européen » sur la question de la dette des Etats.

L’appel…

« Écoles, hôpitaux, hébergement d’urgence… Retraites, chômage, culture, environnement… nous vivons tous au quotidien l’austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l’on nous ressasse dans les grands médias. Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe. Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis vingt ans ont-ils asséché les budgets? Cette dette a-t-elle été tout entière contractée dans l’intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime? Qui détient ses titres et profite de l’austérité? Pourquoi les États sont-ils obligés de s’endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d’un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.
En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir?

Nous nous mobilisons dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique. Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens. Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie. »

Un clic, c’est simple…

Coup de sang

« Le travail n’est pas un gros mot. Pour sauver notre modèle social, pour nous protéger de la crise, la ligne stratégique est claire : le travail, l’innovation, la formation et l’investissement », a déclaré Nicolas Sarkozy le jeudi 27 octobre 2011 sur TF1 et France 2, dans le cadre d’une émission essentiellement consacrée à la situation économique de la France. Pour le président de la République, il faut « sortir d’un modèle d’assistanat qui consiste à mettre les gens en préretraite, à les condamner à rester chez eux en attendant l’allocation pour survivre, alors qu’il faut investir dans la formation, dans la recherche, dans l’innovation et dans le travail ». « Moins d’assistanat et plus d’investissement : c’est la martingale gagnante dans tous les pays du monde. »

Revoici donc le thème de l’assistanat ou, plus exactement, sa litanie synonyme de chasse aux gueux : nous en avons suffisamment parlé ces jours pour éviter d’y revenir encore cette fois… quoiqu’on puisse s’interroger sur la nécessaire résistance, pied-à-pied, incessante ou du moins aussi récurrente que le sont les offensives contre un chômage considéré contre toute réalité comme « volontaire », car il semblerait bien que cette répétition sentencieuse, largement plus véhiculée par les médias que ne le sont les ouvrages bien trop confidentiels qui la contestent avec arguments, soit efficace : la répétition, dit-on, est sinon la base de la pédagogie du moins celle de l’abrutissement. Haro sur les chômeurs, divisons les Français entre courageux, « La France qui se lève tôt », et fainéants, « les fraudeurs qui profitent », et, selon l’adage « Diviser pour mieux régner », la moitié du chemin sera fait.

Quant à valoriser le travail, son avocat de circonstance ne manque pas d’audace alors que, depuis sa présidence, la part de la richesse imputable à la spéculation n’a fait que croître aux dépens de celle imputable au travail. Si, à cela, on ajoute le contrat unique d’insertion à sept heures hebdomadaire, on comprendra sans peine que cette déclaration d’amour au travail n’est qu’illusionnisme politique.

S’agissant de formation, rappelons que les demandeurs d’emploi ont deux à trois fois moins de chance de bénéficier d’une formation, même si, en particulier grâce aux Régions, les jeunes chômeurs bénéficient plus souvent des dispositifs de formation que les chômeurs plus âgés. « En revanche, les chômeurs les moins qualifiés ont quatre fois moins de chance d’accéder à une formation que les autres. » (2)

Enfin, quant à l’innovation, il conviendrait de s’entendre sur elle et ce qu’elle poursuit. Quelle innovation et pourquoi ? On pense à Galbraith qui écrivait : « L’innovation, au sens moderne du terme, a le plus souvent pour but de créer de toutes pièces un besoin dont personne, jusqu’ici, n’avait perçu l’existence. » (3) On songe également à Méda qui justement avertit : « Or l’économie vit de cette confusion : elle vit sur le désir et non pas sur le besoin, ou sur le grimage du désir en besoin. » et « La question essentielle est bien celle de la véritable utilité de ces nouveaux produits – non pas de leur utilité économique, car on est bien d’accord sur le fait qu’ils augmentent tout à la fois les profits des entreprises productrices, le taux de croissance du PIB et la satisfaction de ceux qui les ont acquis -, mais de leur utilité au sens social du terme. En quoi la production de ce produit a-t-elle augmenté le bien-être total de la société ? » (4)

Bref, s’il faut accompagner les chômeurs vers un emploi – mais quel emploi ? – il vaudrait mieux, plutôt que de soupçonner et traquer l’assistanat derrière le chômage, « renforcer les services publics de l’emploi, en particulier ceux qui ciblent des groupes en situation d’exclusion sociale. Il faut tout mettre en œuvre pour aider les jeunes à entrer sur le marché du travail et proposer un soutien personnalisé à ceux qui s’exposent au risque de chômage de longue durée. » Qui le dit ? Laszlo Andor, commissaire européen chargé de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion. (5) Renforcer les services publics de l’emploi : on vient de voir, d’une part, ce qu’il en est avec le projet de loi de finances pour 2012 et, d’autre part s’agissant de services publics, force est de constater que ce n’est ni ce critère, ni l’efficacité et encore moins l’efficience qui guident les choix gouvernementaux… On lira ainsi avec intérêt le débat en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale où Bernard Perrut, président du CNML, déclare au sujet du contrat d’autonomie : « Par ailleurs, à l’instar de notre collègue Jean-Patrick Gille, je déplore que l’on mette autant de moyens sur le contrat d’autonomie. À la différence du CIVIS qui fait intervenir les missions locales, le contrat d’autonomie fait intervenir des structures privées qui se voient confier l’accompagnement et l’insertion des jeunes dans l’emploi. Or je remarque qu’un emploi CIVIS revient globalement – d’après le tableau présenté par notre rapporteur – à quelques centaines d’euros, alors qu’un jeune accompagné dans le cadre du contrat d’autonomie peut coûter jusqu’à 8 500 euros, si la structure lui trouve un emploi. » (6)

Pôle emploi : comment faire plus avec moins.

L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale des finances (IGS) réalisent une mission pour la prochaine convention tripartite État-Unédic-Pôle emploi. Ces deux nobles inspections viennent de présenter leurs premières orientations dont, en premier lieu, ce qui concerne l’accompagnement des demandeurs d’emploi.

« L’organisation actuelle de l’accompagnement des demandeurs d’emploi prévoit une rencontre par mois (le suivi mensuel personnalisé) entre le demandeur d’emploi et son conseiller référent à partir du 4ème mois. Compte tenu du nombre de demandeurs d’emploi suivis en « portefeuille », les conseillers ne sont cependant pas en mesure de voir chaque demandeur d’emploi une fois par mois, mais plutôt tous les trois mois. », notent les inspecteurs. Cela semblera évident mais décider d’un rythme de rencontres mensuelles et ne pas donner les moyens de le tenir revient à jouer un air de pipeau. Faut-il le préciser, ce qui est valable à Pôle emploi l’est dans les missions locales dans l’incapacité de respecter les fréquences de l’accompagnement, renforcé ou non. Mais on fait comme si…

Toutefois la mission, courageuse, n’en reste pas là et envisage quatre leviers d’action : « les modalités de suivi, les critères de « segmentation » des publics, le moment où débute le suivi et le degré plus ou moins grand d’initiative laissé au conseiller ». Contentons-nous ici du premier levier, les conditions de suivi et d’accompagnement des demandeurs d’emploi…

Ainsi, la mission s’interroge : « Faut-il moduler les méthodes de contact des conseillers avec les demandeurs d’emploi en portefeuille ? » « Si les études montrent qu’une intensification des contacts avec les demandeurs d’emploi a un impact positif sur le retour à l’emploi, chacun d’eux n’a pas forcément besoin d’être reçu physiquement », notamment ceux qui recherchent dans des secteurs d’activité qui recrutent et qui, de ce fait, auraient « surtout besoin de recevoir des offres et d’être mis en relation avec des employeurs ». Il faut donc « moduler » les contacts, c’est-à-dire user de tous les moyens disponibles, tels que le téléphone, le courriel, les sessions collectives… afin « de garantir leur périodicité mensuelle ». Bref : vous manquez de moyens pour rencontrer les demandeurs d’emploi ? Contactez-les à distance ! D’une part, le procédé n’est guère original, correspondant à la notion élastique bien connue d’« actualité », d’autre part, pirouette, elle permet d’éviter de traiter le problème de fond. Si, de toute évidence, tous les demandeurs d’emploi n’ont pas besoin d’une rencontre physique en tête-à-tête, il n’en reste pas moins qu’une seule mensuelle n’est pas dans l’absolu une ambition déraisonnable mais le devient si le ratio « D.E./conseiller », lui, est déraisonnable. Chacun conviendra que le chômage est toujours une situation difficile à vivre… et chacun constatera que la société ne semble pas décidée à accorder vingt minutes d’attention mensuelle aux chômeurs : ce minimum devient un obstacle que l’on peut contourner grâce aux technologies de l’information et de la communication. On se rapproche de La Borne (toujours excellent : voir les cinq jeunes à la rubrique « Le chômeur du mois »). Ah oui ! Pour éviter qu’à terme l’ensemble des D.E. soit traité façon TIC, il est préconisé une « supervision de proximité a posteriori » pour vérifier que les modalités de contact avec les demandeurs d’emploi sont bien adaptés à leurs situations.

Concernant l’accompagnement renforcé, trois critères servent actuellement à évaluer la distance à l’emploi des demandeurs d’emploi suivis par Pôle emploi : « l’analyse des besoins individuels du demandeur par son conseiller personnel », « l’appartenance du demandeur d’emploi à telle ou telle catégorie administrative (licencié économique, jeune, senior…) » et « l’ancienneté du demandeur dans le chômage, en application du principe selon lequel l’accompagnement s’intensifie à mesure que cette ancienneté augmente ». Pour la mission, ces trois critères sont pertinents. Elle préconise toutefois, pour tous les chômeurs, la mise en œuvre d’« un bilan approfondi obligatoire au bout de neuf mois ou douze mois de chômage, pour adapter les modalités de suivi aux difficultés avérées du demandeur ». Pour tous les chômeurs… C’est étonnant : constatant que Pôle emploi ne peut respecter la fréquence des entretiens, on vient de lui reconnaître la possibilité de s’en exonérer… pour réintroduire un bilan approfondi systématique… qu’une prochaine mission, dans deux ou trois ans, constatant son infaisabilité, imaginera à distance avec, n’en doutons pas, une seconde « supervision de proximité a posteriori ».

La commission se pose également la question de la pertinence des « portefeuilles de taille réduite » gérés par des agents de Pôle emploi. En d’autres termes, est-il judicieux d’avoir moins de D.E. par conseiller pour consacrer à chacun plus de temps ? La réponse, comme le nez au milieu de la figure, est que ces portefeuilles tendent « à accélérer le retour à l’emploi ». Mais, mais… la commission objecte immédiatement qu’un développement de ce principe risque de se traduire « par un accroissement de la taille moyenne du reste des portefeuilles et une baisse de la périodicité des rencontres que les conseillers pourront offrir aux autres demandeurs d’emploi ». Imparable théorème des vases communicants : si des conseillers ont moins de D.E. en suivi, ce sont leurs collègues qui en auront plus. Sauf qu’en toute logique une autre hypothèse aurait du être évoquée : que chaque agent de Pôle emploi n’ait qu’un portefeuille de taille réduite. Ca n’est pas dit. Pourtant c’est la même IGS qui constatait dans son étude comparative des SPE français, allemand et anglais la sous-dotation hexagonale…(7)

On n’est pas sorti de l’auberge.

A suivre…

(1) Sur le site Edubourse.

(2) Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylbergberg, Comment la France divise sa jeunesse. La Machine à trier, 2011, Eyrolles et Fondation ManpowerGroup pour l’emploi, pp. 106-107.

(3) John Kenneth Galbraith, La Science économique et l’intérêt général, 1974, Gallimard, p. 170.

(4) Dominique Méda, Qu’est-ce que la richesse ? 1999, Alto Aubier, p. 89 et p. 93.

(5) « Sortir vingt millions de personnes de l’exclusion d’ici à 2010 demeure une priorité pour l’union européenne », Le Monde, 28 octobre 2011.

(6) Mercredi 26 octobre 2011. Séance de 10 heures. Compte rendu n° 09. Dans ce même compte-rendu, on peut lire ce qui fût longtemps dénié : « Un tel dispositif, certes coûteux, porte ses fruits, puisque le taux de sortie positive, que ce soit en emploi ou en formation qualifiante, est de 42 % pour des publics très éloignés à la fois de l’emploi et des structures traditionnelles d’insertion dans l’emploi – Pôle emploi ou missions locales – et très peu qualifiés. Si je reconnais qu’il peut y avoir débat sur la méthode utilisée et sur le coût, force est de constater que ces résultats sont aujourd’hui beaucoup plus probants qu’au début de l’expérimentation, qui a eu beaucoup de mal à démarrer et qui, dans certains départements, n’aurait pas démarré sans l’aide des missions locales. Quant à savoir s’il faudrait transférer les moyens du contrat d’autonomie sur un CIVIS renforcé, comme l’a proposé l’IGAS, il me semble préférable d’attendre l’évaluation complète du dispositif. » Evaluation qui, sauf erreur, fût conduite l’année dernière.

Le dernier bilan du contrat d’autonomie faisait donc état de 42 % de « sorties positives » (accès à un CDI, un CDD de six mois et plus ou une formation. Malgré les critiques concernant les résultats insuffisants du dispositif, le gouvernement décidait de reconduire le contrat d’autonomie en 2012 au bénéfice de 8 000 jeunes. Cependant, sur la base d’un amendement déposé par Chantal Brunel (UMP) et adopté le 27 octobre, la commission des Finances de l’Assemblée a transféré neuf millions d’euros du contrat d’autonomie vers les contrats de professionnalisation. L’exposé des motifs accompagnant l’amendement fait état des « résultats décevants en termes de taux de sorties positifs » des contrats d’autonomie pour justifier de ce transfert de crédits. Hélas pour les « OPP » (opérateurs privés de placement).

(7) Pierre-Emmanuel Lecerf, Emmanuel Monnet, Véronique Hespel (supervision), Etude comparative des effectifs des services publics de l’emploi en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, I.G.F., rapport n° 2010-M-064-02, janvier 2011.

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commentaires
  1. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Sur les débats de la commission des affaires sociales à l’Assemblée Nationale, et sur le bilan du contrat d’autonomie comparé à celui du CIVIS

    « Le dernier bilan du contrat d’autonomie faisait donc état de 42 % de « sorties positives » (accès à un CDI, un CDD de six mois et plus ou une formation. »

    Il est rarement question du fait que pour le contrat d’autonomie :

    1) Les sorties en formation qualifiante sont considérées comme positives.

    2) Des formations comme le CQP APS (Agent de prévention et de sécurité) d’une durée de 70 heures, ou quelques modules d’un DEAVS (Diplôme d’Etat d’auxiliaire de Vie Sociale) , sont comptabilisées allègrement comme formations qualifiantes.

  2. […] Il faut regretter que les chiffres détaillés concernant les jeunes se limitent aux seuls jeunes inscrits à Pôle emploi ce qui conduit à une forte sous estimation de la situation de non emploi de cette catégorie, alors que, par exemple seulement 13 % des jeunes du programme CIVIS sont inscrits à Pôle emplo. En conséquence,  le taux de chômage, au sens du BIT atteint pour les moins de 30 ans 44,2%, taux porteur de forts risques d’explosion, comme l’a relévé Philippe Labbé à propos de la situation réunionnaise où ce sont 60 % des jeunes qui sont au chômage  (voir Chômage. Entre autres choses.) […]

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