Ce que parler veut dire.

Publié: octobre 27, 2011 dans Insertion/missions locales
Le gai savoir

Denis, alias « pioupiou 44 », déjà auteur – compositeur – interprète modèle rive gauche avec sa chanson « Ah, quel beau métier ! » (in sur ce blog « Rattrapage », 24 octobre 2011), s’exerce désormais au bien parler français avec le concours de l’Académie française, rien de moins, qui vient d’ouvrir une rubrique « Dire, ne pas dire ». Cette noble institution, tel le pétanqueur en charge d’évacuer la boule adverse trop bien placée, pointe les fautes et autres tics de langage qui encombrent le français contemporain. Comme on le constatera, Denis contextualise ses exemples. On lui souhaite courage et persévérance de telle façon à endosser un de ces jours l’habit vert. Il sera, à notre connaissance, le premier pioupiou académicien.

Dans la catégorie des emplois fautifs…

Sur…

La préposition « sur » ne peut traduire qu’une idée de position, de supériorité, de domination, et ne doit en aucun cas être employée à la place de « à » ou de « en » pour introduire un complément de lieu désignant une région, une ville et, plus généralement, le lieu où l’on se rend, où l’on se trouve.

De la sorte, on ne dit pas « Chérie, je travaille sur la CPO » mais on dit « J’ai un rendez-vous à la Dirrecte ». Pas plus qu’on ne doit dire « Il faut travailler sur votre CV » alors qu’il convient de dire « Votre parcours ne semble pas adapté au marché de l’emploi. » (variante : « Le marché de l’emploi ne me semble pas adapté à votre parcours. »).

Au niveau de…

Cette locution, signifiant « à la hauteur de », décrit la position dans l’espace de deux choses l’une par rapport à l’autre. Il en va ainsi dans des phrases comme : une brèche est apparue au niveau de la ligne de flottaison, construire une terrasse au niveau du salon, le navire parvient au niveau de la jetée, et, figurément, se mettre au niveau de son auditoire.

De la sorte, on ne dit pas « J’ai un problème au niveau de l’horaire » mais on dit « Je n’ai pas assez de temps pour caler tous mes entretiens et ma saisie sur Parcours 3. » Pas plus qu’on ne doit dire « J’ai un problème au niveau de mon salaire » alors qu’il convient de dire « Zut, encore une année sans augmentation ».

Dans la catégorie des néologismes et anglicismes…

Impacter…

Le substantif « impact », désignant le choc d’un projectile contre un corps, ou la trace, le trou qu’il laisse, ne peut s’employer figurément que pour évoquer un effet d’une grande violence. On ne saurait en faire un simple équivalent de « conséquence », « résultat » ou « influence ». C’est à tort qu’on a, en s’inspirant de l’anglais, créé la forme verbale « impacter » pour dire « avoir des conséquences, des effets, de l’influence sur quelque chose ».

De la sorte, on ne dit pas « La CPO impacte la santé  mentale  des conseillers » mais on dit « Les conseillers en Mission Locale vont bientôt péter un câble ». Pas plus qu’on ne doit dire « La crise impacte fortement l’entrée des jeunes dans le monde du travail » alors qu’il convient de dire « Les jeunes n’obtiennent majoritairement que des emplois précaires, quand ils en obtiennent un ».

Dans la catégorie des extensions de sens abusives…

Gérer…

Gérer signifie « administrer, veiller à la bonne marche de ce que l’on possède ou qui vous est confié ». On gère des biens, un établissement, un domaine et, par extension, un budget, des affaires.

Employer le verbe gérer lorsqu’on évoque des faits de la vie personnelle, des émotions, des sentiments, c’est étendre abusivement un terme qu’il faut réserver à ce qui est matériel.

De la sorte, on ne dit pas « Les Missions Locales vont gérer l’ANI Jeunes » mais on dit « Les Missions Locales vont essayer de boucler leur budget grâce à l’argent des partenaires qui tendent à remplacer l’État sur ses compétences ». Pas plus qu’on ne doit dire « Les Missions Locales gèrent l’accompagnement professionnel et social des 16-25 ans » alors qu’il convient de dire « Les Missions Locales mettent tous les jours des pansements sur la jambe de bois qu’est l’insertion des jeunes. »

Dans la catégorie des bonheurs et des surprises de la langue française…

Oui…

Oui, en français, est l’adverbe qui marque l’approbation, l’acquiescement. On évitera de lui substituer d’autres adverbes ou locutions adverbiales que l’on détourne de leur sens propre, croyant sans doute donner plus de poids à sa réponse ou à son affirmation. Absolument, effectivement, tout-à-fait, exactement, parfaitement… sont excessifs quand il suffit souvent de dire « oui ».

Exemple : « L’ANI Jeunes ne va-t-elle pas qu’ajouter de la complexité dans l’accompagnement des jeunes par les Missions Locales ». Votre réponse : « Effectivement » ou « Certainement ». Dites « Oui », tout simplement !

Coi / quiet…

Ces deux adjectifs sont issus du même adjectif latin quietus, l’un par la langue populaire, l’autre par évolution savante.

« Coi » ne s’emploie plus guère aujourd’hui que dans des locutions : « se tenir coi ». Rester, demeurer coi, se taire. Par exemple, « Coi comme un directeur de Mission Locale devant sa CPO, immobile et silencieux ».

« Quiet », par opposition à « inquiet », se dit surtout de qui est serein comme un ministre du Travail devant les derniers chiffres du chômage, paisible, à l’esprit tranquille. Demeurer quiet malgré des revers de fortune. Par exemple et par extension « un quiet abandon du peuple au profit des banquiers » ou « une vie quiète d’exilé fiscal ».

A (pour)suivre.

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