Valse.

Bien. Certains – suivez mon regard ou, plus judicieusement, allez plus bas à « Chanson » – ont la pression du chiffre et du quantitatif, des objectifs à atteindre, de la CPO… d’autres celle des reproches : pourquoi ce silence ? Qu’est-ce qui justifie que le blog ne charrie pas ses contributions au rythme des évènements qui affectent le champ de l’insertion alors que, certes, c’est bien le fond qui manque le moins ? Voilà donc un point commun entre nous. Reprenons donc ce pianotage de l’azerty en trois temps. Comme une valse (dite « noire » ou « lente »).

Tout d’abord avec la prose inimitable de Pierre, dont on se demande comment, de là où il est, agrippé à son confetti volcanique de l’Océan Indien, il allégorise à partir de Nolwenn Leroy et déambule littérairement sur le granit rose de Trébeurden (1).

Puis avec le débat contributif, collaboratif, à partir de deux articles « Des nouvelles du front » et « De l’amnésie comme condition de l’innovation » : Régis, puis Jean-Philippe, puis – on ne change pas une équipe qui gagne – encore Régis.

Enfin avec la reprise d’un exercice déjà proposé ici : le résumé, assurément partial et partiel, néanmoins assumé, des lectures de ces dernières semaines.

En gestation encore quelques jours, une contribution sur un couple : l’insertion et le territoire. Ca vient, ça vient…

Toutefois, mise en bouche, une petite explication sur ce silence de quelques semaines : bien sûr l’occupation, celle qui me vaut l’humour de nouveaux patients (« docteur »), mais également une douzaine de jours avec les pioupious de Guadeloupe (2). Comme toujours, ceux-ci n’ont pu s’empêcher de me dire « Ici, c’est particulier. » Et le fait est que ça l’est. On va le constater.

(1) Qui bénéficie d’une belle mission locale « Ouest Côtes d’Armor », en granit et sur la place du Marchallac’h (prononcez : marralarr).

(2) Une bonne équipe, un bon directeur. Une quête de professionnalité.

Pierre. « A notre docteur.

Comme marraine Nolwenn Leroy est déjà prise pour sauver les phares Bretons, J’ai essayé de contacter d’autres Breton de souche ou d’adhésion célèbres : Liliane Bettencourt, Raymond Domenech et PPDA, pour venir au chevet de notre docteur en prétextant bien sur que tu pouvais leur apporter une sorte de caution sociale « Lorsque leur âme et leur corps ne seront plus d’accord, que sur un seul point : la rupture » et qu’ils chercheront auprès de Saint-Pierre une bienveillance pour l’octroi du purgatoire. Que nenni !

Alors, en dernier ressort, j’ai appelé Olivier Besancenot qui passe de temps en temps par Trébeurden. Il est d’accord pour être le parrain de notre Philippe afin qu’il reprenne ses mots pour nos maux. Un bémol cependant Olivier reprend un proverbe breton et nous signifie que : « Point ne faut aller plus vite que le cheval qui nous porte. » Reviens vite quand même. »

Régis sur l’article « Des nouvelles du front ». « Allo Docteur ! La mise en oeuvre de l’ANI présente les mêmes symptômes que les contrats d’autonomie, mais avec beaucoup de moyens en moins. Je me trompe sur le diagnostic ? »

« Mais j’avais oublié un symptôme : les jeunes relevant de l’ANI ne peuvent être dans CIVIS pour une histoire de double financement…. mais ceux relevant du contrat d’autonomie oui = le double financement ne joue qu’au sein d’une même entité. Euh, mais comment ont fait les Missions locales qui mettent en oeuvre conjointement le contrat d’autonomie et le CIVIS ? Docteur la situation devient complexe ! Un éclairage ? »

Jean-Philippe. « Pour répondre sur ce point : Il est à noter que c’est la DGEFP qui s’est empressée de demander l’impossibilité d’intégrer CIVIS pour un jeune intégrant « l’ANI ».  ANI ou CIVIS il faudra choisir. Ce qui est tout de même surprenant c’est que concernant Pôle emploi, personne n’est allé spécifier qu’un jeune ne pouvait pas être dans le PPAE. La question du double financement ne se poserait donc que pour les ML et uniquement parce que la DGEFP s’en est mêlée. Par ailleurs, s’agit-il d’un double financement ou d’un autre financement ?

On voit ici clairement le jeu de l’Etat : qui spolie largement le FPSPP ? Qui oriente les financements des ML dans le cadre de cet ANI du 7 avril 2011 (plusieurs ANI sont signés chaque année) et définit cahier des charges (pour les partenaires sociaux) et l’appel d’offres (en direction des ML) dans l’affaire ?

Les partenaires sociaux sont en train de constater cette mainmise de l’Etat sur les ML. La CGT fait partie des partenaires sociaux, mais elle est non signataire de cet ANI. Elle siège aux différentes réunions pour essayer de signaler certains écueils de la mise en œuvre de cet accord. Dans la délégation CGT, il y a des syndiqués des Missions Locales, ce qui n’est hélas pas le cas pour les autres confédérations syndicales. Si tel avait été le cas, je ne suis pas sûr que l’ANI du 7 avril ait été signé, ou qu’il ait eu cette teneur… mais on ne refait pas l’histoire…. »

Régis sur l’article « De l’amnésie comme condition de l’innovation » où il était question du tutorat externe : « Le bilan intermédiaire fourni par notre évaluateur (IREDU) est sans équivoque: Toutes choses égales par ailleurs, les jeunes non bénéficiaires du tutorat ont cinq fois plus de risques de rompre leur contrat d’apprentissage et quatorze fois plus de risques de quitter l’hôtellerie-restauration, par rapport aux jeunes qui ont bénéficié du tutorat renforcé. Une différence significative apparaît lorsque les jeunes ont été informés par lettre. En effet, la probabilité de connaître une rupture est multipliée par deux, de quitter le secteur multipliée par cinq pour ces jeunes, par rapport aux bénéficiaires du tutorat renforcé.

Il faut préciser un point essentiel : pendant toute la durée de l’expérimentation, nous n’avons touché en rien le cadre de fonctionnement de l’apprentissage, notamment en amont. De ce fait, la mesure ne concerne que l’apport du tutorat externe… Rien n’est intangible, dès lors que l’on veut s’en donner les moyens. »

P.L. Cela tombe bien : j’ai quelque chose à dire sur ce « tutorat externe »… que j’ai exprimé à l’occasion d’une invitation de l’Animation régionale des missions locales de Haute-Normandie qui, précisément, communiquait autour d’une expérimentation sur… le tutorat externe. A paraître dans quelques jours sur ce blog.

Cocotiers.

Comme indiqué, j’étais ces jours-ci aux Antilles avec les pioupious de la mission locale guadeloupéenne dont une particularité est de… n’être pas financée par les communes ! Ce qui, assurément, n’empêche pas les édiles locaux de donner de la voix sur l’air de « Jeunesse, le devoir d’avenir ». Autre particularité découlant de ce manque de financement combiné à une situation économique structurelle et conjoncturelle  aigue : 12 000 jeunes en contact pour… 25 conseillers ! On se souviendra de ce que disait Bertrand Schwartz : « Les missions locales devaient être capables de mettre un nom et une vie sur chaque jeune, le connaître individuellement, car c’était la seule façon de lui apporter une aide efficace. » (1) Un nom, une vie sur chaque jeune lorsqu’on en recense 700, 800 dans son « portefeuille » ? On se souviendra également – ce sera plus facile parce que plus récent – du rapport de l’Inspection Générale des Finances qui, comparant les trois services publics de l’emploi français, allemand et anglais, constatait que « … rapportés au nombre de demandeurs d’emploi, recensés par les statistiques nationales (DEFM), les effectifs du SPE français (150) représentent moins de la moitié des effectifs allemands (377) et britanniques (349). » (2) Un agent de Pôle emploi pour 150 DE… et un conseiller pour 800 jeunes, le premier exclusivement pour l’emploi, le second pour tous les besoins, de la formation à l’emploi, de la santé au logement, de la mobilité aux loisirs… Cherchez l’erreur.

A l’autre bout du monde, sur un confetti au milieu de l’Océan indien, des « experts » réfléchissent à (sic) « créer une structure pour renforcer l’accompagnement des jeunes sortis du système scolaire sans qualification. A mi-chemin entre la maison des adolescents et les missions locales, elle devrait permettre une prise en charge globale du jeune. » Et, de la sorte, ces experts confirment que, dans l’hémisphère sud, on peut marcher la tête en bas. Sous le tropique, cette fois du Cancer, on affirme « le rôle pivot de la mission locale » tout en ne lui accordant des moyens plus proches de l’aumône que de l’investissement éthique (responsabilité intergénérationnelle) et stratégique… (3)

(1) Louise L. Lambrichs, L’invention sociale. A l’écoute de Bertrand Schwartz, 2006, éditions Philippe Rey, p. 138.

(2) IGF, Étude comparative des effectifs des services publics de l’emploi en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, Rapport n° 2010­M­064­02, janvier 2011.

(3) Mission régionale sur la jeunesse en déshérence, Jeunesse en déshérence. Il est urgent d’agir ! Rapport au président du Conseil Régional de la Guadeloupe, 12 janvier 2011.

Les lectures auxquelles vous avez échappé. Peut-être.

Poisse.

Le Monde, 6 octobre. « Dexia, première banque victime de la crise de la zone euro »

Pas de chance pour les missions locales : pour une fois qu’une fondation les soutenait dans leurs initiatives citoyennes, il faut que celle-ci soit issue de la première banque qui dégringole. Il s’agit de la « première » banque ; on peut supposer que d’autres vont suivre et, en attendant, qu’elles ne vont pas particulièrement faire preuve d’audace avec les « clients de peu », par exemple les jeunes jusqu’alors exclus du système bancaire et pour lesquels les missions locales intercédaient via le microcrédit. Question : les (petites) vannes du microcrédit demeurent-elles toujours (un peu) ouvertes ou sont-elles closes ? Ah, oui, une précision : le 7 avril 2011, le conseil d’administration de Dexia a accordé à son PDG Pierre Mariani (anciennement au cabinet de Nicolas Sarkozy au Budget) un bonus de 600 000 euros au titre de l’exercice 2010. De quoi voir venir… ce qui ne sera pas avec Eric Woerth le cas des Smicards puisque, selon celui-ci, « Il ne faut pas augmenter le niveau du SMIC. Plus vous l’augmentez, plus vous mettez de gens au chômage et plus vous écrasez la grille des salaires. » (Le Monde, « La France est-elle un pays d’assistés ? », 16-17 octobre). Pour d’autres, écraser les salaires s’appelle « revenu maximum autorisé ».

A ce propos, on lira avec intérêt la contribution d’Eric Thomas dans Le Monde du 18 octobre : « Licenciés en baisse, joueurs surpayés : le football français à l’heure du déclin. » La charge d’Eric Thomas, président de l’Association française de football amateur, contre le football professionnel est radicale et juste : « … image catastrophique des Bleus, montée de la contestation, des actes antisportifs voire violents, déconsidération du rôle du bénévole, recul du rôle social et citoyen de football, rejet accru des parents, image dégradée des valeurs collectives… », toutes choses qui devraient interroger les subventions municipales au football professionnel. Parlons net : dès lors que les collectivités justifient par l’étranglement financier des subventions dérisoires pour l’insertion des jeunes, il faut consulter les budgets municipaux et, dans nombre de cas, on constatera que le théorème des vaches maigres, valable pour le social, ne s’applique pas au football professionnel qui, d’une part, véhicule des contre-modèles de socialisation et, d’autre part, fonctionne dans la plus pure tradition de marché libéral avec des frais somptuaires pour les présidents et des salaires vertigineux de joueurs : 200 000 euros de salaire hebdomadaire pour Nasri, 20 millions de salaire annuel pendant trois ans pour Eto’o…

Dimanche 9 octobre. Zouk.

Arrivée à l’aéroport de Pointe-à-Pitre en fin de journée. Récupération des bagages, de la voiture de location et en route pour le Clipper, un hôtel au Gosier. Erreur de direction : plutôt que de continuer sur la nationale, bifurcation inopportune à Pointe-à-Pitre qu’il faut dès lors traverser à la nuit tombante. Tours et détours dans une ville inconnue jusqu’à ce que soit retrouvée la direction… qui fait traverser un quartier, Carénage, comme il n’en existe plus en métropole avec la transpiration d’une misère sexuelle aux enchères des chalands en voiture. Misère économique, sexuelle et, je l’appris le lendemain, ravages de la drogue. Deux jours plus tard, une conseillère de la mission locale disait son trouble devant l’effondrement des repères lorsque, par exemple, un jeune de quatorze ans allait « choisir » une prostituée avec son père à Carénage… Misère sexuelle, certes, singulièrement par son exposition… mais est-elle réellement d’une autre nature que celle des touristes retraités – basse saison – qui, enclos dans leurs hôtels, s’exercent maladroitement, un peu désespérément, à se frotter sur un improbable zouk ?

Surpopulation.

Le Canard enchaîné, 12 octobre : « Guadeloupe : c’est tassé engeôleur ! »

Précisément, au sujet de la Guadeloupe, le journal satirique paraissant le mercredi, consacre un article aux deux maisons d’arrêt de l’île où les capacités d’accueil sont adaptées à la sauce caribéenne : « Là où en métropole on doit, en principe, enfermer deux détenus dans une cellule d’au moins 11 m2, sous les cocotiers on en met quatre. » « Surpopulation énorme agrémentée de rats en goguette, pas de lumière du jour pendant la saison des pluies, impossibilité de cuisiner chaud… En comparaison, les taules métropolitaines auraient presque des allures de paisibles retraites… » Voilà au moins un point commun entre les surveillants pénitentiaires et les conseillers d’insertion : la surpopulation.

Poubellisés.

Le Monde, 14 octobre. « La faiblesse de certaines primes contre dividendes suscite la colère des salariés ».

On se souvient du président qui préconisait la règle des trois tiers : un tiers des bénéfices pour les actionnaires (dividendes), un tiers pour les salariés (prime) et un tiers pour l’investissement. Cela a donné lieu le 28 juillet 2011 à une loi dite de « la prime de partage des profits » : les entreprises de plus de 50 personnes qui versent des dividendes en hausse sont tenues d’ouvrir des négociations et de faire des propositions quant à une prime pour leurs salariés. Autant il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour compter le nombre de zéros dès qu’il s’agit des actionnaires, autant le calcul est nettement moins éprouvant pour les soutiers. Chez Ipsos, le sondeur, c’est royalement 24 euros qui sont proposés, soit 0,06 € par jour. Champagne ! Enfin, une bulle… Securitas fait mieux en proposant d’abord 3,5 € par salarié puis, généreusement, 8 €. Soit 0,02 € par jour. Pendant ce temps, les inégalités croissent, les Grecs sont liposucés, Arnaud Lagardère, patron du groupe du même nom, touche 740 000 euros de dividendes par jour (non, pas d’erreur : par jour – 1), des nonagénaires s’indignent au nom de ceux « considérés seulement en termes de calcul, ceux qui sont ignorés, oubliés, offensés, humiliés, méprisés, poubellisés. » (2). On ne saurait mieux dire.

(1) Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, 2007, La Découverte, p. 28.

(2) Stéphane Hessel, Edgar Morin, Le chemin de l’espérance, 2011, Fayard, p. 55.

Création d’entreprise.

Télérama du 15 au 21 octobre.

« Quand on voit les énormes entreprises mondiales créées par des gamins au fond d’un garage, toutes nos difficultés s’expliquent : nous manquons de garages. » Il fallait y penser.

Récession.

Le Monde Economie, 18 octobre.

« La récession de l’économie mondiale pourrait se traduire par une pénurie massive d’emplois parmi les pays membres du G20 » alertait l’Organisation Internationale du Travail fin septembre. L’économie mondiale n’est pas encore en récession, peut-on lire dans le supplément économie du Monde, mais son ralentissement annonce une nouvelle envolée du chômage en 2012, surtout du chômage de longue durée. Ainsi « la crise de la dette ne doit pas faire oublier le rebond du chômage »… ce sur quoi on ne peut que tomber d’accord et poursuivre par la question : puisque manifestement nous ne sommes pas sortis de la situation exceptionnelle qu’est la crise, comment se fait-il que les crédits « exceptionnels » du plan de relance aient été interrompus ? Les gouvernements négocient actuellement la recapitalisation des banques, constituent des fonds d’intervention pour sauver la finance… mais les crédits de la politique de l’emploi, bien moins gourmands que la folie spéculative, stagnent… Il y a quelque chose de techniquement inconséquent et d’éthiquement inacceptable dans ce cordon sanitaire autour de la finance aux dépens des populations : en Espagne, le gouvernement Zapatero vient d’autoriser la possibilité d’enchaîner à l’infini des contrats temporaires et a réduit les indemnités de licenciement de 45 jours par année travaillée à 33.

En douce…

Le Monde, 19 octobre. « Indemnités journalières : l’embarras de la majorité ».

Le gouvernement modifie en catimini les règles de remboursement en cas de maladie ou d’accident du travail. La réforme prévoit que les indemnités journalières, qui sont actuellement de 50% du salaire brut pour les indemnités maladie et de 60% pour les accidents du travail, passent à 60% du salaire net à partir du 1er janvier 2012. Soit une baisse de près de 6% des indemnités. Un salarié en arrêt maladie et payé au Smic verrait sa rémunération passer de 680 à 640 euros mensuels. Pour le gouvernement, il s’agit avant tout d’une mesure « nécessaire » à l’harmonisation du système, en copiant les méthodes de calcul sur celles des indemnités maternelles. Il ne lui viendrait pas à l’idée, au gouvernement, de copier dans l’autre sens, les indemnités maternelles sur les indemnités maladie. Lorsqu’on est au gouvernement, on n’est pas payé au Smic. On a de la marge. Mais il paraît que cette réforme embarrasse la majorité parlementaire – d’où le titre de l’article – parce que pour le moins peu sociale et, en plus, d’un faible rapport financier.

Courber l’échine.

Le Monde, 20 octobre. « Hauts revenus : Matignon hausse le ton contre M. Piron et son amendement ».

Mieux vaut prendre un peu sur beaucoup de pauvres que beaucoup sur un peu de riches : ça se voit moins et ça épargne les amis. Telle est la règle gouvernementale. Ainsi le Premier ministre gronde un parlementaire de son camp, Michel Piron (député du Maine-et-Loire), qui, à l’occasion du débat sur le projet de loi de finances, a introduit un amendement prévoyant de créer une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu à 46% portant sur la fraction de revenus supérieure à 150 000 euros par part. Autre formulation pour bien comprendre : au-delà de 12 500 euros mensuels par tête, l’Etat prend 46% des revenus. Colère de M. Fillon qui ne voulait entendre parler que d’une taxe « exceptionnelle » – entendez qui ne durera pas – de 3% pour les revenus supérieurs à 500 000 euros, puis a accepté d’abaisser ce seuil à 250 000 euros et de faire passer la taxe à 4% à partir de 500 000 euros. 85 parlementaires UMP ont signé l’amendement de M. Piron. Ils sont tous appelés un à un par le président du groupe UMP, Christian Jacob, et par le ministre chargé des relations avec le Parlement, Patrick Ollier, pour enlever leur signature. Plus de la moitié des cosignataires avait déjà cédé le 20 octobre aux injonctions. Le Monde conclut : « Gageons que la pression sera suffisamment forte pour faire courber l’échine aux derniers frondeurs. » Le lendemain, 21 octobre, l’amendement était effectivement retiré. Les frondeurs d’un instant éprouveront quelque difficulté à se présenter comme des hommes libres…

Burn-out…

Le Monde, 20 octobre. « Près d’un enseignant sur cinq en collège et lycée souffre de burn-out ».

Une professeure, Lise Bonnafous, s’est suicidée en s’immolant par le feu le 13 octobre. Ce drame attire l’attention, une nouvelle fois, sur les conditions de travail des enseignants… dont les effectifs continuent d’être saignés à blanc ce qui, chose jamais vue, a justifié que les enseignements public et privé manifestent ensemble. Selon une enquête à paraître, le burn-out touche 17% des professeurs contre 11% dans les autres professions et près de 30% des enseignants ont déclaré songer à quitter leur métier. Rappelons que le burn-out renvoie à l’image d’une batterie de voiture qui se décharge progressivement. Le burn-out est une maladie. Or, qui dit maladie dit médecin. Dans l’Education, on compte un médecin du travail pour le suivi de 17 000 personnes. Nul besoin d’être prophète pour prévoir d’autres drames.

Paranoïaque…

Le Monde, 20 octobre. « Le textile sud-africain tente de survivre en négociant une baisse des salaires contre la promesse d’embauches ».

Le thème des relocalisations, de plus en plus fréquent dans les débats, a le vent en poupe puisque, s’opposant à celui des délocalisations, il s’inscrit dans un imaginaire sympathique de développement local, d’endogène, de territoire. L’expérience des autres, contrairement à l’adage, peut éclairer. Ainsi il y a six ans, Eckhardt Oeltz décidait d’ouvrir une usine de textile au Lesotho, petit royaume voisin de l’Afrique du Sud. Il déplaça 300 des 800 salariés de son atelier du Cap et l’hémorragie était appelée à se poursuivre puisque, au Lesotho, les employés sont payés 75% moins cher qu’en Afrique du Sud. Mais, début octobre, changement de stratégie : le patron décide d’embaucher d’ici décembre une centaine de personnes… au Cap. La raison ? La signature d’un accord entre l’industrie textile sud-africaine et le syndicat des travailleurs du textile et de l’habillement prévoyant que toute nouvelle personne embauchée sera rémunérée 30% moins cher qu’un salarié déjà en poste dès lors que les entreprises créent des emplois. Voilà un bel exemple qu’on aurait tort d’imaginer réservé à ces contrées éloignées de l’hémisphère sud : ici, nombre d’entreprises sont parvenues, avec l’épée de Damoclès des licenciements, à revenir sur les acquis sociaux (les 35 heures) et les montants de rémunérations et de primes. Demain, 30% en moins de salaire affecteront inévitablement les primo-arrivants sur le marché du travail, donc les jeunes. Qu’on se prépare à une lutte des places n’apparaît ni déraisonnable, ni paranoïaque. Pour preuve, ce qui suit.

Frustration collective…

Le Monde, 21 octobre. « Attention à la « frustration collective » des jeunes face au chômage, alerte l’OIT ».

Précisément, s’agissant des jeunes, l’Organisation Internationale du Travail s’inquiète des réactions juvéniles de toute une génération « traumatisée par la crise mondiale » et de plus en plus profondément affectée par le chômage. Entre 2008 et 2009, le nombre de jeunes chômeurs a crû de 4,5 millions, « une augmentation inédite ». Dans un rapport consacré aux tendances mondiales de l’emploi des jeunes publié le 19 octobre, l’OIT relève que « la frustration collective chez les jeunes a été l’un des moteurs des mouvements de protestation à travers le monde {…} car il devient de plus en plus difficile pour les jeunes de trouver autre chose qu’un travail à temps partiel ou à un emploi temporaire. » Le chômage de longue durée des jeunes a explosé, dépassant largement celui des adultes et, pour ceux qui ont trouvé un emploi, c’est aux contrats précaires et à temps partiels qu’il faut faire face. Tout cela, les pioupious des missions locales le savent (trop) bien, eux ces passeurs qui n’ont plus de berges où déposer leurs passagers, selon la métaphore de Robert Castel.

De ce constat de l’OIT on peut en retirer deux recommandations pour les missions locales.

– Premièrement, l’obligation de résultat est une imbécillité : comment contraindre à cette obligation dès lors qu’il n’y a pas de travail ? Entre le fait que ce ne sont pas les missions locales qui embauchent et que nombre de jeunes sont découragés – ce qui inquiète l’OIT – que signifie ce diktat d’un raisonnement causal « A – le conseiller – sur B – le jeune – donne C – le jeune en emploi « durable »» alors que le « C » s’est réduit en peau de chagrin ? Travailler une culture du résultat est déjà et largement un défi pour éviter que le burn-out des enseignants ne gangrène les intervenants sociaux.

– Deuxièmement, que l’OIT publie un énième rapport dans la veine de celui de l’Académie des sciences morales et politiques, La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse, n’est évidemment pas inutile : devoir d’alerte. Mais c’est aux missions locales, à qui le Législateur a confié la mise en œuvre du droit à l’accompagnement pour tout jeune confronté à des risques d’exclusion professionnelle (article 13 de la loi de cohésion sociale) et à l’échelle de leurs terrains d’alerter et de ré-alerter édiles et pouvoirs publics. Et là c’est d’une révolution copernicienne dont il s’agit ou, plus exactement, d’un retour aux « fondamentaux » : porter la parole des petits aux grands et non celle des grands aux petits ; fonder l’action sur la conception de projets plutôt que sur l’exécution de programmes dont on sait, par exemple avec le stop and go des contrats aidés, qu’ils obéissent à une « logique » bien plus politicienne que politique.

Chanson.

A propos du burn-out migrant des enseignants aux pioupious, reçu les paroles d’une chanson de Denis, alias « pioupiou 44 ». Un peu de poésie dans l’actualité ne saurait nuire. Ca s’appelle « Ah, quel beau métier ! ».

Ah quel beau métier !

Nous sommes en 2015.

J’arrive au boulot, j’ouvre mon ordi.

Mon nouveau Parcours 4 s’ouvre et me souhaite le bonjour.

J’ai choisi la voix d’Audrey Pulvar.

J’avais le choix, alors autant choisir une voix agréable.

Elle, Audrey la douce, c’est le petit nom que je lui ai donnée

M’annonce le programme de la journée :

« Vous avez aujourd’hui 15 rendez-vous, 5 PPAE, 3 CIVIS, 4 ANI et 3 nouveaux accueils.

Ce matin, 10 nouvelles offres sont arrivées dans votre boîte.

Vous devrez faire 20 mises en relation.

Et je vous rappelle qu’il reste 10 jours avant la fin du mois et 15 CIVIS à signer,

3 ANI à faire rentrer, 5 placements en emploi durable à effectuer.

Bonne journée !

(refrain) C’est pour toutes ces belles raisons

Que j’ai choisi cette vie de con –

seiller en insertion

Ah, quel beau métier !

Premier entretien, Paul est déboussolé.

Moi aussi mais je ne m’en laisse pas compter.

J’essaie de l’interroger sur ses projets, les activités qu’il fait à côté.

Audrey la douce intervient :

« Mon cher petit conseiller, je vous rappelle que c’est juste en emploi qu’il faut le placer

Sa vie, on s’en fout.

Un boulot, il doit trouver, un point c’est tout ! »

Refrain

Audrey la douce, ah, Audrey, heureusement que ta voix est douce,

Sinon, je te pèterai le nez ;

J’en ferai de la chair à pâté

De ce P4 complètement s’coué !

Bon, Paul est reparti avec ses 3 offres et un CV à retravailler.

Solana, elle, est diplômée.

Elle a un boulot mais pas de quoi croûter.

Pas de bol, je ne suis pas assistante sociale, lui dit Audrey, faut pas déconner !

Refrain

Fin de journée, j’ai bien travaillé.

Audrey la douce m’a félicité :

« Bien, mon cher petit conseiller, 1 CIVIS signé, 30 mises en relation effectuées

C’est du bon boulot, faut continuer ! »

Trajet du retour en musique,

Rentré à la maison bien fatigué.

Un bon plat de pâtes gratinées

au four et, hop, Les Experts à la télé.

Refrain

Demain sera un autre jour de CIP.

Audrey la douce m’aidera à le passer.

Les jeunes continueront à être des laissés-

Pour-compte, des rebus de la société.

Mais ce n’est rien, nous sommes une démocratie évoluée…

Refrain

A suivre.

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    Juste une petite précision… le patron de LVMH et des echos est Bernard Arnault, première fortune de France (plus de 20 milliards d’euros) avec des revenus (hors fruits de sa fortune) de 4 millions en 2010… et, entre autre, témoin à l’un des mariages de Nicolas Sarkosy…
    Arnaud Lagardère est le patron du groupe Lagardère, spécialisé dans la presse et les médias, sans oublier le sport et les chevaux…. il a une conception particulière du journalisme : « C’est quoi l’indépendance en matière de presse ? Du pipeau. Avant de savoir s’ils sont indépendants, les journalistes feraient mieux de savoir si leur journal est pérenne. » et aurait du mal à supporter un tel blog….

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