Tout ce qu’on vous a peut-être déjà dit ou que vous savez sur autre chose que l’insertion mais aussi sur l’insertion et, c’est promis, dont on ne vous reparlera pas. Texte n° 1.

Publié: août 20, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Agit'Prop, Au gré des lectures
Beau.

Pour commencer et pour le chatoiement des mots, une belle phrase d’Hervé Kempf, journaliste au Monde et auteur, entre autres, de L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie : « La planète est semée de lieux magnétiques où les humains ont rencontré les dieux. Les contemplant sur le voile de leurs rêves, les hommes ont su que leur défi serait de s’arracher à la glaise pour reproduire sur terre l’harmonie entrevue. Ils ont deviné aussi que leur aventure toujours échouerait, et qu’ils retomberaient pour se dresser à nouveau. » (1)

Entamons pour cette rentrée une série d’articles classés sous le même chapeau « Tout ce qu’on vous a peut-être déjà dit… etc. ». Certains d’entre eux parleront d’insertion et de missions locales – il y a matière avec, entre autres, la page entière du Monde consacrée en août au « spleen des missions locales », la note de la DGEFP faisant suite à l’ébullition de la circulaire CPO, des contributions de lecteurs (Pierre…)… -, d’autres non, puisant au gré des inspirations contrastées et tiraillées entre la torpeur estivale et l’écho pluriquotidien – la presse, les « alertes » du Monde sur l’IPhone… – d’une crise économique, en fait une « polycrise » comme la qualifie Edgar Morin, face à laquelle on hésite à créditer d’un autre qualificatif que « gesticulatoires » les mobilisations des élites politiques extraites en urgence de leur résidences aoutiennes comme pare-feu des incendies qu’elles allument et entretiennent. L’orchestre, souvenons-nous-en, jouait sur le pont du Titanic.

A lire, à picorer, à laisser de côté, à retenir, à oublier… peu importe.

Décapant.

L’été, les cris des enfants qui s’éclaboussent sur la plage, le soleil rasant la vieille citadelle de Dubrovnik… tout cela pourrait éloigner d’ouvrages considérés à tort comme sérieux alors qu’ils ne sont qu’essentiels. Echo pour commencer l’un de ceux-ci, lu le temps d’une seule journée : la passion est un accélérateur de compréhension, l’avidité tourne les pages sans même qu’on s’en rende compte comme par télékinésie. Précisons-le d’emblée : rien ou pas grand chose à voir, en tout cas directement, avec l’insertion. Ainsi celles et ceux qui s’arrêtent de temps en temps à cette adresse pour y piocher une réflexion ou une interrogation concernant les jeunes, leur insertion, la politique de l’emploi, les missions locales, etc. en seront pour leurs frais : ici, simplement le besoin de recommander une lecture politique et – c’est assumé – orientée. Ca s’appelle Le président des riches et c’est à mettre à l’actif d’un couple de sociologues désormais retraités, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, qui, depuis plusieurs années, s’est choisi « les riches » comme terrain d’exploration. Faut-il le préciser ? On est très-très loin de la logorrhée de Stéphane Bern, du sirupeux  « rocher » monégasque et de Points de vue et Images du monde

Extrait, les dernières lignes de l’ouvrage (pp. 212-213) :

Epilogue : que faire des riches ?

La réponse tient en peu de mots : il faut faire des riches notre exemple. Leur puissance est due à leur solidarité. Elle est leur atout essentiel dans cette guerre des classes qu’ils sont en train de gagner. Une solidarité fondée sur la communauté des intérêts de ceux qui composent la classe, au-delà des concurrences marginales et des rivalités secondaires. Voilà de quoi inciter les vraies forces de gauche, multiples et divisées, à devenir unies et conquérantes. Autant d’inégalités et d’injustices ne peuvent être abattues sans créer une force homogène offensive. {…}

Un mouvement massif de désaffiliation est constaté en milieu populaire, après une période, celle des trente glorieuses, où les protections sociales et les formes collectives d’organisation (syndicats et partis) favorisaient le sens et la pratique des solidarités. Les masses populaires ne forment plus une classe consciente et unie, mais vivent un individualisme négatif où le chacun-pour-soi tend à dominer.

Ces individualismes, qu’ils soient positifs ou négatifs, sont en phase avec un capitalisme débridé, et comblent les attentes des classes dominantes qui ne demandent pas mieux que d’avoir affaire à des salariés désaffiliés, véritables électrons libres, taillables et corvéables à merci. Il est donc nécessaire et urgent de construire un front large, massif et solidaire pour contester l’oligarchie dont Nicolas Sarkozy est le représentant politique au sommet de l’Etat. Un front de propositions au service d’une société plus juste auquel nous avons tenté d’apporter notre contribution. » (2)

Chacun l’aura deviné, c’est un livre à charge contre le système d’un président de la République que l’on doit toutefois créditer – ce sera la seule fois – d’un remarquable talent et d’une toute aussi remarquable opiniâtreté à défendre les intérêts de l’oligarchie politico-médiatico-financière dont il fût l’édile à Neuilly et dont un échantillon tout-à-fait représentatif sabla le champagne de sa victoire au Fouquet’s. Ce qui, incontestablement, constitua une « rupture » dans les représentations de la fonction présidentielle… y compris en confondant retraite spirituelle et croisière à Malte. Pour le reste, on est moins dans la rupture que dans le maintien coûte-que-coûte des privilèges, contre vents et marées pourrait-on dire, car il n’y a guère plus que ce président pour alléger de près de deux milliards d’euros la facture des plus riches lors de la récente réforme de l’impôt sur la fortune : selon Warren Buffet, « Mes amis milliardaires et moi-même avons trop longtemps été gâtés. Nous, les mégariches, continuons de bénéficier d’exemptions fiscales extraordinaires. Notre gouvernement doit s’atteler sérieusement au partage des sacrifices. » ; selon Maurice Lévy, patron de Publicis, « Il me paraît indispensable que l’effort de solidarité passe d’abord par ceux que le sort a préservés. Oui, une contribution des plus riches s’impose. » (3).

Yacht

Emettons une hypothèse. Lorsque les riches, se piquant de justice sociale, sont prêts à mettre la main à la poche plutôt que de poursuivre leur « course au plus gros bateau du monde » (4), c’est bien plus l’indication d’un calcul (charité bien ordonnée…) que d’une grâce éthique qui les frapperait sur leur Chemin de Damas : le risque chaotique avec lequel ils perdraient plus que ce qu’ils sont prêts à donner est à deux pas. « Derrière chaque grande fortune se cache un crime », écrivait Balzac. Y songer modifie le regard sur les yachts amarrés sur les côtes, de Bonifacio à Split ou Saint-Tropez.

Pour celles et ceux qui rechignent à investir – seulement 14 euros – dans un livre, il reste la possibilité de lire l’interview des deux Pinçon (« Regard sociologique sur l’oligarchie ») dans le numéro 64 de la revue Mouvements… dont le thème est précisément « Pour en finir avec les riches ». On y trouve de belles contributions sur la justice sociale de Jean Gadrey (qui, par ailleurs, travaille beaucoup sur l’évaluation de l’utilité sociale), sur le revenu maximum autorisé avec un article d’Hervé Kempf auquel on peut également accéder gratuitement sur le site de cette revue (5), etc.

C’est donc, comme cela fût dit introductivement, une première pierre. A suivre.

(1) 2011, Le Seuil. « Entre autres » car on peut recommander du même auteur Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, également au Seuil mais en 2009. Bonus, la dernière phrase de cet ouvrage : « Face aux sombres perspectives, l’heure des hommes et des femmes de cœur, capables de faire luire les lumières de l’avenir, a sonné. » (p. 134). Une lumière comme celle chantée par Gérard Manset, « qui brille dans la nuit ».

(2) Notons bien des similitudes avec le livre cité d’Hervé Kempf comme par exemple cet extrait : « La classe ouvrière a perdu sa conscience unitaire, le peuple ne se voit plus comme tel, la société se croit une collection indistincte d’individus segmentée en communautés ethniques, religieuses, régionales ou sexuelles. L’oligarchie, elle, a une conscience de classe aiguisée, une cohérence idéologique sans faille, un comportement sociologique parfaitement solidaire. » (p. 35) Diviser pour mieux régner ou individualiser pour mieux désaffilier. Soit dit en passant, pour celles et ceux qui persisteraient à établir des passerelles avec le domaine de l’insertion, rien de plus facile : si l’individualisation se justifie par la nécessité de considérer chaque jeune comme singulier et pour répondre à ses besoins tout aussi singuliers, ne considérer l’insertion qu’à partir de cette focale, outre la psychologisation d’un problème d’abord sociétal qui conduit inéluctablement à considérer le jeune chômeur comme responsable de sa situation voire pathologique, revient à dissocier le Sujet individuel de l’Acteur collectif. D’où l’absolue nécessité d’organiser l’expression collective des jeunes au sein des structures. On peut toujours – car cela a été à plusieurs fois recommandé – lire à ce propos Olivier Chavanon, « Politiques publiques et psychologisation des problèmes sociaux », in (dir.) René Ballain, Dominique Glasman, Roland Raymond, Entre protection et compassion. Des politiques publiques travaillées par la question sociale (1980-2005), 2005, Presses Universitaires de Grenoble

(3) Maurice Lévy, « En finir avec le déficit des finances publiques. Une contribution des plus favorisés s’impose. », Le Monde, 17 août 2011.

(4) « Même si la crise est passée par là, donnant un coup de frein aux nouvelles commandes de palaces flottants, les milliardaires aiment rester les « premiers ». Le yacht s’avère un merveilleux terrain de jeu… » La longueur moyenne des cent premiers yachts depuis quatre ans est passée de 84 mètres en 2008 à 92,20 mètres en 2011. C’est dans Le Monde du 16 août.

(5) http://www.mouvements.info/Le-revenu-maximum-un-levier-pour.html

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