Philo in vivo

Publié: juillet 7, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Agit'Prop, Au gré des lectures
AAAhhh…

Pour ce qui suit, avertissement emprunté à Hervé Le Tellier, paru dans Le Monde.fr du 7 juillet : « Ce billet d’humeur a été dégradé par Moody’s de sa note AAA pour tomber à AAB. Mon banquier a aussitôt réévalué les taux de mes emprunts. Qu’il aille se faire voir chez les Grecs. » Bref, pour cet article, ni jeunes, ni insertion et encore moins de missions locales : rien que de l’actualité et de la philosophie. On assume.

Faire face au surcoût des maillots…

3 531,61 €. C’est la prime exceptionnelle que le Sénat a décidé de verser à ses élus avant les congés d’été au titre d’un (sic) « rattrapage exceptionnel sur un complément d’Indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) versé en une seule fois fin juin ». L’IRFM est destinée à « faire face aux diverses dépenses liées à l’exercice du mandat ». Elle est déjà de 6 240,18 € par mois. « Cette prime, qui n’a semble-t-il aucune justification sérieuse, s’apparente plutôt à un cadeau de départ pour de nombreux sénateurs qui ne se représentent pas ou ne seront pas réélus à l’issue du scrutin de fin septembre », a déclaré le député du Finistère Jacques Le Guen (UMP), qui rappelle que cette prime coûte plus d’un million d’euros à l’État. 3 531,61 €, c’est guère plus que trois SMIC. Le SMIC, lui, augmente mécaniquement (hausse du coût de la vie, pas de « coup de pouce » du gouvernement) de… 2% en juillet. Soit 27 €. Pour « faire face »…

« Une autorité exorbitante, donnée tout à coup à un citoyen dans une république, forme une monarchie, ou plus qu’une monarchie. Dans celle-ci les lois ont pourvu à la constitution, ou s’y sont accommodées ; le principe du gouvernement arrête le monarque ; mais, dans une république où un citoyen se fait donner un pouvoir exorbitant, l’abus de ce pouvoir est plus grand, parce que les lois, qui ne l’ont point prévu, n’ont rien fait pour l’arrêter. » Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, Livre premier, chapitre III, « Des lois relatives à la nature de l’aristocratie ».

Pot de confiture et admonestation…

Comme indiqué dans un précédent article, le Questeur Pastor, s’est coincé les doigts dans le pot de confiture des notes de frais d’un restaurant tenu par sa fille et où il a des parts, soit 2 492 €, pour des repas qu’il n’a pas pris. Ce même Pastor, pour répondre aux accusations portées par Mediapart, avait transmis un communiqué de soutien du président du Sénat, Gérard Larcher. Ce dernier a fait savoir par un communiqué de dix lignes, lui authentique, que le premier communiqué était un faux et « a rappelé les principes de déontologie en vigueur au Sénat ». Il est également précisé que le Questeur Jean-Marc Pastor remboursera au Sénat les deux factures « pouvant relever d’une erreur d’appréciation ». Il semble désormais évident à chacun qu’il suffira à n’importe quel fonctionnaire ou salarié du privé détournant de l’argent public et usant de faux de rembourser et d’être sermonné.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Jean de la Fontaine, Les Fables, Livre VII, « Les animaux malades de la peste ».

 « Il en est de même pour la frugalité. Pour l’aimer, il faut en jouir. Ce ne seront point ceux qui sont corrompus par les délices qui aimeront la vie frugale. » Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, Livre quatrième, chapitre IV, « Comment on inspire l’amour de l’égalité et de la frugalité ».

Ad aeternam…

Suivant les recommandations du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), le gouvernement vient d’annoncer l’allongement à 41 ans et demi de la durée de cotisation pour la génération née à partir de 1955 et l’entrée en vigueur du passage de 60 à 62 ans de l’âge légal de départ à la retraite. Jean-Francis Pécresse, éditorialiste aux Echos, applaudit : « Le recul de l’âge légal de la retraite est un acquis social sur lequel il sera bien difficile de revenir. » Qualifier le recul de l’âge de la retraite d’acquis social lui vaut « le mur du çon » du Canard enchaîné du 6 juillet. Largement mérité.

TEST

Pour vous, la retraite c’est…

a) Un horizon qui, par définition, est inatteignable

b) Une méthode de contraception un peu désuète (1)

c) Pouvoir s’arrêter de travailler à 85 ans (1)

d) Un projet présidentiel initialement mystique finissant sur le yacht de Bolloré

e) En Russie, le début de la fin pour Napoléon

« L’inégalité entrera par le côté que les lois n’auront pas défendu, et la république sera perdue. » Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, Livre quatrième, chapitre V, « Comment les lois établissent l’égalité dans la démocratie ».

Paradis fiscal…

C’est un article de Martine Orange, paru le 6 juillet sur Médiapart. Extrait : « Le nouveau rapport d’information sur l’application des mesures fiscales publié aujourd’hui par le rapporteur de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Gilles Carrez, n’en est que plus accablant. » Le taux moyen d’imposition est de 27,5% pour l’ensemble des entreprises. « Mais en prenant en compte la taille, tout change: le taux d’imposition sur les sociétés pour les petites entreprises s’élève à 39,5%, tandis que pour les grandes entreprises, il tombe à 18,6%. Mais cela n’est encore qu’une  moyenne. Car les différences s’agrandissent dès que l’on attaque le dernier décile, celui du CAC 40. {…} Selon le rapport de la Commission des finances, les entreprises du CAC 40 ont acquitté 13,5 milliards d’euros d’impôts sur les sociétés en cumulé entre 2007 et 2009.

Une fois déduits les avantages des crédits d’impôt divers (report des déficits antérieurs, soutien à l’emploi, etc.), le solde tombe à 10 milliards d’euros en trois ans. Ce chiffre est à rapprocher de celui des bénéfices annoncés. Sur la même période, les entreprises du CAC 40 ont réalisé plus de 230 milliards d’euros de bénéfices cumulés. Ce qui représente un taux d’imposition de 4,3%. À ce niveau-là, la France n’est pas très éloignée des paradis fiscaux. Ce qui n’empêche pas certains, MEDEF en tête, de dénoncer « la pression fiscale insupportable » en France pour les entreprises. Dans le même temps, le prélèvement exigé pour les actionnaires relève d’une situation normale : pour la seule année 2010, les entreprises du CAC 40 ont distribué 39 milliards d’euros, soit 42% de leurs bénéfices, à leurs actionnaires. » C’est en quelque sorte un patriotisme économique bien tempéré de charité bien ordonnée qui, comme chacun le sait, commence par soi-même.

« L’amour de la république, dans une démocratie, est celui de la démocratie ; l’amour de la démocratie est celui de l’égalité. » Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, Livre cinquième, chapitre III, « Ce que c’est que l’amour de la république dans une démocratie »

Légion d’honneur.

Tout compte fait, heureusement que la philo n’est souvent qu’un mauvais moment à passer pour quelques terminales littéraires. Réfléchir – ne serait-ce qu’un tout petit peu – conduirait inéluctablement au chaos. Il faut remettre la Légion d’honneur à Patrick Le Lay pour TF1 qui vend du temps de cerveau disponible. Ah, zut ! Il l’a déjà eue en 2008… Pastor aussi. Les patrons du CAC 40 aussi.

« Magistrats, Princes et Ministres,

Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,

Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,

Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne. »

Jean de la Fontaine, Les Fables, 1693,  Livre XII, « Le Juge arbitre, l’Hospitalier, et le Solitaire ».

Le surmoi étant soluble dans l’alcool et les lois pouvant être considérées comme le surmoi d’une société, finalement, plutôt que « Philo in vivo », « Philo in vino » eût été un titre plus judicieux. Histoire d’oublier de se souvenir.

(1) Items empruntés au test QCM de La Borne

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commentaires
  1. pioupiou44 dit :

    Comme nous sommes dans la période des résultats d’examens, je vais me permettre d’évaluer l’élève Labbé sur son devoir de philo. Une évaluation formative pas normative, je ne mettrai pas de note, quoi que …

    Bon, l’intro : ok, bonne entrée en matière. Un peu d’humour, pas mal ! La phrase de fin d’intro « On assume. ». Alors là, élève Labbé, je dis non ! Je vous l’ai déjà répété et réexpliqué : « On est un con ! ». Dites : « j’assume ! » et assumez, voyons.

    Passons au contenu :
    « faire face au surcoût des maillots », bien ! les sénateurs, leur train de vie, le SMIC et une citation de Montesquieu, très bien.
    La suite, bien aussi mais on sent monter une pointe d’ironie ou de cynisme. Attention, élève Labbé, gare à l’ulcère.
    Et pour finir, « légion d’honneur », vous tirez un peu vite des conclusions hâtives, mon cher.
    Quant à la conclusion : « Philo in vino », là ce n’est plus l’ulcère mais la scie-rose qui vous guette.
    Par contre, permettez-moi de vous emprunter la phrase finale dans de prochains textes : « histoire d’oublier de se souvenir ».
    Serait-ce une forme de résignation que je sens dans cette fin, élève Labbé ?

    Je vous conseillerai pour un prochain devoir de glisser une petite phrase de notre grand philosophe du XXe, Michel Colucci : « Quand je vois un pauvre qui va voter, c’est comme si je voyais un crocodile entrer chez un maroquinier ».

    En résumé, bonne maîtrise de l’actualité, bons liens avec les grands penseurs de la philosophie. Attention tout de même à l’utilisation trop prononcée de l’ironie et du cynisme.
    Et soignez votre future scie-rose à coup de chou-chêne !

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