Leçon d’émancipation.

Publié: mai 29, 2011 dans Au gré des lectures

Des objets multiples et quotidiens de scandale aux indignos, ces temps-ci, on parle beaucoup de devoir d’indignation et de résistance. L’histoire de Furcy à la Réunion en est une passionnante illustration. Cela se passe sur l’île Bourbon au début du XIXè. Furcy est considéré comme un esclave mais découvre par hasard, après le décès de sa mère, que celle-ci avait été affranchie sans en avoir été informée par son ancienne maîtresse. Furcy va intenter un procès à son « maître » Joseph Lory trente ans avant l’abolition de l’esclavage en 1848. Il sera soutenu par le procureur général Gilbert Boucher, qui n’hésitera pas à s’opposer aux riches propriétaires et colons réunionnais, singulièrement la famille Desbassayns, le comte de Villèle… des noms bien connus aujourd’hui sur « l’île intense »… et qui ont leur musée.

De plaignant, Furcy deviendra accusé par Lory de vouloir s’évader (« marron ») et perdra son procès en première instance puis en appel. Vendu 700 piastres comme esclave au frère de Lory, il sera déporté dix-huit ans à l’île Maurice, à l’époque « Ile de France », mais poursuivra son combat d’émancipation. Poursuivant sa carrière de magistrat en France, Gilbert Boucher ne cessera jamais d’accumuler notes et documents pour réhabiliter Furcy.

Grandeurs et misères humaines.

Cette enquête se lit comme un roman qui met en jeu le courage et la ténacité d’un « petit » qui est bien plus grand que ceux qui disent l’être. On y trouve la cruauté des « gens de biens » – en fait ceux qui ont des biens, pour reprendre Castel -, les petites et grandes lâchetés sirupeuses de morale, le courage ou la résilience des gens de peu, l’honnêteté de quelques-uns, très peu,  les revirements avec le temps, par exemple de ce jeune substitut du procureur, Sully-Brunet, blâmé pour son soutien à Furcy qui deviendra plus tard député et refusera d’aider Gilbert Boucher fidèle à son projet de réhabilitation de Furcy puisque : « Certes Furcy est un homme cultivé, il possède des talents. Mais le nègre est habitué à ne pas penser, à ne pas prévoir. Le caractère de l’Africain exporté présente une infériorité si manifeste que de longues années après son arrivée dans nos colonies, il ne se montre sensible qu’aux châtiments corporels et aux passions brutales. A peine articule-t-il quelques monosyllabes pour indiquer ses besoins. Le cafre {noir à la Réunion} est le dernier degré de l’espèce humaine. »

A 58 ans, Furcy viendra de l’île Maurice à Paris pour un ultime procès auquel il assistera avec la Déclaration des droits de l’homme dans la main. Le 23 décembre 1843, le président Portalis rendra la sentence, « Sur la base de toutes ces considérations, la Cour dit que Furcy est né en état de liberté. »… et Furcy refusera les 10 000 francs de dommages et intérêts que le jugement lui octroyait. Cinq ans plus tard, le commissaire général de la République Sarda-Garriga vînt annoncer aux Bourbonnais l’abolition de l’esclavage. Non sans risque : « A Saint-Leu, à Saint-Louis, à Saint-Pierre aussi, on parlait de tentatives d’assassinat qui visaient Sarda-Garriga. Du coup, à chacune de ses arrivées, le commissaire général était escorté d’une dizaine de noirs munis de bâtons pour le protéger. »

Presque deux cents pages qui se lisent en une après-midi. Cela s’appelle L’affaire de l’esclave Furcy et c’est écrit par Monhammed Aïssaoui. Cette biographie a obtenu le prix Renaudot Essai en 2010.

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commentaires
  1. pitondepierre dit :

    Eh oui Philippe,

    Dans cette Ile il fallait au XIX ième trois décennies afin que des causes justes soient reconnues. Que l’on se rassure au XXI ième cela fait déjà deux décennies que la Mission Locale Sud se voit spoliée d’un financement qui lui revient de droit.

    Histoire quand tu nous tiens…

    http://www.clicanoo.re/11-actualites/13-economie/285094-mission-locale-sud-les-salaries.html
    http://www.zinfos974.com/La-mission-locale-Sud-demande-un-financement-juste-et-equitable_a29045.html

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