Latin (de cuisine ?)

Publié: avril 25, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Insertion/missions locales

Abusus non tollit usum. (1)


C’était inattendu mais, puisque c’est fait, autant suivre le mouvement ! La revue Partage de mars-avril 2011 consacre sa rubrique « Bonnes feuilles » à la réédition de L’insertion professionnelle et sociale des jeunes ou l’intelligence pratique des missions locales. En l’occurrence le chapitre II, « L’invention de l’insertion ». Tout y est… sauf les références bibliographiques des citations : promis, juré, dans l’ouvrage elles y sont… précaution minimale face au risque de procès en plagiat (et non en pagat… de son prénom Maurice, fondateur entre autres de Partage) ! In cauda venenum. (2)

Qui bene amat, bene castigat… (3)

Dans cette même revue, on peut lire « Les propositions de Francis Raugel » sur l’emploi, celui-ci étant le président de l’association Partage. De cette revue, on n’a ici dit que du bien… y compris quand, toujours au chapitre des bonnes feuilles, on avait pu lire un extrait de l’ouvrage de Denis Castra, L’insertion professionnelle des publics précaires (2003, PUF)… qui justifia une sorte de « droit de réponse » cosignée par une directrice de mission locale, un président d’une autre mission locale et votre serviteur. Mais là, en ce qui concerne les propositions pour les jeunes, on reste sans voix, un peu comme lorsque Terra Nova avait proposé de « Mobiliser Pôle emploi dans l’accompagnement des jeunes » (« Problème d’image »,  23 novembre 2010 ) : Francis Raugel ne propose pas moins que de « Mettre en place pour tous les jeunes qui entrent sur le marché du travail un parcours d’insertion encadré et piloté par un organisme rassemblant les actions éparses actuelles (« pôle emploi jeunes »). » ! Hésitation : faut-il une énième fois rappeler l’article 13 de la loi de cohésion sociale créant le droit à l’accompagnement pour tout jeune rencontrant des difficultés d’insertion professionnelle et en confiant la mise en œuvre aux missions locales ? Et oui, il le faut et il le faudra autant de fois qu’on pourra lire ce type de proposition, probablement plus justifiée par la méconnaissance que par la défiance vis-à-vis des missions locales. Bis repetitas… ou « repetitélas » (4) ad nauseam ?

Errare humanum est. (5)

Le 15 avril 2011, le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) des Pays de la Loire a rendu son avis sur la question: « Les sorties sans qualification du système éducatif : quelles solutions pour les jeunes décrocheurs ? » Parmi les propositions, celle d’un livret de compétences « élargi ». Le CESER rappelle en effet que, lorsqu’un jeune quitte le système scolaire sans avoir obtenu une qualification professionnelle, il n’a pas acquis tout ce qui était prévu dans son cursus de formation« mais il n’a pas non plus rien acquis. Le livret de compétences sert à acter ce qui a été capitalisé et qui constitue la base des acquis lorsque le jeune voudra reprendre une formation ». Le CESER propose donc à la Région d’innover en contractualisant avec l’Éducation nationale un élargissement du champ du livret de compétences scolaires aux compétences extra-scolaires acquises soit dans des activités associatives, soit dans des « petits boulots ». C’est très bien de contractualiser avec l’Education nationale… mais, dès lors que les missions locales seront prêtes, avec un outil validé et partagé, ne serait-on pas en droit de songer que cette contractualisation devrait les concerner ? D’autant plus que, s’agissant de jobs, petits boulots et activités multiples – depuis la garde d’enfants jusqu’à l’activité sportive -, sans doute les missions locales sont-elles plus à même de faire ce travail de recension et de transposition des compétences sociales dans un registre de référentiel d’emploi. Le tout est d’être prêt, opérationnel : on ne peut pas, au risque de rester sur le quai, voir passer le train de la formation tout au long de la vie sans que soit fait ce travail de réagrégation de ce qui est dispersé. Là encore, c’est une priorité. Oui, oui, on sait : tout est prioritaire et les moyens diminuent. Comme le dit l’ami Michel, « cherchez l’erreur ».

Et nunc erudimini. (6)

Dans le même avis, le CESER propose un « droit à la formation initiale différée » qui concernerait « ceux qui ont arrêté leur formation initiale avant le premier cycle de l’enseignement supérieur, et en particulier ceux qui n’ont pas obtenu de qualification professionnelle reconnue et qui souhaitent poursuivre ultérieurement des études, dans les trois ans suivant leur décrochage, en vue d’une promotion sociale. » Ces jeunes pourraient avoir accès à une ou des formations qualifiantes ou diplômantes, d’une durée totale maximale d’un an, mise en œuvre notamment dans le cadre du congé individuel de formation. Enfin, « Pour que cette période de formation permette aux jeunes salariés un accroissement sensible de leur qualification professionnelle, ils pourraient bénéficier d’un concours à l’élaboration de leur projet professionnel, avec l’appui d’un accompagnement dans ou hors de l’entreprise et d’un bilan de compétences, et de la validation des acquis de leur expérience avant de suivre la formation qualifiante correspondant à leur projet. »

CXV. (7)

Selon une étude de l’Observatoire national du 115, l’insuffisance de protection des jeunes sans abri est loin d’être une exception francilienne. Le problème s’observe aussi bien en zone rurale qu’en zone urbaine. En 2010, 6 326 jeunes âgés de 18 à 24 ans ont sollicité le 115 dans 15 départements, les jeunes représentant 20% de la population ayant sollicité ce numéro d’urgence. 6 jeunes sur 10 sont des hommes ; les trois quarts de cette population de 6 326 jeunes sont des personnes seules mais ont également été recensés 811 jeunes avec des enfants. Parmi les raisons de l’appel au 115, c’est la rupture familiale qui arrive en tête.

Carpe diem quam minimum credula postero. (8)

Ces temps-ci, a-t-on remarqué comme le Ministre Xavier Bertrand semble très attaché à la notion de « taux d’insertion » ? Cependant, la question épistémologique est : « Qu’est-ce que ce taux d’insertion ? ». On connaissait le taux d’accès à l’emploi en six mois  ou plus, le taux d’accès à l’emploi durable en six mois ou moins… mais, là, le taux d’insertion ouvre une splendide perspective de réconciliation avec la DGEFP puisque, le ministre sachant que le concept d’insertion en mission locale recouvre l’indissociabilité du professionnel et du social, il ne peut s’agir que d’une reconnaissance d’un indicateur synthétique d’une situation socioprofessionnelle. Enfin ! Xavier Bertrand, qui déclarait en début de réunion « On se heurte à un choc de culture entre nous », ouvre la porte : engouffrons-nous ! Cedant arma togae ! (9)

Une contribution… rapide.

A peine une heure après avoir publié cet article, une contribution de « pioupiou44 » est parvenue. Elle mérite d’être portée en front-line… pas pour sa réactivité mais pour le problème qu’elle pointe.

Pioupiou44 : « Quand je lis ça : « Mettre en place pour tous les jeunes qui entrent sur le marché du travail un parcours d’insertion encadré et piloté par un organisme rassemblant les actions éparses actuelles (« pôle emploi jeunes »). », je me dis qu’il va falloir créer une ANPML : « Association Nationale des Pioupious des Missions Locales » pour aller défendre notre réseau.

Ou alors j’ai tout faux ! Ca ne serait qu’ajouter une couche à un réseau qui n’a pas su co-construire, réfléchir et qui, du coup, réinvente l’eau chaude à couper le beurre (salé) aux quatre coins de l’Hexagone. J’ai l’impression que malgré cette reconnaissance légale du droit à l’accompagnement, personne ne croit vraiment aux Missions Locales. Pôle Emploi est bien content de nous trouver de temps en temps, les Régions veulent bien qu’on remplisse les formations, les Départements veulent bien qu’on fasse un peu de FAJ, les intercommunalités veulent bien qu’on reçoive les jeunes qu’ils ne savent pas trop comment gérer. Pourquoi tant de méconnaissance ?

Nos assos sont-elles trop petites ? Nos élus pas assez puissants ? Nos pioupious trop gentils ? En tout cas, j’ai la fâcheuse impression que si nous ne nous imposons pas rapidement, la tendance à nous faire disparaître risque d’approcher à grands pas. Pour mieux renaître après ??? »

P.L. C’est dit. Et redit car, une nouvelle fois, est posée la question de la connaissance qu’ont ou, plus exactement, que n’ont manifestement pas nombre d’acteurs pourtant en, principe à l’épicentre des politiques de l’emploi. C’était le cas avec Terra Nova – des chercheurs proposant leur expertise entre autres face au chômage des jeunes -, c’est le cas avec Partage, pourtant excellente revue dont 90% des publications concernent les missions locales et autres structures ou institutions du champ de l’emploi. Je dois avouer que j’ai souvent été circonspect face à l’antienne « on ne sait pas communiquer » qui, dans bien des cas, pouvait passer pour une façon de ne pas dire ce que l’on avait insuffisamment travaillé, structuré. Autant le pragmatisme est une qualité, dès lors qu’on l’oppose à l’idéologie, autant le seul registre « pratico-pratique » exonéré d’une réflexion, d’une capacité d’objectivation et d’analyse, est dramatique dans des métiers qui font appel au discours, à la réflexion, à la réflexivité. On le constate à l’échelle nationale avec  la faiblesse de la Recherche – Développement, on le remarque souvent à l’échelle locale… même si ceci connaît d’heureuses exceptions. « Question de temps », répondent nombre de professionnels : les uns et les autres sont agrafés comme des insectes sur le liège du quotidien. C’est probablement pour partie vrai. Pour partie, seulement. Certes, il faut donc mieux communiquer mais il faut aussi mieux réfléchir… en s’accordant le temps car si, par exemple, on prenait au mot la proposition de définir ce qu’est un taux d’insertion conforme à l’approche systémique, globale, il faudrait se coltiner à la dureté des concepts, revenir sur l’histoire et ses enseignements, naviguer au plus près dans les méandres des théories et typologies, etc. Bref, cesser de sacrifier l’essentiel à l’urgence. Finalement, cette histoire de méconnaissance en est une autre de communication mais également de problématique hégélienne : les responsabilités sont partagées et, pour se sortir d’une méconnaissance qui flirte avec le déni de légitimité, il faut commencer par reconnaître qu’on ne fait pas tout ce qui est nécessaire. C’est dit.

(1) L’abus n’empêche pas l’usage.

(2) Dans la queue le venin.

(3) Qui aime bien, châtie bien.

(4) Contraction néologique.

(5) L’erreur est humaine.

(6) Et maintenant soyez instruits.

(7) 115.

(8) Mets à profit le jour présent sans croire au lendemain.

(9) Que les armes le cèdent à la toge.

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commentaires
  1. pioupiou 44 dit :

    Quand je lis ça : « Mettre en place pour tous les jeunes qui entrent sur le marché du travail un parcours d’insertion encadré et piloté par un organisme rassemblant les actions éparses actuelles (« pôle emploi jeunes »). » !, je me dis qu’il va falloir créer une ANPML : Association Nationale des Piou-piou des Missions Locales pour aller défendre notre réseau.

    Ou alors j’ai tout faux … Ce ne serait qu’ajouter une couche à un réseau qui n’a pas su Co-construire, réfléchir et qui du coup, réinvente l’eau chaude à couper le beurre (salé) aux quatre coins de l’Hexagone.
    J’ai l’impression que malgré cette reconnaissance légale du droit à l’accompagnement, personne ne croit vraiment aux Missions Locales. Pôle Emploi est bien content de nous trouver de temps en temps, les Régions veulent bien qu’on remplisse les formations, les Départements veulent bien qu’on fasse un peu de FAJ, les intercommunalités veulent bien qu’on reçoive les jeunes qu’ils ne savent pas trop comment gérer.
    Pourquoi tant de méconnaissance ?
    Nos assos sont-elles trop petites ? Nos élus pas assez puissants ? Nos piou-piou trop gentils ?
    En tout cas, j’ai la fâcheuse impression que si nous ne nous imposons pas rapidement, la tendance à nous faire disparaître risque d’approcher à grands pas, pour mieux renaître après ???

  2. pitondepierre dit :

    El Latino

    Pour faire vivre le latin j’avais le choix de la tempete dans un bénitier et du détour par Lourdes, Sète ou bien Parme comme à Quimper Corentin, mais j’ai opté pour le passage par Saint-Pierre et la mission d’abord :

    Ses fluctuat nec mergitur
    C’était pas d’la litterature
    N’en déplaise aux jeteurs de sort
    Aux jeteurs de sort
    Son capitaine et ses mat’lots
    N’étaient pas des enfants d’salauds
    Mais des amis franco de port
    La Mission d’abord.

    C’est sur qu’il reste des pas à faire sur le chemin de la reconnaissance . Il n’y a qu’à lire l’extrait de l’interview de Luc Chatel qui ne site même pas les ML dans l’accompagnement des décrocheurs. Et quand il en fait état sur d’autres médias c’est toujours en dernière position. Il ya avait la voiture balais de grande boucle il y a maintenant la mission balais du la petite cour.

    http://www.leparisien.fr/societe/chatel-teste-un-suivi-personnalise-des-eleves-decrocheurs-17-04-2011-1411391.php.

  3. rbeaune dit :

    C’est l’histoire du balancier de l’horloge (franc-comtoise bien évidemment…).
    Après des rapports laudatifs, c’est la CPO, la baisse des budgets et l’oubli ou la remise en cause…
    On ne peut construire une stratégie uniquement en se défendant sur la qualité de son travail (où en est le dossier sur l’évaluation???) et en mettant en avant les besoins des jeunes sans les associer plus au fonctionnement des missions locales (ce n’est pas facile, c’est chronophage, mais ce devrait être l’objectif majeur des missions locales individuellement eet collectivement au niveau de toutes les strates du réseau).
    On ne peut pas tout mettre sur le dos du manque de communication, mais il est avéré que celui qui n’est pas au coeur des décisions a de bonnes chances d’être oublié… Alors, comme je l’ai déjà écrit ici, tant que le réseau ne sera pas présent aux Cabinets des Ministres concernés (comme conseillers techniques bien évidemment…), il aura du mal à avoir toute la place qu’il mériterait dans la construction des politiques publiques pour la Jeunesse…
    Le livret de compétences devrait être une opportunité pour les Missions locales tant pour établir cette passerelle si nécessaire avec l’Education nationale que pour mettre en valeur, en mouvement, en dynamique ces jeunes uniquement qualifiés de sans diplôme…
    De même, l’approche globale nécessite une réponse interministérielle et non une dépendance des seuls crédits de la DGEFP, qui ,comme son sigle l’indique, n’a -RGPP obligeant- de regard que sur l’accès à l’emploi…
    Enfin, dernier élément pour cimenter le réseau… l’échange de bonnes pratiques… il devrait être organisé pour renforcer la culture commune, multiplier les échanges entre structures… et servir d’appui à une conceptualisation permettant d’éviter à des chercheurs de réinventer l’eau chaude, voire tiède ou pire encore froide…

    • Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

      bonjour

      si je partage globalement l’avis de rbeaune, je suis circonspect sur le « livret de compétences », son utilité, sa pertinence et son utilisation.
      Engager le débat sur compétences, compétences clés et qualifications serait opportun.

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