Des chercheurs qui trouvent…

Publié: avril 21, 2011 dans Insertion/missions locales

Voici une recherche bigrement intéressante signée de Bernard Gomel, Sabina Issehnane et François Legendre, « L’accompagnement et l’insertion des jeunes en difficulté. Que peut-on apprendre des données de gestion des missions locales françaises ? »

700 000 jeunes…

On ne détaillera pas la note de quinze pages qui synthétise les (premiers ?) résultats, dont une large partie fait appel à des compétences statistiques et économétriques très pointues, mais résumons le champ de l’étude et sa conclusion.

Les chercheurs ont retenu le CIVIS – « classique » et « renforcé » – et se sont basés sur les données de Parcours 3 correspondant à la période du deuxième trimestre 2005 (commencement du programme) jusqu’au début de 2009, soit un total de 700 000 jeunes, dont 60% de femmes en CIVIS classique et 46% en CIVIS renforcé.

L’analyse s’est attachée à suivre les évolutions de ces jeunes trimestre par trimestre et note que « la proportion de jeunes dans l’emploi durable double au bout d’une année, en passant de 7% (premier trimestre de suivi) à 14%. Corrélativement, la proportion de jeunes au chômage diminue de 55% à 36%. »

En limitant la population étudiée aux trajectoires de jeunes comportant au moins deux trimestres, on observe que 44% des trajectoires ne connaissent pas de changement de degré d’insertion professionnelle : « Ces premières statistiques montrent ainsi qu’il ne nous sera pas facile de mettre en évidence de manière robuste l’effet de l’accompagnement sur l’insertion professionnelle des jeunes en CIVIS. » Mais ce commentaire des chercheurs ne les décourage pas pour autant : « Nous cherchons maintenant à quantifier le lien, en recourant aux méthodes économétriques, entre l’intensité de l’accompagnement et le degré d’insertion professionnelle. »

Discours de la Méthode.

Passons sur les questions de méthode (« Le panel ainsi construit n’est pas « cylindré ». Formellement, les données sont repérées par un double indice comme suit : xit pour  i = 1,…, N et pour t = ti,…, t») et de vocabulaire (« … où le terme auto-régressif porte sur la variable endogène retardée d’une période. ») pour en arriver à la conclusion. De celle-ci, on retiendra trois enseignements…

Premièrement, ceci pouvant paraître évident mais devant être rappelé, il existe un biais (« artefact ») dans l’analyse de l’accompagnement : du constat de jeunes qui bénéficient d’un fort accompagnement mais qui ne parviennent pas à s’insérer professionnellement, on pourrait en déduire une inefficacité de l’accompagnement… mais ce serait oublier que ceux qui sont l’objet de cet « accompagnement plus intense sont aussi ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi ».

Deuxièmement, en ayant neutralisé ce biais par ce modèle « auto-régressif », « quel que soit le trimestre de suivi, un accompagnement plus intense, sous la forme d’un plus grand nombre d’entretiens individuels, accroît significativement l’insertion professionnelle des jeunes. »

Enfin, troisièmement, le degré d’insertion est très sensible à la conjoncture économique, tant d’un point de vue macroéconomique avec les effets de la crise financière que d’un point de vue saisonnier : « … un fort mouvement saisonnier : le dernier trimestre de l’année est un « mauvais » trimestre et le premier trimestre de l’année un « bon ». »

Conclusion de la conclusion.

Quittant le registre scientifique pour celui de l’organisation et, subséquemment, du politique, il semble évident que l’intensification de l’accompagnement ne peut être effective sans que les moyens soient à la hauteur des ambitions : si l’objectif est de permettre pour le maximum une insertion professionnelle et si l’on s’accorde sur la corrélation entre intensité de l’accompagnement et résultats, les ressources humaines doivent être renforcées. Ce qui n’est pas exactement le cas aujourd’hui. De plus, sauf à songer que nous sommes sortis de la crise, ceci contre tous les diagnostics et analyses prospectives qui annoncent a minima deux années où vont se combiner une inflation, donc une baisse du pouvoir d’achat, et une augmentation du chômage, la démonstration de la sensibilité de l’insertion à la conjoncture économique devrait renforcer encore plus cet effort.

Si la science combat les évidences, elle est aussi très utile pour rappeler quelques évidences. Reste que, quels que soient les raffinements méthodologiques, focaliser sur la fréquence des entretiens n’est qu’une des modalités étudiées, l’hypothèse posée – et vérifiée – étant que plus la fréquence est élevée, plus l’efficacité de l’insertion professionnelle sera au rendez-vous. Or, autre évidence de bon sens et non de sens commun, l’essentiel réside dans l’entretien… pas dans le fait qu’il y ait un entretien. Mais, comme disait l’autre, « c’est une autre histoire »… comme d’ailleurs, en amont, la robustesse – fiabilité et univocité – des informations saisies sur Parcours 3. Une autre-autre histoire.

Advertisements
commentaires
  1. Michel ABHERVE dit :

    Sur le même sujet j’ai écrit

    De l’utilité des études : l’accompagnement des jeunes accroît l’insertion

    avec cette conclusion

    Il reste une question que les chercheurs ne traitent pas, car elle n’était pas dans le champ de leur travail : puisque il est démontré que l’accompagnement accroît l’insertion, qui est responsable de résultats en baisse quand il faut, faute de moyens, réduire l’intensité de l’accompagnement pour suivre davantage de jeunes avec des moyens constants, voire en baisse : le financeur qui a réduit les moyens disponibles pour accompagner chaque jeune ou l’accompagnateur qui a fait le maximum pour maintenir la densité de l’accompagnement sans y arriver complètement ?

    La circulaire sur la CPO semble vouloir adopter la deuxième hypothèse rendant les Missions locales de résultats largement déterminés par des moyens insufisants. Et c’est celui qui est responsable de l’insufisance des moyens qui devient le juge critique des résultats d’un travail pour lequel il n’a pas affecté les moyens nécessaires. Cherchez l’erreur !

    Sur http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2011/04/21/de-lutilite-des-etudes-laccompagnement-des-jeunes-accroit-linsertion/#more-1118

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s