Une politique sociale juste ( ?) et solidaire ( ?)

Publié: avril 5, 2011 dans Actualité: pertinence & impertinence, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. (1)

Décidément, c’est à n’y rien comprendre, on y perdrait ses petits. Le Figaro, que l’on imaginait jusqu’alors plutôt porté à défendre la politique de l’actuelle majorité, publie sur le blog de Marc Landré (journaliste depuis 2008 dans ce quotidien, ici souriant), « Les dessous du social », un article qui devrait mettre un peu de baume au cœur des missions locales, victimes de maltraitance ou – on hésite – d’inconséquence institutionnelle… Cette « logique » de pression à la performance, avec les « bons » qui ont de bons taux d’insertion et les « mauvais » avec de mauvais taux, outre qu’elle est contre-productive y compris économiquement (investissement minimal, absentéisme, financement prévisible de stages pour lutter contre le stress…), envahit le monde du travail, décourage, démotive : « Une très grande majorité des situations de souffrance en entreprise provient de ce que les salariés ne parviennent pas à accepter de faire leur travail dans les conditions qui leur sont imposées. La contradiction entre leurs valeurs et la façon dont ils exercent leur activité les « rend malades », littéralement. » (2) Parions que cet écart entre les valeurs et les réalisations, avec ses conséquences, est d’autant plus important que le milieu professionnel s’appuie historiquement sur une philosophie de l’action et qu’on n’y travaille pas par hasard… C’est le cas dans le champ de l’insertion et, plus globalement, dans celui de l’intervention sociale comme du travail social.

Ah oui, l’article ! Ca s’appelle « L’emploi des jeunes, une priorité ? » In extenso :

« L’emploi des jeunes est la priorité de cette année 2011, ne cessent de répéter les responsables politiques, syndicaux et patronaux. Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand, François Chérèque ou encore Laurence Parisot n’en ont effet pas de mots assez durs pour qualifier la situation des moins de 25 ans dans notre pays. Leur taux de chômage, bien qu’en baisse de deux points à la fin 2010, demeure l’un des plus élevés en Europe et il est fort peu probable que l’horizon se dégage rapidement pour eux. Malgré les discours des uns et des autres. Pour au moins trois raisons.

1) On l’a vu, la négociation paritaire sur l’emploi des jeunes patine. Pis, elle recule. Présentée mi décembre comme d’une urgence rare, la discussion entre syndicats et patronat n’a pour l’heure abouti sur rien. Près de quatre mois plus tard. Les négociateurs n’ont pas réussi, en trois séances de travail, à se mettre d’accord sur des dispositifs d’accompagnement renforcé pour les jeunes les plus éloignés du marché du travail. Ils ont même décidé de revenir en arrière en revoyant les publics cibles et les objectifs… A ce rythme, ils ne sont pas prêts non plus de s’entendre sur le maintien des jeunes dans l’emploi et les conditions matérielles (logement, transport, restauration…) pour faciliter leur accès au marché du travail, les deux autres chapitres de la négociation.

2) Le président de la République a présenté le 1er mars son nouveau plan en faveur de l’alternance, qui vise à faire passer à 800 000 en 2015 le nombre de jeunes alternants, dont 600 000 en apprentissage. Un plan des plus ambitieux mais qui comporte trois écueils. Primo, il nécessite une profonde modification des comportements de tout le monde (entreprises, parents, professeurs…) pour se concrétiser et on en est encore très loin. Secundo, il semble avoir été conçu pour assurer la meilleure rentrée de septembre possible en matière d’apprentissage, histoire que le gouvernement puisse présenter des résultats bétons au moment de la campagne présidentielle. Tertio, ce plan semble résumer la politique gouvernementale d’aide aux jeunes, les 7 000 contrats d’autonomie supplémentaires à destination des jeunes de quartiers difficiles mis à part. Selon l’Insee, il y a actuellement près de 600 000 jeunes au chômage !

3) Le gouvernement a décidé de réduire la voilure en 2011 sur le budget des missions locales dont l’objet est justement d’accompagner et d’aider les jeunes en difficulté. Bel exemple de priorité ! « Les missions locales avaient bénéficié d’une partie du plan de relance et ces fonds ne sont pas reconduits », déplore Laurent Berger, le « M. Emploi » de la CFDT. Résultat, une coupe claire de 51 millions d’euros pour l’accompagnement des jeunes chômeurs, cumulés à 80 millions en moins pour soutenir le Civis. Du coup, 1 000 emplois (sur 12 000) vont être supprimés cette année, soit un peu plus de 8% des effectifs. « Le gouvernement répond que le budget est identique à celui d’avant-crise, précise Laurent Berger. Mais ce qu’il n’a pas compris c’est qu’on est toujours en crise. » Et pourtant, une étude du ministère du Travail publiée aujourd’hui confirme que l’activité des missions locales n’a jamais été aussi importante que pendant la crise : 515 000 jeunes y ont été reçus en 2009, au plus fort de la crise, ce qui représente une hausse de 10% en un an, la plus forte enregistrée en plus de dix ans. Au total, 1 268 000 jeunes de 16 à 25 ans ont été en contact avec le réseau des missions locales. Quant au nombre d’entretiens individuels, il a augmenté de 5,4% pour frôler les 4 millions. Pour quel bilan ? 435 000 contrats de travail classiques conclus (en baisse de 10%), 66 000 contrats aidés (en explosion de 60%) et 241 000 formations (en progression de 5,3%). »

Inattendu, non ? Et bien vu.

Profiteurs.

Ce qui est moins étonnant, parce que malheureusement habituel, et que l’on trouve dans Les Echos, c’est l’argument justifiant la nouvelle mission confiée à Marc-Philippe Daubresse, « réfléchir à une réforme du RSA », pourtant pas si vieux, car « plusieurs personnalités de l’UMP (Laurent Wauquiez, Benoist Apparu…) ont estimé que les électeurs étaient en attente de mesures de lutte contre « l’assistanat ».… » Les électeurs n’ont pas voté pour l’UMP, c’est difficilement contestable, et parmi les raisons de ce désamour est ainsi avancé a) une irritation b) un dépit ou c) une jalousie vis-à-vis des pauvres qui, bien évidemment, profitent du système ! Il ne faut pas manquer d’audace pour tenter une réforme du RSA (Ramer Sans Argent) au regard de présumés profiteurs qui empochent 466,99 € (pour une personne seule sans revenu). Encore une fois, la stratégie est celle du clivage, de l’opposition, de monter les uns contre les autres, plutôt que de la coopération et de la solidarité. Toujours la pensée disjonctive… Un avantage toutefois puisqu’on connaît la réponse à la question « Pourquoi êtes-vous pauvres ? », titre d’un ouvrage de William T. Vollmann (Actes Sud, 2008) dont il a été question sur ce blog (« Lectures », 15 novembre 2010) : pour profiter du système.

Sagesse.

A chacun d’apprécier la pertinence et la justice d’une politique sociale qui est aussi peu avare de bons sentiments qu’elle ampute les subventions pour l’insertion des jeunes, qui soupçonne les pauvres de profiter après avoir accordé 285 millions d’euros à Tapie, etc. etc. Il y a des jours où il vaudrait mieux conjuguer les postures des trois singes : ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. Il est vrai que ces singes seraient « de la sagesse ».

Famille.

Quitte à passer pour un a) déclinologue b) pessimiste c) Cassandre d) sans opinion, un article du Monde de ce week-end méritait très largement un écho, « Le genre humain menacé ». C’est signé de Michel Rocard, qu’on ne présente plus, de Dominique Bourg, professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’université de Lausanne, et de Floran Augagneur, professeur de philosophie à Sciences Po Paris. Bref, que des a) rigolos b) alarmistes c) nostalgiques d’un retour à l’économie de la cueillette et de la chasse. Tout compte fait, on en parlera pas ici… parce que doublé par mon jeune frère qui, parisien, reçoit Le Monde un jour avant la province. C’est sur son blog : si les catastrophes écologiques ne passionnent pas, les amateurs d’architecture, de littérature et de Léonard Cohen y trouveront (largement) leur compte.

La Borne.

On avait déjà parlé de La Borne, un site consacré au traitement (singulier) du chômage… On peut toujours s’y tester pour trouver un emploi, consulter les fiches métiers » (« Briseur de rêves », « Entameur de discussion »…), revoir le sketch hilarant avec Denis Poladyles, visionner « Le chômeur du mois » et/ou, à partir de l’onglet « Les recyclés », évaluer l’insertion durable (et en six mois maximum, montre en mains) de « La positiveuse » et du « Poivrot ». C’est dit.

L’humour est une révolte supérieure de l’esprit.

(1) Adage du Figaro.

(2) Jean-Louis Bianco, Charles Fiterman, Philippe-Michel Thibault, Michel Yahel, Entreprise et démocratie sociale. Pour une nouvelle approche, 2010, Fondation Jean Jaurès.

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commentaires
  1. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Et bien, si même le fig’ s’y met !

    Devinette :
    Qui est le principale actionnaire du Figaro ?
    Y’ aurait pas un semblant de réponse à cet éclair de « blog lucidité » ?

    Il est vrai que le syndicat des journalistes s’inquiète de l’indépendance de la rédaction du Journal …

  2. Michel ABHERVE dit :

    Marc Landré est un très bon connaisseur du sujet
    Et il manifeste une assez grande pertinence d’analyse
    La lecture de son blog est souvent instructive

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