Apprentissage, pour un saut qualitatif. (suite et fin)

Publié: février 13, 2011 dans Insertion/missions locales

Contamination.

Poursuite de la contribution de Régis Barbier avec « Pour un saut qualitatif de l’apprentissage : passerelle et tabouret à quatre pieds… » Bien évidemment, toutes vos observations, suggestions et critiques sont bienvenues… même si, on le sait, les uns et les autres sont fort occupés puisqu’il commence à y avoir ces temps-ci un feu de broussailles dans la prairie avec, Dieu sait pourquoi, un étonnant slogan seul connu des initiés : « CPO dégage ! »

Régis : « Pour un saut qualitatif de l’apprentissage : passerelle et tabouret à quatre pieds… »

L’apprentissage, comme toute voie de formation, doit poursuivre deux objectifs :

– Amener un maximum de jeunes à une qualification reconnue pour faciliter leur insertion professionnelle ;

– Eviter de laisser trop de jeunes sur le bord de la route en réduisant les facteurs d’exclusion.

Les deux premières parties de ce document ont souligné que des voies d’amélioration sont possibles et que, avec la diversité de l’apprentissage, elles peuvent être ciblées pour en améliorer l’efficience. La priorité apparaît ainsi sur, côté jeunes, les mineurs qui recherchent un premier niveau de diplôme (CAP ou bac professionnel) et, côté employeurs, les TPE et les PME qui n’ont pas de service de ressources humaines pour améliorer l’intégration des alternants.

Deux axes se dessinent pour cette amélioration qualitative :

Créer une passerelle entre les entités de formation initiale « classique » (collèges et lycées de l’éducation nationale et du ministère de l’agriculture) et les missions locales. Elle aurait pour objectifs de consolider le projet professionnel et de faciliter sa mise en œuvre :

– Visite médicale préalable pour vérifier l’aptitude physique ;

– Tests de pré-requis pour lancer un éventuel processus d’amélioration du niveau sur les savoirs de base ;

– Stages en entreprise pour valider et affiner le projet ;

– Appui renforcé à la recherche d’un employeur ;

– Prise en compte des conséquences sociales (aides au logement, à la mobilité,…).

Cette passerelle pourrait prendre la forme d’un contrat d’accompagnement entre le jeune et la structure d’accueil, contrat qui, s’il ne débouche pas sur un contrat, devrait faciliter par un travail avec les structures concernées (CIO et MGI notamment) un retour en formation initiale classique ou qui, si le projet est mis en œuvre, enclencherait un accompagnement tout au long de celui-ci.

Elle impliquerait une participation active de tous les acteurs de l’apprentissage, notamment les CFA et les chambres consulaires, mais aussi les branches professionnelles,  pour permettre la réalisation du projet et notamment aider à trouver l’employeur et préparer au mieux sa mise en œuvre.

Pour faciliter ce travail majeur de consolidation, le report au 1er septembre de la date minimale pour signer un contrat serait un plus important. Cela éviterait aussi de faire commencer un jeune en période de surchauffe estivale alors qu’il n’a pas bénéficié de vacances.

Cette passerelle permettait de limiter, voire de réduire à zéro, le décrochage scolaire lié à cette période d’incertitude entre le monde de l’éducation nationale et celui de l’apprentissage (tous les sortants bénéficieraient d’un suivi avec comme possibilité un retour en cas de non-mise en œuvre). Elle donnerait aussi une visibilité sur les plans d’action nécessaires pour renforcer l’offre de contrats d’apprentissage sur des secteurs déficitaires.

Instaurer un tuteur externe pour assurer un suivi tout au long du déroulement du contrat et pour faciliter l’accès à l’emploi à l’issue de celui-ci.

C’est en quelque sorte reprendre les dispositions prévues pour le contrat de professionnalisation : l’apprentissage reposerait sur l’entreprise, le CFA, le jeune et le tuteur externe, en quelque sorte passer d’un trépied à un tabouret à 4 pieds qui est beaucoup plus stable dès lors que le sol est régulier (d’où la création préalable de la passerelle et du contrat d’accompagnement). Mais cette nouvelle organisation ne peut réussir que si chacun des acteurs évolue et accepte de travailler en partenariat :

– Au niveau de l’entreprise, la fonction de maître d’apprentissage doit donner lieu à formation (et rémunération ?) pour que l’intégration en entreprise  réussisse et pour que les éventuelles difficultés soient signalées avant d’en arriver à la rupture. Il faut clarifier le nombre de jeunes que peut suivre un maître d’apprentissage en prenant en compte les stagiaires et les alternants en contrat de professionnalisation.

– Au niveau du CFA, il est essentiel que les difficultés que pourrait rencontrer le jeune (que ce soit en entreprise ou dans le suivi des cours) fassent l’objet d’échanges réguliers avec le tuteur externe pour rechercher des solutions et tenir un discours cohérent qui permette de maintenir la motivation. De même, la notion de compétences doit être développée pour éviter le couperet du diplôme et faciliter l’insertion du jeune, même s’il ne l’obtient pas.

– Au niveau du jeune, il est nécessaire qu’il prenne conscience du nouveau monde dans lequel il va évoluer et qu’il se sente rassuré par le soutien de tous les autres acteurs ;

– Au niveau du tuteur externe, il faut tout à la fois disposer de moyens pour permettre la résolution de difficultés sociales, faire la synthèse entre la perception du jeune, de l’entreprise et du CFA sur le déroulement du contrat pour pouvoir agir si les conditions initiales se dégradent. C’est une fonction qui impose donc une approche globale, une connaissance à la fois des jeunes et des entreprises, une neutralité par rapport au système, une proximité et une réactivité pour éteindre tout début d’incendie.

Sortir du ping-pong actuel…

Passerelle et contrat d’accompagnement, qui prendraient la forme d’un tutorat externe, sont complémentaires et nécessaires pour améliorer qualitativement l’apprentissage.

Ce travail partenarial sur le qualitatif aurait des effets positifs sur le développement quantitatif :

– Les parents et les  jeunes seraient plus rassurés à choisir cette voie dès lors que le parcours est sécurisé ;

– Des employeurs pourraient revoir leur jugement sur l’embauche de jeunes apprentis dès lors qu’ils ont un interlocuteur externe réactif et disponible ;

Le partenariat nécessaire entre les acteurs de la formation initiale classique, les branches professionnelles, les chambres consulaires, les CFA et les misions locales permettrait de sortir du ping-pong actuel – « vous ne nous envoyez pas de jeunes » … « de toute façon, vous êtes incapables de les garder » – de partager des approches complémentaires sur les bassins d’emploi. Une instance locale, proche de la plate-forme de suivi et d’appui créée pour coordonner la lutte contre le décrochage scolaire (en incluant les chambres consulaires et les branches professionnelles), pourrait être mise en place pour assurer ce lien entre les acteurs et décider de plans d’action locaux.

En conclusion, si l’on peut agir sur de multiples volants pour développer l’apprentissage (quotas, aides aux employeurs, statut de l’apprenti, négociation avec les Régions sur les places offertes…), il faut parallèlement en améliorer la qualité pour que cette voie ne soit plus perçue comme dévalorisée et dévalorisante.

P.L. Que Régis insiste sur le travail coopératif entre les intervenants de l’apprentissage et qu’il plaide pour un tutorat ne posera sans doute pas de problèmes aux pioupious concernés par ce domaine. Je m’interrogeai cependant sur d’autres qualités que l’on peut trouver dans l’histoire et l’actualité : le compagnonnage, par exemple avec les Compagnons du Devoir.  Ces derniers, on le sait, parviennent à former une réelle « aristocratie » ouvrière », vivier des meilleurs ouvriers de France (1). Les « recettes » du compagnonnage demeurent, me semble-t-il, tout à fait d’actualité : mobilité (le Tour de France), transmission intergénérationnelle (du maître à l’apprenti), chef d’oeuvre (une conception de métier, pas de simple emploi), intégration dans une communauté humaine et professionnelle (et non un simple rapport instrumental au travail), durabilité de l’engagement (aux antipodes du CDD), etc. Il faudra qu’on en reparle un de ces jours.

(1) Si, au détour d’un voyage dans la Région Centre, vous passez par Tours, accordez-vous deux ou trois heures pour visiter le musée du compagnonnage… bien plus beau que celui de Paris.

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commentaires
  1. pioupiou44 dit :

    Je signe tout de suite car d’accord avec cette proposition.
    Et tout le monde y gagnerait.

    Ce serait un vrai travail partenarial à mettre en place, un gros challenge mais intéressant !

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