Tempête dans un verre d’eau…

Publié: décembre 19, 2010 dans Actualité: pertinence & impertinence

Buzz.

Il y a quelques semaines je fus averti d’une « affaire » commençant à faire grand bruit dans le Landerneau universitaire : Ali Aït Abdelmalek (AAA), ami, professeur de sociologie et auteur d’un ouvrage sur Edgar Morin publié dans la collection « Les panseurs sociaux », était accusé de plagiat. En fait, sur les 157 pages de Edgar Morin sociologue de la complexité et selon le blog de Pierre Dubois , un autre sociologue, « les pages 84 à 93 de ce livre étaient essentiellement constituées de citations et de phrases recopiées du livre d’Edgar Morin, La méthode. 5 L’humanité de l’humanité. L’identité humaine ». Sapristi ! Dans un premier temps, cette mise en cause ne m’intéressa que médiocrement – d’autres chats à fouetter – mais, assez rapidement, je constatai que la caisse de résonance universitaire avait trouvé là de quoi jouer ; un os à ronger, comme on disait ; un « buzz » comme on dit désormais. J’adressai ainsi un courriel à Pierre Dubois…

Aux autorités scientifiques…

« Bonjour
Je suis Philippe Labbé, directeur de la collection « Les panseurs sociaux » aux éditions Apogée où a été publié l’ouvrage d’Ali Aït Abdelmalek sur Edgar Morin. Egalement sociologue, j’ai publié plusieurs ouvrages dans mon domaine d’investigation, l’insertion des jeunes.
Concernant ce qui est mis en cause, j’imagine qu’AAA saura apporter une réponse convaincante : Ali, que je connais depuis vingt ans, a toute ma confiance, je sais qu’il n’est ni un tricheur, ni un menteur. Qui plus est, connaissant des étudiants de Rennes 2, je peux témoigner de ses qualités d’enseignant… ce qui n’est pas la moindre des choses à l’heure du « naufrage de l’université » (Michel Freitag, avec guillemets).

Découvrant cet article hier sur ce blog, j’y ai également lu un commentaire qui mettait en avant que l’ouvrage d’AAA était un hommage à Morin, pas un travail d’épistémologue. Ce commentaire a disparu ce jour.

Concernant le rôle d’un directeur de collection, je ne le conçois pas comme devant vérifier ligne par ligne si les guillemets ont été ou non mis. J’imagine assez aisément qu’Edgar Morin lui-même, qui a préfacé l’ouvrage, en est médiocrement préoccupé.

Concernant les « royalties », je voudrais rappeler que, si ceux-ci sont perçus par l’auteur, (ce qui n’est pas toujours le cas : j’ai moi-même renoncé depuis mon premier livre aux droits d’auteur et les ai abandonnés à l’éditeur, pour soutenir la qualité de cet artisan), ils ne représentent que vraiment bien peu de choses. Si les 800 exemplaires sont vendus, ce qui serait une aussi excellente qu’exceptionnelle nouvelle, cela représenterait sur la base de 5% de 18 €… 720 €. Certes, le début de la fortune… mais un aussi petit qu’aléatoire début.
J’abandonne aux anonymes contributeurs gardiens du temple l’aussi subtil qu’essentiel débat sur les règles de la méthode, variable « avec ou sans guillemets » corrélée à variable « nombre de lignes », et laisse la conclusion à Edgar Morin : « Les autorités (littéraires, scientifiques, politiques) ne se trompent que sur ce qui est fondamental. Elles apprécient correctement tout ce qui est secondaire. » Avec guillemets… mais je ne sais plus où j’ai trouvé cela. Pan sur le bec ? »

Bénéficiaires : des « on-dit »…

Bien évidemment, l’artillerie des réponses ne tarda pas mais, depuis, j’avais renoncé à poursuivre le « débat » : à l’inverse de beaucoup d’universitaires, je dispose en effet d’assez peu de temps – grosso modo nuits et week-end – et dois être très rigoureux sur l’utilisation de celui-ci. Bref, avec AAA mais cette fois comme directeur de collection, j’étais à jeter aux orties. Alain Quemin (un professeur de sociologie que je ne connais pas) ironisait (« … quand on verra un ouvrage publié aux éditions Apogée, on saura que celles-ci ne voient aucun problème à ce que leurs auteurs pratiquent le plagiat, la contrefaçon ou le copié-collé ») et réfutait l’argument de confiance sur la qualité pédagogique d’AAA, les retours des étudiants étant considérés comme des « on-dit ». Il est vrai que le professorat universitaire est probablement très capable de discourir en docte enseignement sur le feed-back (systémie), la décentration (psychopédagogie), l’économie des besoins (économie) ou « la relation client-fournisseur » (marketing)… tout en ne pouvant imaginer d’être évalué par les pioupious étudiants : ce que je dis, pas ce que je fais… démonstration désolante d’un raisonnement anthropocentré se préoccupant comme d’une guigne de l’évaluation des principaux intéressés… Voilà pourtant des années que ceux qui font de la sociologie hors les murs universitaires sont, eux, évalués par ceux à qui ils s’adressent. Mais il est vrai qu’il s’agit de sophistes et de vulgate…

Assises.

Baptiste Coulmont, un autre sociologue, écrit sur son blog « … quand le directeur de collection considère que sa tâche n’est pas de “relire ligne à ligne”… il encourage ses auteurs à ne pas vraiment écrire ce qu’ils écrivent. Et le livre ne sera pas lu (si tout le monde sait que la collection n’est pas vraiment dirigée et que ce qui s’y publie n’a pas fait l’objet d’une évaluation). Cela s’appelle faire semblant de travailler. » Un saut qualitatif vient d’être franchi : ce n’est plus de la négligence mais de l’incitation au plagiat : j’encourage mes auteurs… De la correctionnelle aux assises.

Etre utile.

Contrairement à ce qui est dit ou, tout au moins, en désaccord avec ceci, le rôle que j’estime être celui d’un directeur de collection n’est pas de brancher son logiciel http://www.vérifieravecousansguillemets.com afin de traquer si les guillemets ont été ou non mis, si les op. cit., id. et ibid. sont académiquement rangés, si les versus, les alii… sont opportuns et, comme ma mémoire est sans aucun doute bien incapable de se rappeler mot à mot tout ce qu’a écrit (ici) Edgar Morin (même si j’ai lu et relu tous les tomes de la Méthode), il ne me reste que la confiance en l’auteur. Ce qui est et restera le cas pour AAA et pour les autres auteurs-res (les directeurs de l’ANDML dans leurs contributions à la réédition du rapport Schwartz, Anne Le Bissonnais…). Mon rôle de directeur de collection – je le rappelle totalement bénévole comme celui d’auteur puisque j’ai abandonné mes droits à l’éditeur (mais j’anticipe la critique : le capital symbolique devient sonnant et trébuchant…) – est d’ouvrir ma collection aux acteurs et auteurs pour que progresse et soit partagée la connaissance, pour une utilité sociale : il s’agit bien de « panseurs » sociaux. Voilà bien longtemps que je considère qu’Edgar Morin devrait être lu et relu par les intervenants sociaux qui y trouveraient bien des ingrédients pour leur professionnalité. Voilà des années que je l’écris dans mes livres, dans mes articles, sur ce blog, que j’y invite lors de mes conférences… L’opportunité de l’ouvrage d’Ali a correspondu à cette conviction. Alors oui, je dois l’avouer, l’utilité d’un ouvrage vaut bien plus pour moi que sa stricte conformité aux règles et canons scientifiques et je suis satisfait de certains tirages – 2000-3000 exemplaires pour mes ouvrages – plus que je ne le serais d’un tirage aussi auréolé d’un « label scientifique » que sa diffusion serait confidentielle.

Idées courbes.

Mais, va-t-on m’objecter, tout ceci ne nous dit pas si il y a plagiat et si, en tant que directeur de collection, je le condamne car, après tout, je pourrais conserver mon amitié pour l’homme et reconnaître la faute. Il faut donc que, de mon côté, je conclue…

Je soutiens AAA de mon affection mais également de mon admiration pour son travail à la fois de pédagogue et de chercheur mais là n’est pas seulement l’objet : à 58 ans, je sais ce que j’ai à faire, je le fais sur la base de l’expérience, je ne reçois de leçon de morale de quiconque – « le problème avec la morale c’est que c’est toujours la morale des autres » chantait Léo Ferré – et n’ai strictement rien  gagner, ni à perdre d’ailleurs, avec l’université. J’exerce le métier de sociologue depuis trente ans, après dix années comme travailleur social. Travaillant il est vrai dans le privé, une SCOP, depuis longtemps, je me suis fait mon opinion – qui souffre quelques exceptions… malheureusement peu – sur la sociologie universitaire nourrie de facile reproduction – Le suicide de Durkheim aux premières et deuxièmes années, parfois aux troisièmes, depuis des décennies – et de iatrogénèse au sens d’Ivan Illich (Némésis médicale, 1981, Seuil), c’est-à-dire se mobilisant pour résoudre les problèmes qu’elle se pose. Sociologue « de terrain », les mains dans la glaise, plus commissaire que yogi mais m’accordant beaucoup de temps à la lecture de celles et ceux qui ont le bénéfice d’un statut que je n’ai ni n’ai jamais eu leur permettant d’être officiellement considérés comme « sachants », j’adopte en tous cas une posture compréhensive – oui, au sens wébérien – hormis avec les tacticiens du pouvoir dont l’essentiel du temps, théoriquement d’enseignement et de recherche, est occupé par la courtisanerie et les intrigues. C’est une banalité absolue que de dire que les stratégies d’acteurs dans les départements de sciences humaines s’apparentent bien plus à l’ambiance d’une bananeraie qu’à celle d’un laboratoire social d’innovations. Bien entendu au sens des peaux de banane pour faire glisser et chuter les « chers confrères ». Cela occupe, on pense en rond et, subséquemment, on a les idées courbes (encore Léo Ferré).

Haute crétinisation.

J’ai écrit quatre ouvrages, soit bien plus que la moyenne des sociologues patentés de la cité savante, et je favorise la publication d’autres auteurs tant je crois que, dans le champ de ma collection, un auteur éveille et révèle des acteurs. J’ai publié des classeurs d’articles dans des petites revues professionnelles, parfois des feuilles de choux associatives ou communales, mais également dans Le Monde, Libération, les ASH, etc. J’ai donc beaucoup écrit et, bien des fois et avec le temps qui fait que l’on incorpore des savoirs jusqu’à en faire les siens – « les idées qui me possèdent » écrit Edgar Morin -, en m’imaginant avoir conçu tel ou tel typologie, avoir construit tel paradigme, avoir ciselé tel concept jusque là notion imprécise… alors que, bien évidemment, je n’avais fait que grimper sur les épaules des géants qui me précèdent. Et alors ? Qui pourrait prétendre à ne pas être et même n’être que le réceptacle de ce qui l’a précédé et qui l’imbibe ? Combien de sociologues prétendent-ils à une construction d’un système explicatif global, d’une matrice paradigmatique ? Aucun. Pas même les plus grands… qui furent « simplement » plus inspirés de ce qui était à leur disposition. Ils ont ajouté la pincée de sel qui transforme le mets. Le savoir n’appartient à personne ou, plus exactement, il appartient à tous et, si je suis ignorant, c’est le début de la connaissance ! C’est dans tous les cas ma posture – je déteste ces copyright de vanité, généralement au terme de textes aussi inversement inspirés qu’ils s’affichent protégés – et elle me vient de l’éducation populaire dont l’université ferait bien de s’inspirer car, s’il faut des gardiens du temple, encore faudrait-il que le temple ne soit pas vide.

Cette histoire de guillemets, tirée en plagiat et, surtout, si je comprends bien, façon de régler un compte sur des élections au CNU (là, je l’avoue, cela m’échappe totalement… ni d’ailleurs ne m’intéresse même si, selon Claude Dubar toujours sur le site de Pierre Dubois, le nœud du problème serait là autour du personnage de Michel Maffesoli) est assez médiocre… j’allais dire « misérable » mais je pondère. Elle m’évoque cette phrase de Morin pour qui les mass media produisent de la basse crétinisation et l’université de la haute crétinisation (Introduction à la pensée complexe, 1990, ESF éditeur).

Penthotal.

Accueillant des écrits d’acteurs aux éditions Apogée, je veille à ce que leurs productions soient robustes, transmissibles et utiles. Je lis et relis leurs ouvrages, les conseille, demande telle ou telle explication et éventuellement modification mais je n’ai ni les moyens, ni les compétences, ni le temps et ni l’envie de passer leurs écrits à l’IRM ou au penthotal anti-plagiat… Nombre de sociologues oints par la cité savante publient chez L’Harmattan qui n’est qu’une édition à compte d’auteur (où contractuellement l’auteur s’engage à acheter n ouvrages…) : qui à ce moment interroge la responsabilité d’un directeur de collection… qui n’existe pas ou, alors, purement formellement pour le prestige ou le capital symbolique ?

Tout ceci, à l’heure où 50% des étudiants en 1ère et 2ème années se retrouvent à Pôle emploi, où les sociologues avec master 2 trouvent péniblement des stages dans des structures et découvrent qu’ils n’ont rien ou presque appris parce que le métier de sociologue aujourd’hui ne s’apprend guère à l’université hormis lorsqu’un professeur a l’audace d’impliquer ses étudiants dans des contrats d’étude.

Une tempête dans un verre d’eau, une iatrogénèse… l’expression d’une « misère intellectuelle en milieu universitaire »… expression qui rappellera peut-être quelque chose à certains : c’était des gens bien loin des conformismes, capables d’organiser « la migration des concepts » (Morin, je ne sais plus où mais j’ai quand même mis des guillemets), indisciplinés… bien, bien loin des âmes pures qui clament et brament à la morale, qui portent l’éthique et la déontologie en banderole et en alimentent leur fonds de commerce. Non qu’il ne faille pas d’éthique ou de déontologie mais celle-ci en forme de procès n’est que le cache sexe d’intentions qui, si elles parvenaient à leurs fins, seraient bien pires que ce qu’elles prétendent bouter. Je préfère les déviants aux gardes rouges car « C’est par la déviance et les déviants que les idées nouvelles arrivent. » (E. Morin, Ma gauche, 2010, François Bourin éditeur)

Canard.

Tout ceci est discutable et sera inévitablement discuté – mais j’ai la peau dure et, dessus, des plumes de canard pour qu’y glissent inopportuns et inopportunités – et, probablement, pourrait être évité en laissant le dernier mot au principal intéressé, le « plagié », Edgar Morin. Voici donc le courriel qu’il a adressé à Ali.

« Mon cher Ali,

Il y a plagiat quand on prend un texte sans citer l’auteur, lequel reste inconnu du lecteur; comme je suis l’auteur que tu traites dans ton livre, il n’y a aucune importance que parmi les phrases citées de moi entre guillemets il y eu ait quelques uns sans guillemets. En plus ces citations n’ont qu’un caractère second et scientifique ou philosophique premier, or je considère que les idées sont des domaines publics. Et surtout je trouve grotesque qu’on te reproche de voler un auteur dont tu fais l’éloge. Tu peux évidemment citer cette lettre.

Je t’embrasse, courage parmi les scorpions; moi je suis presque immunisé de leur venin après tant de morsures.

Edgar »

Il me semble qu’à ce stade on peut conclure par « c’est dit. » En tout cas pour moi.

Suite… et fin?

Bien sûr, la réaction à cette opinion n’a pas tardé. Je publie donc les courriels de Alain Quemin et de Pierre Dubois, puis ma réponse… sachant que deux courriels, deux traitements. Celui d’Alain Quemin étant sommatif voire comminatoire et insultant (« Je soutiens les tricheurs s’ils sont mes amis »), ce professeur de sociologie de Paris Est n’aura le droit qu’au minimum… et c’est déjà beaucoup car il aurait du comprendre que, non universitaire, je n’ai pas plus de comptes à lui rendre qu’à toutes les instances, normes et règles qu’il estime, lui, universelles. Celui de Pierre Dubois m’a fait sourire par son entame laudative et/ou professorale – « {votre contribution} est extrêmement claire et argumentée… » – précédant l’annonce d’un randori – « elle mérite d’être discutée et combattue » -. Après, j’avoue ne pas trop savoir… c’est un peu comme avec le Front National : faut-il se taire au risque d’apparaître sans argument ou faut-il en parler au risque d’ajouter de l’huile sur le feu ou, plus circonstanciellement, tourner la cuillère dans le verre où s’agite la tempête ? On verra…

Alain Quemin. « Pourquoi une si longue tribune ? Votre réponse tiendrait en quelques mots et serait bien plus claire : « Je soutiens les tricheurs s’ils sont mes amis » ! Quant à Edgar Morin, son argumentation est vraiment très faible et méprisante. Et s’il pense que les idées sont parfaitement libres de droits et qu’il n’existe aucun usage qui oblige les universitaires (ou autres) à utiliser les guillemets quand ils « empruntent » (c’est un euphémisme…) les écrits d’autrui, qu’il se montre cohérent en prouvant qu’il renonce à ses droits d’auteur…

Et deux questions toutes simples à votre intention :

– pouvez-vous certifier – après tout, vous êtes directeur de collection, n’est-ce pas ? – qu’aucun autre passage que ceux déjà identifiés et dénoncés sur le blog de Pierre Dubois dans l’ouvrage d’Ali Ait Abdelmalek que vous avez édité ne relève d’une tricherie ?

– s’il apparaît que votre ami a commis d’autres tricheries ou même des plagiats, serez-vous prêt à revoir votre position et à dénoncer ce type de pratique quand bien même il s’agit d’un de vos proches qui bénéficie, comme vous le dites, de votre affection ? »

P.L. « Première question : je peux certifier qu’aucun autre passage ne relève d’une tricherie… pour la (très) bonne raison qu’il ne s’agit pas ici de tricherie mais de négligence. Seconde question : si d’autres erreurs, dans d’autres ouvrages, se révélaient ultérieurement, AAA étant, j’imagine, échaudé, je lui recommanderais de prendre un peu de repos. Plus sérieusement, si je constatais des pratiques contraires à une éthique de la production de connaissances, avérées et volontaires, participant d’une volonté délibérée de tromper, bien évidemment je saisirais l’auteur… a fortiori si celui-ci était un ami puisque cela appelle et aussi permet plus de rigueur… contrairement à cet implicite de sens commun selon lequel l’affection serait faiblesse et coquinerie. L’amitié, en ce qui me concerne, est plus exigeante que l’ordinaire connaissance car elle est inter- et re-connaissance. Reste que, dans ma collection, le respect tatillon des règles de l’académisme universitaire peut contrarier le projet de sensibilisation des lecteurs, être même contre-productif. Un exemple. C’est un ouvrage récent édité par des Presses Universitaires de…. Je ne cite ni son titre, ni son auteur pour ne pas le disqualifier car, par ailleurs, on – enfin, le sociologue ou l’expert capable de traduction – y apprend bien des choses intéressantes. Extrait…

 

 

C’est en page 12, c’est à dire au début d’un ouvrage, le hors d’oeuvre qui doit ouvrir l’appétit pour le plat de résistance. Alors que le titre de l’ouvrage incite nombre d’acteurs politiques, professionnels, militants à l’acquérir, que l’on s’y autorise un extrait, succédant à d’autres, en anglais sans traduction et que l’on assomme le lecteur de renvois qui, de toute évidence, ne seront lus par personne, voilà ce qui me pose vraiment question… Ecrire pour son lecteur nécessite, lorsqu’on publie sa thèse, de ne pas considérer le public comme doté systématiquement d’une HDR… Voilà quelque chose que je peux conseiller en tant que directeur de collection. »

Pierre Dubois. « Très grand merci de votre contribution à cette tempête dans un verre d’eau. Elle est extrêmement claire et argumentée. Elle s’est installée automatiquement en commentaire dans la chronique de mon blog « Histoires d’universités ». Bien évidemment, elle mérite d’être discutée et combattue.

Sociologie de terrain contre sociologie de terrain. Directeur de la licence professionnelle de 2003 à 2008, « Management des organisations de l’économie sociale », avec mon ami Michel Abhervé (n’avez-vous pas écrit un livre avec lui ?), nous avons été amenés à sanctionner des plagiats étudiants http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/11/15/combattre-le-plagiat-etudiant/

Ma question : auriez-vous sanctionné ces étudiants ? A vous lire. Cordialement.

P.L. « Monsieur Dubois bonjour.

Je ne vous connais pas et donc, a priori, vous crédite. D’autant plus que vous travaillez avec Michel Abhervé, un ami et quelqu’un qui, sans être sociologue, a apporté et apporte toujours beaucoup à ce milieu des missions locales que l’un et l’autre labourons depuis des années.

Subséquemment, il ne peut être question de mettre en doute le volet « utilité sociale » de votre travail sociologique et, si je me suis laissé aller à critiquer ce que j’ai malheureusement trop connu avec ma fréquentation des milieux universitaires, je crois avoir indiqué (« … je me suis fait mon opinion – qui souffre quelques exceptions… malheureusement peu – sur la sociologie universitaire… »), que c’est moins pour opposer le terrain à la cité savante que pour tenter de réorienter la boussole universitaire vers le Nord des priorités qui, apparemment, sont les vôtres au regard de votre implication dans la licence professionnelle. Bref, pour tout vous dire, j’ai le sentiment que cette histoire de plagiat – quelques pages dans un ouvrage qui n’a pas de prétention scientifique mais qui se propose d’aider à la lecture et à la compréhension de la sociologie de la complexité – est, d’une part, démesurée et, d’autre part, déséquilibrée vis-à-vis d’autres enjeux sacrément plus vitaux pour l’université.

Vous me posez la question « auriez-vous sanctionné ces étudiants ? » Je réponds que, probablement, avant d’envisager une sanction, j’aurais tenté de comprendre. En particulier, lorsque l’on connaît nombre de pratiques négligentes d’enseignement (cours reportés, annulés, regroupés sur un trimestre pour libérer l’enseignant, confiés à des chargés de cours… répétition ad libitum et ad nauseam des mêmes cours toute une carrière…), on peut imaginer que des étudiants « bricolent » (pas au sens de Levis Strauss malheureusement), « zappent » de wikipedia en commentaire du commentaire du commentaire…  Bref, avant de sanctionner les étudiants pour plagiat, nombre d’enseignants devraient peut-être s’interroger sur l’intérêt qu’ils (ne) parviennent (pas) à insuffler et qui pour partie explique que des étudiants soient tentés d’aller au plus simple, le copier-coller. De mon point de vue, il y a un vrai problème de pédagogie qui est un facteur d’accélération de l’enterrement de la culture de la « Galaxie Gutenberg »… pour une « Galaxie Marconi » dont la première des qualités n’est certes pas la cohérence ou la synthèse.

Vous me poseriez sans doute la question « mais ne doit-on pas être d’autant plus exigeant que c’est un professeur qui est en cause ? » J’y répondrais en deux points.

Le premier, comme je l’ai dit, est que AAA est un sociologue qui « donne le goût » de la sociologie et ce n’est pas rien ; c’est même essentiel. Pour connaître AAA, je ne le crois pas capable de tricher consciemment. Quant à recopier en oubliant des guillemets, certes, il aurait fallu faire attention mais cela me semble bien véniel au regard de ce qui, par contre, me semble primordial : la qualité de la transmission sociologique. Lisant moi-même beaucoup, Michel vous le confirmerait, je dois avouer qu’il m’est arrivé plusieurs fois de m’interroger « mais est-ce bien de moi ceci ? » Ceci étant, j’ai peut-être des problèmes de mémoire et cela ne va pas s’arranger.

Second point – et cela je l’ai compris en lisant Dubar – la question est-elle encore celle du plagiat (a fortiori lorsque le « plagié » dément) ou celle-ci n’est-elle que le prétexte à régler des élections au CNU vis-à-vis desquelles j’ai avoué ma totale ignorance et, en plus, mon absolu désintérêt ? Car, si tel est bien le cas, vous comprendrez que je ne participe pas à un hallali pour un motif qui en cache un autre – e pericoloso sporgesi… – comme derrière AAA se cacherait Maffesoli.

Bien à vous. »

C’est dit.

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commentaires
  1. Dubois dit :

    Trsè grand merci de votre contribution à cette tempête dans un verre d’eau. Elle est extrêmement claire et argumentée. Elle s’est installée automatiquement en commentaire dans la chronique de mon blog « Histoires d’universités ». Bien évidemment, elle mérite d’être discutée et combattue.

    Sociologie de terrain contre sociologie de terrain. Directeur de la licence professionnelle de 2003 à 2008, « Management des organisations de l’économie sociale », avec mon ami Michel Abhervé (n’avez-vous pas écrit un livre avec lui ?), nous avons été amenés à sanctionner des plagiats étudiants http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/11/15/combattre-le-plagiat-etudiant/

    Ma question : auriez-vous sanctionné ces étudiants ? Avous lire. Cordialement. Pierre Dubois

  2. Alain Quemin dit :

    Cher Monsieur,

    Pourquoi une si longue tribune ? Votre réponse tiendrait en quelques mots et serait bien plus claire : « Je soutiens les tricheurs s’ils sont mes amis » ! Quant à Edgar Morin, son argumentation est vraiment très faible et méprisante. Et s’il pense que les idées sont parfaitement libres de droits et qu’il n’existe aucun usage qui oblige les universitaires (ou autres) à utiliser les guillemets quand ils « empruntent » (c’est un euphémisme…) les écrits d’autrui, qu’il se montre cohérent en prouvant qu’il renonce à ses droits d’auteur…
    Et deux questions toutes simples à votre intention :
    – pouvez-vous certifier – après tout, vous êtes directeur de collection, n’est-ce pas ? – qu’aucun autre passage que ceux déjà identifiés et dénoncés sur le blog de Pierre Dubois dans l’ouvrage d’Ali Ait Abdelmalek que vous avez édité ne relève d’une tricherie ?
    – s’il apparaît que votre ami a commis d’autres tricheries ou même des plagiats, serez-vous prêt à revoir votre position et à dénoncer ce type de pratique quand bien même il s’agit d’un de vos proches qui bénéficie, comme vous le dites, de votre affection ?
    Bien à vous.

    Alain Quemin
    professeur de sociologie
    Université Paris Est

  3. pioupiou44 dit :

    Oulala, ça va pas être facile : m’immiscer dans un débat sur la sociologie et ses guillemets alors que je ne suis qu’un pioupiou avec un pauvre bac validé et c’est tout, mais je me lance quand même !

    Pour régler la question, je propose un combat au chifoumi (ou autrement appelé Pierre-Feuilles-Ciseaux, voir sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-feuille-ciseaux ). Je propose le combat dans un lieu neutre (un bar de préférence, la verveine peut aider à la concentration). Il faudra désigner un arbitre neutre.
    T’inquiète pas Philippe, j’ai des années d’expérience dans ce jeu psychologique intense. Quand tu leur auras fait le regard du jeune fâché qu’a pas eu son alloc civis ou celui du pioupiou mécontent après son entretien annuel (et ça, c’est de l’expérience de terrain !!!), ils vont craquer, je te l’assure …
    En attendant ce moment de combat, bonne fin d’année. Je vais en bon pioupiou me pencher sur, ouvrez les guillemets, l’accompagnement socioprofessionnel. Une approche systémique. Fermez les guillemets …

  4. Hérodote dit :

    « Il était un p’tit homme
    Qui s’appelait Guillemets,
    Carabi ;
    Il s’en fut à la chasse,
    A la chasse aux perdrix,
    Refrain
    Il s’en fut à la chasse,
    A la chasse aux perdrix,
    Carabi ;
    Il monta sur un arbre
    Pour voir ses chiens couri’,
    Refrain
    Il monta sur un arbre
    Pour voir ses chiens couri’,
    Carabi ;
    La branche vint à rompre,
    Et Guillemets tombi,
    Refrain La branche vint à rompre,
    Et Guillemets tombi,
    Carabi ;
    Il se cassa la jambe,
    Et le bras se démit,
    Refrain
    Il se cassa la jambe,
    Et le bras se démit,
    Carabi ;
    Les dam’s de l’Hôpital
    Sont arrivées au bruit,
    Refrain
    Les dam’s de l’Hôpital
    Sont arrivées au bruit,
    Carabi ;
    L’une apporte un emplâtre,
    L’autre de la charpie,
    Refrain L’une apporte un emplâtre,
    L’autre de la charpie,
    Carabi ;
    On lui banda la jambe,
    Et le bras lui remit,
    Refrain
    On lui banda la jambe,
    Et le bras lui remit,
    Carabi ;
    Pour remercier ces dames,
    Guillemets les embrassit,
    Refrain
    Pour remercier ces dames,
    Guillemets les embrassit,
    Carabi ;
    Ça prouv’ que par les femmes
    L’homme est toujours guéri,
    Refrain Refrain :
    Carabi, Titi Carabi, Toto Carabo,
    Compère Guillemets,
    Te lairas-tu (ter) mouri’ ? »

    Bonnes fêtes de fin d’année Philippe !

    Un de tes plus fidèles licteurs…

  5. Alain Quemin dit :

    Cher Philippe Labbé,

    Puisque vous défendez envers et contre tout qu’il s’agit d’une « simple » (sur des pages et des pages, pourtant, en ayant produit un copié collé très abouti qui aurait pu empêcher de découvrir le procédé si un lecteur très vigilant ne s’était pas attaché à comparer le faux avec le l’original) négligence ( ! ) et puisque vous expliquez sans ambiguïté que vous vous exprimerez publiquement en condamnant cela si d’autres cas de fraudes ou même de plagiat apparaissent chez l’auteur et ami que vous avez publié, par négligence donc, dans votre collection, nous allons bien voir ce que l’avenir nous réserve.
    Je peux me tromper, mais quand certaines pratiques sont découvertes chez des chercheurs peu scrupuleux (je pense que « peu scrupuleux » est ici plus approprié que « négligeant »), il n’est pas rare qu’émergent ensuite d’autres cas semblables chez la personne mise en cause.
    Nous verrons bien. Et nous verrons donc également quelle position vous adopterez le cas échéant.
    Bien à vous.

    Alain Quemin
    professeur de sociologie
    université Paris-Est
    Bien à vous.

    • Mirou dit :

      Mr Quemin,

      La question du plagiat me parait en passe d’être réglée (l’auteur plagié apporte son absolution, je ne vois pas trop où est le problème). Par contre, je vois deux choses qui me chiffonnent beaucoup vous concernant:
      1/ »nous verrons bien »..On dirait ma voisine, Mme Michu!..Excusez-moi, mais pour un universitaire, je trouve la démonstration un peu courte..Quant à l’argument: qui vole un œuf vole un bœuf..on ne peut pas dire que ca soit très pédagogique (mais après tout, peut être n’êtes vous pas prof.. ? Je vais m’empresser d’aller vérifier sur internet après la rédaction de ce message, car je suis comme un certain nombre de mes contemporains, quand j’ai besoin d’un renseignement, je me réjouis de pouvoir aller le chercher sur internet!)..Bref, la prédiction façon boule de cristal et la double peine, voila des choses qui me paraissent bien peu scientifiques..voir même un brin populiste!

      2/ Je constate avec un certain dépit que vos préoccupations ne sont pas les miennes: ce qui m’intéresse, c’est de comprendre à minima le monde dans lequel je vis..au moins dans mon cadre professionnel. J’ai bon espoir que cette meilleure compréhension puisse me permettre de mieux faire mon travail car j’ai « l’amour du bel ouvrage », comme vous le diriez sans doute (permettez moi de vous attribuer ces propos, vous me semblez de cette école..). Certes le plagiat n’est pas admissible, mais puisque « plagié » et « plagiaire » sont ok entre eux et maintenant que les choses ont été dites et expliquées, pourquoi vous acharnez vous? N’avez-vous que ce combat ? N’avez vous pas remarqué que ce blog traite de questions importantes, entre autre de la place laissée aux jeunes dans notre société…N’avez vous pas remarqué, Mr Le Sociologue que, dans ce blog, sont abordées des questions de Société..Dans quel monde vivez vous, Monsieur, pour ne pas vous rendre compte que la question du plagiat n’est que de peu d’importance pour ceux qui viennent consulter ce blog. Alors, je vous pose la question: qu’avez-vous à me dire sur l’insertion des jeunes, quel est votre point de vue, ou peut être l’éclairage sociologique que vous pouvez m’apporter pour que je puisse mieux assumer ma fonction ? Vous, Monsieur Le Censeur… ( » Personne qui se positionne comme critique et juge implacable vis-à-vis d’autrui ou du travail d’autrui » l’internaute encyclopédie..Je préfère citer mes sources)…Moi qui ai eu la chance de passer par l’université, je finis par me dire qu’effectivement, les universitaires (mais je ne voudrais pas généraliser) vivent dans un monde qui n’est pas le même que le mien..Dommage.

  6. David dit :

    Ouh la la, ça bout sur le blog ! Sont déchainés les sociologues ! L’approche des fêtes, besoin de vacances ou crispations dues au froid hivernal ? Personnellement je ne suis pas dérangé par la controverse puisqu’elle augure en général, par le frottement des idées, d’un bouquet d’étincelles et pousse la réflexion des parties dans ses retranchements ! Mais alors là, vu de ma fenêtre de piou piou béotien, les poux qu’on cherche sur la tête de notre Philippe national se réduise à de la médiocre polémique ! Faut vraiment avoir que ça à penser pendant nous, nous nous consacrons à panser ! De toutes les façons l’immense Edgard MORIN a conclu tout cela de la meilleurs des façons ! Laissons les madarins mandariner et souhaitons le, se compter de plus en plus en petit nombre dans leurs cénacles pathétiques.

  7. rbeaune dit :

    je ne m’immiscerai pas dans un « dialogue » (je le mets entr guillemets car c’est plus un ping-pong d’arguments qu ‘un véritable échange) de psychologues ou plus encore entre théoriciens et praticiens…
    Par contre, mon ancien métier me permet de conclure avec humour noir : que vaut dans notre monde dirigé par l’argent une signature triple AAA ???
    Bonnes fêtes à tous

  8. Gildas Loirand dit :

    On se calme ! Les sociologues qui dénoncent des pratiques qui ailleurs, (en Suisse par exemple, sont considérées comme des « infractions académiques » sanctionnables et sanctionnées ont bien raison de le faire. La communauté savante ne peut continuer à magnifier « l’international » sans en même temps se soumettre aux règles strictes et justes ailleurs en vigueur.
    Ceux qui critiquent les dénonciations en se demandant si les sociologues qui dénoncent n’ont pas autre chose à faire (par exemple leur « donner leur avis sur la place des jeunes dans la société », ce qui, au passage, n’a rien à voir avec la pratique d’un sociologue !) devraient réfléchir à deux fois avant de condamner moralement les auteurs de condamnations/dénonciations. Je m’explique :
    En droit, le « plagiat » (le « copier-coller » sans guillemets, par exemple) n’existe pas. C’est une notion de sens commun qui a pour avantage sa sonorité poétique : dans plagiat, il y a « plage », mer, vagues et sable fin ! Bref, c’est là une expression finalement sympa, tellement sympa qu’il n’y aurait pas péril en la demeure à se plagier mutuellement entre « amis » de la même corporation professionnelle. Par contre, ce que la justice connaît en la matière, c’est la « contrefaçon » (comme pour les sacs Hermès et les parfums Cartiers !) caractérisée en matière intellectuelle et scientifique par le « vol d’idées ».
    J’ose à présent un parallèle :
    Imaginons que je suis un garçon assez pauvre mesurant 1 m 98 et que je me rende chez ma voisine, une riche veuve de 85 ans, pour lui voler ses économies sous ses yeux. Tous les autres voisins sont aussitôt mis au courant et crient au scandale, forcément ! Mais ma petite vieille de voisine ne porte pas plainte… Elle m’aime bien, sait que je suis pauvre, et ne veux pas me causer d’ennui. Moralité : à suivre l’argumentation de Philippe Labbé et d’AAA il n’y aurait évidemment pas eu vol en l’espèce !
    Mais que ferait en ce cas le procureur de la République mis au courant par les autres voisins : il me poursuivrait pour vol, voire agression sur personne vulnérable, et j’irai directement en taule au motif de la nécessaire protection de ma voisine contre le risque de réitération !
    L’histoire des relations entre AAA et EM est tout à fait du même tonneau :
    Un petit porteur de capital intellectuel fait un livre sur un plus grand porteur de crédit intellectuel (on ne saurait vraiment dire « scientifique ») en espérant s’enrichir lui même grâce au vol des idées de celui qu’il a contrefait par absence de guillemets et de citation. L’auteur « plagié », grand humaniste, c’est bien connu, ne va pas se mettre à dénoncer le « pauvre » qui, lui ayant piqué ses économies intellectuelles, n’a finalement pas fait pas autre chose que de tenter de sortir de la misère qui est la sienne. On peut le comprendre… Pourtant, le vol d’idées a bel et bien eu lieu !
    Bref, ceci pour dire que le fait que le « plagié » (le « contrefait ») ne s’en plaigne pas ne vaut absolument pas absolution du plagiaire (du « contrefacteur », soit du « voleur » d’idées) et la faute reste consommée. Sauf bien sûr à admettre que la justice n’aurait pas à poursuivre sur son initiative propre un individu qui tabasserait régulièrement une épouse ne portant jamais plainte !
    Ce dernier exemple n’est pas anodin car il renvoie directement à la situation d’un étudiant de doctorat qui, pour son tout premier article dans une revue classée, se voit imposé le nom de son directeur de thèse comme co-auteur alors que celui-ci n’a aucunement participé au travail de terrain et d’écriture (il a juste dirigé la thèse, ce pourquoi il est déjà payé !). Sauf à prendre le risque de se « griller » dans son laboratoire, voire celui de ne pouvoir « faire carrière », le doctorant qui se fait voler son travail et ses idées par son directeur de thèse n’a finalement pas d’autre choix que de se taire et de laisser faire, à la manière de la femme battue craignant les foudres de son mari violent ! Mais en matière intellectuelle, chers dénonciateurs de la dénonciation, il n’y a pas de procureurs en l’absence de plainte explicite ! Et inutile de préciser que c’est tant mieux… Manquerait plus que ça ! Aussi, c’est à la communauté des pairs et seulement à elle de réguler la pratique scientifique. Il lui appartient donc comme une sorte de devoir sacré de signaler à toutes et tous les agissements des collègues qui, pour une question de grade, de prestige ou de pouvoir, en viennent à « voler » leurs collègues et leurs étudiants, s’asseyant ainsi sur les principes déontologiques majeurs de toute profession scientifique.
    Les argument affectifs n’ont ici pas leur place et j’espère que cette courte argumentation pourra faire changer d’avis à ceux qui, assez éloignés de la pratique scientifique en sociologie, n’ont pas les moyens d’apercevoir clairement tout ce qui est en jeu dans le recopiage sans guillemets et ses diverses variantes. Si la communauté laisse faire, par le jeux des nominations ministérielles et des élections/cooptation, se sont à terme les « faussaires » qui gagneront la partie ! Les économistes nous ont appris ça : la fausse monnaie chasse toujours la bonne. Attention, donc, aux arguments à courte vue portés à condamner ceux qui prennent clairement un risque pour leur carrière en dénonçant les « voleurs » et les « faussaires ».

  9. Dubois dit :

    Merci à Gildas Loirand.

    Deux autres plagiats d’Ali Aït Abdelmalek
    dans la 3ème chronique de mon blog « Copier / coller sans guillemets »
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/12/21/copier-coller-sans-guillemets-3/

    Un commentaire de Philippe Labbé serait le bienvenu. Pierre Dubois

  10. David dit :

    Bien qu' »éloigné de la pratique scientifique en sociologie » et donc en proie à une cécité qui, selon M. Loirand, devrait en outre me contraindre au silence, je peux rester sans réagir à l’énormité des « parallèles » et « exemples » proférés par lui ! Sans même relever la quasi assimilation de M. MORIN à une riche veuve apeurée et sans défense, peut-on accepter de telles comparaisons avec des actes de « préemption » ou de brutalité exercés par la force et/ou dans un registre de domination latente ou exprimée ! Tout ce qui est excessif, j’irais jusqu’à dire choquant dans le cas présent, étant insignifiant, l' »argumentation » de M. Loirand me paraît tomber totalement à plat. Pour faire bonne mesure, l’emploi des termes de « faussaire » et de « voleur », dans le même registre excessif, annihile totalement la « démonstration ». Ali Aït Abdelmalek a commis un ouvrage rendant hommage à M. Morin et ce faisant le cite abondamment. Si encore l’auteur avait mené une démarche prétendument scientifique en proposant une démonstration fondée sur des arguments élaborés par un autre, peut-être aurions nous pu éventuellement nous offusquer d’un emprunt illégitime pouvan, en exagérant, s’assimiler à de la contrefaçon. Mais il semble que l’on soit dans une toute autre situation, ce que M. Morin, sujet dudit ouvrage, explique lui même ! Pour l’ignorant que je suis, au service duquel devrait d’ailleurs se trouver ces pensants et ces sachants outrés par une vulgaire ablation de guillemets, ce procès en sorcellerie est « abracadabrantesque » ! Je finis par être convaincu que ce n’est pas de « science » qu’il est ici débattue mais, comme le suggère Philippe, que l’enjeu se trouve vraisemblablement dans quelques règlements de compte confraternels ! Si on passait à autre chose ? L’enquête PISA par exemple ?

  11. Hérodote dit :

    Entièrement d’accord avec David et ainsi, sans guillemets, rendons donc à César ce qui est à César, et ce blog à ceux qui l’apprécient.
    Et pour les érudits qui en ces périodes de fêtes ont sans aucun doute mieux à faire qu’à s’occuper de leurs enfants, petits-enfants, cousins, cousines etc. je leur propose, sans prétention aucune (mon DEA d’Histoire de la Révolution française – Paris 1 – Ecole des Chartes, ne me le permettant évidemment pas), la lecture, ou relecture d’un texte fort intéressant pour l’historien que je ne prétends pas (encore) être. Un futur Philippe Ariès ? Oserais-je seulement y penser… Non, non, je dois m’y refuser, ne souhaitant pas déchaîner les foudres de plus savants que moi….

    Le plagiat donc, en guise de conclusion. De conclusion, dis-je : http://www.docforum.tm.fr/documents/23&24nov06SavResPar06Vandendorpe-plagiat.pdf

    Bonnes fêtes à tous !

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