Problème d’image ?

Publié: novembre 23, 2010 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures, Insertion/missions locales

A la vôtre!

Ci-dessous, une bouteille à la mer du Monde qui, à cette date, n’a pas été débouchée. Elle est donc livrée à la sagacité des lecteurs et contributeurs de ce blog…

Auparavant, une précision : l’article sur l’accompagnement socioprofessionnel continue à être plébiscité (5 500 lectures… ouf!). Ceci m’a incité à le retravailler et, d’ici quelques jours, une nouvelle version, beaucoup plus développée, sera proposée au débat. Un peu de patience, donc…

 

Il en est des idées comme de la loi dite des séries : sur une période donnée, on ne parle plus que de cela, tel auteur, telle publication ou, en l’occurrence, d’un même rapport puisque c’est du think tank Terra Nova dont il s’agit qui, outre L’autonomie des jeunes au service de l’égalité (novembre 2010), s’est exprimé le 9 novembre par la voix de son président Olivier Ferrand sur une page entière du Monde, « Investir dans notre jeunesse ».

Terra Nova, dont la proximité organique avec le Parti Socialiste n’est certes pas un secret, mobilise donc ses cerveaux – remarquable conseil scientifique – pour une entreprise de réconciliation avec la jeunesse française qu’il est grand temps d’entamer au regard du calendrier électoral. Gageons que, de son côté, la droite saura trouver et les mots et les esprits pour également tenter une réconciliation. Se rabibocher ne va pas être simple, soyons-en assurés, tant la situation faite à la jeunesse est depuis fort longtemps discriminatoire : tous les « diagnostics », celui de Terra Nova ne faisant pas exception, pointent l’hyper sélectivité du système scolaire avec corollairement l’effondrement du mythe méritocratique, l’épreuve de l’entrée dans une vie que l’on hésite à qualifier pour les jeunes d’ « active » tant le chômage en est le quasi seul invariant, la prime aux inclus et l’épreuve aux jeunes, la paupérisation de la jeunesse, les perspectives de mobilité en dynamique de descenseur social, l’accès plus étroit que le chas d’une aiguille au logement, etc. L’intérêt pour la jeunesse s’observe d’impératif national en indignations critiques sur un EEG très perturbé sinon épileptique. En 2007 par exemple, la très noble assemblée qu’est l’Académie des sciences morales et politiques publiait un rapport au titre univoque, La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse, préfacé par deux personnalités qu’on ne soupçonnera pas d’être des krypto-gauchistes du NPA, Raymond Barre et Pierre Messmer.

A vrai dire, voilà trente ans que, de rapport en Livre vert, de débats parlementaires en commissions ad hoc, les diagnostics s’apparentent par la force des observations à des cris d’alarme… Cela a commencé en 1981 lorsque Bertrand Schwartz écrivait dans son introduction au rapport L’insertion professionnelle et sociale des jeunes : « Ce qui les unit {les jeunes}, c’est leur désespérance devant l’absence de perspectives. » Voici donc trente ans que se succèdent à la tribune des édiles, éditeurs, thèses et médias des personnalités plus ou moins autorisées – je m’y inclus, modestement – qui, globalement, disent les mêmes choses, ces trois décennies posant cependant avec acuité la question du seuil de basculement : à partir de quand le supporté deviendra insupportable ? à quel moment et pour quelle raison la bifurcation se produira considérant que la jeunesse n’est, ne peut et ne doit pas être l’âge du « deuil des aspirations » ?

Bis repetitas donc, la proposition – phare de Terra Nova, le « capital formation », n’étant guère éloignée de « l’allocation de formation » préconisée en 2002 dans Le rapport de la commission nationale pour l’autonomie des jeunes, pas plus que du « revenu d’accès à l’autonomie » imaginé en 2009 par la branche professionnelle des missions locales dans son Manifeste pour une politique ambitieuse pour la jeunesse. Une telle convergence plaide donc pour, a minima, son expérimentation.

Par contre Terra Nova étonne lorsqu’il recommande – je cite – de « Mobiliser Pôle emploi dans l’accompagnement des jeunes. Pôle emploi pourrait se voir assigner des objectifs spécifiques pour les jeunes actifs : un objectif quantifié dans ses mises en relations avec les entreprises ; un objectif d’attribution de 40% des contrats aidés. Un référent « jeunes actifs » serait désigné sur chaque site, afin d’adapter l’accompagnement aux spécificités des débuts de la vie active. » Là, on se dit qu’un train est passé sans s’arrêter au siège de Terra Nova… car, depuis la loi de cohésion sociale de 2005 qui créa avec son article 13 un nouveau droit-créance à l’accompagnement pour tout jeune rencontrant des difficultés d’insertion professionnelle, la mise en œuvre de ce droit est confiée explicitement aux missions locales. Préconiser que Pôle emploi accompagne les jeunes est une triple erreur. Premièrement, comme indiqué, cet accompagnement est de la responsabilité des missions locales, réseau national de 500 structures qui, rappelons-le, accueillent annuellement 1,2 million de jeunes. Deuxièmement, à l’heure où Pôle emploi est « en charpy » avec des conseillers surchargés et 1800 d’entre eux remerciés, on peut s’interroger sur la capacité de cet opérateur qualifié étonnamment d’« unique » à assumer cette charge de travail supplémentaire. Troisièmement, l’accompagnement des jeunes dont une grande partie sont des primo-arrivants sur le marché du travail ne renvoie pas aux mêmes compétences que la mise en relation « offres – demandes » de Pôle emploi : l’accompagnement est nécessairement holistique, systémique, c’est à dire professionnel et social… ce que les missions locales savent faire, pas les agents de Pôle emploi. Quant aux « objectifs quantifiés de mises en relation avec les entreprises » ou à celui « d’attribution de 40% des contrats aidés », voilà des items guère nouveaux puisqu’ils sont négociés entre les missions locales et l’Etat dans le cadre de « conventions pluriannuelles d’objectifs ».

Qui a dit que les missions locales avaient un problème d’image ? A Terra Nova de publier un erratum… et aux missions locales de porter haut et fort leur identité.

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    Difficile combat que celui de l’image, mais essentiel aujourd’hui…
    Il ne sera gagné que lorsque trois conditions seront réunies :
    1- que les missions locales arrivent à se faire une place au sein des cabinets, même réduits, des Minsitres qui les concernent (« Travail, Emploi et Santé », « Apprentissage et Formation professionnelle », « Education nationale, Jeunesse et Vie associative ») en copiant ce que fait si bien notre Partenaire…
    2- qu’elles arrivent à faire comprendre que le simple maintien des moyens conduit quand même à une réduction des possibilités d’action et à un risque d’enkylosement des structures en ne permettant pas d’évolutions professionnelles;
    3- que le rapport annuel d’activité devienne un rapport sur l’évolution de la situation des jeunes qui ait la même audience que ceux fournis sur la pauvreté par les Secours catholique ou populaire…
    Bien évidement, ce nombre de conditions égal à trois n’a rien à voir avec le Mythe du cheval de Troie ou avec ces programmes informatiques malveillants…

  2. frdijon dit :

    En effet, cette invisibilité propre au réseau devient désespérante. Tous les articles parus récemment sur le chômage des jeunes ou le financement des politiques de l’emploi, au plan national, ont occulté l’activité du réseau (y compris lorqu’ils évoquaient la diminution des effectifs de Pôle Emploi, alors qu’il en sera de même pour les Missions Locales en 2011). C’est, naturellment, décourageant pour les personnels pour lesquels c’est un signe particulièrement négatif de désintéret. Je partage les commentaires de mon collègue de Beaune, en ajoutant que pour redorer l’image du réseau (ou, pour le moins, la propager), l’organisation de la gouvernance actuelle doit évoluer considérablement, et les moyens (y compris financiers) nécessaires à la communication être à la hauteur des enjeux.

  3. pioupiou44 dit :

    Personnellement, je ne comprends pas pourquoi notre réseau est si frileux en communication.
    Nous avons plein de professionnels motivés, militants. Nous travaillons avec des jeunes tous les jours qui eux aussi sont plein de compétences, d’envies (rappelez-vous les journées de Tours : « les jeunes n’ont pas tous un projet mais tous ont des rêves ! »).

    Et nous en restons à des initiatives individuelles ou locales en terme de com’.
    Je ne comprends pas !
    Où sont passés notre DEVOIR d’innovation, notre capacité à bousculer les idées reçues ?

    Idée : faudra-t-il lancer une association nationale des pioupiou communicants pour remuer le réseau ?
    Si oui, allons-y maintenant !!!

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