Enfin, c’est une opinion.

Publié: septembre 24, 2010 dans Insertion/missions locales

La citation du jour.

« Les identités sont des sources de sens pour les acteurs eux-mêmes et par eux-mêmes, elles sont construites par « personnalisation ». Même si elles peuvent provenir des institutions dominantes, elles ne deviennent des identités que lorsque (et si) des acteurs sociaux les intériorisent et construisent leur propre sens autour de cette intériorisation. » Manuel Castells, Le pouvoir de l’identité. L’ère de l’information (vol. 2, 1999, Fayard, p. 17).

Opiniâtre opinion : pour Parcours 3.

Une contribution de Pierre faisant suite à celle de François, «  Sentinelle » dans l’article « Un jour… parmi d’autres ». Attention ! Comme d’habitude, c’est le style de Pierre aussi inimitable que, sans aucune condescendance, parfois difficile à suivre en ouvrant le tiroir du tiroir du tiroir du buffet gigogne… Ceci étant dit, c’est démonstratif et convainquant. Enfin, c’est une opinion.

Pierre. « Des parcours sans Parcours et des insertions sans connexion. »

Comme c’est facile, je vais me laisser tenter par Esope et dire que P 3 est « la meilleure et la pire des choses ». Oui, je sais comparer P3 à une langue reste osé, mais on parle bien de langage informatique.

Alors comme ça et pour François, « S’il y a bien un outil florissant qui ne sert ni à évaluer les parcours des jeunes, ni d’aide à la décision pour les conseillers, ni de performance dans les pratiques d’accompagnement, c’est bien le logiciel phare des Misions Locales « Parcours ». C’est un outil de gestion qui ne sert qu’à justifier des crédits alloués au regard des flux de jeunes accueillis. » ! La messe est dite et, donc, mon serment et le style qu’il faut parfois suivre, comme le dirait de manière quelque peu condescendante le propriétaire des lieux, ne vont certainement servir qu’à m’auto-persuader du bienfondé d’un tel outil et peuvent être ramenés dans le pré quelques utilisateurs égarés.

Trois exemples et un enterrement.

Once upon a time in the South : 3 parcours de jeunes, Pierre, Paul et Marc, accompagnés par une ML. Le premier écrit aux plus hautes sphères de l’Etat pour se plaindre du manque de professionnalisme de l’équipe de la ML qui « ne fait rien pour lui ». Et, de Matignon au sous préfet d’arrondissement en passant par notre ministre de tutelle et le député maire de la circonscription, il nous est demandé de détailler les actions que nous avons mises en place pour amener ce jeune à une « insertion durable ». Cliquez n’est pas jouer : en quatre ans d’accompagnement, 71 actualités (contacts avec le jeune par courrier par téléphone ou de visu), 33 entretiens et 18 mises en relations vers une solution d’insertion (formation, contrat en alternance, contrat aidé). Je laisse au lecteur cauteleux le classement de ce cas dans les trois catégories de François : évaluer les parcours des jeunes, aider à la décision pour les conseillers, performer dans les pratiques d’accompagnement…

Le second, celui de Marc, ni saint ni évangéliste, juste jeune catégorisé « demandeur d’emploi non inscrit » qui en plus d’être demandeur est aussi rechercheur emploi. Nous sommes contacté par un employeur lui aussi rechercheur d’un jeune avec expérience avérée, avec une formation de boulanger et titulaire d’une attestation de « Premiers secours en équipe niveau 1 » et, cerise sur le gâteau, habitant chez ses parents et dont les parents pouvaient se porter garants. Une classique des employeurs friands de «  cabris à trois oreilles », déclinaison insulaire du mouton cinq pattes continental {PL : Pierre marche la tête en bas, sur un caillou surnageant de l’Océan indien dans l’hémisphère sud ; d’où les cabris}. Je vous passe la procédure de recherche liée à notre « SI », mais sachez que nous avons pu mettre Marc et relation avec l’employeur.

Le dernier, enfant de la DRASS placé en foyer, avec le parcours que l’on imagine et qui se retrouve accompagné par la ML dès ses 16 ans. A 19 ans, il met fin à ses souffrances. Une enquête est ouverte par la même DRASS pour chercher le chainon qui a fait que ce jeune soit passé à l’acte. Arrive le tour de la ML. En fouillant dans notre « système d’information », nous retrouvons que pour ce jeune, nous lui avons « prodigué » à quatre reprises ces derniers mois une « proposition » – désolé, c’est le langage P3 – ou encore pire et plus commercialement appelée « offre de services » intitulée « Écoute active ». Derrière ce vernaculaire de Parcours 3 se cache un service dispensé par un professionnel de l’insertion et défini comme tel : « Posture professionnelle adoptée par un conseiller quand un jeune débordé par une situation complexe et/ou un isolement social, vient rencontrer son conseiller pour rompre son isolement et pour parler. Technique d’entretien basée sur l’écoute, la relation d’aide et l’empathie ».

Ces trois cas sont certainement trouvables dans toutes les bases de données des ML de France et de Bretagne et ils donnent corps et vie à Parcours 3.

Reste maintenant le coté obscur de la force aux mains de certains Palpatine qu’ils soient directeurs du travail ou de mission locale ou d’autres Dark Vador qui ne veulent pas qu’une seule tête dépasse et qui veulent transformer les missions locales en mission régionale. Ce n’est pas contre Parcours 3 qu’il faut se battre mais contre sa gouvernance. Régionaliser ou, pire, nationaliser Parcours 3 c’est vouloir faire une flammenküche basque, une bouillabaisse bourguignonne, un aligot normand ou un carry breton. Les utilisateurs de Parcours 3 doivent être les artificiers de l’évolution de ce logiciel et non les cibles… le cas échéant Parcours 3 mutera en DUO 3 (logiciel de Paul emploi) ! »

P.L. Il est des jours bleus et heureux (« bleureux » ?) où le seul effort pour ce blog est d’inclure le travail des autres. Tout compte fait, le bébé du capitalisme n’est pas à jeter avec l’eau du bain du néolibéralisme : faire travailler les autres, c’est finalement la recette du bonheur. Enfin, c’est une opinion.

Protocole. Ouf !

Le rapport de l’IGF (1), d’une certaine façon, tombe bien : comment diminuer les subventions – cf. la note d’orientation budgétaire 2010-2012 – à des structures créditées pour leur action et, encore plus, pour leur efficience ? Aux dernières nouvelles, entre le réseau Candide et l’Etat Cunégonde, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » et l’on ne parle plus des sujets qui fâchent. Formulé autrement, pas de diminution des subventions pour le financement de l’activité principale. Et, donc, les signatures des collectivités au bas du Protocole à J – 5 jours, week-end inclus. Ouf ! (2)

Bon, il n’est pas certain que, pour le CNML et au regard des problèmes de « gouvernance », ce rapport soit exactement ce qui était souhaité. Par contre, l’UNML est créditée avec cette préconisation « d’une meilleure représentativité des missions locales » au CNML, les présidents étant « nommés pour moitié par décret et pour l’autre moitié par ou au titre de l’UNML. » Reste toutefois que l’UNML est jugée « peu claire » : des marges de progrès donc… et l’on voit assez aisément où elles pourraient commencer à être conquises. Sans trop de difficulté. Enfin, c’est une opinion.

Concours.

On se souvient que, dans ce même rapport de l’IGF, il est proposé d’étudier le changement de nom des missions locales. Ca n’a évidemment pas tardé : une première contribution de Denis : « On peut lancer un concours pour le futur nom des missions locales ! Chouette ! Non, chouette n’est pas le nom que je propose… Voici mes propositions :

– Bienvenue à pioupiouland  (ça, c’est uniquement pour faire plaisir à Philippe)

– Djeun’s-namik  (pour faire dynamique …)

– Emplois Jeunes (pour les souvenirs !) (3)

– Pôle Jeunes Emploi (non, je ne l’ai pas écrit, on m’a forcé, je vous le jure !!!) »

On lance un concours ? Personnellement, la nécessité d’un nom commun ne me semble pas ou en tout cas moins s’imposer dès lors que chaque structure est identifiée avec un même visuel. Ainsi, par exemple, Innovam – dont il a été question ici avec la publication de leur chouette Ca se passe près de chez vous – c’est bien, d’autant plus que cela rappelle ce « devoir » d’innovation quelque peu (dé)laissé de côté, entre l’enclume des CIVIS et le marteau des PPAE, dans beaucoup de missions locales. Enfin, c’est une opinion.

(1) Dès sa publication, commentaire à deux voix avec l’ami Michel (Abhervé). C’est co-décidé.

(2) Analyse et commentaire sous peu, une huitaine. Starting block.

(3) Pour le souvenir également, Espace Jeunes…

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commentaires
  1. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Sur Parcours 3 :
    Oui la pire et la meilleure des choses. c’était déjà le titre d’un article paru il y a 4 ou 5 ans dans une des publications de la CGT ML/PAIO.
    Réponse à Pierre au sujet de ces 3 exemples. Cela signifierait-il que le conseiller ne laisse de traces que sur parcours 3 ? Je sais qu’il y a des ML qui impose le « zéro dossier papier »…
    Dans l’exemple cité, je ne vois pas ce qui aurait pu empêcher un conseiller d’arriver aux mêmes constats en terme de propositions et de RDV en consultant son « dossier papier »
    Pour ce qui me concerne, je reçois le jeune en prenant des notes devant lui sur du papier …et je saisis sur P3 en fin de matinée ou d’après midi. Je lui fait face constamment.
    Cela mériterait une enquête auprès des jeunes : Préfèrent-ils un conseiller qui saisit devant eux sur un écran P3 ? ou bien un conseiller qui note sur un dossier, qui écrit ?
    Pour ce qui me concerne, je n’apprécie pas que mon médecin ne regarde que son écran lors d’une visite.

    Sur le rapport de l’IGF et les ratios d’accès à l’emploi :
    J’aimerais rappeler que tous les jeunes qui fréquentent les Missions Locales, ne viennent pas avec comme demande « l’emploi », ou la « formation » d’ailleurs.
    Pour être pertinent, il faudrait que le taux d’accès à l’emploi soit mesuré sur les jeunes dont c’est le souhait premier.
    Je ne sais pas si le rapport IGF se fonde sur les chiffres « CIVIS », et sur les pourcentages à la sortie du dispositif ?
    Enfin, je rappelle que dans le cadre de la Loi sur l’orientation et la formation professionnelle, article 37, au sujet des ML « la qualité de l’accueil, de l’information, de l’orientation et de l’accompagnement qu’elles procurent aux jeunes sont évalués », et ce, en plus des résultats.

    Sur le CNML et la présence en tant que telle de l’UNML :
    Si place est faite à l’UNML, en tant que syndicat patronal, alors quelle place sera t-elle proposée aux organisations syndicales de salariés ?

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