Restaurer la confiance : l’enjeu de la citoyenneté

Publié: juillet 17, 2010 dans Non classé


L’AEF (Agence emploi formation) titre une dépêche du vendredi 16 juillet « Financement des politiques de l’emploi : la CFDT et la CGT dénoncent les « coupes » budgétaires prévues par le gouvernement ».

Le point de départ est toujours ce même document d’orientation budgétaire de l’État pour la période 2011-2013 (Note Budget Etat 2011-13), sur lequel Jean-Patrick Gille s’est exprimé (1), qui prévoit notamment des « gains de productivité importants » dans les structures du SPE (Pôle emploi, missions locales, opérateurs privés de placement…) qui s’ajouteront à « la suppression des moyens exceptionnels dont les dispositifs de la politique de l’emploi et de la formation ont bénéficié dans le cadre du plan de relance ».

Hache

« Ce n’est pas à coups de rabot, mais à coups de hache, que le gouvernement taille dans les budgets utiles au développement économique, à l’emploi et à la formation professionnelle », estime la CGT dans un communiqué, vendredi 16 juillet 2010. Cette rencontre a essentiellement été consacrée à la question de la ponction du FPSPP (Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels), prévue dans le budget 2011-2013 de l’État et vivement contestée par l’ensemble des partenaires sociaux. Elle a également permis d’aborder les mesures budgétaires annoncées par le gouvernement en matière d’emploi. « La réduction de la dette publique ne peut se faire sur le dos de l’emploi… qui lui-même est un élément essentiel de la réduction des déficits publics », s’inquiète dans un communiqué Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT. Il demande au gouvernement de « renoncer à ses projets de coupes sombres sur les politiques de l’emploi ».

« Les restrictions budgétaires annoncées pour le service public de l’emploi (Pôle emploi, missions locales, maisons de l’emploi…) se traduiront par une nouvelle dégradation du service rendu aux demandeurs d’emploi, et notamment aux jeunes », estime la CFDT, qui juge également « irresponsable » l’arrêt des mesures sur l’emploi du plan de relance alors que « les effets de la crise sur l’emploi se prolongeront en 2011 et au-delà ».
Par ailleurs, la baisse du nombre de contrats aidés, réduits de 400 000 à 340 000 en 2011, ainsi que la réduction du subventionnement par l’État, dont la participation aux salaires sera ramenée de 90 % à 80 %, « va pénaliser les chômeurs les plus éloignés de l’emploi », déplore la CFDT.

La CGT rappelle que les 1 000 CDD recrutés en renfort par Pôle emploi en 2010 ne seront pas reconduits, alors que « le chômage augmente, les conditions d’emploi se dégradent, et les services publics sont affaiblis ». La confédération juge trop « optimistes » les prévisions du gouvernement sur l’évolution de l’emploi en 2011 et propose « la suppression des exonérations concernant les heures supplémentaires, ainsi que les charges patronales » qui apporteraient un « supplément financier non négligeable », pour financer les politiques de l’emploi.

Confiance ?

« En qui peut-on avoir confiance ? » est la question posée par Dominique Schnapper qui signe une page entière dans Le Monde de jeudi 15 juillet. Dominique Schnapper est une « grande » sociologue, auteure de plusieurs ouvrages particulièrement éclairants sur la citoyenneté : La communauté des citoyens (1994, Gallimard), Qu’est-ce que la citoyenneté ? (2004, Gallimard), La démocratie providentielle (2002, Gallimard)… Dans cet article, elle pose donc la question de la confiance, rappelant que « la démocratie, comme l’économie de marché, repose sur la confiance… », et constatant un paradoxe de la modernité : « … nous dépendons plus que jamais étroitement des autres {…} alors que nous ne cessons d’affirmer notre irréductible individualité et notre droit à l’autonomie intellectuelle. » Cette femme qui fût membre du Conseil constitutionnel de 2001 à cette année note que, si « la transparence de la vie publique est une exigence démocratique… {elle} a son effet pervers, elle a affaibli le caractère sacré du pouvoir qu’entretenait le secret qui entourait le monarque. La transparence, qu’il s’agisse des politiques ou même des grands entrepreneurs ou des grands commis de l’Etat, nourrit plus la méfiance que la confiance », ajoutant – on sent le vécu d’une proximité – « Tous les êtres humains sont faillibles. Il n’est pas sûr qu’en les connaissant mieux on leur fasse une plus grande confiance. »

Faire progresser la compétence démocratique…

Cette contradiction entre une nécessaire confiance et « une société de défiance généralisée » apparaît évident avec Woerth-Bettencourt (politique-argent, intérêt général/intérêt privé) qui n’est pas le feuilleton de l’été mais une crise politique majeure sur fond, comme l’écrivait Ruwen Ogien, de panique morale, (2004, Grasset). Sauf à laisser filer avec l’improbable pari que tout s’éteindra et tout reprendra de plus belle, dès lors que le projet d’une mission locale est bien celui d’une « insersocialisation » (2) l’effort doit porter sur la citoyenneté qui, mettant en place les conditions de l’expression et du débat des jeunes avec les adultes dans les structures, réinsuffle par le dialogue de la confiance. Ceci ne coûte rien ou presque. Ceci constitue tant pour les jeunes que pour les professionnels un désenclavement du strict domaine de l’insertion professionnelle… oui, une réelle expertise à ne pas brader mais dont précisément cette caractéristique appelle corollairement le dialogue : plus l’expertise est affirmée, plus le risque est celui du monologue puisque le langage se spécialise et ne devient compréhensible et communiquant que pour les autres experts du même champ (3). « La société démocratique n’ignore pas les conflits et les rivalités, mieux, elle reconnaît qu’ils sont partie prenante de l’ordre légitime (…} et s’efforce de les gérer conformément aux règles communes. » (4) On verra si le prochain protocole choisit le mode « plan-plan » et « copier-coller » (5) de celui de 2005 ou si, face aux enjeux de transmission intergénérationnelle des fondements sociétaux, il parviendra à ne pas se cantonner pas au simple technique qui est une façon d’évacuer le politique : « Plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique régresse. » (6) Pour plusieurs, sans doute, cette ambition paraitra déconnectée des réalités, des alliances à nouer, des intérêts à défendre, des pré-carrés à baliser… peut-être de belles idées mais si éloignées du terrain ! Ce serait oublier que l’efficacité – que ces mêmes personnes prônent jusqu’à confondre une culture du résultat avec une obligation de résultats – est déterminée par le sens qu’individuellement et collectivement l’on trouve ou non dans l’exercice de son métier, qu’en amont du professionnalisme il y a la professionnalité, qu’il n’y a pire facteur d’inefficacité que l’instrumentalisation, que si le langage de la morale et du contrôle a été remplacé dans le social par celui du contrat et du projet (7), encore faut-il que les conditions contractuelles soient respectées et que le projet ne soit pas un fard sémantique de ce qui n’est qu’un programme.

A suivre donc…

(1) Sur ce blog, « Remettre en cause le financement des missions locales est une lourde erreur sociale, politique et économique… », 13 juillet 2010.

(2) Contraction pour l’occasion d’insertion et de socialisation.

(3) Ceci n’est pas contradictoire avec la nécessité de constituer, confirmer et communiquer des expertises en mission locale. Celles-ci répondent à la complexité croissante des problématiques, à l’impossibilité de savoir tout ou du moins suffisamment sur tout qu’appelle l’approche globale, à la crédibilité de la mission locale qui participe à des dynamiques partenariales avec des professionnels experts de leurs domaines. Cependant, plus on développe des expertises, par définition sériées, plus doivent être instaurés et renforcés des espaces de transversalité, de communication : l’organisation apprenante est matricielle, croisant verticalité et horizontalité, favorisant la migration des concepts, développant une intelligence partagée.

(4) Dominique Schnapper, Qu’est-ce que la citoyenneté ? 2000, Gallimard, p. 303.

(5) « Copier-Coller » par rapport à celui de 2000. J’en profite pour préciser que, dans ces deux protocoles et parmi les partenaires cités, la DRDFE et les chargées départementales, ainsi que les CIDF n’apparaissent pas. Oubli ?

(6) Edgar Morin, La tête bien faite. Repenser la réforme. Réformer la pensée, 1999, Seuil, p. 20.

(7) François Dubet, Le déclin de l’institution, 2002, Seuil, p. 345.

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