Orientation spécialisée ou systémique ?

Publié: juillet 16, 2010 dans Non classé

Voici deux contributions, l’une et l’autre de directeurs de missions locales. Elles sont, mappy (birthday) sous les yeux, distantes de 518 kms. Elles sont également quelque peu divergentes, une euphémisation, quant à la conception générale de ce que pourraient être demain ou après-demain les missions locales. Du grain à moudre pour le futur protocole et/ou les journées nationales des missions locales à l’automne ?

STOP ou SPOT…

Régis. « On peut dire STOP ou SPOT : service public d’orientation territorialisé où les missions locales doivent prendre une place importante…

STOP OU ENCORE… : des champs s’ouvrent, avec outre l’orientation professionnelle, l’accompagnement dans l’emploi et la lutte contre le décrochage scolaire, le service civique volontaire, le permis à 1 €, le micro-crédit personnel… c’est à l’aune de ce paysage élargi que les ML doivent s’entendre pour demander un financement à la hauteur de la quantité et de la qualité du travail fourni.

A approche globale, financement sérié : en étant trop dépendant du BOP 102 et donc de l’accès à l’emploi, l’étouffement est assuré surtout avec la place prise par Pôle emploi et les perspectives annoncées par le rapport Van Lerberghe…(1)

STOP car l’heure des vacances sonne… »

P.L. Jean qui rit (perspective des vacances ?) et Jean qui pleure (« étouffement ») ? « Des champs s’ouvr(irai)ent » avec, comme l’indique Régis, plusieurs actions… qui interrogent. Car, si d’un côté, on est face à une thématique qui peut constituer en elle-même un vrai domaine, l’orientation, et avec elle la prévention du décrochage scolaire, de l’autre on est plutôt sur une compilation d’actions (la compil’ de l’été ?) – le permis à 1 €, le micro-crédit, le service civique… – sans guère d’unité sinon un chapeau qu’à défaut de plus de précision on identifie comme « le social ». Or, si l’orientation est une mission explicitée dans tous les textes définissant ce que doivent faire les missions locales (la Charte de 1990, les deux protocoles, les circulaires DGEFP n°2004/024 du 18 août 2004 et n° 2007-26 du 12 octobre 2007 ), force est de constater qu’elle est loin d’être univoque, comme jambon coincé en sandwich entre les deux tranches de « l’information » et de « l’accompagnement » dans l’acronyme « AIOA »… désormais plus guttural, « RAIOA » (repérage, accueil, information, orientation, accompagnement). Orientation synonyme de pré-projet d’insertion professionnelle et sociale et/ou orientation vers d’autres services ou structures spécialisées ? (2) Logiquement et d’ailleurs intelligemment, le rapport Van Lerberghe reconfigure le partenariat de Pôle emploi à partir du territoire et de… (charité bien ordonnée) Pôle emploi, évidemment en plaçant celui-ci au centre d’un noyau réticulaire – non, il n’est pas écrit « tentaculaire » – dont les ramifications occupent tout le champ, en amont et en aval, au cœur et en périphérie, de l’emploi et de l’insertion. Y compris pour une orientation menottée comme on l’apprend dans le Canard enchaîné de cette semaine…

A cette occupation du terrain (sinon de bonne guerre, du moins logiquement anthropocentrée), s’ajoute le constat récurrent d’un déficit d’efficacité de l’orientation. Ainsi une étude publiée par l’Association des Régions de France, Entre ardente obligation et mission impossible, considère que l’AIO (accueil, information, orientation) est « traitée de manière paradoxale : elle est d’une part, relativement peu présente dans les PRDF et, d’autre part, elle fait l’objet d’un très large consensus sur la nécessité d’agir fortement dans ce domaine. Cela s’explique probablement par l’éparpillement des acteurs et la confusion des responsabilités de chacun. Ce consensus s’appuie sur le constat partagé d’une double carence : l’absence de réelle coordination au plan régional de l’AIO et l’absence quasi totale d’offre d’AIO pour les salariés. Parfois, s’ajoute une carence qualitative dans l’offre d’AIO en direction des jeunes et des demandeurs d’emploi. » (p. 107).

Régis le souligne, les missions locales doivent prendre une place importante dans ce Service public d’orientation territorialisé… c’est en tout cas ce qui apparaissait dans le Livre Vert où il est également écrit (proposition n° 19) « Ne pas faire des missions locales un simple auxiliaire de Pôle emploi » (p. 46).

Violons…

Il reste, semble-t-il, à accorder quelques violons tant d’un point de vue structurel et institutionnel (3) qu’à celui des pratiques. En tout cas, si le permis à 1 €, le micro-crédit, etc. représentent des fenêtres de désenclavement du BOP 102 (4), l’orientation justifierait qu’une « doctrine » stabilisée soit conçue, diffusée et partagée. Cette doctrine ne peut simplement être énoncée sauf à être purement intentionnelle, sinon incantatoire, mais elle doit apporter des éléments probants, c’est-à-dire des garanties de professionnalisme : en face (à Pôle emploi), il y a quand même quelques centaines de psychologues transfuges de l’AFPA… Les missions locales en ont-elles les moyens ? A cette question, il me semble qu’on ne peut répondre sans se déterminer sur l’une ou l’autre des conceptions de ce que doit être l’orientation. La première conception est celle d’une « orientation en soi », certes complémentaire des autres parties d’un champ, celui du parcours d’insertion professionnelle et sociale, mais devant être traitée spécifiquement avec des outils tout aussi spécifiques. La seconde conception est celle d’une « orientation systémique », indissociable du processus général qu’est l’insertion professionnelle et sociale. La conception « en soi » appelle une division du travail et des professionnels – experts outillés si ce n’est accrédités ; la conception « systémique » appelle une continuité du travail par les mêmes professionnels que ceux qui sont en responsabilité des parcours (« référents »). Entre ces deux approches, un critère discriminant : le temps. Car soit l’orientation intervient ponctuellement (un ou deux rendez-vous), soit elle est intégrée dans le parcours… ce qui, d’ailleurs, n’exclut pas des situations plus pointues recourant à des professionnels de structures spécialisées (CIBC, psychologues du travail, etc.).

Un grand service public de la jeunesse…

David. « D’accord avec Richard {en fait, Régis – 5), je l’ai d’ailleurs déjà soutenu sur ce blog pour sortir urgemment les ML du Service Public de l’Emploi de plus en plus assimilable au trou noir qu’est Pôle emploi ! Nous ne réussirons jamais l’alchimie permettant de multiplier les sorties en emploi durable quand le chômage explose pas plus que notre ministre du budget ne peut transformer le plomb en or (encore que… tout dépend avec qui…) ou le ministre de l’industrie être évalué à l’aune du nombre de tonnes d’acier mou produites par nos usines… J’adhère un peu moins vite à l’éventail de diversifications proposées rapidement par Richard {Régis} comme des alternatives, mais il y aurait beaucoup à dire sur chacune d’entre elles ! Ce qui nous fonde et ceux qui nous reconnaissent sont les jeunes ! Pourquoi pas un grand service public de la jeunesse dont nous serions l’un des pivots sur la dimension adulte et insertion, complémentairement à l’appareil éducatif sur les questions de l’orientation et du décrochage par exemple ? »

Be-bop (102)-a-Lula

PL. Malgré l’accord introductif avec Régis, c’est d’une toute autre position qu’il s’agit hormis un point commun, le désenclavement du strict champ de l’insertion professionnelle, qu’il s’agisse du SPE ou du BOP 102 (6)… Ecart également en ce qui concerne ces actions – « paysage élargi » pour un Régis plutôt appétent, « éventail de diversifications » pour un David plutôt circonspect – et l’orientation, ici confiée au système de formation initiale. Quant au « grand service public de la jeunesse » qui renoue avec la philosophie originelle des missions locales en constatant que, désormais, l’insertion est devenue une phase de transition quasi-généralisée à l’ensemble de la jeunesse, pourquoi pas ? Ce qui est certain c’est que cette configuration, radicalement nouvelle, déplacerait le périmètre des actions et des partenaires : de Pôle emploi à l’éducation populaire ou permanente… C’est Bertrand qui serait content !

D’un autre côté, il faut reconnaître que, sur bien des terrains, des missions locales parviennent à s’en sortir grâce à l’Etat – sans même tenir compte de la (relative) manne de cette année – et que sortir du SPE présente un risque : lorsqu’on voit les tensions qui s’exercent dans le secteur social, autant le concept de « grand service public de la jeunesse » est séduisant, autant on peut craindre que, sous l’effet du présentéisme, l’utilité immédiate, traduite malheureusement d’un point de vue purement statistique et strictement dans le champ de l’emploi, ne sauterait plus aux yeux et secondariserait le financement des missions locales. Un paradoxe vécu par les missions locales est que leur expertise se situe dans l’insertion professionnelle, qu’elles sont subséquemment subventionnées prioritairement sur cet axe, mais qu’elles persistent (avec raison) à l’inclure dans une approche globale… dont on peut se demander si, à part elles et une fois élaguées les belles déclarations d’intention, d’autres y tiennent. Il faudrait donc, hypothèse, maintenir/consolider/communiquer cette expertise d’insertion professionnelle mais progressivement se rapprocher des secteurs constitutifs de ce champ de la ou des jeunesses. Lorsque j’avance une définition de l’insertion comme processus visant l’intégration qui, elle-même, met en jeu le Sujet et son accomplissement (individuation), l’Acteur et son altérité (sociabilité), le Citoyen et son émancipation (citoyenneté), enfin le Producteur et son autosubsistance (économie), il n’y a pas d’autre dessein que de rétablir une interdépendance entre ces quatre personnages qui, se combinant, constituent l’originalité de chaque individu aujourd’hui morcellé ou même « en miettes ». Et, ainsi, de rechercher des complémentarités avec les différentes ramifications du social et de l’économique.

C’est dit… et il y a à redire. Ce n’est qu’un début.

(1) C’est le rapport pour une dynamique… de la commission présidée par Rose-Marie Van Lerberghe, Pôle emploi, avril 2010. Cette commission composée majoritairement de personnels de Pôle emploi s’est interrogée sur le partenariat et, en ce qui concerne les missions locales, on lira plus particulièrement les propositions 8 et 9 (p. 35) : « Proposition 8 : Pôle emploi pourrait s’appuyer sur son partenariat avec les Missions locales pour travailler plus systématiquement avec les administrations (protection judiciaire de la jeunesse) et associations (prévention spécialisée) qui s’adressent aux jeunes, de façon à faciliter le relais ou la coordination entre ces services spécialisés et Pôle emploi. Plus largement travailler en réseau y compris avec l’Education nationale est un levier pour construire une dynamique territoriale et pluridisciplinaire d’accompagnement des jeunes. » ; « Proposition 9 : Pôle emploi pourrait participer aux expérimentations visant à repérer et suivre les jeunes « décrocheurs » sortis (ou en passe de sortir) prématurément du système éducatif sans diplôme. L’objectif d’une telle démarche n’est pas de ramener systématiquement les « décrocheurs » vers le système scolaire, mais de les aider à construire un projet professionnel, en ayant notamment recours à l’alternance. Ces expérimentations doivent permettre de développer et formaliser des collaborations opérationnelles avec les structures susceptibles de repérer et mobiliser les jeunes les plus éloignés des dispositifs, telles que l’Education nationale, les travailleurs sociaux, les équipes de prévention spécialisée, les antennes jeunes, les centres sociaux, les MJC, les services départementaux de l’action sociale de l’enfance et de la santé, etc. Cela pourrait notamment impliquer le transfert des données de l’Education nationale vers Pôle emploi pour nouer le contact avec les jeunes. » Je ne sais pas mais j’ai comme un doute : les agents de Pôle emploi en « collaboration opérationnelle » (sic) avec les éducs de rue, avec les animateurs des centres sociaux ou des MJC ? Déjà, avec leurs petits copains des Assedic, une acculturation, mais alors là, pour une fois, je me sens comme une méduse sur le sable : deux acculturations synchrones ?

(2) Dans la circulaire du 18 août 2004 les tâches de l’orientation sont définies comme « Conduire des entretiens par des conseillers formés pour réaliser un diagnostic formalisé pour chaque jeune ; Conseiller et aider le jeune à effectuer des choix et à prendre des décisions, afin de construire avec lui son parcours d’insertion professionnelle ; Favoriser la connaissance du milieu du travail en organisant des rencontres, des débats avec des employeurs et des salariés, des visites d’entreprises ; Mener des opérations en faveur de l’élargissement des choix professionnels pour les femmes ; Valoriser l’alternance et notamment l’apprentissage et ses dispositifs d’accès ; Prescrire si nécessaire un bilan de compétences ou une prestation adaptée en cohérence avec le parcours du jeune et en étroite liaison avec les prestataires et partenaires. »

(3) Sur son blog Informer autrement et au moment de la publication du Livre vert, Christian Bensi interrogeait « Si les missions locales sont citées à plusieurs reprises dans la partie « Service public de l’orientation territorialisée », elles le sont davantage encore dans la partie « Ne laisser aucun jeune à l’abandon. » Dans ce chapitre, les missions locales ont pour mission d’assurer « la coordination d’ensemble des réponses apportées aux jeunes » au point de reprendre sur certains territoires, les interventions de la Mission générale d’insertion. La Mission locale devient l’interlocuteur principal et le coordonnateur unique des actions menées en direction de tous les jeunes qui sont éloignés de l’emploi et faiblement qualifiés. Dans cette partie, la proposition n° 18 envisage même la possibilité de développer « l’activité d’orientation des missions locales et le cas échéant le rapprochement avec les CIO. » De quel rapprochement s’agit-il puisque ces structures seraient déjà « rapprochées » au sein du SPOT ? Ou alors s’agit-il là d’une fusion qui ne dit pas son nom ? » Régis répond : «Des missions locales ont d’ores et déjà des réponses très organisées en termes d’orientation avec des prestations et outils spécifiques et des professionnels spécialisés (notamment psychologues du travail). Travaillant sur la sécurisation des parcours en alternance, il apparaît très vite que la construction du projet professionnel s’est largement limitée à la recherche d’une entreprise d’accueil, d’où la fragilité des situations. En complémentarité avec les autres acteurs, dont l’Education nationale, une offre de service territorialisée doit être mise en place pour que chaque jeune, chaque adulte trouve la réponse à ses besoins. »

(4) Budget opérationnel de programme « accès et retour à l’emploi ».

(5) Régis, guilleret et boute-en-train (toujours la perspective du maillot de bain ?), répond dans une seconde contribution : « Je ne suis pas trésorier, donc pas richard. » David, tout aussi impétrant pour animer les kermesses, lui répond : « Mes excuses à Régis pour le richard… ce qui ne l’empêche il me semble d’avoir du coeur (de lion) à l’ouvrage ! »

(6) Dans cette même seconde contribution, Régis ne s’oppose d’ailleurs pas à la logique d’une politique jeunesse : « Je ne parle pas d’alternatives, mais simplement d’axes de développement dans lesquels les missions locales ont une expertise et un savoir-faire, ont de nombreux éléments pour participer à des diagnostics territoriaux et à des plans d’actions concertées dans le cadre d’une véritable politique de la jeunesse et non d’une seule politique de l’emploi. Je n’oublierai pas dans ces perspectives l’accès aux sports et à la culture, éléments essentiels de construction de la personnalité… » Et il ajoute : « Un très bon travail a été élaboré dans le cadre du livre vert de la jeunesse par l’UNML, l’ANDML et les organisations syndicales… Dommage qu’il soit déjà rangé au rayon des bons souvenirs… Des travaux complémentaires auraient pu être engagés pour qu’à l’approche globale du jeune une approche globale en termes de politique de la jeunesse soit revendiquée. Les plans de relance et pour la jeunesse ont stoppé toute cette réflexion… avant d’être aussi stoppés. Le rouge est mis partout et même dans nos comptes très vite : c’est le temps des soldes, on brade tout… ! »

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