Remettre en cause le financement des missions locales est une lourde erreur sociale, politique et économique…

Publié: juillet 13, 2010 dans Non classé

Dans un entretien à l’AEF, Jean-Patrick Gille, président de l’UNML, intervient à propos du document d’orientation sur le budget pluriannuel de l’État sur la période 2011-2013 dont il est question depuis quelques jours à partir, entre autres, du « pour tirer toutes les conséquences de la création d’un opérateur unifié (Pôle emploi), la participation de l’État dans les missions locales et les maisons de l’emploi sera réduite » et des fameux « gains de productivité ». Je reproduis comme tel l’article d’AEF…

AEF. Jean-Patrick Gille considère que dans la période actuelle cette annonce est une « très mauvaise nouvelle » qui va à l’encontre de l’intérêt des jeunes. « Le gouvernement devrait continuer l’effort qui a été entamé et faire de l’emploi des jeunes une priorité nationale », considère-t-il. L’UNML propose par ailleurs « à l’ensemble des parties prenantes de réfléchir »« la situation de la jeunesse » en France à l’occasion des « premières journées nationales des missions locales », organisées à Tours les 28 et 29 octobre 2010. aux questions de financement et d’organisation du réseau des missions locales, et plus largement sur

AEF : « Que pensez-vous de l’annonce par l’État de la réduction de sa participation dans les missions locales et de la fin des mesures exceptionnelles instaurées dans le cadre du plan jeunes ? »

Jean-Patrick Gille : « C’est une très mauvaise nouvelle, d’autant plus que nous sortons d’une période au cours de laquelle le réseau des missions locales avait été renforcé. Autant il y a un an et demi – deux ans, nous pouvions craindre de voir les missions locales absorbées soit par les maisons de l’emploi soit par Pôle emploi, autant depuis les travaux de la commission Hirsch sur la Jeunesse nos structures ont gagné en reconnaissance de leur action. Depuis ces travaux, un vrai travail partenarial et de confiance avait été institué avec le gouvernement, notamment sur les questions de finances. L’annonce faite ces jours-ci et que nous venons de découvrir est une vraie douche froide qui s’ajoute à deux autres nouvelles déstabilisantes pour le réseau. D’une part, le gouvernement a demandé au CNML de convoquer à Bercy fin septembre une rencontre nationale au cours de laquelle doit être signé un protocole 2010 des missions locales dont personne ne connaît le contenu. D’autre part, nous avons appris il y a une dizaine de jours que les missions locales ne pourraient plus prescrire de CIE aux jeunes. »

AEF : « Que pensez-vous de l’annonce par le président de la République de sa volonté de voir tous les jeunes sortant du système éducatif sans qualification pris en charge et se voient proposer « soit une formation soit un emploi » ? »

Jean-Patrick Gille : « Je comprends d’autant plus mal l’annonce de restriction budgétaire alors que le chômage des jeunes ne recule pas et que le président de la République annonce, et je m’en félicite, qu’il faut prendre en charge les jeunes dès la sortie du système scolaire dans le cadre de ce qu’on appelle les plates-formes anti-décrocheurs, au sein desquelles les missions locales, en tant qu’acteur pivot de l’accompagnement des jeunes, seront largement sollicitées. »

AEF : « Considérez-vous que cette annonce sur les financements est une remise en cause du réseau des missions locales ? »

Jean-Patrick Gille : « Je pense que cette décision est liée au plan de rigueur plus qu’à une volonté de mettre à mal les missions locales. Le rapport de la mission d’audit de l’IGF (Inspection générale des finances) qui devait être rendu cette semaine s’annonçait positif, tant pour l’organisation du réseau que pour son efficacité dans l’accompagnement des jeunes. Dans le contexte actuel, je ne peux qu’espérer sa publication prochaine même s’il semblerait que la rédaction de la partie consacrée à la gouvernance du réseau pose problème. L’UNML propose à l’ensemble des parties prenantes de réfléchir sur ces sujets de financement et d’organisation ainsi que sur la situation de la jeunesse dans notre pays lors des premières journées nationales des missions locales que l’UNML organisera à Tours les 28 et 29 octobre 2010. »

AEF : « La réduction des financements des missions locales est aussi une invitation à améliorer l’organisation du réseau et l’efficacité de ses interventions… »

Jean-Patrick Gille : « Face à la crise, ce n’est pas ce qu’il faut faire. Il faut au contraire investir dans l’accompagnement en faveur de l’emploi des jeunes, d’autant plus que le réseau des missions locales a fait face à la crise et plutôt bien. Le gouvernement devrait continuer l’effort qui a été entamé et faire de l’emploi des jeunes une priorité nationale. Au lieu de cela, on va vivre un effet de « stop and go » terrible sur les contrats aidés et sur le financement des structures. Alors qu’un consensus était apparu sur l’urgence pour la jeunesse, la société est actuellement focalisée par le débat sur les retraites et en oublie les autres sujets. Or, si on améliorait sensiblement la question de l’emploi des jeunes, on améliorerait en même temps l’équilibre du régime de retraite. Remettre en cause le financement des missions locales est une lourde erreur sociale, politique et économique. De plus, il faut remettre les choses en perspectives. La dotation de l’État pour les missions locales se monte à 182 millions d’euros, soit l’équivalent de ce que l’État n’a pas versé à Pôle emploi (187 millions d’euros sur le 1,36 milliard d’euros annuel prévu).On peut dire que l’État a déjà économisé l’équivalent de la dotation des missions locales ! »

AEF : « Quels effets ces baisses de financement pourraient avoir sur l’activité des missions locales et sur l’accompagnement des jeunes ? »

Jean-Patrick Gille : « Les structures se sont montrées responsables et prudentes avec les fonds alloués dans le cadre du plan jeunes. Les recrutements ont été faits principalement en CDD, mais la fin prématurée de ces financements, si elle était confirmée, aurait un impact important sur l’emploi dans les missions locales. Si les effectifs des structures devaient être revus à la baisse, du fait du non renouvellement des CDD, c’est la question du portefeuille de jeunes suivis par les conseillers qui se poserait à nouveau et, par extension, celle de la qualité de l’accompagnement des jeunes. Je m’interroge aussi sur le maintien du financement de l’augmentation de l’allocation interstitielle qui peut être servie dans le cadre du Civis. »

AEF : « Concrètement, quels ont été les effets de la crise sur l’activité de missions locales  ? »

Jean-Patrick Gille : « Le nombre de premiers accueils dans les missions locales est en augmentation constante depuis septembre 2008. Depuis le début de la crise, ce sont 25 % à 30 % de premiers accueils en plus que nos équipes ont à gérer. De plus, le profil des jeunes accueillis en mission locale a évolué. Nous recevons aujourd’hui plus de jeunes diplômés et plus de jeunes ayant une expérience professionnelle que précédemment. »

AEF : « Les CPO, mises en oeuvre en 2008 pour contractualiser les relations entre l’État et les missions locales, arrivent dans leur période d’évaluation. Quel bilan tirez-vous de ce dispositif ? »

Jean-Patrick Gille : « Par leur pluriannualité, les CPO ont stabilisé les financements des missions locales et ont sauvé le réseau à la fin du plan Borloo, fin 2009. Concrètement, la CPO consacre le mandatement des missions locales par l’État et elle a permis d’organiser un réel dialogue de gestion. Dialogue de gestion rendu possible par l’organisation régionale du réseau. Toutefois, la CPO ne doit pas représenter une finalité pour les missions locales, qui les enfermerait dans une pure approche gestionnaire, elle n’est qu’un outil. Il faut qu’elles redéveloppent leur projet associatif en parallèle, de manière à reprendre l’initiative quant à leur politique, leurs missions et leurs objectifs sur leur territoire. »

AEF : « La CGT missions locales s’est récemment inquiétée du nombre grandissant de fusions de missions locales et de maisons de l’emploi. Quelle est la position de l’UNML sur le sujet ? »

Jean-Patrick Gille : « Là où les deux structures se sont développées, il est normal qu’elles travaillent ensemble, d’autant plus que les maisons de l’emploi ne doivent plus faire d’accompagnement. Mais il ne faut pas aller jusqu’à la fusion juridique qui représente clairement un risque financier pour ces structures. Les présidents (de mission locale et de maison de l’emploi) qui fusionnent leurs structures espèrent souvent cumuler les deux budgets en réalisant des économies d’échelle. Or, au final, ils risquent de perdre une partie des subventions de la mission locale. Il ne faut pas perdre de vue que les fonds alloués aux missions locales sont très précisément fléchés vers l’accompagnement des jeunes. Et si l’État a un doute sur l’utilisation réelle de cette subvention, il peut tout à fait la remettre en cause. Il ne s’agit toutefois pas pour l’UNML d’opposer les deux types de structures qui ont en commun de défendre l’efficacité de l’approche territoriale en matière de politique de l’emploi. L’UNML considère que des fusions juridiques sont inutiles et peuvent se révéler dangereuses du point de vue financier et veillera à ce que l’ensemble du territoire national soit couvert par des missions locales. »

C’est dit… Plutôt bien, non ?

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commentaires
  1. Thierry Picot dit :

    On va dire plutôt bien… Quoique, pour ce qui concerne ma région, j’ai un gros, gros doute sur le fait que la CPO ait permis « d’organiser un réel dialogue de gestion ».

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