Cuculus canorus picardem

Publié: juillet 6, 2010 dans Non classé

La démangeaison de l’écriture n’a pas tardé. Au hasard des voyages, voici une maison de l’emploi et de la formation (MEF) avec son dépliant au logo bien connu, la petite maison (dans la prairie) dans laquelle « tout le monde s’y retrouve »… On aimerait tant que, du côté des missions locales, la communication externe soit aussi harmonisée mais, bon, les plus belles causes sont aussi les plus désespérées. De la couverture de cette brochure, trois informations retiennent l’attention.

« Accueillir Informer Orienter Accompagner » est-il écrit… ce qui rappellera aux missions locales leur « AIOA » explicité dans la Charte de 1990, soit depuis deux décennies. Illustration de ce que j’avais appelé dans les monographies du rapport Anciaux le « syndrome du coucou ». Rappelons pour celles et ceux que la passion ornithologique ne mobilise pas outre mesure que le coucou (Cuculus canorus) est un volatile – qui ne doit pas être confondu avec le pioupiou (Missionem locus vulgaris) – dont la particularité est de nicher dans le nid des autres. « Certaines espèces déposent leurs œufs dans celui des autres oiseaux, les laissant à s’occuper de leur progéniture à leur place. Ainsi le coucou est-il devenu le symbole de l’infidélité et des enfants d’un autre lit élevés dans un foyer, généralement à l’insu de l’un des parents. » (1) Cette maison de l’emploi et de la formation n’est pas seule dans cette région et l’on y trouve des structures similaires qui ont absorbé la mission locale jusqu’à en faire un (sic) « service jeunes » (2). Mais, ironie de l’histoire, on sait d’une part que, depuis que Jean-Louis Borloo est parti s’occuper d’écologie, de bouteilles en plastique et de taxe pique-nique, les MdE constituent l’idéaltype d’une politique de l’emploi chaotique (3) – il faut plus qu’une expertise pour s’y retrouver : un don divinatoire – et, d’autre part, que par les temps de disette qui s’annoncent les reconventionnements s’apparentent plus à une épée de Damoclès qu’à une garantie. Ainsi les gestionnaires de ces MdE organisent dare-dare le rapatriement de leurs conseillers vers les missions locales : interchangeabilité… Les personnels, je l’ai vérifié, éprouvent quelque difficulté à s’y retrouver. On les comprend. Qu’ils se consolent : ils ne sont pas seuls.

Accompagner ou pas, that’is the question…

Deuxième information, il y a donc le second « A » de l’AIOA, c’est-à-dire l’accompagnement… dont on sait que, avec le nouveau cahier des charges des MdE, il ne fait plus partie des missions des MdE (ce qui explique le flux migratoire des conseillers indiqué supra). Pour mémoire, le cahier des charges des MdE indique que (in 3.2 « Les actions en matière d’accueil, d’orientation ou d’accompagnement des personnes à la recherche d’un emploi ») :

« La loi du 13 février 2008 confie à Pôle emploi la responsabilité générale de l’accueil, de l’orientation et de l’accompagnement des personnes à la recherche d’un emploi. En conséquence il n’est pas prévu de confier de responsabilités spécifiques aux maisons de l’emploi dans ce domaine.

Néanmoins, il sera recherché dans les maisons de l’emploi en fonction du maillage territorial une bonne articulation avec Pôle Emploi au travers de :

l’accueil de sites mixtes ou d’antennes de Pôle emploi ;

l’accueil de permanences de Pôle emploi.

Dans l’hypothèse où une maison de l’emploi, compte tenu des spécificités territoriales, souhaiterait développer sur la base d’une initiative locale, des actions d’accompagnement sans le financement de l’Etat, elle devra respecter les conditions cumulatives suivantes :

respect du schéma territorial de Pôle emploi tel que validé en CRE, dans le sens où l’intervention d’une maison de l’emploi en matière d’accueil, d’orientation et d’accompagnement de personnes à la recherche d’emploi doit répondre à un souci de présence des services publics en milieu rural, et non à doublonner la présence de Pôle emploi au niveau local ;

validation du projet, formalisé dans le cadre d’une convention spécifique conclue entre la maison de l’emploi, Pôle emploi et l’Etat, par le conseil régional de l’emploi.

Si la maison de l’emploi ne respecte pas ces conditions, le préfet de région lui refusera tout financement et ce quel que soit son champ d’intervention. »

Pression…

La troisième information appartient au registre du paradoxal puisqu’il est écrit « tous les publics » puis « à partir de 26 ans ». Dans les faits, in situ, cette MEF dispose d’un double accueil, deux personnes – au demeurant sympathiques – en parallèle derrière le même comptoir à un mètre d’intervalle, l’une pour les jeunes, l’autre pour ceux qui ne sont plus jeunes. Voilà ce que l’on appelle une mutualisation des moyens. A défaut de mutualiser, les chargés d’accueil peuvent au moins échanger, faisant ainsi démentir le poète (Léo Ferré) qui nous chantait « l’ennui dont se meurent les parallèles ». Pas certain que cela réponde aux aspirations du préfet de région Michel Delpuech, pour qui cette structure doit « rechercher des complémentarités » et « éviter les doublons ». (4) Ceci pour une question d’efficacité d’autant plus existentielle que, comme le signale l’ami Michel Abhervé sur son blog (« Une prime pour les préfets et sous préfets en fonction du nombre de contrats aidés conclus »), « … parmi les critères qui déterminent le montant des primes que touchent les Préfets et Sous-Préfets figure, à coté d’objectifs  en matière de sécurité publique et de sécurité routière,  le nombre de contrats aidés conclus pour l’accès ou le retour à l’emploi ». Les montants de ces primes ? « … jusqu’à 41 000 € par an  pour un sous-préfet, jusqu’à 66 000 € par an pour un préfet. » Si les pioupiou n’avaient pas encore compris ce qui expliquait à défaut de justifier la pression, c’est fait.

Pandores…

Allez, une quatrième information juste pour le fun : même MEF, même dépliant. Il s’agit des lieux de permanence des partenaires dont… la Gendarmerie. C’est le 1er mercredi de chaque mois et sur rendez-vous… « libre ». Du moins à l’arrivée. On a connu les PAIO dans les GRETA et les ALE, sorte de crocodile entrant dans une maroquinerie. Désormais, les usagers des MEF vont chez les pandores. Il faut se faire à tout.

Epoque formidable…

A part cela, le ministre du budget, François Baroin, a annoncé dans une interview aux Echos une révision à la baisse d’aides dans le logement et l’emploi (après l’interruption des CIE pour les jeunes), ainsi qu’un ralentissement de l’aide aux handicapés. « Nous allons supprimer l’abattement de 15 points sur les exonérations sociales » pour l’aide à domicile, a déclaré le ministre. « Nous supprimons la possibilité donnée aux étudiants et à leurs parents de cumuler l’aide personnalisée au logement et la demi-part par enfant à charge », a également annoncé M. Baroin. Nous vivons une époque formidable, comme le disait un dessinateur iconoclaste.

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Coucou_(oiseau)

(2) « Ce lundi 5 juillet à 15h30, Michel Delpuech, préfet de région, Claude Gewerc, président du Conseil régional de Picardie, Gilbert Brassart, président de la Maison de l’emploi et Jean-Claude Chevalier, président de la Mission locale signeront le traité de fusion entre la Maison de l’emploi et de la formation et la Mission locale de Chauny Tergnier La Fère et Coucy-le-Château. » C’est sur le site du Conseil Régional de Picardie.

(3) Pour exemple, ce qui est écrit dans l’annexe du cahier des charges des MdE (in « 2.3/ Les maisons de l’emploi et les missions locales. ») : « Les relations entre les maisons de l’emploi et les missions locales s’organiseront en fonction des réalités locales. Il est précisé que l’Etat n’encouragera pas financièrement ces rapprochements mais ne les découragera pas. » Remarquable rhétorique administrative dite, selon les cas, du « parapluie que l’on ouvre » ou du « refroidissement du fût du canon ». Il semblerait que la DGEFP s’apprête à dire la doctrine : on attend.

(4) Le Courrier Picard, 6 juillet 2010. Bien évidemment, rien ne s’oppose, tout au contraire, à ce qu’une MdE ou une MEF coopère avec une mission locale, des exemples de synergie existant entre ces structures et des PLIE, des Ecoles de la 2ème chance, etc. Cependant les conditions d’une saine coopération nécessitent que l’autonomie juridique et la spécificité des missions soient respectées.

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commentaires
  1. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Avis de recherche :
    Disparition de Missions Locales !

    Merci à Philippe Labbé de ce nouvel éclairage picard.

    Hélas, la Picardie n’est plus la seule terre de prédilection de la « disparition de Missions Locales suite à fusion dans une Maison de l’emploi ».
    Le Mouvement s’accroit au gré du cahier des charges évoqué et des baisses de crédit en direction des MDE.

    Généralement, les fusions/disparitions de ML dans les MDE s’effectuent en dehors des règles de Droit. On assiste ainsi à des fusions avec effet rétroactif, le projet de création est souvent inexistant ou fait la part belle aux économies d’échelle (Poste de Direction, de secrétariat, d’accueil et autres supprimés).
    Les salariés et les publics sont souvent les dindons de cette farce « féodale » …

    La CGT a décidé de dénoncer ces fusions/disparitions et à alerter au plus haut niveau à chaque fois qu’elle sera mise au courant par des salariés.

    La CGT se montrera ferme et rappelle que ces fusions disparitions sont illégales.

  2. pioupiou44 dit :

    Bon, je résume pour voir si j’ai tout bien compris.
    L’accouplement forcé entre pioupiou et coucou engendrerait des dindons.

    Doit-on se réjouir d’un retour en force de la biodiversité ? Je crains bien que non !

    Pioupiouglouglou (salut d’un pioupiou qui craint d’être génétiquement modifié en dindon)

  3. pioupiou44 dit :

    Pour continuer sur les métaphores animales génétiquement modifiées, je viens de lire l’article de Michel Abhervé (source d’info indispensable !) : http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2010/07/07/rigueur-et-austerite-annoncees-pour-les-acteurs-du-service-public-de-lemploi/

    et je crains fort que nous soyons transformés en dindons à une patte et sans tête.
    Trouverons-nous encore la force de lancer un cri de rassemblement ?

    pioupiou44

  4. JL44 dit :

    Et si, pour tenter de contrebalancer un tant soit peu cette propension à vouloir nous fusionner avec tout ce qui passe, on commençait à essayer de nous « fusionner » nous mêmes ? On pourrait par exemple essayer de « fusionner »(1) (véritablement) :
    – nos expériences réciproques (base de donnée nationale) – plutôt que perdre son temps à vouloir refaire ce qui a déjà été fait voire très bien fait ailleurs – ,
    – notre communication externe (genre logo commun style réseau IJ ou « Paul en proie »)afin d’éviter d’avoir toujours à expliquer (25 ans après) qu’une mission locale à Trifouilly les oies fait exactement le même travail qu’à Piou-Piou sur Oise,
    – notre veille informative sur tous les domaines qui touchent de près ou de loin à nos missions (style « Alice » de chez « Paul en proie » toujours),

    Liste sûrement non exhaustive. En cherchant bien…

    Bref, et pour faire court : devenons (peut-être enfin) un vrai réseau.

    (1) ou peut-être préférez-vous : « mutualiser »

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