Vuvuzela de l’évaluation et pari pascalien

Publié: juin 20, 2010 dans Non classé

Cette fois, c’est Régis qui apporte une contribution qui, du foot à la retraite, parvient au plan « Espoir pour la jeunesse » et s’achève sur une certaine circonspection vis-à-vis de la démarche d’évaluation telle que débattue dans les deux précédents articles. La parole à Régis…

« On en a pris deux.

Non, ce n’est pas de foot que je veux parler… même si dans la rigueur ou l’austérité des salaires de 150 000 € nets par semaine sont complètement inadmissibles. Vivement que cette bulle, enfin ce ballon explose et que l’on retrouve les vraies valeurs du sport… cela libérera des moyens car combien coûte le professionnalisme fou à l’Etat et aux collectivités locales ?

Non, ce n’est pas non plus du report de l’âge de retraite à 62 ans, même si on peut s’inquiéter pour les jeunes qui, pour avoir une retraite pleine, devront – périodes sans activité obligent – aller jusqu’à 67 ans…

Non, « deux » ce sont les coupes sombres dans le plan « Espoir pour la jeunesse » (plus certain de son nom tellement il a été vite enterré…).

– Plus de CIE pour les jeunes (sauf à avoir été demandeurs d’emploi plus de 24 mois dans les 36 mois). Même si cette aide sans contrepartie aux entreprises est critiquable, elle était un bon moyen de négocier l’absence d’expérience. On se retrouve dans la même configuration que le RSA jeunes : une mesure qui ne touche pas sa cible.

– La seconde concerne les aides à la mobilité. D’une annonce de 30 millions d’euros, on est à des arbitrages qui les ramènent à la moitié, voire moins. Une prise de conscience immédiatement remise en cause par la dure réalité budgétaire qui m’inquiète encore plus pour 2011.

Alors parler évaluation dans un environnement, qui est remis en cause en permanence et qui est totalement déprimé et déprimant, implique une analyse contextuelle très poussée pour intégrer tous ces éléments extérieurs afin d’avoir une lisibilité dans le temps.

Avant d’en arriver là (pour rappel, l’évaluation inscrite dans la loi vise à répartir les moyens financiers alloués au réseau et à rien d’autre), pourquoi ne pas se fixer des indicateurs très simples : combien de jeunes accompagnés par une conseiller ? Un éphémère secrétaire d’Etat avançait 60 ou 70… Alors mesurons l’écart par rapport à cette donnée : combien de jeunes accompagnés par les Missions locales? Il a été mis en place un indicateur, le JDI (« jeunes en demande d’insertion ») ; il devait être mis au même niveau que la DEFM de Pôle Emploi… qui en connaît l’existence ?

Déjà fixons ce cadre, mesurons les écarts et ensuite mettons en place l’évaluation.

Franchement, toutes ces démarches d’évaluation en même temps me donnent le bourdon, enfin non, pour revenir à la période actuelle, me prennent la tête comme le vuvuzela pour nos pauvres supporters ou commentateurs… »

Le crépuscule des Bleus…

P.L. Evidemment, rien à redire ou, plus exactement, il y aurait tant et tant à dire sur le foot bisness, l’indécence de ces milliardaires qui partent en retraite à moins de trente-cinq ans… eux. La presse, unanime, s’en charge à tel point qu’il va bien y avoir une belle âme pour protester contre un « lynchage » alors que, s’il fallait s’élever contre quelque chose, on pourrait considérer que cette prise de conscience est bien tardive et que, somme toute, elle est moins déterminée par le fond que conjoncturellement  par l’échec sportif : si les Bleus s’étaient qualifiés, les millions d’euros auraient tout au plus suscité l’envie, voire l’admiration. Or l’indécence précédait les résultats, quels qu’ils soient, et il est à redouter qu’on la mette sous le boisseau pour peu que cette « équipe » parvienne à marquer des buts. En tout état de cause, tout ceci, délétère, est bien loin de se limiter au football mais affecte l’ensemble des élites dont l’exemplarité apparaît désormais comme un attrape-gogos : des cumuls de mandats, missions-parachutes et retraites aux imbrications politico-financières, le sommet craque de béances et sa base hésite entre la rétraction, la révolte ou le cynisme.

Vuvuzela

Concernant l’évaluation, Régis avance l’indicateur de « JDI », posant une question – « qui en connaît l’existence ? » – qui m’étonne tant cet acronyme me semblait entré dans les mœurs statistiques des missions locales. Reste que cet indicateur n’est que de réalisation, pas de résultat, et qu’il recouvre une activité minimale, au moins un entretien au cours des cinq derniers mois ce qui, on en conviendra, n’est quand même pas synonyme d’accompagnement… Le JDI est donc un indicateur médiocrement fiable et, ne renseignant que sur l’activité, il est partiel puisque celle-ci ne devrait pas être déconnectée de sa finalité. On remarque d’ailleurs un déplacement avec tout un discours sur l’accompagnement qui se substitue à son objectif … sauf à imaginer que l’on accompagne pour accompagner ou que l’on ait perdu tout espoir de faire aboutir l’accompagnement (1). Autant la focale des institutions vise-t-elle tendanciellement  les résultats, autant celle des missions locales, peut-être par effet de balancier, par compensation, surexpose les réalisations. Bien sûr, raisonner en termes de résultats sans en amont les corréler aux réalisations est partial, incomplet, incapable de fournir des explications qui permettraient de progresser… mais raisonner en termes de réalisation sans en aval les corréler aux résultats semblerait signifier que l’on ne recherche pas l’efficacité ou que l’on se contente d’un postulat, l’accompagnement (relatif ) valant l’insertion. Or, par définition, un postulat est indémontrable.

Quant au vuvuzela version prise de tête par l’évaluation, on ne peut certes esquiver en recommandant ce qui est possible pour le football, ne pas allumer son poste de télévision ou du moins en couper le son, car de deux choses l’une : ou on l’ignore et, à défaut d’une évaluation autonome, on court tête baissée vers une évaluation hétéronome ; ou on la fait évoluer pour y inclure du JDI et autres indicateurs et l’on a une chance d’en faire un outil utile pour chacun (reconnaissance individuelle), pour la structure (légitimité) et pour le réseau (visibilité).

Maintenant demeure cette contradiction –  « parler évaluation dans un environnement, qui est remis en cause en permanence et qui est totalement déprimé et déprimant » – vis-à–vis de laquelle la philosophie peut être d’un grand secours… en particulier Pascal dont on connaît le « pari ».

Ouf, zut, zut et zut…

(très) Librement inspiré dudit  Pascal, reprenons les termes de son pari en substituant Dieu par l’évaluation. Certes, c’est osé, probablement sacrilège.

Hypothèse 1 : l’évaluation sera utile (Dieu existe, dans le pari pascalien)

a) Vous pariez sur elle : vous gagnez (ouf, vous allez au paradis)

b) Vous ne pariez pas sur elle : vous perdez (zut, vous allez en enfer)

Hypothèse 2 : l’évaluation ne servira à rien (Dieu n’existe pas)

A) Vous pariez sur elle : vous perdez…mais vous auriez perdu de toute façon (zut, vous retournez au néant)

B) Vous ne pariez pas sur elle : vous perdez aussi mais vous auriez perdu de toute façon (re-zut, vous retournez au néant).

Dans trois cas (b, A et B), vous perdez et dans un cas (a) vous gagnez.

Reconnaissons (mais cela reste entre nous) que cette transposition est hasardeuse. Cependant et grosso modo, l’esprit de cette « démonstration » est que, face à une évaluation où l’on a la possibilité de la faire progresser, de l’adapter, de combiner indicateurs de contexte, de ressource, de réalisation, de résultat et d’impact, plutôt qu’une évaluation unidimensionnelle arc-boutée exclusivement sur les résultats, le bon sens (qui n’est pas le sens commun) invite à l’engagement. Le langage populaire parle d’éviter la politique de la chaise vide… Autrement dit, nous n’avons la garantie de rien ou de si peu, hormis du fait que, si nous ne parions pas, nous sommes assurés de ne pas gagner. Certes, rien n’étant certain, c’est mince… mais pour progresser il est plus judicieux de parier et de s’engager… même si le vuvuzela de l’évaluation prend la tête.

(1) A ce propos, on note que l’essentiel semble être aujourd’hui le « parcours » alors qu’en 1989 on visait une « place » comme exprimé dans la Charte de 1990 (« Une place pour tous les jeunes »). Serait-ce un indicateur sémantique de ce déplacement, la visée d’une stabilité (output) étant abandonnée au bénéfice d’un processus (le parcours) dont l’aboutissement est aléatoire? Rappelons la métaphore de Robert Castel dans « Du travail social à la gestion sociale du non-travail » dans la revue Esprit (A quoi sert le travail social? n° 241, mars-avril 1998, p. 42) : « Le travailleur social est alors comme un passeur qui s’apercevrait en cours de traversée qu’il n’y a plus de berge où conduire son passager. »

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